‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 444 sur 633 · VÉTÉRAN — VÉTÉRINAIRE · texte numérisé non relu

VÉTÉRAN — VÉTÉRINAIRE

réal an XI accorda aux militaires de terre et de mer grièvement blessés, qui voudraient s'établir dans les 26® et 27® divisions militaires (Mayence et Alexandrie), un nombre d'hectares de terre d'un produit égal à leur solde de retraite. Les vétérans étaient tenus de résider sur les terres qui leur étaient concédées, de les cultiver ou de les faire cultiver et d'en payer les contributions. Ces terres n'étaient ni cessibles, ni aliénables avant vingtcinq ans ; elles n'étaient transmissibles aux enfants des concessionnaires qu'autant qu'ils étaient nés d'un mariage contracté avant la formation des camps de vétérans, ou depuis avec des femmes du pays. Si le titulaire venait à mourir, sa femme conservait, sa vie durant, l'usufruit de la portion de terre, pouvait en devenir propriétaire et l'apporter en dot si elle se remariait à un militaire ayant dix ans de service. Un arrêté du 26 prairial an XI créa deux camps de vétérans ; l'uji, à Juliers près Mayence; l'autre, à Alexandrie (Piémont). Ces camps étaient entourés d'un mur élevé et crénelé ; chaque vétéran y possédait une maison, et au centre était une halle ; 405 vétérans devaient constituer la force de chacun. Le 1®^ janv. 1814, le camp de Juliers comptait 375 vétérans, 345 femmes et 946 enfants ; celui d'Alexandrie : 253 vétérans, 204 femmes et 350 enfants ; en tout : 2.473 individus, dont les soldes de retraite et les revenus en terre s'élevaient à environ 145.000 fr. La plupart des vétérans s'étaient jetés dès le commencement de la campagne de 1814 dans les places fortes voisines dont aucune ne fut prise. Ils avaient abandonné dans les camps toute leur fortune mobilière, et le traité du 30 mai 1814 consacra leur dépossession des biens immobiliers qui ne se trouvaient plus situés en France. Cette institution éphémère prit ainsi fin ; mais Louis XVIII accorda aux survivants, par ordonnance du 2 déc. 18d4, un secours provisoire de 76.000 fr., et rétablit en argent la double solde de retraite, dont les vétérans des camps avaient précédemment le revenu en bien-fonds.

VÉTÉRINAIRE. Etymologie, Objet, Importance. — Ce mot, que Columelle (an 42 de notre ère) semble avoir employé couramment le premier, viendrait, d'après Littré, du latin veterinarms, de veterinum, bête de somme, contracté de veheterinus, propre à porter les fardeaux. Suivant Lenglet, il dériverait plutôt du celtique vee, bétail (ail. Vieh), teeren, être malade (ail. zehren, consomption), et arts, artiste, médecin (ail. ai^z), — Quoi qu'il en soit, son correspondant, chez les Grecs, était hippiâtre (tj^Tuia-poç), de Ïkkoi;, cheval, et îaxpoç, médecin, que l'on trouve dans Varron (116-26 av. J.-C). Ces deux termes, devenus synonymes, servaient à désigner ceux qui exerçaient l'art de connaître et de traiter les maladies des chevaux et des bestiaux; mais depuis la fondation des écoles vétérinaires (1761), l'expression latine, moins restreinte, a seule subsisté; en sorte qu'aujourd'hui, il n'est plus question partout que de la vétérinaire ou médecine des animaux domestiques, longtemps appelée Vhippiatrie ou Vhippiatrique^dx les écuyers qui la limitaient à l'art de guérir les chevaux.

Les espèces dont s'occupe la vétérinaire sont le cheval, l'âne et leurs hybrides (mulet, bardot), le bœuf, le mouton, la chèvre, le dromadaire, le chameau, le porc, le chien, le chat, le lapin et les oiseaux de basse-cour ; mais, à l'occasion, elle étudie encore les affections de quelques autres, de moindre importance économique, le lama, le renne, le cobaye, l'autruche, etc. On voit, par cette énumération, les services considérables que la vétérinaire rend à l'agriculture, l'industrie, l'armée. Grâce à elle, les animaux domestiques, entretenus dans des conditions plus favorables de santé, sont produits en plus grand nombre et de meilleure qualité; leurs maladies, mieux connues, sont plus facilement prévenues et guéries, les épizooties plus vite conjurées. La biologie générale, la pathologie et la thérapeutique humaines, l'hygiène et la salubrité publiques, mettent chaque jour ses renseignements à contribution, et ses belles découvertes sur la pathogénie des maladies con-

tagieuses ont, en ces dernières années, éclairé de la plus vive lumière les recherches parallèles de la médecine.

