‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 47 sur 633 · TIMBRE-POSTE · texte numérisé non relu

TIMBRE-POSTE

timbres de 40 cent, (bleu) et 60 cent, (bistre). Depuis, les modifications n'ont pas été considérables. En 4878, on a eu un timbre taxe de 30 cent, (noir) et un de 60 cent, (bleu). En 1881-82, on en a refait toute une série : ceux de 1, 2, 3, 4, 5, 40, 45, 20, 30, 40, 60 cent., 4 fr., 2 fr. et 5 fr., tous noirs. Les timbres de 4 fr., 2 fr. et 5 fr. devinrent rouges bruns en 4884. En 4892, on ajouta un timbre de 50 cent. noir. Les couleurs furent changées encore en 4893 : on a eu alors les timbres de 5 cent, (bleu), 40 cent, (brun), 45 cent, (vert), 30 cent, (rose), 50 cent, (lie de vin), 60 cent, (lilas sur jaune) et 4 fr. (rose sur jaune).

Pour les colonies françaises, on se servit d'abord d'un type unique représentant l'aigle impériale éployée (4859- 60) ; ce type fut remplacé de 4872 à 4876 par la tête de la République, en 4877 par le type de la Paix et du Commerce, en 4881 par une figure spéciale avec la mention « Colonies-Postes». Mais, depuis, chaque colonie a eu son timbre, et les variétés, pour chacune, sont trop nombreuses pour que nous les mentionnions ici. En réalité, on les a, dans un but fiscal, multipliées et modifiées à Texcès, ainsi que les surcharges, dont, sous prétexte de manquants dans une série, on revêt les timbres d'autres séries. Les collectionneurs (V. ci-après le § Collections de timbres-poste) se précipitent, en effet, sur chacune de ces nouvelles émissions, et ce sont les albums, beaucoup plus que la correspondance, qui les épuisent. Il en est de même, d'ailleurs, dans les autres pays, et les moindres principautés hindoues, par exemple, ont aujourd'hui leurs timbres.

Signalons enfin les timbres dominicaux^ que la Belgique a émis, la première, en 4893, et qui portent la mention « ne pas livrer le dimanche ».

Les timbres-poste proprement dits dont nous avons jusqu'ici parlé ne sont pas les seules marques dont on se serve pour l'affranchissement des correspondances. Nous avons déjà signalé les enveloppes timbrées, qui ont fait leur apparition en Angleterre dès 4840, le même jour que les timbres-poste, et, en France, le 4*''' oct. 4882 (V. Enveloppe, t. XV, p. 1494). Les bandes timbrées, d'un usage beaucoup moins répandu, sont aussi beaucoup moins anciennes. Les premières furent émises aux Etats- Unis à la fin de l'année 4857. L'exemple fut suivi par l'Allemagne confédérée en 4868, par l'Angleterre en 4870. En France, elles sont contemporaines des enveloppes (4^^* oct. 4882). Elles y ont, comme dans plusieurs autres pays, 28 centim. sur 5. En Angleterre, où elles couvrent tout l'imprimé à affranchir, leurs dimensions sont beaucoup plus grandes : 30 centim. sur 42. Les cartes postales, les cartes-lettres et les cartes-télégrammes (V. Carte, t. IX, p. 568) sont encore plus récentes : la première carte postale est autrichienne et date de 4869, la première carte-lettre est belge et date de 4882. Les timbres télégraphiques ne sont pas partout en usage. Les premiers émis l'ont été aux Indes en 1861, les seconds en Prusse en 4864. En France, on en a créé en 4868, mais ils ont cessé depuis longtemps d'être employés. Il y a aussi dans quelques pays (Italie, Belgique, etc.) des timbres de colis postaux. A mentionner encore : les timbres de contrôle, fortes valeurs pour paquets et envois d'argent, qui ne sont d'ordinaire utilisés que par les employés des postes ; les timbres de contrôle des journaux, qui, aux Etats-Unis, sont collés et oblitérés par Tadministration sur des registres spéciaux pour constater les sommes payées par les éditeurs à l'effet d'affranchir en bloc les journaux remis à la poste ; les timbres de retour, employés par quelques administrations de poste pour refermer les lettres qui n'ont pu trouver leur destinataire ; les timbres de service, que certains gouvernements emploient, de préférence à la griffe, pour les correspondances administratives jouissant de la franchise postale .

