‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 448 sur 633 · VIAU -^ VIAUR · texte numérisé non relu

VIAU -^ VIAUR

guenot, au cours des guerres de religiou. On a peu de renseignements sur la jeunesse de Théophile. D'après son Apologie au roi y il aurait fait ses études au collège de La Flèche, chez les jésuites. Ce qui est sûr, c*est qu'en 1610, à Fâge de vingt ans, il vint à Paris. Sa vie n'y fut pas exemplaire : <( La desbauche des femmes et du vin, dit-il lui-même, faillit à m' empiéter au sortir des eschoîes... ». Heureusement la pauvreté l'empêcha de se livrer uniquement au plaisir : « Les empeschements de ma fortune, écrit-il, détournèrent mon inclination ». ïl fit, à cette époque, la connaissance de Balzac, et leur amitié, qui devait plus tard se changer en haine, fut alors assez intime pour donner naissance à toutes les calomnies. Ils firent ensemble un voyage aux Pays-Bas. [l semble que, pendant ce voyage, Théophile ait sauvé la vie à Balzac ; il est certain qu'en en revenant, ils s'étaient brouillés, pour des raisons d'ailleurs mal connues.

Théophile, de retour à Paris, entra dans la maison du duc de Montmorency. A cette époque, il écrivit la tragédie de Pasiphaé — s'il est vrai que cette pièce, publiée sous son nom en 1631, soit bien son œuvre — puis la tragédie de Pyrame et Thisbé qui, parodiée plus tard par Boileau, eut en 1617 un très grand succès. En outre, il écrivit un assez grand nombre d'odes, dédiées les unes à Montmorency, les autres à une maîtresse inconnue qu'il appelle indifféremment Cloris, Philis, Caliste et Marie. Mais ce n'était pas uniquement par ses ouvrages qu'il attirait l'attention ; brillant causeur, il ne se privait pas d'aller dîner chez les grands, de les « entretenir de bons mots », de discourir librement sur la morale et sur la religion. Or, il était « libertin » dans toute la force du terme, incrédule et ami du plaisir. Déplus, il s'était lié avec le jeune des Barreaux, et cette liaison n'allait pas sans faire courir plus d'un méchant bruit. Une pièce de vers contre la Société de Jésus et des épigrammes contre de Luynes qu'on lui attribua, peut-être à tort, émurent ses ennemis et, en juin lfel9, on lui signifia des lettres de cachet «lui portant commandement de sortir hors du royaume». Grâce à la protection du duc de Montmorency, il put rester quelque temps en France ; mais il ne sut pas se faire oublier ; passant à Agen, il alla voir une fille, soi-disant possédée, qu'un prêtre exorcisait ; publiquement il dévoila la fourberie du prêtre ; passant à Tours, il refusa de saluer le Saint-Sacrement et pensa se faire lapider. Il lui fallut passer en Angleterre; mais il y resta peu de temps. En 1621, il obtint la permission de revenir à Paris; sitôt rentré, il abjura le calvinisme et se confessa à des jésuites : mais un nouveau scandale le perdit une seconde fois. Il avait paru, en 1622, un recueil de pièces obscènes intitulé le Parnasse satyrique; ce recueil fut réédité en 1623, avec le nom de Théophile; il est à peu près certain que le poète n'avait pas autorisé l'usage fait de son nom ; il n'en fut pas moins condamné immédiatement, par un arrêt du 19 août 1623, à être brûlé vif.

Comme il était en fuite, on ne put le brûler qu'en effigie. Mais, traqué par ses ennemis, il fut saisi au Catelet et emprisonné à. la Conciergerie dans le cachot de Ravaillac. Après dix-huit mois d'interrogatoires et de polémique — polémique au cours de laquelle Balzac attaqua publiquement son ancien ami et reçut de lui une réponse écrasante — le Parlement commua la sentence de mort prononcée contre Théophile en un bannissement perpétuel (1®^ sept. 1625). Le poète alla retrouver le duc de Montmorency et put, grâce à lui, rester quelque temps à Paris. Mais, le 25 sept. 1626, il mourut d'une fièvre tierce, dans l'hôtel du duc.

