‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 450 sur 633 · VIG — VICAT · texte numérisé non relu

VIG — VICAT

(1.041 aggl.). Stat. dechem. de fer. Etablissement thermal avec 4 sources ferrugineuses connues déjà des Romains. Eglise romaine, maisons fortifiées, ancienne fontaine sculptée du xviii® siècle. La ville haute date du moyen âge et est bâtie le long du profond ravin de Tiradiot ; la ville basse s'étend sur les bords de la route d'Aurillac.

VIC-sur-Seille (Vigum, 709; Vicus Bodesius, 777). Ch.~l. de cant. de la Lorraine allemande, arr. de Château- Salins, sur la Seille et le chem. de fer qui, à Burthécourt, se détache de la ligne de Nancy à Sarreguemines ; 2. 1 23 hab . Salines non exploitées, fabrique de gypse, distilleries, vins, houblon. Si l'énigmatique « briquetage de la Seille » (V. Marsâl) provient, suivant une hypothèse toute récente, d'un procédé primitif d'exploiter les salines. Vie aurait été une importante station déjà à l'époque préhistorique. Il est certain que les Romains s'y étaient étabhs ; nous savons que l'empereur Julien y avait son quartier général en 357, et on prétend que c'est à Vie que cent ans auparavant Postumus fut proclamé empereur (257). Les salines pendant tout le moyen âge jusqu'au xiv® siècle furent une ressource précieuse pour la population et l'objet de maint litige. A l'époque mérovingienne, la petite ville était la capitale du Saulnois et une des résidences des rois d'Austrasie. Auxni^ siècle, elle fut fortifiée par les évêques de Metz qui y avaient un château et un atelier monétaire. Açrès avoir appartenu successivement aux ducs de Lorraine, aux évêques de Metz et aux comtes de Bar, elle fut réunie à la France en 4630. Vie a conservé jusqu'à un certain point l'aspect d'une ville du moyen âge. L'église paroissiale est une basilique gothique à trois nefs du xv^ siècle avec une tour d'observation sur le côté gauche du transept et une curieuse sculpture, représentant la légende de saint Livier convertissant des ours, sur le tympan de la porte latérale. Sur la place des Carmes, Fhôtel de la monnaie des évêques, de 1456, dont les sculptures élégantes rappellent les plus jolies parties du palais ducal de Nancy. Sur la place du Marché, l'hôtel de ville et, à l'entrée de la ville, le château épiscopal, assez bien conservé. Des fortifications du xtii*^ siècle, il subsiste quelques restes de remparts et une ravissante porte gothique, flanquée de deux tours rondes. Nombreuses maisons en style, gothique. Il y avait autrefois à Vie beaucoup d'établissements religieux, entre autres une collégiale dédiée à saint Etienne et (in prieuré fondé vers la fin du XI® siècle par les bénédictins de Senones. Une ancienne statue de saint Christophe, provenant de ce prieuré, attire tous les ans à Vie de nombreux pèlerins. — Armoiries : Parti de gueuleB et d'argent. — Patrie : de Henri, horloger, qui, sous Charles V, construisit une des premières horloges qu'on ait connues en France ; du poète Alphonse de Rambervillers, mort en 1623. L. W.

BiBL. : FouRLEMANN, le Domaine temporel des évêques de Metz. Vie, dans Revue nouvelle d'Alsace-Lorraine, V. — A, Benoît, Hôtel de ville de Vie [ibid., VIII).

VICAIRE. Dans le langage ecclésiastique, ce mot désigne une personne qui tient la place d'une autre, qui lui est supérieure, et dont elle exerce les fonctions en partie et parfois en totalité : Vicarius a vice vulgo dicitur; est is qui vicem alterius ohtinet et in locum ejm succedit, — En leur ascension à la plénitude de puissance, les évêques de Rome s'intitulèrent Vicaires de saint Pierre^ puis Vicaires de Jésus-Christ et même Vicaires de Dieu (V« Eglise catholique romaine, t. XV, p. 621). La plupart des applications du titre de Vicaire ont été indiquées ailleurs.

Vicaire apostolique (V. Missions, t. XXIII, p. 1118).

VicAiREGAPiTULAmE(V. Chanoine, t.X,p. 505).

Vicaire forain ou Doyen rural (V. Archiprétre) .

Vicaire perpétuel (V. Dîme, t. XIV, pp. 575 et 576).

Vicaire paroissial (V. Succursale).

Vicaire général. — Au mot Archiprétre, nous avons indiqué le régime qui précéda l'institution de ce titre et des

fonctions qui y correspondent. Aujourd'hui, les évêques ont ou peuvent avoir des vicaires généraux, appelés aussi grands vicaires, auxquels ils donnent le pouvoir d'exercer toutes les fonctions de leur juridiction, mais non celles qui sont attachées au caractère épiscopal, comme l'administration des sacrements de l'ordre et de la confirmation, etc. En plusieurs contrées, le vicaire général ne représente Févêque que pour la juridiction volontaire, ou gracieuse, parce que la juridiction contentieuse est exercée par l'ofiîcial (V. Officialité). L'office de vicaire général n'est point perpétuel, mais seulement temporaire, au gré de Févêque qui, de même qu'il peut prendre ou non un vicaire général ou en prendre plusieurs, peut également restreindre leurs pouvoirs et aussi le leur enlever pour le remettre à d'autres. Suivant les canonistes ultramontains, la discipline de l'Eglise catholique sur cette matière est, en principe, l'unité. Le concile de Trente ne parle jamais du vicaire général au pluriel. La Sacrée Congrégation des Evêques et Réguliers a formellement déclaré (8 sept. 1748) que les évêques ne peuvent, sans un induit exprès de Sa Sainteté, établir deux vicaires généraux dans un même diocèse. — En France, Fusage du royaume permettait à Févêque d'instituer plusieurs vicaires généraux ayant tous solidairement le droit d'exercer la juridiction volontaire. La loi organique du 18 germinal an X statue (art. ^1) que chaque évêque peut nommer deucc vicaires généraux. Chaque archevêque peut en nommer trois. Les nominations des vicaires généraux faites par les évêques doivent être approuvées par le gouvernement. En ce cas, un traitement est attaché à leurs fonctions. Ces fonctions cessent avec la mort de Févêque qui a nommé les vicaires (Décr. du 28 févr. 1810).

