IV. Navigation (V. Bateau, Marine, Navigation, et Voilier
VITET (Ludovic), littérateur et homme politique français, né à Paris le 48 oct. 1802, mort à Paris le 5 juin 4873. Sorti de l'Ecole normale, il ne tarda pas à quitter l'enseignement pour la carrière des lettres : les leçons de Jouffroy avaient laissé en lui une ineffaçable empreinte. 11 voyagea en Italie et en Suisse avec son ami le comte Duchâtel; à son retour, il débuta au Globe à partir de 4824, en écrivant sur la Httérature et l'art ; il se montra bientôt l'un des partisans de l'école romantique française dans ses pittoresques et colorées scènes dramatiques des troubles du temps de la Ligue publiées sous les titres de : les Barricades (4826); les Etais de Blois (4827) ; laBIort de Henri III à Saint-Cloud (4829 ; réunis en 4844 en 4 vol. sous le titre général : la Ligue). Après la révolution de 4830, Vitet fut nommé par Guizot au poste, créé pour lui, d'inspecteur des monuments historiques (4831); dès lors, il se tourna vers la critique et l'histoire de l'art, et dans ce nouveau domaine moutra les mêmes qualités d'originahté et de force. Député depuis 4834, membre du conseil d'Etat en 4836, il partageait son temps entre les travaux littéraires et la politique où il marqua peu. Mais sa Monographie de Véglise Notre- Dame de Noyon (4845) est un modèle du genre. En 4849, il publia Eus tache Lesueur, sa vie et ses œuvres, eifat nommé à la suite de cette publication membre de l'Académie des inscriptions (il était depuis 4845 membre de l'Académie française). On lui doit encore: Fragments et Mélanges (1846), recueil de critique littéraire et d'archéologie ; Essais historiques et littéraires (iSQ^I); Etudes sur l'histoire de l'art (4863-64, 4 vol.).
Comme homme politique, il a fait partie de la Chambre des députés de 4834 à 4848, où il a soutenu les principes doctrinaires-conservateurs ; comblé d'honneurs par la monarchie de Juillet, il avait oublié son ancien libéralisme et admirait aveuglément Guizot ; membre de la Législative en 4849, et delà Constituante en 4874, il appartenait dans ces deux assemblées au parti monarchistelégitimiste ; il était resté à l'écart pendant la durée de l'Empire. La guerre franco-allemande de 4870-74 enflamma son patriotisme : la Revue des Deux Mondes
publia pendant le siège ses fameuses Lettres sur le siège de Paris qui respirent un invincible optimisme. Après sa mort, on a pubUé -.Etudes philosophiques et littéraires (4874), avec une notice biographique de Guizot, et le Comte Duchâtel (1875). Orateur médiocre et homme politique sans valeur propre, Vitet a conservé une réputation méritée comme écrivain, surtout pour ses travaux sur les beaux-arts ; ses premiers livres sont excellents : il a été l'un des premiers critiques à s'occuper à fond de l'architecture et a eu le mérite d'y intéresser le public.
VITEX (Bot.) (V. Gattilier).
VITÉZ (Jean), homme d'Etat et humaniste hongrois, né à Zredna vers 1408, mort à Esztergom en 4472. Il fît ses études en Italie et entra dans la chancellerie royale en 4433. Chanoine de Vârad, Jean Hunyad le chargea de l'éducation de ses fils : Ladislas et Mathias; le nomma évêque (4445), puis chancelier (4452). Il contribua beaucoup à l'élection de Mathias Corvin qui le nomma primat (4465) et lui confia plusieurs missions diplomatiques. Cependant, en 4474, Vitéz ourdit un complot contre le roi. Il voulait mettre sur le trône Casimir, prince de Pologne. Le complot fut découvert et Vitéz incarcéré. Le roi ne lui rendit sa liberté qu'à des conditions très humi liantes. Vitéz mourut peu après. Grâce à ses relations avec les savants italiens, Vitéz devint un des promoteurs de la renaissance hongroise. Sa bibliothèque était célèbre et fournit le fond de la Corvina. Il était l'âme de l'Université de Pozsony (Presbourg), nommée Academia Istropolitana, fondée en 4467. J. K.
BiBL. : V. Fraknoi, Vitéz Jdnos élete; Budapest, 1879.
VITI (Iles) ou FIDJI. Archipel de la Polynésie, le plus vaste et le plus riche, formant une colonie britannique de 20.837 kil. q. et 424.738 hab. (en 4898). Il comprend 250 îles, dont 80 habitées, et s'étend entre 45*^47' et24« 4' lat. S., 479*>44' et 473H8' long. E. Les grandes îles sont volcaniques avec des lambeaux calcaires et gréseux, les petites sont d'origine coralliaire, ainsi qu'une multitude de récifs qui gênent la navigation. L'île de Viti Levu couvre 44.760 kil. q., celle de Vanua-Levu 6.492 ; puis viennent Kandavu (560 kil. q.) et Taviuni (560 kil. q.). Les autres sont des îlots répartis entre le groupe occidental de Yasana, le groupe central de Viti-i-loma, le groupe oriental de Lau. La cime de Viti-Levu atteint 4.246 m. ; celle de Vanua-Levu 750 m. On rattache aux îles Viti l'île plus septentrionale de Rotouma (V. ce mot). — Bien arrosées, en pleine zone tropicale, les îles Viti sont très fertiles et belles. Leur flore comprend plus de 4.300 espèces sauvages, dont moitié spéciales à l'archipel ; on remarque le beau palmier Kentia, le Dammara vitiensis, les superbes alignements de bananiers. La faune comprend des oiseaux, un serpent, qui ne se trouvent nulle part ailleurs.
La population comprend environ 400.000 indigènes, 40.000 immigrants indiens, 2.500 autres Polynésiens, 3.500 Européens, 4.200 métis, etc. Les indigènes sont de race malayo-polynésienne, à cheveux laineux, plus grands et plus foncés que leurs voisins des archipels limitrophes ; belliqueux et avisés, ils ont été convertis au christianisme par les V\^esleyens, sauf une minorité de 9.500 catholiques. Les églises et écoles sont très nombreuses. Le gouverneur britannique est assisté d'un conseil législatif de 42 membres. Sur les 46 districts, 42 sont administrés par des chels indigènes. Le ch.-l. est Suva, dans la grande île, avec un bon port* Le budget est d'environ 2 millions de fr. , la dette d'un peu plus de
5 millions. — La richesse de l'île est due à ses plantations, travaillées surtout par les immigrants. Elle exporte une dizaine de millions de fr. de copra, de sucre, de fruits frais (bananes et ananas), d'arachides, etc., plus de la moitié vers la Nouvelle-Zélande. Elle importe pour
6 à 7 millions d'objets manufacturés, de houille, farine, viande, riz dont les deux tiers vfenant de Nouvelle-Galles du Sud. Les ports où se fait le commerce (entrées, 420.000
VITl — VITRAIL
tonnes) sont surtout ceux de Viti-Levu, Su va et Levuka. — Découvert par Tasman le 6 févr. 1643, exploré surtout par Dumont d'Urville (1827), l'archipel fut annexé par l'Angleterre le 30 sept. 1874.