L'œuvre de Théophile comprend une et peut-être deux tragédies, un Traité sur r immortalité de rame-, des fragments d'une Histoire comique et surtout un nombre considérable de pièces de vers : odes, sonnets, élégies, poèmes, épigrammes, etc. Bien que ses écrits en prose soient d'une allure vive et nette et d'un tour souvent vigoureux, c'est surtout comme poète qu'il est connu et es-

timé. Sa tragédie de Pyrame et Thisbé, quoique souvent raillée depuis Boileau, n'en est pas moins une des meilleures du théâtre pré-classique. Comme Régnier, il méprisait les règles étroites et minutieuses de Malherbe :

La règle me déplaît : j'écris confusément, Jamais un bon esprit ne fait rien qu'aisément.

Cet état d'esprit explique le caractère de l'œuvre de Théophile ; on trouve dans ses ouvrages, à côté de pièces mal venues, lourdes, incorrectes même, des pièces d'un seul jet, pleines de vie et de sincérité. Souvent une ou deux strophes exquises sont noyées dans tout un fatras. Mais l'accent d'émotion vraie avec lequel Théophile chante la nature et l'amour dans des pièces telles que la Solitude lui ont valu d'être porté aux nues par les romantiques. Il est certain que, si, comme écrivain, il reste médiocre, infiniment inférieur à Malherbe, il est beaucoup plus « poète » que lui, au sens moderne du mot.

Les œuvres de Théophile furent publiées en trois livres qui parurent, le premier en 1622, le second en 1623, le troisième en 1624. Ces trois parties furent réunies en 1626, et il parut successivement une édition des Œuvres complètes à Lyon, en 1630, puis à Rouen, avec une préface de Scudéry, en 1632. En 1641, Mairet publia une Correspondance inédite. La dernière édition des Œuvres de Théophile est celle qu'a donnée Alleaume, dans la Bibliothèque elzêvirienne, A. Bayet.

BiBL. : Garasse, Doctrine curieuse des beauxesprits de ce temps. — Niceron, Mémoires, t. XXXVL — Théophile Gautier, les Grotesques. — Charles, Revue des Detix Mondes, l"^ août 1839.

VIAUD (Louis-Marie- Julien), dit Pierre Lo^^, littérateur français, né à Rochefort le 14 janv. 1^50, d'une des anciennes familles protestantes du pays. Il fît ses études à Rochefort, entra en 1867 dans la marine, et fit ses premières campagnes dans le Pacifique : aspirant en 1870, enseigne en 1873 et lieutenant de vaisseau en 1881 . Il avait fait la campagne du Tonkin et fut mis en disponibilité pendant quelques mois pour avoir publié dans le Figaro une correspondance sur les actes de cruauté de nos soldats lors de la prise de Hué (1883). Il a publié, sous le nom de Pierre Loti, des histoires d'amour exotiques, qui se déroulent dans les différentes parties du monde, à Tahiti, au Sénégal, en Turquie, au Maroc, au Japon, etc. La puissance de son talent descriptif et la sincérité pénétrante de son accent personnel, auquel une certaine monotonie ne fait pas tort, lui ont valu de bonne heure une très grande réputation. En 1891, il a été nommé membre de l'Académie française. Il a publié : Aziyade (Stamboul, 1876-77) ; Rarahu, idylle polynésienne (1880, republiée en 1882 sous le titre de Mariage de Loti); le Roman d\in spahi (1881) ; Fleurs d'ennui, d'un gracieux pessimisme (1882) ; Mon Frère Yves (1883) ; les Trois Dames de la Kasbah {iSS^i); Pêcheurs d'Islande (1886,trad. en allemand par la reine Elisabeth de Roumanie), un de ses meilleurs romans ; Madame Chrysanthème (1887) ; Japoneries d' automne (iSS9) ♦ Au Maroc (1890); le Roman d'un enfant (1890); le Livre de la pitié et de la mort (1891); Fan^ tome d'Orient (1892); VExilée (1893); le Désert {\W:>); Jérusalem {\%m); la Galilée [i^^) ; Pages choisies {{%%) ; Ramuntcho (1897); Reflets sur la sombre route (1898). A la fois peintre et poète, il fait vivre et étinceler les formes et les couleurs, en même temps qu'il exprimé l'âme des choses. Ses romans exotitiques ont un charme de sensualité légère ou profonde {le Mariage de Loti, le Roman d'un spahi). On considère en général comme son chef-d'œuvre ses deux romans marins bretons (Mon Frère Yves et Pêcheurs d'Islande). La puérilité de sa philosophie littéraire est particulièrement apparente dans ses derniers livres qui sentent la monotonie et le procédé, malgré des pages encore exquises. Ph. B, VIAUR. Rivière de France (V.Aveyron et Tarn [Dép.])

