VOLSQUES -- VOLTA
ports d'Anxur (Tarracina), Circeii et d'Antium. Leur premier conflit avec Rome, protectrice des Latins, est placé sous le règne de Tarquin le Superbe qui aurait pris leur capitale, Suessa Pometia, et établi des colonies à Circeii et Signia pour les contenir. Après la chute des Tarquins, les Volsques, alliés aux Eques (V. ce mot), reprirent l'avantage, jusqu*à un désastre que leur infligea, en 431, le dictateur Postumius ïubertus; en 399, les Romains s'installèrent à Tarracine; mais après le sac de Rome par les Gaulois (390), les Volsques deviennent maîtres d'Antium. Après une lutte acharnée, ils succombent en même temps que les Latins à la coalition des Romams et des Samnites (340) ; ils sont incorporés au peuple romain, obtenant le droit de cité avec suffrage, et classés dans les tribus Pomptine et Ufentine .
VOLT (Phys.). C'est l'unité de force électromotrice ou de potentiel. On peut la définir : la force électromotrice qui produit un courant de 1 ampère dans un circuit dont la résistance est de 1 okm. Le volt vaut 10^ unités C. G. S. Pour cette unité, on n'a pas pu, comme pour les autres, établir un étalon exactement égal à un volt; le couple de Volta, zinc, cuivre, eau, représente à peu près un volt, mais il est un peu variable ; aussi préfère-t-on employer d'autres étalons, comme celui de W. Thomson (zinc, solution saturée de sulfate de zinc, cuivre) qui vaut 1^''",074 ou celui de Latimer-Clark (platine, sulfate mercureux bouilli dans du sulfate de zinc, zinc distillé) qui vaut 1,437. A. Joaîvnis.
VOLT-Mètre (Phys.). Les volts-mètres sont des galvanomètres industriels destinés à indiquer, avec une précision suflTisante pour la pratique, les différences de potentiel des piles, des batteries d'accumulateurs ou des dynamos. Ils sont constitués comme les ampères-mètres et n'en diffèrent que parce que le fil de la double bobine qu'ils contiennent est long, fin, et par suite très résistant (un ou plusieurs milliers d'ohms) ; en introduisant un volt-mètre dans un circuit, on introduit par le fait une résistance telle que la résistance du reste du circuit devient négligeable ; l'intensité du courant est alors à peu près indépendante de la résistance des machines dont on mesure la différence de potentiel et se trouve seulement proportionnelle à cette différence. Les volts-mètres sont gradués par comparaison avec des appareils étalonnés directement. On construit des volts-mètres pouvant mesurer jusqu'à 1.500 volts, d'autres vont au contraire de 0 à 2 volts ; les degrés de l'appareil ne sont pas égaux, ils vont en général en augmentant avec le voltage ; la sensibifité est d'autant plus faible que l'appareil doit mesurer des voltages plus élevés. On construit des volts-mètres pour courants alternatifs qui permettent de mesurer la différence de potentiel de ces courants, bien que le sens du courant change un grand nombre de fois par minute ; l'électrodynamomètre de Weber permet des mesures de ce genre.
Les volts-mètres les plus employés se composent d'un double aimant permanent recourbé AA destiné à créer un champ magnétique puissant et à aimanter une aiguille de fer doux I ; cette aiguille est dirigée suivant la ligne des pôles NS des deux aimants ; une double bobine BB, sur laquelle est enroulé un fil long et fin s'il s'agit d'un volt-mètre, un fil très gros et court s'il s'agit d'un am-père-mètre, est disposée autour de l'aiguille I ; celle-ci
Volt-mètre.
porte un axe autour duquel elle pivote et qui porte luimême le style indicateur qui se déplace sur le cadran devant la division en volts. Avec ce système, on ne dispose guère que d'un angle de 90"^ pour le déplacement de l'aiguille de fer doux et, par suite, pour inscrire les divisions en volts. Les volts-mètres les plus employés vont de 0 à 120 volts; on peut toutefois se servir d'un volt-mètre donné pour des voltages pl^is forts que ceux pour lesquels il est construit, en utilisant un circuit dérivé de même résistance que celle du volt-mètre ; celle-ci se trouve le plus souvent indiquée sur l'appareil même ; il est d'ailleurs facile de la mesurer par les procédés ordinaires ; le courant électrique se partage également entre le volt-mètre et le circuit dérivé, et en doublant l'indication donnée par l'instrument, on a le voltage cherché. A, Joannis.
