VIGNY .« VIGO
la frontière des Pyrénées ; pour tromper son ennui, il chanta la mort de Roland dans les beaux vers du Cor. En même temps, il abordait le roman historique à la Walter Scott et écrivait dans une prose excellente : Cinq-Mars ou une Conjuration sous Louis A7/I(4826); ce livre eut un vif succès, malgré les libertés excessives prises avec l'histoire.
En 4827, Alfred de Vigny se trouvait au premier rang de la jeune école romantique : il démissionna. L'année suivante (après une courte inclination pour Delphine Gay, qui devait épouser Girardin, et à laquelle il adressa vingt ans plus tard les beaux vers intitulés Pâleur), il épousa une Anglaise de race et d une grande beauté, Lydia Bunbury ; leur union resta entière, malgré Tinfid élite de Vigny, mais leurs natures ne se pénétrèrent jamais. Les beaux jours du romantisme étaient venus ; Sainte-Beuve, épris du talent de Vigny, l'appelait « divin etchaste cygne »; c'est Vigny qui livra la première bataille au théâtre : le 44 nov. 4829, il faisait jouer aux Français une traduction en vers à' Othello ou le More de Venise; sa traduction, consciente des beautés de Shakespeare, ne les pénétrait pas entièrement, et son succès ne dura pas. La Maréchale d'Ancre, représentée à l'Odéon le 25 juin 1834, fut sa véritable entrée au théâtre ; mais il ne triompha vraiment qu'avec Chatterton, pièce jouée le 42 févr. 4835 ; le succès fut prodigieux et ne peut se comparer, dans les annales du théâtre, qu'à celui du Cid.
Ce drame était tiré du volume que Vigny venait de publier: Consultations du Docteur Noir: Stello ou les Diables bleus (1832). Stello est un récit mêlé d'histoire, de philosophie et de roman qui rappelle Sterne et Diderot, livre d'une tristesse amère et désabusée, où il représente le poète, écrasé par les matérialités de la vie, comme le martyr perpétuel de l'humanité ; cette thèse un peu factice n'empêchait pas le public éclairé de voir dans Chatterton une réaction contre les exagérations du drame romantique, et d'applaudir un théâtre nouveau plein de vie et de vérité où les drames de la conscience tiennent plus de place que les péripéties de l'action. Le type de Chatterton, le poète méconnu, fut contagieux comme autrefois celui de Werther.
Le petit monde idéaliste et de dilettantisme poétique qui se pressait autour de Vigny triomphait : la gloire de Vigny, égale à celle de Lamartine, éclipsait alors celle de Hugo, lente à s'affirmer. Mais cet éclat dura peu ; à l'heure la plus brillante de sa carrière, la production de Vigny sembla s'arrêter : à part les trois admirables récits de Servitude et Grandeur militaires (dont la langue est aussi serrée que celle de Mérimée) qui datent de 4835, et quelques morceaux poétiques (comme le Mo7it des OU- , viers, la Maison du Berger), insérés à de longs intervalles dans la Revue des Deux Mondes, il ne publia plus rien pendant les vingt-huit dernières années de sa vie. Ses premiers amis, jaloux de ses succès, s'éloignaient de lui : Victor Hugo retrancha de ses œuvres jusqu'aux éloges qu'il lui avait prodigués autrefois ; Sainte-Beuve le définissait maintenant « un bel ange qui a bu du vinaigre ». Vigny se présenta vainement à plusieurs reprises à l'Académie; il n'y fut nommé que le 8 mai 4845; dans le Journal d'un poète, il a raconté ses visites académiques et les réceptions pénibles que lui firent les académiciens, Royer-Collard en tête ; la réception eut lieu le 29 janv. 4846, et son discours, célébrant le romantisme encore suspect à l'Institut, fut le dernier acte public de sa vie littéraire.
