‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 46 sur 633 · TIMBRE-POSTE · texte numérisé non relu

TIMBRE-POSTE

ter son projet {26 déc. 1839). Le gouvernement fit appel, pour l'établissement de la vignette, aux peintres, aux sculpteurs, aux graveurs. Mulready en fut chargé et, le 6 mai 1840, le premier timbre adhésif était mis en service. Il était de deux couleurs : un timbre noir de 1 penny et un timbre bleu de 2 pence. Simultanément apparaissaient les enveloppes timbrées, appelées longtemps « enveloppes Mulready ».

Bientôt, d'autres pays suivirent l'exemple de l'Angleterre : d'abord le canton de Zurich (1^^ mars 1843), le Brésil (1®^ juil. d843), le canton de Genève (30 sept. 1843), puis, successivement, la Finlande (l^^janv. 1845), le canton de Bâle (1^^ juil. 1845), les Etats-Unis d'Amérique (l^'^ juil. 1847), l'île Maurice (oct. 1847), la France (l«r janv. 1849), la Belgique (l^^juil. 1849), la Bavière (l^'-nov. 1849), l'Espagne (1^^ janv. 1850), la Suisse (5 avr. 1850), l'Autriche et la Lombardo-Vénétie (l^'' juin 1850), la Saxe (1«^ juil. 1850), la Prusse (15 nov. 1850), la Sardaigne (1®^ janv. 1851), le Danemark (1er avr. 1851), les Pays-Bas et le Canada (21 avr. 1851), les Etats de l'Eglise (1^^ j^ny. 1852), le Luxembourg (15 sept. 1852), le Chili (20 oct. 1852), le Portugal (l^^juil. 1853), la Norvège (29 sept. 1854), la Suède (l^r juil. 1855), le Mexique (15 juil. 1856, le Pérou (1er déc. 1857), la Russie (10 déc. 1857), la République Argentine (1^^ mai 1858), la Grèce (l^r oct. 1861), la Turquie (l^r janv. 1863), etc.

Somme toute, la France fut, après l'Angleterre et les Etats-Unis, le premier grand pays oîi la réforme aboutit. Mais ce ne fut pas sans de vives discussions. La question avait été posée, pour la première fois, à la Chambre des députés, le 24 juil. 1839. Combattue par le ministre des finances, qui demanda qu'on attendît au moins les résultats de l'expérience anglaise, elle fut renouvelée, le 15 mai 1841, sans plus de succès. En 1845, nouvelle proposition, rejetée par 170 voix contre 170. Enfin, Glais-Bizoin qui, le 29 févr. 1847, était revenu à la charge, eut la demi-satisfaction d'une prise en considération, et, le 30 août 1848, le gouvernement de la défense nationale promulguait, à l'instigation d'Etienne Arago, directeur des postes, un décret qui autorisait l'administration « à faire vendre au prix de 0 fr. 20, 0 fr. 40 et 1 fr. des timbres ou cachets, dont l'apposition sur les lettres suffirait pour en opérer l'affranchissement ». On pressentit d'abord, pour la fabrication des vignettes, l'ingénieur anglais Perkins, qui gravait alors les timbres de la Grande-Bretagne. Comme il demandait trop de temps et trop cher, on s'adressa au président de la commission de la Monnaie, Pelouze,et, en six semaines, les premières vignettes, œuvre de Hulot, furent exécutées. Le l^r janv. 1849, les valeurs de 0 fr. 20 et 1 fr. furent mises en service. Elles représentaient une tête allégorique de Cérès, baptisée pour la circonstance « tête de la Liberté », et se détachant en blanc sur fond noir pour le 20 cent., sur fond rouge clair (carmin foncé, l'année suivante) pour le 1 fr. Le 40 cent, (vermillon) ne devait être émis qu'en févr. 1851. D'ailleurs, à partir du l^r juil. 1850, et afin de compenser la perte de 12 millions environ qu'avait entraînée la réforme, le timbre de 20 cent, fut remplacé par un timbre de 25 cent, bleu, et on créa en outre deux nouveaux timbres, l'un de 10 cent., brun, servant à l'affranchissement des lettres qui circulaient dans l'intérieur de la circonscription d'un bureau de poste, l'autre de 15 cent., vert, servant à l'affranchissement des lettres de Paris pour Paris. Ce dernier fut luimême remplacé en 1853 par un timbre de 10 cent, jaune paille. L'avènement de Napoléon III n'amena sur les vignettes que la substitution de la légende « Empire français » à celle de « République française ». Bientôt des modifications de tarifs (lois des 7 mai 1853 et 20 mai 1854) déterminèrent, dans les dispositions des timbres-poste, plusieurs remaniements. Ceux de 15 et 25 cent, furent supprimés, celui de 1 fr. fut remplacé par un timbre de 80 cent. On créa de plus des timbres de 1 et de 5 cent.

