‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 460 sur 633 · VIDOCQ — VIE · texte numérisé non relu

VIDOCQ — VIE

VIDOCQ (Frangois-Eugcne), aventurier et chef de la police de sûreté de Paris, né à Arras en 4775, mort en 1857. Après avoir dérobé à son père, qui était boulanger, une somme dont il fut lui même dépouillé par des malfaiteurs, il mena une vie d'aventures, puis revint s'engager à Arras dans le régiment de Bourbon ; il déserta, passa en Autriche dans les cuirassiers, les quitta pour revenir en France prendre du service dans un régiment de chasseurs, se maria à Arras (1793), abandonna sa femme qui le trompait, devint lieutenant en Belgique, fut condamné à la prison à Lille, à la suite d'une querelle avec un officier, puis à huit ans de travaux forcés pour faux. Envoyé au bagne de Brest, il s'en s'échappa deux fois. Repris et emprisonné à Arras, il s'en évada encore et continua à vivre au milieu des voleurs, à Arras, à Paris, en province. En 1809, il offrit au baron Pasquier de mettre ses observations au service de la police : mis à la tète de la brigade de sûreté, composée de condamnés libérés, ilrendit de grands services à la police. En 1827, il démissionna, fonda à Saint-Mandé une fabrique de papier et carton, mais se ruina. Il rentra dans la police en 1832, en fut renvoyé pour un vol supposé qu'il avait organisé, fonda un bureau de renseignements secrets qui fut fermé, offrit sans succès ses services à Lamartine après 1848, et termina sa vie dans la misère. On a publié sous son nom des Mémoires de Vidocg (1828, 4 vol.), et un certain nombre de livres sur les filous, tels que les Vrais Mystères de Paris (1844, 7 vol.), auxquels il ne collabora probablement pas.

VIDOU. Corn, du dép. des Hautes- Pyrénées, arr. de Tarbes, cant. de Trie ; 224 hab.

VI DOUBLE. Rivière de France (V. Gard et Hérault [Dép.J).

VIDOUVILLE. Corn, du dép. de la Manche, arr. de Saint-Lô, cant. de Torigni-sur-Vire ; 243 hab.

VI DOUZE. Com. du dép. des Hautes-Pyrénées, arr. de Tarbes, cant. de Maubourguet;616 hab.

VIDRECOME (Archéol.). Grand verre à boire de forme cylindrique usité dans les pays germaniques au xvi®, et surtout aux xvu^et xvni^ siècles ; il est généralement pourvu d'une anse. On en trouve de beaux exemples en verre de Bohême et parfois en ivoire; parmi ces derniers, il faut citer surtout ceux que Van Obstal s'est plu à décorer de scènes bachiques en haut relief.

VIDUA (Ornith.) (V. Veuve).

VIDUITÉ (Législ.) (V. Veuvage).

VIE. I. Philosophie et Biologie générale. — Ce n'est pas au début, c'est à la fin d'une étude sur la vie qu'on doit essajjer de la définir. Des théories philosophiques et scientifiques très diverses ont été proposées sur la nature de la vie, depuis les penseurs grecs jusqu'aux physiologistes et aux naturalistes contemporains. On peut ramener ces théories à quelques types fondamentaux : les doctrines mécanistes ou physico-chimiques, le vitahsme et l'animisme. Pour les doctrines du premier groupe, les phénomènes vitaux s'exj>liquent par les mêmes forces mécaniques ou physico-chimiques que les modifications de la matière brute. Pour les vitalistes, les phénomènes vitaux ne peuvent s'expliquer que par une ou plusieurs forces à la fois distinctes de l'âme et irréductibles aux forces mécaniques, physiques et chimiques ; les vitalisles qui font intervenir plusieurs forces différentes, inhérentes aux divers organes, pour expliquer les phénomènes vitaux, ont recule nom d'organicistes. Pour Vanimisme (V. ce mot), la force vitale se confond avec l'âme ; c'est l'âme qui construit l'organisme selon un plan conçu d'avance par elle ; c'est elle qui garantit à chaque instant tous les organes contre la destruction et c'est elle qui assure le concert harmonieux des diverses fonctions. En outre, parmi les animistes elles vitalistes, il en est qui généralisent leur théorie et l'appliquent à la nature entière : bien loin de croire qu'on puisse expliquer les phénomènes vitaux par les forces mécaniques et phy-

