VERNET
à contribution fréquemment pour la peinture des scènes bibliques. Parmi les grands tableaux d'Horace Vernet, il faut citer : Victoire de Philippe- Auguste à Bouvines en I2i4, hataille de Valmy en 1192 (1826), Allocution de Napoléon à la garde avant la bataille d'iéna en iS06, Napoléon à la bataille de friedland (1836), Bataille de Wagram en i809. Siège et Prise de
Les Palanquins (détails de la Prise de la smala), d'Horace Vernet (Mus. de Versailles).
Constantine (1838), Bataille dlsly (1846) (ces différents ouvrages sont au musée de Versailles), Prise de Malakoff en 1855. Parmi ses autres œuvres, nous citerons : Judith portant la tête d'Holopherne (1830, au Louvre), Marché d* esclaves (1836, à Berlin). Les œuvres de la dernière partie de sa vie, parmi lesquelles les portraits grandeur nature de Napoléon IIl, du général Cavaignac, de Canrobert, de Bosquet, la Bataille de l'Aima (peinte à la suite de la campagne de Crimée de 1858 où il suivit nos soldats), marquent un déclin véritable de son talent et de ses forces. Sentant la faveur du public l'abandonner, Horace Vernet se retira près d'Hyères et cessa de peindre vers la fin de sa vie.
Les avis sont partagés sur son talent : il représente la famille des Vernet dans ses qualités comme dans ses défauts ; c'est lui qui a rompu avec les traditions classiques et créé le mouvement naturaliste dans la peinture d'histoire, comme l'a dit Détaille ; mais il a produit trop et trop vite. Outre une grande quantité de dessins, d'aquarelles, on a plus de 200 lithographies d'Horace Vernet et près de 500 gravures sur bois d'après ses dessins pour illustrer la magnifique Histoire de Napoléon de Laurent.
Les Vernet, Joseph, Carie et Horace, constituent bien une famille, non seulement par les liens du sang, mais encore par ceux du talent. Ils furent à des degrés divers des artistes très brillants et en quelque sorte superficiels. Ils sont de ces artistes qui n'ont jamais douté, qui, en contact avec le public, ont été tout de suite compris, fêtés, admirés, et qui, satisfaits d'eux-mêmes, n'ont pas vu au delà de leur art et de leur horizon. Ils n'ont pas connu les longues années d'isolement si propices à la conception
VERNET — VERNEUiL
et à Teofantement des chefs-d'œuvre et qui marquèrent d'un trait grave, ineffaçable les Poussin, les Ruysdaèl, ks Corot : aussi, l'intérêt de leur œuvre, plutôt anecdotique que vraiment historique et poétique, ira de plus on plus s'affaiblissaut. Il restera cependant à l'actif des Vernet d'avoir été, en quelque mesure, des précurseurs : Joseph inaugure notre école moderne de paysage ; Carlo crée la caricature et l'humour qui sont si en faveur de nos jours ; enfin Horace aurait montré la voie où la peinture militaire est aujourd'hui engagée.
BiBL. : Ch. Blanc, les Vernet; Paris, 1845. — Lâgrange. J. Vernet et la Peinture au xviii" siècle ; Paris, 1864. — Du môme, les Vernet^ 1864, 2 vol. — Durande, Joseph, Carie et Horace Vernet, correspondance et biographies ; Paris, 1865. — Ch. Clément, les Vernet ; Paris, 1876. — Runtz Rees, Horace Vernet, 1880. — A Dayot, les Vernet; Paris, 1898.
VERNEUGHEOL. Corn, du dép. du Puy-de-Dôme, arr. de Clermont-Ferrand, cant. de Herment ; 880 hab.
VERNEUIL. Com. du dép. de l'Allier, arr. de Gannat, cant. de Saint-Pourçain-sur-Sioule ; 600 hab.
VERNEUIL. Com. du dép. de la Charente, arr. de Confolens, cant, de Montembœuf ; 314 hab.
VERNEUIL. Com. du dép. du Cher, arr. de Saint- Aman d-Mont-Rond, cant. de Dun-sur-Auron ; 494 hab.
VERNEUIL. Ch.-l. de cant. du dép. de l'Eure, arr. d'Evreux, surPAvre normande; 4.330 hab. (3.545 aggL). Stat. du chem. de fer de Paris à Granville. Ateliers de construction de machines; fabrique de liqueurs. Deux belles églises des xii®, xv^ et xvi® siècles (vitraux de la Renaissance, belle tour du xv® s.), l'ancien donjon de la ville, la Tour Grise (xii® s.) ; restes des remparts du moyen
La Tom' Grise, à Verneuil.
âge; jolies maisons de la Renaissance. — Bâtie par le roi d'Angleterre Henri I®^, de 4419 à 4131, pour défendre la Normandie contre la France, elle fut le lieu de deux défaites des Français en 1473 et surtout en 4424. Aux XVII® et xviii® siècles, Verneuil fut la capitale du petit gouvernement des Terres démembrées. A 3 kil. de Verneuil, l'Avre, diminuée par des pertes souterraines dans la ville,
reparaît par des fontaines abondantes ; plusieurs de ces sources ont été captées en 1892 pour Paris.
BiBL. : Le Chat, Histoire de la ville de Verneuil, 1888.
VERNEUIL. Com. du dép. de l'Indre, arr. et cant. de Ea Châtre ; 586 hab.
VERNEUIL. Com. du dép. de la Marne, arr. d'Epernay, cant. de Dormans; 1.494 hab.
VERNEUIL. Com. du dép. de la Nièvre, arr. de Nevers, cant. de Decize ; 894 hab. Stat. de chem. de fer,
VERNEUIL. Com. du dép. de l'Oise, arr.de Senlis, cant. dePont-Sainte-Maxence, au-dessus de la rive g. de l'Oise; 4.135 hab. Eglise des xiv® et xvii^ siècles. Le magnifique château bâti par Henri IV en 4550 pour Henriette de Balzac d'Entragues, créée marquise de Verneuil, a disparu. La terre de Verneuil fut érigée en duché pour le fils de Henri IV et de la marquise. Patrie d'A. de Tocqueville.
VERNEUIL. Com. du dép. de Seine-et-Marne, arr.de Melun, cant. de Mormant; 510 hab. Stat. de chem. de fer.
VERNEUIL. Com. du dép. de Seine-et-Oise, arr. de Versailles, cant. de Poissy; 661 hab.
VERNEUIL-CouRTONNE. Com. du dép. de l'Aisne, arr. de Laon, cant. de Craonne ; 219 hab.
VERNEUIL-GiuND. Com. du dép. de la Meuse, arr. et cant. de Montmédy ; 361 hab.
VERNEUIL-le-ChAteau. Com. du dép. d'Indre-et- Loire, arr. de Chinon, cant. de Richelieu ; 238 hab.
VERNEUIL-Moustiers. Com. du dép. de la Haute- Vienne, arr. de Bellac, cant. du Dorât ; 577 hab.
VERNEUIL-Petit. Com. du dép. de la Meuse, arr. et cant. de Montmédy; 454 hab.
VERNEUIL-sous-CoucY. Com. du dép. de l'Aisne, arr. de Laon, cant. de Coucy-le-Château ; 180 hab.
VERNEUIL-sur-Indre. Com. du dép. d'Indre-et-Loire, arr. et cant. de Loches ; 843 hab. Stat. de chem. de fer.
VERNEUIL-sur-Serre. Com. du dép. de l'Aisne, arr. de Laon, cant. de Crécy-sur-Serre ; 312 hab, Stat. du chem. de fer du Nord.
VERNEUIL-sur-Vienne. Com. du dép. de la Haute- Vienne, arr. de Limoges, cant. d'Aixe-sur- Vienne ; 2.120 hab. Stat. du chem. de fer d'Orléans. Terre à porcelaine.
