‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 518 sur 633 · VITRUVE · texte numérisé non relu

VITRUVE

construction, le mode d'extraction des pierres, la coupe des bois propres à la bâtisse. Dans le troisième livre, il traite des édifices sacrés, des quatre ordres de Tarchitecture en général, de Tionique en particulier, et, dans le suivant, de Tordre dorique, du corinthien et du toscan. Le livre V est celui où il expose les règles de l'architecture pour les édifices ayant un caractère profane (forum, basiliques, théâtres, thermes), pour les villes ainsi que pour les ports. Un chapitre de ce même livre présente un exposé sommaire de la théorie musicale grecque d'après les écrits d'Aristoxène. Le livre VI est consacré à l'étude des constructions privées; dans le suivant, Vitruve termine l'étude de la construction proprement dite, par des observations sur les enduits et les couleurs, et dans le livre VIII, il annexe à cette étude un long exposé de l'hydraulique. Enfin, reprenant dans les livres IX et X la suite des divisions du plan qu'il s'est tracé, il traite successivement : dans l'un , de la gnomonique, des cadrans solaires et d'autres instruments servant à mesurer le temps; dans l'autre, des engins et machines sous les rapports civil, militaire et naval. Dans cet ouvrage didactique, il fait une grande part aux questions d'histoire naturelle par suite de la connexité de ces études avec l'architecture, des connaissances générales qu'il a acquises et probablement aussi par tradition de famille.

Ce qui donne au De Architectura une valeur particulière, c'est qu'il est le seul ouvrage de ce genre qui soit parvenu de l'antiquité jusqu'à nous, et qu'il contient des notions importantes pour l'histoire des arts, que l'on chercherait vainement chez d'autres écrivains anciens. Si le traité de Vitruve révèle beaucoup d'érudition, une mise en œuvre considérable surtout des sources grecques, de celles aussi que les écrits et les usages de Rome et de l'Italie mettaient à sa disposition, le contrôle, à vrai dire, en est encore bien difficile, et souvent même impossible; cela est d'autant plus regrettable que l'on voudrait connaître, par exemple, au point de vue hellénique, les traités anciens où Vitruve a puisé la tradition architectonique pratiquée en Asie Mineure, et, sous le rapport italique et romain, les écrits de Varron si précieux pour l'ancienne architecture, écrits que devaient connaître fort vraisemblablement les ancêtres de Vitruve. En matière d'architecture, Vitruve se montre conservateur ; il blâme les abus et les excès de son temps, au point de vue de la décoration architecturale et du luxe de l'ornementation, comme à celui de l'instruction insuffisante des architectes, de leur imprévoyance fréquente et des dépenses exagérées pour les édifices publics et privés. C'est le plus souvent à la Grèce et aux exemples que lui suggère la connaissance des arts et des règlements salutaires de ce pays privilégié qu'il renvoie ses lecteurs; et parfois l'on sent chez lui une mélancolie et une sorte de pessimisme, qu'il partage d'ailleurs avec d'autres écrivains de son temps, avec Pline l'Ancien, par exemple, qu'il n'a pas plus copié qu'il n'a été copié par lui, tous deux écrivant à la même époque et essayant de faire, chacun de son côté, d'après des sources parfois communes, une œuvre d'ensemble, l'un sur l'histoire naturelle, l'autre sur l'architecture : c'est à un autre Vitruve, historien, ou plutôt naturaliste ou architecte, que Pline a dû se référer, de même que Frontin et Servius ne paraissent pas avoir fait allusion à Vitruve PoUion. Il faut, d'une manière générale louer la sagesse des conseils qu'il donne, bien qu'il n'ait pu plus d'une fois contrôler lui-même (en hydraulique, par exemple) l'exactitude de ses assertions, il faut aussi reconnaître la probité de son caractère et l'élévation de son esprit. Ces qualités morales percent souvent dans son style, et notamment, dans les préfaces qu'il a placées en tête de ses dix livres. Vitruve, qui par sa syntaxe, ses tournures de phrase, son vocabulaire, prête souvent à des comparaisons avec des auteurs latins de la seconde moitié du i'^'' siècle, et avec ceux du ii® siècle de notre ère, Vitruve n'est pas, à proprement parler, un écrivain, et il le reconnaît luimême ; il lui manque la facilité, l'habileté et la délicatesse.