Aperçu éistorique. — Si l'on veut considérer les augures, devins, sorciers, sacrificateurs, pâtres, bergers, rebouteurs, maréchaux, écuyers, comme les ancêtres des vétérinaires actuels, il faut reconnaître que les origines de la vétérinaire se confondent avec l'histoire, si obscure encore, des premiers peuples nomades ou pasteurs, et que ses origines se perdent, comme celles de la médecine, dans la nuit des temps, Vantiquité ne nous ayant laissé swr elles aucune indication précise. Dès l'époque de la domestication des animaux, il est probable que l'homme a dû tenter en effet de soustraire ceux-ci aux maladies provoquées par les conditions d'existence artificielles qui leur étaient faites. Mais alors, l'état d'ignorance et de barbarie qu'il a subies durant tant de siècles le portait à verser dans les pratiques de la superstition la plus grossière. Les Hindous, les Perses, les Assyriens, les Egyptiens, aux troupeaux immenses, qui avaient pourtant chanté les animaux dans leurs poésies et mis plusieurs d'entre eux au rang de leurs divinités, ne nous ont légué que de maigres documents dont l'authenticité est même peut-être discutable.— La Bible ne nous apprend non plus que fort peu de choses sur les connaissances médicales des Israélites. — Pendant la période grecque et une grande partie de la gréco-romaine, quelques notions plus exactes se découvrent éparses dans les ouvrages des philosophes, des médecins, des historiens, des agronomes ou des poètes : Hippocrate mentionne les kystes hydatiques des poumons et de l'encéphale ; Xénophon fournit de précieux renseignements sur les chiens de chasse ; son traité de VEquitation est un chef-d'œuvre que les hommes de cheval consultent encore. Caton l'Ancien parle des maladies des bestiaux, bien que sans compétence et en observateur superstitieux. Varron, de beaucoup supérieur, traite de l'âge, de la conformation, de la race, de l'élevage, du mode de reproduction de chaque espèce domestique et de quelques-unes de ses maladies ; le premier, il fournit des aperçus de jurisprudence commerciale vétérinaire. Columelle, le plus savant agronome de l'antiquité, a composé un Traité d'agriculture qui éclipse ceux de Caton et de Varon en ce qui concerne le choix, l'élevage, l'hygiène et les maladies des animaux. Virgile, qui était maître des écuries d'Auguste, consacre le livre 111 de ses Géorgiques à l'élevage des bestiaux ; il signale l'œstre du bœuf, la gale du mouton, les accidents causés par les vipères. Galien, qui n'avait appris l'anatomie que sur les animaux, conseille, à rencontre d'Hippocrate, de faire usage en médecine des observations vétérinaires et donne une excellente description de la rage.

Mais c'est seulement à dater du iv® siècle de notre ère que nous rencontrons des professionnels dont les écrits constituent par leur ensemble la collection de VRippiatrique, Apsyrte, de beaucoup le plus érudit, mérite sans conteste le titre de « père de la médecine vétérinaire » qu'on lui a décerné ; son hvre, dont il ne reste plus aucun exemplaire, se retrouve presque tout entier dans la Collection des hippiatres grecs à laquelle ses collaborateurs et ses successeurs ont du reste peu ajouté ; il y est traité avec sagacité, compétence et détail de toutes les affections animales connues de son temps (322). Pélagone et Hiéroclès, ses contemporains, sont, après lui, les écrivains qui ont le plus donné à la célèbre publication. — Au V® siècle, Végèce, qu'il ne faut pas confondre avec l'auteur du hvre sur ['Art militaire, nous a laissé un Traité complet de la médecine vétérinaire, sans doute inspiré des hippiatres grecs, mais plein de documents inédits, draperçus personnels, qui, contrairement à l'opinion de Nisard, égale au moins en valeur l'œuvre collective de VEippiatrique. Il nous éclaire en outre sur la situation respective de la médecine et de la vétérinaire à son époque, expliquant que, si cette dernière était moins relevée, cela tenait à son objet même, à l'amour du lucre des praticiens, surtout à

VETERINAIRE

ce préjugé absurde que Fart de soigner les animaux avait quelque chose de vil et de méprisable, alors qu'on se faisait pourtant un point d'honneur d'en posséder beaucoup.

