VICTOR — VICTORIA
Puis, sous prétexte de Tempêcher au moins d'arriver jusqu'à Rome (où Napoléon III voulait à tout prix maintenir le pape), ils envoyaient à travers l'Italie centrale une armée qui, victorieuse des troupes pontificales à Castelfidardo (18 sept.), réduisait Pie IX à ne plus régner guère que sur sa capitale. Peu après (oct.), de nouveaux plébiscites légalisaient les dernières annexions. Puis un parlement national se réunissait à Turin (févr. 4861), et le fils du vaincu de Novare était solennellement proclamé roi d'Italie. La péninsule lui appartenait tout entière, à l'exception de Rome et de Venise.
Les patriotes italiens revendiquaient hautement ces deux villes, la première surtout, qu'ils voulaient pour capitale. Cavour mourut peu après (6 juin 1861). Mais l'entier accomplissement de son œuvre allait être poursuivi par ses successeurs. Après Ricasoli, qui eut surtout à combattre le brigandage bourbonien dans l'ancien royaume de Naples, Rattazzi (mars 1862), sans renoncer à rien, dut s'efforcer de contenir le parti révolutionnaire, qui voulait se jeter sur la Vénétie. Il j parvint tant bien que mal. Mais il ne put empêcher Garibaldi de faire une nouvelle descente en Sicile, d*où il passa de nouveau en Calabre, annonçant qu'il marchait sur Rome. Arrêté et blessé à Aspromonte (28 août 1862), le héros fut fait prisonnier. Mais Victor-Emmanuel le remit bientôt en liberté (7 oct.) et couvrit les derniers événements d'une large amnistie. Très habilement, le roi prit ensuite un cabinet d'affaires (déc), avec Farini etMinghetti, et, tout en travaillant à la réorganisation financière et économique de l'Italie, s'efforça de dissiper les méfiances de l'Europe, si bien que le nouveau royaume fut reconnu par les principales puissances, et que Napoléon III s'engagea, par la convention du 15 sept. 1864, à évacuer Rome, que les troupes françaises occupaient depuis 1849. Il est vrai qu'en revanche les Italiens s'engageaient à n'y pas toucher et à prendre Florence pour leur nouvelle capitale. De violentes émeutes eurent lieu à Turin à la nouvelle de cet arrangement. Mais l'ordre fut rétabli par le ministère La Marmora, et la convention fut en grande partie exécutée dans le courant de l'année 1865.
Les Itahens, ne pouvant pour le moment s'emparer de Rome, se retournèrent vers Venise. L'inépuisable complaisance de Napoléon III, qui leur facilita la conclusion d'une alliance avec la Prusse contre l'Autriche (mars 1866), leur en rendit aisée l'acquisition. Battus sur terre à Custozza, sur mer à Lissa (juin-juiL), ils n'en obtinrent pas moins, grâce à Sadowa, la cession de la Vénétie, qui leur fut remise en novembre par l'entremise de l'empereur des Français. Mais alors de nouveau ils parlèrent de Rome. Dès 1867, Garibaldi se remettait en campagne. Victor-Emmanuel et Rattazzi (redevenu président du Conseil) parurent, malgré leurs protestations, disposés à le laisser faire. Mais Napoléon III, qui n'osait rompre avec le pape, l'arrêta net à Mentana (3 nov. 1867) et réoccupa le territoire pontifical. Un peu plus tard, quand, se préparant à la guerre contre la Prusse, il chercha des alliés, l'Autriche déclara qu'elle ne s'unirait à lui que si ritalie se mettait de la partie, et l'Italie fit de la cession de Rome la condition sine qua 7wn de son concours (1868-69). Jamais l'empereur des Français n'osa consentir à ce sacrifice. Tout au plus, après ses premières et déjà irrémédiables défaites (Reichshoffen, Forbach), consentit-il à rappeler ses troupes, comme en 1864. Bientôt du reste, sa ruine complète à Sedan délia le gouvernement italien de toute crainte et de tout scrupule.
Peu de jours après ce dernier événement, Victor-Emmanuel somma le pape de lui ouvrir les portes de Rome, et, dès le 20 sept. 1870, les troupes italiennes, sous le général Cadorna, pénétrèrent de vive force dans cette ville où dès lors le Saint Père, déchu de toute souveraineté temporelle, ne résida plus que par la tolérance du vainqueur . Le roi y fit son entrée au mois de décembre suivant, et le gouvernement italien y fut installé le 1®^ juil, 1871.