BiBL. : Thomson, Fiji for tourisls ; Londres, 1897. — Cf. CuMMiNG, At home in Fiji ; Edimbourg, 1882, 2 vol.
VITICULTURE (V. Vigne).
VITl G ES, roi des Ostrogotks (V. ce mot). VITILIGO (Dermat.) (V. Albinisme).
VITl M. Rivière de la Sibérie orientale, affl. dr. de la Lena. Née dans un petit lac, à TO.de la Transbaikalie, à 1.686 m. d'alt., elle se dirige vers l'E.-N.-E. en longeant le plateau de Vitim, suit une vallée rocailleuse et sinueuse, reçoit, après 360 kil.de cours, la Karenga à dr., revient vers le N., sert de frontière entre la Transbaikalie et la prov. de Iakoutsk pendant 270 kil., reçoit alors leKalakan, le Kalar, la Tzypa, la Mouïa, passe entre de hautes montagnes, reçoit la Marna et tombe dans la Lena à Vitimsk par 190 m. d'alt. Son cours a 1.760 kil. ; il est plus long que celui de la Lena et pourrait en être considéré comme la branche maîtresse ; sa pente générale est très forte (une moyenne de 0*^,80 par kil.) ; il parcourt des paysages d'un aspect grandiose et sauvage et traverse des régions aurifères, mais ne peut servir à leur exploitation, car il n'est pas navigable.
VITIS (Viticult.) (V. Vigne).
VITONNIÈRE ou BITTONNIÈRE (Mar.). Nom des rigoles qui régnent à fond de cale dans un vaisseau et qui amènent aux pompes Feau infiltrée. Le premier de ces mots s'emploie quelquefois aussi comme synonyme à'aiguillot (V. ce mot).
VITO RI AouVITTORI A. Ville d'Espagne (prov. basques), ch.-l. de la prov» d'Alava, près de la Zadona, affl. de g. de l'Ebre, à une ait. de 513 m.; 30.514 hab. (avec les faubourgs). Stat. du chem. de fer de Madrid à Irun avec un embranchement sur Durango et Estella. Vitoria est une ville intellectuelle : elle a eu une université et possède une société de géographie ; elle a une industrie assez active (tannerie, lingerie, poterie, coutellerie) et fait le commerce du fer, du cuivre, de la laine, des chevaux, etc. Elle se compose de trois villes distinctes : la ville haute, encore entourée de murailles ; la vieille ville, elle aussi murée, contenant de belles habitations ; enfin, la ville neuve, une des plus belles de l'Espagne, avec ses charmantes promenades et ses beaux jardins. Les Français y subirent une cruelle défaite le 21 juin 1813. La campagne ou Llanada de Vitoria est une superbe plaine fertile de 600 kil. q.
VITOT. Com. du dép. de l'Eure, arr. de Louviers, cant. du Neubourg ; 232 hab.
VITOU. Pays de l'Afrique orientale (V. Ourrou).
VITOVT, grand prince de Lithuanie (V. ce mot).
VITRAC. Com. du dép. de l'Aveyron, arr. d'Espafion, cant. de Sainte-Geneviève ; 510 hab.
VITRAC. Com. du dép. du Cantal, arr. d'Aurillac, cant. de Saint-Mamet-la-Salvetat ; 632 hab. Château des xii®-xiv^ siècles.
VITRAC. Com. du dép. de la Corrèze, arr. de Tulle, cant. de Corrèze ; 596 hab.
VITRAC. Com. du dép. de la Dordogne, arr. et cant. de Sarlat ; 731 hab.
VITRAC. Com. du dép. du Puy-de-Dôme, arr. deRiom, cant. de Manzat ; 571 hab.
VITRAC-Saint-Vcncent. Com. du dép. de la Charente, arr. de Confolens, cant. de Momtembœuf; 1.128 hab.
VITRA I-sous-Laigjle. Com. du dép. de l'Orne, arr.de Mortagne, cant. de Laigle ; 234 hab.
VITRAIL. Dans l'antiquité et pendant une grande partie du moyen âge, les fenêtres étaient closes, soit avec de la toile térébenthinée ou enduite de cire, soit avec du papier huilé, des pierres sélénites ou des parcelles de nacre, ainsi que cela se pratique encore en Chine, où les coquilles des Placuna placenta, imbriquées dans les châssis des
fenêtres, valent 15 fr. les dix mille. On en était même à se demander si les anciens avaient connu le verre à vitres : les découvertes d'Herculanum et de Pompéi ont montré que les Romains avaient employé le verre à cette destination (V. Verre). A partir du m® siècle par exemple, les auteurs profanes et les écrivains chrétiens, les Chroniques des abbayes ^i les Vies des personnages illustres énumèrent avec grand soin, au milieu des richesses des monuments qu'ils décrivent, les fenestrages de verre placés à grands frais dans les palais et dans les basiliques qui s'élèvent. Lactance {De Opificlo Dei, c. vu), saint Jérôme {Comment, sur Ezéchiel, c. xli). Prudence {Carmina, hym. xii), célèbrent les baies ornées de verre; vers le milieu du V® siècle, Galla Placidia, fille de l'empereur Théodose, fait garnir de verrières les fenêtres orientales de l'église de Saint- Jean qu'elle vient de faire construire à Ravenne {Spicilegium Ravennatis historiée, ap. Muratori, Rer. Haï. script., t. I, p. ii, p. 568). Au vi® siècle, Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, parle des merveilleuses verrières de l'église bâtie à Lyon vers 450 par saint Patient {Hist. litt. de la France, 1735, ii, 550); Fortunat (Migne, P. L., t. LXXXVIII, De ecclesia Parisiensi, lib. n, col. 105) chante les vitrages de la basilique de Saint- Vincent, plus tard Saint- Germain des Prés, élevée par Childebert, qui l'orna des richesses enlevées à Tolède ; saint Grégoire de Tours, enfin, nous apprend, dans son Histoire des Francs (lib. VI, ap. Duchesne, Hist. Franc, script., t. I, p. 359), qu'il fit garnir de verrières les baies de la basilique de Saint-Martin de Tours, et qu'un soldat brisa une des fenêtres de verre de l'église de Brioude, pour emporter le métal qui enchâssait le verre {Lib. miracuL, lib. I, c. Lix). Ces vitraux primitifs étaient certainement, dans la plupart des cas, comme encore actuellement en Orient, sertis dans un réseau de plâtre ou de pierre, comme la fenêtre de Sainte-Marie in Via Lata, à Rome (Venturi, Storia delVarte italiana, t. I, p. 455) : ceux de Brioude nous font donc connaître une étape nouvelle dans l'art de la vitrerie.
A Byzance, parallèlement, au vi® siècle, les fenêtres de Sainte-Sophie étaient garnies de verres minces (Paul le Silentiaire, Descript. S. Sophiœ, v. 408, ap. Migne, P. G., t. LXXXVI), et Procope {De JEdi/îciis [éd. de Bonn], lib. I, p. 175) célébrant cette merveille nouvelle, croit voir le jour prendre naissance sous les voûtes mêmes du temple.