Les publications posthumes devaient seules révéler que jamais la pensée du poète ne fut plus profonde et plus durable que pendant les années de silence que lui imposa sa conception intime de l'art et de la vie. La puissance de rêverie qui le distingue faisait taire en lui le bruit de la vie extérieure. Sainte-Beuve a dit « qu'il rentrait avant midi dans sa tour d'ivoire », vivant dans une sorte « d'hallucination séraphique ». Son charmant vi-
sage pensif, aux traits fins et spirituels, encadré de longs cheveux blonds bouclés, ses tendres yeux bleux, son air immatériel, restaient fermés aux romantiques ; Alexandre Dumas déclarait n'y rien entendre et s'étonnait « qu'on ne l'eût jamais surpris à table ». Vigny ne croyait qu'au rêve et n'attachait aucune réalité aux apparences du nionde visible : aussi méprisait-il ce que l'on nomme « métier », dans la poésie. Peut-être la passion profonde que lui inspira M"^^ Dorval, actrice excellente, et la trahison qui y mit fin, achevèrent de séparer le poète du monde sensible ; c'est à cette grande douleur que nous devons les admirables imprécations de la Colère de Samson. Le pessimisme désespéré de Vigny, fruit de ses méditations philosophiques, acheva de le confiner dans la «sainte solitude ». Vingt-cinq années durant il vécut ainsi dans une grande tension d'âme, songeant et lisant, retiré au fond de la Charente, sur sa terre de Maine-Giraud, réduit à la société silencieuse de M"^® de Vigny ; il venait rarement à Paris et s'y interdisait même « de sourire un moment »; il avait perdu jusqu'au repos que lui donnait jadis « le calme adoré des heures noires ». Au point où sa tristesse s'était élevée, ses déceptions personnelles et l'échec du romantisme ne comptaient plus. A la fin de sa vie, la douleur physique vint s'ajouter à la peine morale : il mourut d'un cancer dont il supporta le progrès dévorant avec une patience stoique.
L'année qui suivit sa mort vit paraître son chef-d'œuvre : les Destinées (4864); quant au précieux journal auquel le poète a, pendant quarante années, confié le secret de sa vie intérieure, il n'en a paru que de courts fragments en 4867 (sous le titre de Journal d'un poète) : la volonté de l'auteur et la fidélité de son exécuteur testamentaire, Louis Ratisbonne, le condamnent à la destruction. Les OEuvres complètes de Vigny ont paru en 8 vol. (Paris, 4863-66). ^ ^ f V '
Vigny se détache des romantiques par la simplicité, la pureté, la chasteté de la forme; chez lui, le respect de la pensée écarte les procédés de style. Une absolue sincérité, la mesure et le goût distinguent sa langue poétique ; il disait: « L'art est la vérité choisie », et son idéalisme avait pris pour devise : « La parfaite illusion est la réalité parfaite». Comme versificateur, il manque de virtuosité, moins par l'insuffisance de son génie poétique que par la nature de son inspiration où dominent le sentiment et l'idée ; mais sa poésie a quelque chose de grand, de simple et de solennel. Plus encore que Lamartine et Hugo, il a été un précurseur et a compris le sens de la rénovation de la poésie française ; ses vers ne se rattachent au passé que par une parenté lointaine et rare avec la langue poétique d'André Chénier. Enfin, on peut dire qu'il a créé le goût de la poésie philosophique en France ; tous ses écrits ont le caractère de l'universel. « On ne mérite pas le nom de poète, a dit Gœthe, tant que l'on n'exprime que des idées ou des émotions personnelles, et celui-là seul en est digne qui sait s'assimiler le monde. » Ph. Berthelot.
BiBL. : A. France, Alfredde Vigny; Paris, 1868. -- Maurice Paléologue, Al/Ved de Vigny ; Paris, 1891.
VIGO. Ville maritime et place forte du N.-O. de l'Espagne, ch.-l. de distr. delaprov. de Pontevedra (dans la partie méridionale de la côte 0. de la Galice), sur la rive S. de l'estuaire ou ria de Vigo (l'une des plus belles et sûres baies de l'Europe), qui reçoit le petit fleuve côtier Oitaben, et s'enfonce de 30kil. dans les terres; 45.045 hab. tête d'un embranchement de chemin de fer qui rejoint à Redordela (42 kil.) la ligne de La Corogne à la frontière portugaise, Vigo, entourée de murailles, comprend la jolie ville neuve, dans le bas, et la vieille ville, qui s'élève en amphithéâtre jusqu'au sommet d'une haute colline, avec ses rues étroites et tortueuses, et est dominée par les châteaux forts de San Sébastian et delCastello. Vignobles et jardins potagers; pêche de sardines et de thons; commerce actif. L'exportation consiste en conserves, vins, œufs, sardines, bestiaux, eau minérale et représente 5 mil-
VIGO - VÏLLEBREQUIN
lions 300.000 fr. qui se répartissent entre la France, l'Angleterre et l'Amérique du Sud; l'importation, qui s'élève à 5.675.000 fr., consiste en morue, métaux, sucre, charbons, peaux, pétrole, laine et coton. Les vapeurs du Lloyd de l'Allemagne du Nord et ceux des Messageries maritimes touchent à Vigo et à La Corogne. Emigration active des Galiciens vers le Portugal et vers l'Amérique du Sud. En 1702, les Anglais et les Hollandais ont détruit dans la baie la flotte franco-espagnole qui ramenait les galions d'argent d'Amérique (ceux-ci coulés dans le port ont été à mainte reprise recherchés sans succès, en particulier en 1872) ; en 4719, les Anglais prirent Vigo.