Au moyen âge (476 à 1500), la vétérinaire, absolument stationnaire, eût sombré dans l'empirisme le plus grossier et la plus noire superstition, si Técole arabe ne nous avait conservé les notions qui lui étaient venues de l'Asie et de la Grèce. Très versés dans ragriciilture et l'horticulture, passionnément épris du cheval, chez eux objet de vénération, les Arabes ont poussé très loin les méthodes d'élevage, de reproduction des équidés, l'étude de leurs maladies et des moyens d'y remédier ; mais on se tromperait en croyant qu'ils se sont bornés à copier et à commenter les Grecs. Le savant Traité d'agriculture d'Ibn-al-Avt^am, véritable « Maison rustique » du XII® siècle, est le résumé de tous les systèmes d'agriculture alors connus ; le célèbre Nâcéri d'Abou-Bekr-Ibn- Bedr (xiii® siècle) constitue, selon Perron, son traducteur, un traité d'hippologie et d'hippiatrie « qui représente la science hippique des Arabes au moment où elle a eu le plus de pratique, de relief et d'éclat ». Abou-Bekr n'est pas seulement un praticien habile et un érudit consciencieux, c'est aussi un moraliste dont les préceptes n'ont pas vieilli ; il recommande aux hippiatres le respect des maîtres, les incite à se montrer toujours vrais et sincères, désintéressés envers leurs clients pauvres, à faire usage d'une thérapeutique économique, à ne pas traiter et médicamenter les malades incurables, etc. — Dans ces temps encore barbares, les cloîtres ont sauvé également du naufrage quelques écrits vétérinaires précieux, notamment l'flî/^pia/nca de Jordanus Ruffus (1250), celle de Laurent Rusius (1288-1347); le Traité des bergeries et des maladies du mouton, de Jehan de Brie (1379).

A partir de la Renaissance, l'impulsion due à la découverte de l'imprimerie, le ^oùt des recherches anatomiques, l'observation plus judicieuse des malades, l'abandon plus accusé des pratiques superstitieuses pour l'emploi d'une thérapeutique plus rationnelle, engendrent, surtout en France, en Italie, en Allemagne et en Angleterre, des œuvres sérieuses qui préparent peu à {jeu la vétérinaire à entrer dans sa phase vraiment scientifique. Le remarquable et premier Traité de la ferrure du cheval, de César Fiaschi (1564), VAnatomie comparée, avec figures, de Volcher Koytre (1573), l'incomplète Hippostéologie, de Jehan Héroard (1594), précèdent l'excellent ouvrage de Carlo Ruini (1590), orné de nombreuses et bonnes planches originales, qui pendant un siècle et demi est demeuré le meilleur travail relatif à Vanatomie et aux maladies du cheval. — Au xvii® siècle, ce sont généralement les écuyers qui exercent la médecine des animaux, en même temps que la maréchalerie. Parmi les plus connus, il convient de citer : de la Broue, Pluvinel, et surtout Solleysel, dont le Parfait Mareschal (1664), traduit plusieurs fois dans toutes les langues, a eu le mérite d'exclure toute croyance superstitieuse, de combattre certaines formules absurdes, d'établir le diagnostic différentiel des maladies, et a partagé avec le livre de Ruini le sort d'être plagié, même démarqué, par Gaspard Saunier (1730), Garsault (1732), quelque peu aussi par La Guérinière (1739), etc.