Vicaire de Rome ( Vicarius Urbis). — Le pape, étant occupé du gouvernement de l'Eglise entière, se fait représenter par un cardinal pour l'administration particulière du diocèse de Rome. Ce cardinal porte le titre de Vicaire de Sa Sainteté, et il a pour vicairegénéral un prélat, investi du caractère épiscopal, qui a le titre de vice-gérant de Rome, Le cardinal-vicaire exerce pour le diocèse de Rome tous les pouvoirs que les évêques ont dans leurs diocèses respectifs. Il ne perd pas son autorité à la mort de Févêque de Rome. E,-H. Vollet.

VI CARI (Hermann von), archevêque de Fribourg, né à Ardendorf (Souabe) le 13 mai 1773, mort à Fribourg le 14 avr. 1868. Ordonné prêtre en 1797 et envoyé à Constance, il vint en 1828 à Fribourg-en-Brisgau et fut en 1842 nommé archevêque du diocèse du Haut-Rhin. De concert avec les évêques de son diocèse, il présenta au gouvernement badois des réclamations relatives aux droits de l'Eglise et refusa d'ordonner des messes pour l'âme des princes protestants. La querelle fut portée à Rome qui approuva indirectement la conduite de Vicari. En 1854, l'archevêque remplaça le conseil d'administration des biens de l'Eglise qui dépendait du gouvernement et s'opposait à ses prétentions par un conseil à lui. En 1859, sur l'intervention du Saint-Siège, le gouvernement du grand-duc consentit à signer une convention qui sacrifiait les droits de suprématie de l'Eglise. Mais les Chambres badoises refusèrent d'approuver cette convention, et un ministère libéral établit une nouvelle législation ecclésiastique conforme aux droits de l'Etat, contre laquelle Farchevêque protesta vainement jusqu'à sa quatre-vingt-quinzième année.

VICAT (Louis-Joseph), ingénieur français, né à Nevers le 31 mars 1786, mort à Grenoble le 10 avr. 1861. Ancien élève de l'Ecole polytechnique et de l'Ecole des ponts et chaussées, il fut chargé, comme ingénieur, de la construction de canaux et de ponts dans la Dordogne et dans le Lot, et se rendit de bonne heure célèbre par ses mémorables travaux sur les chaux hydrauliques et les ciments. En 1833, il fut élu correspondant de l'Académie des sciences de Paris et, en 1845, la Chambre des députés, sur le rapport d*Arago, lui vota, à titre de récompense na-

VICAT -• VICENCK

tionale, une pension de 6,000 fr., réversible sur ses enfants. Outre un grand nombre de mémoires et de notes parus dans les Annales des ponts et chaussées, dans les Annales de chimie et de physique, dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences y etc., il a publié : Recherches expérimentales sur les chaux de construction, les bétons et les mortiers ordinaires {?ms, d 848 ; 2** éd., 1828); Nouvelles études sur les pouzzolanes artificielles comparées à la pouzzolane d Italie (Paris, 4846) ; Recherches physiques de la destruction des composés hydrauliques (Paris, 4856, etc.). L. S.

VICDESSOS. Ch.-l. de cant. dudép. de TAriège, arr. de Foix, à la jonction de la rivière de Vicdessos et du ruisseau de Suc, à 695 m. d'alt. au pied de montagnes riches en mines de fer (gisements de Rancié) ; 69^ hab. Clocher du xui® siècle. Ce bourg était la capitale du petit pays de Sos, que l'on identifie avec le pays des anciens Sotiates.

VICE. L Philosophie. — La plupart des moralistes se sont contentés de poser le vice comme le contraire de la vertu et n'ont pas jugé à propos de lui consacrer une étude spéciale. Remarquons cependant qu'Aristote en définissant la vertu « un milieu entre deux extrêmes », c.-à-d. entre deux vices, semblait par cela même considérer la notion du vice comme logiquement antérieure à celle de la vertu. Les stoïciens enseignaient que tous les vices sont égaux, mais c'était pour eux la conséquence de cette autre proposition que toutes les vertus sont égales. l\ suffirait, en somme, pour définir le vice et en déterminer les différentes espèces de reproduire muiatis mutandis les définitions et classifications proposées pour la vertu : celleci étant d'une manière générale l'habitude du bien, le vice sera l'habitude du mal. On pourrait cependant se demander si le vice ne se confond pas dans une certaine mesure avec la passion. L'un et l'autre, en effet, sont des habitudes plus ou moins condamnées par la raison, mais la passion se rapporte plutôt aux sentiments et le vice aux actes. D'ailleurs, toute passion n'est pas nécessairement mauvaise, tandis que le mot vice comporte nécessairement avec lui une idée d'immoralité. E. Boirag.

IL Droit civil et commercial. — Vices rédhibi- ToiRKS. — On appelle vices rédhibitoires les défauts cachés de la chose vendue, qui la rendent impropre à l'usage auquel elle est destinée ou diminuent tellement cet usage que l'acheteur ne l'aurait pas acquise ou n'en aurait donné qu'un moindre prix s'il les avait connus. Le vendeur est tenu d'une façon générale de les garantir (V. Garantie).

En ce qui concerne plus particulièrement les ventes d'animaux domestiques, des usages particuliers, remontant aux anciennes coutumes, s'étaient maintenus dans les différentes régions jusqu'à la loi du 20 mai 4838, aujourd'hui abolie par la loi du 2 août 4884 sur le code rural (dont Tart. 2 a été modifié par la loi du 34 juil. 4895), qui règle la garantie à raison des vices rédhibitoires dans les ventes et échanges d'animaux domestiques. Sont réputés vices rédhibitoires : — pour le cheval, l'âne et le mulet : la morve, le farcin, l'immobilité, l'emphysème pulmonaire, le cornage chronique, le tic proprement dit avec ou sans usure des dents, les boiteries anciennes intermittentes, la fluxion périodique des yeux; — pour l'espèce ovine : laclavelée, cette maladie reconnue chez un animal entraînant la rédhibition de tout le troupeau s'il porte la marque du vendeur ; — pour l'espèce porcine: la ladrerie (art. 2).