VIGOGNE. L Zoologie (V. Lama).
IL Tissage. — On fabrique, au moyen de la laine de la vigogne, des tissus, assez analogues à l'alpaga (V. ce mot), qui sont employés pour la confection de vêtements d'hommes et de femmes.
VI60RITE (Chim.) (V. Nitroline).
VIGOULANT. Com. du dép. de l'Indre, arr. de La Châtre, cant. de Sainte-Sévère-sur-Indre ; 386 hab.
VIGOULET-AuziL. Com. du dép. de la Haute-Garonne, arr. de Toulouse, cant. de Castanet; 133 hab.
VIGOUZ. Com. du dép. de l'Indre, arr. du Blanc, cant. de Saint-Benoit-du Sault ; 900 hab.
VIGUERIE (Ane, dr.)(V. Viguier).
VIGUERON. Com. du dép. de Tarn-et-Garonne, arr. de Castelsarrasin, cant. de Beaumont-de-Lomagne ; 230 hab.
VIGUIER. Les viguier s ont continué, sous certains rapports, les vicarii du Bas-Empire, dont ils ont gardé le nom. Ils étaient, dans les petites villes des comtés, les lientenants du comte, plus spécialement chargés de rendre la justice en son nom : basse justice, d'abord, puis, par empiétement, dans quelques contrées, haute justice. Leurs offices ne se transmettaient pas, d'ailleurs, comme ceux des vicomtes, avec qui on les a quelquefois confondus à tort, à titre de fiefs, mais, au contraire, demeurèrent toujours électifs. La décadence de la féodalité amoindrit la situation des viguiers. Ils ne furent bientôt plus, au service du roi, que des magistrats subordonnés aux baillis ou aux sénéchaux et, à la veille de la Révolution, on ne les rencontre plus guère que dans quelques provinces du Midi où, comme présidents des tribunaux appelés vigueries, ils font Tofiice de prévôts royaux. Il y a ainsi un viguier à Toulouse, un viguier du pays d'Albigeois, etc.
Vi HARAS (Archit.) (V. Inde, t. XX, p. 706)
VI H I ERS. Ch.-l de cant. du dép. de Maine-et-Loire, arr. de Saumur ; 1.592 hab. Motte féodale. Les Vendéens y battirent deux fois, en 1793, les troupes républicaines.
VIJAYASENA, satrape du iii^ siècle (V. Kshâtrapas).
VIJON. Com. du dép. de l'Indre, arr. de La Châtre, cant. de Sainte-Sévère-sur-Indre ; 1.141 hab.
VIKINGS. Pirates Scandinaves (V. Normands).
VIKTORSHŒHE (Mont) (V. Harz).
VILAGOS. Nom de deux communes du comitat d'Arad ; Magyar-Vilâgos (1.939 hab.) et Român-Vilâgos (4.012 hab.). C'est près de ces communes que l'armée hongroise déposa les armes devant les Russes (13 août 1849). Après la bataille de Temesvar (9 août), Arthur Gôrgei, déclara au conseil des ministres, tenu à Arad, le lendemain du désastre, que toute résistance était inutile. Investi par le gouvernement révolutionnaire du commandement suprême, il avertit le général russe Rudiger qu'il était prêt à déposer les armes. 11 généraux, 1.426 officiers et 30.000 honvéds se rendirent. J. K,
VILAIN (Féod.) (V. Féodalité, t. XVII, p. 212).
