VILLOISON -^ VILLON
de langue grecque ancienne et moderne. Il mourut au moment oîi il allait publier un grand ouvrage auquel il travaillait depuis des années avec acharnement : le Voyage historique en Grèce (45 vol. iri-4 ms.). R. S. BiBL. : Dacier, Eloge de J.-B. d'Ansse de Villoison; Paris, 1808, in-8. — Boissonade, Notice sur Villoison.
VILLOLDO (Alvar Ferez de) (V. Ferez de Villoldo).
VILLON. Corn, du dép. de l'Yonne, arr. de Tonnerre, cant. de Cruzy-le-Châtel ; 309 hab.
VILLON (François), poète français, né à Paris en 4431, mort après 4463. Son père était probablement de Montcorbier en Bourbonnais^ et sa mère (qui vivait encore en 4464) de l'Anjou. Un de ses parents, maître Guillaume Villon, bachelier en droit canon, chapelain de l'église collégiale de Saint-Benoît le Bestourné (près de la Sorbonne), qui mourut en 4468, lui servit de père adoptif. Il fit ses études à l'Université de Faris. Bachelier en mars 4449 et maître es arts dans l'été de 4452, il se fit inscrire probablement à la Faculté de Décret (Droit canon), mais alors il commença à « fuir l'école » et à mener une vie désordonnée, participant aux pires farces des étudiants, « tout aux tavernes et aux filles», en relations intimes avec des gens de sac et de corde, aventuriers, « enfants perdus», souteneurs. Dans ce monde-là, il passa par la suite pour très habile à se procurer des « repues franches », autrement dit à commettre des filouteries d'ahments. Son protecteur maître Guillaume l'avait, dit-il, « mis hors de maint bouillon », c.-à-d. tiré de plus d'un mauvais pas ; cependant, il ne semble pas qu'il ait eu d'antécédents judiciaires jusqu'en 4455. Cette année-là, le soir de la Fête- Dieu (5 juin), Villon blessa mortellement, rue Saint- Jacques, un prêtre, Fhilippe Sermoise, qui lui avait cherché querelle à propos d'une fille. A la suite de cette affaire, il « s'absenta » quelque temps. Il obtint sa grâce en janv. 4456. Mais, se trouvant sans ressources et aussi pour s'éloigner d'une femme « félonne et dure » qu'il aimait trop, il résolut de voyager ; c'est à cette époque qu'il écrivit son poème des Lais. Sur ces entrefaites, un voleur de ses amis, nommé Colin des Cayeux, lui proposa un bon coup : il s'agissait de crocheter le coffre-fort de la Faculté de Théologie, déposé au collège de Navarre ; ce qui fut fait. En récompense, Villon offrit à son associé de dévaliser ensemble un oncle à lui, qui passait pour riche, à Angers. En 4457, il était à Blois, sous le coup de plusieurs sentences de bannissement, et peut-être en prison. Fuis il vagabonda, en traversant le Berry, jusqu'en Dauphiné. En 4461, son compère Colin des Cayeux était pendu à Montpipeau, près de Meun, en Orléanais, et lui-même passait l'été, enchaîné, dans les «basses fosses » du château de Meun, qui appartenait à l'évêque d'Orléans, sous l'inculpation de vol. L'amnistie qui fut promulguée à l'occasion de Favènement de Louis XI (juil. 4464) lui valut, cette fois encore, la liberté. Après un court séjour à Faris, il se retira dans un endroit tranquille (peut-être à Saint-Généroux, près de Parthenay, où il dit qu'il s'était fait des amies, « deux filles très belles et gentes »), pour écrire son Testainent. Vers la fin de 4462, il est de nouveau à Faris, dans son ancien logement du cloître Saint- Benoît. Pas pour longtemps. Au mois de novembre, en sortant d'un souper trop arrosé, il fut impliqué avec plusieurs vauriens de son espèce dans une rixe, où maître François Ferrebouc, scribe de l'officialité de Faris, fut blessé. Après avoir subi la question, il fut condamné à la potence par le prévôt de Faris. Mais il en appela auFarlement, et, chose extraordinaire, la sentence du prévôt fut commuée en un bannissement de dix ans « hors de la ville, prévôté et vicomte de Faris». Cet arrêt du Parlement est le dernier document daté où Villon soit nommé. Rabelais raconte, d'après une tradition locale, qu'il se serait retiré en Poitou, près de Saint-Maixent (qui n'est pas loin de Saint- Généroux), « sous la faveur d'un homme de bien, abbé dudit lieu », et qu'il y aurait fait représenter un drame de la Passion « en langage poitevin ». La première édition datée
des œuvres de Villon est de 4 489 ; l'auteur était mort (depuis longtemps, à ce que l'on croit) lorsqu'elle fut imprimée,
Villon se représente, dans une pièce écrite lorsqu'il avait trente ans, comme « plus noir que mûre », « plus maigre que chimère » et prématurément vieilli ; cinq ans auparavant, il s'était dit « noir et sec comme écouvillon ».
