TIMOR
ces masses sont dites fatoCy « roches ». L'un de cesfatoe ou fatous, que l'on voit de Koupang, le Leeoe, s'élève à 4.200 m. Les monts entourant cette baie ont environ 600 m. ; au delà s'élèvent des cimes plus hautes, mais moindres que 2.000 m. dans la partie hollandaise. Dans l'autre partie, les altitudes sont plus grandes, on cite le Kabalaki, dépassant 3.000 m. ; FAlas, près de la frontière, de 3.758 m. On a trouvé en petite quantité le cuivre et l'or et des minerais de fer. Les volcans proprement dits n'ont pas été bien confirmés; des porphyres et des serpentines traversent les roches sédimentaires. Des sources chaudes sulfureuses, employées par les habitants dans leurs affections de la peau, jaillissent non loin de Dély. Les petites îles voisines, Samaoe et Landoe, montrent des volcans de boue. Les tremblements de terre à Timor se propagent selon l'axe. On cite celui de 1793.
Le régime des eaux est dépendant des courants atmosphériques, apportant de la sécheresse au S., de l'humidité au N. Le versant septentrional de l'île, banda de dentrOj « côté du dedans », est le mieux arrosé et possède les plus longues rivières, les plus vastes forêts et la plus dense population. Le versant méridional, banda de fora, « côté du dehors », est plus sec, moins fertile et n'a que des ruisseaux. Le Noi ou rivière Sutrana forme limite des deux possessions et débouche au N. ; le Noïmina descend par ses affluents du mont Kanaïki, à l'E., et du fatou Leoe, à l'O., et coule au N.-O. ; une autre rivière, du nom de Mina, arrose Koupang. — Les saisons sont plus tranchées que dans les autres îles de la Sonde, plus occidentales, par suite de la proximité plus grande de l'Australie. Ce continent a desséché la mousson du S.-E. qui passe sur Timor, de mai en octobre : la végétation se flétrit, les rivières tarissent, surtout dans la partie Sud. La mousson du N.-O., qui amène les pluies, est attendue en novembre, et les premières ondées sont fêtées dans chaque village. La température est élevée. La moyenne de Koupang, dans la saison sèche, est V-iP le matin, 32« à midi, et s'élève à 35**. Dans la saison humide (janv.), 22° le matin, 31° à midi, puis descend à 27° au coucher du soleil. Les nuits sont fraîches, avec 11° de plus grand écart. Les écarts des températures moyennes des deux saisons ne sont que de 2°. Le pays est insalubre sur le littoral.
Flore et Faune (V. Malaisie).
Population. — La limite entre le monde malais proprement dit et celui des Papous et congénères est à l'E. des petites îles de la Sonde. Les habitants de Timor ne sont pas classés parmi les Malais proprement dits ; ils ne sont pas non plus de race noire papoue, comme on l'avait cru : il est vrai que des caractères négroïdes se sont rencontrés, particulièrement sur la côte N.-O., et que les crânes se rapprochent par leur dolichocéphalie des Mélanésiens. On admet que les indigènes se rattachent aux Dayaks de Bornéo, appartenant aux Indonésiens proprement dits, à peau claire. Les peuplades distinctes sont nombreuses dans l'île de Timor, on n'y parlerait pas moins de 40 dialectes. Le groupe ethnique le plus considérable est celui des Emavelou ou Bolonais, à TE. et au centre, se disant venus des Moluques, ainsi que leurs voisins occidentaux, les Timoriens proprement dits ou Toh-Timor. A la pointe extrême, vivent les Atocli Koepang, dont le prince réside dans l'île Samaoe. Des marchands étrangers, malais, boughis, chinois, européens, se sont établis dans les ports. Une race mélangée, celle des « Portugais noirs », a fait souche dans la partie septentrionale de l'île, notamment dans les principautés d'Ambenou, d'Okussé et de Noimuti, qui forment une enclave portugaise au milieu du territoire iiollandais. — Les Bélonais et les Timoriens, non encore soumis à l'influence des missionnaires chrétiens, ont un culte animiste ; ils adorent les astres et les objets de la nature, rendent hommage aux âmes des morts. Les lieux vénérés sont pomali ou sacrés et défendus pour les profanes par des lois ri-
goureuses, comme le tabou des Polynésiens et des Sakalaves. Les Timoriens se tatouent et se liment les dents en pointe. Leurs mœurs sont sanguinaires en plusieurs tribus, leurs lois sévères et cruelles. Les habitants de l'île voisine d'Ombaï sont anthropophages.