VI LA I N XI 1 1 1 . Nom d'une famille belge qui fait remonter ses origines jusqu'au ix® siècle, et qui a joué un rôle en vue dans l'histoire des Pays-Bas. Parmi ses représentants les plus remarquaT3les, nous citerons Jean- Jacques-Philippe Vilain XlIIl, né à Alost en 1712, mort à Wetteren en 1777. Il fut successivement conseiller pensionnaire des Etats de Flandre, premier échevin de la Keure de
Gand et grand bailli. Il publia en 1755, sous le titre de Réftections sur les finances de la Flandre^ une étude critique très sévère sur les désordres de l'administration. L'impératrice Marie-Thérèse, ayant eu connaissance de ce travail, entra dans les vues del'auteur en créant la Jointe des administrations et des subsides, et récompensa Vilain XIIII en lui donnant le titre de vicomte. Quelques années plus tard, il conçut l'idée des prisons cellulaires, la défendit devant les Etats de Flandre et vit adopter ses principes par le gouvernement. La création de la maison de force de Gand fut décidée en 1772, et l'inauguration eut lieu en 1775. Cette même année. Vilain XIIII publia un Mémoire sur les moyens de corriger les malfaiteurs et fainéants à leur propre avantage et de les rendre utiles à l'Etat (rééd. Bruxelles, 1841, in-8), qui est encore souvent cité de nos jours par les criminalistes. — L'arrière-petit-fils de Jean- Jacques-Philippe, Charles Vilain XIHI, né à Bruxelles en 1803, mort à Leuth en 1878. Etant encore sur les bancs de l'Université de Liège, il adopta avec enthousiasme les idées de Lamennais et collabora à V Avenir.
Après la révolution belge de 1830, il siégea au Congrès national, puis à la Chambre des représentants, où il appuya de ses discours et de ses votes les cabinets catholiques, tout en faisant preuve d'une grande indépendance. Il prit aux débats législatifs une part importante ; son discours dans la discussion de la loi de 1850 sur l'enseignement moyen est particulièrement remarquable. Il occupa pendant plusieurs années de hautes fonctions diplomatiques en Italie, fut gouverneur de la Flandre orientale, et reçut en 1855, dans le cabinet de Decker (V. ce nom), le portefeuille des affaires étrangères. A cette époque, il fut à la Chambre des représentants l'objet d'une ovation émouvante : le bruit courait que Napoléon llï, irrité par les attaques des journaux belges, avait mis le roi Léopold en demeure de modifier la constitution et de restreindre la liberté de la presse. Orts, député de Bruxelles, ayant interpellé le cabinet à ce sujet, Vilain Xnil répondit que jamais il ne proposerait de changements aux institutions du pays sous la pression de l'étranger. L'assemblée éclata en applaudissements unanimes. Le ministère de Decker s'étant retiré en 1857, Vilain XIIII, tout en conservant son mandat parlementaire, vécut dans la retraite.
BiBL. : J. DE Smet, Note sur Vorigine, le nom et la devise de la famille Vilain, dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique, !•" sér., IX.
VILAINE. Ruisseau du dép. de VEure (V. ce mot).
VILAINE. Rivière de France (V. Ille-et-Vilal\e, Loire-Inférieure, ^Mayenne et Morbihan [Dép.]).
VI LA Y ET. Division de l'Empire ottoman (V. Turquie).
VILBERT.Com.dudép. deSeineet-Marne, arr. de Coulommiers, cant. de Rozoy ; 269 hab.
VlLCEY-suR-TREY.Com.du dép.
de Meurthe-et-Moselle, arr. de Toul,cant. deThiaucourt; 211 hab.
VI LDÉ-GuiNGALÂN. Com. du dép.
des Côtes-du-Nord, arr. de Dinan, cant. de Plélan-le-Petit ; 703 hab.
VILEBREQUIN (Techn.). Outil servant à percer le bois, la pierre, etc., kV aide d'um mèche (V.ce mot) que l'on fait pénétrer par un mouvement de rotation. L'ouvrier, après avoir placé la pointe de la mèche à l'endroit qu'il veut percer, appuie fortement sur le champignon A de l'instrument avec la paume de la main gauche, ou avec la poitrine, et, de la main droite, il fait tourner rapidement le manche B de l'instrument mobile dans le champignon.
Vilebrequin.
VILENÉ -" VILLA
VILENÉ (Blas.). Se dit des animaux mâles dont le sexe est d'un émail différent.
VILHAC-ET-AiGuiLLANEs. Com. du dép. de l'Ariège, arr. de Foix, cant. de Lavelanet ; 600 hab.