Le Style de Vitruve est tantôt trop étendu et tantôt trop laconique, par suite obscur, et souvent encore embarrassé et ampoulé, ce qui en rend la lecture fatigante : en maint passage, on sent dans son ouvrage larecherche d'un rhéteur et peut-êtrejusqu'à deseffetsde prose métrique. D'autre part, les formes du langage à la fois populaire et technique abondent chez lui ; des tournures d'origine grecque reviennent fréqi^emment dans son traité où apparaît très visiblement la traduction, comme l'adaptation des sources helléniques qu'il a mises à contribution ; on y discernerait moins facilement certaines formes de provincialisme qui devaient être en usage sur les côtes d'Italie, en relation constante avec la Grèce ou Alexandrie; signalons enfin, semble- t-il bien, des africanismes qui proviendraient du séjour prolongé qu'aurait fait dans l'Afrique romaine l'auteur des dix livres de l'architecture, et que l'on retrouvera au siècle suivant, et plus tard encore, dans des proportions bien plus grandes, chez les écrivains latins de l'Afrique.

On ignore la date de la mort de Vitruve ; elle se placerait au plus tôt sous Titus ou sous Domitien au plus tard, selon la plus grande vraisemblance, c.-à-d. dans les vingt dernières années du i®^ siècle de notre ère.

Le traité de Vitruve a été abrégé, en même temps que ceux d'autres auteurs anciens, par Cetus Faventinus, dans un opuscule dont nous avons déjà mentionné le titre. Depuis lors, l'œuvre de Vitruve et celle de son compilateur ont été étudiées et utilisées au moyen âge, sans être toujours, il s'en faut, bien comprises ; c'est à l'époque de la Renaissance carolingienne, du temps de Charlemagne et d'Eginhard, que l'on a transcrit le plus ancien manuscrit de Vitruve (ix^ siècle) que l'on connaît et qui est aujourd'hui conservé à Londres ; c'est surtout dans les monastères d'outre-Rhin que des copiés de Vitruve ont été faites pendant les siècles suivants, non sans bien des fautes et des altérations inévitables ; c'est enfin dans la région germanique que son influence s'est conservée le plus, et l'on peut dire que le souvenir de Vitruve, ainsi que l'interprétation plus ou moins correcte d'un certain nombre de procédés d'art par lui décrits, n'ont jamais disparu entièrement au moyen âge, surtout pendant les périodes carolingienne et romane. Mais, il faut arriver à la grande Renaissance du xv^ et du xvi^ siècle, où le mouvement artistique, littéraire et scientifique s'inspira fortement de l'antiquité, pour voir les traditions classiques entrer de nouveau en faveur dans l'architecture avec le culte exagéré de Vitruve, modifier singulièrement, sans le supprimer d'ailleurs, le genre, d'évolution qui s'accomplissait en architecture à la tin du moyen âge, et introduire dans les difi'érents membres de cet art, l'imitation si visible des modèles antiques, due en très grande partie à l'influence vitruvienne.

Les principales éditions et traductions de Vitruve sont les suivantes : l'édition princeps de Vitruve est celle de Sulpitius qui parut à Rome à la fin du xv® siècle, entre 1484 et 4492 (in-fol., sans titre ni commentaire). Mentionnons aussi : l'édition de Florence (1496, in-fol.), rédition de Venise de 1511, par les soins de Giocondo, qui est un premier essai d'édition critique (in-fol.); celle dePhilander à Lyon(1552, in-4), que suivit celle de Barbare (Venise, 1567, in-fol.); l'édition de Jean de Laet (Amsterdam, 1649, pet. in-fol.), avec des notes de Philander, Barbare, Saumaise,etc.; l'édition deGaliani(Naples,1758, in-fol.); celle de Rode (Berlin, 1800, 2 vol. in-4), de Schneider (Leipzig, 1808, 3 vol. in-8 et in-4), de Lorentzen (Gotha, 1856, in-8;; celle de Poleni-Stratico (Udine, 1825-30, 4 vol. en 8 part. gr. in-4 (avec des dissertations et un Lexicon Vitruvianum) ; celle de Marini (Rome, 1836, 4 vol. in-fol.). La meilleure édition critique au point de vue des manuscrits est celle de Val. Rose et H. MuUer-Striibing (Leipzig, 1867, in-8), à laquelle se réfère Vlndex Vitruuianus de Nohl (Leipzig, 1876, in-8). Une 2® édition en a été donnée récemment par Val. Rose (Leipzig, 1899, in-12). V. Mortet.

BiBL. : Engelmann-Preuss, Bibliolhecascriptorum clas-

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