II. Marine (V. Marine, t. XXII, p
VIVY. Corn, du dép. de Maine-et-Loire, arr. et cant. (N.-E.) de Saumur ; 1.310 hab. Stat. de chem. de fer.
VIX. Com. du dép. de la Côte-d'Or, arr. et cant. de Chàtillon-sur-Seine ; 161 hab.
VIX. Com. du dép. de la Vendée, arr. de Fontenay-le- Comte, cant. deMaillezais ; 2.525 hab . Stat. de chem. de fer.
VIZAGAPATAM. Ville de l'Inde, sur la rive N.-E. d'une baie du golfe de Bengale, à l'embouchure du petit fleuve côtierVeragapatam; 30.290 hab. ; à 4 kil., sur une colline de 70 m. ; le faubourg européen est très sain. La principale industrie consiste dans les coffrets en bois de santal plaqués d'argent, jeux d'échecs, etc. ; tissus indigènes.
VIZCAYA. Province basque (V. Biscaye).
VIZEU. Ville du Portugal, capit. de la prov. de Beira Alta, située à 540 m. d'alt. sur une hauteur qui domine la gauche de laRibeira d'Arnes (affl. dr. du Dao), dans une plaine cultivée ; 8.360 hab. Stat. du chem. de fer de Santa Comba-Dao-Viseu. Cathédrale de Se, de style gothique, collège, hôpital. La plus grande foire du Portugal s'y tient en septembre. Sur une colline auprès de la ville, église de Saint-Michel, avec le tombeau du dernier roi des Goths, Roderich.
VIZEZY. Rivière du dép. de la Loire (V. ce mot).
VIZIANAGRAM. Ville de l'Inde orient., distr. de Vizagapatam (Madras), ch.-l. de princip. médiatisée, dans la vallée du Conada, et dans la plaine au S.-E. des Ghâtes orientales ; 22.575 hab. Le palais se dresse dans un grand fort carré. Une route relie la ville au port de Bimlipatam, au S.-E. et au chef-lieu du district.
VIZILLE. Ch.-l. de cant. du dép. de l'Isère, arr. de Grenoble, sur la r. dr. de la Romanche, à 300 m. d'alt., entre le signal de Montchabond (745 m . ) , le Conex ( 1 . 365 m . ) et le signal de Montchaffrey (1.550 m.) ; 4.516 hab. (3.539 aggl.). Stat. de chem. de fer. Mines de fer, cuivre, plomb ; fonderie; fabr. de soie, de papier; minoterie. Château remarquable par sa beauté et ses souvenirs ; bâti par Lesdiguières, gouverneur du Dauphiné (1620), il garde une belle statue équestre du connétable, et son parc n'a pas changé depuis Louis XIII. C'est le berceau de la révolution française : le 21 juil. 1788, une assemblée de députés dauphinois y protesta contre les impôts nouveaux et la déchéance des parlements; sous la direction deBarnave et Mounier, l'assemblée vota la réunion des Etats généraux. Un mouument commémoratif a été élevé sur la place du Château en 1888.
BiBL. : BouME, Vizille et ses environs; Grenoble, 1865.
— Faure, les Assemblées de Vizille et de Romans en Dauphiné en 1188; Grenoble, 1887.
VIZIR ou, plus exactement, VÉZIR, signifie en arabe ministre d'un souverain ; l'étymologie populaire a rattaché ce mot à la racine wazàra, « porter », comme si l'on avait voulu dire « celui qui porte la charge des affaires » ; mais en réalité ce titre est probablement d'origine iranienne (avestique vîtchira, qui décide). En Turquie, le premier ministre du sultan est appelé grand vizir, avec le titre d'altesse ; il occupe, avec le Chéikh-ul-Islam et le chef des eunuques noirs (Kyzlar-aghassy) , le premier rang de la hiérarchie des fonctionnaires. Cl. Huart.
VIZOS. Com. du dép. des Hautes-Pyrénées, arr. d'Argelès-Gazost, cant. de Luz; 87 hab.
VLACICH (Matthias) (V. Flacius).
VLADj princes deValachie (V. Roumanie).
VLADIKAYKAZ. Ville forte de la Ciscaucasie (Russie méridionale), ch.-l. de la prov. du Terek, sur le Terek, à 715 m. d'alt. ; terminus de la ligue de Rostov-sur-Don ; 43.843 hab. Brasserie, fabr. de savon et bougie ; distillerie. Les habitants transportent les marchandises par la route militaire de Géorgie qui traverse le Caucase par le défilé de Darial. Le Terek partage la ville en deux quartiers : à dr., la citadelle (qui date de 1784), et la ville; à g., le faubourg industriel et cammerçant. Monuments du capitaine Lilto et du soldat Ossipov, tués en 1840, héros de la guerre contre les montagnards.
VLADIMIR. Gouv. de la Russie centrale, borné au N. par les gouvernements d'Iaroslav et Kostroma, à l'E. par celur de Nijégorod, au S. par ceux de Tambof et de Riazan, à l'O. par ceux de Moscou et de Tver. Superficie : 71 .853 kil. q. Population : 1.570.733 hab. Le ch.-l. est Vladimirsur-Kliazma, situé au centre du triangle que forme le gouvernement. C'est une plaiue sillonnée par plusieurs rangées de collines; la partie centrale est plate, mais élevée : au N.-E. il y a des marécages. Le nombre des cours d'eau est très considérable : 562, répartis inégalement ; le gouvernement appartient à trois bassins : ceux de la Volga au N.-O., de l'Oka (affl. dr. de la Volga) au S.-E., et delà Kliazma (affl. g. de l'Oka). Les lacs sont nombreux (plus de 200), mais peu considérables, sauf celui de Plechtcheivo (48 kil. q.); les marais occupent 5.000 kil. q. Argiles blanches réfractaires, carrières d'albâtre et de pierre calcaire (sur 2.000 kil. q.), tourbières exploitées (58.000 tonnes par an). Les céréales produisent peu, la pomme de terre est cultivée partout, ainsi que le lin; l'arboriculture surtout est très prospère (pommiers, poiriers, cerisiers réputés). Bestiaux nombreux, mais de race médiocre. Industrie très active, qui vient tout de suite après celles des gouvernements de Moscou et Saint-Pétersbourg : filage, tissage du coton et du lin; fabr. de toiles, de soieries ; verreries, poteries; serrureries, forges; peinture religieuse réputée (Zouzdal) ; commerce de livres et d'icônes. Exploitation active des forêts. La grande industrie compte 465 établissements, occupe 100.000 ouvriers et produit 287 millions. Le commerce est en rapport avec le développement de l'industrie. Le territoire de Vladimir est parmi les plus vieilles possessions russes; le gouvernement est divisé en 13 districts, dont les chefs-lieux sont : Vladimir, Alexandrov, Chouïa, louriev, Gorokhovetz, Kovrov,Mélenki, Mourom, Péreïaslavl, Pokrov, Soudodga, Souzdal, Viaznikov. La population est grand-russienne et orthodoxe : les Finnois se sont fondus dans la masse russe.