VOLTA. Fleuve d'Afrique (V. Côte de l'Or). VOLTA (Alessandro), physicien italien, né à Côme le 19 (ou le 18) févr. 1745, mort à Côme le 5 mars 1827. D'une très ancienne famille milanaise, il montra, tout jeune, de brillantes dispositions, non seulement pour les sciences, mais aussi pour la poésie, et à l'âge de dix-huit ans entretenait déjà avec l'abbé Nollet une correspondance suivie sur des sujets de physique très variés. Deux mémoires qu'il publia en 1769 et en 1771 et où il donnait, dans le premier, une théorie nouvelle de la bouteille de Leyde, dans le second, la description d'un nouvel appareil électrique par lui imaginé, commencèrent sa j'éputation. En 1774, il fut nommé, d'abord régent, puis, quelques mois après, professeur de physique du gymnase de Côme. En 1777, il iment'àVélectrophore constant, Vélectroscope, et, à la suite de recherches sur la nature et la composition du gaz inflammable des marais, Yeudiomètre, le pistolet électrique, la lampe perpétuelle à hydrogène. La même année, il entreprit en Suisse un voyage, au cours duquel il visita Haller, Saussure, Voltaire, et, à son retour, en 1779, fut appelé à la chaire de physique de l'Université de Pavie, qu'il devait occuper jusqu'en 1804. De 1780 à 1782, il parcourut la France, l'Allemagne, la Hollande, l'Angleterre. A Paris, où il avait lié des relations avec Lavoisier et Laplace, il eut part à l'expérience célèbre par laquelle les trois illustres savants essayèrent de déterminer la cause de l'électricité atmosphérique. En 1783, il imagina V éleclroscope condensateur qui porte son nom. Il s'appliqua plus particulièrement, dans les années qui suivirent, à l'étude des grands phénomènes de l'atmosphère et, vers 1792, commença les recherches qui, prenant comme point de départ les observations de Galvani, le conduisirent à la découverte, en 1800, de la pile à deux métaux dite Pile de Volta, qui a été la première pile électrique (V. Electricité, t. XV, p. 755, Galvanisme, t. XVIII, p. 418, et Pile). L'invention fit grand bruit. Bonaparte appela en 1801 son heureux auteur à Paris pour j répéter devant l'Institut ses expériences, auxquelles lui-même assista. Peu après, il le nomma comte et sénateur du royaume d'Italie. De son côté, l'Institut comprit en 1802, dans sa première liste d'associés étrangers, Volta, qui était déjà membre, depuis 1791, de la Société royale de Londres et que toutes les académies étrangères se firent dès lors une gloire de s'attacher. Il résigna en 1804 ses fonctions de professeur à Pavie. Très fatigué, il ne publia plus, d'ailleurs, que deux mémoires sans grand intérêt sur la grêle et sur les orages, et le titre de directeur de la Faculté de philosophie de l'Université de Padoue, qu'il reçut en 1815 de l'empereur d'Autriche, fut surtout honorifique. Il avait, en 1782, au retour de son voyage à travers l'Europe, introduit enLombardie la culture de la pomme de terre. Ses écrits comprennent une douzaine d'opuscules sur des sujets divers de physique et un nombre considérable de mémoires parus dans les recueils scientifiques de l'époque, notamment dans les Philosophical Transactions, dans les Memoria délia Societa Italiana'^et dans les Annali di chemica. Ils ont été, pour la plupart, réunis par V. Antinori sous le
VOLTA — VOLTMRE
titre : Collezione deW opère del Cav. Conte A. Volia (Florence, 4816, 5 vol. iii-8). Un monument lui a été élevé à Pavie en 1878. L. S.
BiBL. : BiÂNCHi et Mochetti, Viia di Voila ; Côme, 1829-32, 2 vol. — Zanino Volta, Alessandro YoUa. ; Milan, 1875. — Du môme, Alessandro Volta. a Parigi ; Milan, 1879. — V. aussi M. Monti, StorisL di Como, t. II, 2" part.
