VÊTEMENT
et les bas violets. Mais la force des anciens usages prévalut contre ces dispositions. Conformément à un arrêté des consuls du 47 nivôse an XII, une décision ministérielle du 44 nov. 4806 porte que « en fixant le costume que les ecclésiastiques doivent porter hors des lieux où ils sont en fonctions, c.-à-d. hors des Heux où ils exercent leur ministère, la loi du 48 germinal n'a point abrogé le costume que les canons leur recommandent de porter dans le territoire et dans les lieux où ils exercent des fonctions qui sont de tous les jours et de tous les instants ». On en a conclu que dans le territoire où ils exercent leur ministère, ils peuvent porter la soutane, qui est le costume prescrit par les canons, règlements et usages de l'Eglise. D'autre part, la jurisprudence a appliqué aux habits et ornements dont les ecclésiastiques usent dans les cérémonies et au costume qu'ils ont le droit de porter habituellement dans les lieux où ils exercent leurs fonctions l'art. 259 du Code pénal, qui punit d'un emprisonnement de six mois à deux ans toute personne qui aura publiquement porté un costume, un uniforme ou une décoration qui ne lui appartient pas. Elle a, de plus, décidé que le port, par un prêtre, du costume ecclésiastique que son évêque lui a interdit, par voie disciplinaire, constitue le délit prévu par cet article. Pour justifier cette dernière extension, il a fallu prétendre que l'interdiction faite à un prêtre de porter le costume ecclésiastique ne porte aucune atteinte au caractère indélébile de la prêtrise. On a dit que le costume n'est point inhérent à la qualité de prêtre, mais seulement aux fonctions que le prêtre remplit; or, ces fonctions pouvant lui être interdites, le costume, qui en est le signe extérieur, doit conséquemment pouvoir lui être interdit aussi. Pourtant, il semble bien que cet argument, qui lie le droit de porter le costume ecclésiastique aux fonctions qu'un prêtre exerce en certains lieux, donne raison à ceux qui veulent lui interdire ce costume dans les lieux où il n'exerce aucune fonction. — Suivant les maximes du droit canonique, la soutane est pour le prêtre le symbole d'un caractère indélébile ; elle ne peut lui être enlevée que par une déposition réelle et une dégradation canoniquement accomplies (V. ces
mots). E.-H. VOLLET.
III. Hygiène. — L'usage du vêtement ne repose que sur des besoins conventionnels, variant selon les latitudes et les mœurs des peuples. Dans notre monde civilisé, il fait partie inhérente de l'individu et rentre, tout au moins par son côté pratique, dans le domaine de l'hygiène. Le vêtement a pour but de mettre le corps à l'abri des différences de température et de le protéger contre les chocs, les frottements, les poussières, etc. Dans nos climats, la surface du corps est plus chaude que l'air ambiant, sauf quelques exceptions ; elle cède de sa chaleur aux objets environnants par rayonnement et par conduction. Les expériences de Weistre, de Ch. Richet sur les animaux à fourrures, que l'on peut comparer aux hommes habillés, ont prouvé la gravité de la perte de chaleur par la peau nue. Les moutons tondus, tout en mangeant autant qu'avant la tonte, maigrissent, parce qu'ils emploient à faire de la chaleur, les aliments qu'ils eussent convertis en viande. Richet en déterminant l'intensité du rayonnement du lapin rasé a reconnu qu'il fait dévier l'aiguille ^alvanométrique d'une valeur de 8°, 5, et celui d'un lapin non rasé de 4°, 5 seulement.
Conductibilité des tissus. Les expériences de Krieger et de Schuster ont eu pour but de démontrer la conductibilité des étoffes. On entourait un réservoir de laiton plein d'eau chaude, successivement d'étoffes de soie, de flanelle, de laine simples ou doubles. Le cylindre perdait 3 7o en moins d'unités de chaleur avec l'enveloppe de soie double qu'avec la soie simple ; 14 ^/o en moins avec la flanelle simple.