VLADIMIR-suk-Kliazma. Ville de la Russie centrale, ch.-l. du gouvernement de Vladimir, sur la r. g. de la Kliazma, au confl. de la Lybed ; 21.790 hab. Stat. du chem. de fer de Moscou à Nijni-Novgorod. Filature de coton ; teinturerie, brasserie ; fabr. de bougies, de cire ; manufacture de tabac à priser. Le jardinage et la culture des fruits (surtout les cerises) sont la principale occupation des habitants. Port fluvial. Musée d'antiquités religieuses. Ville ancienne : restes de la citadelle, « Porte d'or » qui date de 1164, cathédrale de l'Assomption édifiée en 1158,
VLADIMIR - VLADISLAV
restaurée en 1891 (avec les reliques du prince saint André Bogolioubsky, xii^s.); église de Saint-Démétrius (4191). Ville très insalubre. — En 1457, la ville devint le siège de la Russie nord-orientale; en 4328, elle céda à Moscou la suprématie ; en 4778 elle devint le ch.-l. du gouvernement de Vladimir.
VLADIMIR-VoLYNSK. Ville de la Russie occidentale, gouvernement de Volynie, ch.-l. de distr., sur la rive dr. de la Louga ; 8.220 hab. Briqueterie ; fabr. de bougies ; brasserie. La ville est située au milieu de marécages. Belle cathédrale construite par Mstislav II en 4460.
VLADIMIR 1^^, fils du prince Sviatoslav, grand-duc de Russie, né en 980, mort le 45 juil. 4045. Après la mort de ses deux frères, il devint maîtrede l'Empire russe entier et l'agrandit par ses victoires sur les peuples voisins ; il arriva à comprendre le territoire du Dniepr au lac Ladoga et aux rives de la Duna. Ses réformes intérieures achevèrent de lui mériter le surnom de grand que le peuple russe lui donna après sa mort ; il a été aussi surnommé le Saint parce qu'en 988, lors de son mariage avec la princesse Anna, fille de l'empereur grec Romanes II, il se fit baptiser et embrassa le christianisme avec la plus grande partie de son peuple. Il a fondé ainsi l'Eglise grecque catholique en Russie. Avant de mourir, il inaugura le détestable système du partage du royaume en principautés, en le partageant entre ses huit fils. Catherine II a fondé plus tard en son honneur l'ordre de Vladimir, et l'Université de Kiev porte son nom.
VLADIMIR II Monomaque, grand-duc de Kiev, mort le 49 mai 4425. Un des princes russes les plus importants du moyen âge. 11 prit des mesures et rendit des édits contre l'usure des juifs qui opprimaient le peuple. Il fit reconnaître la suzeraineté de Kiev aux princes voisins et réunit de nouveau sous sa domination la plus grande partie de la Russie. Il fonda des églises et des couvents et construisit la ville de Vladimir-sur-Kliazma (capitale d'un nouveau grand-duché en 4457). Vladimir II est un des premiers en date des écrivains russes : il écrivit Poucenije, où sont exposés les devoirs du bon prince,
VLADiSLAV ou LADISLAS, roi de Bohême (de 4474 à 454 6), et de Hongrie (à partir de 4490), né en 4456, mort le 4 8 mars 4546. Neveu de Ladislas Posthumus (mort en 4457), fils de la sœur de celui-ci, Elisabeth, mariée au roi de Pologne Kazimir IV, et successeur du roi de Bohême George Podiebrad. Vladislav lutta au début contre Matthias Corvin de Hongrie, et fut obligé de lui céder la Moravie, la Silésie, la Lausitz; mais, après la mort de Corvin, il fut, en 4490 (au détriment du fils de celui-ci : Jean), choisi pour roi de Hongrie par les seigneurs. Il eut à soutenir une guerre contre l'empereur Maximifien P^, guerre terminée par la paix de Presbourg (1494), qui assurait aux Habsbourg la succession au trône de Hongrie, à défaut d'héritiers de Vladislav. Celui-ci laissa la noblesse prendre une grande puissance (spécialement la famille Zapolya). Un soulèvement des paysans sous la conduite de Georg Dozsa fut noyé dans le sang (4544). En 1545, en vertu d'un traité avec l'empereur Maximilien P*", la fille de Vladislav, Anna, dut épouser Ferdinand, petit-fils de l'empereur, et le fils de Vladislav, Louis, épousa Maria, petite-fille de Maximilien.
VLADISLAV. Nom de plusieurs rois de Pologne.
Vladislav l'^'^àit Hermann, né en 4073, mort en 4402. Fils de Kazimir P'',il succéda en 4084 à son frère, Boleslav le Hardi, qui, après avoir tué de sa propre main l'évêque de Cracovie, Stanislas Szczepanowski, avait quitté la Pologne. Il soutint de longues guerres contre les Poméraniens (4084-93, 4097-99) et les Bohémiens (409i), et eut à lutter contre son fils aîné Zbigniew. Il le vainquit et le fit prisonnier, mais peu après il lui pardonna et lui donna en apanage (4098) la Mazovie. Toutefois, c'est son fils cadet, Boleslav Bouche torse, qui devint son successeur.
