‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 492 sur 633 · VINCENT - VINCI · texte numérisé non relu

VINCENT - VINCI

et le droit en Italie et en France. De retour en Pologne, il fut nommé prévôt de Sandomir, puis (4189) professeur au séminaire de Cracovie. En 1208, les chanoines de Cracovie rélurent évoque. C'est le premier cas d'élection d'un évêque en Pologne par la collégiale, jusque-là le roi seul ayant nommé les évèques. Cependant en 1218 Kadlubek se démit de sa dignité pour entrer dans une maison de l'ordre de Cîteaux à Jedrzejôw (Galicie), oU il mourut après y avoir passé cinq années comme simple religieux dans la plus stricte observance de la règle. En 1761, il fut canonisé par Clément XIII.

Pendant son professorat, il écrivit, à l'invitation du roi Kazimir, l'histoire de Pologne (Historia Polonica), qui a exercé une grande influence sur l'historiographie polonaise. Comme historien, Kadlubek avait déjà été précédé par Martin Gallus ; la chronique de ce dernier vaut même mieux comme source. Mais au point de vue littéraire, Vincent dépasse de beaucoup son prédécesseur, par son style vif, sa richesse d'images, et la forme dialoguée dont il se sert souvent. C'est grâce à ces qualités qu'il a régné sans partage pendant plusieurs siècles dans les écoles de la Pologne. VHistoria Polonica fut imprimée pour la première fois en 16i2 (à Dobromil) ; parmi les éditions modernes, la meilleure est celle de Bielowski (dans Monumenta historica Poloniœ, t. II ; Lwôw, 1872).

BiBL. : Parmi les études critiques consacrées à ce livre, nommons : Chmielowski, Historya literatury polskioj ; Varsovie, 1900, t. I. — OcSOlinski, Wincenty Kadlubek (trad. allemande) ; Varsovie, 1822. — Tyszynski, Wizerunki polskie ; Varsovie, 1875. — Zeissberg, V^'^. Kadlubek und seine Chronik Polens ; Vienne, 1869.

VINCENZO FoppA, peintre italien (V. Foppa).

VINCETOXICUM (Bot.) (V. Dompte-Venin).

VINCEY. Com. du dép. des Vosges, arr. de Mirecourt, cant. de Charmes; 1.438 liab. Sîat. de chem. de fer.

VINCI (Léonard de). Léonard de Vinci est l'un des plus grands artistes de la Renaissance italienne, peintre, sculpteur, architecte ; la publication récente de ses manuscrits inédits nous a appris c[ue le savant était en lui l'égal de l'artiste et que l'originalité de son génie était faite de cette intime pénétration des facultés d'analyse et de synthèse que les hommes le plus souvent se partagent en les opposant. Il n'est pas jusqu'à son art exquis qui ne soit fait de ce subtil mélange de curiosité et d'émotion, de réel et d'idéal, de vérité et de tendresse, d'observation et de fantaisie.

V artiste. Léonard est né en 1452 à Vinci, bourgade perdue dans les plis et replis que forment les monts Albano. Son père, notaire, fils de notaire, était ser Piero ; sa mère, une jeune paysanne du nom de Catarina. Sa naissance mit fin à l'idylle : ser Piero la même année sagement se maria, et Catarina suivit son exemple. Léonard fut élevé chez son père et de bonne heure montra les plus rares aptitudes. Ser Piero le fit entrer dans Tateher de Verrocchio, en 1470 au plus tard. On conte que, chargé par son maître de peindre la figure d'un ange dans un Baptême du Christ, il réussit si bien que la figure qu'il avait peinte attira tous les regards et se détacha de l'œuvre au lieu de s'y confondre. On a pu soutenir que Verocchio lui-même avait subi l'influence de son élève.

Nous ne savons à peu près rien des premières œuvres de Léonard. Le carton de la Chute, d'après lequel on devait exécuter en Flandre une tapisserie pour le roi de Portugal, le dragon molto orribile e spauentoso, peint sur la rondache (bouclier en bois de figuier), la Tête de Méduse, ne sont connus que par les descriptions de Vasari. Mais ces descriptions suffisent à nous montrer que déjà il cherche ce que toute sa vie il s'efforcera d'atteindre : à force de justesse et de précision dans l'imitation, il veut égaler la nature, parler avec autant de relief le langage des lignes, des formes et des couleurs, mais pour exprimer par ce langage sa propre émotion et pour la transmettre aux hommes. Il est à cette heure ce qu'il

restera, le réaliste incomparable qui fixe sur les choses l'œil le plus clairvoyant et rencontre l'idéal sans effort, en continuant le réel, en reliant ses créations à celles de la nature. On s'accorde généralement à voir l'une de ses premières œuvres dans la petite Annonciation du Louvre, d'une intimité charmante. V Annonciation du musée des Offices (Florence), qui reprend le même motif en l'agrandissant, bien que contestée, ne me paraît pas indigne du maître.

Sur un feuillet manuscrit on lit : « ... bre 4478 incominciai le due Virgine Marie» ; quelles sont ces deux vierges ? Nous l'ignorons. Mais des dessins qui nous restent nous pouvons conclure que déjà Léonard a dû dégager de la légende de la Vierge ces scènes d'une grâce familière où le sentiment religieux ne se distingue plus de la délicatesse et de l'élévation des sentiments naturels.

Longtemps on a affirmé presque unanimement que la Vierge aux Rochers était antérieure au départ pour Milan. On le conteste aujourd'hui sur la foi d'un document qui semble bien se rapporter à ce tableau. On peut dire qu'en tout cas elle a été exécutée au début du séjour à Milan et qu'elle est encore dans la manière florentine. Il faudrait de longues pages pour exposer les discussions et les niaises polémiques qui se sont multipliées autour de ce chef-d'œuvre : on en a reculé la date au delà de

La Cène, de Léonard de Vinci.

toute mesure ; on l'a traité de copie et même de « mauvaise copie », dont l'original serait la Vierge aux Rochers acquise en 1880 par la National Gallery de Londres. L'authenticité du tableau du Louvre, qui nous vient de la collection de François P^, est indiscutable.

Qu'avant le départ pour Milan Léonard fût en possession de son génie, c'est ce que plus que tout le reste établirait un tableau inachevé, l'Adoration des Mages, aujourd'hui au musée des Offices, s'il était possible d'en fixer la date avec certitude. Mais la liberté de l'exécution, la maîtrise dont elle témoigne, la beauté des chevaux qui font penser aux longues études pour la statue de F. Sforza, sont précisément les raisons qui ont amené certains critiques à reculer cette œuvre jusqu'aux environs de 1500. V Adoration des Mages est pleine de mouvement et de vie, nous y trouvons déjà ce réalisme psychologique, cet effort pour créer des vivants, des hommes possibles, des êtres qui ne soient pas seulement les figurants d'une machine décorative, mais dont chacun ait une âme qui se trahisse dans l'acte particulier qu'il accomplit.

Léonard a trente ans quand il part pour Milan et entre au service de Ludovic Sforza, auquel il propose ses services dans une lettre fameuse où il expose avec une audace tranquille l'incroyable diversité de ses talents. Ambitieux, avide de gloire, le duc s'efforçait de justifier son usurpation en attirant à sa cour les hommes les plus éminents de l'Italie. La grande œuvre pittoresque du Vinci à Milan est la Cène qu'il peignit dans le réfectoire du couvent dominicain de Sainte-Marie des Grâces. On sait que cette peinture célèbre a subi tous les outrages du temps et de la main des hommes : l'original à demi effacé sollicite notre curiosité plus qu'il ne la satisfait. Les nombreuses

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