Il y avait ainsi à la fin de 1854 six timbres : l'ohve à 1 cent. , le vert à 5 cent., le jaune paille à 10 cent., le bleu à 20 cent., l'orange à 40 cent., le rose à 80 cent. Désormais, les boîtiers, entreposeurs de dépêches, et les débitants de tabac furent autorisés à les vendre. En effet, le public s'était progressivement habitué à affranchir les lettres : de 21.232.665 timbres en d849, la vente avait passé à 83.359.350 en 1854. Enfin le 17 oct. 1859, on appliqua aux imprimés la faculté de l'affranchissement par timbres, et l'on créa les nouvelles vignettes de 2 cent, (rouge brun) et 4 cent. (gris). Ces nouveaux timbres furent mis en service à partir du 1^^ nov. 1860. En 1869, apparut le timbre oblong de 5 fr., lilas. Pendant le siège de Paris (décret du 26 sept. 1870), les lettres furent expédiées par ballon : leur poids ne devait pas dépasser 4 gr., et elles devaient être affranchies obligatoirement par le timbre de 20 cent. Mais comme le centre de fabrication était isolé du reste delà France, les bureaux des départements manquèrent de timbres, et un atelier fut créé à Bordeaux sous la direction du directeur de la Monnaie. Du 15 nov. 1870 au 28 févr. 187d, cet atelier avait fabriqué et livré pour 120 millions de fr. de timbres-poste, du type « République française » de 1849. Pendant la Commune, le gouvernement insurrectionnel, manquant lui aussi de timbres et ayant même épuisé un stock de timbres à l'effigie de Napoléon qu'on avait découvert à la Monnaie, les correspondances furent affranchies au moyen d'un signe particulier tracé à la plume. La loi du 24 août 1871 relevales taxes, et le 25 cent, (bleu) de 1849 dut être remis en service. Puis on créa, l'année suivante, de nouveaux timbres de 1 cent, (vert olive), 2 cent, (rouge brun), 4 cent, (gris), 5 cent, (vert), 30 cent, (brun foncé), 40 cent, (orange), 80 cent. (rose). Les timbres de 5 fr. demeurèrent sans modifications, car il en restait un approvisionnement considérable. En 1875, le public s'étant plaint que les chiffres indicatifs de la valeur des timbres n'étaient pas assez apparents, un nouveau type, œuvre du graveur Sage et représentant le Commerce et la Paix s'unissant et régnant sur le monde, fut frappé par la Banque de France : timbres verts de 1, 2, 4, 5 et 10 cent., gris de 15 cent., rouge brun de 20 cent., bleu terne et bleu ciel de 25 cent-, brun de 30 cent., rose de 75 cent., vert olive de 1 fr. Il a été conservé, avec quelques variantes dans les éditions successives, jusqu'en 1901. Au début de cette dernière année, et après plusieurs concours infructueux organisés en conformité d'un vœu du Parlement, un nouveau type a été émis. Il comprend trois séries : l'une symbolisant, dans un cadre ovale, la Liberté, l'Egalité et la Fraternité, pour les timbres de 1 cent, (gris), 2 cent, (prune), 3 cent, (ocre rouge), 4 cent, (brun) et 5 cent, (vert) ; l'autre représentant une République assise, coifféa du bonnet phrygien et le front ceint de lauriers, avec, dans sa main droite, le sceptre de la Justice, et, dans se main gauche, les tables des Droits de l'homme, pour les timbres de 10 cent, (carmin), 15 cent, (orange), 20 cent, (brun violet), 25 cent, (bleu) et 30 cent, (mauve); la troisième représentant également la République, sous les traits d'une femme assise, la main gauche tenant la poignée d'une épée reposant sur les genoux, pour les timbres de 40 cent, (brique et bleu), 50 cent, (brun et bleu), 1 fr. (lilas et vert), 2 fr. (violet et jaune) et 5 fr. (indigo et ocre). Les auteurs de ces trois figurines sont respectivement J. Blanc, Mouchon et L.-O. Merson, les graveurs E. Thomas, Mouchon et Thévenin. Les timbres des deux premières sont du format ordinaire, ceux de la troisième en forme de rectangle très allongé.

Les timbres taxes, c.-à-d. les timbres indiquant le port à percevoir du destinataire pour les correspondances non acquittées ou insuffisamment timbrées, ont paru dès 1858. Il n'y eut d'abord qu'un timbre de 10 cent. En 1863, on créa ceux de 10 et de 15 cent., en 1870, un autre de 15 cent., en 1871, un de 25 cent.; ils étaient uniformément noirs. En 1871 également parurent les

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