VICTOIRE — VICTOR
culte des empereurs, il devint un des éléments importants de la religion particulière aux soldats. Aussi quand la Nikè grecque vint, comme les autres dieux de son pays, se fondre avec les divinités italiques, elle rencontra une conception plus définie qu'elle-même de la même idée. Nikê bénéficie alors de la personnalité et de la popularité de Victoria, tandis que Victoria emprunte à Nikê les traits artistiques et la forme brillante sous lesquels, à la suite des légions, elle va voler à travers tout l'Empire. Victoria conserva jusqu'à la fin du paganisme sa popularité et ses dévots. C'est, on le sait, autour de Tautel de la Victoire du Sénat que se livrera un des plus fameux combats entre le christianisme, représenté par saint Ambroise, et les derniers païens dont Symmiaque se fait l'interprète éloquent. On a pu assimiler à la Victoria des Romains la divinité sabine Vacuna et la divinité latine Vica Pota. Victoria eut ses autels dans le camp, ses cultores, ses collèges, ses jeux {ludi Victoriœ Sullanœ, ludi Victoriœ Cœsarù); des temples lui furent élevés à Rome et dans tout l'Empire. II. Archéologie. — Le type de la Victoire est l'un de ceux qui ont fourni aux artistes grecs et gréco-romains le plus de motifs riches et variés. On attribuait à Arkermos de Chio, qui florissait dans la première moitié du
vi^ siècle, la création de la Nikê ailée. Peutêtre faut-il reconnaître cette œuvre antique dans la statue ailée découverte à Délos par Homélie, près d'une base portant le nom d'Arkermos. En fait d'oeuvres archaïques, on peut citer encore une terre cuite d'Olympie, du même type que la statue précédente.
Beaucoup d'artistes célèbres, parmi lesquels Pythagoras de Rhegium, Calamis ( c'était sans doute une Athêna Nikê, sans ailes), Myron, avaient exécuté des statues de Nikê. Phidias avait placé une Victoire d'or dans la main de son Zeus Olympien, et une autre dans celle d' Athêna Parthenos. Les fouilles d'Olympie nous ont rendu une admirable statue de la Victoire, œuvre de Pœonios de Mendê. C'est une robuste jeune fille, dont le corps porté en avant par un mouvement plein d'énergie, se dessine hardiment sous les plis de la robe que le vent fait adhérer aux membres. De la même conception, quoique d'une date postérieure, est notre magnifique Victoire de Samothrace au musée du Louvre (V. fig., art. Sculpture, t. XXIX, p. 843). Fièrement dressée à l'avant d'un navire qui fend les eaux, cette statue, qui figure au revers des monnaies de Démétrius, fut sans doute consacrée par ce prince après son succès de 306. Le marbre du Louvre appartiendrait donc au iv® siècle, et sans doute à Técole de Scopas. On a même cru y reconnaître l'œuvre d'Eutychidèsde Sicyone. Enfin de l'époque romaine date la belle statue de bronze de Brescia, où Nikê est représentée écrivant sur un bouclier, dans une attitude très souvent imitée depuis par les sculpteurs de bas-reliefs et d'arcs de triomphe. C'est partout que figure l'image de la Victoire dans les monuments romains, notamment sur les quadriges triomphaux qui couronnaient les arcs de triomphe. Ces quadriges ont disparu, mais les médailles impériales en ont conservé
GRANDIE ENCYCLOPÉDIE. —- XXXl.
Victoire de Pœoniois (Olympie).
le souvenir. Enfin, une pièce de monnaie en or, le Victoriatus y à Rome, était à l'efligie de la Victoire. Les attributs ordinaires de la Victoire sont la palme et la couronne.
Il est probable que la grande popularité du type de Nikê en Grèce date de la balustrade du temple d'Athêna Nikê où l'on voit toute une théorie de jeunes et charmantes Victoires dans les attitudes à la fois les plus familières et les plus gracieuses. Dès lors l'image de Nikê se multiplie à l'infini sur les vases peints et les bas-reliefs : Nikê offre aux dieux la libation, assiste le vainqueur au combat ou dans les jeux. Puis son caractère s'affaiblit; on la mêle aux cycles d'Eros, de Dionysos, d'Aphrodite. Elle préside à la toilette d'une simple mortelle. Enfin les coroplastes, comme les faiseurs d'épigrammes, tout en tirant un charmant parti du cycle de Nikê, la réduisent de plus en plus au rôle de figure de genre. André Baudrillart.