Aucune action en garantie, même en réduction de prix, ne pourra être intentée si le prix de l'animal vendu ou la valeur de l'animal échangé ne dépasse pas 400 fr., ou si le vendeur offre de reprendre l'animal vendu en restituant le prix et en remboursant à l'acquéreur les frais occasionnés par la vente. L'action rédhibitoire doit être intentée dans un délai de neuf jours, non compris le jour fixé pour la livraison et sauf augmentation à raison des distances ; pour le seul cas où l'animal est atteint de

fluxion périodique, le délai est alors de trente jours (art. 3 à 6).

La procédure s'engage par une requête, par écrit ou verbale, présentée au juge de paix du lieu où se trouve l'animal à l'effet de désigner des experts chargés de le visiter. Le vendeur doit être appelé à l'expertise, à moins que le juge de paix, en raison de Furgence et de l'éloignement, ne décide autrement (art. 7 et 8). Le tribunal compétent sera le tribunal civil ou le tribunal de commerce, suivant les règles ordinaires de la compétence. La demande en garantie est dispensée du préliminaire de conciliation instruite et jugée comme en matière sommaire (art. 9). La loi décide enfin qu'en cas de morve ou de farcin pour le cheval, l'âne et le mulet, ou de clavelée pour l'espèce ovine, le vendeur sera dispensé de la garantie s'il prouve que l'animal, depuis la livraison, a été mis en contact avec des animaux atteints de ces maladies (art. 14) ; il ne serait pas admis à faire cette preuve pour les autres vices rédhibitoires, dont il est toujours tenu à garantie. P* Glasson.

vice-Amiral (Mar.) (V. Marine).

VlCE-CoNSUL (Dr. adm.) (V. Coksul).

VICEL (Le). Com. du dép. de la Manche, arr. de Valognes, cant. de (îuettehou ; 302 hab.

VICENCE ( ital. Vicenza), î. Ville. — Ville de l'Italie septentrionale, chef-lieu de la province de ce nom. Elle est située à 39 m. d'alt. au pied desMonti Berici, sur le cours du Bacchiglione, et comptait, en 4904, 44.261 hab. Placée sur la grande ligne de Milan à Venise, reliée directement à Schio et à Trévise, elle est le siège d'un évêché, d'un tribunal et d'une chambre de commerce.

Vicence a des rues étroites et mal bâties, mais les environs sont magnifiques, et le dernier grand architecte de la Renaissance, André Palladio (4548-80), qui y est né, y a laissé de beaux monuments. Le centre de la ville est la piazza dei Signori, place régulière, au centre de laquelle s'élèvent deux colonnes surmontées, l'une des armes de la ville, l'autre du lion ailé de Venise. Sur l'un des côtés s'élève le chef-d'œuvre de Palladio, la Basilica Palladiana, construction grandiose, à deux rangs d'arcades superposés, avec colonnes doriques en bas et colonnes ioniques en haut. En face, le Municipio ou hôtel de ville est également de Palladio, Dans le voisinage, l'artère centrale de la ville, le Corso Principe Umberto aboutit d'un côté à la porta Castello qui conduit à la gare, de l'autre à la vaste piazza Vittorio Emanuele que bordent deux œuvres importantes de Palladio : le musée municipal, qui contient de beaux tableaux des écoles vénitienne et vicentine et le théâtre Olympique, construit sur le modèle du théâtre antique. A l'autre extrémité de la ville se trouve le Duomo ou cathédrale, sur une place où s'élève la statue de Victor-Emmanuel par Benvenuti (4880). C'est un édifice gothique, bas, à une seule nef, avec une coupole qui date de 4247. .San Lorenzo (4280) est également de style gothique et contient le tombeau du peintre Mantegna. Santa Corona (1260) est ornée de belles peintures. Parmi les autres monuments, il faut citer quelques édifices privés dus à Palladio : les palais Tiene (4556), Valmarana (4566), Porto Barbarano (4570) et GiuUo Porta.

La principale attraction de Vicence est peut-être la magnifique promenade qui s'élève sur les flancs du Monte Berico. C'est une vaste avenue plantée d'arbres, bordée d'un portique de 650 m. de long, et qui se termine au point culminant devant la Madonna del Monte, église en forme de croix grecque, surmontée d'une coupole, construite en 4428, complétée en 4668. L'œil y domine toute la Vénétie et y embrasse toute la chaîne des Alpes. Derrière l'église, un petit monument rappelle les combats de 1848. Un peu plus bas, sur les flancs des Monti Berici, Palladio a construit la villa Rotonda, édifice carré à portique et à coupole.

Histoire. ^— ViceUce (lat. Vicentid) était d'abord

VICëNCE — VICHY

un municipe et apparaît dans l'histoire au ii*^ siècle av. J.-C. Détruite par AIboin,elle devint sous les Lombards la capitale d'un duché, sous les Francs celle d'un comté, et acquit au xii^ siècle son indépendance municipale. Gouvernée depuis 1311 par les délia Scala, depuis 1387 par les Visconti, elle tomba en 1404 sous la domination de Venise dont elle partagea le sort. Sous le royaume dltalie (1806-14), elle fut le chef-lieu du dép. du Bacchiglione. Retombée sous la domination des Autrichiens, elle secoua le joug en mai 1848, mais fut reprise le 10 juin suivant à la suite d*un violent combat qui se livra sous les Monti Berici. En 1866, elle fut réunie au royaume d'Italie.

II. Province. — Cette province, limitée au N.-E. par celles de Bellune et de Trévise, au S.-E. par celle de Padoue, au S.-O. par celle de Vérone et au N. par le Tirol, a une superficie de 2.730 kil. q. et comptait, en 1901, 446.521 hab. (163 par kil. q.). Elle est divisée en dix districts : Arzignano, Asiago,Barbarano, Bassano, Lonigo, Marostica, Schio, Thiene, Valdagno et Vicence. Le Nord en est couvert par les ramifications des Monti Lessini, des Alpes de Vicence et des Dolomites. Le Sud forme une plaine au milieu de laquelle s'élève le massif volcanique des Monti Berici (419 m.) et qu'arrosent le Bacchiglione, la Brenta, l'Agno et le Chiampo. Les principales productions sont le raisin, le riz, les pommes de terre, la soie et le bétail. Les forêts couvrent 43.374 hect.