VILHAIN (Le). Com. du dép. de l'Allier, arr. deMontluçon, cant. de Gérilly ; 780 hab.
VILHONNEUR. Com. du dép. de la Charente, arr. d'Angoulême, cant. de La Rochefoucauld ; 495 hab.
VILH08C. Com. du dép. des Basses-Alpes, arr. et cant. de Sisteron ; 160 hab.
VILIOUI. Rivière de la Sibérie orientale, affï. g. de la Lena, née au montBour fgouv.de Eniseisk), entre dans la prov. de Iakoutsk, reçoit la Tchana, devient navigable, travei'se de riches gisements de houille pendant 53 kil. (entre Sountarsk et Viliouisk) ; on trouve dans ses berges de nombreux débris fossiles, squelettes de rhinocéros et défenses de mammouths. Son cours très poissonneux (esturgeon, sterlet, etc.) est de â.llS kil.
VILIOUISK. Village de la Sibérie occidentale, prov. de Yakoutsk, sur la r. dr. du Vilioui ; 485 hab. Prison pour condamnés politiques.
VI L KO M I R. Ville de la Russie occidentale, gouv.'de Kovno, sur la Sventa; 16.450 hab. Tanneries, briqueteries, brasseries; fabr. de poterie, d'hydromel; eaux minérales. Eglise catholique bâtie en 1387 (une des sept de Lithuanie). — Fondée en 1025, la ville a joué un rôle important dans les guerres de la Lithuanie contre Tordre Teutonique au xiii^ siècle, puis contre la Pologne au xv® siècle. Saccagée en 1711 parles Suédois, annexée en 1796 à la Russie.
VILLA (Antiq. rom.). Habitation de campagne chez les Romains. On distinguait la fzl^a rwsiftc'a, maison d'exploitation agricole, et la villa urbana ou suburbana, résidence d'agrément à la campagne ou dans les faubourgs de la ville.
Villa rmtica. Elle nous est connue par les descriptions qu'en ont laissées Varron, Columelle, Vitruve, et par des peintures et mosaïques bien conservées, provenant surtout de Pompéi et des ruines romaines d'Afrique. La villa se composait de l'habitation du maître, très simple à l'origine, mais qui devint de plus en plus luxueuse et vaste, comme Varron s'en plaignait déjà. Les ruines de certaines villas rurales, subsistant en Afrique, permettent de constater l'exactitude de cette observation. 11 faut noter cependant que cette extension et ce confortable étaient justifiés dans ce pays plus qu'en Italie par les exigences de la vie dans un climat plus éprouvant et dans des sites plus éloignés souvent des centres civilisés. Les bâtiments étaient souvent entourés d'un mur d'enceinte qui les isolait et les mettait à Fabri des voleurs, tout en facilitant la surveillance des esclaves. Des tours s'élevaient aux angles de cette enceinte. A l'entrée se trouvait soit la loge du portier, soit, à défaut de portier, l'habitation particulière du maître ou du villicus (intendant). Il était facile de la sorte de veiller sur les entrées et sorties, surtout nocturnes. Le corps principal des bâtiments ruraux se répartissait autour de deux cours dont la première n'était entourée de constructions que de trois côtés, la face antérieure restant entièrement libre. A portée de la surveillance du villicus et donnant sur cette première cour, étaient une cuisine spacieuse et une vaste salle commune, où taus les habitants de la ferme pouvaient se réunir, soit pour se délasser, soit pour se livrer aux occupations sédentaires que l'on réservait surtout pour les longues soirées d'hiver. Puis venaient des remises pour les charrettes et les instruments de labour, les bains, les pressoirs pour le vin et l'huile* Autour de la deuxième cour étaient disposées les écuries et les étables, exposées au soleil d'hiver. Les celliers étaient établis au niveau du sol et les Jarres qui contenaient les liquides, vin et huile, étaient au ras de terre. On prenait garde que l'exposition choisie assurât au vin la fraîcheur, tandis que l'huile supportait sans inconvénient une température plus élevée. Entin un vaste bâtiment, appelé nubilarium et percé de fenêtres, s'ouvrait devant l'aire à battre le blé.