Vladislav 11, né en 4404, était le fils de Boleslav Bouche torse. En sa qualité d'ainé de la famille, il succéda à son
père dans la dignité de roi (4439). Mais ses trois autres frères ayant obtenu les trois quarts de la Pologne, il ne pouvait exercer sur eux aucune autorité. Ses tendances de s'emparer au moins de la plus grande partie des terres de ses frères, et encore plus l'ascendant qu'eut sur lui sa femme Agnès, petite-fille de l'empereur Conrad II, eurent pour conséquence une guerre acharnée entre lui et ses frères. D'abord il fut secondé par la fortune, chassa ses adversaires de leurs domaines et les assiégea à Posen. Mais n'ayant pas voulu user de clémence envers eux, malgré les instances de l'archevêque, il fut excommunié par ce dernier. Dès lors, la bonne chance l'abandonna. Ses provinces se soulevèrent contre lui, la désertion éclaircit ses rangs, enfin une bataille que lui livrèrent ses frères se termina par la défaite. Vladislav quitta la Pologne pour ne plus y revenir (41 49) . Il fut appuyé pendant quelque temps par le pape quilançaune excommunication contre ses frères, et par l'empereur Conrad qui entreprit en 4457 une campagne contre la Pologne, mais, malgré tout, il ne fut pas réintégré dans ses domaines. Il mourut dans l'exil en 4 4 63.
Son fils aîné s'étant distingué en Italie, l'empereur demanda pour lui et pour ses deux frères une portion des domaines que leur père avait possédés. Leur oncle Boleslav, qui désirait la paix, leur céda alors la Silésie, qui, partagée entre les trois frères, resta depuis cette époque séparée du royaume de Pologne. Une grande partie de sa population resta cependant polonaise jusqu'à nos jours.
Vladislav III, surnommé Laskonogi (aux Jambes grêles) à cause de la longueur et de la maigreur de ses jambes, né en 4168, mort en 4234. Il hérita de son père MieczyslavHI le duché de Posen et fut élu en 4203 duc de Cracovie et roi de Pologne. Mais il s'attira par ses violences la haine des grands qui le déposèrent et élurent à sa place Lech le Blanc (4207). Toutefois, il lui resta la Grande-Pologne. Cependant la lutte qu'il y engagea contre le clergé aboutit à sa défaite. Il fut excommunié, puis Svientopelk, duc de Poméranie, le dépouilla de ses Etats. Vladislav mourut en Allemagne.
Vladislav IV, dit Lokietek («Haut d'une aune », de lokiec, aune), né en 4260, mort en 4333. Ce prince, d'une énergie indomptable et d'une ténacité rare, mérite le nom d'Unificateur de la Pologne. Si ensuite Kazimir le Grand a rendu cet Etat florissant, si les Jagellons en ont augmenté la puissance, toujours faut-il reconnaître que sans Vladislav Lokietek la Pologne n'aurait pas pu former un Etat homogène et que sans lui elle aurait probablement été engloutie par les Allemands.
Au début, il ne possédait que le petit duché de Sieradz dont il hérita en 4287 après la mort de son frère Leszek le Noir. Mais il ne s'en contenta pas. A Leszek appartenaient aussi les duchés de Cracovie et de Sandomir. Le duc de Breslau Henri IV s'en était emparé. Vladislav marcha contre lui, le vainquit, fit son entrée dans la ville de Cracovie, mais se retira bientôt, n'ayant pas assez de soldats. Sur ces entretemps, Henri IV meurt. Vladislav annexe alors le duché de Sandomir. Mais le successeur de Henri IV, le roi tchèque Venceslas (4294-4305), le battit et l'obligea même de se reconnaître vassal tchèque. Malgré cela, Vladislav eut bientôt un regain de fortune : la Grande-Pologne et la Poméranie, dont le duc Przemyslav périt assassiné en 4296, l'appelèrent sur le trône. Mais un autre parti fit la même proposition à Venceslas. Une lutte s'engagea ; Vladislav y succomba, perdit toutes ses terres et sauva à peine sa vie (4300).
Il se rend en exil, passe quelque temps à Rome, puis en Hongrie. Pendant ce temps, il songe toujours à reprendre le pouvoir. En effet, Venceslas commence en 4304 la lutte pour le trône do Hongrie. Charles-Robert d'Anjou qui veut s'emparer, lui aussi, du trône hongrois, fait irruption en Bohême. Vladislav en profite. Aidé d'une poignée de Hongrois, il entre dans la Petite-Pologne, s'empare de ses villes et s'approche de Cracovie. En même temps, Venceslas meurt, et son fils du même nom meurt assassiné par ses
VLADISLAV
adversaires tchèques à 01mulz,en Moravie. Tout cela facilite les progrès de Vladislav : il s'empare des duchés de Cracovie, de Sandomir, de Brzesc, de Sieradz et de Leczyca, il étend son pouvoir jusqu'en Poméranie. La Grande-Pologne seule, colonisée par les Allemands, ennemis acharnés de Vladislav, lui résiste. Mais après la mort de Henri, duc de la Grande-Pologne (i309), Vladislav devient maître aussi de cette province. Puis il écrase la révolte des colons allemands en Petite-Pologne (1311) et se tourne contre l'Ordre teutonique qui avait envahi sournoisement la Poméranie. Il obtient du pape un verdict obligeant les Teutons à lui rendre la Poméranie, et lorsque ceux-ci refusent d'obéir, il marche contre eux. A Plowce, il leur inflige une horrible défaite (1331). Mais pendant les préparatifs d'une nouvelle campagne, la mort le surprend. Il avait pressenti l'importance de l'alliance polonolithuanienne, et c'est dans ce but qu'il avait marié son fils Kazimir avec Anne Aldone, fille du grand'duc de Lithuanie, Giedymin (1325).
Vladislav V Jagellon, né vers 1354, mort en 1434. C'est sous ce petit-fils de Giedymin que se réalisa le rêve de Loldetek : l'union de la Pologne et de la Lithuanie. Etant l'aîné parmi ses douze frères, Vladislav se voyait obligé de lutter constamment contre eux pour se maintenir au pouvoir. Il lui fallait donc un appui. D'autre part, l'Ordre teutonique infestant sans cesse la Lithuanie à cause de son paganisme, comme il prétendait, mais en réalité pour assouvir son appétit insatiable de conquérant, la Lithuanie elle-même avait besoin d'un allié. Par conséquent, aussi bien les vues personnelles que les raisons d'Etat poussaient Jagellon à en chercher un.
Il fut donc très heureux lorsqu'on 1385, quelques mois après l'issue favorable de son conflit avec son frère Kiejstut, une députation de seigneurs polonais lui proposa le mariage avec la jeune et belle reine de Pologne, Hedvige d'Anjou. Il accepta la condition principale, notamment celle de faire baptiser les Lithuaniens, obtint l'assentiment d'Hedvige, se maria avec elle en 1386 et fit baptiser ensuite les Lithuaniens. Une partie de ces derniers et la totalité des habitants de l'Ukraine (appartenant à la Lithuanie depuis Giedymin) étant déjà chrétienne, mais de confession orthodoxe, Vladislav leur laissa la liberté entière de conscience.
