‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 505 sur 633 · VIRE\ -- VIRGILE · texte numérisé non relu

VIRE\ -- VIRGILE

VIREY. Corn, du dép. de la Manche, arr. de Mortain, cant. de Saint-Hilaire-du-Harcouèt ; 4,449 hab.

VIREY. Corn, du dép. de Saône-et-Loire, arr. et caiit. (N.) do Chalon-sur-Saône ; 504 hab.

VIREY-sous-Bar. Com. du dép. de l'Aube, arr. et cant. de Bar-sur-Seine ; 503 hab.

VIRGILE. Biographie . — Virgil e ( P . Vergilius Maro) , le plus grand des poètes latins, naquit, le 45 oct. 70 av. J.-C. (an 684 de Rome), à Andes, près Wantoiie {Mantua 7negenuit...), bourg de la Oisalpine. Ce fils d'un huissier, d'un artisan potier ou d'un petit fermier assez aisé, et de Magia Polla est, sans conteste, l'écrivain le plus parfait, sinon le plus puissant, de toute l'antiquité romaine. — On retrouve en ses églogues le cadre du paysage champêtre oii s'écoule sa première enfance : l'humble domaine paternel, bordé d'un côté par des roches mises à nu par les pluies, de l'autre par un marécage obstrué de joncs, la haie en fleurs qui le clôture, le Mincio aux sinueux méandres, le refrain de l'émondeur, les abeilles bourdonnant dans la ruche et les tourterelles qui roucoulent au colombier. — Elevé à Crémone, à Naples, à Milan, puis, sans doute, à Rome, il reçoit une culture solide et soignée : il étudie grammaire, rhétorique, philosophie (sous l'épicurien Siron, estimé de Cicéron), voire sciences mathématiques et médecine. En 44, il se trouve dans son pays natal quand les triumvirs partagent entre leurs vétérans le territoire de Crémone, entamant aussi le district, « hélas ! trop voisin », de Mantoue. Exproprié, Virgile a la chance de rencontrer, grâce à son précoce renom, d'influents protecteurs : Asinius Pollion, Cornéhus Gallus, Alfénus Varus, Mécène surtout, et, par suite. Octave Auguste en personne. Dès l'an 39, il présente, à son tour, à Mécène, son ami le poète Horace. En 37, il fait avec lui le voyage de Brindes.

A part d'assez pénibles débuts, troublés par les orages des discordes civiles, l'existence de Virgile se passe simple et calme : nul incident à noter, sauf la composition et la publication de ses poèmes : les Bucoliques, entre 43 et 37 ; les Géorgiques, de 37 à 30; il entreprend aussitôt après VEnéide, qu'il ne doit pas achever. Il vécut célibataire, pourvu d'une fortune sufiisante due « aux libéralités de ses amis », dit Donat. Il n'habitait guère la capitale, oti pourtant il possédait une maison, aux Esquilles, non loin des fameux jardins de Mécène : il préférait séjourner en Campanie, à Nota, ou à Naples, ou en Sicile. De santé délicate, il conserva les allures embarrassées et l'extérieur un peu inculte du franc campagnard qu'il était : teint hâlé, basané, haute stature, taille mince. Sa parole, agréable et nuancée dans le débit de ses vers en petit comité, n'était point facile et vive : il eût échoué au barreau ou à la tril3une. Ses familiers vantaient son caractère droit, loyal, sincère, son âme honnête, tendre et candide. Son idéal était noble, son labeur d'une conscience admirable : on le voyait polir et retoucher sans cesse, en artiste impossible à satisfaire, le peu de vers, fruit de son inspiration quotidienne. Comme la plupart des lettrés ses contemporains, il demeure attaché fidèlement au nouveau régime, saluant dans le prince, avec qui lui-même finit par devenir intime sans jamais s'aflîcher plat courtisan, le restaurateur et le garant de la paix romaine, qui succédait aux affreuses convulsions engendrées par la lutte des partis. Avant de terminer cette Enéide à laquelle il travaillait depuis dix ans, il voulut contempler de ses yeux « les lieux où fut Troie ». Muni des vœux et du poétique adieu d'Horace (Carm., I, 3), il partit pour l'Orient; mais, frappé d'une insolation peut-être, il prit la fièvre à Mégare. Le voyage par mer le lassa fort. Peu de jours après son débarquement à Brindes, il mourut, le M sept, de Tan 49 av. J.-C. (735 de R.), âgé d'un peu plus de cinquante ans. On l'enterra dans sa chère cité de Parthénope, où s'était écoulée en partie son adolescence.