Dans toutes ces descriptions, il n'est assurément encore question que de verre unicolore : le Spicilège de Ravenne, même, est formel ; et lorsque Sidoine Apollinaire et Prudence parlent des verrières « qui brillent de figures de diverses couleurs, comme au printemps les prés émaillés de fleurs », on ne saurait y voir que des figures géométriques en verres de couleurs variées, et non point des vitraux peints, comme l'ont supposé certains archéologues ; le mot latin figura, n'ayant jamais été synonyme d'effigies, représentation humaine.
Aucun texte plus précis ne permet d'affirmer que la peinture sur verre ait été découverte avant la fin du X® siècle. C'est en vain qu'on voudrait interroger les Chroniques, les Vies des saints et des hommes illustres; ni Alcuin, ni Eginhard, ni Ermold-le-Noir, ni le Moine de Saint-Gall n'ont dit un mot des verrières peintes. Ils ont signalé les admirables constructions de Charlemagne, les peintures, les mosaïques, les sculptures, les bronzes dont il enrichit les basiliques qu'il fit élever, aucun ne parle de vitraux. Harculfe, au xi® siècle, dans la Chronique de Saint-Riquier, décrit les trois églises reconstruites par Angilbert, gendre de Charlemagne, mais il ne fait mention d'aucune peinture sur verre. Et entre ces deux limites extrêmes, ni les évoques d'Auxerre, Aaron, qui avait accompagné Charlemagne en Italie, Angelelme et Heribald ses successeurs, pourtant si jaloux de la décoration de leur cathédrale, ni Louis le Débonnaire, dont Thégan, chorévêque de Trêves (835), nous rapporte la munificence,
VITRAIL
ni les papes, dont le Liber Pontificalis mentionne toujours si scrupuleusement les donations, ni Charles le Chauve, ni les abbés de Saint-Bertin, ni Hincmar, l'évêque de Reims, dont Flodoard a consigné les importants travaux exécutés dans sa cathédrale, n'employent à la décoration de leurs verrières autre chose que des verres de diverses couleurs. Il faut arriver à la Chronique de Richer, de la fin du x^ siècle, pour trouver le premier passage qui pourrait s'appliquer aux verrières peintes — représentant plusieurs histoires lumineuses — données par Adalbéron d'Ardenne, archevêque de Reims (968-985), à sacathédrale. Mais, en réalité, le texte très clair, le plus ancien, qui fasse mention d'un vitrail véritable, est celui de la Vieille Chronique de Saint-Bénigne de Dijon ^ dans lequel l'historien, parlant de sainte Paschasie, rapporte qu'elle fut condamnée à la peine capitale, « comme on le voit sur une élégante peinture sur verre anciennement (antiquitus) faite, et qui a subsisté jusqu'à nos jours (1052) ». En admettant que cet « anciennement » représente soixante ans, cela nous reporte à la fin du x® siècle, au temps d'Othon II ou d'Othon IIÏ, d'Adalbéron, dont il vient d'être parlé. De ce qu'il était fils de Godefroy, comte des Ardennes, d'un texte découvert par F. de Lasteyrie, qui met au rang des plus anciennes verrières les fenêtres données par le comte Arnold, à la fin du x® siècle, à l'abbaye de Tegernsée en Bavière (F. de Lasteyrie, Quelques mots sur la peinture sur verre, p. 155), du vitrail de saint Timothée, datant du xi® siècle, découvert à Neuwiller (Alsace-Lorraine) par Bœswilwad, et parce qu'enfin il faut arriver en 1058, à Didier, abbé du Mont-Cassin, pour trouver dans un pays autre que les provinces Rhénanes, la mise en place de verrières peintes (Chronique du Mont- Cassin, lib.lll,c. 10. Cf. Luigi Tosti, Storia de M.-C, Naples, 1842, 1. 1, in-8), quelques archéologues ont cru pouvoir conclure que cet art de la peinture sur verre avait pris naissance en Allemagne. La chose est parfaitement possible : d'autant que là se trouvaient de brillantes écoles d'émailleurs, absolument maîtres de leur feu, ayant depuis longtemps l'habitude des teintures et le tour de main nécessaire pour diriger la cuisson. Et pourtant, aucune des Chroniques qui consignent si minutieusement les travaux de Willegis, archevêque deMayence (976-1001), de saint Bernward, évêque d'IIildesheim (992-1022), du bienheureux Richard, abbé de Saint-Vanne de Verdun (1004- 46), ne fait mention de vitraux. Cependant, si, même sans être encore répandus, ils avaient été simplement connus, assurément ces promoteurs de l'art dans les provinces allemandes n'auraient pas manqué d'en embellir leurs églises, qu'ils enrichissaient d'objets si précieux. Il est, on le voit, bien difficile de rien préciser d'après les documents écrits ; c'est bien plutôt à f ensemble de l'état artistique de cette époque qu'il faut réclamer les renseignements qui nous font défaut.
Avec le xi® siècle commence, justement dans le N.-E. de la France, la transformation de f architecture. Aux étroites fenêtres basses, en plein cintre, de l'époque romane, sorte de meurtrières, qui éclairent d'un jour absolument insuffisant les longs panneaux de murailles couverts de fresques ou de mosaïques, vont succéder bientôt les lancettes élancées : les longues histoires, les théories de saints, véritable Bible illustrée des illettrés, alors si nombreux, vont se trouver morcelées, découpées, par cette lumière qui tombe sur le dallage blanc, que nous allons voir prochainement remplacé par ces carrelages historiés vernissés, qui ne tarderont pas à se répandre dans toutes les abbayes ; c'est alors que la mosaïque remontera aux murailles, mais pour devenir lumineuse : tel cet ancien échantillon que nous possédons, le vitrail de saint Timothée, à Neuwiller. Il nous montre qu'au xi° siècle, un personnage unique, debout, encadré dans une riche bordure, occupait seul la verrière. Nous ignorerions probablement encore comment, à cette époque, le vitrail était fixé dans l'ouverture de pierre, si Sauvageot n'avait découvert en 1891, dans une fenêtre murée de la pef de
l'église de Notre-Dame de Château-Landon, un châssis en bois, datant évidemment duxi® siècle, qui nous donne les plus précieuses indications sur la disposition de la verrière qui a dû remplir la baie actuellement dégagée.
