‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 454 sur 633 · VICTOR · texte numérisé non relu

VICTOR

un monastère ou prieuré dépendant de Saint-Victor de Marseille. Les moines de Marseille ayant été renvoyés, on fit venir des chanoines réguliers de la congrégation de Saint-Ruf d'Avignon. Vers 4 408, Guillaume de Ghampeaux se retira auprès d'eux, avec quelques-uns de ses disciples qui prirent comme lui l'habit des chanoines réguliers. Jusqu'en 4143, il gouverna, en qualité de prieur, la maison ainsi agrandie. Promu à Févêché de Châlons, il établit pour lui succéder un prieur capable de maintenir la régularité qu'il avait établie. Ce successeur fut Gilduin, qui devint le premier abbé de Saint- Victor, Louis Vï ayant donné des lettres qui sont comme la charte de la fondation de Fabbaye, puisqu'il s'en déclara le fondateur et la pourvut d'une dotation considérable. Aux termes de ces lettres, les chanoines devaient avoir une entière liberté en l'élection de leur abbé, sans être obligés d'attendre le consentement du roi ni d'aucune autre personne. Seulement, après F avoir choisi eux-mêmes, ils devaient le présenter à Févêque de Paris, pour recevoir la bénédiction abbatiale. Sous la direction de Gilduin, le monastère de Saint-Victor fleurit tellement en sainteté et en doctrine qu'il vit venir de tous côtés des jeunes gens distingués par leur naissance et leur capacité. Il devint chef d'une congrégation qui, dès 4225, comptait 40 maisons. Plus de 100 autres, tant abbayes que prieurés de chanoines réguliers, lui furent associées dans la suite. Quelques cathédrales même y étaient agrégées. Cette congrégation avait alors, non seulement ses statuts particuliers, mais ses chapitres généraux tenus tous les ans sur le modèle de l'ordre de Cîteaux; mais elle fiait par se désunir, par suite du relâchement de chaque monastère. — L'abbaye de Saint- Victor était mère de celle de Sainte-Geneviève, car Fabbé Suger en avait tiré 12 chanoines et le prieur Eudes pour les établir à Sainte-Geneviève. Parmi ses membres, on compte 6 cardinaux, 2 archevêques, 17 évêques, 54 abbés et plusieurs théologiens distingués, tels que Pierre, Hugues, Richard et Gauthier de Saint-Victor, le poète Santeuil, etc. — Elle occupait à Paris, sur la rive gauche de la Seine, un vaste emplacement, dont une partie a été affectée à la Halle aux vins. E.-H. Vollet.

BiBL. : Pour ce qui concerne les tendances mystiques de l'école de Saint- Victor : Likbner, Hugo von S\ Victor und die theologiscfien Richtungen seinèr Zeit; Leipzig, 1832. — C. Weiss, Hiigonis de S. Victore metliodus mys~ tica; Strasbourg. 1839. — Liedner, Richardi a S. Victore de contemplatione doctrina; Gœttingue, 1837, in-4. — Ex- GELHARDT, Richard von S. Victor und J. Ruysbroek; Erlangen, 1838.

VICTOR 1®^ (Saint), martyr, 16® pape, né en Afrique, élu en 193, mort en 203. Ces dates sont empruntées à la liste oificielle, reproduite par la Gerarchia cattoUca; mais elles sont très sérieusement contestées. Le Catalogue Libérien assigne à ce pontificat une durée de 9 années, 2 mois et 10 jours ; le Catalogue Félicien, une durée de 10 années, 10 mois et 10 jours, dont il place le commencement sous les consuls de Fan 189, et la fin sous les consuls de Fan 197. La Chronique à'Eusèbe indique 12 années finissant en 198 ou 199; mais V Histoire ecclésiastique du même auteur (V, 28) réduit cette durée à 10 ans finissant vers la neuvième année du règne de Sévère (202) . Lipsius (Chronologie derrômischenBischôfe; Kiel, 1869) place ce pontificat entre 188 et ^98 ou 199. — Fête le 28 juil. — Peu de temps après son élection, Victor excommunia Théodore de Byzance, qui était venu à Rome, oh il enseignait que Jésus-Christ n'est point le Verbe incarné (V. Aloges). On rapporte aussi au même temps les premières manifestations du montanisme (V. Montanus) en Phrygie. Mais le fait le plus important de ce pontificat fut la querelle de Victor avec les Eglises d'Asie sur la question pascale (V. Paque chrétienne, t. XXV, p. 998). — Quatre lettres apocryphes ont été attribuées à ce pape ; elles sont présentées comme ayant été adressées à Théophile d'Alexandrie, aux Africains, à Desiderius de Vienne et à un évêque nommé Paradocas. Elles ont pour objet la controverse sur la Pâque et l'autorité du