VOLTAIRE (François-Marie Arouet, dit), né à Paris le 24 nov. 4694, mort à Paris dans la nuit du 30 au 34 mai 4778. Il était le fils de maître Arouet, notaire au (^hâtelet, puis payeur des épices de la Chambre des Comptes. La famille, une bonne et ancienne famille bourgeoise, était originaire du Poitou. François-Marie était le cinquième enfant du ménage Arouet : deux seulement, avec lui, vécurent,, Armand, le janséniste, et une fille, qui fut M'"® Mignot, mère de M"'^' Denis et de Fontaine. M"^^ Arouet mourut en 1704. En 4704, le jeune Arouet fut mis chez les jésuites au collège Louis-le-Grand. Il y eut pour préfet des études le P. Theulié (le futur abbé d'Olivet), pour professeurs les PP. Porée, Lejay, Tournemine. Il resta toujours bien avec ses anciens maîtres, dont l'influence a été très grande pour la formation de son goût littéraire. Il se fit près d'eux une réputation d'esprit et d'indiscipline : il était très éveillé et très gamin. Il contracta au collège d'utiles et brillantes amitiés avec des fils de grands seigneurs, de ministres, de hauts magistrats : de là datent ses liaisons avec le maréchal de Richelieu, le comte et le marquis d'Argenson, le président Fyot de La Marche, d'Argental et Paul de Veyle, etc. Son parrain, l'abbé de Châteauneuf , l'avait présenté à la vieille Ninon, qui, charmée, paraît-il, de sa précocité, lui légua 2.000 écus pour acheter des livres. Au sortir du collège, le petit Arouet commença à se dissiper et à faire des sottises : son père se décida à l'expédier à l'étranger et le fit recevoir parmi les pages du marquis de Châteauneuf, frère de son parrain, ambassadeur du roi en Hollande. Il y avait à La Haye une aventurière, demi-femme du monde, demi-femme de lettres, M"^® Dunoyer ; elle était mère d'une fille fort délurée, Olympe, Pimpette pour les amis, qui avait dû épouser l'ancien chef des Camisards, Jean Cavalier. Arouet s'éprit de Pimpette, mais un page n'était pas un mari sérieux. M^® Dunoyer fit du bruit à l'ambassade, et au moment où Arouet se disposait à enlever sa belle travestie en cavalier, M. de Châteauneuf le renvoya en France à son père, qui, tout furieux, sollicita une lettre de cachet pour faire enfermer le mauvais garçon, puis se résolut à l'envoyer aux Iles, et enfin le mit tout simplement chez un procureur.
Il n'y resta pas longtemps. Il s'établit dans le grand monde, dont l'abbé de Châteauneuf et ses amitiés de collège lui ont ouvert les portes. Il est reçu chez le grand prieur de Vendôme, au Temple, où s'assemble une société épicurienne, spirituelle et sceptique, chez les Sully, chez la duchessedu Maine, lesVillars, lesCaumartin. Son esprit, dans ces sociétés, s'échauffe et pétille : sa malice satirique se donne carrière. Il en résulte un ordre d'exil pour des couplets sur le régent. L'exil fut gai, ce fut une villégiature au château de Sully-sur-Loire, en noble et voluptueuse compagnie. De retour à Paris, malgré ses promesses d'être sage, il récidive : pour les J'ai vu, qui n'étaient pas de lui, mais aussi pour le Puer o régnante y qui était bien de lui, il passe onze mois à la Bastille (4747). Il y vécut commodément, assez fier d'être à son âge un prisonnier d'Etat. Il y travailla, achevant OEdipe, commençant la Henriade. Sorti de prison, il voulut dédier sa tragédie au régent et lui lire son poème épique. Le duc d'Orléans lui fit bon accueil et lui donna 4.200 livres de pension. Œdipe fut joué le 48 nov. 4748, avec un grand succès, que n'obtint pas Ârtémise (4720). Les maîtres de la Httératurc étaient alors Lamotte, Jean-Baptiste Rousseau, Crébillon : Voltaire est auprès d'eux un petit garçon, il les admire et les imite. Merveilleusement souple et actif, et très positif, il suit la gloire avec le plaisir, et l'argent avec la gloire : il veut tout. Il mène une vie charmante^ à
son gré, de château en château, à Vaux Villars, à Maisons, aux eaux de Forges, à Bélébat chez la marquise de Prie ; en 4722, il a connu au château de la Source lord Bolingbroke, alors proscrit. Il vit chez de nobles et belles dames, M"^^ la marquise de Mimeure, M"^« la présidente de Bernières : M"'^ de Rupelmonde l'emmène aux Pays-Bas. Il paie sa bienvenue en vers charmants, en épîtres flatteuses et spirituelles, sceptiques et voluptueuses (à Fabbé Servien, 4744; à E'^^dQ Gondrin, au duc d'Orléans, 4744; à M. de Vendôme, 4747; à Genonville, 1719; à M. de Sully, 4720; à M'^^dePrie et à la reine, 4725). Il donne des lectures de son poème de la Ligue (la Henriade), le fait imprimer à Rouen (4723) et introduire clandestinement à Paris dans les fourgons de son amie W^^ de Bernières. La France, en lisant le poème, croyait enfin avoir un poète épique. La tragédie de Mariamne (6 mars 4724), d'abord mal reçue, se relevait. Le Tasse et le Virgile de la France, il était aussi décidément l'héritier des Corneille et des Racine. Par les frères Paris, dont il avait fait connaissance et qui lui donnaient un intérêt dans certaines affaires, il jetait les bases de sa fortune, la plus considérable sans doute qu'un homme de lettres sous l'ancien régime ait possédée. Enfin la cour s'ouvrait au fils de maître Arouet : il était des familiers de W^^ de Prie, la maîtresse du premier ministre, à qui il dédiait sa comédie de V Indiscret (4725) ; et la jeune reine, Marie Leszczynska, qu'il amusait, lui disait : « Mon pauvre Voltaire », et lui donnait 4.500 livres de pension sur sa cassette. Ainsi tout lui venait, argent, gloire et plaisir. C'était un enchantement.
