TIMON — TIMOR
épiques, des satires, des cinédies. Il s'était occupé de critique littéraire et peut-être de médecine. Son œuvre philosophique comprenait : les Images ou Apparences, Python, des Sensations, Contre les Physiciens, où il exposait et interprétait, avec les ressources littéraires dont il disposait, les discours pyrrhoniens, le Banquet funèbre d'Arcésilas, où il faisait Téloge de celui qu'il avait beaucoup attaqué, mais qui cependant avait fait accepter à TAcadémie bon nombre des doctrines que Pyrrhon avait recommandées. Les .Sz7/^5 constituaient en philosophie son œuvre personnelle et se rapprochaient, par leur verve et leur mordant, de ses comédies et de ses satires. Elles étaient littéraires autant que philosophiques. Dans le premier Hvre, Timon prenait seul la parole ; dans le second et le troisième, il interrogeait Xénophane qui exposait et jugeait les vues de chaque philosophe, des anciens dans le second, des nouveaux dans le troisième. Timon louait et critiquait les Sept Sages et les plus célèbres philosophes ; mais surtout il attaquait avec indignation et raillait sans pitié ceux qui avaient pris, en en dénaturant parfois le sens, les préceptes du maître qu'ils oubliaient ou qu'ils combattaient, les stoïciens, «qui sont une peste véritable », les épicuriens « qui ont pour leur ventre une indulgence souverainement impudente », les académiciens « dont la loquacité attire la foule». Pyrrhon seul était loué sans restriction; interpréter, orner, défendre le pyrrhonisme, tel fut le rôle de Timon. Acceptant la condamnation portée par Pyrrhon contre la philosophie spéculative et reconnaissant la prépondérance de la pratique, il insista surtout sur les services rendus à la morale, et laissa dans l'ombre la distinction profonde que Pyrrhon avait établie entre les apparences et les choses. Bientôt on oubliera cette portion originale du scepticisme (V. ce mot) pyrrhonien, car si Timon eut des disciples, Dioscoride, Nicolochus, Euphranor, Praylus, il n'eut pas de successeur.
François Picavet.
BiBL. : V. la bibliographie des art. Pyrrhon et Scepticisme, surtout les fragments édités par Mullach (Didot), et par Wachsmuth, Leipzig, 1885.
Il MON EDA (Juan de), poète espagnol, né à Valence à la fin du xv® siècle, mort après 1597. On ne sait rien de lui avant 4.^55. Cette année-là on le trouve à Valence, en qualité de libraire. 11 édita plusieurs œuvres de son temps, notamment celles de Lope de Rueda(V. Rueda), dont on trouve mention dans le Viaje al Parnaso de Cervantes. Timoneda fut aussi auteur. Comme poète lyrique, il écrivit des romances, adaptations et imitations des anciens, et des vers castillans et catalans. Comme prosateur, il recueillit et rédigea des contes populaires, dans le volume intitulé El buen aviso y Portacuentos (Valencia, 1564), reproduit en 1569 sous le titre de El sobrem£sa y Aviso de caminantes, et, en 1576, sous celui de Alivio de caminantes, et dans El Patranuelo (Alcalâ, d576 ; reproduit en 1759 sous le titre de El discreto tertuliante). Il écrivit aussi des traités religieux et des compilations historiques. Mais sa notoriété vient surtout de l'anthologie de roman^^5 qu'il publia en 1573 avec un Cancionero et dont profita Wolf pour sa Bosa de romances, et des œuvres dramatiques qui font de Timoneda un des précurseurs du grand théâtre du xvii^ siècle. Comme auteur dramatique, il fut certainement un imitateur, mais intelligent, qui sut corriger ses modèles et qui trouva chez eux des motifs d'inspiration pour introduire des progrès dans la scène espagnole. Ses œuvres de ce genre sont : Los Menecmos (1559), adaptée de Plaute; Cornelia (1559), basée sur leNegromante de FArioste; quelques intermèdes (entremeses), farces, comédies et pasos, réunis dans le volume intitulé Turiana (1565), où l'on trouve des imitations de Torres Naharro (dans V Aurélia) et de Lope de Rueda, et six au.tos pubhés dans les deux Ternarios sacr amentales. Dans la Biblioteca de Rivadeneira on a réimprimé plusieurs des œuvres de Timonda (vol. II, m, X, XVI, XLII, LVIII). Germond de Lavigne,
la Comédie espagnole (Pans, 1883), a traduit /^5 Deux Aveugles elle Vaurien, intermèdes. R. Altamira.