Mais voilà qu'avec le xn^ et le xiii® siècle les fenêtres s'ouvrent, les murailles s'évident, les roses étalent aux portails des basiliques la splendeur de leur dentelle de pierre ; dans ces baies immenses, un seul personnage ne saurait, du moins dans les étages inférieurs, occuper toute une verrière ; autour des nefs, à la portée du peuple, elle va lui montrer, dans une suite de petits médaillons ronds, symétriquement disposés sur un fond de fleurs foncées, encadrés d'une riche bordure, faciles à saisir — et c'est là une des caractéristiques de l'art du xii® siècle — les plus intéressants chapitres delà Légende dorée, comme aussi les gracieuses légendes de l'Ecriture sainte, des Evangiles apocryphes et les hauts faits des héros des Croisades ; telles ces belles verrières que Suger fit exécuter pour son abbaye, sur lesquelles étaient représentées les divers épisodes de la Chanson d'Antioche. Mais i le vitrail n'est encore que simplement décoratif; le xiii® siècle, avec son arc ogival plus élancé, ouvrira un champ plus vaste aux artistes verriers : sans modifier leur technique, ils vont être obligés de se conformer au nouvel art de bâtir ; leur système doit répondre à la nouvelle économie, concourir à l'effet général du monument. Dans les lancettes élégantes, l'armature de fer destinée à soutenir le vitrail, qui, au xu® siècle, ne jouait absolument que le rôle de support, va maintenant prendre, dans le dessin même, une place très importante ; elle souligne d'un trait large et ferme le contour des médaillons, que l'ingéniosité des artistes va composer de mille manières : les cercles, les carrés, les losanges, les quatrefeuilles s'entremêleront dans les dispositions les plus exquises, et la cathédrale de Chartres, seule, par exemple, présentera dans ses verrières inférieures, certainement plus de cinquante formes différentes, montrant ainsi l'esprit de recherche des artistes du moyen âge. Dans les étages supérieurs, un meneau vertical de pierre séparera le vide de la fenêtre; à ces hauteurs, de petits personnages demeureraient invisibles, et, dès lors, patriarches, saints, donateurs, bienfaiteurs, hommes de guerre, clercs et laïques, occupent la longueur des baies et forment autour de l'édifice comme une longue théorie processionnelle.
Avec le XIII® siècle se termine la première étape de la peinture sur verre. Pendant deux cent cinquante ans, sa technique n'a pas subi de modification : on peut donc l'étudier avant de passer aux vitraux postérieurs. L'artiste, dans cette période, se préoccupe surtout des elïets de lumière : la fresque des sombres murailles est remplacée par une mosaïque lumineuse, le verre de couleur, teint dans la masse, comme aux siècles précédents d'ailleurs où il ne recevait encore aucun dessin, est le grand facteur. La mise en plomb des personnages est une réminiscence véritable des procédés des sculpteurs des bas-reliefs d'Orange et de Saint-Remy : le sillon qu'elle trace autour des figures en rehausse l'effet et les rend plus apparentes à distance; c'est un procédé égyptien, que les peintres modernes eux-mêmes ne^ dédaignent pas de nos jours. Quant à la façon dont le vitrail était exécuté, le moine Théophile (xii® siècle) (Diversarum artium schedula, Paris, 1843, in-4) nous apprend, dans le chapitre qu'il consacre à la peinture sur verre, comment procédait l'artiste pour mener à bien l'exécution d'une verrière. Sur une table de bois bien unie, blanchie à la craie finementpulvérisée et délayée dans de l'eau, l'artiste traçait, à la règle et au compas, la largeur et la longueur du panneau qu'il avait à meubler : s'il fallait une bordure, il la réservait; puis, dans l'espace qui restait libre, il dessinait très soigneusement, d'abord avec du plomb ou de l'étain, ensuite à la couleur rouge et noire, les traits et les ombres du dessin. Chaque partie étant bien arrêtée, il indiquait par une lettre de quelle couleur elle devait être. D'après ces indications, le vitrier découpait alors les verres de diverses couleurs et formait ainsi une mosaïque à tons unis^
VITRAIL
fond de la verrière. Entre chaque morceau, il avait eu soin de ménager un petit intervalle pour la place du plomb destiné à maintenir l'ensemble. Comme pour couper le verre on ne connaissait pas l'usage du diamant, avec une petite tige de fer, renflée au bout, rougie au feu on faisant suivre, d'après le patron, une petite fêlure du verre déterminée en humectant légèrement un des bords. Une fois découpés, tous les morceaux étaient remis à leur place et le peintre commençait alors son travail, calquant en quelque sorte, à travers le verre, les traits de la table blanche. Il peignait avec une seule et unique couleur bistre « composée de cuivre menu battu, brûlé dans un petit vase de fer jusqu'à réduction en poudre, de parcelles de verre vert et de saphir grec, broyés l'un après l'autre entre deux pierres de porphyre, à la proportion d'un tiers de chaque »; ce mélange était ensuite soigneusement broyé sur la même pierre avec du vin et de l'urine et mis dans un vase de fer ou de plomb. Pour les lettres, le verre au contraire devait être entièrement couvert de peinture, et on les traçait avec la queue du pinceau : elles apparaissaient alors en clair sur fond bistre. Ainsi ce n'était pas par la peinture, mais par le verre de couleur seul, dégradé par cette teinte bistre, que les verriers de cette époque obtenaient cet ensemble merveilleux, que les artistes modernes prétendent ne pouvoir atteindre. Pourtant, connaissant la théorie, il semble étonnant qu'on n'arrive pas actuellement aux mêmes résultats, en procédant de même, alors que tous les moyens d'exécution sont si perfectionnés. Mais c'est que précisément on est trop habile de nos jours : ces profondeurs, ces tons étonnamment chauds, ces irisations, proviennent des verres employés, teints à pleine masse, très irréguliers, très épais, puisque certains ont jusqu'à 5 miliim. d'épaisseur : les verres actuels sont, au contraire, très plans, très minces, teints superficiellement par une très légère couche de verre de couleur, soudée sur une lame de verre blanc, d'une monotonie désespérante : la lumière ne saurait donc s'y jouer, comme elle le fait dans les ondulations des verres du moyen âge, qui produisent alors, naturellement, ces tons divers que les mosaïstes étaient forcés de juxtaposer dans des masses qui, àdistance, devaient cependant paraître d'une couleur uniforme. Telle la mosaïque de Saint-Jean de Latran, où on a pu dernièrement observer dans la chevelure du Christ d'étroites mèches, bleues, rouges et brunes, qui donnaient au noir une souplesse dont on ne soupçonnait pas la cause. Enfin, si aujourd'hui on craint qu'un défaut ne gâte au feu la rectitude du dessin, les verriers du moyen âge, au contraire, plaçaient dans le four leurs verres peints sur une table de fer recouverte d'une couche de chaux et de cendres de l'épaisseur d'une paille, si bien qu'au refroidissement le verre en conservait des parcelles adhérentes qui adoucissaient encore l'éclat de la lumière et donnaient à l'ensemble cette harmonie douce, dont on prétend le secret perdu; simplement nous voulons trop perfectionner.
Dans de telles conditions, il serait assez difficile de chercher une classification par école. Il semble même impossible de faire une simple distinction entre les verriers du Nord et ceux duJMidi, alors que les artistes, qui pouvaient construire en quelques heures le fourneau dont ils avaient besoin, loin d'avoir des ateliers déterminés, se transportaient au contraire, facilement, au premier appel des grands bâtisseurs d'églises, vers le monument qu'ils devaient décorer, et ne s'y fixaient que pour repartir vers d'autres villes, aussitôt qu'ils avaient fini de besogner. Tout au plus pourrait-on dire que chaque basilique du xiii® siècle fut un centre d'où purent essaimer, très loin même, des colonies artistiques.
