VICTORIA
elle encourut tout d'abord la haine des tories par son refus obstiné à se conformer à leurs exigences. Il était d'usage que les femmes ou parentes des ministres démissionnaires, ayant une charge à la cour, se retirassent avec le ministère. Or, en 4839, quand Robert Peel succéda à Melbourne et Palmerston, la reine garda ses dames et demoiselles d'honneur en dépit des criailleries des conservateurs. 1/ affaire des femmes de chambre {Bedchamber women) prit des proportions épiques, mais Victoria tint tète à son cabinet et môme au Parlement. Avec la même fermeté, elle épousait le 40 févr. 4840, à Saint- James, son cousin germain, Albert de Saxe- Cobourg-Gotha ;; elle dut cette fois lutter contre la volonté de sa mère et toujours contre les tories, qui se vengèrent en réduisant autant que possible la liste civile du prince consort et en affectant de le traiter en étranger. Il est possible que cette attitude ait provoqué l'attentat contre la vie de Victoria, commis le 40 juin 4840 par un nommé Edward Oxford, qui, dans une rue de Londres, tira deux coups de pistolet sur sa voiture.
On ne saurait relater ici les événements politiques du règne de Victoria. On les trouvera à l'art. Angleterre, t. Il, p. 4438. Nous nous bornerons à résumer ceux où elle eut une influence personnelle. Malgré sa popularité croissante, due à la prospérité matérielle du pays qui chaque jour faisait de nouveaux progrès, encouragés par la reine qui mit à la mode le chemin de fer en voyageant en 4844 de Windsor à Paddington, sa vie fut encore menacée deux fois à cette époque. Le 30 mai 4840, John Francis, et, le3juil. suivant, John William Beau, tirèrent sur elle de nouveaux coups de feu, heureusement sans résultat. Le prince Albert prenait discrètement sur la souveraine une influence de plus en plus marquée. Il la poussa à un rapprochement avec la France et, en 4843, elle annonçait offiiciellement sa visite au roi Louis-Philippe. C'était la première fois, depuis l'entrevue du Camp du drap d'or, qu'un souverain anglais se rencontrait sur le continent avec un souverain français. L'entrevue, qui prit les proportions d"un grand événement historique, eut lieu du 2 au 7 sept, au château d'Eu. Seulement l'entente cordiale si solennellement conclue ne devait pas durer longtemps. La reine avait complété la sériede ses visites par un voyage en Belgique (484Î), un en Allemagne (4845). Les sympathies allemandes du prince consort vinrent envenimer et compliquer la question des mariages espagnols, et Victoria, influencée par ses sentiments d'épouse, ressentit passionnément le succès des candidats de Louis-Philippe. Elle écrivait au roi Léopold : «Vous ne pouviez représenter assez fortement au roi et à la reine de France mon indignation et mon chagrin ». Cependant si elle attribua la chute de Louis-Philippe en grande partie à son oubli des convenances en cette affaire, et à la perte de l'appui moral de l'Angleterre qui en était résultée, elle l'accueillit avec bonté lui, et sa famille exilée. La République de 4848 ne lui plaisait nullement et encore moins l'élévation de Louis-Napoléon à la présidence, et lord Palmerston, pour avoir approuvé le 2 Décembre, fut contraint d'abandonner son portefeuille des affaires étrangères. Le peuple anglais, en communauté de sentiments avec la souveraine, se livra à des rodomontades excessives à l'occasion des funérailles de Wellington (4852). Le prince Albert, en organisant l'Exposition universelle de 4851, avait commencé à donner un autre cours à l'esprit publie. La France et l'Angleterre se rapprochèrent de nouveau, et si bien qu'elles firent ensemble la guerre de Crimée. Le 46 avr. 4855, Victoria recevait solennellement, à Windsor, Napoléon III et l'impératrice Eugénie. Elle trouva l'empereur fort à son goût, mais fit des réflexions philosophiques sur l'étrangeté de leur réunion : «N'est-il passinguher dépenser que moi, la petite-fille de George III, je danse à Windsor, et dans la salle de Waterloo, avec l'empereur Napoléon, le neveu du grand ennemi de l'Angleterre, devenu mon allié le plus intime,
et que cet allié vivait il n'y a pas plus de six ans dans ce même pays, exilé, pauvre et oublié. » Elle vint à Paris en août 4855, visita l'Exposition, passa une revue de 45.000 hommes au Champ de Mars, dansa à l'Hôtel de Ville et à Versailles, s'agenouilla au tombeau de Napoléon P^\ Elle revint à Cherbourg en août 1858 pour y passer une revue navale. L'alliance battit son plein, aboutit aux fameux traités de commerce de 4 860 qui profitèrent surtout au commerce anglais, puis elle se relâcha petit à petit.