siques, ils soutiennent que ces forces sont impuissantes à expliquer seules les phénomènes matériels eux-mêmes, et ils voient partout l'action d'une force analogue à la force vitale. Cette théorie a reçu le nom à'hylozoïsme (V. ce mot). Nous allons résumer l'histoire de ces diverses doctrines et nous exposerons en terminant l'état présent de la question.

Dans l'antiquité grecque et jusqu'au xix^ siècle, il n'y a pas de distinction tranchée entre les faits et les hypothèses, entre les recherches scientifiques et les théories philosophiques. Les plus anciens penseurs grecs, les philosophes ioniens, paraissent avoir été hylozoïstes, c.-à-d. qu'ils attribuaient à l'univers entier la plupart des propriétés que l'observation leur découvrait dans les organismes individuels; il faut sans doute voir là un reste de cette tendance à tout animer qui existe dans les religions primitives ; pour ces philosophes le monde est un tout vivant limité dans l'espace, qui se développe et se transforme sous l'action d'une force interne inexplicable par autre chose qu'elle-même, et ce tout passe par des phases successives dans un ordre déterminé, pendant une durée déterminée, depuis sa formation, sa naissance, jusqu'à sa destruction, sa mort. On comprend que ces penseurs, transportant à la nature dans son ensemble les propriétés de la matière vivante, n'aient pas distingué celle-ci de la matière brute et que la formation, la différenciation, l'évolution des espèces vivantes à partir de la matière brute, ne leur aient pas semblé présenter plus de difficultés que l'évolution géologique, la différenciation de l'atmosphère, de la terre et de la mer. Nous rencontrons ensuite chez Empédocle une doctrine intermédiaire entre le dynamisme hylozoïste des Ioniens et le mécanisme de Démocrite ; chez Empédocle, c'est encore par les mêmes principes, par les quatre éléments de la chimie et par deux principes dynamiques, l'amour et la haine, que s'expliquent à la fois le développement de la nature inorganique, la formation des organismes individuels et l'évolution des espèces vivantes. Chez Démocrite, il y a toujours unité d'explication ; mais cette fois les rôles sont renversés : Démocrite rend compte de tous les changements physiques par les déplacements et les chocs des atomes dans l'espace, sans faire intervenir aucune force interne et mystérieuse ; et c'est également par les déplacements des atomes qu'il rend compte de la formation des organismes et de tous les phénomènes vitaux. Sans doute les êtres vivants semblent à l'observateur différer de la matière brute parce qu'ils ont en eux-mêmes la cause de leurs mouvements, parce qu'ils peuvent se déplacer sans recevoir d'impulsion extérieure, et c'est par là que Démocrite, comme les philosophes grecs qui l'ont suivi, comme Platon ouAristote par exemple, paraît avoir défini la vie ; mais cette différence entre la matière brute et la matière vivante s'explique par la nature des atomes dont l'assemblage constitue les êtres vivants : ces atomes, étant de forme ronde et les plus légers de tous, sont, par l'effet des lois mêmes de la mécanique, ceux qui se déplacent le plus facilement. La doctrine de Démocrite est un mécanisme atomistique ; c'est la première où la vie soit expliquée uniquement par les principes de la géométrie et de la mécanique.