Seuls par exemple pourront être classés dans une catégorie spéciale les vitraux cisterciens, ces discrètes et élégantes grisailles, semblables à de douces étoffes transparentes, que les disciples de saint Bernard adoptèrent presque exclusivement dans le Chapitre général de 4482, où il fut même enjoint aux abbés cisterciens, sous les
peines les plus sévères, de faire enlever de leurs églises les vitraux de couleur.
Bien qu'aucun vitrail domestique de cette époque ne soit parvenu jusqu'à nous, nous savons que les châtelains firent décorer de verrières peintes les salles de leurs demeures princières. D'ailleurs, les épisodes des croisades que nous trouvons à Saint-Denis, à Chartres, dans de petits médaillons, nous montrent ce que devaient être les peintures qu'admirait après dîner, dans sa tour, le chevalier des Paraboles de vérité (manuscrit du xiii® siècle de Watriquet, bibliothèque de l'Arsenal) :
De verrières painte et escripte Bêle et gente et de riche atour Si vi. j. tournoi tout entour Pourtrait et paint en la verrière.
De ces époques reculées, peu de noms d'artistes verriers sont parvenus jusqu'à nous. Pas plus que les sculpteurs, que les architectes avec lesquels ils collaborent, ils ne semblent s'être préoccupés de Uvrer leur nom à la postérité. On cite au ix® siècle les noms des verriers Ragenulfe et Baldéric, qui se lisent dans une charte de Charles le Chauve (mais Ducange, qui nous l'a transmise, n'ose affirmer qu'à la place de vitrearii, verriers, il ne faut pas lire vinearii, vignerons), et vers la même époque, Stracholfus, de Saint-Gall ; F. de Lasteyrie croit les vitraux d'Hildesheim, qui n'existent plus, d'un moine nommé Bruno, jeune mosaïste verrier, employé par saint Godehart (4029-39), et ceux de Tegernsée (1068-94), d'un moine nommé Wernher ; Prost a découvert dans le cartulaire de Molême (Côte-d'Or) Walterius en 4400; avec Robertus, verrier qui se fait moine de Josaphat, et qui certainement avait travaillé aux verrières de Chartres, que j'ai rencontré dans le cartulaire de l'abbaye (4446-60), nous devrons clore la liste du xii® siècle. Le xiii^ nous livrera pour la France, les seuls noms de Clément de Chartres, qui signe une des verrières de la cathédrale de Rouen, et d'Othon d'Arras (4299); dans les provinces rhénanes et l'Allemagne nous trouverons Collard de Verdun, qui travaille à Tournai en 4247, Herwick (4273-1345), à Kremsmunster, Walterius (1263), Eberhard (4294): ces deux derniers travaillèrent à Klosterneubourg, en Autriche; enfin l'Italie, qui voit poser cependant, dès le xi® siècle, les vitraux du Mont-Cassin, ne nous lègue que les noms des deux verriers, Dono et Giunto, qui travaillent simultanément à Sienne en 4287.
Si maintenant nous voulons indiquer par époques les églises où se rencontrent les spécimens les plus intéressants de l'art de la peinture sur verre: pour le xi^ siècle, on ne peut citer que le vitrail de saint Timothée, àNeuwiller (Alsace) ; pour le xii^, ceux de Châlons-sur-Marne, Saint- Denis, Angers, Chartres, Vendôme, et les vitraux cisterciens de Bonlieu (Creuse) et d'Obasine (Corrèze) (4444-42); pour le xiii^, en France, après Chartres, offrant certainement la verrerie la plus complète et la plus merveilleuse qu'il soitpossible d'admirer, Rouen, Paris (Sainte-Chapelle et Notre-Dame), Reims. Amiens, Bourges, Lyon, Le Mans, Auxerre, Poitiers, Tours ; en Allemagne, Strasbourg, Munster, Cologne (Saint-Cunibert), Augsbourg, Heiligen- Kreuz, Bdcken ; en Angleterre, Cantorbery, Salisbury; en Espagne, Tolède.
Avec le xiv^ siècle, le vitrail entre dans une phase absolument nouvelle. Ce n'est pas que l'architecture l'obhge à transformer sa technique, mais la découverte du jaune d'argent, formé d'ocre jaune calcinée, broyée et mêlée à du sulfure d'argent, vient révolutionner, non seulement les procédés de fabrication, mais l'art même de sa composition. Il permet en effet de ne plus employer pour les dorures le verre jaune teint dans la masse, qui devait autrefois être découpé et mis en plomb. Sur une feuille de verre blanc, on peut dès lors peindre une figure et exécuter presque entièrement un dessin sans recourir à l'ancienne mosaïque de verre. En même temps, le principe de la verrière en est complètement modifié, puisque de
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simple décoration, elle devient personnelle et peut même se présenter comme œuvre d'art. Les grands bâtisseurs d'églises ne sont plus seuls, d'ailleurs, à employer les peintres verriers ; les princes aux goûts raffinés, le duc de Berry comme les ducs de Bourgogne, avec les orfèvres, les peintres, les sculpteurs, les miniaturistes, attachent à leurs personnes des verriers qui, dorénavant plus stables, maîtres de leurs pinceaux comme de leur feu, formeront des écoles très distinctes; elles auront, surtout au xv^ siècle, chacune, leur caractère très reconnaissable. Entre les meneaux des fenestrages des basiliques, comme des chapelles, comme des palais, prendront place de véritables portraits, sur des fonds très délicats, et nous retrouverons parmi les artistes verriers des noms que nous lirons en même temps dans la liste des peintres les plus renommés. Du xiv^ siècle, les cathédrales françaises de Beauvais, de Chartres, d'Evreux, de Limoges, de Narbonne, de Carcassonne, de Toulouse conservent les plus précieux spécimens de vitraux ; en Angleterre, c'est à Lincoln, à Hereford, à Oxford, que nous les verrons; en Allemagne, à Cologne, à Strasbourg, à Oppenheim, àNieder Hasslach, à Wilsnack. Enfin si nous réunissons les peintres par régions, qui deviennent ainsi des écoles, nous trouverons : à Avignon, Pierre Laussani et Raymond Redonien 4316, Bertrand de Bêles en 1318 ; à Bourges, chez le duc de Berry, en 1384, Henri l'Ancien, peut-être le même que Henryet de Comines; chez les ducs de Bourgogne, à Dijon et dans les Flandres, à Arras, à Lille et à Soissons, Hue d'Arras (1320), Noël Le Verrier, Jean et Jacques Le Sauvage (1324), Jean d'Arras (1328), Jacques Vrode (1329), Jean de Vienne (1340), Jean de Cokelès (1344), Huart (1370), Perrin Girole (1372), Jean de Beaumès (1375), Pierre d'Arras (1382), Jacques des Mares, Jean de Courtray, Jacquemont des Pois (1384), Pierre H d'Arras (1389), Guillaume de Francheville, Gérard de la Chapelle (1390), Henry (1394), Hennequin Moulone (1397), Thibaut d'Arras et Blanquart Philippe (1398) ; à Lyon, assurément une des plus importantes écoles, Jean P^' (1348), Hugonet (1353-63), Jacques P^ Le Moine, Pierre, Creytin et Etienne P^ (1363-83), Huet(1377), Perronet P^ Henri de Nivelle (1378), Guyot, Guillemin P^ Guillemin H et Jean Celarier (1380-82), Henriet, Vincent, Guillemot, Jean II, Perronnet et Janin Sureau (1386), Creytin II et Perronet II Saquerel (1388), Polin et Jacquemet (1394) Janin Saquerel, Jean Robert et Hugues de Viviers (1397- 99) ; à Paris, Bertrand Tarin (1365), Claux Le Loup (1397) et Pierre David (1399); à Rouen, Gilles de Paris (1352) et Guillaume Canonce (1384); à Troyes, Jean de Damery, Guillaume Brisetout(1375), Jacquemin (1379), Lambinet (1383). A l'étranger, en Allemagne et en Alsace, Hans de Kircheim, à Strasbourg (1348); Philippe Hermann, à Metz (1392); Konrad, à Breslau (1394); Egid Trautenwolf, à Munich; en Angleterre, John Athelard, John Lenton, Simon Lenne, Hugh de Lichesfield, qui travaillent en 1351 à Westminster, Coventry, Southwarth, et John Hornton ; en Italie, Sienne et Orvieto où travaillèrent Fra Giusto (1310), Francesco di Antonio (4377), Francesco Fornica (1379), Andréa di Mino (1389), Giacomo di Castello et Ranieri ; Venise, où nous voyons Mano (1335), et Florence, avecTuccio (1389); en Suisse, enfin, nous avons en 1373, à Bâle,un atelier où sont occupés Menlin et Jean de Winterthur.