Lb. fondation des écoles est venue à son heure centraliser, codifier, un ensemble considérabl'e de notions, perdues au milieu de préjugés, d'erreurs et d'inutilités dans une multitude d'ouvrages plus ou moins réputés des temps modernes ; la vétérinaire était mûre pour l'éclosion de professionnels capables d'enseigner, de disciples désireux de s'instruire, d'élè\es à peu près aptes à s'assimiler les préceptes fondamentaux de l'art. Cothenus, à Berlin ; Camper, en Hollande ; Haller, en Suisse ; Lafosse père, en France, avaient déjà fait d^infructueuses tentatives auprès de leurs gouvernements pour obtenir la création d'un enseignement devenu nécessaire. Et des épizooties meurtrières ravageaient la France, lorsque Bwtin, contrô-

leur général des finances, ému des désastres qu'elles causaient, encouragea et aida son ami Claude Bourgelat, écuyer à Lyon, à fonder en 1761 la première école vétérinaire dans cette ville. L'expérience ayant réussi, il fut chargé, en 1765, de créer une nouvelle école à Alfort, qui ouvrit ses cours en 1766; mais ce ne fut qu'en 1793 que la Convention décréta l'ouverture, à Toulouse, de la troisième école française ; toutefois, les événements de la Révolution, de l'Empire et de la Restauration en ajournèrent l'édification jusqu'en 1825.

L'enseignement nouveau eut un enfantement laborieux et long : au seuil de son histoire, il s'est heurté à des rivalités de personnes qui l'ont privé d'énergies précieuses et ont failH consommer sa ruine. Après son père, Lafosse fils devint l'adversaire acharné de Bourgelat ; praticien habile et instruit, nanti de hautes fonctions officielles et jouissant d'une réelle notoriété scientifique, celui-ci fit à ses frais des cours publics à Paris et composa des livres remarquables {Guide du maréchal, 1766 ; Cours dliippiatrique, 1772 ; Dictionnaire d'hippiatrique, 1775), cependant que le directeur d' Alfort, organisant et défendant son œuvre, publiait presque coup sur coup un Traité d'extérieur et une Matière médicale (1765) , lune Anatomie (1766), un Traité de la ferrure (1769) , un Traité des bandages (1770), et quantité d'autres travaux touchant à la vétérinaire ou à l'équitation. — Bourgelat ne dota pas seulement la France de vétérinaires beaucoup plus capables, il attira, dès le début, des élèves du Danemark, de la Suisse, de la Suède, de la Prusse, de l'Autriche, de la Sardaigne, etc., qui s'en allèrent ensuite fonder autant d'écoles nouvelles à l'étranger. Pour la plupart, humbles fils de maréchaux et de guérisseurs, transfigurés par les études et la méthode scientifiques, ardents à combattre et à dissiper les erreurs, ils ont arraché leur art à l'ignorance et à la superstition, et, en restant fidèles aux enseignements du maître, sont parvenus à triompher peu à peu, souvent de la mauvaise foi, presque partout, de l'indifférence du plus grand nombre. Ainsi se sont créées successivement les écoles de Copenhague (1773), de Dresde (1774), de Vienne (1777), de Hanovre (1778), de Budapest (1786), de Berlin et de Munich (1790), de Londres et de Milan (1791), de Madrid (1793), de Bologne (1802),. de Berne (1806), de Naples et de Pise (1815), de Zurich (1820), de Stuttgart, d'Utrecht et de Stockholm (1821), d'Edimbourg (1823), de Giesse (1828), de Lisbonne et de Bruxelles (1833), etc., etc. L'histoire de Fessaimement de la vétérinaire et de son évolution à travers le monde constitue une intéressante étude, mais qui dépasserait de beaucoup, à elle seule, les limites qui nous sont imposées ici. Bornons-nous à dire qu^on compte aujourd'hui, disséminées dans les régions agricoles les plus prospères de l'Europe, de l'Amérique et de l'Asie, 56 écoles que fréquentent environ 7.400 étudiants, établissements dont la production scientifique se recommande en général par le nombre, la valeur, l'originalité des œuvres, l'importance des services rendus à la fortune et à l'hygiène publiques.