VIAZAC — VIBRATION

VIAZAC. Corn, du dép. du Lot, arr. et cant. (E.) de Figeac ; 661 hab. Stat. du chem. de fer d'Orléans.

VlAZEMSKl (Prince Pierre- Andréévitch), écrivain et homme d'Etat russe, né à Moscou en 1792, mort à Saint- Pétersbourg en 4878. C'est un des rares écrivains russes qui purent voir directement Jla littérature de leur pays sortir du sentimentalisme du xvm^ siècle pour aboutir aux grandes œuvres de Tolstoï.' Après avoir reçu une éducation très brillante et avoir pris part à la campagne de i 84 2, le prince Viazemski s'occupa de littérature et se lia intimement avec Pouchkine. Il fit oisuite sa carrière dans de hautes fonctions civiles, d'abord aux Finances, puis à l'Instruction publique : il mourut sénateur êl chambellan. Son influence comme écrivain fut médiocre, parce qu'il fut incapable de marcher avec son temps et ne sut pas prendre son parti des modifications littéraires, scientifiques et sociales que subit la Russie depuis l'époque de Karamzine jusqu'à celle de L. Tolstoï. Ses œuvres complètes comptent 42 vol. (4878-96) ; elles comprennent des vers de toutes formes, des biographies de littérateurs, parmi lesquelles on distingue celle de Von- Vîzine(i8l8), et des écrits polémiques. J. L.

VIAZMA. Vifie de la Russie occidentale, ch.-l. de distr. du gouv. de Smolensk, sur les deux rives de la Viazma (affl. g. du Dniepr) et de la Bebréïa; 46.755 hab. Stat. de chem. de fer. Tannerie, manufacture de tabac. Pains d'épice célèbres. Commerce de céréales, lard, peaux, poisson. Les deux rivières partagent la ville en quatre quartiers : le quartier du Commerce (Torgovaïa) renferme le bazar (Gostinnyi Dvor) qui date de Catherine II ; cathédrale de 4596. — Le 3nov. 4842, bataille sanglante entre Français et Russes.

VI BAL (Le). Corn, du dép. de l'Aveyron, arr. de Rodez, cant. de Pont-de-Salars ; 732 hab.

VIBERT (Jean-Georges), peintre et littérateur français, né à Paris le 30 sept. 4840. Elève de Barrias et Picot, il se fit connaître dès ses débuts (Salon de 4863) comme un excellent peintre de genre. Il servit avec distinction pendant la guerre franco-allemande, notamment à l'affaire de la Malmaison (24 oct. 4870). Citons parmi ses tableaux : Don Quichotte (4867) ; Barbier ambulant (4868) : le Fripier (4869) ; le Premier nô'(4873) ; la Sérénade (4877) -, Apothéose de M. Thiers (1878); le Malade imaginaire (4890). Il a fait jouer diverses piécettes au Palais-Royal et aux Variétés, entre autres : la Tribune mécanique (4872) ; le Verglas (4876), et, en collaboration avec Raoul Toché, Chanteuse par amour, opérette (4877). Vibert a aussi publié : la Science de la peinture (Paris, 4891, in-42).

VIBEUF. Com. du dép. de la Seine-Inférieure, arr. d'Yvetot, cant. de Yerville ; 487 hab.

VIBIA Perpétua (V. Perpétue [Sainte]).

VI BORD (Constr. nav.). Nom donné originairement, dans les bâtiments en bois, à la préceinte située à la hauteur des gaillards. Par extension, il désigne aujourd'hui la partie du bordé comprise entre cette préceinte et la lisse de plat-bord et servant au navire de parapet. Des sabords pratiqués tout autour dans le vibord assurent l'écoulement de l'eau que les paquets de lames jettent sur le pont.

VIB0R6. Ville de Danemark, située dans le Jutland septentrional, à l'intérieur du pays; 8.420 hab. (en 4897). Chef-lieu du district de Viborg, la ville est le siège de !'« amtman » (préfet), de l'évêque ainsi que de la cour d'appel du Jutland septentrional. La cathédrale, qui date du xi® siècle et qui a été restaurée naguère, est une des plus belles du Danemark. Viborg a pour port le petit havre de Hjarbek, distant de 9 kil. environ et situé sur leLimfjord. — Originellement appelée Viberg (c.-à-d. « la sainte montagne »), la ville est parmi les plus anciennes du pays. A l'époque païenne elle fut probablement le principal lieu de sacrifices du Jutland et le lieu d'as-

semblée (« ting ») le plus important. Au moyen âge, les rois y étaient élus. Elle fut le théâtre des principaux événements delà guerre civile de 4447-57.