VERNEUIL (Catherine-Henriette de Bai^ac, marquise de) (V. Entragues).
VERNEUIL (Philippe-Edouard Poulletier de), géologue et paléontologiste français, né à Paris le 13 févr. 1805, mort à Paris le 29 mai 1873, D'abord avocat, puis attaché au ministère de la justice, il s'adonna exclusivement, à partir de sa trentième année, à l'étude de la géologie et de la paléontologie, fit en Russie, de 1836 à 1840, de grands voyages d'exploration et, en 1854, fut élu membre libre de l'Académie des sciences de Paris. On lui doit d'importants travaux sur la structure géologique et la faune fossile de l'Europe orientale et centrale, et il a découvert un grand nombre d'espèces nouvelles. Outre des mémoires parus dans le Bulletin de la Société géologique^ dans les Comptes rendus de l'Académie des scieîîces, etc., il a publié : Géologie de la Russie, avec Murchison et A. von Keyserlinck (Paris, 1845, 2 vol. in-4). L. S.
VERNEUIL (Aristide-Auguste-Stanislas) , chirurgien français, né à Paris le 29 nov. 1823, mort à Paris le 11 juin 1895. Nommé prosecteur en 1851, agrégé en 1853, il fut élu professeur de pathologie chirurgicale en 1867 et passa à la chaire de clinique en 4872. Un des premiers, en France, il a défendu la théorie des germes septiques en chirurgie et un des premiers a adopté la méthode antiseptique. Ses œuvres ont paru sous forme de mémoires et de monographies disséminés dans les recueils périodiques. Il les a réunis en volumes qui ont paru sous le litre à^lMémoires y depuis 4877. ^" "^ "
D^ L. Hn.
VERNEUIL - VEBN[S
VERNEUIL (Champeâux de), (V. Champeâux).
VERN EUSSES. Corn, du dép. de l'Eure, arr. de Bernay, cant. de Broglie ; 391 hab.
VERNEY (Guichard-Joseph Du) (V. Du Verney). VERNICIE (Bot.)(V.ALEURiï).
VERNIE. Com. du dép. de la Sarthe, arr. de Mamers, cant. de Beaumont-sur- Sarthe ; 644 hab.
VERNIER. Les règles dont on se sert pour la mesure des longueurs ont pour plus petite division, par suite de la nécessité de donner aux traits une épaisseur les rendant visibles à l'œil nu, le millimètre ou le demi-millimètre. Lorsqu'on veut pousser plus loin l'approximation, on a recours à un petit instrument appelé vernier. Son principe est le suivant. Soit deux lignes de même longueur, Tune divisée en 40 parties égales, l'autre en 9, et juxtaposées. La première division de la seconde dépassera évidemment la première division de la première de 4/40 de cette division, la seconde division de la seconde dépassera la seconde division de la première de 2/40, et ainsi de suite. En supposant que les divisions de la seconde représentent des millimètres, le dépassement sera respectivement de 0"^"^,4, 0"^"^,2, etc. Soit mainte nant AB une règle graduée en millimètres et V une seconde règle, le ver-' nier mesurant exactement 9 millim,, divisés en 40 parties égales, et disposée de façon à glisser le long de la première. Soit, d'autre part, IV la longueur à mesurer. L'une de ses extrémités / coïncide avec le 0 de la règle et l'autre /' tombe entre la douzième et la treizième division. La longueur //'' est donc égale à 42 millim., plus une fraction qu*il s*agit d'évaluer. On amène à cet effet le 0 du vernier contre /' et on cherche, parmi les traits dont il est marqué, celui qui est en regard de l'un des traits de la règle. C'est, sur la figure, le septième, lequel se trouve coïncider avec la division 49. Puisque chaque division de la règle excède de 1/40 de millim. chaque division du vernier, la division 48 de la première sera à 0"""^,4 du trait 6 du second, la division 47 à 0«^"^,2 du trait 5,... la division 42 à0^"^,7 du trait 0, autrement dit de/'. La longueur W est par conséquent égale à 42«^°^,7. D'où cette règle pour l'emploi des vernier s : le numéro d'ordre de la division du vernier qui coïncide avec un trait de la grande règle donne la fraction additionnelle cherchée en dixièmes de millimètres. Elle la donnerait en cinquantièmes de millimètres si l'on faisait usage d'un vernier de 49 millim. de longueur divisé en 50 parties égales. Le même principe est applicable à la mesure des angles. Le vernier, qui a, dans ce cas, comme le limbe de l'instrument, la forme circulaire, est partagé en 40, 20, 30... parties égales, correspondant à 9, 49, 29... divisions du limbe. Il est porté par une alidade mobile et glisse à frottement doux sur la circonférence interne. Il y en a, en général, plusieurs sur les instruments de grande précision. Ils sont placés deux par deux aux extrémités d'un même diamètre, et l'angle cherché est donné par la moyenne de toutes les lectures.
On a autrefois appelé et on appelle encore, à l'étranger, le vernier nonius. C'est à tort. Il n'y a rien de commun entre l'instrument de Pedro Nunez (V. ce nom), destiné à la mesure àas petites portions d'arc, et celui inventé par Pierre Vernier. L. S.
VERNIER. Marais du dép. de VEure (V. ce mot). VERNIER (Pierre), mathématicien français, né à Ornans (Doubs) en4580, mort à Ornans le 44 sept. 4637. Il fut capitaine commandant du château d' Ornans, conseiller du roi d'Espagne, directeur général des monnaies de la Franche-Comté. A ses loisirs, il cultivait les
Vernier.
mathématiques, mais il n'est connu que par l'invention du petit instrument qui a conservé son nom et dont la paternité, longtemps attribuée à Nonius (Pedro Nunez), lui a été restituée sur les réclamations de Lalande (V. l'art, précédent). Il en a donné lui-même la description sous le titre : la Construction, U Usage et les Propriétés du quadrant nouveau de mathématiques (Bruxelles, 4634, in-8). Il serait également l'auteur d'un Traité d'artillerie resté manuscrit. L. S.
VERNIERFONTAINE. Com, du dép. du Doubs, arr. de Baume-les-Dames, cant. de Vercel; 483 hab,
VERNINAC-Saint-Maur (Raymond -Jean -Baptiste), amiral français, né dans le dép. du Lot le 44 juin 4794, mort le 24 févr. 4875. Entré dans la marine de l'Etat dès 4842, lieutenant de vaisseau en 4824, il prit part en 4830 à l'expédition d'Alger et, devenu capitaine de corvette (4833), eut à transporter d'Egypte, sur le navire le Luxor, l'obélisque qui devait servir d'ornement à la place de la Concorde à Paris (4835). Promu capitaine de vaisseau (1842), il fut, après la révolution de février, appelé comme sous-secrétaire d'Etat au ministère de la marine (6 juin 4848). Peu après nommé par Cavaignac ministre de la marine (47 juil.) et pourvu du grade de contre-amiral, il se retira du pouvoir avec lui le 20 déc, suivant. Gouverneur de la Réunion en 4849, de l'Inde française en 4852, il fut quatre ans plus tard placé dans le cadre de réserve et, dès lors, ne sortit plus de la vie privée. A. D.
VERNI NES, Com. du dép. du Puy-de-Dôme, arr, de
Cler mont- Ferr and, cant. de Rochefort-Montagne ; 690 hab.
VERNIOLLE. Com. du dép. de l'Ariège, arr. de Pa-
miers, cant. de Varilhes; 4.057 hab. Stat. du chem. de
fer du Midi. Ancien château.
VERNIOZ. Com. du dép. de l'Isère, arr, de Vienne, cant. de Roussillon ; 546 hab.