Ce n'est pas en réalité la nature même de l'étoffe qui constitue l'obstacle à la déperdition de calorique, mais sa structure, son épaisseur, et la couche d'air plus ou moins
épaisse qu'elle retiendra dans ses mailles. Aussi les vêtements les plus chauds sont-ils les vêtements de laine et les fourrures qui emprisonnent dans leurs trames une assez grande quantité d'air. L'air a un pouvoir de conductibilité très faible, près de 400 fois inférieur à celui des matières premières qui entrent dans la fabrication des étoffes. Les vêtements donnent une certaine fixité à l'air et en font une enveloppe conservatrice de la chaleur. Les gilets de laine à mailles lâches, portés sur la peau, avec une chemise par-dessus, sont chauds. La chemise de lin est froide, non seulement parce qu'elle est fine et mince, mais aussi parce qu'elle adhère trop à la peau ; la chemise de coton est moins froide, grâce aux villosités du tissu. Le vêtement ample, s'il est suffisamment fermé, protège mieux contre le froid qu'un vêtement collant. La superposition de plusieurs vêtements, même légers, élève le pouvoir de retenir la chaleur, ce sont autant de couches d'air qu'on interpose entre la surface du corps et l'atmosphère extérieure.
Propriétés hygroscopiques des vêtements. Il y a lieu de distinguer les effets en contact direct avec la peau et les effets d'habillement tels que vestes, capotes, etc. Pour les premiers, les tissus les plus avantageux sont ceux qui absorbent l'eau avec facilité, et qui l'abandonnent avec lenteur. La laine réunit cette double propriété ; son emploi est donc indiqué à ceux qui, par leurs travaux, ou par simple disposition individuelle, sont exposés à une active sudation, et par suite aux refroidissements brusques. Les travailleurs manuels, les soldats en campagne, les arthritiques, les rhumatisants, doivent faire usage de la flanelle, qui les soustraira aux variations de la température. Les habits proprement dits n'exigent pas les mêmes conditions, et le véritable tissu hygiénique pour habits et manteaux serait celui qui, étant imperméable à l'eau, ne le serait pas à l'air et à la vapeur d'eau. C'est à résoudre ce problème si important, non seulement pour l'élément militaire et marin, mais aussi pour beaucoup de civils : cochers, facteurs, vélocipédistes, etc., que se sont attachés depuis longtemps les hygiénistes militaires. Les vêtements caoutchoutés et les vêtements huilés des marins sont imperméables aussi bien à l'air qu'à l'eau, et s'opposent à révaporation cutanée. Ils ne peuvent être portés longtemps, pendant des périodes de travail, de marche. L'imperméabilisation simplement hydrofuge a été tentée par le trempage des draps dans des solutions d'alun, d'acétate de plomb, etc. Ces procédés n'ont pas résisté à la pratique. Un procédé nouveau, préconisé par Cathoire, consiste à tremper les vêtements dans de la paraffine maintenue en solution dans l'huile de pétrole. L'huile est évaporée ou essorée, et on obtiendrait ainsi très économiquement des effets ne prenant pas l'eau et laissant passer les gaz et les vapeurs.
Influence des couleurs. La puissance d'émission ou d'absorption des étoffes varie avec la couleur. Cependant pour l'absorption du calorique la différence des étoffes n'est sensible qu'à la chaleur lumineuse du soleil et non à la chaleur obscure. D'après Franklin, Davy, etc., voici le classement des couleurs en commençant par celle qui absorbe le plus de calorique: noir, bleu, vert, rouge, jaune, blanc. En hiver, nous devons donc porter de préférence des vêtements faits avec des tissus mauvais conducteurs et de couleurs sombres, et en été nous choisirons les tissus bons conducteurs et de couleurs claires.
Formes et adaptations du vêtement. Il est difficile de donner des règles invariables pour la forme du vêtement, car celui-ci varie suivant les mœurs nationales, le climat, les ressources du pays, et même selon les diversités de fortune et de position. Contrairement aux croyances ordinaires, l'esthétique et l'hygiène ne s'excluent pas, les règles de l'hygiène ne s'appliquent-elles pas à préserver la beauté du corps en lui conservant la santé, et la femme, à qui échoit naturellement la garde de l'art dans le costume, ferait mieux de les consulter que de se faire l'es-