Ce sont surtout les affaires de Lithuanie qui remplissent son long règne. Il organise ce pays sur le modèle de la Pologne et prépare de cette façon une union réelle entre la nation polonaise et lithuanienne. Car il faut ajouter que l'union qui venait d'être réalisée était seulement personnelle. Il eut de longues luttes à soutenir contre ses frères et ses cousins, c'était surtout le fils de Kiejstut, Witold, exilé par l'Ordre teutonique, qui lui donnait à faire. Même après que Jagellon se fut remis avec lui et l'eut nommé gouverneur de la Lithuanie, Witold s'efforçait d'agir comme s'il était indépendant. Une défaite que lui infligèrent les Tatars au bord de la rivière de Worskla l'approcha cependant de Jagellon. Il en reconnut à Wilno la souveraineté, ce qui ne l'empêcha pourtant pas de rêver de nouveau, vers 1429, de la couronne d'un roi de Lithuanie indépendante. Après sa mort, ce fut son successeur, le frère cadet de Jagellon, Swidrygiello, aidé de l'Ordre teutonique, qui marcha sur ses traces. Mais Jagellon battit l'Ordre teutonique à Wilkomierz et remplaça Swidrygiello par Sigismond, frère de Witold (1435).
Les luttes intestines n'absorbèrent pas Jagellon totalement. Dès qu'il avait un moment de répit,ilsongeait àla lutte avec l'Ordre teutonique. Ce dernier ne devait plus se mêler des affaires lithuaniennes du moment que les Lithuaniens étaient baptisés. Il n'en fut rien. Par conséquent, après avoir vaincu les Teutons en 1385 (lors de la guerre avec Kiejstut aidé par eux), Jagellon se vit de nouveau obhgé en 1410 de repousser leur incursion dans la province polonaise de Dobrzyn.
Cette fois-ci il leur porta un coup décisif. A la tête de
l'armée polonaise, secondé par Witold, il les écrasa le 15 juil. 1410, près de Grunwald (en polonais Zf^/on^ Pôle, Champvert). Le grand maître de l'Ordre, Ulrich de Jungingen, resta sur le champ de bataille avec l'élite de ses chevaliers, et tous les drapeaux teutoniques tombèrent entre les mains des Polonais. N'était la discorde avec Witold qui ne voulait pas poursuivre les fuyards, l'ordre entier y aurait trouvé son tombeau. Malgré cela, à partir de cette défaite, les chevaliers teutoniques ont vécu. Jagellon les battit encore à Koronov, puis conclut avec eux la paix à Thorn (1411). Ils rendirent à la Lithuanie la Samogitie que leur avait cédée Witold pour s'assurer leur amitié, et payèrent les frais de guerre. En 1420, l'Ordre teutonique essaya de reconquérir la Samogitie ; il fut de nouveau vaincu et se désista (en 1422, dans le traité de Melno) de ses prétentions. En 1432, les chevaliers teutoniques commencèrent encore une guerre, elle se termina derechef par leur défaite.
Le baptême des Lithuaniens, la destruction de l'Ordre teutonique, sont les deux mérites principaux de Jagellon. En Pologne, il laissa les rênes du gouvernement à Hedvige tant qu'elle vécut. C'est elle qui reconquit sur la Hongrie la Ruthénie rouge (Galicie orientale d'aujourd'hui). Après sa mort (1399), Jagellon y joue un rôle plus actif. Il rachète en 1403 la terre de Dobrzyn engagée autrefois contre une somme d'argent à l'Ordre teutonique, il favorise la colonisation de la Ruthénie rouge, de la Volynie et de la Podolie, presque complètement dépeuplées par les Tatars. Il n'oubhe jamais l'importance de l'union de la Lithuanie avec la Pologne et, après la bataille de Grunwald, il amène le renouvellement de cette union à Horodlo (1413). Doux et débonnaire, il augmente les libertés civiles de la République polonaise. Par l'acte de Czerwinsk (1422), il abolit la confiscation des terres en Pologne, par celui de Jedlno (1430) il assure l'inviolabilité personnelle. Personne ne pourra être désormais emprisonné en Pologne sans verdict (exception faite pour les incendiaires, les assassins et les voleurs pris en flagrant délit). Catholique fervent (ce qui lut fit refuser en 1419 le trône tchèque que lui offraient les hussites, ses admirateurs sincères, à cause de ses victoires sur les Teutons), il était pourtant plein de tolérance : par l'acte de Grodno (15 oct. 1432), il assura aux orthodoxes l'égalité complète des droits avec lescatholiques.il jeta ainsi les bases de la tolérance religieuse qui constitue une des gloires de la Pologne du xv® et du xvi® siècle.
Jagellon a laissé le souvenir d'un prince vaillant, bon et intelligent. Marié quatre fois, il n'eut des enfants que de sa dernière femme, Sophie de Lithuanie. Au moment de sa mort (1434), son fils aîné n'était âgé que de dix ans.
C'était Vladislav VI, dit de Varna (1434-44), à cause de sa mort héroïque auprès de cette ville. Son règne fut court. Pendant six ans, la direction du royaume fut entièrement entre les mains de l'évêque de Cracovie, Zbigniew Olesnicki. Ce prélat abhorrait les hussites, ce qui fit échouer encore une fois l'offre de la couronne tchèque à Vladislav (ce ne fut qu'en 1471 que les Jagellons aeceptèrent enfin cette offre) et provoqua de plus une lutte entre les catholiques et les hussites polonais, lutte terminée par la défaite des hussites à Grotniki (1438). En 1440, Vladislav, déjà majeur, fut appelé sur le trône de Hongrie. Il commença bientôt une guerre contre les Turcs et tomba, âgé de vingt ans, au champ de bataille de Varna.