C'est à partir de ce moment que la reine Victoria commença, tout en s'acquittant toujours très strictement, très minutieusement de ses devoirs constitutionnels, à ne plus s'occuper de politique active avec la même énergie et la même persévérance. Son influence ne paraît plus aussi marquée dans la direction des affaires, bien qu'elle se montrât à l'occasion fort jalouse de s1es prérogatives royales. La mort de sa mère (46 mars 4864), celle du prince Albert (44 déc. 4864) l'avaient durement frappée. « Sans lui, disait-elle du prince consort, je ne m'intéresse à rien. » Pendant deux ans, elle vécut presque dans une réclusion absolue. Elle ne donna plus jamais de fêtes, présida seulement des drawing-rooms où elle s'ennuyait et oti tout le monde s'ennuyait. Ses convictions politiques se modifièrent aussi : elle avait été libérale, elle devint conservatrice et ne vit plus que par les yeux de Disraeli. Vivant presque uniquement dans un petit cercle de serviteurs, elle leur laissa prendre sur elle une influence excessive : l'Ecossais John Brown, grossier et familier, fut pour elle plus un ami qu'un domestique ; ses dames d'honneur, la marquise d'Ely et lady Jane Churchill, son secrétaire particulier, le général Henry Ponsonby, agissaient pour elle. Enfin la reine séjourna à Londres le moins possible, habitant de préférence les châteaux de Balmoral, d'Osborne et de Windsor. En 4863, elle entreprit une tournée en Allemagne, voulant revoir les pays où s'était écoulée la jeunesse de son mari. A Cobourg, elle eut une entrevue avec François-Joseph d'Autriche. A son retour, elle inaugura la statue du prince consort qu'elle avait fait élever à Aberdeen (43 oct. 4863), elle en inaugura une autre à Cobourg (26 août 4865), institua en 4866 une médaille du Prince Albert, fit écrire une biographie d'Albert par le général Crey (4867), et pour échapper par un prétexte plausible aux cérémonies de la cour, prit l'habitude de voyager (en Suisse, 4868 ; en Allemagne, 4872; à Cobourg, 4876; en Italie, 4879; en Allemagne, 4880; à Aix-les-Bains, 4885; à Cannes et Aix, 4887 ; à Florence, 4888; en Espagne, 4889).
La guerre franco-allemande la laissa presque indifférente. Elle avait des sympathies pour la Prusse, et elle considérait nos défaites comme un juste châtiment de « notre vanité et de notre sensualité ». Pourtant elle essaya d'empêcher le bombardement de Paris, ce qui lui valut la haine de Bismarck qui devait plus tard l'assouvir pleinement sur sa fille, l'impératrice Frédéric. Elle s'occupait davantage d'assurer des douaires à ses nombreux enfants, si bien que le Parlement commença à lui marchander des subsides et que le public anglais fit des réflexions malignes sur la liste civile (4872). En 4875, la reine Victoria sortit tout d'un coup de son apathie pour écrire à l'empereur d'Allemagne (20 juin) et au tsar Alexandre II afin d'empêcher le renouvellement des hostilités entre la France et l'Allemagne. Bismarck se montra fort irrité de cette intervention et se répandit en réflexions désobligeantes sur la souveraine, bien que sa lettre fût arrivée après que le plan cynique qu'il proposait eut été rejeté. Le 4®^ mai 4876, Victoria était proclamée impératrice de l'Inde. Ce titre, qui était la consécration de la politique de Disraeli, galvanisa la reine qui reparut dans les cérémonies publiques, eut une entrevue avec le maréchal de Mac-Mahon, président de la République française, en traversant Paris pour se rendreà Cobourg (4 876), envoya la princesse Alice auprès du tsar à Darmstadt,
VICTORIA -^ VICÏOKIAT