Mais avec le xv® siècle, les centres se multiplient : si les architectes commandent pour leurs églises de splendides verrières religieuses, ils décorent aussi les palais qu'ils élèvent de vitraux civils : l'école allemande va prendre un caractère très personnel, et l'école suisse inaugurera le vitrail héraldique, dont elle conservera pendant très longtemps le monopole. Les plus belles verrières du XV® siècle se trouvent : en France, à Bourges, à Evr eux, au Mans, à Tours, à Limoges, à la Sainte-Chapelle de Riom ; en Belgique, à Anvers, à Dietz, à Tournai ; en Al-
lemagne, à Metz, à V^erben, à Ulm, à Munich, à Nuremberg, à Grimber^; en Angleterre, à York et à Oxford. Ici, les noms des peintres verriers commencent à se multiplier ; mais leur importance personnelle est encore assez grande pour qu'il soit utile de les grouper par écoles, parce qu'à la suite des princes, dans leurs déplacements, ils portent, dans les endroits les plus éloignés parfois, la science et la technique de la région à laquelle ils appartiennent et où ils reviennent une fois leur travail terminé. En France : d'Alençon, nous connaissons Roulland, Jean et Robin Perrin (1 453) ; d'/Vvignon, la liste est longue, et de 4430 avec Guillaume Dumbette jusqu'en 1492 avec François d'Allemagne, nous relevons dans les Registres du temps : Arnold de Catz (1430), Jean Laureati, dit Le Bourguignon, Albéric et Jacques Oumbetti, Pierre Villatte, Laurent de Lagnes, Barthélémy Ricard, Barthélémy Bonis, Jean de La Barre, Nicolas Froment, Jean Salomonis, Martin Pacaud, Jean Gauffridi, Pierre Alexandrian, Sanari de Massues, François et Laurent Villate, Sericius Columbi et François Sybaud ; à Bourges, c'est Henry Mellin, Jacquelin de Morisson, Guillaume L'Abbé, André Beauneveu ; en Bretagne, à Tréguier, Ollivier Le Coq, Ollivier, dit Vittrier, Jehan Lenevan. En Champagne, à Troyes, où se fonde une véritable école qui durera jusqu'au xviii® siècle, les noms des verriers sont nombreux : on y voit la dynastie des Brisetout (1412), Jean du Pins, dit La Barbe, et Hennequin du Pins (1417), Jean Blanc Mantel, Jehan de Vertus (1421), Jehan de Bar-sur-Aube (1425), Jehan- Symon de Bar-sur-Aube (1439), Michelet (1441), Henryet et Hermant (1451), Tirement et Gérard Le Nognat (1452), Vincent Marcassin (1491), Girard H Le Nognat (1493), Nicolas Le Verrier (1495), Jehan Verrat I«^ Balthasard Godon,Lyevin Varin ou Vocrin (1497), Pierre Le Verrier, Nicolas Maçon et enfin Mandrain (1499) ; Chartres, dont la cathédrale est depuis longtemps terminée, ne nous donne qu'un nom, Jehan Oson (1487); Limoges, avec Déchambault, Paris, avec Pierre Amé (1494), Perpignan, avec Bertrand Bach (1489), La Ferté- Bernard, avec Courtois, n'en fournissent pas davantage ; trois noms seulement se rencontrent à Orléans, Antoine Chenesson, Jean Barbe, Roulent de Monglarève ; la Normandie ne nous livre à Evreux que le nom de Bréhal (1463), à Rouen, que ceux de Guillaume de GradviUe, de Robin Damaigne, de Guillaume et de Jean Barbu, de Michel Trouvé (1467), d'Arnoulde la Poincte et de Geoffroy Masson (1467). La Flandre, avec les Comptes des ducs de Bourgogne et les ateliers de Lille, nous fournira de nombreux renseignements : en 1411, voilà Jehan Quattro, dit Béghin, et Thierry Blancard ; puis viennent Hue de Boulogne (1417), Ernoul de Gaures (1423), Jehan as Pois II (1426), Goset (1438), Grard Dubois (1444), Guilhelme Belles (1448), Josse, Jehan de Pottes et Gossuin de Vienglise(1449), Joris Van Purse (1456), Martin (1459), Dirk Van Leumont (1460), Georges Pours et Jehan Lombard de Bruges (1467), Antoine de Ringle (1468), Thierry Neuhoef (1475), Thierry de Noef Garden, Jehan de Werth et Laurent (1480), Jehan (1489); Pierre Ysebranl (1494) et Mahieu Bernard closent la série de ces artistes qui vont bien des fois confondre leurs œuvres avec celles des maîtres verriers des Pays-Bas. Mais c'est Lyon qui nous fournit le plus de noms de verriers; de 1403 à 1419, nous rencontrerons effectivement : Etienne II, Gilles Campin, Jean Hortart, dit d'Ecosse, Pierre de Gaulne; de 1420 à 4440 : Milot, Jean Girardin, Janin Benoist, Laurent Girardin, Perrenet, Girardin Blich; de 4440 à 4460 : Pierre de Montpancier, Rogier Blich, Antoine Orgelet, Thomas Brémon, Jean de Juys, Jean Alabran, Jean Dast, Jean Duc, Jean de Froidefeue; de 1460 à 4480 : Abraham, Jean Prévost, Thomas P^ Malechart dit Duc, Jean Blich, Philippe Besson, Antoine I®'^, Pierre de Paix, dit d'Aubenas, Dominique du Jardin, François Goy; de 4480 à 4500 : Jean Berton, Antoine Aymé, Biaise Théobald, dit Vazel, Guillaume Brandet, EmoUe, André Drivon, Antoine Nemo,
