VINCI
filer; bateau dragueur, système de barrage avec écluses; bombes explosibles, canons se chargeant par la culasse, tout sollicite son esprit curieux et l'amène à quelque combinaison ingénieuse et nouvelle. Il veut donner à l'homme le vol de l'oiseau. Ce grand problème ne cesse de l'occuper : selon sa méthode, il analyse avec une sagacité merveilleuse le vol de l'oiseau, il le décompose en ses divers éléments qu'il s'efforce de recombiner dans la machine à voler. Il rencontre en passant le parachute, les montgolfières, mais il ne s'y arrête pas et hardiment s'en tient au principe « du plus lourd que l'air », auquel on revient aujourd'hui.
La publication des manuscrits de Léonard n'est pas seulement précieuse pour les renseignements qu'elle nous donne sur son incomparable génie ; on peut dire qu'elle recule les origines de la science moderne de plus d'un siècle. Au xv® siècle, derrière les scolastiques et les humanistes qui occupent le devant de la scène, il y a quelques esprits hardis, artistes, voyageurs, médecins, ingénieurs, qui ont l'idée claire de la méthode scientifique. Ces novateurs ont leur ancien, Archimède; tous le connaissent, l'étudient et reprennent les problèmes qu'il avait posés. La science moderne ne commence pas au xvii® siècle avec Baron et Descartes, elle commence au xv® siècle enltahe, et Léonard est à cette date son plus glorieux représentant.
Les manuscrits. Nous ne suivrons pas les manuscrits du Vinci dans leurs vicissitudes. Nous nous contenterons de signaler brièvement les bibliothèques où se trouvent aujourd'hui les principaux d'entre eux et d'indiquer ce qui en a été publié jusqu'à ce jour. Le manuscrit le plus riche est le Codex Atlanticus, conservé à la bibliothèque Ambrosienne de Milan : il contient 393 pages (hauteur, 65 centim.; largeur, 44 centim.) et collés sur ces pages environ i .600 feuillets, dont quelques-uns écrits des deux côtés. La bibliothèque de l'Institut de France possède douze manuscrits, apportés en France en 4796, après les victoires de Bonaparte, et qui n'ont pas été, comme le Codex Atlanticus, retrouvés et repris en 4815. Venturi les a désignés par les lettres A à M, et on les cite en se référant à la lettre qui désigne chacun d'eux. Le comte Giacomo Manzoni possède un petit cahier de seize feuillets sur le vol des oiseaux (volé par Libri au manuscrit B). Dans la bibliothèque du comte de Leicester, un volume relié en peau, de 72 pages, traite de l'hydraulique. Le South Kensington Muséum possède 3 vol.; le British Muséum, un manuscrit de 566 pages ; enfin la bibliothèque royale de Windsor, des feuillets de manuscrits, d'admirables dessins et les belles planches anatomiques qui avaient surtout frappé Vasari quand il fut admis à voir les manuscrits du Vinci.
Déjà au XVI® siècle, Melzi avait fait des extraits des manuscrits de Léonard et préparé une édition du Traité de la peinture. C'est en 4654 que les extraits qui forment le Traité de la peinture furent publiés pour la première fois sous ce titre : Trattato délia pittura di L. da V. nuovamente dato in luce cou la vita delV autore da Raphaël du Fresne [Parigi, i65I, in-foL). Ce traité, compilation de divers fragments des manuscrits, fut aussitôt traduit en français par Friart de Chambray. L'édition a été faite d'après deux copies manuscrites, l'une qui est aujourd'hui à la bibliothèque Ambrosienne, l'autre à la bibliothèque Barberini. Il existe à la bibliothèque du Vatican une copie dont l'écriture paraît du xvi® siècle (Codex Vaticanus). On l'attribue à Melzi. Cette copie, qui est la plus complète, a servi à l'édition du Traité de la peinture que l'abbé Manzi, en 4847, dédia au roi Louis XVIII, et à la savante édition de Heinrich Ludwig : Bas Buch von der Malerei nach dem Codex Vaticanus herausgegehen (Vienne, 1882, 3 B., in-8).