' L'éclosion tardive de la vétérinaire a eu cet avantage de la sauver, dès son berceau, de l'écueil des théories philosophiques ou abstraites qui ont influé d'une façon si fâcheuse sur les progrès de la médecine ; sans y être restée étrangère, elle a pu néanmoins adopter un éclectisme relatif, grâce auquel elle n'a jamais été, à proprement parler, inféodée à aucune doctrine spéciale. Créées pour combattre l'ignorance, les préjugés, l'empirisme, qui causaient tant de maux aux campagnes en rendant absolument stérile toute espèce de lutte contre les maladies coutagieuses du bétail, les écoles, avant tout professionnelles,, se sont attachées dès l'origine à l'observation consciencieuse et terre à terre des faits, appuyée sur l'expérimentation et les données positives de la science. Peu à peu, elles ont acquis leurs organes les plus indispensables ; les diverses branches des études, de plus en plus spécialisées

VETERINAIRE

en des chaires et des laboratoires distincts, se sont sévèrement astreintes à se cantonner dans des limites déterminées, à rester toujours accessibles aux élèves, enfin à fournir à ceux-ci les notions immédiatement applicables à l'exercice de leur art.

Etat actuel. — 1° Enseignement. Actuellement, les écoles vétérinaires françaises reçoivent des élèves internes (600 fr.), des demi-pensionnaires (400 fr.) et des externes (200 fr.), qui rentrent dans la catégorie des dispensés de Fart. 23 de la loi du 45 juil. 1889 et ne font par suite qu'une année de service militaire ; les étrangers y sont admis aux mêmes conditions^ si le nombre des places disponibles le permet. Des bourses ou simplement des fractions de bourse sont accordées par le ministre de l'agriculture, d'après l'ordre de classement, aux élèves méritants dont les familles ont préalablement justifié de l'insuffisance de leurs ressources ; attribuées pour une année seulement, elles sont cependant maintenues aux titulaires qui continuent à s'en rendre dignes ; mais elles peuvent être retirées par mesure disciplinaire. — L'admission a lieu, par voie de concours, tous les ans, le 20 août, au chef-lieu de chaque département; les épreuves comprennent : une composition française, une de physique et de chimie, une d'histoire naturelle et une d'arithmétique ou d'algèbre et de géométrie. Mais nul ne peut être admis à concourir s'il n'a justifié au préalable qu'il aura dix-sept ans au moins et vingtcinq ans au plus le 1®^' oct. de l'année du concours, et s'il n^est possesseur de l'un quelconque des baccalauréats ; les diplômés de l'Institut agronomique et des Ecoles nationales d'agriculture sont dispensés du concours et admis de droit; quant aux étrangers, ils doivent présenter des titres dont l'équivalence avec les diplômes français a été reconnue par l'autorité urtiversitaire^française. — Le nombre des places mises au concours est fixé chaque année par le ministre ; trois septièmes de ces places sont attribués à l'Ecole d'Alfort, deux septièmes à celle de Lyon, les deux autres septièmes à celle de Toulouse. Le choix de l'école est laissé aux candidats, d'après leur rang de classement et jusqu'à concurrence des places disponibles dans l'établissement préféré. — Les cours commencent le 15 oct. et se terminent le 30 juin; ils durent quatre ans, à l'expiration desquels les élèves reconnus aptes à exercer la médecine des animaux domestiques reçoivent un diplôme de vétérinaire, moyennant une rétribution de 100 fr. Pendant la période réglementaire des études, un élève ne peut recommencer qu'une fois les cours de l'année écoulée ; après deux échecs aux examens de passage, il est rayé des contrôles.— La scolarité dans les écoles françaises, dont l'effectif se compose surtout d'internes, est sévèrement surveillée, mais beaucoup plus douce que celle des lycées. Sans distinction de catégories, tous les élèves sont astreints à la présence aux cours, exercices pratiques et études. Ceux qui enfreignent la discipline subissent la réprimande du directeur, ou du Conseil d'ordre (composé du directeur et de deux professeurs), ou du Conseil des professeurs, lequel peut infliger le retrait de la faveur de la demi-pension, des bourses, de l'internat, l'exclusion temporaire ou le renvoi définitif, selon la gravité des cas.

Les matières de l'enseignement sont réparties entre dix chaires de la manière suivante : Anatomie descriptive, extérieur du cheval et tératologie. — Physique, chimie et pharmacie. — Histoire naturelle et matière médicale. — Physiologie et thérapeutique générale. — Histologie et anatomie pathologique. — Pathologie médicale, pathologie générale et clinique médico-chirurgicale. — Pathologie chirurgicale, médecine opératoire, ferrure et clinique médico- chirurgicale. — Pathologie bovine, ovine, caprine, porcine, obstétrique et maladies parasitaires. — Pathologie des maladies contagieuses, microbiologie, police sanitaire, médecine légale, législation commerciale et inspection des viandes de boucherie. — Hygiène et zootechnie.