On préférait que ce bâtiment, destiné à abriter la récolte, îùi isolé, comme tous ceux qui contentient des matières aisément inflammables, telles que la paille et le foin. Pour les matières sèches, grains, fèves, lentilles, on établissait des planchers qui les garantissaient de l'humidité. Les chambres des esclaves, exposées au midi, étaient réparties entre l'une et l'autre cour, tandis que des ergastula, ou logements souterrains, véritables cachots, étaient réservés aux esclaves difficiles, enchaînés deux par deux, ainsi qu'aux personnes détenues arbitrairement et contraintes de travailler aux champs, comme il arrivait trop souvent dans les campagnes isolées. Dans la cour intérieure, on creusait un bassin alimenté par les eaux pluviales recueillies à l'aide d'une inclinaison du sol. Les bœufs, les porcs, les volatiles y buvaient et s'y baignaient. Dans la première cour, un autre bassin, tenu proprement, servait à faire tremper les lupins et autres graines dont l'emploi exige un séjour dans l'eau. Cette cour était continuellement jonchée de litière et de paille que les bestiaux entrant et sortant foulaient aux pieds et qui fournissaient l'engrais nécessaire aux champs. Chaque ferme devait posséder deux fosses à fumier ou une seule divisée m deux compartiments. L'un des côtés recevait le fumier fraîchement apporté de la cour et des étables; de l'autre, on tirait l'ancien fumier pour le répandre dans les champs. On ménageait l'écoulement des eaux de manière à entretenir la fraîcheur dans ces fosses, où l'on jetait aussi parfois le produit des lieux d'aisance. Si pour la consommation des hommes on ne possédait pas de source dans Fintérieur de la villa, on y creusait des citernes maçonnées. Celles qui subsistent en une foule de points de l'Algérie et de la Tunisie montrent quel soin on apportait dans cette partie des constructions. Le choix de l'exposition n'était pas négligé. On s'établissait de préférence au pied d'une colline boisée et riche en pâturages, exposée au levant d'équinoxe, afin d'avoir de l'ombre en été, du soleil en hiver. Si l'on bâtissait sur les bords d'un fleuve, on ouvrait les jours du côté opposé pour éviter les brouillards et les miasmes. On évitait également le voisinage malsain des marécages. Autant que possible, on bâtissait sur des points un peu élevés et non dans le creux d'un vallon exposé à Fhumidité, à l'envahissement des eaux et des insectes, ainsi qu'aux coups de main des voleurs.
Villa urbana. La maison de plaisance a naturellement varié quelque peu suivant les temps, et beaucoup suivant la fortune et le goût des propriétaires. La villa d'Adrien, près de Tivoli, avec ses portiques, ses exèdres, et ses gymnases, avec sa multitude de statues et de mosaïques, ne saurait évidemment être citée qu*à titre d'exception et comme type de la maison de campagne des très riches Romains, à l'époque impériale. D'autre part, si la villa de Scipion l'Africain, telle que la décrit Sénèque, avec ses bains étroits et obscurs, son mur d'eneeinte défendu par des tours, ses pavements sans m^aïqn^, ses murailles nues, nous montre la simplicité qui régnait encore au temps des guerres puniques, nous savons qu'un peu plus tard, avec les Métellus, les Lucullus, elle n'était plus de mise. Entre la villa de Scipion l'Africain et celle que possédait à Tusculum Cicéron, dont les goûts étaient cependant assez simples, il y a certainement une très grande différence. Les stucs et les peintures de la villa trouvée à Rome dans les jardins de la Farnésine, sur les bords du Tibre, nous donnent une idée assez complète de ce que pouvaient être le luxe et la décoration dans une très belle maison de campagne, et un peu plus tard les déclamations de Sénèque nous font connaître la magnificence, la profusion même qui régnait en ces lieux d'où était exclue toute trace de la simplicité rustique. De même Columelle décrit avec abondance la somptuosité et le raffinement que l'on étendait jusqu'aux dépendances, telles que le vivier et la volière. Mais pour nous tenir à distance de toute exagération et nous figurer la villa, telle que couvaient la rêver et la posséder beaucoup de Romains aisés,
VILLA — VILUIN
mais ennemis d'un luxe poussé à l'excès, nous n^avons qu'à prendre pour guide Pline le Jeune dans les descriptions qu'il nous a laissées de ses deux villas, et à jeter un coup d'oeil sur la grande villa suburbaine trouvée aux portes de Pompéi, près de la voie des Tombeaux.
