VICO — VICOMTE
vent {en lutte avec leur comte, obtinrent de gré ou de force l'hérédité de leur charge (par exemple à Narbonne, à Nîmes, à Alby, au x® siècle), et s'approprièrent, ordinairement sous la réserve du lien de vassalité, tout ou partie du territoire confié à leurs soins. C'est ainsi que, du X® au XII® siècle, aux dépens des comtés, se formèrent, dans toute la France féodale, de nombreuses vicomtes, véritables fiefs comprenant juridiction, domaine territorial et droits utiles ; d'ordinaire les vicomtes féodaux ajoutèrent au titre de leur ancienne fonction le nom du domaine qui était le plus important dans leur fief (vicomtes de Melun, de Bourges, de Châtellerault, de Thouars, de Troyes, etc. . .). D'ailleurs les vicomtes différaient beaucoup entre elles par leur importance. « Certains vicomtes (ceux de Limoges, de Turenne, de Béziers, de Carcassonne, de Béarn) étaient véritablement de hauts barons, dont l'autorité s'étendait à toute une province, et qui, prenant place parmi les chefs d'Etat, jotiissaient de toutes les prérogatives attachées à la haute suzeraineté, disputaient même victorieusement aux comtes et aux ducs le pouvoir sur les évêchés. » Il en était ainsi surtout au S. de la Loire, dans le duché d'Aquitaine et le comté de Toulouse, vastes fiefs, dont le suzerain avait grand'peine à faire respecter son autorité par les innombrables souverainetés locales qui s'y étaient formées. Mais dans la plupart des autres grandes baronnies, par exemple, dans l'Ile-de-France, la Champagne, la Bourgogne, les vicomtes féodaux restèrent les subordonnés, plus ou moins obéissants, de leur ancien chef hiérarchique et occupèrent dans la série des feudataires une situation analogue à celle des châtelains (V. ce mot) : comme eux, ofliciers administratifs, en même temps que vassaux, gardant le château comtal, conduisant les troupes du comte en cas de guerre, rendant la justice en son nom, et partageant avec le comte la plupart des droits utiles de la seigneurie, notamment les revenus indirects. C'est par ces vicomtes que furent gérés, jusqu'au xii® siècle, la plupart des grands fiefs. Mais lorsqu'à cette époque, le système de gestion par les prévôts, puis par les baillis, se généralisa dans les grands fiefs, comme dans le domaine royal, la situation des vicomtes fut singulièrement diminuée. « Les rois et les hauts barons eurent pour politique, soit de rattacher les vicomtes pour les unir à leur domaine, soit de transporter les pouvoirs du vicomte à des officiers révocables qu'ils tenaient plus facilement en leurs mains (Champagne), soit de les conserver, mais en leur faisant jouer un rôle subalterne qui les assimilait complètement à des prévôts (domaine royal : Paris, Sens, Melun, Corbeil, Etampes). » La Normandie était le seul des grands fiefs où les vicomtes fussent restés de véritables fonctionnaires à gages, viagers, ou révocables, se bornant à transmettre et à exécuter les ordres du duc : ce fut aussi la seule province où le caractère de leur fonction ne fut point modifié par les actes du pouvoir royal qui les soumit, dès le commencement du xiu® siècle, à l'autorité des grands baillis.
Pendant la période monarchique gui s'étend du xm® à la fin du xviii® siècle, le rang des vicomtes dans la hiérarchie nobiliaire fut réglé d'une manière immuable par les feudistes. lis venaient au quatrième rang, après les ducs, les marquis et les comtes, avant les barons et les simples chevaliers. Ils portaient une couronne d'or enrichie de pierreries et surmontée de quatre grosses perles entre lesquelles étaient posées quatre autres perles plus petites (V. Couronne). Le fils cadet d'un comte qui, en règle, n'avait droit qu'au titre de chevalier, pouvait quelquefois prendre le titre de vicomte : c'était quand une vicomte, englobée dans l'héritage paternel, en était détachée à son profit, soit par le testament du père, soit par le consentement de l'aîné ; il recueillait alors avec cette terre le titre de vicomte qui y était uni.
Dans les trois derniers siècles de l'ancienne monarchie, le titre de vicomte fut, comme celui de comte, souvent créé par concession royale, soit en retour de services