siège de Rome. Saint Jérôme compte Victor comme le premier des auteurs ecclésiastiques qui ont écrit en latin. VICTOR II, 157« pape : Gebhard, fils d'Ardwig, comte de Calw en Souabe, élu en mars 1055, mort le 28 juil. 1057. Quand Léon IX mourut, Gebhard était évêque d'Eichstaedt, ami et conseiller de Henri liï. Hiidebrand, ne trouvant parmi le clergé romain personne qui lui parût digne d'être élevé au siège pontifical, et n'osant pas encore y prétendre lui-même ni se passer de l'empereur, se fit charger des pouvoirs du clergé et du peuple de Rome, et se rendit auprès de Henri Hï. H demanda et obtint l'autorisation d'emmener comme pape celui qu'au nom des Romains il désignerait. Il choisit Gebhard, qui fut nommé en sa présence, dans une assemblée d'évêques tenue à Mayence. L'empereur conduisit le pape en Italie, mais sans entrer dans Rome. Victor II fut intronisé le 13 avr. 1055 ; néanmoins, il conserva son siège d'Eichstaedt jusqu'à sa mort. A la Pentecôte qui suivit son intronisation, il assembla un grand concile à Florence, pour la correction des abus. Sous son pontificat, Hiidebrand présida, en France, comme légat, plusieurs conciles pour la réforme du clergé. Dans Fun d'eux, tenu à Lyon, il fit destituer six évêques pour mauvaises mœurs. E.-H. V.

BiBL. : HôFLER, Die deutschen Papste ; Ratisbonne, 1839, 2 vol. m-8.

VICTOR m, 163« pape, élu le 23 mai 1086, mort le 16 sept. 1087. Desiderius ouGauferius Stefani était né à Bénévent, descendant des ducs de Capoue. Devenu abbé du Mont-Cassin, il y donna un bel exemple d'application aux études littéraires. Nicolas H le créa cardinal-prêtre du titre de Sainte-Cécile. — On dit que Grégoire VII, se sentant près de mourir, désigna aux princes de son parti et aux cardinaux, comme les plus dignes de lui succéder, Othon, évêque d'Ostie, Hugues de Lyon, Anselme de Lucques et Didier, abbé du Mont-Cassin ; mais afin d'éviter une longue vacance du Saint-Siège, il leur avait conseillé d'élire Didier, qui se trouvait sur les lieux. Après la mort de Grégoire (25 mai 1085), Didier déclina cette préférence et opina qu'il convenait de se rendre à Rome pour l'élection. L'assemblée n'eut lieu qu'en la semaine de la Pentecôte de l'année suivante. Didier refusa la dignité qu'on lui offrait et, d'accord avec le consul Censius, chef du parti pontifical, il proposa Othon d'Ostie. Un cardinal ayant remontré qu'il était contraire aux canons de prendre un évêque pour pape, Didier fut élu et conduit de force en l'église Sainte-Cécile, où on le proclama sous le nom de Victor IlI ; mais il persista si énergiquement en sa résistance qu'il fut impossible de le revêtir complètement des habits et des insignes de la papauté. Vers le même temps, les préfets impériaux que Roger, fils de Robert Guiscard, avait fait mettre en liberté, s'emparèrent du Capitole. Didier s'enfuit à Terracine, puis se retira au Mont-Cassin. Il ne céda aux instances des princes de son parti et des cardinaux que le 31 mars 1087 ; ramené par eux à Rome, il fut consacré le 22 mai dans l'église de Saiflt-Pierre qu'on venait de reprendre à ses adversaires. Une partie de la ville étant restée occupée par les partisans de Fantipape Guibert, Victor se lassa bientôt de la lutte ; il se retira au Mont-Cassin, où il mourut. En fait, il n'avait exercé le pouvoir pontifical que pendant quelques mois. Dans un concile tenu à Bénévent, il avait renouvelé les décrets sur les investitures. E.-H. Vollet.

VICTOR IV, antipape sous le pontificat de Innocent II (V. ce nom). Grégoire Visconti, cardinal-prêtre, fut élu au mois de mars 1139, pour succéder à Fantipape Anaclet II. Il semble que l'intention des cardinaux qui Félurent n'était pas de perpétuer le schisme, mais de gagner du temps, pour négocier plus avantageusement avec le pape. En effet, Victor se soumit le 29 mai ; après quoi. Innocent II rentra à Rome. E.-H.V.

VICTOR IV, antipape sous le pontificat d'Alexandre III. OcTAviËN, cardinal de la maison de Tusculum, fut élu au mois de sept. 1159, par une partie des cardinaux. Cette

VlCfOli

élection fut confiirmée par un concile assemblé sur Tordre de Frédéric Barberousse, à Pavie, où Alexandre fut condamné par contumace ; puis, par un concile tenu en 1461 à Lodi. Victor mourut le 22 avr. 1164. Les cardinaux de son parti élurent, pour lui succéder,Guy de Crème, sous le nom de Pascal III. E.-H. V.