La villa de Pline en Toscane était presque tout entière exposée au midi. Le bâtiment se composait de plusieurs ailes. Un large portique la fermait par devant, et au delà du portique était un jardin, sans doute assez vaste, dont le principal ornement, au gré de Pline, était des buis taillés de toutes les façons. Autour d'une seconde cour ou jardin,comme autour de la première, s'élevaient des constructions. Le plan parait donc le même que celui de la villa rustique, mais ici tout est donné à l'agrément. Des galeries reliaient entre elles plusieurs salles à manger, exposées diversement, les chambres recevaient le soleil à différentes heures et suivant les saisons. L'une d'elles était chauffée par un calorifère ; les bains, très élégants, se composaient de plusieurs pièces, H y avait une galerie presque souterraine et toujours fraîche, même au cœur de Tété. Partout des eaux courantes et des bassins rafraîchissaient l'air. De toutes parts, la vue était ménagée avec soin, soit sur la campagne et les montagnes environnantes, soit sur les jardins, enclos d'une muraille. Dans ces jardins était un manège ombragé de platanes. Des cabanes, des lits de repos en marbre, des pavillons garnis de lits, des sièges de marbre, des fontaines s'y offraient en grand nombre, La villa de Diomède à Pompéi répond assez bien à une telle description. Peut-être nous donne-t-elle quelque idée des proportions de tout cet ensemble que Pline n'indique aucunement. Il semble bien cependant, et cela paraîtra assez naturel, que disposant de plus d'espace qu'à la ville, les appartements y étaient moins exigus que ceux que nous offre Pompéi. La façade des bâtiments sur la voie est d'environ 33 m. dans la villa de Diomède. C'est la largeur du jardin dont la longueur est égale. On y trouve également un vaste portique, des terrasses, et tous les agréments énumérés par Pline. André Baudrillart.
Bij3L. : Vahron, De re rustica^ I, 11, Vè. — Vitruve, VI, y. — CoLUMEL,LE, I, 4, 5. — Pjuine: le Jeune, Lettres, II,
VI LLA Argentina (République Argentine)(V. CuiLEcrro).
VILLA Bella do Mato Grosso. Ville du Brésil, prov. de Mato Grosso, sur la r. dr. du Guaporé ; 1.4.00 hab. Elle date de 1752, a été capitale de la province et a eu jusqu'à 10.000 hab. Mais les gisements miniers ont été abandonnés, et la fièvre a décimé la population, si bien que le gouvernement s'est transporté à Cuyaha.
VILLA DEL PiLAB. Ville du Paraguay (V. Pilar).
VILLA DE LuJAN (République Argentine) (V. Lujan).
VILLA DE Rengo. Ville du Chili (V Rengo).
VILLA Descada. Ville du Qiili (V. Rengo).
VILLA do Conde. Ville et port du Portugal, distr. d'Oporto, prov. de Minho, sur la r. dr. de la large embouchure de l'Ave, dans l'océan Atlantique ; 5.E82 hab. Stat. de la ligne Oporto-Povoa de Varzim. Pêche active» Culture de magnifiques œillets. Cloître des nonnes franciscaines de Santa Clara, fondé en 1317 sur des rochers élevés ; célèbre aqueduc de 5 kil. avec 999 arches de granit (bâti par Pli. Tercio sous Philippe II). A 4 kil. N-, bains de mer de Povoa de Varzim .
VILLA Mercedes. Ville de la République Argentine, prov, de San Luis, ch.-l. du dép. de Pedernera, sur lar. g. du rio Quinte; 7,000 hab. Centre important des chem, de fer sur Buenos Aires, les Andes, Villa Nueva, etc. ; Fondée en 1856, elle sera une station importante du futur Interocéanique. C'est une oasis dans le désert, installée dans une dépression verdoyante de terrain.
VI LLA Real. Ville du Portugal, prov. de Traz-os-Montes, ch.-l. du distr. de Villa Real, sur la rive dr. du Corgo (affl. dr. du Douro) ; 8.300 hab. Magnifiques vignobles, et cultures d'oliviers et d'orangers. Ville bien bâtie, dans une situation admirable. Rocher de 300 m. à pic qui porte
l'ermitage de Sâo Joâo de F|»aga. Insurrection des Miguelistes commandés parle comte Amarante (23 févr. 1823) ; victoire de Cazals sur les insurgés (28 oct. 1816).
VILLA Real de Santo Antonio. Port du Portugal, distr. de Faro (Algarve),sur la rive dr. de l'embouchure du Guadiana, dans le golfe de Cadix, en face de la ville espagnole d'Ayamonte ; 5.500 hab. Bâtie sur des dunes de sable, protégée par des forts. Faible commerce.
