‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 430 sur 633 · VERSAILLES · texte numérisé non relu

VERSAILLES

l'imita dans un goût que le lieu justifiait d'ailleurs pleinement, et en 4627 acheta la terre à Jean de Soisy qui en était alors seigneur. C'est de ce moment que l'on peut dater l'acte de naissance de Versailles actuel, encore que le château que le roi s'y fit construire fût un édifice de médiocre importance, mais Louis XIV qui voulait quitter la résidence de Saint-Germain parce que, a- t-oii prétendu, il apercevait de là les flèches de l'abbaye de Saint-Denis, son futur tombeau, Louis XIV n'aurait peut-être pas jeté les yeux sur Versailles si son père ne l'avait pas choisi avant lui, et il est utile de noter qu'il tint, dans la nouvelle et somptueuse construction qui est la gloire de Mansart, à respecter et à conserver le manoir élevé par Louis XIIL

C'est en 1661 que commencèrent les travaux, et en 1672 qu'ils furent achevés. L'abbé Lebeuf place au mois de févr. 1672 l'époque des premières déclarations royales datées de Versailles. On peut dire que c'est aussi de ce moment là que date la ville. Le service du roi et de la cour, l'intérêt qu'avaient les courtisans à être aussi près que possible du Maître, déterminèrent aussitôt la construction de nombreuses maisons, et d'ailleurs Louis XIV lui-même en fit élever pour ses officiers, en même temps qu'il accordait des privilèges en faveur des maisons nouvellement bâties, et qu'il prenait des dispositions pour les conditions d'alignement et de hauteur à leur appliquer, car lès maisons seigneuriales, pas plus que les habitations particulières, ne devaient avoir plus d'un étage, afin de ne pas même paraître avoir, aux environs du château royal, quelque air de grandeur. Enfin, la brique et l'ardoise furent prescrites comme matériaux de construction. Seul, le château deClagny fit exception à cette règle d'humilité ; sur l'emplacement d'un ancien manoir féodal qui au xYi® siècle avait appartenu à Pierre Lescot, Louis XIV chargea Mansart d'élever un palais aussi somptueux que son château même ; il était destiné à M^'"' de Montespan, qui l'occupa en effet, et y donna des fêtes fastueuses. Clagny fut transmis par elle à son fils, le duc du Maine, mais abandonné par ce dernier au profit de Sceaux, le monument ne tarda pas à tomber en ruines et fut démoli par ordre du roi en 1769.

Revenons à Versailles même. Sa prospérité ne fit que s'accroître jusqu'à la fin de l'ancien régime. L'église Saint- Julien, paroisse originelle, construite dans le quartier du vieux Versailles qu'on nomma plus tard quartier du Parc-aux-Cerfs, fut démolie en 1679 et remplacée par les bâtiments du grand commun, dont la chapelle servit provisoirement aux habitants de ce quartier. Pour le nouveau Versailles, situé au N. et à l'E. du château, Louis XÏV fit élever en 1680 V église paroissiale Noti'e-Dame. Sous Louis XV, on bâtit pour remplacer l'église Saint- Julien, d'abord une chapelle* sise rue Satory, sur l'emplacement de l'évêché actuel, puis, comme cet édifice était encore insuffisant, une somptueuse église, dédiée à Sainl- Louis, qui est la cathédrale actuelle. La première pierre en fut posée le 12 juin 1743, et onze ans plus tard, l'église était livrée au culte. Versailles s'agrandit et s'embellit encore durant le règne de Louis XV. Tout un quartier se construisit sur l'emplacement du château de Clagny, démoli, comme nous venons de le dire, en 1769 ; c'est le quartier de la rue Duplessis, du boulevard de la Reine, de la rue d'Angivillier, de la rue du parc de Clagnv. En outre, à dater du 1®^ janv. 1787, la paroisse de Montreuil fut annexée à la ville qui, la même année, eut le droit d'être administrée par une municipalité alors que, jusque-là, elle était placée sous l'autorité exclusive d'un gouverneur-bailli nommé par le roi. La population était alors d'environ 60.000 hab.