VERNIQUET (Edme), architecte français, né à Châtillon-sur-Seine le 9 oct. 4727, mort à Paris le 26 nov. 4804. D'abord architecte en Bourgogne, en Poitou et dans le Maine, Verniquet, venu à Paris, acheta en 1774 une charge de commissaire voyer, et, nommé quelques années plus tard architecte du Jardin du roi et du Muséum d'histoire naturelle, y fit exécuter d'importants travaux. On lui doit aussi la reconstruction du prieuré des bénédictins à Marcigny-sur-Loire et, à Paris, les hôtels d'Avrincourt, rue Saint-Dominique, et de la Quenille, rue de Babylone. Mais son œuvre par excellence est son Plan de Paris, relevé à l'échelle d'une ligne pour pied 4/144® et réduit par la gravure à une ligne pour toise 4/864®, véritable monument, qui lui coûta près de trente années de travail, et pour lequel il mit en œuvre une soixantaine de dessinateurs ou de géomètres. Il y épuisa toutes ses ressources. VERNIS (Techn.). Les vernis sont obtenus par la dissolution de substances résineuses diverses : sang-dragon, copal, dammar, etc., dans des liquides appropriés. Ils re* couvrent les surfaces sur lesquelles on les appUque d'une couche mince et brillante, qui, en même temps qu'elle en avive l'éclat, les préserve de l'action de l'air et de l'humidité. Généralement transparents, il en est cependant qu'on colore à dessein en vue d'une destination spéciale ; tels les vernis noirs employés en carrosserie et pour les chaussures, les vernis jaunes ou rouges dont se servent les doreurs, le vernis d'or pour cuivre poli, etc. Au point de vue de leur composition et de leurs propriétés, les vernis se classent, d'après le liquide dissolvant, en vernis à Valcool, vernis à féther, vernis à Vessence, vernis a V huile.
Vernis a l'alcool. — On les obtient en faisant dissoudre, à froid ou à chaud, des gommes ou résines dans de l'alcool. La gomme-laque, la sandaraque, le copal tendre, le mastic sont, pour les vernis fins, les résines les plus employées. Pour les vernis communs, on utilise surtout le galipot, la colophane, l'arcanson, la laque en grains ou en écailles. L'alcool doit être très concentré :
VERNIS — 860
alcool éthylique, en général, ou aussi, assez souvent, alcool méthylique. Si la préparation a lieu à froid, on se borne à mettre dans un récipient fermant hermétiquement (une bouteille, par exemple) la résine bien divisée et l'alcool. On agite de temps en temps. Pour la préparation à chaud, on se sert d'un matras en cuivre étamé ou d'un ballon de verre qu'on place, soit sur un feu nu, soit dans un bainmarie, soit enfin et de préférence dans un bain de sable. On maintient, jusqu'à dissolution complète, à une température assez élevée, en remuant de temps en temps îivec une baguette de verre, on laisse refroidir et, le lendemain, on filtre sur du coton. On conserve à la cave en bouteilles bien bouchées. Les vernis à l'alcool sont employés plus particulièrement en ébénisterie, pour la reliure et pour les tableaux. Très siccatifs, ils procurent une surface brillante, bien adhérente et parfaitement transparente. On les colore en outre très aisément. Mais ils se gercent et se fendillent souvent, ce à quoi on obvie en y ajoutant, lorsque la résine est presque dissoute, un peu d'essence de térébenthine, qui les rend moins cassants.
Nous donnons ci-après quelques formules de vernis à l'alcool :
Vernis ordinaire à la sandaraque. Sandaraque, 375 gr. ; mastic, 250 gr. ; alcool à 96«, 1.850 gr. ; essence de térébenthine, 15 gr.
Vernis français. Gomme laque, 100 gr. ; hydrocarbures éthylés, 1 litre.
Vernis pour relieurs. 1° Vernis au mastic: Mastic en larmes, 175 gr. ; sandaraque, 90 gr. ; alcool à 96*^, 1 .000 gr. ; térébenthine de Venise, 126 gr. 2^ Vernis à la sandaraque : sandaraque, 250 gr. ; alcool à 96*^, 1.000 gr. ; térébenthine de Venise, 60 gr. 3° Vernis russe: laque en écailles, 180 gr. ; benjoin fin, 90 gr. ; mastic en larmes, 45 gr. ; alcool à 96<*, i .000 gr.
Vernis pour meubles en bois dur, Sandaraque, 175 gr. ; gomme laque, 60 gr. ; colophane, 125 gr. ; verre pilé, 125 gr. ; alcool à 96°, 1.000 gr. ; térébenthine claire, 125 gr.
Vernis pour meubles en bois blanc. Gomme laque blanchie récemment préparée, 500 gr. ; alcool à 96*^, 5 litres. On a une teinte un peu colorée en prenant de la gomme en feuilles, une teinte rouge en prenant du sangdragon, une teinte jaune en prenant de la litharge.
Vernis pour parquets. Gomme laque, 175 gr. ; cire jaune, 1 gr. ; alcool à 90% 700 gr. ; arcanson, 125 gr. ; galipot, 125 gr. ; essence de térébenthine, 125 gr. On prépare séparément la solution des trois premières substances et celle des trois dernières, on mélange intimement, on passe au tamis, et on colore en rouge avec du rouge de Prusse, en jaune avec de l'ocre jaune, en noyer avec de la terre d'ombre, toutes ces couleurs en poudres très fines et bien sèches.
Vernis pour fer. Sandaraque, 150 gr. ; mastic, 100 gr. ; camphre, 30 gr. ; alcool à 96«, 1.000 gr.
Vernis pour laiton. Gomme laque en branches, 150 gr. ; gomme-gutte, 150 gr.; sang-dragon, 150 gr.; rocou, 150 gr. ; safran, 32 gr. ; alcool à 96% 1.000 gr.
Vernis d* or pour cuivre poli. Laque broyée, 95 gr. ; succin, 35 gr. ; sang-dragon, 20 gr. ; gomme-gutte, 4 gr. ; safran broyé, 1 gr. ; extrait de santal, 1 gr. ; verre pulvérisé, 65 gr. ; acide borique, 14 gr. ; alcool à 96°, 1.000 gr.
Vernis contre la rouille. Succin fondu, 300 gr. ; laque en écailles, 225 gr. ; safran, 75 gr. ; alcool à 96°, 4.500 gr.
Rentrent également dans la classe des vernis à l'alcool les préparations spéciales connues sous les noms de Metropolitan polish (vernis pour harnais), de Cyclist Enamet (émail pour vélocipèdes formé d'un mélange de gomme laque et de bitume dissous dans une solution d'alcool ordinaire, d'alcool amylique et d'essence de térébenthine), de goudron Werner (employé en brosserie), etc.
Vernis a l'éther. — Ils se préparent par la dissolu-
tion à froid de la résine dans rélhor plus ou moins mélangé d'alcool. Ils sèchent plus rapidement encore que les vernis à l'alcool. Ils ne sont guère employés qne pour les plans et cartes, les épreuves photographiques, les reliures de luxe et divers menus objets particulièrement délicats.
Vernis pour clichés photographiques. Sandaraque, 120 gr. ; essence de lavande, 4 gr. ; chloroforme, 90 gr. ; alcool à 96°, 600 gr.
Vernis pour relieurs. Copal blanc, 65 gr. ; camphre, 15 gr. ; alcool à 98°, 65 gr. ; éther, 200 gr.