Vladislav Vil, né à Cracovie en 1595, mort à Merecz en 1648. Parmi les trois rois de Pologne de la maison suédoise de Wasa, il fut le plus énergique et le plus doué. Appelé à l'âge de quinze ans (en 1610) sur le trône de Russie, il fit déjà à ce moment des preuves d'un caractère bien trempé. La conduite imprudente de son père Sigismond IIÏ qui voulait garder le trône moscovite pour lui-même et s'opposait à la tolérance religieuse que manifestait Vladislav lui fit perdre cette couronne. Excellent soldat, il eut à soutenir dès le début de son règne qui dura seize ans (1632-48) des guerres sanglantes contre les
VLADISLAV - VOCALISATION
Russes, les Turcs et les Suédois^ Il vainquit d'abord le général moscovite Sehine et obligea la Russie à conclure le traité de Polanowka (1634) où la Russie se désista de ses prétentions à la Livonie et prit pour elle les frais de guerre. En même temps, Koniecpolski battit l'armée tatare à Sasowy Rég et l'armée turque à Paniowce. Le sultan conclut la paix, promit de tenir en laisse les Tatars et de ne pas nommer d'hospodar de la Yalachie et de la Moldavie sans assentiment de la Pologne. D'autre part, Vladislav prit l'obligation de contenir les Cosaques. Avec la Suède aussi fut conclu un traité (à Sztumdorf, 1635), d'après lequel les Suédois évacuèrent la Prusse polonaise dite royale.
Une fois libre, Vladislav songea à profiter du désarroi dans lequel fut jetée l'Europe à cause de la guerre de Trente ans. Pour cela il voulait conclure une alliance franco-polonaise et prendre entre deux feux les Autrichiens. En revanche, il devait obtenir la Silésie et être appuyé par Richelieu au moment où il désirerait prétendre au trône de la Suède. Mais ces plans rencontrèrent une opposition parmi les Polonais. Cependant, après la mort de sa première femme, Cécile d'Autriche, Vladislav se tourna de nouveau du côté de la France et épousa la duchesse de Nevers, Marie-Louise de Gonzague.
■ Cette fois-ci, la guerre de Trente ans touchant à sa fm, Vladislav conçut le plan d'une vaste campagne contre les Turcs. Il conclut un traité secret avec Venise et se mit à s'armer fiévreusement. La diète polonaise, toujours hostile aux guerres offensives, n'était pas favorable aux intentions du roi. Pourtant, selon toute probabilité, elle lui aurait cédé, d'autant plus que les confins orientaux delà Pologne avaient besoin d'une organisation ferme et définitive. En outre, une levée en masse devint nécessaire, car vers 1648 une révolte des Cosaques qui voyaient d'un mauvais œil les tentatives de la république de les contenir, éclata aux bords du Dniepr. Les Cosaques venaient de remporter leur première victoire à ZolteWody, lorsque Vladislav mourut subitement à Merecz. C'était une grande perte pour la Pologne, d'autant plus que Vladislav s'était montré plein de discernement aussi dans les affaires intérieures. Il s'était tourné contre les jésuites devenus trop puissants sous son père Sigisraondllï et avait fait venir en Pologne les piaristes, pour combattre leur influence. En outre, comme les problèmes religieux avaient commencé à agiter la Pologne, il s'était engagé courageusement dans le chemin de la tolérance la plus complète. Malheureusement, son successeur, Jean-Casimir, ne sut pas marcher sur ses traces. D^ V. Bugiel.
VLADIVOSTOK {Dominateur de V Orient, en chin. Hai-stan-wai, autrefois nommé Port-May). Ville forte de 1^^ rang, port maritime et capitale de la prov. russosibérienne de Primorskaïa (ou du Littoral), située au S. de la presqu'île Mouraviev-Amouzskii, entre la baie de la Corne d'Or (golfe de Pierre le Grand, mer du Japon) et la baie de l'Amour ; 28.896 hab. (10.000 militaires, 6.500 Chinois, 1 .400 Japonais, 800 Coréens). Terminus de la ligne d'Oussouri (Khabarovsk -Vladivostok) et du chemin de fer mandchourien. La ville compte 1.780 maisons en bois et 303 maisons de pierre. Lignes télégraphiques vers l'Europe à travers la Sibérie, et par Nagasaki àChanghaï. Trois journaux russes, collèges de garçons et de filles, école navale, muséum, société d'exploration, succursales des banques impériale russe et russo-chinoise. Brasseries, minoteries, scieries à vapeur, briqueterie; fabr. de machines à vapeur. Vladivostok est port franc ; sa rade est spacieuse, bien abritée et défendue; elle a 7 m. de profondeur, peut tenir 55 navires de 75 m., elle a une cale sèche; mais pendant deux mois la rade est gelée. Le mouvement du port a été, en 1896, de 253 navires de 194.728 tonnes ; en outre, nombreuses jonques chinoises. L'importation consiste en farine, riz, thé, sucre, boisson, produits manufacturés, fer et acier ; l'exportation consiste en choux de mer, cornes de marali,trépang, poisson fumé.
C'est le port de guerre le plus important des frontières orientales de l'empire russe. Sa situation à l'extrémité du Transsibérien et son rôle de point d'appui de la flotte russe en extrême Orient lui donnent une importance militaire et un avenir commercial de premier ordre. — Hameau de pêcheurs mandchoux avant 1860, Vladivostok fut occupé par les Russes qui y- établirent un poste militaire le 20 juin 1860 ; en 1876, le port de guerre de Nikolaievsk (à l'embouchure de l'Amour) y fut transféré ; en 1880, Vladivostok fut élevé au rang de ville et, en 1888, devint chef-lieu de la province du Littoral; en 1896 on y a commencé la construction de 12 nouveaux forts.
VLEGYASZA (Mont) (V. Karpates).
VLIEGER (Simon Jacobsz de), peintre hollandais, né à Rotterdam en 1601, mort à Weesp en 1653. Membre de la gilde de Saint-Luc à Delft en 1634, il s'établit à Amsterdam en 1638, puis à Weesp en 1649. Il fut sans doute l'élève de Porcellis et de W. van de Velde le Vieux, qu'il dépassa de beaucoup dans ses marines. Il peignit dans ses effets les plus variés et les plus lumineux la mer, calme ou agitée, avec un sens exquis de l'arrangement pittoresque, du balancement des lignes. Ses deux célèbres élèves, ^N. van de Velde le Jeune et Jan van de Capelle, ne l'ont peut-être pas dépassé. On trouve ses ouvrages dans les musées d'Amsterdam, La Haye, Anvers, Londres, Paris, Dresde, Munich, Berlin, Vienne, Copenhague, Stockholm, Saint-Pétersbourg, etc.
VLIELAND. Ile du royaume des Pays-Bas, entre la mer du Nord et le Zuyderzee, prov. de Hollande sept. ; elle occupe une superficie d'environ 52 kil. q. et compte environ 750 hab. qui vivent de la pêche.