pour essayer de maintenir la paix entre la Russie et la Turquie. Elle n'oubliait pas le prince Albert, dont la biographie s'enrichit d'un troisième volume en 1877. La mort frappait de nouveau ses proches. Sa fille préférée, Alice, succombait le 14 déc. 1877, son « cher grand ami » Beaconsfield en 1881, son plus jeune fils, le duc d'Albany, en 1884. Elle trouvait quelque consolation à ses chagrins en écrivant ses mémoires, dont elle publia des extraits en 1882 « à la mémoire de son fidèle ami John Brown », mort lui aussi, et en apprenant l'hindoustani. Les éclatantes manifestations auxquelles donna lieu son jubilé (1887) et auxquelles s'associèrent tous ses sujets dont elle était fort aimée, malgré ses petits travers dont ils se moquaient, lui allèrent au cœur. Les plus pénibles soucis l'assaillirent bientôt. Elle fut obligée d'entreprendre un voyage à Berlin et à Charlottenbourg, pour mettre un terme à une querelle de famille suscitée par le mariage projeté entre le prince Alexandre de Battenberg et la princesse Victoria, fille de son gendre, l'empereur Frédéric. Bismarck s'opposait de toutes ses forces à ce mariage, et il s'appuyait sur le prince héritier (le futur Guillaume II) qui avait rompu ouvertement avec sa mère. La reine Victoria, sa fille et sa petite-fille, durent céder à la terrible volonté du chancefier. Bientôt l'empereur Frédéric mourait (15 juin 1888), et la reine dut assister, impuissante, aux humiliations de sa fille Victoria. Elle connut de nouveau l'amertume des marchandages parlementaires lorsqu'il fallut doter ses petits-enfants (1889) et l'ennui d'apprendre que son ennemi Bismarck faisait à Berlin des gorges chaudes sur son avarice. Les dernières années de sa longue vie se déroulèrent dans la succession de déplacements monotones et toujours les mêmes: deux séjours à Osborne, deux à Balmoral, quelques jours à Londres, un séjour prolongé à Vv^indsor, un séjour à l'étranger. C'est au retour d'un de ses voyages à Nice, en 1897, qu'elle eut avec Félix Faure une entrevue courtoise à Noisy-le- Sec. La reine s'occupait surtout de marier ses petitsenfants, et elle avait une prédilection pour les cérémonies militaires, les seules auxquelles elle ne manquait jamais d'assister. En 1897, elle parcourut solennellement Londres à l'occasion de son jubilé de diamant qui excita les plus chaudes sympathies de ses sujets et provoqua les témoignages de respect de tous les gouvernements du monde. La guerre du Transvaal et les échecs répétés de ses troupes lui causèrent une profonde anxiété. Lors du premier succès (1900), elle parcourut pendant deux jours (8 et 9 mars) les rues de la capitale pour prendre sa part de l'enthousiasme public. Elle passait en revue les régiments envoyés successivement dans l'Afrique du Sud, se préoccupait des officiers et soldats morts au service, en vint à ne plus penser qu'à cette malheureuse guerre, à ne plus parler qu'a\rec effort et à perdre la mémoire. Elle dut faire un effort de volonté considérable pour recevoir lordRoberts (2 janv, 1901). Avant la fin du mois, elle s'éteignit doucement. Son peuple lui fit des funérailles splendides. Aucun des souverains britanniques n'avait été pleuré aussi sincèrement qu'elle le fut. Elle avait su incarner admirablement cette entité conçue par Disraeli et qui est devenue de plus en plus chère au peuple anglais : l'unité impériale.
La reine Victoria avait eu neuf enfants, quatre fils et cinq filles : Victoria, mariée à l'empereur Frédéric d'Allemagne, morte en 1901 ; Albert-Edouard , prince de Galles, devenu Edouard VII ; Alice, mariée au grand-duc de Hesse, morte en 1878 ; Alfred, duc d'Edimbourg, marié à Marie, grande-duchesse de Russie ; Hélène, mariée à Frédéric-Christian de Slesvig-Holstein ; Louise, mariée au marquis de J^orne ; Arthur, duc de Connaught, marié à la princesse Louise de Prusse ; Léopold, duc d'Albany, marié à la princesse Hélène de Waldeck, mort en 1884 ; Béatrice, mariée au prince Henri de Battenberg. R. Samuel.
BiBL.: Biographies de lareine par: Barnet Smith (1886),
RR.HOLMES (1887), Mrs Oliphant, le marquis de Lorne, J. CoRDY Jeaffreson (1893, 2 vol.), et surtout par SiDNEY Lee, National Biography, supplément, 1902, t. III. — Mrs Gerald Guiney, ChUdhood of Queen Victoria, 1901. — Grey, Early years of the prince Consort 1868.— Th. Martin, Life oftheprince Consort, 1874-80, 5 vol.— Lareine Victoria, Leaves from my Journal in the Highlands, 1868, et More leaves, 1883.