Vernis a l'essence. — Ils s'obtiennent aisément par la dissolution de la résine dans l'essence de térébenthine. Ils se préparent à froid ou à chaud, comme les vernis à l'alcool, et se conservent également comme eux. Mais tandis qu'en vieillissant ces derniers s'altèrent, eux s'améliorent. D'autre part, et tout en rentrant, comme les vernis à l'alcool et à l'éther, dans la catégorie des vernis volatils y ils sèchent beaucoup moins rapidement, restant longtemps visqueux. Enfin, ils sont plus souples, plus élastiques et plus solides que les vernis à l'alcool ; ils s'écaillent moins et se prêtent mieux au polissage. Mais ils sont moins brillants. Ils sont employés pour la peinture des tableaux et pour les travaux d'intérieur qui n'exigent pas une trop grande résistance.
Vernis pour tableaux. Copal tendre très blanc, 500 gr. ; camphre, 40 gr. ; essence de térébenthine, 1 ,000 gr.
Vernis pour détremper les couleurs déjà broyées. Mastic en larmes, 145 gr. ; térébenthine, 290 gr. ; essence de térébenthine, 1.000 gr.
Vernis commun pour meubles. Résine de pin, 60 gr.; essence de térébenthine, 100 gr.
Vernis a l'huile. — Les vernis à l'huile ou vernis gras sont moins siccatifs que les précédents. En revanche, ils sont de tous les plus solides et ce sont les seuls qu'on emploie pour les objets ou les surfaces qui doivent supporter, soit des chocs, soit des frottements, ou qui sont exposés à l'air extérieur (carrosserie, devantures de boutiques, etc.). Le dissolvant n'est pas, du reste, uniquement, comme leur nom pourrait le faire croire, de l'huile, mais bien de l'huile et de l'essence mélangées. Ce sont, en réalité, des vernis à l'essence auxquels on ajoute, pour les rendre plus souples, plus résistants, une huile grasse siccative, de l'huile de lin ordinairement. Quant à la résine qui y entre, c'est, le plus souvent, du copal ou encore du succin. Leur préparation, qui exige des tours de main spéciaux, est, au surplus, fort difficile. En général, la résine est chauffée à feu nu dans un vase de cuivre. L'huile, qui a été préalablement cuite afin de la rendre siccative, est versée, à 125° centigr. environ, sur la résine incomplètement fondue. On procède ensuite à l'incorporation de l'essence de térébenthine.
Vernis ordinaire au copal. Copal dur, 300 gr. ; huile de lin à vernis, 150 gr. ; essence de térébenthine, 400 à 500 gr.
Vernis Japon pour voitures. Copal dur, 300 gr. ; bitume cuit, 100 à 125 gr. ; huile de lin à vernis très siccative, 200 à 300 gr. ; essence de térébenthine, 600 à 750 gr.
Vernis Martin (V. Laque, § I).
Application des vernis. — A l'art. Peinture, t. XXVI, p. 254, on a indiqué le mode d'application des vernis au pinceau. Pour les vernis dits au tampon, on en met quatre ou cinq gouttes sur un chiffon de lame replié en plusieurs doubles, on recouvre d'un linge blanc aux trois quarts usé, de façon à former un tampon sur lequel le vernis doit à peine apparaître, on dépose au milieu une goutte d'huile d'olive, on frotte légèrement et en rond la surface à vernir, jusqu'à ce que le tampon soit bien sec ; on ajoute ensuite de temps en temps, s'il est nécessaire, quelques gouttes de vernis et un peu d'huile, et on continue jusqu'à ce que la surface ne présente plus aucun endroit terne ou nébuleux. On termine en passant en long.
VERNIS — VERNOUX
Commerce et Statistique. — La fabrication des vernis, a son principal centre, en France, dans la région parisienne, qui en produit plus des cinq sixièmes. Pour les vernis à l'alcool, Texportation dépasse de beaucoup l'importation : 446.400 kilogr. en 1900, contre 14.300 kilogr. Au contraire, il n'a été exporté, la même année, que 4.038.000 kilogr. de vernis à l'essence et à l'huile contre 4.239.000 kilogr. exportés. Pour les vernis gras, et, spécialement, pour les vernis employés par la carrosserie, les usines anglaises ont, en effet, une supériorité reconnue. 19/20 des derniers sont fournis par elles, malgré un droit d'entrée de 0 fr. 45 par kilogr.
Les vernis à Falcool acquittent un droit intérieur de consommation sur la proportion d'alcool qu'ils renferment. Les vernis à l'huile qui contiennent en même temps de 'alcool paient cette taxe à raison de 40 cent, par kilogramme. L. S.
BiBL. : A. Lt VACHE, Vernis et Huiles siccatives ; Paris, 1896. — Halphen, Couleurs et Vernis; Paris, 1894. — Nau- DiN, Fabincation des vernis ; Paris, s. d.
VERNISSAGE (Beaux- Arts). Dénomination s' appliquant au jour qui précède l'ouverture des Salons annuels et où les exposants sont admis à vernir les tableaux qui étaient trop frais pour subir cette opération quand ils ont été déposés. Par dérivation, cette expression désigne aussi la veille de l'ouverture au public des expositions d'objets d'art, où ne sont admis qu'un plus ou moins grand nombre d'invités ou de privilégiés ; c'est en quelque sorte une répétition générale. — En gravure, le vernissage consiste à passer à la surface d'un cuivre chauffé une boule de vernis que l'on étend aussi à chaud et à l'aide d'un tampon. Cette opération doit être exécutée rapidement, sans quoi le vernis, trop échauffé, brûle et ne peut plus résister à la morsure.
VERNISSON. Rivière du dép. du Loiret (V. ce mot).
VERNIX-Casoesa. Sébum qui recouvre le corps du fœtus (V. Foetus).
YERNIX. Com. du dép. de la Manche, arr. d'Avranches, cant. de Brécey ; 338 hab.
YERNGIÉ. Ville du Turkestan (V. Kopal).
VERNOIL. Com. du dép. de Maine-et-Loire, arr. de Baugé, cant. de Longue; 4.625 hab.
VER Nul S (Le). Com. du dép. du Jura, arr. de Lonsle-Saunier, cant. de Voiteur; 487 hab.
VERNOIS-LE-FoL. Com. du dép. du Doubs, arr. de Montbéliard, cant. de Saint-Hippolyte ; 453 hab.
VERNOIS-lès-Belvoir. Com. du dép. du Doubs, arr. de Montbéliard, cant. de Pont-de-Roide ; 428 hab.
VERNOIS-lès-Vesvres. Com. du dép. de la Côte-d'Or, arr. de Dijon, cant. de Selongey; 428 hab.
VERNOIS-sur-Mance. Com. du dép. de la Haute- Saône, arr. de Vesoul, cant. de Vitrey ; 504 hab.
VERNOLS. Com., du dép. du Cantal, arr. de Murât, cant. d'Allanche ; 382 hab.
VERNON, Com. du dép. de l'Ardèche, arr. deLargentière, cant. de Joyeuse; 320 hab.
VERNON. Ch.-l. de cant. du dép. de l'Eure, arr. d'Evreux, à la lisière de la forêt de Bizy, sur la rive g. de la Seine, mise en communication par un pont de vingtdeux arches avec son faubourg du Yerdonnet et avec la vaste forêt de Vernon; 8.492 hab. (6.954 aggl.). Stat. de croisement de la ligne de l'Ouest. Source minérale ; carrières de pierre à bâtir ; ateliers de constructions mécaniques et militaires; distillerie; produits chimiques. Eglise de Notre-Dame du xii® au xv® siècle (vitraux de la Renaissance) ; donjon du xiu® siècle. Vieilles maisons décorées de statues ; restes d'un pont du moyen âge sur la Seine. Dans la forêt de Bizy, belles cascades de la Tonnelle de Penthièvre. — D'origine féodale, Vernon fut cédée en 4496 à Philippe-Auguste. Patrie d'une « précieuse » célèbre, Anne de Vigne.