Le réveil fut rude. Endéc. 4725, le chevalier de Rohan fait bâtonner Voltaire par ses gens. Le grand monde, qui l'avait tant caressé, trouve l'aventure très plaisante. Voltaire veut se battre en duel avec son insulteur ; les Rohan le font mettre à la Bastille (4726). Au bout de cinq ou six semaines, on le relâche à la condition qu'il passe en Angleterre, Merveilleuse idée d'un ministre d'envoyer Voltaire, au moment où il avait pour la première fois le sentiment cuisant d'un abus social, dans le pays où son ressentiment personnel pouvait le mieux s'élargir en philosophie politique. Jusqu'à ce voyage. Voltaire n'est qu'un libertin voluptueux, Félève de Ninon et de Chauliea. Il chante le plaisir et ne rejette la religion que comme une entrave gênante :
Quelques femmes toujours badines, Quelques amis toujours joyeux.
Peu de vêpres, point de matines, Une fille, en attendant mieux,
Voilà comme l'on doit sans cesse Faire tète au sort irrité, Et la véritable sagesse Est de savoir fuir la tristesse Dans les bras de la volupté !
(A l'ahbéX"-),
Il sefditun dieu des bonnes gens.
Allez, s'il est un Dieu, sa tranquille puissance Ne s'abaissera point à troubler nos amours. Vos baisers pourraient-ils déplaire à sa clémence ? La loi de la nature est sa première loi.
(A Mme (Xe G--).
^ Il écrit en 4722 une terrible EpUre à Julie, que nous n'avons pas; il y parlaitdu Christ en termes à faire dresser les cheveux sur la tête, nous rapporte Jean-Baptiste Rousseau à qui il lut la pièce à Bruxelles. C'était une fanfaronnade d'impiété, pour suivre la mode. Cependant l'incrédulité chez Voltaire était déjà sohde et incurable, sinon très réfléchie et très érudite. Mais si l'impiété de Voltaire était bien formée, il n'avait nulle idée d'une campagne philosophique contre l'Eglise. Il n'avait jamais eu l'idée non plus d'une réforme des abus sociaux; jusqu'aux coups de bâton du chevalier de Rohan, i'inégahté sociale lui avait été douce; ce petit bourgeois qui, à trente ans, est fêté des duchesses et des reines, consacré grand poète
\OLTAmE
et admis auxproiits de la finance, ne pouvait pas trouver I que la société fût si mal aménagée.