BiBL. : Castelltni, Storia délia città de Vicenza, 1873- 1822, 14 vol.

VICENCE (A.-A.-L. de Càulaincourt, duc de), homme politique français (V. Caulaincourt).

VICENTE (Cil), auteur dramatique portugais, né à Lisbonne vers 1475, mort à Evora en 1557. Il fit d'abord son droit, puis fut attaché à la cour de Manuel et de Jean III et composa pour eux de nombreuses pièces de théâtre, principalement des comédies, pleines de verve et d'imagination, et qui eurent dès leur apparition un succès considérable. Aussi l'a-t-on surnommé le Plante portugais. Toutefois, il appartient également à la littérature espagnole, tant par son tour poétique, imité de Juan de la Encina, que par sa langue. Des quarante-deux pièces que nous possédons de lui, dix, en effet, sont exclusivement en espagnol, quinze en espagnol et en portugais, et dix-sept en portugais. Outre des comédies, elles comprennent des autos religieux, des églogues, des tragi-comédies et des farces. Le style en est presque toujours élégant, et le vers, dans les morceaux lyriques dont elles sont toutes émaillées, très harmonieux. Les caractères y sont, de plus, bien étudiés. Elles valent moins, par exemple, comme agencement. La plus importante est l'auto de la Stjbilla Casandra, représentée devant la reine mère. El Vindo (1514), la Buhena (1521), qui fut interdite par la congrégation de rindex, don Duardos, El Amadis de Gaula, el Templo de Apolo, la Barca do ïnferno, sont également citées parmi les meilleures. On attribue à Cil Vicente l'invention du type du « parvo », analogue au « bobo » et au « gracioso » de la comédie italienne. Il était, d'ailleurs, comme plus tard Molière et Shakespeare, acteur en même temps qu'auteur. Il a été donné plusieurs éditions complètes de son œuvre. La meilleure est celle de Barreto Felo et de J.-G. Monteiro (Hambourg, 1834, 3 vol. in-8). L. S.

BiBL. : Barbosa, Bïbliotheca. lusitana, t. II. — Th. Bra- GA, Historia do Theatro Portuguez. Vida de Gil Vicente e sua eschola ; Porto, 1870. — De Ouguella, Gil Vicente ; Lisbonne, 1890.

VICENTINO (Andréa), peintre italien (V. Micheli).

VICESIMA HEREDiTATUM (Dr. rom.). Impôt du vingtième sur les successions (hérédité ou legs) établi par la lex vicesima hereditarum et legatorum de l'époque d'Auguste (an 6 ap. J.-C). La quotité de cet impôt fut doublée sous Caracalla, et c'est pour lui faire rendre davantage que ce prince concéda le droit de cité à tous les habitants de l'Empire. La vicesima fut ramenée à son

ancien taux par Macrin. Elle n'existe plus sous Justinien.

Bibl. : MoMMSEN et Marquart, Manuel des antiquités romaines (trad. Vigie) ; Paris, 1888, t. X,pp. 335-39. — Da- REMBERG et Saglio, DicHonn. des antiq. v" Lex (Julia de vicesima hered.) ; Paris, in-4.

VICH. Ville d'Espagne, ch.-l. de district delaprov. de Barcelone, dans une vallée des Pyrénées, sur le Gurri ; 485 m. d'alt. ; 11.640 hab. Stat. dechem. de fer. Filature, fabr. de chapeaux. Ville^aux rues tortueuses et escarpées ; pittoresques maisons sur la Grande Place ; cathédrale de 1803 élevé à la place de la basilique de 1040, avec cloître magnifique du xiv® siècle. Une magnifique promenade (rambla) sépare le quartier ancien du quartier moderne; le célèbre poète catalan Jacinto Yerdageur (V. ce nom) est né près de Vich. Ancienne capitale du comté d'Ausona.

VI CHAT EL (Puy de). Sommet du dép. àxi Puy-de-Dôme (V. cet art.).

VICHEL. Com. du dép. du Puy-de-Dôme, arr. d'Issoire, cant. de Saint-Germain-Lerabron ; 429 hab. Restes d'un château des dauphins d'Auvergne.

VICHEL-Nanteuil. Com. du dép. de l'Aisne, arr. de Château -Thierry, cant. de Neuill}[-Saint-Front ; 174 hab.

VI CHER A. Nom de plusieurs rivières de Russie: 1^ N.-O. de la Russie, affl. du Malyi (tributaire du lac Ladoga) ; 80 kil. de cours ; fait partie du canal de la Vichera qui réunit la Msta au Volkhov (par lesquels le lac Ilmen se déverse dans le lac Ladoga). — 2** N.-E. de la Russie, tributaire g. de la Kama (affl. g. de la Volga) ; 447 kil. de cours, flottable depuis l'embouchure de l'Oulsoui, navigable (55 kil.) depuis l'embouchure de la Kolva (395 kil.) ; prise d'octobre en mai par les glaces. Dans la partie supérieure du cours, rochers trèspittoresques'(P/erre écrite, Pierre p6ir/an^^,etc.).— 3«N.-E.deia Russie, tributaire dr. de la Vytchegda (affl. dr. de la Dvina) ; 218 kil. ; rives élevées et rocheuses; flottable de Vichera à l'embouchure.

VICHÈRES. Com. du dép. d'Eure-et-Loir, arr. et cant. de Nogent-le-Rotrou ; 622 hab.

VICHEREY. Com. du dép. des Vosges, arr. de Neufchâteau, cant. de Châtenois ; 388 hab.

VICHNÉVETZ. Bourg de la Russie occidentale, gouv. de Volhynie, distr. de Kréménets, sur le Goryn (affl. dr. du Pripet); 3.000 hab. Distillerie, savonnerie. Patrimoine des princes Vichnévetzky ; il date de 1395, brûlé et ravagé par les Tatars (1494), par les Turcs (1672), par les Suédois au xvii^ siècle, il a été rebâtie en 1750 par Auguste lïL

VICHNOU, VICHNDUISME (V. Hindouisme).