BiBL. : E. Mayer, Hist. de la ville de Vernon et de son ancienne châtellenie ; LesAndelys, 1875-77.
VERNON. Com. du dép. delà Vienne, arr. de Poitiers, cant. de La Villedieu; 946 hab.
VERNON (Thibaut de), chanoine de Rouen auxi^ siècle. Un de ses contemporains dit de lui, à la date de 4053, qu'il avait traduit du latin en vers français les vies de plusieurs saints « en les refondant avec une grande éloquence ». Ces traductions paraissent perdues : il n*y a en effet aucune raison sérieuse de lui attribuer, comme le fait V Histoire littéraire de la France, les deux récits romanesques intitulés le Miracle du clerc de Rouen et Y Aventure du chevalier. M. G. Paris a conjecturé qu'il pourrait être l'auteur de la Vie de saint Alexis y l'un des plus curieux et des plus anciens monuments de notre littérature au moyen âge. A. J.
BiBL. : Histoire littéraire de la France^ XIII, 112. — G. Paris, la Vie de saint Alexis ; Paris, 1872, pp. 44-51.
VERNON (Pierre de), poète français du xii« siècle dont il est resté les Enseignements d'Aristote, poème de 2.000 vers, correspondance imaginaire d'Alexandre et d'Aristote, où sont énumérées les qualités qui font un bon prince.
VERNON (Léonard Gay de), conventionnel français (V. Gay de Vernon).
VERNON-Harcourt (Sir William-George Granville), jurisconsulte anglais (V. Harcourt).
VERNON (Lee), femme auteur anglaise (V. Paget).
VERNONIA (F^/noma Schreb.) (Bot.). Genre de Com-posées- Vernoniées, formées d'herbes ou d'arbrisseaux des régions tropicales du globe, à feuilles opposées, à capitules tubuliflores, généralement hermaphrodites ; réceptacle nu ou lovéolé ; fruits (achaines) à i 0 côtes, surmontés d'une aigrette formée de soies lisses ou scabres, disposées sur deux rangs. L'espèce la plus importante est le F. conyza anthelminthica V^illd., ou Cattu Schiragamet Calageri des Hindous, dont les fruits (Semina calageri) sont préconisés, en poudre, comme anthelmintiques. ~ Le V.squarrhosa V^illd. {Serratula Scordium Lour.) est employé aux Indes orientales comme emménagogue, le F. Rheedii Kostl. comme stomachique et diaphorétique, le F. arbo-rescens Sw., aux Antilles, comme tonique digestif; il en est de même du F. odoratissima Kunth (Brésil), du F. linifolia Bl. (Java), du F. leptophylla DC. (Moluques) ; le F. prœalta Willd. et F. aliissima Nutt. sont, aux Etats-Unis, réputés alexipharmaques. D^ L. Hn.
VERNONVILLIERS. Com. du dép. de l'Aube, arr. de Bar-sur-Aube, cant. de Soulaines; 446hab.
VERNOSC. Com. du dép. de l'Ardèche, arr. de Tournon, cant. d'Annonay; 4.054 hab.
VERNOT. Com. du dép. de la Côte-d'Or^ arr. de Dijon, cant. d'Is-sur-Tille; 420 hab.
VERNOU. Com. du dép. d'Indre-et-Loire, arr. de Tours, cant. et à 4 kil. E.-N.-E. de Vouvray, sur la Brenne, sous-affl. de la Loire, par la Cisse, à 3 kil. de la Loire, ait. 55 m.; 4.848 hab. (4.975 aggl.). Stat. des chem. de fer de Paris à Bordeaux et de Tours à Sargé. Vins estimés. Curieuse église desxii^' et xv® siècles. Ruines appelées Palais de Pépin le Bref. Vernou existait déjà en 494 sous le nom de Vernadum.
VERNOU. Com. du dép. de Loir-et-Cher, arr. et cant. de Romorantin ; 948 hab.
VERNOU. Com. du dép. de Seine-et-Marne, arr. de Fontainebleau, cant. de Moret-sur-Loing ; 645 hab. Stat. du chem. de fer P.-L.-M.
VERNOUILLET. Com. du dép. d'Eure-et-Loir, arr. et cant. de Dreux; 577 hab.
VERNOUILLET. Com. du dép. de Seine-et-Oise, arr. de Versailles, cant. de Poissy; 824 hab. Stat. du chem. de fer de l'Ouest.
VERNOUX. Com. du dép. de l'Ain, arr. de Bourg, cant. de Saint-Trivier-de-Courtes ; 464 hab.
VERNOUX. Ch.-l. de cant. du dép. de l'Ardèche, arr. de Tournon; 2.942 hab. (4.454 aggl.). Filature de laine;
VëPxNOUX — VÉRONE
moulinerie de soie. Petit séminaire. Ruines du château de la Tourette, dominées par deux donjons.
VERNOUX. Com. du dép. des Deux-Sèvres, arr. de Parthenay, cant. de Secondigny ; 4.694 hab.
VERNOUX-suR-BouTONNE. Com. du dép. des Deux- Sèvres, arr. de Melle, cant. de Brioux-sur-Bou tonne ; 328 hab.
VERNOY (Le). Com. du dép. du Doubs,arr. et cant. de Montbéliard; 81 hab.
VERNOY. Com. du dép. de l'Yonne, arr. de Sens, cant. de Chéroy ; 396 hab. Stat. de chem. de fer.
VERNUSSE. Com. du dép. de l'Allier, arr. de Montluçon, cant. de Montmarault ; 549 hab.
VERO. Com. du dép. de la Corse, arr. d'Ajaccio, cant. de Bocognano; Q'îlQ hab.
VEROCZE. Comitat de Hongrie (Croatie-Slavonie), superf., 4.866 kil. q., 239.916 hab. (en 1900); au S. les montagnes Bilo-Papuk et Djel; le reste du comitat est plat et fertile ; la Drave forme de nombreux marais. Le comitat a 40 communes et une ville. Ch.-l. : Eszék.
VÉRON. I. Ichtyologie. — Poisson, très commun dans les eaux douces de France, appartenant au sous-genre Able. Corps presque cylindrique, écailles très petites enduites d'une couche épaisse de mucus. Le Véron est ordinairement verdâtre, avec des taches et des bandes noires sur les flancs ; les parties inférieures sont grisâtres. A l'époque de la reproduction (mai-juin), les parties supérieures deviennent d'un bleu métallique, la base des nageoires et une partie du ventre d'un beau rouge. La longueur moyenne "est de 8 cent. Il vit en sociétés nombreuses; sa chair, que l'on mange en friture, n'est pas très estimée.
II. Pèche. — Ce petit poisson vit en troupe dans les ruisseaux herbeux ; il se nourrit d'insectes, de débris végétaux ; très vorace, il détruit beaucoup d'œufs d'autres poissons. La ponte a lieu en mai et en juin par fond de sable ou de gravier, en des lieux où l'eau est peu profonde et bien courante. La pèche se fait à la ligne ou avec de petits filets. Le Véron est un des meilleurs appâts pour la pêche au vif de la truite et de la perche. E. S.
VÉRON. Com. du dép. de l'Yonne, arr. et cant. (N.) de Sens; 4.097 hab.