BiBL. : Los Origenes del teatro espaùol, dans le vol. H de Rivadeneira. — Gallardo, Ensayo deuna biblioteca... Madrid, 1889, t. IV, col. 721-33 et 1563-G.
TIMONIER (Mar.). Les timoniers étaient autrefois chargés, d'où leur nom, de tenir la barre du gouvernail. Les gabiers (V. ce mot) les ont, à cet égard, remplacés, et les timoniers ont aujourd'hui dans leurs attributions les services de la route et des signaux. Tout ce qui concerne le point, le relèvement des terres rencontrées et des mouillages, le jet du loch et de la sonde, l'observation dé la hauteur des tirants d'eau, celle du baromètre et du thermomètre, l'entretien des pavillons et des fanaux, leur manœuvre, l'observation des signaux faits par d'autres navires ou de terre, est de leur domaine. Le maître de timonerie, sous l'autorité immédiate de qui ils sont placés, préside lui-même, d'après les ordres reçus des officiers, à ces diverses opérations. Il tient le journal de -la timonerie, où toutes les circonstances de la navigation sont relatées. Les timoniers reçoivent leur instruction spéciale à l'école des pilotes (V. Ecole, t. XV, p. 433). Ils sont pourvus d'un brevet (V. Marine, t. XXIII, pp. 135 et 137).
TIMOR (Ile de). La plus orientale des grandes îles de la Sonde, ou bien la plus grande et la plus occidentale des petites îles de la Sonde (V. Malaisie). Allongée du S.-O. auN.-E., elle est, ainsi que l'île Soemba, à l'O., en dehors de la rangée des îles à volcans depuis Java, et elle fait un angle aigu avec cette série. Entre S*' 20' et 10022; lat. S., 121« 17' et 124*> 40' long. E. Sa côte N. est baignée dans sa portion occidentale par l'océan Indien, et dans sa portion orientale par la mer de Florès (océan Pacifique) ; sa côte S. est baignée par la mer de Timor (océan Indien) . Des détroits la séparent des îles environnantes et portant les mêmes noms que celles-ci, Rotti et Samao (pointe S.-O.), Allor ouOmbaï et Wetter (au N.). Elle est à 430 kil. de l'Australie (île Melville), au S.-E. Possession hollandaise dans sa partie occidentale, portugaise dans sa partie orientale. Elle a 500 kil. de longueur sur 100 kil. dans sa plus grande largeur. Sa superficie, y compris la petite île côtière, au N., de Kambing, est de 30.295 kil. q., dont 13.448 à la partie hollandaise, le reste à la portugaise. La population estimée du Timor portugais est de 537.000 hab., popul. kilom. 32; celles du Timor hollandais sont, respectivement, 250.000 et 19 ; ensemble, 787.000 hab. La capitale de cette dernière possession est Koupang ; celle du protectorat portugais, Déli ou Dielly.
Les côtes tournées au S. sont plus réguhères que celles qui regardent, auN., les détroits. Les premières sont battues par les vagues de l'océan Indien, c'est ce que les naturels appellent ici la « mer virile », tandis qu'au N. la mer est calme et « féminine ». Toutes ces côtes, d'ailleurs, sont inhospitahères, sauf quelques mouillages. Au N.-O., baie de Koupang, etPakoula, fond de 11-55 m., avec trois îlots et le fort Concordia. Au N.-E., les baies de Rarata et de Toulang-Ikan, puis celle d'Atapoupou ; plus loin (partie portugaise), baie de Déli ou Dilli, échancrée, avec le fort Rozario, un arsenal et la douane, qui détermine la position. C'est le meilleur havre. La côte S. n'a que des criques peu importantes. Entre les caps Noïmina et Ratou-Pouti, il est de riches bancs d'huîtres perlières.
L'intérieur est incomplètement exploré. Les chaînes de montagnes s'étendent parallèlement à la longueur de l'île, avec des vallées longitudinales étroites ; leur axe est constitué par des roches anciennes, surtout carbonifères. Schistes argileux, grès, etc. Les couches argileuses sont fort épaisses. Des roches coralligènes, à l'extrémité S. occidentale et sur la côte N.-E., ont été graduellement soulevées à plusieurs centaines de mètres. En certains endroits , les roches de la chaîne se redressent en obélisques et en citadelles :