VICTOR (Claude Përrin, dit), duc de Bellune, maréchal de France (V. Bellune [Duc de]).

VICTOR-Amédée ^^ duc de Savoie, né le 8 mai 1587, mort à Verceil le 7 oct. 1637. Fils de Charles-Emmanuel I^^', marié à Christine de France, fille de Henri IV, il succède à son père le 24 juil. 1630, à l'âge de treize ans. Il met fin à la guerre avec la France, par les traités de Ratisbonne (1630) et de Gherasco (1631) : ce dernier lui restitue la Savoie et lui laisse le Haut-Montferrat et quelques villes du Mantouan. Il prend le titre d'altesse royale, en qualité de roi de Chypre et de Jérusalem (1 632) . En 1635, Richelieu l'oblige à s'allier à la France par le traité de Rivoli, et il est nommé généralissime des troupes françaises en Italie. Il bat les Espagnols à Verceil et à Montebaldone (1637)), et meurt subitement après cette victoire, laissant deux fils en bas âge (V. Savoie).

BiBL. : V. Savoie, particulier. Costa de Beauregard, Mémoires. ~ Horric de Beaucâire, instructions aux ambassadeurs de Fran&e-Savoie. — Carutti, Délia diplomazia délie Corle di Savoia.

VICTOR-Amédée II, duc de Savoie, puis roi de Sicile et enfin roi de Sardaigne, né à Turin le 14 mai 1666, mort à Moncalierile 31 oct. 1732. Fils de Charles-Emmanuel II et de Jeanne-Baptiste de Savoie-Nemours, dite Madame Fioy aie, il fut duc à neuf ans, le 12 juin 1675. La régente, très ambitieuse, dévouée à l'influence française, s'occupa peu de son éducation et voulut continuer à régner avec ses favoris, Saint-Maurice, puis Masin. L'enfant apprit de bonne heure à dissimuler; il ne montrait de goût que pour les soldats, montait à cheval à la tête de son régiment; replié sur lui-même, il s'informait de tout en cachette. Il se livre à la cour de sa mère à des galanteries ardentes (M^^® de Curaiana, qu'il épousera secrètement plus tard, M'^® de Priez, etc.). Madame Royale l'y encourage, croyant qu'il ne pense qu'aux plaisirs. Mais il poursuit son but, repousse le projet de mariage avec l'infante de Portugal. En 1683, un conflit éclate : il déclare à sa mère qu'il est majeur et qu'elle ne peut plus être que son premier ministre. Quoiqu'il songe déjà à secouer l'influence française, il épouse Mademoiselle, Anne, fille du duc d'Orléans, en 1684 (le duc du Maine l'épousa par procuration à Versailles le 13 avr.), et il obéit à Louis XIV en faisant la guerre aux Vaudois des Alpes. Mais sous couleur d'aller voir le carnaval de Venise, il traite en secret avec la Ligue d'Augsbourg. Battu par Catinat à Staffarde, dépouillé de la Savoie (V. Savoie), il prend le commandement des troupes impériales, mais il est encore battu à Mai'saglia, et traite avec la France (1696) ; on lui rend le Piémont, la Savoie, même Pignerol. Sa fille Adélaïde épouse le duc de Bourgogne, et Victor-Amédée devient même généralissime de l'armée française. Il était alors complètement sous l'influence de ^me Je Verrue (V. ce nom), sa maîtresse depuis 1689, dame d'atours de la duchesse depuis 1691, et dont les enfants, Victor-François-Philippe- Amédée et Victoire-Françoise, furent légitimés et dénommés de Suze en 1701 . Mais il est brutal, jaloux, tyrannique avec sa maîtresse comme avec tout le monde ; celle-ci intrigue avec Tessé pour obtenir le droit de rentrer en grâce à Versailles, et elle s'enfuit. — Après la paix de Ryswick, Victor-Amédée, qui avait des prétentions sur la monarchie espagnole, signe avec le roi des traités de partage, et il combat aux côtés de la France en 1701. Mais en 1703 il conclut des arrangements secrets avec l'empereur, et Tessé envahit ses Etats. Il fut un instant obligé de se réfugier à Gênes. Rétabli en Piémont grâce au secours d'Eugène, il attaque vainement Toulon, et commande une armée austro-sarde en Dauphinéet en Provence. Dès 1709 il se renferme cepen-*