VÉRON (Louis-Désiré), publiciste et homme politique français, né à Paris le 5 avr. 4798, mort à Paris le 27 sept. 4867. Après de bonnes études médicales, il fut pourvu de la quasi- sinécure de médecin des musées royaux ; ayant gagné beaucoup d'argent dans le lancement d'une spécialité pharmaceutique, la pâte Regnault, il abandonna tout à fait la médecine pour le journalisme. Collaborateur de la Quotidienne, il fonda en 4829 la Revue de Paris y dirigea à partir de 4838 le Constitutionnel dont il rétablit la prospérité et qu'il vendit en 4852 à Mirés pour la somme énorme de 4.900.000 fr. Extrêmement intelligent, peu embarrassé de scrupules, il assurait le succès de toutes les entreprises où il s'intéressait. Directeur de l'Opéra (1834-35), il y eut une gestion des plus florissantes et fit représenter notamment ces chefs-d'œuvre : Guillaume Tell, Robert le Diable, la Juive. Véron avait soutenu dans ses journaux la politique ambiguë de Louis-Napoléon et applaudi au coup d'Etat du 2 Dec. Le 29 févr. 4852, il était élu au Corps législatif, avec l'estampille de candidat officiel, par la 9^ circonscription de la Seine. Une fois nommé, il fit une certaine opposition à l'Empire. Il se retira tout à fait de la politique en 1863. Il a laissé divers ouvrages, dont le plus connu est Mémoires d'un bourgeois de Paris (Paris, 4853-55, 6 vol. in-8), continués par les Nouveaux Mémoires d'un bourgeois de Paris (4866, in-8) ; ces Souvenirs, assez amusants, mais auxquels il ne faut pas toujours se fier, s'étendent de la fin du premier Empire jusqu'à 4863. Citons encore un roman : Cinq cent mille francs de rente (4855, 2 vol. in-8) ; Quatre ans de règne. Où allon$'7ious? (1857, in-8), brochure politique qui fit
grand bruit ; Paris en 1860. Les Théâtres de Pans depuis 1806 jusqu'en 1860 (4860, in-42).
VERON (Auguste-Joseph), marin et homme politique français, né à Saint-Servan le 4 janv. 4819. Aspirant de marine le 4^^ déc. 4837, il était capitaine de vaisseau le 34 déc. 4862. Il commanda en 4869 la division du littoral ouest de la France, fut nommé attaché naval à l'ambassade française de Londres (4874), contre-amiral (4 874), placé à la tête de la division d'Extrême-Orient de 4875 à 4878, promu vice-amiral en 4880. Préfet maritime de Rochefort Tannée suivante, retraité en 4884, il fut élu au Sénat, comme monarchiste conservateur, par le dép. d'ÏUe-et- Vilaine (juin 4885) ; il y a siégé jusqu'en 4897. II critiqua le traité du 47 déc. 4885 avec les Hovas de Madagascar (V. ce mot), vota contre la loi d'expulsion des princes, contre la nouvelle loi militaire, contre le rétablissement du scrutin d'arrondissement, contre la procédure de la haute cour dans le procès du général Boulanger ; il s'est, en un mot, constamment associé à la politique de l'extrême droite. H. Monin.
VÉRON (Pierre), publiciste français, né à Paris le 49 avr. 4834, mort à Paris le 2 nov. 4900. Ses études terminées, il débuta dans la littérature par un volume de vers : les Réalités humaines (Paris, 1854, in-42). Collaborateur de la Revue de Paris, de la Chronique, \\ entra en 4858 au Charivari dont il devint rédacteur en chef en 4865. Il conserva ces fonctions jusqu'en 1899, écrivant chaque jour un article satirique, d'une verve mordante et de bon aloi. Pierre Véron était une des personnalités les plus en vue de ce qu'on appelle le « Tout Paris ». Son appartement de la rue de Rivoli fut longtemps le rendez-vous des littérateurs, des artistes, des hommes politiques les plus connus. C'est lui qui encouragea les débuts d'Alphonse Daudet. Véron écrivait trop pour qu'on puisse espérer trouver dans ses ouvrages beaucoup de profondeur et d'originalité. Mais son nom restera comme celui d'un des chroniqueurs les plus brillants d'une époque qui en a produit d'excellents. Il a surtout bien rendu l'aspect ondoyant, frivole, spirituel et sceptique de ce Paris qu'il adorait « jusqu'en ses verrues ». Citons de lui: la Famille Hazard (Paris, 1865, in-42); la Foire aux grotesques (4865, in-42) ; les Gens de théâtre (4862, in-42) ; les Marionnettes de Paris (iS6^,m-8); Paris s'amuse (4861, in-42) : le Pavé de Paris (4865, in-42) ; les Souffre- Plaisir (1862, in-42); la Boutique à treize (1869, in-12); les Grimaces parisiennes (4869,in-12); la Mythologie parisienne (iS61 ,ïnA'ît) ; les Pantins du boulevard (1868, in-42) ; Paris a tous les diables (4875, in-42) ; Paris comique sous le second Empire (1873, in-42) ; les Chevaliers du macadam (1878, in-42) ; les Coulisses artistiques (4876, in-12); les Mangeuses d'hommes (4878, in-42); les Mémoires des passants (4882, in-42) ; Nos Bons Contemporains (4878, in-42) ; Paris qui grouille (4884, in-12) ; Paris vicieux (1886-8, 6 vol. in-42) ; la Vie galante (4888, in-42) ; les Propos d'un boulevardier (1888, in-12) ; Paris amoureux (1891, in-12) et quelques petites comédies, entre autres la Confession d'un enfant du siècle, en collaboration avec Henri Rochefort, et les Affolés, en colîab. avec Gondinet.
VÉRON-DuvERGER (Alexandre- Jacques), jurisconsulte français (V. Du verger).
VERONE.-Ï. Ville. — Ville de l'Italie septentrionale, ch.-l. de la province de ce nom, la plus importante de la Vénétie après Venise. Elle est située à 74 m. d'alt., au pied du dernier contrefort des Alpes, sur le cours torrentiel de TAdige, gui y forme un coude très prononcé. Sa position géographique lui a donné de tout temps une grande importance militaire et économique. Située au débouché du passage du Brenner, qui aboutit de l'autre côté à Insbriick et en Bavière, sur le cours de l'Adige, qui forme une voie naturelle vers le Pô, elle est à mi-chemin sur la grande route des invasions et du commerce ; placée entre
VÉRONE - YÉRONÈSE
la Lombardieet la Vénétie, elle commande ces deux provinces. Aussi a-t-elle toujours été et est- elle restée une place forte de premier ordre. Sa population était en 1901 de 74.261 hab. C'est le chef-lieu du 5® corps d'armée, et le siège d'une préfecture, d'un tribunal et d'un évéclié. Elle est entourée de forts détachés, datant pour la plupart de la domination autrichienne, qui en font la place la plus forte de l'Italie du Nord. Au point de vue économique, elle est favorisée par les lignes de chemin de fer qui s'y croisent : au N., celle d'Ala qui traverse le Brenner et pénètre en Allemagne; à l'O., celle de Milan-Turin ; à TE., celle de Venise ; au S., celle de Mantoue-Modène qui se prolonge sur Rome ; au S.-E,, celle de Rovigo : aussi sa principale entreprise industrielle est-elle un immense atelier de réparations pour chemins de fer, qui emploie près de 1.200 ouvriers. Les principaux articles de commerce sont : la soie, le vin et les raisins.