Cette année 1787, si importante pour Versailles au point de vue municipal, ne le fut pas moins dans l'ordre politique. L'Assemblée des Notables s'y réunit le 22 fév., et c'est de ce moment qu'on est en droit de dater la Révolution, car les Notables décidèrent la division de la

France en départements régis par des assemblées locales sous le contrôle d'une assemblée provinciale correspondant au territoire d'une généralité. Sous ce régime, trop peu étudié jusqu'ici, Versailles devint le chef-heu d'un arrondissement du dép. de Saint-Germain, faisant partie de la province de l'Ile de France. Trois ans plus tard, la ville devenait chef-lieu du dép. de Seine-et-Oise, formé d'un territoire au centre duquel était Paris qui, à l'origine, devait constituer à lui seul un département ; mais sur les réclamations des représentants de la capitale, on adjoignit à Paris une banlieue prise dans un rayon de trois lieues à partir de Notre-Dame, et c'est ce qui explique comment le dép. de la Seine constitue une enclave circulaire au milieu de celui de Seine-et-Oise.

Les événements de 1789 dont Versailles fut le théâtre sont dans toutes les mémoires : la réunion des Etats généraux, le 5 mai, le serment du Jeu de paume, le 23 juin, la nuit du 4 aoùt^ les banquets hostiles aux idées nouvelles qui ont lieu le 1®^' et le 3 octobre ; enfin, la dramatique invasion des Parisiens qui» le 5oct., pénètrent dans le château par la force et ramènent le lendemain à Paris comme leurs prisonniers le roi et la reine. Le départ de la cour, en diminuant considérablement le chiffre de la population, et surtout en supprimant les éléments les plus importants d'activité et de vitalité, fit désormais entrer Versailles dans Un état de calme presque léthargique qui n'a plus été que rarement interrompu par des faits d'une gravité exceptionnelle. Le 9 sept. 1792, un convoi de prisonniers venant d'Orléans fut massacré dans les rues de la ville par une bande de misérables venus de Paris pour accomplir cet abominable forfait. En 1814 et en 1815, Versailles fut occupé par l'armée des Alliés ; la seconde invasion lui fut particulièrement douloureuse, car pour se venger d'une défaite que le général Exelmans leur avait infligée dans la plaine de Saint-Antoine, les Prussiens mirent la ville au pillage. Le 10 juin 1837 fut un jour de fête pour la cité, et en même temps le point de départ d'une source de prospérité, car c'est celui de l'inauguration du musée consacré dans le château par Louis-Philippe à toutes les gloires de la France. Trois ans après, la ville eut à se réjouir d'être rehée à Paris par les deux chemins de fer dits de la rive droite et de la rive gauche en raison de remplacement de leurs gares d'arrivée à Paris. Napoléon IIÏ ne résida pas plus à Versailles que ne l'avaient fait ses prédécesseurs ; il semble que le souvenir de Louis XVI ait inspiré quelque crainte superstitieuse aux souverains qui vinrent après lui. L'année si justement appelée terrible fut pour la cité de Louis XIV l'époque la plus cruelle qu'elle eût encore connue : du 18 sept. 1870 au 7 mars 1871, la ville fut occupée par les Allemands, qui en firent leur quartier général, et, humiliation suprême, c'est dans les murs du château, c'est dans la galerie des glaces que s'accomplit le 18 janv. la cérémonie du couronnement de l'empereur d'Allemagne.

Puis survint la guerre civile, et le nom de Versailles demeure celui du gouvernement qui eut mission de combattre le mouvement communaliste de Paris et de rétablir la paix. Ce rapide exposé des annales versâillaises se termine heureusement par le souvenir de deux événements glorieuxpour elles : la célébration, le & mai 1889, du centenaire de la Révolution, puis la réception au château, le 8 oct.1896, de l'empereur et de l'impératrice de Russie par le gouvernement français.