A chaque chaire sont attachés un professeur (5.500

à 7.500 fr.) et un répétiteur chef de travaux (3.000 à 4.000fr.),run et l'autre recrutés au concours. Le directeur de l'école, nommé par le ministre (9.000 fr.), est en même temps le titulaire de l'une des chaires ; pour la partie administrative, il est secondé par un régisseur, un surveillant général et un économe, des commis d'administration, des surveillants, un bibliothécaire, un chef d'atelier des forges, un chef jardinier, un maître d'équitation, un aide d'amphithéâtre et des hommes de service dont le nombre varie suivant les besoins. — Un Conseil d'enseignement, composé des professeurs et présidé par le directeur, délibère sur toutes les questions importantes touchant à la discipline ou aux études. — Enfin, un inspecteur général, placé sous l'autorité immédiate du ministre, renseigne celui-ci sur le fonctionnement des trois écoles et donne son avis sur toutes les affaires concernant le personnel, les études ou la discipline qui lui sont soumises par l'administration supérieure.

Le propre de l'enseignement vétérinaire est d'être, avant tout, simple, substantiel, expérimental et pratique, aussi étroitement que possible adapté aux besoins ultérieurs des élèves. Les cours, Umités comme nombre, matières et durée, ne sont que le développement des programmes présentés par les titulaires des chaires au Conseil des professeurs, qui, chaque année, les examine, les discute, les modifie s'il y a lieu et les rend exécutoires. — Dessins, photographies, instruments, appareils, pièces anatomiques et pathologiques fraîches, sèches ou conservées, moulages, préparations histologiques et microbiologiques, sujets vivants, sains ou malades, pièces naturalisées, plantes, etc., contribuent puissamment à donner à ces cours le caractère de « leçons de choses » qui les rend si profitables. — Mais, il y a plus : l'enseignement doctrinal est toujours complété par des travaux pratiques importants qui apprennent aux élèves à manipuler, disséquer, opérer, explorer, confectionner les préparations et les pansements, en un mot, à observer et juger, comme à acquérir la dextérité et le sang-froid nécessaires à l'exercice de leur profession. Tous les dix jours, dans chaque chaire, ils sont interrogés et notés par le répétiteur, qui les dirige, en outre, dans leurs travaux pratiques; enfin, à l'expiration de l'année scolaire, les études trouvent leur sanction dans un examen subi devant le professeur qui autorise ou refuse, pour ce qui le concerne, le passage dans la division supérieure.

2^ Exercice. En France et dans beaucoup de pays étrangers (sauf en Belgique, en Hollande, en Danemark, en "Suisse, en Italie, en Russie et en Angleterre), l'exercice de la médecine vétérinaire est encore absolument libre, en dépit des revendications incessantes des intéressés et de la bonne volonté des gouvernements. Jusqu'à présent, en ces pays, le diplôme n'a garanti que le titre conféré et non point le droit exclusif de se livrer à la pratique de l'art. Aussi les conditions de la vie professionnelle sontelles particulièrement dures pour le vétérinaire, du fait de la concurrence ruineuse qu'il doit soutenir contre l'empirisme. La loi sanitaire stipule bien que l'exercice de la médecine des animaux est interdit à quiconque n'est point pourvu du diplôme des écoles, mais dans les cas de poursuites contre les empiriques, ceux-ci excipent de leur ignorance, et les tribunaux admettent leur bonne foi en les acquittant. En sorte que les mesures de sauvegarde édictées pour prévenir et arrêter la marche des épizooties sont rendues ainsi à peu près stériles, au grand dommage de l'agriculture dont les pertes se chiffrent chaque année par des centaines de millions ! D'autre part, les autorités administrative et judiciaire, trop souvent encore, méconnaissent les droits et la compétence des vétérinaires, en confiant aux empiriques l'inspection des abattoirs, foires et marchés, ou les expertises relatives aux contestations en matière de vices rédhibitoires (lois du 2 août 1884 et du 31 juil. 1895).