En 1797, Venturi publiait des extraits inédits des manuscrits qu'il avait lui-même déchiffrés et traduits sous ce titre : Essai sur les ouvrages physico-mathématiques de L. de V., lu à la première classe de P Institut national des sciences et des arts par J.-B. Venturi, etc.,
Paris, m V {1191). Venturi annonçait « qu'il présenterait bientôt, dans trois traités complets, tout ce que le Vinci avait fait sur la mécanique, l'hydraulique et l'optique. » Ce projet ne fut jamais réalisé. En 4826 parut le Trattato del moto e misure deW acque, publié par Francesco Cardinali, dans le 40® vol. de la Collection des auteurs italiens qui traite du mouvement des eaux. C'est la reproduction d'un manuscrit petit in-fol. , qui date du XVII® siècle et qui est conservé à la bibliothèque Barberini de Rome. Il faut arriver jusqu'à nos jours pour que l'on se mette enfin au déchiffrement et à la publication des manuscrits tels que Léonard nous les a laissés. En 4872, sous le patronage du gouvernement italien, a paru un volume imprimé avec luxe et tiré à 300 exemplaires : Saggio delVopere di L. d. V. Ce volume contient en reproductions photolithographiques un choix de 37 des pages les plus remarquables du Codex Atlanticus. En 4883, Jean -Paul Richter a publié en 2 gros vol. plus de 4.500 extraits choisis dans tous les manuscrits et classés par ordre de matières, sous ce titre assez inattendu : The literary Works of L. de Vinci compiled und edited from the original manuscripts hy J.-P. Richter Ph D*" in tiuo volumes, London, i883. Enfin Charles Ravaisson-Mollien, après dix années de travail, a publié intégralement les 42 manuscrits de la bibliothèque de l'Institut et les 2 vol. de la bibliothèque Ashburnam volés jadis par Libri et restitués depuis à la France : les Manuscrits de L. de V. publiés en facsimilés phototypiques avec transcriptions littérales, traductions françaises, avant-propos et tables méthodiques (6 vol. in-foL).
L'impulsion était donnée. Luca Beltrami a publié avec 94 fac-similés et leurs transcriptions littérales un manuscrit appartenant au prince Trivulzio : // codice di L. da V. nella bibliotheca del Principe Trivulzio in Milano, trascritto ed annotato da Luca Beltrami Ripr. in 94 tavole heliographische da Angelo delta Croce Milan, MDCCCXCL Enfin la pubHcation du Codex Atlanticus se poursuit sous les auspices de l'Académie dei Lincei : Il codice Atlantico di L.deV. nella Bibliotheca Ambrosiana di Milano riprodotto e publicato delta R. Academia dei Lincei sotto gli auspici e col sussidio del Re e del Governo Roma. Gabriel Séailles.
BiBL. : Brève vita di Leonardo da. Vinci. Scritto da anonimo del 1500, manuscrit trouvé dans la bibliothôciue Magliabechi, à Florence (Milanesi, Archivio storico ita.liano, 1872, t. XVI). — Luca Pacioli di Borgo san Sepolcro; De divinà Proportione; Venise, 1509. — • Vasari, Dell Vite de piu eccellenti pittori, etc.; Venise, 1550; Florence, 1584 ; édit. Lemonnier, 1845, édit. Sansoni, avec des annotations et commentaires de Milanesi, 1878-85. — Lo- MAzzo, Trattato délia Pittura, 1584. — Idea del Tempio délia Pittura ; Milan, 1590. — Variée figurae et probse a Wenceslas Hollar, collectas et aqua forti seri insculptae ; Anvers, 1645 ; Londres, 1666. — Caylus et Mariette, Recueil de têtes de caractère et de charges dessinés par L. de Vinci, Florentin, 1730. — C.-G. Gerli, Disegni dUL. da Vinci; Milan, 1784, 60 pi. — J.-B. Venturi, Essai sur les ouvrages physico-mathématiques de L. de Vinci, lu à la première classe de l'Institut national des sciences et des arts par J.-B. Venturi, professeur de physique à Modène, de l'Institut de Bologne, etc.; Paris, an V (1797). — Amoretti, Memorie storische sulla vita, gli studi e le opère di L. da Vinci; Milan, 1804. -— Giuseppe Bossi, Del Cenacolo di L.da Vinci; Milan, 1810. — Stendhal (H. Beyle), Histoire de la peinture en Italie ; Paris, 1817. — Guil. Libri, Histoire des sciences mathématiques en Italie ; Paris, 1840. — Gaye, Carteggio inedito d'artisti dei secoli XIV, XV, XVI; Florence, 1839-11. — E.-J. Dé- LÉCLUZE, L. de Vinci ; Paris, 1841, — D*" Rigollot, Catalogue de l'œuvre de L. de Vinci; Paris, 1849.-— Marx, Ueber Marc-Anton délia Torre und L. de Vinci, die Begrûnder der hildlichen Anatomie ; Gœttingue, 1849. — A. -F. Rio, L. de Vinci et son école; Paris, 1855 {Art chrétien, 1861). — E. PioT, le Cabinet de l'amateur; Paris, 1861 (étude sur les manuscrits de L. de Vinci). — Arsène HoussAYE, Histoire de L. de Vinci ; Paris, 1869. — Girolamo-Luigi Calvi, Notizia dei principali professori di bell'arti, parte III ; Milan, 1869. — Giovanni Dozio, Delli scritti e disegni di L. da Vinci (Memoria postuma) ; Milan, 1871. — Saggio délie opère di L. da Vinci [Govi-Mongeri-Boito) ; Milan, 1872 (avec 26 pages du Codex Atlanticus). — G. UziELLi, Ricerche intorno a L. da Vinci;F\o-