VIOLE — VIOLENCE - 403G
favori des trouvères de haut rang. Jérôme de Moravie nous en a laissé, pour cette époque, une description assez précise avec quelques indications sur la manière d'en jouer.
Ce n'était encore qu'un instrument de dimensions moyennes, à peu près du diapason de notre alto. Avec le progrès de la musique, on imagina bientôt d'en construire de grandeurs différentes, jusqu'à produire une famille complète, du dessus à la basse. Au xvi® siècle, les violes apparaissent dans les concerts, et se marient volontiers aux voix. Une quantité de tableaux de ce temps représentent des instruments de ce genre concertant avec des chanteurs. Les violes ont alors généralement cinq cordes diversement accordées, mais toujours, comme les luths, par quartes ou tierces. Le corps de l'instrument diffère peu de celui de nos violons ou violoncelles, si ce n'est par quelques particularités peu importantes. C'est ainsi que le dos est plat, les éclisses plus hautes, les ouïes en forme de C, le manche plus large et garni de touches formant sillet, ce qui facilitait l'exécution des accords. On distinguait de l'aigu au grave : le dessus de viole, la haute contre et le ténor de viole souvent confondus, la basse de viole, dite viola da gamba, qui se tenait, comme notre violoncelle, entre les jambes de l'artiste, le violone ou grande viole dont on jouait debout. Cette dernière espèce avait ordinairement six ou sept cordes. Les deux premières variétés, dites viole da braccio, se jouaient tenues sur les genoux. Enfin le pardessus de viole (violetta), un peu postérieur, se tenait ordinairement comme notre violon. Donner l'accord de ces divers instruments serait inutile : car il change constamment suivant le temps, les pays et les habitudes des artistes. Ce n'est que plus tard qu'il prendra quelque fixité. Les facteurs créent d'ailleurs à chaque instant des variétés nouvelles.
Au XVII® siècle, l'usage de ces instruments devint plus rare en Italie. Le violon, récemment mis en usage, leur fait une concurrence victorieuse, et seuls les instruments graves subsistent. On invente en même temps une espèce nouvelle, Vaccordo, dit aussi lira ou arciviole, aux cordes fort nombreuses et accordées d'après une partition singulière, par quinte ou quarte, tantôt montante, tantôt descendante. Cet instrument de grandes dimensions et dont le manche était très large, servait à donner des accords de plusieurs notes pour l'accompagnement des airs et des récits. Un seul artiste suffisait ainsi à fournir une harmonie complète. Mais l'usage s'en perdit quand les musiciens employèrent des basses plus mouvementées et plus variées que celles dont les premiers maîtres avaient fait usage.
En France, en Angleterre et dans les Pays-Bas (ce sont les trois pays où la viole est le plus en honneur), on s'en sert principalement comme instrument solo. Deux variétés seules ont survécu : le dessus et la basse, que les mêmes artistes jouent d'ailleurs indifféremment. Le musicien Jacques Mauduit, dit-on, enrichit la basse de viole, d'une corde au grave ; plus tard, Sainte-Colombe, virtuose fameux, en ajouta encore une autre et imagina de filer les cordes graves avec un fil métallique pour les rendre plus lourdes et plus fortes. Voici quel est alors l'accord de l'instrument, nanti maintenant de sept cordes :
Le dessus de viole ne possède point le la grave, et toutes ses cordes sont à l'octave aiguë de celles de la basse.
La conformité de cet accord avec celui des luths et des théorbes contribua à conserver la popularité des violes. Si le violon, bientôt, devait obscurcir la gloire du dessus.
k basse demeurera plus longtemps en usage, car le violoncelle ou la basse de violon ne sont encore considérés que comme des instruments propres aux bruyants orchestres des ballets ou des théâtres. La basse de viole se fait entendre dans les salons, dans les concerts, à l'église, soit qu'on lui confie le soin d'exécuter la partie de basse, d'accompagner en accords la voix des chanteurs, ou d'exécuter seule des pièces de mélodie ou d'harmonie. Il nous reste un grand nombre de morceaux de tout genre, écrits pour cet instrument, dont l'emploi persistera jusqu'au milieu du xviii® siècle. Ses admirateurs ne tarissent pas sur le charme de son timbre et la délicatesse de son jeu, qu'ils opposent à l'éclat, trop bruyant à leur gré, du violon, comme à la rudesse du violoncelle. Il semble bien, en effet, que les violes aient possédé un timbre séduisant et une grande finesse d'expression, mais ces instruments, admirables dans la douceur, manquaient d'énergie. Leurs cordes fines et peu tendues ne leur donnaient qu'une sonorité, faible et gracieuse, mais molle etefféminée. ftuand le violon et le violoncelle auront été suffisamment assouplis par les efforts d'habiles artistes, ils deviendront capables de s'assimiler ces mérites, tout en conservant d'autres ressources : les violes, petites et grandes, ne seront plus alors qu'un souvenir du passé.
Il reste à dire un mot de la viole, dite d'amour, instrument de fantaisie imaginé au xviii® siècle, et que Meyerbeer eut un jour la curiosité de ressusciter. C'était une viole ordinaire à laquelle on adaptait sept autres cordes de métal que l'archet ne touchait point, mais qui, vibrant par sympathie, donnaient une deuxième résonance pleine de douceur et de mystère. Celle que Meyerbeer employa dans l'accompagnement de la romance du premier acte des Huguenots fut accordée en vue d'être jouée presque entièrement à vide, en arpèges sur deux accords principaux : disposition avantageuse pour ce morceau, mais qui rend l'instrument fort incommode. Cet accord est resté classique cependant ; mais il est vrai, d'autre part, que l'usage de la viole n'ayant guère été renouvelé, cet inconvénient est sans importance.
Cet instrument pourrait être quelquefois d'un heureux emploi, car sa sonorité est charmante, mais il faut dire qu'elle n'est bien goûtée que dans un local restreint et qu'elle fatigue assez vite.
On donnait encore, il y a un demi-siècle, et l'on donne encore en Italie le nom de viole à l'alto de nos orchestres. Cette dénomination est inexacte. Elle s'explique par ce fait que les violons de dimensions intermédiaires entre la basse et le dessus n'ayant pas été tout d'abord employés par les maîtres italiens, ces parties de remplissage s'exécutaient chez eux sur de véritables violes. Nous leur avons pris le mot sans avoir jamais pratiqué la chose. Quant aux détails de structure des violes, au jeu de l'archet, à leur construction, etc., on trouvera des détails suffisants aux articles Violon et Violoncelle, ces deux familles d'instruments n'étant pas tellement différentes que ce qui est dit de l'un ne se puisse appliquer à l'autre. H. Quittard.
VIOLENCE (Dr. civil). Toute contrainte, par menaces ou voies de fait, pour déterminer une personne à accomplir un acte juridique, est une violence. La violence, à côté du dol et de Terreur (V. ces mots et aussi Contrat), constitue l'un des trois vices du consentement ; elle ne détruit pas le consentement, mais l'empêche d'être entier. Elle produit cet effet aussi bien si elle est morale (menaces) que si elle est physique (voies de fait). La violence n'est considérée par la loi comme un vice du consentement que si « elle est de nature à faire impression sur une personne raisonnable, et qu'elle peut lui inspirer la crainte d'exposer sa personne ou sa fortune à un mal considérable et présent ». L'appréciation du juge doit, d'ailleurs, varier suivant l'âge, le sexe ou la condition des personnes. Il faut, d'autre part, que la violence soit injuste ; par exemple la menace d'une poursuite correctionnelle n'étant que la menace d'user d'un droit ne vicie pas le consentement qu'elle a pour objet de