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Claude Guinet, Michel Coste, Reymonet Moreau, Antoine Servandon, Antoine Jareys, Daniel Decrane, Jean Flacy, Jean de Bourt, Jean Chapeau, Henri Guyot, Jean Ramel et Jean Ramili. En Allemagne, Ùlra semble être au xy® siècle le centre de la peinture sur verre : du moins c'est là que nous trouvons le plus grand nombre de verriers, et le départ du bienheureux Jacques, appelé de cette ville à Bologne, pour peindre les vitraux du Dôme, prouve de quelle réputation jouissaient ses ateliers au début du xv® siècle. En 1441, c'est Hans et Clans Glseser, en 1473, Peter Lindenfrost,en 1480, Hans Wild, en 1495, Hans Schœn; en 1415, nous trouvons à Augsbourg, Judman; à Lubeck, en 1434, François, fils de Dominique, Lévi de Ghanbass, appelé à Florence ; puis, c*est Engelhart, à Reichenbach, Egid Trautenwolf, à Munich, et enfin à Nuremberg, Albert Diirer. L'Angleterre a vu disparaître son atelier de Westminster; seul, JohnPruddle de Westminster nous est connu comme travaillant à Warwick au xv® siècle. Si nous trouvons disséminés en Italie seulement quelques rares verriers : à Arrezo, Domenico Pecori (1450), Fra Cristofano et Fra Bernardo; à Pérouse, Fra Bartolomeo (1411), Francesco Barone (1446); à Rome, Giovanni (1447) et Guillaume de Marseille (d475); à Orvieto, Domenico di Stefano, c'est que trois grands centres occupent pendant le xv® siècle les plus habiles artistes du pays. Il est très curieux de recueillir dans les ouvrages les plus divers leurs noms, de les grouper par atelier et de recomposer ainsi la période brillante des écoles auxquelles ils ont appartenu. Milan est incontestablement la première ; elle est en pleine activité de 1415 à 1420 ; Paolino di Montorfano y travaille dès 1404, Tomasso Diassantis, en 1407; en 1416, Zanino Agni, Bartolomeo di Francia, Stefano da Pandino, Nicolas de Venise; en 1417, Cristoforo de Zavattaris; en 1419, Mafdolo de Crémone, Michellino Mulinari di Bisontin, Giovannino Recalcato : le dernier que nous connaissions est Cristoforo di Scrofatis. Sienne vient ensuite, travaillant surtout au milieu du xv® siècle : on y trouve Ambrogio di Bindo dès 1404, mais ce n'est qu'à partir de Giustinio di Todi, en 1432, que nous avons une véritable suite de verriers : Cristoforo di Mone (1439), Guasparre di Volterra (1440), Cristoforo di Contro (1452), Nicolas de Allegretis(1464),Giacomo Falesome, Giacomo di Paolo, Tomme di Luca, Guiseppe di Giovanni di Volterra. Florence prendra plus tard la succession des deux villes précédentes ; Domenico et Francesco Livi font leur apparition en 1436, mais c'est seulement vers 1450 que brillent Giovanni Andréa et Carlo di Niccolo, Fra Bernardo et Fra Cristoforo (1477); enfin Lorenzo Ghiberti clora cette liste, déjà longue, des verriers italiens du XV® siècle. Tous les noms que nous recueillons en Espagne l'ont été presque uniquement à Tolède : Dolfin (1418), Luiz (1429), Pedro Bonifacio (1439), Cristobal et Pablo (1459) : seul, Juan de Valdivieso est connu pour avoir travaillé à Burgos et à Avila en 1497. En Portugal deux noms : Jean (1459) et Guillaume Belles (1473). L'art de la peinture sur verre a pris parallèlement dans les Pays-Bas un développement très intéressant : il semble qu'ils aient possédé quatre ateliers principaux : Anvers, où travaillèrent avec beaucoup d'autres, Lucas Adriaens, Digmann, Bernard Van Orley qu'on retrouve également à Bruxelles, Josse Vereghen ; Bruges, avec Jean Lombard, Antoine de Ringle et Hubert, Johann et Marguerite Van Eych ; Bruxelles, avec Jehan Cloet, Walter van Pede, Jean Van Puerse; Gand, enfin, avec Jean de Caloo, Jean Stoop, Hugo Van der Goes, Barthélémy Van der Lynde, Liéven de V/itte; quanta la Hollande,' c'est tout à fait dans les dernières années seulement du xv*^ siècle que nous trouvons à Leyde, Aert Claesson et Lucas de Leyde, à Nimègue, Arnold Hort et à Utrecht, Zell. Pendant tout le XV® siècle, l'activité des ateliers suisses ne se ralentit pas. Nous ne connaissons cependant que deux centres importants, Bâle, où nous rencontrons Hermann, qui travaille aussi à Strasbourg (1420), Ludmann (1423) et
Nicolas, dit Harer; Lucerne, beaucoup plus tardif, avec Hans Fuchs (1405-45), Hans Wernerl 1473), Rudolf Sidler (1478), Conrad de Schorndorf (1480), Wolfgang Intaler (1484), Balthaser (1488), Hans Hoch (1496) et Heinrich Wirzil. On trouve enfin à Genève, en 1429, Janinus Loisel; à Isenheim, Hans Guldiner (1478); à Zurich, Nicolas Zerner (1488); à Berne, Frédéric Walter.
Le xvi^ siècle voit survenir une rapide décadence du vitrail. Toutes les anciennes traditions se perdent définitivement ; la verrière s'est complètement transformée ; par l'application des émaux sur le verre, elle ne prétend plus être qu'une simple branche de la peinture, qui cherche alors à rivaliser avec la peinture sur toile. Si elle reste grande par les dimensions, elle devient petite par la recherche précieuse du détail; aussi toutes les anciennes écoles sombrent-elles dans de simples ateliers, sans personnalité, qui se contentent de demander aux maîtres les plus illustres de la peinture à l'huile, des cartons à copier servilement. Il est donc sans intérêt de nommer, si habiles soient-ils, les ouvriers qui travaillent encore à Alençon, à Arras, à Beauvais, à Lille, à Lyon, à Troyes ; il est impossible néanmoins de ne pas signaler, à propos des verrières du XVI® siècle d'Anet, de Vincennes, de Saint-Gervais et de Saint-Etienne-du-Mont de Paris, Jean Cousin; d'Ecouen, Bernard Palissy ; de Limoges, Pénicaud ; de Chartres, Robert Pinaigrier, dont le Pressoir mystique de l'église de Saint-Hilaire, objet d'admiration pour ses contemporains, fut copié pour les vitraux de plusieurs églises de Paris, de Saint-Etienne-du-Mont, entre autres, A l'étranger, qu'il suffise de parler d'Albert Durer, auquel on attribue les verrières du bas-côté nord de la cathédrale de Cologne et celles du couvent des Douze Frères, découvertes en 1890, dans un grenier, à Nuremberg.