VICHNOU-Pad (Lac) (V. Koça-Nâg).

VICHY {Vici, Vicus Calidus, Vichias, Pagus Viciacensis). Ch.-l. de cant. du dép. de l'Allier, arr. deCusset 14.166 hab. Stat. du chem. de fer P.-L.-M. Alt. moyenne, 259 m. Eaux minérales très connues qui en font l'une des premières stations thermales du monde. Deux hospices : l'un, Y hospice civil, trouve ses principales ressources dans un droit qu'il tient de lettres patentes du 23 mars 1716 lui attribuant 5 cent, par bouteille d'eaux minérales de certaines des sources de l'Etat transportée hors Vichy ; il comprend un hôpital sédentaire pour les malades, les vieillards et les orphelins du pays et un hôpital thermal ouvert, du 15 mai au 1®^ oct., aux indigents de toute la France ; l'autre, V hôpital thermal militaire, ouvert du 13 mai au 14 sept., reçoit des officiers, des sous-officiers et des soldats de toutes armes et de toutes troupes, continentales ou coloniales. Douze foires importantes par année. Hippodrome, Tir aux pigeons, concours hippiques, etc., etc.

Histoire. — Les Bomains fondèrent auprès des sources thermales qui jaillissaient là où leur route àAugustonemetum (Clermont-Ferrand) à Angustodunum (Autun) traversait la rivière d'Allier, un important établissement de bains chauds, VAquis Calidis des Itirtéraires, autour duquel s'éleva rapidement une ville, dont l'existence est attestée par de nombreuses et belles antiquités

VICHY - VICKSBURG

gallo-romaines. Les invasions barbares détruisirent ces thermes. Au xi® siècle» les bénédictins de Saint-Âllyre fondèrent dans l'ancienne ville gallo-romaine un Mouslier d'une certaine importance. Puis, sur un roc d'aragonite, « à trois jets d'arc », au sud de la ville galloromaine, les de Vichy élèvent un château féodal dont il reste encore une vieille tour. En d344, l'ancienne viguerie de Vichy, qui était devenue une prévôté, puis une des dix-sept châteilenies du Bourbonnais, passa en partie, par échange, aux mains des de Bourbon. En 1394, elle appartient tout entière au « bon duc Louis II ». Après la trahison du connétable et la confiscation du Bourbonnais, elle devint ville royale. Assiégée en IMO, puis, en d597 et 4576, elle fut pillée et démantelée en 4590 et 1391. Au début du xvu^ siècle, ses eaux minérales commencent de nouveau à être connues. Louis Xïll y fait construire un premier établissement thermal, la Maison du Roy, Chapelain, Fléchier, W^^ de Sévigné, le chevalier de Lorraine, le marquis de Seignelay, le duc de Bouillon viennent, tour à tour, s'y soigner. En 4787, M'^^'^ Adélaïde et Victoire de France qui, deux ans auparavant, avaient logé, pendant « qu'elles prenaient les eaux», au couvent de capucins, font décider l'édification, aux frais de l'Etat, d'un établissement thermal, que M°^® la duchesse d'Angoulème fait continuer sous la Restauration et que la monarchie de Juillet parachève. Mais c'est surtout le second Empire qui a fait de Vichy ce qu'il est aujourd'hui. Par décret du 27 juil. 4861, Napoléon 111 dota cette ville, qu'il fréquentait et devait fréquenter jusqu'en 4867, d'une digue le long de l'Allier, d'un nouv^eau parc de 41 hect. (l'ancien fut créé sous Napoléon I^^), de nombreuses routes thermales, d'un hôtel de ville, etc. Enfin, par une première prolongation du bail de son établissement thermal, l'Etat obtint en 1864, la construction d'un Casino avec salle de théâtre et restauration. Depuis, Vichy n'a fait que s'accroître, et en trente ans a presque quadruplé. En 1898, une seconde prolongation de ce bail a été suivie de l'exécution de 10 millions de travaux et d'améliorations de toutes sortes.

Eaux minérales. -— Les eaux minérales de Vichy sont des bicarbonatées simples, de la division des bicarbonatées sodiques fortes. klkssont^ les unes, hyper thermales, les autres, hypothermales (-h 15*^,3 C. aux Célestins, et H- 43°,8 au Puits-Carré) . Leur titre alcalin moyen en bicarbonate de soude est de 5^^,46 par litre ; la moyenne de leur minéralisation totale, de 6s^,6'it sans l'acide carbonique hbre, et de 8s»',01 avec l'acide carbonique libre. Sur quinze sources d'un débit total d'environ 450.000 litres par jour, neuf appartiennent à l'Etat et sont affermées, depuis 1853, à une société qui doit verser au trésor public, à partir de 1904 jusqu'en 1934, un prix de bail annuel de 1 million de fr. Ce sont : 1° Le Pm'/s-Carr^ (43*^,8) qu'on appelle improprement. Puits- Chom el ; ^^ là Grande-Grille (41«,8) ; 3« VHopital (34^5) ; 4« la Source Lucas (28^,3) ; 5'' la Source du Parc (20o,l) ; 6<* les Anciens Célestins n° i (15<*,3) ; 7^ les Anciens Célestins n"* 2 (15^,3) ; 8<* les Nouveaux Célestins n« 2 (15<*,6) ; et 9° la Nouvelle source des Célestins (i6^). Les six autres sources qui appartiennent à des particuliers sont: 1^ la Source Lardy (24«,2) ; 2° la Source Larbaud ou des Longues Vignes ('21^,2) ; 3^ la Source Prunelle (22^8) ; 4° la Source Dubois (15^3) ; 5« la Source des Etoiles (20<*,8) et 6^ la Source Généreuse (23<^,8). Enfin l'Etat possède, en dehors de Vichy, deux autres sources exploitées conjointement avec les autres sources domaniales : 1° la Source Mesdames (16^), qui jaillit à Cusset et qui est amenée à Vichy dans la galerie des sources par une canalisation souterraine de 2^^^800 ; 2<* la Source^d*Hauterive-Etat (15)<^, qui jaillit à 6 kil.de Vichy, sur la rive opposée de l'Allier, et qui n'est pas employée à Vichy même. — La cure de Vichy est interne et externe : elle se fait foute i 'année, mais spécialement du