VLIET (Hendrik Cornelisz van), peintre hollandais, né à Delft en 1611 ou 1612, mort à Delft en 1675. Elève de Mierevelt, membre de la gilde de Saint-Luc à Delft en 1632, il fut un très remarquable peintre d'architectures, mais traita aussi le portrait et le genre avec talent. (Euvres à Amsterdam, La Haye, etc. E. D.-G.
VOCALISATION, VOCALISE (Mus.). On désigne par le mot de vocalise une suite de plusieurs notes émises d'une seule émission de voix et sur une seule syllabe. Ces notes peuvent être fort nombreuses ; suivant la rapidité du mouvement, elles se multiplient singulièrement, puisque la durée d'une respiration peut être prise comme limite de l'étendue d'une vocalise. Le plus souvent, les vocalises, surtout celles de simple ornement (et la musique moderne depuis longtemps ne connaît guère que celles-là) procèdent diatoniquement. Ce sont des fragments de gammes, juxtaposés suivant certains dessins, dans le style ordinaire des variations par diminution. Ces gammes pourront être chromatiques, effet que la difficulté d'exécution rend nécessairement plus rare. Enfin, on vocalisera également bien sur les intervalles d'un accord en les agrémentant, ou besoin, d'appogiatures ou de notes de passages, ou bien encore par petits groupes répétés et superposés reproduisant un dessin quelconque. Toutes ces variétés peuvent s'employer bien entendu simultanément : mais, quelque fantaisie qui semble présider à l'écriture des traits de vocalisation, il faut remarquer qu'ils procèdent toujours par formules identiques, enchaînées les unes aux autres suivant divers intervalles.
Bien qu'on désigne aujourd'hui sous ce nom tous les traits d'ornements, il faut ne point perdre de vue que seuls les traits en notes bées sont de véritables vocalises. Les staccati, les notes piquées et détachées, bien que proférées sur une syllabe unique du texte (ou plutôt sur la répétition de cette syllabe), sont en réalité autre chose. La vraie vocalise liée, quelle qu'en soit la forme, constitue un excellent exercice de chant, beaucoup trop négligé par nos arstites. Sans une étude approfondie de la vocalisation, on ne saurait arriver à une bonne émission de la voix, à une justesse, une agilité et une égalité parfaites. A ce titre, les vocalises les plus compliquées,
VOCALISATION — VOCONTII
que l'on peut trouver insipides dans les opéras italiens du siècle dernier, sont parfaitement à leur place dans les solfèges et les cours de chant. Et pour les avoir négligées, nos chanteurs sont devenus presque tous incapables de rendre convenablement l'ancienne musique (celle de Mozart ou de Rossini) écrite, même en dehors des passages ornés, pour des artistes qui possédaient à fond l'art de la vocalisation, lequel résume et suppose tout le mécanisme de l'art du chant. Ce discrédit de la vocalise s'explique naturellement par l'abus qui fit autrefois d'un procédé d'école le but suprême de l'art en quelque sorte. Par réaction contre la musique fleurie, ornée et inexpressive, on en est arrivé à remplacer le chant par la déclamation. Mais c'est là un abus dont les inconvénients se font sentir : car, parce que les œuvres expressives sont d'une valeur musicale supérieure, il ne s'ensuit pas qu'il faille renoncer à acquérir le mécanisme de l'art vocal en travaillant assidûment des exercices qui ne sont qu'une gymnastique de l'organe. Les instrumentistes, parce qu'ils veulent interpréter plus tard les ouvrages les plus pathétiques et les plus musicaux des grands maîtres, n'ont pas pour cela renoncé à s'y préparer par des exercices d'agilité et d'égalité, lesquels n'ont d'autre utilité que de leur donner la possession de leur instrument. Les chanteurs auraient singulièrement gagné à agir de la même façon.
Au surplus, les vocalises qui sont depuis longtemps devenus, hors de l'école, un simple ornement, passablement démodé de nos jours par l'abus qui en a été fait à tout propos, ont servi jadis, lors des premiers essais de l'art expressif et dramatique, à de tout autres usages. Les anciens maîtres du xvii® siècle, en Italie et en Allemagne principalement, en usent surtout comme moyen d'expression, alors que la forme encore indécise de leurs mélopées trop esclaves du texte ne permet pas qu'ils s'en servent aussi commodément pour rendre leurs intentions. C'est dans les vocalises qu'ils s'essaient à toutes sortes de tentatives d'imitations directes que nous confierions aujourd'hui à l'orchestre. Toutes les allusions du texte y sont ingénieusement commentées. Le rythme, la forme et l'étendue des traits, la rapidité ou la lenteur du mouvement leur servent à traduire et à expliquer les paroles, comme le geste, dans la vie, se joint couramment au discours. Schiitz, Carissimi, pour ne citer que ces deux-là, offrent de nombreux exemples de cette curieuse rhétorique sonore dont on trouverait encore des traces sensibles dans le style du grand Bach. Ce n'est que plus tard, quand les progrès de Tart eurent rendu ces elïets inutiles, que la vocalise s'est réduite au rôle simplement ornemental que nous lui connaissons en tant d'ouvrages du siècle dernier. Par l'abus singulier qu'ils en firent, les compositeurs et les virtuoses s'interdisaient de varier les formules de ces variations monotones dont on s'est justement lassé et qui, à notre goût, déparent tant d'œuvres qui ne sont pas sans mérite et quelquefois dignes d'être rangées parmi les vrais chefs-d'œuvre. H. Q.
VOCALISME. On entend ordinairement par ce mot le système des voyelles d'une langue ou d'un groupe de langues appartenant à la même famille. L'étude du vocalisme est surtout importante pour l'histoire des langues dérivées, parce qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, de se rendre compte des transformations subies par les mots provenant de la langue mère, si l'on n'analyse pas exactement, non seulement les voyelles en elles-mêmes, mais encore leur quantité, leur accent, leur position, etc. C'est ainsi, par exemple, que la connaissance du vocalisme latin est indispensable pour comprendre les lois de la formation des langues romanes. Les voyelles en effet ne jouent pas un moindre rôle que les consonnes, comme on se plaisait autrefois à le dire, dans la constitution et l'évolution des mots ; et le vocalisme des langues anciennes est l'une des questions les plus intéressantes de l'histoire du langage. En ce qui concerne les langues indo-européennes , notamment , la théorie du vocalisme primitif, c.-à-d. du vocalisme des racines, a fait de nos jours, grâce
à de persévérantes études, un incontestable progrès. On admettait autrefois que le sanscrit représentait l'état primitif du vocalisme indo-européen, c.-à-d. que la voyelle a seule était primitive, et que les voyelles ^ et o n'en étaient que des modifications; aujourd'hui, au contraire, on est d'accord, renversant les termes, pour enseigner que les trois voyelles existaient antérieurement à la séparation des langues. On a donné à cette théorie, qui a été féconde en résultats, le nom de théorie du trivocalisme indo-européen. " M. Beaudouin.