L'Adige, que traverse sept ponts, divise Vérone en deux villes inégales : Vérone proprement dite sur la rive droite, et Veronetta sur la rive gauche. La première est l'une des plus pittoresques de l'Italie. Le centre et le cœur de la cité est la piazza délie Erbe, de forme ovale, située sur l'emplacement de l'ancien forum. Au centre, une colonne de marbre, surmontée d'un lion ailé, y symbolise, comme dans toutes les villes de la Vénétie, l'antique domination de Venise, et une fontaine monumentale supporte une statue de la cité ; sur le côté s'élève la tour de l'Horloge, haute de 83 m. La piazza dei Signori, toute voisine, est ornée d'une statue de Dante Alighieri et bordée par un des plus beaux édifices du commencement de la Pvenaissance. C'est l'ancien hôtel de ville, appelé palazzo del Consiglio ou loggia, bâti par fra Giocondo entre 1476 et 1493, restauré en 1873, surmonté de magnifiques statues. Derrière cette place se trouve enfin le fameux tombeau des Scaliger (1273-1370), mausolée de marbre qui recouvre les restes de cinq membres de l'illustre famille délia Scala. « Le style gothique qui, du haut des monts, descend à Mi» lan, et de tous côtés imprègne l'architecture italienne, vient se déployer pur et complet dans les monuments des derniers seigneurs. Le riche et délicat enchevêtrement de formes tortillées, évidées et aiguës, la transformation de la matière pesante en filigrane de dentelles, le multiple et le complexe, voilà ce que recherche le goût nouveau. » (Taine, Voyage en Italie). Ayqc la piazza délie Erbe, le second pôle de la vie véronaise est la piazza Vittorio Em manuele (autrefois Brâ), C'est moins une place qu'une vaste esplanade semée de monuments très divers. Au centre s'élève un des monuments romains les mieux conservés du monde, V Arène, vaste amphithéâtre ovale, édifié sous Dioclétien (290 av. J.-C), long de 153 m., large de 122, haut de 32, et pouvant contenir 22.000 spectateurs; à ses pieds se dresse une statue équestre de Victor-Emmanuel, parBorghi (1883). Au S.-O. se trouve le municipio ou hôtel de ville, lourde construction moderne. Au S.-E. s'ouvre le large et monumental cours Victor-Emmanuel, qui conduit à la gare de Vérone et contient encore un grand nombre d'églises remarquables. Le duomo ou cathédrale (1187) est un édifice gothique, remarquable par un magnifique portail en style roman, des fresques de Torbido, une Assomption du. Titien, et un campanile inachevé d'après San Mickeli; à côté, le vieux baptistère roman, ^an Giovanni in fonti (xii® siècle), contient des fonts curieux. San Zeno Maggiore, basilique à trois nefs, sans voûte, est la plus belle éghse romane de la haute Italie ; on y admire un célèbre tableau d'autel de Mantegna (1459), et une haute tour (1045-1178) ; San Bernardino (1452) est remarquable surtout par la célèbre chapelle Pellegrini, œuvre de San Micheh (1557); San Giorgio Maggiore date du commencement du xiv® siècle et présente une curieuse façade, décorée de marbres et d'ornements en terre cuite; Sauf Anastasio (1290-1450), de style gothique, a un riche portail et contient de beaux tableaux ; Sap Giorgio in Braida, de style Renaissance,
est aussi comme un musée de tableaux de peintres de Vérone et de Brescia, surtout de Paul Véronèse. Les monuments civils sont moins intéressants, à part quelques vieux palais de famille (Beuilacqua, Canossa, Bompei, Maffei, Giusti). Le castel San Pietro, situé sur la rive gauche et transformé aujourd'hui en caserne, domine toute la ville. La porte Borsari, construite en 265 par l'empereur Galien, Varco dei Leoni, sont de curieux monuments romains.
Histoire. — Vérone semble une des plus anciennes villes de lltalie, bien qu'on ne sache au juste si elle a été fondée par les Rhétiens, les Euganéens et les Cénomans. Colonie romaine en 89 av. J.-C., elle était déjà florissante sous l'empereur Auguste. Décius y battit l'empereur Philippe (249) ; Constantin, Pompéianus, général de Maxence (312), etStilicon, Alaric (452j. Elle devint ensuite la résidence de l'empereur Théodoric, qui y avait battu Odoacre en 489. Prise en 568 par Alboin, roi des Lombards, elle tomba ensuite sous la domination des Francs. Dans la lutte contre Frédéric Barber eusse, elle se mit à la tête de la ligue des villes lombardes. La rivahté de deux grandes familles, celle des Montecchî ((iibeKns) et des San Bonifacio (Guelfes), aboutit au XIII® siècle au triomphe desEzzelini. Après la mort d'Ezzehno da Romano, les Véronais choisirent pour podestat Mastrino délia Scala, dont la famille régna sur la ville pendant 127 ans, et lui fit atteindre sous Can Grande (1312-29) son plus haut degré de prospérité. L'indépendance de Vérone se termina à la fin du xiv® siècle. Elle tomba en 1387 sous la domination de Milan, en 1405 sous celle de Venise, en 1797 sous celle de la république cisalpine, puis du royaume d'Italie; de 1801 à 1806, elle fut coupée en deux par la frontière d'Autriche, qui suivait l'Adige. En 1814, elle redevint autrichienne iusqu'enl866. D'oct. à déc. 1822 s'y était tenu le fameux congrès où la Sainte Alliance décida d'intervenir en Espagne.
II. Province.—- La prov. de Vérone, limitée à TE. par celle de Vicenceet de Padoue, au S. par celles de Rovigo et de Mantoue, à l'E. par celle de Brescia, au N. par le Tirol, a une superficie totale de 3.078 kil.q., et comprenait, en 1901, 422.355 hab., soit 137 par kil. q. Elle est divisée en onze distrit'.ts : Bardolino, Caprine Véronèse, Cologna Veneta, Isola délia Scala, Legnago, San Bonifacio, Sanguinetto, San Pietro in Cariano, Tregnago, Vérone et VÎllafranca di Verona. Couverte de montagnes dans sa partie septentrionale (le Montebaldo atteint 2.200 m.), elle forme au S. une plaine arrosée par rx4dige et le Mincio. Les principales productions sont le raisin, le maïs, les céréales, la pomme de terre, la soie, le bétail et le marbre» Les forêts couvrent 21.000 hect. A. Pingaud.
BiBL. : Maffei, Verona lllustrata, 1732, i vol. ~ Perini, Storia di Verona, dallllO et 1822, 1873-75, 3vol.
VÉRONÈSE (PaoloCALiÂRi, dit Paul), peintre italien, né à Vérone (d'où son surnom) en 1528, mort à Venise le 19 avr. 1588. Le septième des dix enfants d'un sculpteur ornemaniste, Pierodi Gabriele, dont les ascendants avaient exercé la même profession, il commença par travailler dans l'atelier de son père. Il y acquit une habileté de modeleur pour les figures et les ornements en relief, dès lors en usage comme encadrements des peintures décoratives, qu'il ne perdit jamais. Au xviii® siècle, Mariette montrait, dans sa collection, comme preuve du talent sculptural de Paolo, une maquette en terre cuite, Vénus et Adonis. Néanmoins, l'enfant manifesta si vite et si vivement sa prédilection pour la peinture que son père n'hésita pas à le placer comme apprenti, garzone, chez leur compatriote, Antonio Badile, d'une vieille famille de peintres locaux. Il étudia alors, avec les œuvres de son maître, qui devait plus tard devenir son beau-père, cellesdes autres Véronais répandues dans la ville et dans sa banlieue, les fresques ou tableaux de Falconetto, Domenico et Francesco Morone, Girolamo dai Libri, Caroto, Francesco Torbido, etc. Les ouvrages de Cavazzola (Paolo Moranda) et de Domenico Brusasorci, qui semblent l'avoir
VËRONÈSE
surtout frappé, lui enseignèrent déjà la vivacité et l'élégance dans les figures, la dignité et le naturel dans les expressions, l'éclat et l'harmonie dans le jeu des colorations. Chez eux aussi, il trouvait des encouragements pour son amour du paysage lumineux comme chez Badile pour son goût des belles perspectives, en attendant que la vue des splendeurs naturelles et architecturales de Venise développât chez lui, plus complètement, cette passion ardente pour les beautés de la nature extérieure et de l'art, en même temps gue sa passion pour les beautés de tous les êtres animés et de toutes les réalités vivantes.