15 mai au i^^ oct., aux sources mêmes, oii l'eau pour boisson est distribuée gratuitement au verre, et dans les établissements thermaux, dont le plus important, celui de l'Etat, comprend : un établissement de 1*"^ classe et un établissement de 2® et de 3^ classe, alimentés tous les deux par les sources du Puits-Carré, de la Grande-Grille et de Lucas, et un établissement mixte de 4^® et 2^ classe, les Bains de Vhdpital, alimenté par la source de T Hôpital. Les autres étabhssements sont : l'établissement thermal de la source Lardy, l'établissement thermal de la source Larbaud et, enfin, l'installation balnéaire de l'hôpital militaire qui reçoit chaque jour, pendant la saison, pour son service médical, 24 m. c. des eaux des sources Lucas et du Puits- Carré.

Les maladies tributaires des eaux de Vichy sont, d'une façon générale : i^ les affections chroniques de l'estomac (dyspepsie atonique, dyspepsie convulsive, dyspepsie gastro-intestinale, gastrites, gastralgie, dilatation stomacale, ulcères) ; 2° les affections chroniques de l'intestin (entérites chroniques, diarrhée chronique des pays chauds, dysenterie chronique , lientérie des gros mangeurs) ; 3° les maladies du foie (congestions, lithiase biliaire, jaunisse, coliques hépatiques, cirrhoses atrophique ethypertrophique) ; 4** le diabète sucré (diabète gras ou arthritique, diabète phosphatique) ; 5** la goutte ; 6** les maladies des voies urinaires (affections calculeuses, gravelle urique, cystite chronique, catarrhes vésicaux, congestions rénicales, néphrites) ; 7° l'obésité ; S'' certaines maladies de l'utérus (pelvipéritonites chroniques, catarrhe utérin, engorgements du col de l'utérus) ; 9^ le rhumatisme (rhumatisme chronique simple, rhumatisme goutteux, rhumatisme musculaire, névralgies) ; 10<* l'anémie et la chlorose. L'hystérie, l'épilepsie, le cancer, les fièvres continuelles, certaines affections du cœur, les hémorragies fréquentes et abondantes, la péritonite, la tuberculose avancée contre-indiquent formellement le traitement de Vichy. Ce traitement dure d'ordinaire trois semaines, quelquefois vingt-cinq jours. On boit, en plusieurs fois, de 60 à 120 gr. d'eau, jusqu'à 8 et 10 verres par jour. Il est d'usage d'admettre que la Grande-Grille agit plus spécialement sur l'appareil biliaire, que V Hôpital convient surtout aux constitutions irritables et aux organes digestifs délicats, que les Célestins ont une action toute particulière sur le diabète et l'appareil urinaire, le Puits-Carré (source Chomel) sur les catarrhes respiratoires, et la Source Lucas sur les dermatoses. Enfin, on envoie à Mesdames les anémiques et les chlorotiques. L'analyse n'explique pas, d'ailleurs, ces distinctions, car toutes les sources offrent sensiblement la même composition, mais la pratique les a consacrées. Le traitement hors Vichy, le Vichy chez soi, se fait indistinctement avec l'eau, en bouteilles, de n'importe quelle source, pourvu qu'elle soit froide à son émergence (Célestins, Hauterive, Saint-Yorre, etc., etc.). On en expédie, des gares de Vichy ou de Saint-Yorre, près de 20 millions de bouteilles par an. A. Mallat.

BiBL. : Jean Banc, la Mémoire renouvelée des merveilles des eaux naturelles, 1605. — Claude Mareschal, Physiologie des eaux minérales de Vichy en Bourbonnais, 1636. — Claude FouËT, Nouveau système des bains et eaux minérales de Vichy, 1686.— Baron Lv cas, Notice médicale sur les eaux de Vichy, 1825. — D" Prunelle, Rapport sur la source Lucas, 1847. — D" Ch. Petit, Du Mode d'action des eaux minérales de Vichy et de leurs applications thérapeuliques, 1850. — D'^MaxDuRAND-FARDEL, Lettresmédicales sur Vichy, 1855 et autres éditions. — J.-P. Bou- QUETj Histoire chimique des eaux minérales et thermales de Vichy, 1855. — D" de Labaubie, De l'Individualité thérapeutique des eaux de Vichy, 1879. — A. Mallat, Vichy à, travers les siècles, 1890-94, 2 vol. ~ D' J. Cornillon, Clinique thermale de Vichy ^ 1891. — A. Mallat, les Eaux minérales du bassin de Vichy, 1896. — D""» Jardet et Ni- VIÉRE, Traité pratique d'hydrologie médicale, 1896.

VICKSBURG. Ville des Etats-Unis, ch.-l. du comté de Wanen, dans l'Etat de Mississipi, sur les hauteurs escarpées des falaises de Walnut, rive g. du Mississipi ; 43.373 hab. (dont 6.000 nègres). Stat. de croisement des chem. de fer de la Nouvelle-Orléans à Memphis et de

VfCKSBURG - VICO - 926 —

Jackson à Shreveport. C'est la plus grande ville de TEtat, un des principaux ports du jiîeuve entre Saint-Louis et la Nouvelle-Orléans. Commerce de coton très important, usines, huileries de graines de coton. Le Mississipi a détourné son cours en 1876, si bien que Vicksburg se trouve sur un lac en face d'une île, et son port ne se rattache au fleuve que par un canal, ce qui entrave son commerce. — Fondée en 1836 par le pasteur Vick, elle eut une grande importance pendant la guerre de Sécession comme commandant la navigation du fleuve et à cause de son chemin de fer*, investie le 22 mai 1863, elle capitula devant Grant le 4 juiL, ce qui donna à la flotte des Nordistes la domination du Mississipi.

Bataille de Vicksburg (V. Etats-Unis, t. XVf, p. 622).

VICIA (Bot.) (V. Vesce).

VICO (Lac de) (V. Italie, t. XX, p. 1037).