Victor-Emmanuel s'établit au Quirinal, tandis que le pape, protégé parla loi des garanties (dont il bénéficiait et bénéficie encore sans vouloir la reconnaître), demeurait au Vatican. A partir de cette époque, ce souverain, à l'apogée de la popularité, n'eut plus qu'à pourvoir par des réformes intérieures à la bonne administration du grand Etat qu'il venait de créer et à préserver l'unité italienne de toute menace extérieure par quelques précautions diplomatiques. En 1873, les tendances ultramontaines du parti qui, après avoir renversé Thiers, s'était emparé en France du gouvernement, et la crainte de voir arriver au trône le comte de Chambord, qui ne cachait pas son intention de travailler à rétablir le pouvoir temporel du pape, déterminèrent Victor- Emmanuel à se rapprocher non seulement de l'Allemagne, mais de l'Autriche et à faire à Vienne, puis à Berlin (sept.) des voyages, qui, suivis de ceux de François- Joseph à Venise (avr. 1875) et de Guillaume I®^ à Milan (oct. 1875) et des agissements de Crispi pendant la période du 16 mai (1877), furent les prodromes de la Triple Alliance. Cette alliance n'était encore qu'à l'état de projet quand Victor-Emmanuel, relativement jeune encore, mourut à la suite d'une courte maladie. Malgré sa brouille avec le Saint-Siège, il avait toujours pratiqué le culte catholique. Pie IX, qui l'avait jadis excommunié pour motifs politiques, consentit à ce qu'il lui fût fait au Panthéon des funérailles religieuses en grande solennité.
Du mariage de ce roi avec l'archiduchesse Marie-Adélaïde sont nés : 1<* le prince Humbert, prince royal, né le 14 mars 1844, qui lui succéda comme l'oi d'Italie; 2^ le prince Amédée, duc d'Aoste, né le 30 mai 1845, qui, appelé au trône par les Certes d'Espagne en 1871, abdiqua en 1873 et retourna en Italie; 3*^ le prince Othon, né le li juil. 1846, mort en févr. 1866 ; 4<> la princesse Clotilde, née le 2 mars 1843, mariée le 30 janv. 1859 au prince Napoléon-Bonaparte ; 5*» la princesse Maria-Pia, née le i6 oct. 1847, mariée le 27 nov. 1862 au roi de Portugal. — Devenu veuf en 1855, il épousa morganatiquement en 1868 la comtesse Rosine de Mirafiori, dont il avait déjà eu plusieurs enfants. A. D.
VICTOR-Emmanuel III, roi d'Italie, né à Naples le 11 nov. 1869. Petit-fils de Victor-Emmanuel II, fils unique du roi Humbert P^ (marié en 1868 avec sa cousine germaine Mar^w m j^^-Marie-Thérèse- Jeanne de Savoie), il a jusqu'à son avènement porté le titre de prince de Naples et, très sévèrement élevé, tenu à l'écart des affaires, n'a guère attiré l'attention sur lui que par quelques voyages qui, comme celui qu'il fit en Allemagne, pouvaient passer pour des manifestations politiques. L'assassinat de son père à Monza par l'anarchiste Bresci (29 juil. 1900) l'a brusquement fait monter sur le trône, où l'attendaient les difficultés financières et économiques aggravées par la sourde agitation populaire dont souffre depuis quelques années la péninsule. Fidèle à la politique de la Triple Alliance, il s'est cependant quelque peu rapproché de la France, dont les rapports avec l'Italie sont moins tendus qu'ils n'étaient sous le roi Humbert. — Victor-Emmanuel III a épousé à Rome le 24 oct. 1896 la princesse Hélène de Monténégro, dont il n*a encore qu'une fille, Yolande, née en 1901. VICTORIA (Carross.) (V. Mylord).
VICTORIA (Croix de). Cette décoration, créée, le 29 janv. 1856, par Victoria, reine de Grande-Bretagne, et dont les règlements furent modifiés le 13 déc. 1858, est conférée aux marins et à l'armée de terre et donne droit à une pension. Ruban bleu pour la marine et rouge pour l'armée de terre.
VI CTO RIA-ET- Albert (Ordre de). Cet ordre fondé, le 10 févr. 1862, par Victoria, reine de Grande-Bretagne, modifié le 10 oct. 1864 et le 15 nov. 1865, est divisé en quatre classes et spécialement réservé aux dames. Le ruban, blanc, se porte en nœud sur l'épaule, et le bijou diffère suivant les classes.
VICTORIA (Lac) (V. Nil).