BiBL. : De Saussure, Mémoire sur le système primiti/' des voyelles dans les langues indo-européennes ; Leipzick (Sic), 1879.
VOCANCE. Com. du dép. de l'Ardèche, arr. de Tournon, cant. d'Annonay; 848 hab. Tissage de soie.
VOCATIF. Le vocatif (du latin vocatiuus) est l'un des cas de la déclinaison ; c'est la forme que prend le substantif quand il signifie la personne ou la personnification à laquelle on s'adresse. Il forme une phrase à lui seul, étant employé en dehors de toute construction syntactique. Il est généralement précédé de w en grec, et souvent de Ô en latin ; il a alors plus particulièrement la valeur d'une exclamation. Le vocatif n'a de forme spéciale qu'au singulier, et même à ce nombre beaucoup de substantifs l'ont perdu et remplacé par le nominatif; aux autres nombres la forme du nominatif a prévalu. Lorsqu'il a une forme spéciale, le vocatif se présente généralement comme le thème nominal sans aucun indice casuel ; le vocatif singulier des thèmes en o en grec et en latin en est l'exemple le plus remarquable ; Ïtïtûoç, voc. Ïtutîs ; equus, voc. eque. Dans d'autres thèmes, on remarque une abréviation de la voyelle, ou encore un recul de l'accent ; les grammaires signalent ces irrégularités, plus apparentes que réelles.
VOCATIO IN JUS (Dr. rom.) (V. Assignation).
VOCATION. I. Théologie (V. Prédestination).
IL DROir CIVIL (V. Succession).
VOCERO. Chant funèbre corse. C'est une coutume extrêmement ancienne, et qui paraît jadis avoir été commune à toute l'humanité, que de pousser sur la tombe des êtres aimés une sorte de lamentation oh se mêlent les éloges et les regrets. Cette coutume, attestée pour l'antiquité par un nombre infini de témoignages (elle a donné naissance, en Grèce et à Rome, à l'oraison funèbre), encore observée aujourd'hui chez beaucoup de peuplades sauvages, ne s'est nulle part en Europe conservée aussi bien qu'en Corse (et sur divers points de la Sardaigne, de la Sicile et de l'Italie méridionale). La plainte funèbre je nomme en Corse, suivant les régions, vocero^ compito^ ballata, buceratu, lamentu; en Sardaigne, titio, attitido; en Sicile, tribolo. Le vocero corse est une pièce d'allure lyrique, en strophes de six vers féminins de sept syllabes dont les vers impairs ne riment pas (ou plus exactement de trois vers de quatorze syllabes coupés en deux hémistiches à terminaison féminine) ; il ne célèbre pas, comme l'oraison funèbre, les vertus du mort et se borne à exprimer les regrets causés par sa perte. Il est toujours prononcé par une femme, en général par la plus proche parente du mort, sa femme, sa sœur ou sa mère; mais il y a aussi des voceratrici de profession qui acquièrent dans ce genre une véritable virtuosité. « Elles marchent, dit A. Fée, en tête du convoi et versifient avec lenteur, mais avec élan. » Parfois une femme du cortège interrompt la principale improvisatrice, qui reprend aussitôt, et le vocero se transforme ainsi en dialogue. Les voceri prononcés sur la tombe des victimes de vendeite sont souvent d'une fougue et d'une violence extrêmes et ne contribuent pas peu, disent les voyageurs, à perpétuer les haines de famille. A. Jeanroy.
BiBL, : A.-L.-A. FÉE, Voceri. chants populaires de la Corse ; Paris et Strasbourg, 1850. — A. Bouillier, l'Ile de Sardaigne, Dialectes et chants populaires; Paris, 1865.
VOCONTII. Peuple gaulois des Alpes. Leur territoire, compris entre la Durance et l'Isère inférieure, et s'éten-
VOCONTII -- VCEU
dant à TE. des Cavain, au S. des Allobroges, à FO. des QuariatsSy des Bodiontici, des Avantici, au N. des 3Iemim et des Vulgientes, fut, en 418 av. J.-C, incorporé à la prov. de la Gaule transalpine, à la suite des expéditions de Fulvius Flaccus et de Sextius Calvinus. En 28 av. J.-C, \ês Vocontii, qui avaient dans leur clientèle une foule de petits peuples alpins, firent partie de la Narbonnaise. Après avoir été pendant longtemps une civitas fœdeimta, ils échangèrent cette condition contre celle de civitas romana. Leur pays, partagé vers la fin du IV® siècle, entre la Viennoise première et la Viennoise seconde, forma plus tard les diocèses de Vaison et de Die. Déjà antérieurement, à côté de quelques villes comme Darentiaca (Saillans), Castuiaca (Carluc), Alaunium (Alaun) et Cambonum (?), ils avaient deux capitales : Vasio (Vaison) et Lucus (Luc-en-Diois) et un centre religieux : Dea Augusta (Die).
BiBL. : Long, Recherches sur les antiquités des Vocontiens, dans Mém. de TA Cad. des inscript.. 2" série, 1849, t. II.
VODABLE. Com. du dép. du Puy-de-Dôme, arr. et cant. d'Issoire; 435 hab.