Paolo, avant sa vingtième année, avait déjà signé plusieurs retables dans les églises de Vérone et décoré plusieurs façades de maisons qui l'avaient mis en réputation. En 1551, l'illustre architecte San Micheli, son compatriote, le chargea, avec Battista Zelotti, son cadet de quelques années, de décorer la villa Soranza, près de Castelfranco, qu'il venait de construire. Le jeune homme y fit preuve d'une telle habileté que, Tannée suivante, le cardinal Ercole Gonzaga lui commanda un tableau pour la cathédrale de Mantoue, la Tentation de saint Antoine (musée de Caen). Bientôt, il décora avec la même rapidité et le même succès la villa Emo, à Fanzuolo (prov. de Trévise), construite par Palladio, et le palais du Collatéral, à Thiem. Dans ce dernier édifice, toujours aidé par Zelotti, il s'enhardit à traiter, dans une manière déjà très libre et personnelle, plusieurs épisodes, héroïques ou romanesques, de l'histoire ancienne (Xerxès recevant les présents de Cyrus; le Mariage de Massinissa et de bophonisbe ; Mucius Scéuola se brûlant le poing ; le Festin d'Antoine et de Cléopâtre), dans les salles du rez-de-chaussée. Au premier étage, dans la grande salle, il représenta des scènes de la vie contemporaine, festins, chasses, bals, promenades, dont les acteurs étaient les habitants même de la villa, leurs hôtes, leurs amis, leurs serviteurs.
Sa réputation toujours grandissante engagea alors son compatriote, le P. Torlioni, prieur de Saint-Sébastien à Venise, à le faire venir auprès de lui. En 1555, il inaugura, par le plafond de la sacristie, le Couronnement de la Vierge, la série des chefs-d'œuvre qui devaient faire de cette petite église un lieu de pèlerinage pour tous les peintres des âges postérieurs. Vinrent ensuite les trois plafonds de la nef, Esther présentée au roi Assuérus, le Couronnement d' Esther, le Triomphe de Mardochée, qui, commandés le 1®^ déc. 1555, étaient achevés onze mois après, le 31 oct. 1556. Le vieux Titien, qui vint les voir, saisi d'admiration, embrassa le jeune homme : « Paolo, lui dit-il, tu es l'honneur de la peinture vénitienne ! » Dès lors, le nom de Paolo Véronèse était populaire à Venise. Le jeune artiste ne pouvait hésiter ; il se fixa dans cette ville admirable où l'activité du port, le mouvement des canaux et des ruelles, la grâce et la gaieté de la population, la somptuosité des installations patriciennes, le luxe et la variété des costumes, la fréquence et la splendeur des cérémonies publiques et des fêtes particulières, la magnificence de la nature et la liberté des mœurs offraient à son observation éveillée et à son imagination avide un inépuisable champ de travail et de création. Titien et Sansovino l'y décidèrent d'ailleurs en le désignant, avec six autres peintres déjà célèbres, pour prendre part à la décoration du plafond, dans la grande salle de la Libreria. Avant d'abandonner sa ville natale, Paolo, toutefois, alla y repasser quelques mois. L'église [Santa Maria délia Vittoria {Déposition de Croix), le musée municipal (Pot'" trait de Pace Guarienti) et d'autres édifices de Vérone conservent les souvenirs de ce séjour.
Une prime avait été offerte par la république sérénissime pour le peintre de la Libreria dont les œuvres seraient estimées les meilleures par un jury d'artistes. Cette prime, un collier d'or, décernée à Paolo Véronèse
pour ses trois allégories (la Musique, la Géométrie et r Arithmétique, VHonneur) lui fut publiquement remise par Titien. Dès lors, le Véronais devient le peintre à la mode, le décorateur favori des nobles et des ecclésiastiques, à Venise et dans les provinces de terre ferme. Les commandes de toute espèce, fresques ou tableaux, sujets profanes ou sujets sacrés, allégories ou portraits, lui affluent de toutes parts. Sa fertilité d'invention, sa prestesse de main, sa sûreté de science et de goût, son aisance merveilleuse à transporter dans le monde idéal des visions symboliques toute la beauté et toute la force des créations réelles et vivantes, aussi bien qu'à les fixer, à d'autres moments, sur la terre, dans la franche vérité de leurs apparences, lui permettent de suffire à tout. Soit qu'il ranime les scènes de l'histoire, de la légende, de l'allégorie par l'intervention libre et aisée de figures contemporaines, soit qu'il ennoblisse les scènes mêmes de la vie contemporaine par la simplicité douce et heureuse avec laquelle il les sait voir, il exalte et poétise, sans effort, sans manière, tout ce qu'il conçoit, observe, représente, dans l'enchantement irrésistible d'une orchestration incomparable de tonalités, à la fois brillantes et douces, vigoureuses et délicates, d'autant plus séduisante et pénétrante que la prodigieuse virtuosité du coloriste s'y développe, comme celle des grands artistes de la Grèce antique, avec une aisance plus naturelle et plus heureuse. Au Palais Ducal, c'est, dans la salle du Grand Conseil, Frédéric Barberousse reconnaissant comme chef de l'Eglise le pape Octavien (détruit dans l'incendie de 1577), puis, dans la salle délia Bussola, le plafond de Saint Marc couronnant les Vertus théologales (musée du Louvre), les décorations de la Casa Nani alla Giudecca, du palais Erizzo à San Casciano, du palais Trevisani à Murano, etc. En 1560, il se rend à Rome sur l'invitation du procurateur de Saint-Marc, Girolamo Grimani ; il y séjourne environ deux ans,
Quels travaux fit-il à Rome où il ne resta sans doute pas inactif? Nous n'en savons rien ; mais notre musée du Louvre possède un témoignage bien significatif de l'impression qu'exercèrent sur le Véronèse, dans la ville éternelle, comme sur tous ses contemporains, l'art de l'antiquité et l'art de ses grands prédécesseurs, Michel- Ange et Raphaël. Le plafond du Jupiter foudroyant les Vices, peint, au retour de Rome, pour la salle du Conseil des Dix, abonde en souvenirs de sculptures antiques et de figures du Vatican, qu'on y remarqua dès son apparition. Dans ce commerce direct avec les œuvres les plus puissantes des siècles passés et du siècle présent, le génie souple et ouvert du peintre s'était encore enrichi et enhardi. Désormais, sans rien perdre de son aisance et de sa séduction, il se sent prêt, même sur ses toiles, qu'il agrandit chaque jour, à donner encore à son imagination infatigable des développements inattendus.
C'est à cette époque, entre 1561 et 1570, qu'il immortalisa le luxe et la splendeur de Venise, la dignité de ses patriciens, la beauté de ses femmes, l'éclat de ses cérémonies, en peignant, sur des toiles colossales, sous des prétextes religieux, pour des réfectoires de couvents, cette série célèbre de banquets somptueux, les Cènes, Déjà, avant de partir pour Rome, en allant faire ses adieux à ses compatriotes de Vérone, il leur avait laissé, dans le réfectoire du S. Nazzaro, un premier essai en ce genre, la Madeleine ou le Repas de Simon le Lépreux (auj. musée de Turin), mais les Noces de Cana (musée du Louvre) allaient bientôt le faire oublier. Cette immense toile, commandée le 6 juil. 1562 par les Pères de San Giorgio Maggiore, était en place au mois d'oct. 1563. Le peintre avait reçu 300 ducats et, durant son travail, ses repas avec une pièce de vin. Pour lutter avec le luxe et les dorures du réfectoire construit par Palladio, le Véronèse avait déployé, dans sa peinture, une magnificence