VICO. Ch.-l. decant. du dép.dela Corse, arr. d'Ajaccio, sur les hauteurs qui séparent le Sagone du Liamone ; 1 .973 hab. (1 .463 aggl.). Excellents vignobles. Pittoresque couvent de Saint-François. A 3 kil. S.-O. , au hameau d'A|?pricianU colossale figure qui remonte aux siècles historiques de la Corse. A 11 kil. S.-O., Sagone, petit port et plage fréquentée, ancienne cité épiscopale à laquelle Yico succéda au XI® siècle.

VICO-Equense. Ville de l'Italie méridionale, prov. de Naples (Campanie), à 6 kil. S.-O. de Castellaramare di Stabia, pittoresquement située sur la côte du golfe de Naples et sur la rive dr. de l'Arco ; 10.940 hab. Sources minérales sulfureuses. Huileries, dentelles. La ville est bâtie sur un rocher percé d'une grotte que traversent les flots. — C'est l'ancien Vicus Mquanus.

VICO (Giovanni-Battista), philosophe et historien italien, né à Naples en 1668, mort à Naples le 21 janv. 1743. Fils d'un pauvre libraire, il fit dans sa ville natale d'excellentes études, puis se mit à étudier la jurisprudence, mais dut, pour vivre, se placer comme précepteur auprès des neveux de l'évèque d'Ischia et passa neuf années dans cette situation au château de VatoUa. En 1697, il parvint à se faire, au prix de mille obséquiosités, nommer professeur de rhétorique à l'Université de Naples. Pourtant cette chaire, qu'il occupa près de quarante ans, n'était elle-même que d'un bien faible rapport : 600 fr. par an. Il s'était d'ailleurs marié et ses cinq enfants, en même temps qu'ils faisaient son bonheur, car il les adorait, lui causaient, par leurs vices et leurs folies, toutes sortes de tourments. Aussi, lorsque enfin, en 1734, le roi Charles le nomma son historiographe, se trouvait-il plongé dans une profonde misère, réduit, dans les instants de loisir que lui laissaient les travaux qui allaient lui conquérir l'immortalité, à continuer de donner chez lui, bien que sexagénaire, des leçons de latin mal rétribuées ou à faire métier de sa plume en célébrant les louanges de toutes sortes de §ens dont il escomptait naïvement la reconnaissance, mais qui ne le payaient que de congratulations. Il est à remarquer, au surplus, que celui qu'on regarde aujourd'hui comme le créateur de la philosophie de l'histoire laissa tout d'abord un nom à peu près ignoré. Il n'eut même^ pendant un long siècle, aucune inscription sur sa tombe. Ses contemporains l'estimaient comme philologue et comme jurisconsulte : ils ne virent point en lui l'un des penseurs les plus originaux de la première moitié du xvm® siècle.

L'œuvre de Vico tient tout entière dans ses Principi di una seienza nuova dHnlornù alla commune natura délie nazioni (Naples, 1725). Publiés alors qu'il approchait de la soixantaine et après trente années de laborieuses recherches et d'incessantes méditations, ils synthétisent en un corps de doctrine les opinions fort nombreuses et très diverses qu'il avait émises dans toute une série d'écrits antérieurs et qui, bien que se rapportant aux sujets en apparence les plus disparates, convergent toutes et invariablement vers les deux mêmes idées,

qui absorbèrent sa vie scientifique et philosophique : déduire de l'ordre des faits les lois providentielles qui ont gouverné depuis le commencement du monde et qui doivent gouverner dans l'avenir le genre humain et résoudre le problème si ardu du principe de certitude, autrement dit, découvrir le critérium de la vérité. La « science nouvelle », comme Vico l'appelle, un peu orgueilleusement peut-être mais très légitimement, ne fut pas, en effet, chez lui, le résultat d'une conception à priori. La poésie et l'art oratoire l'avaient d'abord attiré. Il avait lu Platon pour y trouver des images poétiques, Cicéron pour y étudier les règles de la rhétorique, Tacite pour se pénétrer de son style ; mais dans Platon, dans Cicéron, dans Tacite, il s'était trouvé ne prêter attention qu'aux théories philosophiques, et le savant, le philosophe, qui étaient au fond de lui, avaient triomphé sans trêve et presque à son insu du poète qu'il voulait être. Ce fut ainsi insensiblement, après s'être initié aux branches multiples des connaissances humaines et les avoir approfondies, après avoir accumulé dans sa mémoire des milliers et des milliers de faits et les y avoir classés, et tout en composant des discours, des vers, des inscriptions, des épitaphes, des panégyriques, qu'il projeta, frappé à la longue par les innombrables rapports qu'il saisissait entre ses divers sujets d'études, de fondre ensemble, en un vaste système ayant la pure justice pour idéal, toutes les notions dont l'homme est le but, et de rapprocher, en les éclairant par une critique sévère, l'histoire des événements et celle des langues. Malheureusement, il ne sut pas se dégager des préjugés de la Pienaissance, qui ramenait tout à l'antiquité, et, pour lui, l'histoire de Rome, par exemple, forme un cycle complet où l'on doit trouver et oh il trouve, ainsi qu'il l'établit par un parallélisme constant entre les anciens et les modernes, rappelant parfois les formes et la méthode de Machiavel, les lois mêmes qui régissent les civilisations actuelles. Ce sont ces mêmes lois, du reste, qui régiront les. civilisations futures. L'histoire n'est, en effet, d'après Vico, qui voit dans la Providence la raison d'être suprême, mais qui, en même temps, lui trace d'étroites limites, qu'un éternel recommencement. Trois époques la composent : l'âge divin, qui est l'époque des dieux et des mythes ; l'âge héroïque, qui est le règne des héros et de la barbarie ; l'âge humain, qui est l'époque de la civilisation. 11 n'est pas de peuples qui ne passent par ces trois époques, n'eussent-ils entre eux aucune communication, et la loi providentielle dont Sparte, Athènes, Rome ne marquent que des manifestations partielles, a été et sera celle de toutes les autres nations. Vico va plus loin : s'il existait d'autres mondes dans l'espace, ce qui, se hâte-t-il d'ajouter, est indubitablement faux, ils seraient, eux aussi, soumis à cette loi. Telle est, exposée en quelques lignes, la « science nouvelle ». Elle est entachée d'une erreur capitale : la théorie spécieuse du fatalisme, qui annule toute idée de progrès. Mais il n'en faut retenir que la méthode ainsi que la multitude d'aperçus, aussi profonds que nouveaux ,| qui se trouvent incidemment émis, et, à ce point de vue, Vico a conquis l'une des premières places parmi les philosophes modernes, devançant de près d'un siècle le scepticisme historique de l'Allemagne et les doutes de Niebuhr. D'ailleurs, le livre renferme, parmi toutes sortes d'innovations hardies , d'investigations lumineuses dans les diverses branches de la science et de solutions de problèmes le plus souvent très justes, un innomhrable amas de considérations accessoires et de détails capricieux sur les religions, les langues, les poésies, les familles primitives, les sépultures, les géants, etc., qui lui communiquent sa physionomie si bizarre.