Le district (« amt ») de Viborg comprend la partie centrale du Jutland septentrional, au S. du Limfjord. 3.423 kil. q. ; 400.783 hab. (en 1890), dont42.100 dans les deux villes de Viborg et de Skive.

VIBORG (finnois Viipuri). I. Ville de Finlande, dans la prov. de Carélie, située au fond de la baie de Viborg, que forme le golfe de Finlande, et sur le canal de Saima ; 24.569 hab. (fin ^898). Grande exportation de bois. La ville est le chef-Heu du gouvernement de Viborg, le siège de la cour d'appel de ce nom instituée en 4839, et, depuis 4892, la résidence d'un archevêque russo-grec de Finlande. — Elle tire ses origines et son nom d'un château fort élevé en 4293, au cours de l'expédition de Tyrgil Knutsson contre les Russes, et qui constitua pendant des siècles le plus solide appui de la domination suédoise en Finlande. Naguère relevé de ses ruines et restauré, c'est aujourd'hui la résidence du commandant de la place. La ville même, d'abord lieu de marché dans le voisinage du château, dotée de ses privilèges municipaux en 4403, fut entourée, sous Eric XIV et Jean III, d'un quadrilatère. Elle fut conquise le 44 juin 4740 par les Russes, moyennant une capitulation que ceux-ci violèrent ensuite. Un sanglant combat naval, connu sous le nom des « Baguettes de Viborg », eut lieu, le 3 juil. 4790, dans les eaux de la baie, entre les flottes russe et suédoise : l'issue en fut fatale à cette dernière.

IL Gouvernement de Finlande, comprenant la partie la plus orientale du Nyland, l'extrémité S.-E. du Tavastland et les parties méridionales du Savolaks et de la Carélie. Il confine au S. au golfe de Finlande, à l'E. et au S.-E. à la Russie, la frontière traversant le lac Ladoga et longeant au S. le Systerbaeck; 43.068 kil. q., dont 4 4. 659 occupés parles eaux; 403.898 hab. (en 1898).

VIBRAC. Com. du dép. de la Charente, arr. de Cognac, cant. de Châteauneuf-^sur-Charente : 314 hab.

VIBRAC. Com. du dép. de la Charente-Inférieure, arr, et cant. de Jonzac ; 254 hab.

VI B RATION. I. Mécanique. — Lorsque les molécules d'un milieu élastique sont écartées, par des forces quelconques, de leurs positions d'équilibre stable, puis abandonnées à leurs réactions mutuelles, elles effectuent de petits mouvements qui présentent généralement un caractère périodique et reçoivent alors le nom de vibrations, La théorie mathématique de l'élasticité permet d'écrire les équations différentielles de ces petits mouvements, et il ne reste plus ensuite qu'à effectuer, si l'on peut, l'intégration. Nous allons passer en revue les exemples les plus simples.

Corde vibrante. Soit une corde élastique de longueur / fixée à ses deux extrémités A et B. Soient p son poids, P sa tension, a l'allongement dû à cette tension. Prenons comme origine des coordonnées le point A, comme axe des X la droite AR, comme axes des y et des % deux droites perpendiculaires en A sur Aic, et perpendiculaires entre elles. Appelons w, v, w les variations éprouvées, au temps t, par les coordonnées du point dont l'abscisse initiale était x.

En posant a = H/?~et b r=z /i/Ë!, on trouve pour

\ dp \ Ip

les équations différentielles du mouvement :

dhv dx^'

La première équation représente des vibrations longitudinales, et les deux autres, des^vibrations transversales. Si, à l'instant initial, la corde a la forme d'une courbe plane, située dans le plan zax, et si elle est abandonnée sans vitesse, elle reste constamment dans le même plan, et les vibrations transversales sont régies par l'unique

dP'W d^tu

équation ^^ = b^ -7-^ qui admet l'intégrale particu-

dH

dt^"-

dx^'

dt^ ~

^' dx-

Tt^

Page 1