L'oblitération est une marque quelconque : griffe à l'encre grasse, traits à la plume, trous à l'emporte-pièce,

que la poste appose sur les timbres pour empêcher qu'on puisse les utiliser une seconde fois. Le plus ordinairement, elle est obtenue au moyen d'un timbre à date, appliqué soit à la main, soit au moyen d'une machine h timbrer et indiquant, outre le nom du bureau de poste, le jour et l'heure de la levée. L'encre employée, qui doit être indélébile, est composée, en France, d'après une formule donnée par le chimiste Dumas.

Jusqu'en 4875, la fabrication des timbres-poste fut confiée, en France, à l'industrie privée. L'Etat, qui les payait, au début, 4 fr. 50 le mille, avait vu ce chiffre s'abaisser progressivement jusqu'à 0 fr. 60. Ce fut ensuite la Banque qui en eut le soin. Elle demanda, tout d'abord, 0 fr. 587 du mille, puis, peu à peu, 0 fr. 343 seulement. Depuis 4880, l'administration des postes a pris en main cette fabrication. Elle s'effectue, ainsi que celle des timbres de quelques offices postaux étrangers, dont elle reçoit des commandes, dans des ateliers rattachés au dépôt central du matériel postal et télégraphique, situé à Paris, boulevard Brune. La gravure, son report pour la confection des planches et l'impression s'exécutent suivant les procédés ordinaires. Le gommage s'obtient au moyen de machines sur chacune desquelles passent de 600 à 800 feuilles à l'heure et qui ont été, dans ces derniers temps, de la part du chef des ateliers, Gaumel, l'objet d'importants perfectionnements : le séchage, notamment, qui nécessitait autrefois l'emploi simultané de 24.000 claies, s'opère maintenant mécaniquement et presque immédiatement. Le piquage, autrement dit la dentelure, s'obtient aussi à l'aide de machines très ingénieuses, mues par la vapeur et perforant à la fois 5 à 6 feuilles.

Collections de timbres-poste. — La philatélie ou timbrophilie, — car les deux mots ont leurs partisans et leurs détracteurs, — est la passion des timbresposte ; le philatélisme ou timbrologie en est l'étude, la science. L'idée de collectionner les timbres-poste paraît avoir suivi de très près leur apparition. Dès 4846, en effet, et avant par conséquent que leur usage n'eût été introduit en France, il s'en faisait déjà, en Angleterre, un petit commerce ; mais il était forcément, à cette époque, très limité, comme leurs variétés mêmes, et on ne les recueillait guère encore que pour en tapisser les murs des chambres. Ce furent, en réalité, les enfants des écoles qui s'adonnèrent les premiers, aux environs de 4855, à la collection des timbres-poste. Puis, Iss types se faisant chaque jour plus nombreux et ceux des premières émissions plus rares, la difïi culte de les réunir tous excita l'émulation de plus grands personnages. En 4858, on cite déjà, en Angleterre, plusieurs amateurs appartenant à l'élite intellectuelle ou financière du pays, et, d'outre- Manche, le mouvement gagna rapidement la Belgique, la France, l'Allemagne. En France, Potiquet fit paraître, en déc. 4864, le premier Catalogue de timbres-poste, suivi, deux mois plus tard, du Manuel du collectionneur de timbres- poste, publié à Bruxelles par Moëns, puis, presque coup sur coup, des catalogues ou manuels de Laplante, Klin, Gray, Stafford Smith, Priebatsch, Valette, Mahé, Baillieu, Oppen, Maury, etc. En même temps, des journaux spéciaux, destinés à faire connaître, dès leur création, les nouveaux timbres, surgissaient de toutes parts. Le premier en date, The Stamp Collectors Review ànd Monthly Advertiser (déc. 4862), fut édité à Liverpool. Le 4®^ févr. 4863, parut, également en Angleterre, The Stamp Collectons Magazine, puis, le 45 févr., à Bruxelles,|/e Timbre-poste (qui est aujourd'hui le doyen des journaux timbrophiles), le l^'' mai, à Leipzig, le Magazin fur Briefmarkensammler, le 15 juill. 4864, à Paris, le Collectionneur de timbres-poste, le 45nov., à Paris également, le Timbrophile. Enfin, la philatélie eut ses sociétés, groupant amateurs et marchands de timbres, les unes dans un but de recherches, d'études ou d'échanges, les autres dans un but purement commercial. La plus ancienne, la Société philatélique, fondée à Paris en

1865 par Herpin, n'eut qu'une existence de quelques mois. x\u contraire, la Philatélie Society de Londres (1869), la Société française de timbrologie de Paris (1874), Y Internationale Philatelistenverein de Dresde (1877) ont survécu, et leur prospérité, comme la passion des timbres-poste, n'a fait que se développer. On l'a bien vu aux expositions internationales ou locales que les philatélistes ont organisées annuellement, depuis 1881, un peu dans toutes les grandes villes : à Paris, notamment, au palais du Champ de Mars, en sept. 1892.