L'OEuvRE. — Ecartons, tout d'abord, certains ouvrages de jeunesse qui lui furent longtemps attribués : les Dirœ sont de Valérius Gato ; VEtna, probablement de Lucilius

Junior; le Culex que nous possédons n'est pas celui de Virgile ; la Ciris, imitée de Virgile et de Catulle, est peutêtre de Cornélius Gallus; le Moretum et la Copa, opuscules d'un goût réaliste, sont plausiblement de Virgile, ainsi que la majeure partie des Catalecta et quelques-uns des Priapeiaiy. Waltz, Be carminé Ciris, 4884), lia vingt-cinq ans quand il publie sa première églogue, la deuxième des éditions, qui lui vaut le patronage de Pollion et de Mécène : ceux-ci firent rendre au poète sa propriété, perdue par lui (44-40) dans le partage des terres et annexée en vertu de la mesure qui adjugeait aux soldats des triumvirs, après le combat de Philippes, les provinces de Crémone et de Mantoue (43 av. J.-C. V. plus haut). Virgile remercie Octave de ce bienfait par l'égiogue qui figure la première de ce recueil où, comme en ses autres œuvres, il mêle avec adresse l'imitation des anciens, les souvenirs delà mythologie antique, l'histoire et les traditions nationales, et même les allusions aux événements politiques contemporains. — Voici l'ordre chronologique de ces petites pièces érudites et gracieuses, renouvelées de Théocrite et de l'école alexandrine, et où Gallus, Varus et Pollion occupent tour à tour une place essentielle : II, Alexis, en 43 ; III, Palœmon, en 42 ; V, Daphnis, en 42 ; I, Tityrus, en 44 ; IX, Mœris, en 40; IV, Pollio, en 40; VI, Silenus, en 39; Vlli, Pharmaceutria, en 39; Vil, Melibœus, en 39 ou 38; X, Gallus, en 37. — Ce volume eut un vif succès ; des cantica en furent chantés au théâtre, notamment par la comédienne Cythéris, la Lycoris de l'égiogue X ; mais gardons-nous de le qualifier de chefd'œuvre. Les défauts n'y sont point rares : copie quelque peu gauche des originaux grecs, manque de précision dans le pittoresque, élégance froide et conventionnelle, virtuosité laborieuse ou pédantesque. Mais déjà, par accès, éclate ce don merveilleux du molle et du facetum {sensibilité et grâce) que le fin jugement d'Horace découvrait, dès l'abord, à travers l'œuvre un peu confuse et compliquée de son camarade. Le style pèche parfois par le vague et par une certaine obscurité. On sait, au surplus, que ce disciple indépendant des alexandrins ne prétend être bucolique qu'en apparence : ses bergers, ses chevriers n'ont, en somme, que le masque des Ménalques, des Mélibées, des Tityres et des Silènes. Bref, en guise de pastorales, il donne des allégories transparentes aux Romains du premier siècle : en vain l'on chercherait, en ces causeries continûment polies, mesurées et convenables, cette vivacité, cette rudesse, cette savoureuse brutalité du dialogue, cette vérité dramatique et cette incomparable variété de sujets, de tours et de tons, qui recommandent aux délicats les tableaux de genre et les mimes du poète de Syracuse (V. l'article TiiÉocRrrE).

Passons aux Géorgiques. Les Romains possédaient déjà des livres théoriques et descriptifs sur l'agronomie et l'astronomie, mais nul poème didactique relatif à la première de ces deux sciences. Or Mécène voulait en restaurer le goût, détruit par les guerres et les spoliations farouches dont l'Italie avait été le théâtre. Il s'adressa donc à son auteur favori, lequel accepta d'assumer cette tâche ardue (30-37). Ses sources furent, sans doute, V Economique de Xénophon, les ouvrages spéciaux de l'Africain Magon, traduits par ordre du Sénat, ceux de Caton, de Varron, les Phénomènes d'Aratos pour les signes du temps, ceux d'Erastosthène pour les zones du ciel, les écrits de Déraocrite sur le cours de la lune, etc. Il fond toute cette doctrine avec un art exquis, l'adaptant, sans la choquer, à la vieille expérience des cultivateurs indigènes. Aussi Pline l'Ancien aura-t-il le droit de louer Virgile d'être devenu, pour son compte, une ferme autorité, quoique modestement il déclare avoir pris pour guide le grave poète des Travaux et Jours, Hésiode, le vieillard d'Ascra {Géorgiques, ch. II, V. 475) :

Ascraeumque cano Roraana per oppida carmen.

Ce poème, dédié à Mécène, n'est pas un simple com-

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