Outre cette indifférence à peu près complète des pou-

VETERINAIRE — VÉTiVER

voirs publics à son égard, la vétérinaire, à rencontre de la médecine, est obligée de compter avec des nécessités impérieuses qui la rendent peu rémunératrice et augmentent par cela même les difficultés de son recrutement. C'est qu'elle s'adresse en général à une clientèle peu fortunée et s'applique la plupart du temps à là conservation d'un capital de valeur relativement faible, ce qui lui impose d'être par-dessus tout économique. En dehors des grandes villes, des centres de production et d'élevage, le nombre est considérable des vétérinaires qui végètent ; à tel point que beaucoup cherchent à augmenter leurs ressources par l'adjonction d'industries ou de trafics plus ou moins connexes (maréchalerie, transports en commun, commerce des chevaux, des bestiaux, exploitations agricoles diverses, etc.). Dans ces conditions, on comprend de reste avec quelle ténacité ils revendiquent les prérogatives et la propriété de leur titre (Ord. 1^^ sept. 1825 ; art. 1382 C. civ. ; cour de cass. 1®^' juil. 1851), le caractère privilégié de leurs créances (nombreuses décisions de la jurisprudence), leur assimilation aux médecins quant à la prescription de deux années accordée pour se récupérer de leurs honoraires (art. 2272 C. civ.; Cass. 11 juin 1884; loi du 30 nov. 1892), le droit, non de tenir officine ouverte, mais de préparer et de délivrer les médicaments destinés aux animaux confiés à leurs soins, sous réserve de se conformer aux lois et règlements relatifs aux substances toxiques (jug. de plusieurs cours d'appel; Cass. 17 juil. 1867 ; Ch. des députés, 17 juin 1893).

A côté des vétérinaires exerçants, constituant la grande masse du corps professionnel, il en est d'autres, assurés du lendemain, convenablement rémunérés et dont le nombre s'accroît de jour en jour, qui entrent au service des administrations publiques ou privées et ne font point, en général, de clientèle. Dans cette catégorie se rangent les professeurs et répétiteurs des écoles, les inspecteurs du service sanitaire près le ministère de l'agriculture, les vétérinaires sanitaires départementaux, les inspecteurs municipaux des abattoirs, foires et marchés, les vétérinaires des compagnies de transports en commun, enfin les vétérinaires militaires. En France, l'efi'ectif de ces derniers (loi du 15 mars 1901), jadis simples sous-officiers, se compose de 467 unités, savoir : 11 vét. principaux de i^^ classe, directeurs de ressorts (lieutenants-colonels) , 42 vét. princip. de 2® cl. (chefs d'escad.), 164 vét. en l*^'' (capitaines), 250 vét. en 2« (lieuten.) ou aides-vét. (sous-lieuten.). Ils se recrutent au concours parmi les vétérinaires civils, les militaires sous les drapeaux et les élèves mihtaires des écoles (élèves qui, moyennant certains avantages, ont contracté au cours de leurs études l'engagement de servir pendant six ans dans l'armée active). Les candidats ayant satisfait aux épreuves du concours sont admis pendant un an à l'Ecole de cavalerie de Saumur en qualité d'aidesvétérinaires stagiaires ; à l'expiration de ce stage, ils subissent un examen de sortie, puis sont nommés aides-vétérinaires dans les corps de troupes à cheval.

Un décret du 3 juin 1901 a créé l'emploi de vétérinaire auxiliaire, pour le cas de mobilisation, à l'effet de seconder les vétérinaires du cadre actif, de réserve ou de l'armée territoriale; ce grade, qui correspond, dans la hiérarchie militaire, à celui d'adjudant, est conféré à la suite d'un examen d'aptitude dont les conditions ont été fixées parla circulaire ministérielle du 30 nov. 1901.

3° Institutions, sociétés, journaux. Deux comités consultatifs sont institués auprès du ministère de l'agriculture : 1° le Comité des épizooties, qui étudie toutes les questions à lui soumises concernant la police sanitaire des animaux, en exécution de la loi du 21 juil. 1881, du règlement d'administration publique du 22 juin 1882, et la loi du 21 juin 1898 sur le Code rural (inachevée, sans pénalités et, par suite, dépourvue de sanction) ; — 2° le Conseil de perfectionnement des écoles vétérinaires, institué par arrêté ministériel du 20 févr. 1886, qui examine toutes les réformes ou améliorations de l'enseignement dues à l'ini-

tiative "de l'administration, du corps professoral ou du corps professionnel.