A l'heure actuelle, c'est par centaines de mille que se chiffrent les collectionneurs de tous pays, de tous âges et de toutes conditions. Quelques collections ont, du reste, une valeur considérable. La plus importante, de beaucoup, est la collection Ferrari (Ph. La Renotière), à Paris. Commencée en 1862 par son propriétaire lui-même, elle est estimée 2 millions de fr. Elle n'est que très difficilement visible. Viennent ensuite : la collection Mirabaud, la seconde du monde entier, estimée 1 million de fr. ; celle du comte Durieu, commencée par son père et estimée 5 à 600.000 fr. ; celle du D^' Legrand (D^ Magnus), vendue, il y a quelques années, 500.000 fr. ; celle du baron Arthur de Rothschild, qui peut valoir de 2 à 300.000 fr. Toutes ces collections sont, comme la première, à Paris. A l'étranger et parmi les collections particulières, celle du baron de Mutzenbecher, à Berlin, vient en tête : elle n'est estimée, pourtant, que 450.000 fr. Les collections publiques sont également nombreuses. La plus belle, celle du British Muséum, à Londres, a été léguée à cet établissement, en 1892, par le député Tapling. Elle lui avait coûté près de 1 million de fr. et il l'avait acquise, en partie, du peintre G. Caillebotte. Celles du musée des Postes, à Berlin, et de l'administration des Postes et Télégraphes, à Paris, méritent aussi une mention spéciale. Les sociétés philatéliques atteignent le. nombre de 400 environ. La plupart sont aux Etats-Unis, où elles se sont constituées en une fédération ayant à sa tète Tiffany, le plus érudit des philatélistes, et en Allemagne, où elles ont, depuis 1889, sous le nom de Deutsche Philatelistentage (Jours philatéliques), des assises annuelles. On en compte beaucoup aussi en Belgique, en Hollande, en Suisse, en Danemark, en Suède, en Italie, et il s'en est formé, dans ces derniers temps, jusque dans l'Afrique du Sud. En France, elles sont très peu nombreuses, mais la Société française de timbrologie ^ de Paris, qui réunit plus de 2.000 membres, est, après V Internationale Philatelestenverein de Dresde, la plus importante. Les journaux et revues philatéliques ne le cèdent en rien, comme nombre, aux sociétés. Ils sont plus de 800, écrits en 13 langues. Le plus répandu, 1'// /tes M^r^e Briefmarken Journal de Leipzig, a une vingtaine de mille d'abonnés, et, à Paris seulement, il y en a dix, tous mensuels : le Collectionneur de timbres-poste (fondé en 1864), FAmi des timbres (1874), la Revue philatélique française (1890), la Gazette timbrologique (1891), le Philatéliste français (1892), le Questionneur iimbrophilique (1892), l'Union postale universelle 1892), l'Avenir des timbres-poste (1893), V Union des timbrophiles (1894), le Timbrophile parisien (1897), le Philatéliste international (1900). La plupart sont les organes de sociétés ou de marchands de timbres. Quelques-uns, du reste, parmi ces derniers, qui, rien qu'à Paris, sont plus de 70, jouissent, dans le monde entier, d'une véritable célébrité : Maury, notamment, de Paris, les frères Senf, de Leipzig, J.-B. Moëns, de Bruxelles. Ajoutons qu'il se tient aux Champs-Elysées, carré Marigny, une bourse des timbres-poste. Comme les valeurs mobilières, en effet, ceux-ci ont leurs cours, leur cote, qui, d'ailleurs, se fixent surtout par les catalogues et les journaux des grandes maisons, et les plus rares atteignent des prix fabuleux. On cite surtout les deux fameux « post-office » de l'île Maurice (1 penny, rouge, et 2 pence, bleu, 1847), qui, après plusieurs reventes succes-

Page 1