VICTORIA (Adélaïde-Marie-Louise), impératrice Frédéric d'Allemagne, née au palais de Buckingham le 21 nov. 1840, morte à Friedrichshof, près Cronberg, le 5 août 1901. Fille aînée de la reine Victoria et du prince Albert, elle épousa à Londres, le 25 janv. 1858, Frédéric-Guillaume, prince héritier de Prusse. Très intelligente, très bonne, très libérale, elle plut peu dans les milieux allemands et encore moins à la cour, où Bismarck prit l'initiative d'une véritable coalition contre elle et contre son mari, qu'il jugeait trop accessible à son influence. Frédéric- Guillaume fut tenu à l'écart ; très malade en 1886, il séjourna à San Remo jusqu'à son avènement (1888). On sait que la maladie l'empêcha de rien entreprendre, et Bismarck demeura tout-puissant. Le 15 juin 1888, l'impératrice était veuve à son tour. Elle vécut de plus en plus à l'écart, n'ayant aucune autorité sur son fils Guillaume II, dont Bismarck lui avait aliéné l'esprit. En 1891, elle avait fait à Paris un voyage dans le but de déterminer les peintres français à participer à l'Exposition de Berlin. Cette mission qu'elle s'était donnée, et qui d'ailleurs échoua, fut interprétée par la presse boulangiste comme une tentative de réconciliation de la part de l'Allemagne, et grâce à un article qu'elle publia et à l'énervement du public qui en résulta, les rapports se tendirent pendant quelques jours entre le gouvernements français et allemand.
BiBL. : G. Routier, Un point d'histoire contemporaine. Le voyage de l'impératrice Frédéric à Paris ; Paris, 1901, in-12.
VICTORIA-Sofia-Maria de Bade, princesse royale de Suède et Norvège, née à Carlsruhe le 7 août 1862. Fille unique du grand-duc Frédéric de Bade, elle fut fiancée en mars 1881 et mariée le 20 sept. 1881 au prince Gustave, prince royal de Suède et Norvège, dont elle a eu depuis trois enfants: Gustave- Adolphe, duc de Scanie (né en 1882), Vilhelm, duc de Sudermanie(né en 1884), Eric, duc de Vestmanland (né en 1889) . Elle a publié un ouvrage de luxe, Vom Nil (1892), description d'un hiver en Egypte .
VICTORIA (Baron de) (V. GoELHo[José-Joaquin]).
VI CTO RI AT. Espèce monétaire de la République romaine. Indépendamment du denier, du quinaire et du sesterce (Y. ces mots), l'atelier monétaire du Capitule émit, à partir de l'an 225 environ av. J.-C., des monnaies d'argent qui ont pour type, au droit, la tête de Jupiter, et, au revers, la Victoire couronnant un trophée : c'est de ce dernier type qu'est dérivé le nom de Victoriat donné à ces espèces : il y eut le double- victoriat (6^^,82), le victoriat (3s^41) et le demi-victoriat (ls^70). Cette monnaie fut émise à l'usage du commerce de Rome avec l'étranger ; aussi est-elle du même titre et du même poids que la drachme des villes illyriennes d'Apollonie et de Dyrrachium, de Corcyre, de Corinthe, de Rhodes, de Marseille, c.-à-d. de toutes les cités les plus commerçantes du bassin occidental de la Méditerranée. Le victoriat valait les trois quarts du denier romain ou 3 sesterces ; le double-victoriat est extrêmement rare ; le demi- victoriat n'est pas non plus très répandu ; mais le victoriat est commun. Après l'an 217 av. J.-C, époque de l'établissement de l'as oncial (V. As) et de la réduction du denier au poids de 3='*,90, le poids du victoriat fut également diminué ; on le réduisit à 2^'*,92, poids qui est celui des drachmes aussi affaiblies de Corinthe, de Rhodes, de Marseille de l'époque contemporaine. Plus tard enfin, vers 104 av. J.-C, par la loi Clodia, le victoriat subit une nouvelle réduction ; il fut abaissé à ls'',95 et valut ainsi la moitié du denier, c.-à-d. qu'il s'identifia avec le quinaire.