Les intérêts matériels et moraux de la vétérinaire sont, d'autre part, discutés et défendus par de nombreuses sociétés régionales et par le Grand Conseil des vétérinaires de France (fondé en 1878), qui sert en quelque sorte de trait d'union et de commission executive aune bonne partie d'entre elles. C'est aux effoi^ts et à l'influence de ces associations, comme aussi de hautes personnahtés professionnelles, qu'est dû le dépôt par le gouvernement du projet de loi sur l'exercice de la médecine vétérinaire (8 janv. 1901), actuellement à l'étude devant le Parlement, projet qui interdit l'exercice de la médecine des animaux à quiconque n'est pas pourvu du diplôme de vétérinaire délivré par les écoles françaises, et dont l'adoption rendrait de si grands services à l'agriculture.

Deux autres importants groupements se sont donné pour tâche le culte exclusif de toutes les questions qui ressortissent aux sciences vétérinaires. Le plus ancien, Société centrale de médecine vétérinaire, fondé par des vétérinaires de Paris, date de 1844 (siège, 41, rue de Lille), et se réunit tous les quinze jours; subventionné par l'Etat, reconnu d'utilité puWique en 1878, et constitué comme une académie, il comprend 40 membres titulaires, 10 honoraires, 70 correspondants nationaux, 30 correspondants étrangers, 6 associés nationaux et 6 associés étrangers ; il a ouvert plus de 25 concours, décerné plus de 400 récompenses, analysé près de 1 .200 mémoires manuscrits soumis à son examen et publié plus de 60 volumes. Le second, Société des sciences vétérinaires de Lyon, créé seulement en 1 898 par des vétérinaires de la région lyonnaise, poursuit le même but, mais le nombre de ses membres est illimité; il se réunit tous les deux mois et n'est point subventionné.

Si ces deux sociétés sont à vrai dire les seules tribunes scientifiques offertes aux vétérinaires français, notamment aux membres de l'enseignement, pour l'exposé, la discussion et la publication de leurs recherches spéciales, le corps professionnel dispose encore de plusieurs journaux périodiques, d'ordinaire mensuels, dont les plus recommandables sont : le Recueil de médecine vétérinaire, organe de l'Ecole d' Alfort et de la Société centrale de médecine vétérifiaire, fondé en 1824 ; \% Journal de médecine vétérinaire et de zootechnie, publié par l'Ecole de Lyon (1849); la Pievue vétérinaire, de l'Ecole de Toulouse (1843); la Presse vétérinaire, organe de la Société de médecine vétérinaire pratique de Paris (1880); le Répertoire de police sanitaire vétérinaire et d'hygiène publique {i^M) ; Idi Semaine vétérinaire (hebdomadaire; 1885); le Bulletin vétérinaire (1890), etc.

Enfin, il convient d'ajouter deux institutions d'assistance confraternelle : V Association centrale des vétérinaires de France, reconnue d'utilité publique en 1892, et V Association amicale des anciens élèves de l'Ecole d' Alfort, fondée en 1893. Gustave Barrier.

VETH (Pierre-Jean), orientaliste hollandais, né à Dordrecht en 1814, mort à Arnhem en 1899. Il fut succès sivement professeur à l'Ecole militaire de Bréda, à l'Ecole des langues orientales de Franeker, et enfin à l'Université de Leyde. Il est l'auteur d'un grand nombre d'études coloniales fortement documentées. En voici les principales : Bornéo. Histoire, géographie et statistique (Zaltbommel, 1854, 2 vol. in-8) ; Monographie de Vile de Timor (Amsterdam, 1855, in-8) ; Etude sur la question d'Aichin (Leyde, 1873, in-8) ; Java. Histoire, géographie, ethnologie (Harlem, 1873-74, 2 vol. in-8). Tous ces ouvrages sont écrits en hollandais.

VÉTHEUIL. Com. du dép. de Seine-et-Oise, arr. de Mantes, cant. de Magny-en-Vexin ; 631 hab. Eglise des xii^-xvi® siècles.

VÉTIVER. I. Botanique (V. Andropogon).

IL Thérapeutique. — Nom commercial de la racine j fibreuse très odorante, fournie par V Andropogon mu-

Page 1