III. Histoire. — Fête de la Victoire (V. Fête). BiBL. : Mythologie. — Benndorf, Das Kulturbild der Athêna,-Nikê. -~ Kékulé, Die Balustrade der A. iV., 1881. — C. Bayet, Mon. de Vart antique, 2" livr., Victoire de Samothrace. — Sur la Victoire de Pœonios, Laloux et Monceaux, Olympie. — Knapp, Niké in der Vasenmalerel, 1876. — André Baudrillart, les Divinités de la Victoire en Grèce et en Italie, 1894. ~ Cf. Pottier et Rei- NACH, la. Nécropole de Myrina. ~- Cartault, Collect. Lécuyer, aux index,— Suri affaire de l'autel de la Victoire, V. Baunard, Vie de saint Ambroise, et Boissier, Fin du paganisme,
VICTOIRE (Louise-Marie-Thérèsc), fille de Louis XV et de Marie Leszczynska, née à Versailles le 44 mai 4733, morte à Trieste le 7 juin 4799. Elle eut à la cour de Versailles une existence effacée, résida avec sa sœur Adélaïde au château de Bellevue et ne se distingua que par son dévouement à soigner son père pendant sa dernière maladie (4774). Elle émigra en févr. 4794, se rendit d'abord en Piémont, puis à Rome, puisa Naples, et s'embarqua pour Trieste (déc. i 798) à l'approche des armées républicaines. Les fatigues d'une pénible traversée de quatre mois abrégèrent ses jours, et elle succomba à son arrivée. Ses restes furent rapportés à Saint-Denis en 4847.
VICTOIRE (Duc de La) (V. Espartero).
VICTOR (Sextus-Aurelius), historien romain, qui vivait dans la seconde moitié du iv« siècle ap. J.-C. D'origine obscure, il se fit remarquer par ses succès littéraires. Julien le distingua, pendant le séjour qu'il fitàSirmium, et lui confia le gouvernement de la Pannonie. Plus tard, sous Théodose, il fut préfet de la ville en 392 et 393. On ne sait si le consul de l'année 369, connu seulement sous le nom de Victor, est l'historien. On ignore de même la date de sa mort. Quatre ouvrages lui sont attribués : 4'' Origo gentis Romance, ouvrage en 23 chapitres, qui renferme l'histoire fabuleuse du peuple romain depuis Janus et Saturne jusqu'à Romulus ; on y trouve des traditions curieuses, qui paraissent puisées à de bonnes sources (éd. princeps, Anvers, i 579) ; — S'' /)<? Viris illustribus urbis Bomœ, en 86 chapitres, série de biographies qui commencent avec Romulus et Remus et se terminent à la mort de Cléopâtre ; on y a relevé beaucoup d'erreurs (éà. princeps, ^Si^^hs, 4470); —3^ DeCœsaribus, en 42 chapitres, depuis Auguste jusqu'à Constance (éd. princeps, Anvers, 4579) ;— 4° Epitome de Cœsaribus, ou De Vita et moribus imperatorum Romanoinim excerpta ex libris Sex. Aurelii Victoris, en 48 chapitres; cet Epitome semble être un extrait du De Cœsaribus, mais il renferme, en outre, la biographie des successeurs de Constance jusqu'à Théodose {éà. princeps, Strasbourg, 4505). De ces quatre ouvrages, seul le De Cœsaribus paraît vraiment être l'œuvre de Sex.-Aurelius Victor. Les autres sont fort douteux. — Les principales éditions de cet historien sont : éd. Arntzen (Amsterdam, 4733) ; éd. Schraeter (Leipzig, 4829). J. Toutain.
VICTOR (Saint), évêque de Vite (V. Victor de Vite).
Congrégation des chanoines réguliers de Saint- Victor. — Suivant Albéric, moine de Citeaux, qui écrivait en 4429, l'abbaye de Saint- Victor, à Paris, fut d'abord