Puis la peinture sur verre semble s'endormir d'un profond sommeil. Tout au plus, à Troyes, au commencement du XVII® siècle, Linard Gonthier fait-il briller TEcole champenoise d'un dernier éclat : les vitraux ne sont plus pour plaire. Dans les cathédrales, ils n'ont pas de plus grands ennemis que les Chapitres, qui prétendent ne plus pouvoir lire leurs offices, dans la demi-obscurité de leur coloris sombre, et le même esprit, souftlant inconsciemment sur toute l'Europe, c'est sans aucune surprise que nous lisons, dans un manuscrit d'iconographie russe du XVII® siècle, l'interdiction aux artistes dépeindre les saintes images sur le verre, dont la nature est trop fragile.
Avec le commencement du xix® siècle, Brongniart et Diehl, qui avaient découvert une très importante série de couleurs fusibles au feu, tentent de faire renaître la peinture sur verre. Directeur de la manufacture de Sèvres, Brongniart présente à l'Académie un large tableau, peint sur verre et cuit : bientôt après, Diehl et Mortelèque exposent à Paris des glaces de plus de 1^,50 de hauteur, peintes sur toute leur surface, sans plombs : telles les verrières de la chapelle de Dreux . Mais c'était simplement la tradition de la décadence qui était reprise. Seuls les vitraux du moyen âge avec leur magnificence, leur éclat, la richesse de leur coloration étaient faits pour prendre place dans les églises qu'on réparait ; les efforts deBontemps, Lassus, Didron, F. de Lasteyrie ont remis l'art du verrier dans la bonne voie; l'Exposition universelle de 1867 a montré l'influence que les savants archéologues que nous venons de citer avaient eue sur la reprise des modernes ateliers européens. On pouvait, en effet, y admirer les œuvres de nombreux artistes français anglais, allemands, belges, italiens. En France, de cette époque, date la réputation de Maréchal, de Metz, de Lorrin, de Chartres, qui, ayant devant les yeux les plus incomparables des modèles, ont pu s'inspirer des grandes traditions du moyen âge ; en Belgique, Capronnier cherchait à continuer les souvenirs des vieux maîtres flamands ; en Angleterre, Hardmann, d<î Birmingham, tentait un effort, que ses compatriotes n'ont malheureusement pas toujours imité ; l'Italie, enfin, nous faisait connaître le très habile Bertini, de Milan. Mais, en
VÎTRAIL — VITRÉ
résumé, l'art du vitrail ne vivra qu'autant que les artistes comprendront qu'il ne faut pas exécuter des tableaux sur verre, que le plomb est nécessaire, indispensable, et qu'étant essentiellement et uniquement décorative, la verrière ne doit ètte qu'une mosaïque, lumineuse, la plus belle qu'on puisse rêver . F . de Mély.
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VITRAY, Corn, du dép. de l'Allier, arr. de Montluçon, cant. de Cérilly ; 401 hab.
V1TRAY-en-Beauce. Corn, du dép. d'Eure-et-Loir, arr. de Châteaudun, cant. de Bonneval ; 416 hab.
V!TRAY-sous-Brezolles. Corn, du dép. d'Eure-et- Loir, arr. de Dreux, cant. de BrezoUes ; 184 hab.
VITRE, VITRERIE. Les anciens employaient, concurremment avec les vitres de verre (V. Verre, p. 867), pour garantir les fenêtres de leurs habitations, de minces plaques de talc ou de mica, sous le nom de pierres spéculaires. Au moyen âge, vers le x® siècle, l'art du peintre en vitraux commença à prendre du développement (V. Vitrail). Au contraire, les vitres en verre blanc étaient à cette époque, et demeurèrent jusqu'au xv® siècle un luxe rare dans les logis des particuliers ; même pour les croisées de la reine, au château de Melun, on recourut, en 1454, au procédé économique de la toile blanche cirée et du papier huilé. Longtemps les verreries ne livrèrent au vitrier que de petits morceaux de verre blanc, ou plutôt verdàtre, que celui-ci assemblait et ajustait en les enchâssant dans du plomb disposé de manière à former une sorte de grille losangée. Les vitres de quelque dimension et montées sur des châsses de bois ne datent que de la fin du XVI® siècle. La pose en fut dès lors ce qu'elle est à cette heure : le vitrier, après avoir taillé son verre au moyen du diamant, fixait avec quelques légères pointes chaque vitre dans le cadre 'qu'elle avait à remplir ; seulement, pourpbtenir une clôture hermétique, il collait sur les joints quatre bandes de papier, tandis que plus tard le papier fut remplacé par du mastic composé de blanc d'Espagne et d'huile siccative. A partir de ce temps, Paris et les provinces comptèrent des vitriers de plus en plus nombreux, et l'on sait que c'est la mère d'un de ces artisans qui, au commencement du xviii® siècle, servit de mère à Jean Lerondj d'Alembert et qu'elle ne fut jamais abandonnée par le mathématicien.
Les travaux de vitrerie considérables que comportent nos constructions modernes et surtout les galeries et les halls des gares et des expositions sont entrepris par des industriels qui, vu la simplicité du travail, improvisent très vite un personnel" suffisant. En dehors de ces vastes chantiers, il reste de l'occupation pour le vitrier ordinaire qui, établi patron ou embauché comme ouvrier, s'intitule peintre-vitrier et se charge de la décoration, de la dorure, de l'encadrement et du collage des papiers. Quant au vitrier ambulant, il se borne à remplacer les carreaux brisés et parcourt les villes et les campagnes en jetant son cri scandé et accentué d'après un rythme familier à toutes les oreilles. Souvent originaire du Piémont, il circule portant ses feuilles de verre sur des crochets consistant en une case à serrer ses outils, surmontée d'un châssis. Son matériel se compose de la règle graduée avec laquelle il prend ses mesures et dirige le trait de son diamant, de la pince employée à régulariser la coupe du verre, du marteau dit « marteau de vitrier », et de la lame souple destinée à appliquer le mastic. Il a plusieurs qualités de verre : verre simple ou double, verre plus ou moins blanc, plus ou moins exempt de tares (V. Verre, p. 872). L'emploi en dépend du prix débattu entre lui et la clientèle. ^ Marcel Gharlot.
VITRÉ (VUreium). Ch.-l. d'arr. du dép. d'Ille-et- Vilaine, à 35 kil. E. de Rennes; dO.584 hab. (7.459 aggl.). Stat. du chem. de fer de Paris à Brest; embranchements sur Chateaubriand, sur Fougères et Pontorson. Sur la rive g. de la Vilaine, non loin de sa source. Carrières de belles pierres noires ; fonderie de fer ; ateliers de constructions mécaniques ; fabriques de bonneterie et de toiles, de chapeaux vernis ; scieries mécaniques ; tanneries, briqueteries, poteries; beurreries; fabrique de vêtements spéciaux, sayons de peaux de chèvre. Une autre industrie particulière à Vitré est le tricot à la main exécuté par un grand nombre de femmes, qui, l'été, travaillent en plein air ; pépinières ; cire et miel, etc.