Chez Platon, d'un côté, la différence entre les organismes vivants et la matière brute s'explique par des causes toutes géométriques et mécaniques; d'un autre côté, le monde est conçu comme un organisme unique, d'une étendue limitée, dont le développement dure un temps déterminé, et oti l'ordre des parties dans l'espace, l'ordre des phases dans le temps sont dus à l'action d'une âme intérieure, l'âme du monde, qui agit en vue de fins comme les âmes individuelles et dont l'activité, soumise aux lois des mathématiques, prend pour modèle l'ordre immuable, inétendu et intemporel des idées. Il y a là la combinaison d'une théorie mathématique et mécaniste avec un animisme hylozoïste et finaliste ; on y peut démêler à la fois l'influence de la philosophie mathématique

des pythagoriciens, celle de Thylozoïsme ionien et celle du finalisme d'Anaxagore. Aristote le premier, combattant tout ensemble le mécanisme mathématique et l'hylozoïsme, fait de la vie un principe distinct qu'il considère d'une part comme inexplicable par la mécanique ou par la physique et dont il ne prétend pas d'autre part retrouver l'action organisatrice dans la nature entière. Pour lui, l'univers est une hiérarchie de principes quaUtativement irréductibles ; chaque principe supérieur est l'acte dont le principe inférieur est la puissance, la forme dont il est la matière, la fin vers laquelle tend le principe inférieur et où il trouve son achèvement ; ce rapport, qui est celui de la matière physiquement différenciée à la matière homogène définie seulement par ses propriétés mathématiques, est aussi celui de la vie à la matière brute de la physique. Le principe de la vie n'est autre que l'âme. La conception qui conduit Aristote à voir partout des qualités irréductibles, à nier la continuité et l'évolution, l'amène naturellement à envisager les espèces vivantes comme autant de types organiques invariables, de « formes » essentiellement distinctes ; en même temps que l'originalité inexplicable de la vie, il admet la fixité des espèces.

La doctrine aristotélicienne, qui devait prendre au moyen âge et garder pendant des siècles une importance prépondérante, ne conquit pas tout d'abord l'empire parmi les philosophes et les médecins grecs et romains. L'école épicurienne remit en honneur les idées de Démocrite, et c'est par l'atomisme que des médecins épicuriens, comme Asclépiade, essayaient d'expliquer tous les phénomènes vitaux. L'école stoïcienne combina les théories d' Aristote avec l'hylozoïsme ionien, et ce n'est pas seulement le développement des organismes individuels, c'est celui du Cosmos, assimilé à un organisme, qu'elle expliqua par l'action d'une « raison séminale », âme individuelle ou âme du monde, ordonnant harmonieusement les organes du corps et les parties de l'univers conformément à ses fins. L'école philosophique d'Alexandrie ne s'écarta que peu du stoïcisme sur ce point. Et si l'un des médecins les plus illustres de l'antiquité, Galien, paraît s'inspirer dans une large mesure d'idées péripatéticiennes, les médecins empiriques ou sceptiques d'Alexandrie, au contraire, rejettent toute théorie philosophique de la vie, celle d' Aristote comme celle des mécanistes, et soutiennent qu'il faut s'en tenir à l'observation des faits particuliers. C'est seulement après la ruine de la civilisation antique, et lorsque s'organisent les doctrines de la scolastique qu'au conflit des théories succède l'autorité d' Aristote, dont saint Thomas reprend l'animisme et commente les opinions biologiques. Et jusqu'à la Renaissance, c'est le règne d' Aristote et de saint Thomas.

A la Renaissance, la méthode d'observation, qui était négligée depuis les médecins grecs et qui va jouer désormais un rôle grandissant dans les discussions relatives à la vie, est remise en honneur et perfectionnée, en même temps que les diverses hypothèses antiques reparaissent, plus ou moins profondément transformées. La dissection et la vivisection font mieux connaître la structure intérieure des êtres vivants et les actions internes par où la vie se maintient : Harvey découvre la circulation du sang. L'invention du microscope permet d'étudier les êtres vivants invisibles à l'œil nu, ainsi que les parties invisibles des plantes et des animaux ; par là la morphologie se trouve renouvelée comme la physiologie. Enfin les grandes découvertes géographiques, en révélant des flores et des faunes inconnues des anciens, renouvellent également l'histoire naturelle, la classification des espèces vivantes. D'autre part, le vitalisme est défendu par Paracelse au xv*' siècle, puis à la fin du xvi® par Van Helmont, qui se demande dans quelle partie du corps est le siège de la force vitale ; au vitalisme unitaire de son prédécesseur, il est amené à substituer une théorie doiit le point de départ doit être cherché jusque chez Galien, et qui disperse

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