Les Principi di una seienza nuova ont eu de nombreuses éditions (8®édit., Naples, 1826, 2 vol.) et ont été traduits en allemand par Weber (Leipzig, 1822), en français par Michelet sous le titre de Principes de la philosophie de l'histoire (Paris, 1827) et par la prin-

cesse de Belgioso (Paris, 1857). Parmi les autres ouvrages de Vico, nous citerons : De Parthenopea conjuraiione (Naples, 4701) ; De nostri temporis studiorum ratione (Naples, 1709) ; De antiquissima Italorum sapienîia ex linguœ latinœ originibus eruenda (Naples, 1710 ; 2« éd., 1743 ; trad. ital. par Monti, Milan, 1816) ; De rébus gestis Ant. Caraphœi libri i F (Naples, 1716), panégyrique outré du maréchal, qui lui valut, de la part de Clément XI, un bref d'éloges et la qualification d'immortel ; De universi juris uno principio et fine uno (Naples, 1720; trad. allem., Neubrandenburg, 1854); Deconstantia jurisprudentiœ (Naples, 1721) : Latinœ orationes (Naples, 1766, postb.), réunies par les soins de Fr. Daniele ; OpuscoliraccoltiÇ^^aii^hSj 1818, 4 vol., posth.), recueil fort complet d'opuscules dû au marquis de Villa-Rosa. On a aussi de Vico plusieurs poésies, insérées dans les recueils du temps, et il a écrit lui-même sa vie, qu'il a fait paraître en tête de la première édition de ses Principi. Il a été publié, d'ailleurs, deux éditions complètes de ses œuvres : la première par Ferrari, d'après les textes originaux et les manuscrits (Milan, 1835-37, 6 vol.) ; la seconde par Pomodoro (Naples, 1858-69, 8 vol.). Michelet a fait, de son côté, paraître en français ses OEuvres choisies (Paris, 1835, 2 vol.), et el Giudice nous a donné des Scritti inediti di G.-jB. Fico (Naples, 1862 ; nouv. édit., 1896). S, T,

BiBL. : Journal de Trévoux^ sept. 1726. — M. Parmâ, Studii ly sopra, Vico; Milan, 1838. — Revue des Deux Mondes, art. sur Vico, l"*" iuil. 1838. -- J. Ferrari, Vico et l'Italie ; Paris, 1839. '-- Éocco, Elogio qlorico di Vico; Naples, 1844. — Savigny, Vermischte Schriften^ t. IV, p. 217. — Salfi, art. dans la Revue encyclopédique, t. Il,, Vl et VII. — Baudeillart, Etudes, t. l. — Cantoni, Giovanni-Battista Vico ; Turin, 1867. — Tqmmaseo, G.-fî. Vico ed il suo secolo ; Rome, 1873. ~ Werner, G.-B. Vico als Philosoph und gelehrter Forscher; Milan, 1879. — Flint, Vico ; Londres, 1885. — Billerï, Agostino e Giambattista Vico ; Pise, 1887.

VICO (Le P. Francesco de), astronome italien, né à Macerata (marche d'Ancône) le 19 mai 1805, mort à Londres le 15 nov. 1848. Entré en 1823 dans Tordre des jésuites, il fut de, 1835 à 1839, astronome adjoint à Fobservatoire du collège romain, à Rome, puis directeur de cet établissement. Les événements de 1848 l'obligèrent à s'exiler, et il venait d'être nommé directeur de l'observatoire de Georgetown, en Amérique, lorsqu'il mourut. Il est connu surtout par ses nombreuses découvertes de comètes. On lui doit aussi sur la planète Vénus, sur les satellites de Saturne et sur les nébuleuses de très remarquables travaux, qui le placent au premier rang parmi les astronomes de son époque et qui lui firent décerner, en 1844, par rAcadémâe des sciences de Paris, le prix Lalande. Ses écrits ne comprennent, en dehors de quelques volumes d'observations, que des mémoires et des notes publiés principalement dans les Comptes rendus de V Académie des sciences de Paris, et dans la Raccolta scientifica, revue dont il était le fondateur.

VIGOGNE (La). Corn, du dép. de la Somme, arr. de DouUens, cant. de Domart; 176 hab,

VICOMTÉ-sur-Rance (La). Com. du dép. des Côtesdu-Nord, arr. et cant. (E.) de Dinan ; 808 hab.

VI GO IN. Rivière du dép. de la Mayenne (V. ce mot).

VICOL (Riv.)(V. Philippines [Iles]).

VICOMTE (Féod. et Hist.). C'est dans les documents de l'époque carolingienne, au ix® siècle, qu'apparaît pour la première fois le titre de vicomte, sous la forme latine vice- cornes, pour désigner le lieutenant du comte (V. ce mot), c-à-d. du fonctionnaire royal préposé à fadministration d*un pagus. Chargés d'abord de missions spéciales et temporaires {missicomitis), les vicomtes reçurent peu à peu le mandat permanent, mais viager et révocable, de représenter leur comte, soit dans une partie, soit dans toute rétendue de son ressort administratif. Lorsqu'à la fin du IX® siècle l'affaiblissement du pouvoir central favorisa l'indépendance des fonctionnaires locaux et l'établissement du régime féodal, les vicomtes entrèrent sou-

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