VOLONTE
refus. L'exécution ou l'acte proprement dit est l'effet extérieur et final de la volonté. Elle manque parfois quand l'acte se trouve devenu impossible par suite de quelque changement imprévu dans les circonstances extérieures. Parfois aussi elle est séparée de la détermination par un plus moins long intervalle : c'est le cas des projets, des intentions, desîJ^^/^ï/é^. D'ordinaire, cependant, vouloir et agir ne font qu'un, et la détermination coïncide avec le point de départ de l'exécution. Au moment même oii on se décide, on a conscience d'un effort qui est le commencement et comme le signal de l'action. Dans les cas très simples, l'acte volontaire se réduit à ces trois éléments : l'idée de l'acte possible, le consentement et l'effort. J'ai besoin de consulter un livre qui est devant moi sur ma table : penser à prendre ce livre, le vouloir et le faire, tout cela se passe en un clin d'œil.
Aussi n'est-il pas surprenant que certains psychologues, surtout ceux de l'école empirique ou associationniste, aient cru pouvoir ramener la volonté, soit au jugement, soit au désir. Cette dernière théorie est celle de Condillac, qui définissait la volonté « un désir prédominant et absolu ». Toutefois, il reste toujours, entre le désir et la volonté, cette grande différence, que le désir nous apparaît comme fatal, et la volonté comme libre. Ainsi que le plaisir et la douleur, ainsi que toute sensation et toute passion, le désir naît dans l'âme sans son consentement, souvent à l'improviste, dès qu'un certain objet se présente ou qu'une certaine idée se réveille. Le plus honnête homme du monde ne peut pas répondre qu'il n'éprouvera jamais de mauvais désirs. Au contraire, nous nous croyons libre de céder au désir ou de lui résister, de vouloir ou de ne pas vouloir l'action à laquelle il nous sollicite.
Si nous considérons la volonté non plus dans ses conditions internes, mais dans ses effets plus ou moins extérieurs, nous pouvons dire qu'elle exerce tout d'abord son empire sur 1 organisme, par l'intermédiaire des nerfs moteurs, les muscles étant les seules parties du corps qui paraissent directement soumises à son influence. A l'origine, les contractions musculaires et les mouvements qui en résultent sont des effets de la spontanéité ou de l'instinct. L* enfant aux premiers jours de la vie remue tous ses membres sans le vouloir; inconsciemment, sous l'impulsion du plaisir, de la peine, du désir ou de quelque autre sensation, parfois aussi, sans cause apparente, comme pour dépenser le trop plein de ses forces. La volonté sort par degrés de cette activité primitive. Il faut, en effet, que nous apprenions à mouvoir nos différents organes, c.-à-d. à refaire volontairement ce que nous avons d'abord fait par instinct. Aussi remarque-t-on que les premiers mouvements volontaires de l'enfant sont souvent incertains et maladroits : par exemple, les mains se portent plus loin ou plus près qu'il ne faut pour saisir les objets. On en pourrait dire autant des yeux qui ne s'accommodent pas dès les premiers jours aux^distances. La grande difficulté dans cet apprentissage de la volonté, c'est d'arriver à dissocier, à isoler des mouvements qui tendent d'eux-mêmes à se produire ensemble. Celui qui apprend à écrire, à jouer du piano, etc., fait toujours beaucoup plus de mouvements qu'il ne faut : aussi doit-il s'exercer à supprimer tous les efforts inutiles pour concentrer en quelque sorte toute sa force dans un mouvement unique. — La volonté n'a pas seulement sur les muscles une action positive. Elle peut empêcher aussi bien que produire le mouvement. Cette action négative exige parfois une dépense de forces considérable. Suspendre sa respiration, retenir ses cris, ses sanglots, rester immobile malgré la fatigue ou la peur, voilà autant d'exemples de la volonté considérée comme puissance à' inhibition, selon le mot des physiologistes. L'exercice et l'habitude accroissent en quelque sorte indéfiniment l'empire de la volonté sur les organes. On en trouverait des preuves sans nombre dans tous les prodiges de force ou d'adresse accomplis par les profes-
sionnels de la gymnastique, des différents sports, de la musique, etc.