VICTORÏAT — VIDAME
Les premiers victoriats émis à ce poids portent même, dans le champ du revers, la lettre Q (quinarius) pour bien indiquer l'identité des deux espèces ; de sorte que Ton peut dire que, de l'ancien victoriat il ne subsista plus que r aspect extérieur et qu'en réalité le quinaire l'absorba, en lui prenant les types de Jupiter et de la Victoire couronnant un trophée . Par une extension abusive, on donne parfois aussi le nom de Victoriat aux monnaies de tout métal de l'époque impériale, qui ont pour revers une Victoire avec des attributs divers. E. Babelon.
V I CTO R I N . L'un des trente tyrans qui prirent la pourpre sous Gallien. Victorin (M. Pius Avonius Victorinus) avait embrassé le parti de l'empereur gaulois Postumus et avait été associé par lui à son pouvoir en 265. En 267, à la tête d'une armée gauloise, il menaça d'envahir l'Italie. L'année suivante, après le meurtre de Postumus, il fut proclamé empereur par ses troupes. C'était un habile général, mais il n'était pas assez maître de ses passions ; il outragea un de ses officiers et fut assassiné en 268, quelques mois à peine après son avènement. J. T.
VICTORINUS ( Caius-Marius) , grammairien romain (V. Mabius Victorinus).
VICTORS ou VICTOOR ou FICTORS (Johannes), peintre hollandais, né à Amsterdam, en 4620, mort après 4672. C'est un bon élève secondaire de Rembrandt. Il était déjà sorti de l'atelier du maître en 4640, lorsqu'il exécuta sa Jeune Fille à la fenêtre, du Louvre, qui, malgré un peu de froideur, est l'ouvrage où il a mis le plus de sincérité et presque d'élégance. Il a traité les mêmes sujets que Rembrandt avec quelque lourdeur, beaucoup moins d'accent et d'effet. E. D.-G.
VICTOT-PoNTFOL. Com. du dép. du Calvados, arr. de Pont-l'Ëvêque, cant. de Cambremer; 252 hab.
VIÇVASENA, satrape perse (V. Kshatrapas).
VI D. Rivière de Bulgarie, affl. dr. du Danube. Née sur le versant N. du Khodja-Balkan par deux branches, le Vid Noir et le Vid Blanc, rapides et sombres, elle passe à Tétéven par 400 m. d'alt., à Gloj an, traverse le pittoresque défilé de Sadovetz, entre en plaine, passe non loin de la ville de Plevna (à 7 kil.), et se jette dans le Danube, audessus de Kikopoli, près de la ville romaine de Islazu, après un cours de 208 kil., dirigé vers le N. Dans la guerre turco-russe de 4877-78, le Vid a formé une importante ligne stratégique. C'est YUtus des Romains.
VIDA (Marco-Girolamo), poète latin moderne, né à Crémone vers 4480, mort à Alba (Piémont) le 27 sept. 4566. D'abord chanoine régulier de Saint-Marc à Mantoue, puis de Saint-Jean de Latran à Rome, son talent de poète latin le fit distinguer de Léon X, qui le pourvut du prieuré de Saint-Silvestre, à Frascati ; en 4532, Clément VI le nomma évêque d'Alba ; il accompagna les légats au concile de Trente, et il allait être nommé évêque de Crémone quand il mourut. Vida est un des plus élégants poètes latins modernes ; mais cette élégance ne va point sans recherche et sans afféterie ; de plus, la constante association d'expressions mythologiques et d'idées chrétiennes répugne à notre goût. Ses œuvres principales sont la Christiade {Christias, Crémone, 1535), oîi il célèbre, d'après les Evangiles, mais dans une forme tout antique, l'œuvre de la Rédemption, et un Art poétique {De Arte poetica)j où il s'inspire exclusivement des anciens. Il est, en outre l'auteur de diverses poésies descriptives, lyriques et pastorales : le Ver à soie (De Bombyce)Je Jeu d'échecs (De ludo Scaccorum), Hymnes et Bucoliques (Hymni et Bucolica), etc. Les principales éditions des œuvres de Vida sont celles d'Oxford (4722-33), Padoue (4734) et Crémone (4750). Les plus iiotables de ses œuvres ont été traduites pluieurs fois en français, notamment par Des Masures, Levée, Batteux, Barrau et Souquet de La Tour.
BiBL. : Tiraboschi, Storia dellalett. ital., t. VIL — LancETTi, Délia vita e degli scritti di G. Vida ; Milan, 1840. — Saint - Marc -GiRARDiN, Revue des Deux Mondes^ 1" avr. 1850.