La moitié hollandaise de Timor fait partie de la résidence de Timor, une des 18 divisions des Indes néerlandaises, et comprenant: la partie (les 2/3) orientale de Florès, les groupes des îles Solor, Allor ou Ombaï, Soemba, Sawoe, Rotti, Samaou, la partie occidentale de Timor. C'est dans cette partie que se trouve le ch.-I. de la résidence, Koupang, et elle en constitue une des 4 divisions avec 4 sous-divisions : Koupang, Amfouang, Belou et O^imatan. On y distingue aussi le territoire du gouvernement et les terres des princes indigènes, le premier comprenant la plus grande partie du royaume de Koupang, cédée à la compagnie des Indes néerlandaises en 1613, les secondes comprenant plusieurs « royaumes », tels que : Koupang (ce qui reste du grand royaume), Amarassi, Amanoubang, Amatong et Waivikou, sur la côte S. ; et, sur la côte N., Amfouang..., Fialarang; dans l'intérieur, Amabi, Sonebaït, etc. Chacun de ces royaumes est gouverné par un radjah, ayant sous ses ordres des fetlor ou intendants. La plupart des radjahs sont indépendants du protectorat hollandais, purement nominal. La force armée consiste en une centaine de soldats indigènes commandés par un capitaine hollandais, et en une milice indigène encadrée d'officiers européens. Les revenus de la colonie, provenant d'impôts sur l'alcool, l'opium, etc., étaient seulement de 30.000 fr. en 1885, tandis que les dépenses habituelles par année s'élèvent au moins à 200.000 fr. — Le Timor portugais dépend administrativement de Macao, il est divisé en 11 districts et comprend une cinquantaine de royaumes indigènes, subdivisés en sucos, les premiers gouvernés par des chefs élus par le conseil des oîïiciers, les seconds administrés par des datons, élus par le peuple et possédant la réelle autorité ; les élections doivent être confirmées par le gouvernement portugais de Timor. La force armée consiste en une centaine d'anciens condamnés sous un grand nombre d'officiers. En outre de l'enclave, l'île de Kambing a été laissée aux Portugais parles traités. Les centres commerciaux sont Koepang et Dillé, les deux chefs-lieux ; le commerce est d'ailleurs très faible; les objets d'échange sont les mêmes que dans les autres îles malaises.
Historique. — D'après la tradition, les indigènes de Timor étaient des sauvages, ignorant l'agriculture et ne vivant que de la cueillette et de la pêche, lorsque les premiers immigrants arrivèrent sur la côte méridionale, à Waïwiko-Wailahi, apportant le riz et le maïs, avec des instruments et des armes de fer ; c'était à la fin du xiv« siècle, et ces envahisseurs, originaires de Ternate, firent souche de familles princières. C'est d'une cession du sultan de Ternate que se réclamait la compagnie des Indes orientales, disputant aux Portugais la possession de l'île. Ceux-ci, débarqués à Timor en 1520, vers le milieu de la côte N., au village de Lifaou, élevèrent un fort à Kœpang. Les Hollandais, venus plus tard, acquirent du radjah de ce royaume la presque totalité de ses Etats, en 1613. Dès l'an 1561, les dominicains, établis à Solor, envoyèrent dans Tife des missionnaires qui parvinrent à fonder à Timor une sorte de gouvernement ecclésiastique, vers 1640. Le vice-roi de l'Inde mit un terme à cet état de choses en nommant un gouverneur de Timor et Solor. En 1719, sous le gouvernement d'Antonio d'Albuquerque, une révolte des sultans indigènes fut réprimée. Nouvelle rébellion plus grave en 1731, par laquelle la seule ville de Lifaou restait aux Portugais, quand des renforts arrivés à temps leur permirent de reprendre le dessus. C'est vers cette époque que les Hollandais voulurent étendre leur nouvelle acquisition, et eurent à combattre les premiers occupants et les indigènes. Les Portugais furent vaincus en 1749. La compagnie hollandaise entretenait une armée