Si on envisage les effets produits par la volonté sur l'intelligence, on voit tout d'abord qu'elle est le principe de l'attention et par conséquent la condition nécessaire de la connaissance claire et distincte. Quelle que soit sa vivacité naturelle, l'intelligence n'irait pas bien loin sans la volonté : elle ne s'appliquerait qu'aux objets qui se présentent d'eux-mêmes aux sens et n'y percevrait que les qualités les plus apparentes et les plus superficielles. Elle s'arrêterait donc au premier degré de la généralisation et du raisonnement, et c'est à peine si les germes de raison qu'elle contient réussiraient à éclore. L'homme ressemblerait donc sous ce rapport à l'animal. Presque tous ceux qui ont étudié les sauvages ont constaté chez eux une singulière incapacité de fixer et de soutenir l'effort de l'attention : ce qui leur manque, c'est moins la faculté de comprendre que celle de réfléchir. Aussi la science dans l'humanité est-elle l'œuvre de la volonté au moins autant que de la raison.
La volonté a été aussi considérée par Descartes comme le principe de la croyance, etpar conséquent du jugement et de l'erreur, et cette doctrine a été reprise par un assez grand nombre de philosophes contemporains : Sécrétan, Renouvier, Brochard. Croire, selon Descartes, c'est donner ou refuser son assentiment à une synthèse d'idées que l'intelligence propose, mais n'impose pas, car cet assentiment est libre. D'autre part, la croyance, de même que la volonté, confère aux idées une réalité objective : tant que l'idée n'est pas encore crue ou voulue, elle n'est qu'un pur possible. Croire ou vouloir, c'est faire qu'elle se réalise ; et de là vient que toute croyance tend à passer dans les actes et se manijfeste dans la conduite bien plus fidèlement que dans le discours. Ainsi croire qu'une chose est un bien et vouloir posséder ou acquérir cette chose, c'est tout un.
A l'égard de la sensibilité l'influence de la volonté est presque toujours indirecte. Nous ne pouvons en effet supprimer à notre gré les sensations et les désirs, mais nous pouvons du moins nous opposer à leurs manifestations extérieures et à leur satisfaction ; en détournant notre pensée vers d'autres objets, nous pouvons les affaiblir ou même les annuler. Il est même en notre pouvoir de susciter et de développer en nous certains sentiments si nous recherchons volontairement toutes les occasions qui peuvent les faire naître, si nous évoquons et maintenons dans notre esprit les idées auxquelles ils sont attachés, si enfin nous nous complaisons à les manifester et à les satisfaire. C'est ainsi qu'on peut se rendre soi-même courageux ou peureux, affectueux ou égoïste, gai ou mélancolique, etc. Enfin la volonté peut agir sur elle-même en dirigeant pour ainsi dire son propre développement. Il y a une sorte d'éducation de la volonté par la volonté elle-même. Nos résolutions présentes en effet influent sur nos résolutions futures qu'elles préparent. Celui qui s'accoutume à vouloir souvent, à vouloir promptement, à vouloir énergiquement, développe en lui des qualités d'initiative, de décision et de vigueur morale.
Au point de vue de Véthologie, c.-à-d. de la psychologie des caractères, les hommes ne sont pas moins différents et inégaux entre eux sous le rapport de la volonté que sous le rapport de la sensibilité et de TinteUigence ; et ces différences, ces inégalités tiennent en partie à la nature originelle, en partie aussi à l'éducation et aux circonstances. Si on essaie de concevoir un type idéal de volonté parfaite, on peut, ce semble, distinguer trois ordres de caractère relatifs aux trois éléments dont se compose l'acte volontaire : délibération, détermination, exécution. En premier lieu, la volonté sera évidemment imparfaite, soit si la délibération est absente et insuffisante, soit si elle se prolonge au point de rendre impossible la détermination finale. De ce type s'écartent également, mais en sens contraire, les étourdis et les impulsifs d'une part,