Il était déjà connu comme écrivain, en 4456, par des ballades morales, laudatives ou amoureuses, dans le genre d^Eustache Deschamps et d'Alain Chartier (qui sont médiocres) et par un roman comique, aujourd'hui perdu, qui roulait sur une querelle entre les élèves de l'Université et les gens du roi au sujet d'une grosse pierre, célèbre au quartier latin sous le nom de Pet-au- Diable. Il tenait dès lors à sa réputation littéraire, car il a eu la précaution de s'assurer la propriété de deux de ses premières ballades par un acrostiche inséré dans l'envoi. Il avait composé, en outre, avant de quitter Paris en 4456, — si les attributions chronologiques de G. Faris sont fondées, — plusieurs de ses ballades originales, qu'il inséra plus tard dans le Testament : la ballade pour sa mère, celle de la grosse Margot, les Regrets de la belle heaumière, les Dames du temps jadis, les Contredits de Franc Gontier. La ballade à « s'amie» serait de 4456, contemporaine des Lais. La pièce sur la naissance de Marie d'Orléans et la pièce : Je meurs de soif auprès de la fontaine datent du séjour à Blois en 4457. La ballade au duc de Bourbon pour lui demander « un prêt » paraît être de 4458. Dans son cachot de Meun (4464), Villon rima trois ballades, dont une de ses plus belles, le Débat du cœur et du corps de Villon. Les six ballades en argot se placent entre le Testament (4464) et le procès de 4462. Les deux dernières pièces connues sont la ballade des Pendus, qu'il fit au moment où il se croyait sur le point d'être exécuté, et ses remerciements au Parlement de Faris après la commutation de peine prononcée en sa faveur. — Voilà tout le bagage de Villon, avec les Lais (c.-à-d. legs) et le Testament. Les dates de ces deux poèmes, qui sont certaines, ont été indiquées plus haut. Le même cadre, original et souple, a été adopté pour l'un et l'autre : l'auteur, prêt à quitter le monde, fait des legs à un grand nombre de personnes qu'il a connues ici-bas et règle ses funérailles.
Villon, cet écornifleur émérite, d'habitudes crapuleuses, souteneur de la grosse Margot et camarade des écumeurs de la Maubert, est le plus grand poète lyrique du moyen âge et sans doute un des premiers de tous les temps. Son œuvre est contenue tout entière dans une mince plaquette. Encore serait-il facile d'en retrancher près de la moitié sans nuire à la gloire de l'auteur : les opuscules de jeunesse ; les ballades en jargon ; les pièces en style noble, adressées à de grands personnages, embarrassées, emphatiques et vulgaires ; les morceaux de circonstance qui sont bourrés d'allusions dont la clé est à jamais perdue. Mais le reste — quelques pages — est d'une forme délicieusement aisée, d'une vie, d'une puissance et d'une variété admirables. Ces pages sont immortelles, parce que, avec des dons poétiques, d'observation et d'expression extraordinaires. Fauteur s'est peint lui-même en toute sincérité ; or il avait une nature très intéressante : de la fantaisie et du bon sens, de la sensibilité et de la désinvolture, de la faiblesse avec une ardeur passionnée, de l'humour et la mélancolie désespérée de ceux qui savent les misères de la vie. On l'a souvent comparé, et on ne saurait en vérité, le comparer qu'à Henri Heine, proportions gardées.
La première édition des œuvres de Villon, donnée par le libraire Pierre Levet, d'après des manuscrits différents de ceux qui ont été conservés, est très fautive. Il y eut vingt éditions, conformes à la première, sauf Faddition de fautes nouvelles, de 4489 à 4533. En 4533 parut Fédition de Clément Marot, « raccoutrée » à l'aide de conjectures, qui ne sont pas toutes heureuses ; elle fut reproduite dix fois jusqu'en 4542. Aucune réimpression de 4542 à 4723. A cette dernière date, le libraire Coustelier donna une nouvelle édition du texte de Marot, avec des remarques