VI DAI. Com. du dép. de l'Orne, arr. de Mortagne, cant. de Pervenchères ; 444 hab.
VIOAILLAC. Com. du dép. du Lot, arr. de Cahors, cant. de Limogne ; 397 hab.
VIDAILLAT. Com. du dép. de la Creuse, arr. deBourganeuf, cant. de Pontarion; 842 hab.
VI DAL (Peire), troubadour des xii« et xni^s. (V. Peire).
VIDAL (Du). Famille du Vivarais (V. Monfekrier).
VI DAL (Louis), sculpteur français, né à Nîmes le 6 déc. 4834. Animalier habile, Vidal fut élève de Barye et de Rouillard. Vidal était aveugle, et il étudiait les formes par le toucher sur le modèle vivant. Pour exécuter le Lion rugissant, qui passe pour son chef-d'œuvre, on dit qu'il n'hésita pas à suivre un dompteur dans la cage d'un lion et à palper patiemment le fauve, jusqu'à ce qu'il se fût rendu maître de son anatomie. Ses œuvres exposées aux divers Salons occupent aujourd'hui une place importante dans les musées et collections : Panthère couchée, bronze (musée d'Orléans) ; Lionne, bronze (musée de Nantes) ; Taureau, bronze (musée de Nîmes) ; Cerf mourant, bronze (ministère des beaux-arts) ; Lion, bas-relief plâtre (musée de Montpellier) ; Kob, cheval anglais, bronze (appartenant à la famille de Rothschild).
VIDAL Bellsom (V. Moïse de Nârbonne).
VIDAME (Féod.). Le titre de vidame est dérivé du mot latin vice-dominus qui désignait, à l'époque caroUngienne, tantôt le représentant d'un comte, tantôt le délégué (laïque ou ecclésiastique), que le roi instituait auprès d'un évêque ou d'un abbé pour défendre en justice les intérêts temporels de l'évêché ou de l'abbaye ; dans le premier cas, il était donc synonyme de vicomte (V. ce mot), dans le second, synonyme d'avoué (V. ce mot). La première acception du mot disparut assez vite dans l'usage ; la seconde subsista, mais en se modifiant à partir du x® siècle. A cette époque, la plupart des évêques et des abbés, ne pouvant plus compter sur la protection de la royauté trop affaiblie, choisirent eux-mêmes le vidame ou l'avoué chargé de la garde de leurs droits ; et comme il importait, au milieu de l'anarchie féodale, que ce personnage fût capable de les défendre, non seulement par des procédures judiciaires, mais au besoin par la force armée, ils le prirent, non plus parmi les clercs, mais parmi les seigneurs laïques voisins de leurs domaines, et l'investirent de son office à titre de fief. Enfin, dans le cours du XI® siècle, la qualification à* avoué fut habituellement réservée, dans les actes, aux seigneurs chargés de la garde d'une abbaye, et dès lors celle de vidame désigna ordinairement ceux qui avaient la garde d'un évêché; cependant, les rois de France, en qualité de comtes de Vexin, s'intitulaient encore, au xiii® siècle, vidâmes de l'abbaye de Saint-Denis.
En fait, les vidâmes furent beaucoup moins nombreux que les avoués. Il y en avait, au xii® et au xiii® siècle, à Amiens, Beauvais, Cambrai, Châlons, Chartres, Laon, Le Mans, Meaux, Reims, Rouen, Sens et Senlis : on n'en trouve pas dans les autres évêchés, notamment dans ceux des provinces méridionales. L'évêque de Noyon avait, au lieu de vidame, un châtelain ou vicomte ; celui de Thérouanne avait un avoué ; l'archevêque de Reims avait à la fois un vidame et un vicomte. Il est à remarquer que les vidâmes prirent quelquefois le nom de leur domaine principal, au lieu de conserver celui de l'évêché dont ils avaient la garde : ainsi le vidame de Picquigny représentait l'évêque d'Amiens ; le vidame de Gerberoy, celui de Beauvais ; le vidame de La Ferté, celui de Chartres. — Les vidâmes furent, en général, des seigneurs d'une importance médiocre, placés dans la dépendance de l'évêque, n'exerçant de haute juridiction qu'en son nom : c'est là une dernière différence qui les distingue des avoués ; ceux-ci étaient souvent de hauts barons, dont la protection devenait presque toujours oppressive et dangereuse pour l'abbaye protégée.
La fonction de vidame, qui, dès le xii® siècle, était par-