dant dans une demi-neutrafité. La paix d'Utrecht lui rend tous ses Etats, moins la vallée de Barcelonnette, lui donne une partie du Milanais, et la Sicile avec le titre de roi. Mais le traité de Londres (1718) lui impose l'échange, qu'il accepte à contre-cœur, de la Sicile contre la Sardaigne. Il publie en 1723 les Royales constitutions (V. Savoie). Anne-Marie d'Orléans, morte en 1728, lui a donné, outre la duchesse de Bourgogne et deux autres filles, un fils, CharleS'EmmanuellILEnil^O, il épousa secrètement l'une de ses premières maîtresses, veuve du marquis de Saint-Sébastien, et la fait comtesse de Spino. Il abdique, déclare son mariage, et se retire à Chambéry. Sa femme le pousse à reprendre le pouvoir, mais son fils l'enferme au château de Rivoh(1731), et ensuite à Moncaheri. Il est incontestable que Victor-Amédée II fut un grand prince. Si sa dissimulation, ses constantes trahisons, ses débauches, ses habitudes bizarres, son humeur chagrine et brutale le rendent peu sympathique, sa lutte courageuse contre le grand roi commande le respect. Son œuvre législative est considérable, et les Instructions qu'il adressait en 1721 à son frère naturel, le comte de Sale, gouverneur de Savoie, sont le premier monument de ce qu'on appellera plus tard le despotisme éclairé,

BiBL. : V. Louis XIV, Succession d'Espagne, etc. — DuBOiN, RaccoUa délie leggi... emanati negli Stati sardi... — G. de Léris, la Comtesse de Verrue et la. Cour de Victor-Amédée II de Savoie; Paris, 1881, in-K). — Blondel, Anecdotes sur la cour de Sardaigne^ dans Miscell.di storiailaL, t. XIII.— Carutti, Storia di V.-Amedeo II ; Turin, 1856, in-8. — A. Manno, un Mémoire autographe de Victor-Amédée II, dans Revue internat..^ t. IV. — Max Bruohet, les Instructions de Victor-Amédée II de Savoie sur le gouvernement de son duché de Savoie; Paris, 1901; paru dans BiilL hist. etphiloL, 1900.

VICTOR-Amédée IIÏ, roi de Sardaigne, né à Turin le 26 juin 1726, mort à Turin le 16 oct. 1796. Fils de Charles-Emmanuel (plus tard Charles-Emmanuel III), et de Polyxène-Christine de Hesse-Rheinfels, il ne devient roi que le 20 févr. 1773. Nous avons déjà caractérisé son règne à l'art. Savoie {la Révolution), Il avait épousé en 1750 Marie- Antoinette de Bourbon-Anjou, dont il eut Charles-Emmanuel IV, Victor -Emmanuel l^"", Charles-Félix, trois autres garçons et six filles. Il fit maladroitement de la cour de Turin l'un des foyers de l'émigration; il refusa de recevoir et fit arrêter l'ambassadeur français Sémonville. La Révolution lui enleva la Savoie et Nice. Schérer, Kellermann, Masséna lui firent une rude guerre dans les Alpes. Enfin la campagne de Bonaparte en 1796 l'oblige à signer l'armistice de Cherasco, puis la paix de Paris, par laquelle Nice et la Savoie sont cédées à la République (15 mai). Le roi meurt peu après. Il avait fondé en 1778 l'Académie des sciences de Turin, créé en 1779 l'évêché de Chambéry, coopéré avec la France et Berne à la pacification de Genève (1782), mais son règne a failli compromettre l'œuvre patiente de ses prédécesseurs. H. Hauser.

BiBL. : Histoires de l'Europe pendant la Révolution. — BiANCui, Storia délia Monarchia piemontese daliîôS al 181^; Turin, 4 vol. in-8. — Tredicini de Saint-Severtn, le Régiment provincial de Savoie en 1192; Genève, 1881, in-4. — Carutti, Storia délia Corte di Savoia durante la Rivoluzione; Turin, 1892, 2 vol. in-8.

VICTOR DE Vite, Victor Vitensis. Les indications recueillies sur sa vie par les historiens sont confuses et fort discutées. Le surnom qu'il porte provient, suivant les uns, de ce qu'il fut évêquede Vite en Byzacène (Afrique), épiscopat contesté, ou, suivant les autres, de ce qu'il naquit en cette ville. On suppose qu'il est né vers 430 ; il paraît plus certain qu'en 455 il faisait déjà partie du clergé de l'Eglise de Carthage. En 483, Eugène, métropolitain de Carthage, l'employa à secourir le clergé persécuté par les Vandales ariens. — Victor a écrit l'histoire de cette persécution : Hisloriapersecuiionis Vandalicœ seu Africanœ sub Genserico et Hunnerico, Vandalorum regibus. Parmi les anciennes éditions, la plus estimée est celle de Ruinart (Paris, 1694, in-8, avec dissertations), reproduite dans la Patrologia latina de Migne. Editions

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