Monuments. — Le château, que les Versaillais nomment plus volontiers le palais, est sans contredit un des monuments les plus remarquables de la France entière, tant par lui-même que par les événements solennels dont il a été le théâtre, et de nos jours, par les richesses d'art incomparables qui y sont accumulées. La construction, avons-nous dit, en fut commencée en 1661, sous la direction de Le Vau, et achevée en 1682 ; il est prouvé que le roi examina tous les plans, suivit l'exécution de tous

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les travaux, et rien ne fut fait qu'il ne l'eût approuvé. Jusqu'en i 668, ce n'était qu'une maison de plaisance; mais Louis X[V songea alors à en faire sa principale résidence, et Mansart, qui avait succédé à Le Vauen 4676, ne pouvant décider le roi à démolir les vieilles construc-

tions, dut les entourer d'une « enveloppe » pour doubler la profondeur de l'édifice. Sur l'immense place d'Armes, à laquelle aboutissent les trois majestueuses avenues de Paris, de Saint-Cloud et de Sceaux j s'ouvre une grille précédant une très vaste cour que les bâtiments du château

Château de Versailles.

rétrécissent dans sa partie occidentale, de façon à former une seconde cour carrée que l'on nomme la cour de marbre, et qui précède la façade du corps principal du château. Ce corps de logis représente à peu près l'emplacement du château primitif de Louis XIII; aussi paraît-il un. peu étriqué par rapport aux ailes démesurément longues qui l'accompagnent à droite et à gauche, mais ce n'est un défaut qu'en plan, carde la cour les ailes n'apparaissent pas au visiteur, et du côté du parc, les bâtiments se trouvant à l'alignement offrent un développement parfaitement harmonieux. Le souvenir de

Louis XIV est tout entier dans cette partie centrale ; après qu'on a gravi l'escaiier de marbre , on trouve successivement les salons célèbres de la Paix, de Diane, de Mercure, d'Apollon, de la Guerre , de l'OEilde-FJœuf, puis la chambre de Louis XÏV avec son propre lit, solennel comme un trône, et le salon du Conseil.

En arrière, prenant jour sur le parc est l'admirable galerie des Glaces, longue de 72 m., décorée de compositions de Lebrun.

Les petits appartements occupent les deux ailes de bâtiments qui encadrent la cour de marbre ; à gauche, c.-à-d. au S., sont, au premier étage les coquets et charmants salons où Marie-Antoinette vivait presque constamment, d'où elle se réfugia chez Louis XVI quand lé peuple envahit le palais, le 5 oct. 4789, et où elle ne revint plus. Au rez-de-chaussée étaient les appartements dits du dauphin, qui ont été récemment restaurés et aménagés en salles de musée ; ils renferment des œuvres picturales de premier ordre. A droite de la cour de marbre sont les petits appartements de Louis XV, aménagés en partie sur l'emplacement d'une ancienne galerie décorée par Mignart et de l'escalier dit des Ambassadeurs, détruit en 4752; on montre dans une des pièces une fenêtre masquée par

Plan du Parc de Versailles (Echelle de 1/40.000").

laquelle le roi pouvait, sans être vu, voir tout ce qui se passait dans la cour du château. Au-dessus, sont situés les appartements de M^^^ du Barry, l'atelier de serrurerie de Louis XVI, etc.

Tel est à grandes lignes, le château proprement dit. Il est, avons-nous dit, accompagné de deux ailes ayant chacune un développement de 420 m., et qui constituent la partie principale du musée créé par Louis-Philippe. L'aile gauche contient les tableaux représentant les principaux événements militaires ; dans l'aile droite sont les œuvres

de peinture et de sculpture relatives à l'histoire de la France et à ses monuments.

A cette aile se rattache la chapelle , chefd'œuvre de Mansart, terminée en 4740. A l'extrémité N. de l'aile de droite se trouve la salle de spectacle du château, construite par Gabriel; de 4 874 à 4875, elle fut le siège de l'Assemblée nationale ; puis de

4875 à 4879, celui du Sénat. A l'extrémité opposée du palais, aurez-de-chaussée de l'aile méridionale fut construite, en 4875, une salle pour la Chambre des députés, aujourd'hui salle du Congrès, qui sert aux réunions plénières du Parlement.

Ajoutons que le musée et les appartements historiques du château de Versailles sont ouverts gratuitement aux visiteurs tous les jours, sauf le lundi.

La cour d'honneur est ornée au centre de la statue équestre de Louis XIV par Petitot, et sur les côtés, de seize statues de personnages célèbres, dont douze servirent pendant quelque temps à la décoration du pont de la Concorde. Jugées trop massives, elles furent transportées à Versailles où elles ne font pas meilleur effet.

Les jardins sont dignes du palais par leur ordonnance parfaite, encore qu'un peu froide, et sont l'œuvre la plus heureuse qu'ait accomplie Lenôtre. Dans l'axe de la fa-

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