VILLA (Tommaso), avocat et homme politique italien, né à Mondovi (Coni) en 1830. Député de la gauche dès 1865, ministre de l'intérieur en juil. 1879, de la justice de nov. 1879 jusqu'à la crise du 29 mai 1881, président de la Chambre plusieurs fois, il a été nommé commissaire général italien à l'exposition de Paris de 1900.
VILLAAMIL (Genaro Perez), peint, espag. (V. Perez).
VILLA8É. Com. du dép. de Seine-et-Oise, arr. et cant. de Corbeil ; 849 hab. Stat. du chem. de fer P.-L.-M.
VILLABON. Com. du dép. du Cher, arr. de Bourges, cant. de Baugy ; 722 hab.
VILLAC. Com, du dép, de la Dordogne, arr. deSarlat, cant. de Terrasson ; 1.110 hab. Stat. de chem. de fer.
VIL LACER F. Com. du dép. de l'Aube, arr. et cant. (1^0 de Troyes ; 375 hab.
VILLACH ou BELdAK, Ville d'Austro-Hongrie, ch.-l. de distr., prov. de Carinthie, près du confl. du Gail, et sur la r. dr. de la Drave, à 508 m. d'alt. , au pied du mont Dobratsch (Villacher Alpe) ; T. 681 hab, Stat. de croisement des lignes autrichiennes de l'Ktat et des chem. de fer du Sud. Polissage de verre ; fabr. de plomb de chasse, de couleurs, de ciments, de produits chimiques, de carbone, d'objets en bois ; tannerie, brasserie, papeterie ; aux environs, moulins, scieries, fabr. d'objets en métal, carrière de marbre. Eglise gothique du xv^ siècle (sanctuaire en marbre et beaux tombeaux, statue de Hans Casser), Ecole technique pour le travail sur bois. Source minérale, avec établissements de bainsàAnnenheim.— Aux environs, à l'O. Bleiberg, à TE. le beau lac Faaker. — Villach a été, de 1007 à 1759, sous la domination des évêques de Bamberg, la plus forte place de commerce de Carinthie et l'entrepôt entre la Vénétie et PAllemagne. En 1759, l'Autriche acheta la ville. Victoire des Allemands s(u^ les Turcs en 1492 ; depuis l'annexion de la Vénétie à l'Italie, Villach est ville frontière.
VILLACOURT. Com. du dép, de Meurthe-et-Moselle, arr. de Lunéville, cant, de Bayon ; 666 hab.
VILLAOlN. Com. du dép. de l'Aube, arr. de Nogentsur-Seine, cant. de Marcilly-le-Hayer ; 336 hab.
VILLAFANS. Com. du dép. de la Haute-Saône, arr. de Lure, cant. de Villersexel ; 297 hab.
VILLÂFRANCÂ. Ville d'Espagne, prov. du Guipuzcoa, distr. de Tolosa, sur l'Oria (fleuve côtier), dans une vallée des Pyrénées ; 1.366 hab, Stat. du chem. de fer d'Irun à Madrid. Fonderie, fabr. de toile. Les vieilles murailles, percées de quatre portes, subsistent, La ville a joué un rôle dans les guerres carlistes.
VILLAFRANCA di Verona. Ville d'Italie, prov. de Vérone (Vénétie), sur le Tione ; 8.693 hab. Stat, de la ligne Vérone-Mantoue. Restes du château fort des Scaliger, importante construction du moyen âge entourée de murs et de fossés, sur une hauteur. Culture de la soie. Au N.-O., Custozza; le 11 juil. 1859, Napoléon III et François-Joseph y ont signé, après Solférino, les préliminaires de Villatranca, qui cédaient la Lombardie (moins Mantoue et Peschiera) à Napoléon, lequel les rétrocédait au royaume de la Sardaigne; la paix de Zurich, le 10 nov. 1859, consacra ces préliminaires»
VILLAFRANCA do Câmpq. Port de l'île Sâo Migue (Açores), distr. de Ponta Delgada; 7.674 hab. Fort et sources sulfureuses. Capitale de l'île, elle fut, en 1522, anéantie par une éruption de boue.
VILLAFRANCA (Comte de) (V, Cârignan).
VILLAIN d'Aurïgny (Jean-Louis-Marie) (V.Daurigny)