YODEN ou VODENA. Ville de Macédoine, vilayet turc et sandjak de Salonique, sur la Vodéna, à la lisière montagneuse de la plaine macédonienne, sur le chemin de fer Salonique-Bitolia ; 14.000 hab. Bâtie sur un plateau, au bord d'une muraille rocheuse rouge de 80 à 100 m. de haut, à pic, que les eaux franchissent par cinq grandes cascades. La ville (l'ancienne Edesse, première capitale de la Macédoine) a beaucoup d'églises et de mosquées. Fabr. de tabac; tissage de laine et de coton.,
VOËTIUS (Gisbert), théologien hollandais, né à Heusden en 1589, mort à Heusden en 1676.11 devint pasteur dans sa ville natale, et se signala par des controverses pleines d*âpreté où il portait un esprit des plus intolérants. Au fameux synode de Dordrecht, il combattit l'arminianisme avec passion, de même qu'il attaqua plus tard sans mesure les travaux de Descartes et ceux de Coccejus. Son éloquence emportée, jointe à une érudition extraordinaire, lui attira de nombreux disciples et remua profondément le monde théologique de Hollande et des pays voisins. Il fut appelé en 1634 à la chaire d'Ecriture sainte et de langues orientales à l'Université d'Utrecht. Ses ouvrages sont extrêmement nombreux. On en a réuni les principaux sous les titres de Selectœ disputationes theologicœ (Utrecht, 1648-69, 5 vol. in-4), et de Politica ecclesiastica (Amsterdam, 1863-76, 4 vol. in-4).
BiBL. : BuRMAN, Trajectum eruditorum; Utrecht, 1738, in-1.
VŒU. L Théologie. — L'usage des vœux paraît aussi ancien que la religion. En effet, ils sont l'expression instinctive du sentiment de la dépendance humaine ému par la crainte ou par le désir. On en trouve de nombreux exemples chez les Israélites : Genèse, xxviii, 18-22 ; Léuitique, xxvii ; xxxi, 13 ; Nombres, vi ; xxx ; Juges, XI, 30-40; I, Chroniques, xxii, 7-19; Psaumes, XXII, 26; L, 14; lxvi, 13-14; cxvi, 18; cxxxi, etc. Le Deutéronome précise l'ordonnance relative à ces engagements :« Quand tu auras fait un vœu à l'Eternel, ne diffère pas de l'accomplir; car l'Eternel ne manquerait pas à te le redemander ; de cette manière, il n'y aura point de péché en toi. Mais quand tu t'aJDStiendras de faife des vœux, il n'y aura point de péché en toi. Tu prendras garde à faire tout ce que tu auras prononcé de ta bouche, selon que tu auras fait le vœu volontairement à l'Eternel et que tu l'auras prononcé de ta bouche » (xxiii, 21-23). Cette prescription est reproduite, à peu près dans les mêmes termes, en VEcclésiaste, v, 4-5.
Cette matière, qui occupait déjà une grande place dans la casuistique des docteurs juifs, en tient une plus grande encore dans les spéculations des théologiens catholiques. Ils définissent ainsi le vœu : Votum est promissio deliberati Deo facta de meliori bono, c.-à-d. une promesse faite à Dieu, volontairement et de propos délibéré,
d'une œuvre à laquelle on n'est point obligé et dont la valeur dépasse ce qui lui est opposé. Cet engagement peut être pris en vue du culte des saints, mais il ne peut être contracté directement qu'envers Dieu, parce qu'il impïiplique le culte de latrie. Il doit, de plus, comprendre un bien plus grand que celui qui lui est opposé : si une personne faisait le vœu de se marier, ce vœu serait nul, parce que le mariage est un moindre bien que la virginité, et parce que la virginité, l'état ecclésiastique et l'état religieux, qui constituent un bien plus grand, sont incompatibles avec ce vœu. Une deuxième conséquence de la même définition est qu'on ne peut faire le vœu d'une chose indifférente ou égale à une autre qui lui est op-
En ce qui concerne la forme, on distingue les vœux simples et les vœux solennels. Le voeu simple est celui que l'on fait sans les solennités prescrites par l'Eglise, comme le vœu de jeûner, de prier, de faire l'aumône, de garder la continence. Le vœu solennel est celui par lequel on se consacre à Dieu, avec les solennités prescrites par l'Eglise. Il n'y a que deux espèces de vœux solennels. La première comprend le vœu de religion, c.-à-d. les vœux prononcés quand on fait profession dans un ordre approuvé, comme tel, par l'Eglise. A la seconde appartient le vœu tacite de chasteté, annexé à la réception du sous-diaconat. Tous les autres vœux sont simples, soit qu'on les fasse en particulier ou en public, de bouche ou de cœur. Quoique les communautés ou congrégations séculières ressemblent beaucoup aux ordres religieux où l'on professe une règle approuvée par l'Eglise, et que les supérieurs reçoivent les engagements de ceux qui y entrent, les engagements qui y sont pris publiquement ne fsont considérés que comme vœux simples. L^yçaviàQ stabilité n'y a point d'autre valeur. — On ne sait pas exactement à quelle époque a commencé l'usage de faire des vœux de religion, tel qu'il est pratiqué aujourd'hui. Toutefois, il est certain que dans les premiers monastères, il n'y avait aucune formule de profession. On n'y faisait même pas de vœux particuliers. Ceux qui y entraient s'engageaient tout simplement à suivre la vie monastique et à se soumettre à l'observance que leurs supérieurs estimeraient la plus parfaite ou la plus conforme à leur vocation. De sorte qu'il y avait quelquefois plusieurs règles dans un même monastère. Les bénédictins prétendent que la règle de Saint-Benoît est la première qui ait prescrit la forme de profession par laquelle on promettait de l'observer. Elle s'observe encore chez les bénédictins. On y trouve les trois engagements essentiels au régime monastique : stabilité, pureté de mœurs et obéissance, qui sont exprimés dans les autres ordres, sous la forme des vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. — Ueffet des vœux solennels est de produire un empêchement dirimant au mariage. Le mariage contracté malgré cet empêchement est et doit rester toujours nul. Au contraire, quoique le vœu simple interdise le mariage et le rende criminel, il ne l'annule pas, s'il est contracté, malgré cette prohibition. Néanmoins, on considère comme créant des empêchements dirimants certains vœux simples : celui de chasteté perpétuelle, celui d'entrer en religion ou de jamais se marier, ces vœux étant absolument incompatibles avec l'état de mariage.
Un vœu étant la promesse d'un bien, il peut advenir que celui qui a fait cette promesse se trouve ensuite dans des circonstances où il ne saurait l'accomplir sans faire un mal ou sans omettre un bien plus important et plus pressant. On a déduit de cette considération l'usage des DISPENSES qui suppriment la promesse ou qui substituent au bien promis un autre bien compatible avec les circonstances. Cette relaxation est faite, au nom de Dieu, par le supérieur ecclésiastique : 1« le pape dans toute l'Eglise ; 2« l'évêque dans son diocèse, par rapport aux vœux dont la dispense n'est point réservée au pape ; 3'* ceux qui exercent la juridiction épiscopale, comme les abbés et