L'Angleterre fut pour lui une bonne école. Il y passa trois ans. Tout en écrivant son Essai sur la poésie épique (1726) et en lançant la souscription de la Henriade (éd. de Londres, 1728, avec dédicace en anglais), il regardait et profitait. Accueilli par Bolingbroke, il est présenté à la meilleure société anglaise, à lord Peterborough, à lordHervey, à Pulteney (lord Bath), à la duchesse do Marlborougli; il voyait Pope, Sv^ift, Congreve. Il était frappé du contraste économique, social, politique, scientifique, que l'Angleterre présentait avec la France. Quand le comte de Maurepas, en 1729, lui permit de rentrer en France, il grillait d'envie de dire au public ce qu'il avait vu, el les réflexions que ce qu'il avait vu lui suggérait. Cependant il se contient d'abord : il écrit ses EpUres aux Mânes de Genonville, le cher ami qu'il venait de perdre (1729), sur la Mort de M^^^ Lecouvreur (1730), à Cideville et à Formont (1731), et la charmante Epîire des Vous et des Tu à une ancienne maîtresse, sans parler de la comédie des Originaux (1732), ni de l'opéra de Samson, ni de Tanis et Zélide (1733). Il fait des tragédies : Brutus, joué le 11 déc. 1730; la Mort de César (jouée au collège d'Harcourt en 1735, impr. en 1736), Eriphyle (jouée le 7 mars 1732), Zaïre (le 13 août 1732), qui obtient un succès immense d'attendrissement; Adélaïde du Guesclin (18 janv. 1734) : toutes ces pièces révèlent l'impression faite par le théâtre anglais, et surtout par Shakespeare, sur Voltaire. Il fait aussi son Histoire de Charles XIl (1731), son Temple du Goût (1733), où il ne ménage pas J.-B. Rousseau avec qui il est brouillé. Il commence à songer au Siècle de Louis XIV. VEpître philosophique à Uranie (1732) fait scandale ; Voltaire la met sur le compte de l'abbé de Chaulieu. Cependant il vit chez M^^® la comtesse de Fontaine-Martel {Epitre, 1732) et marie le duc de Richelieu à W^^ de Guise. Enfin il se risque. Une traduction anglaise et une édition française des Lettres sur les Anglais parurent en 1733 et 1734 : deux éditions françaises, sous le titre de Lettres philosophiques, furent imprimées à Paris et à Rouen (celle-ci chez Jore et par les soins de Voltaire) et commencèrent à se débiter en avr. 1734. 'Le scandale fut grand. Le Parlement condamna l'ouvrage comme « propre à inspirer le libertinage le plus dangereux pour la rehgion et l'ordre de la société civile » . Il fut brûlé au pied du grand escalier du palais. Le libraire Jore fut mis à la Bastille, et Voltaire, pour éviter le môme sort, s'enfuit précipitamment en Lorraine.
Dans les 24 lettres sur les Anglais, Voltaire avait vidé son sac. A la France brutalement réduite à l'unité catholique, il expose (1. I-VII) l'Angleterre divisée en sectes, et ces sectes vivant en paix, et laissant vivre en paix les déistes. A la France soumise au despotisme royal, où la noblesse est vaine et oisive, le commerce méprisé et le paysan écrasé, il montre la royauté matée par les Anglais, le Parlement souverain, le commerce honoré, le fils d'un lord marchand dans la cité, le paysan riche et fier, l'impôt égal et consenti par ceux qui le payent (1. VIII-X). A la France attardée dans les querelles théologiques, et dans le spiritualisme ou la physique chimérique de Descaries, il fait connaître les progrès de la saine philosophie chez les Anglais, Bacon et la méthode expérimentale, Locke et le sensualisme, Newton et le vrai système du monde (XII-XVII). Il révèle aussi à la France entichée d'elle-même et ignorante de l'étranger Shakespeare, Addison, Dryden, les comiques de la Restauration, Pope, Swift, Butler, etc. (l. XVIII-XXIl). Mais à la France qui bàtonne les poètes, il rappelle Addison secrétaire d'Etat, puis ambassadeur, Newton enterré à Westminster, comme l'actrice Mrs Oldfield, qui ne valait pas plus que notre Adrienne Lecouvreur (l. XXIII). Voilà comme il faut traiter les talents qui honorent une nation. Il trouve
moyen aussi de parler aux Français de Y « insertion de la petite vérole » (1. XI) et de la fonction des Académies (1. XXIV). Une vingt-cinquième lettre était remplie de remarques sur les Pensées de Pascal; Voltaire depuis longtemps s'était mis en tête de réfuter l'apologiste le plus vigoureux de la religion chrétienne. On s'explique le scandale des Lettres anglaises : jamais un coup si rude n'avait été porté aux institutions sociales et religieuses de la France ; jamais livre n'avait élargi autant d'un seul coup l'horizon intellectuel d'une nation.
Au bout d'un mois. Voltaire revint en France avec une permission tacite. Il s'installe, non à Paris qui lui était interdit, mais en Champagne, au château de Cirey, chez M'^^® du Châtelet, avec qui, en ces derniers temps, il s'était étroitement lié. C'était une femme savante et galante, ancienne maîtresse du duc de Richelieu, très intelligente, d'esprit philosophique et viril. Les lettres de M^^® de Graffigny, qui vint à Cirey en 1738, nous peignent la vie de Voltaire. Voltaire aime le luxe, les habits élégants, les meubles riches ; il a des tableaux, des porcelaines, des diamants, des pendules, une magnifique vaisselle d'argent. A table, son valet de chambre est derrière sa chaise, il ne parle qu'à lui, et reçoit tout de ses mains. Voltaire travaille beaucoup, mais le souper, de neuf heures à minuit, est délicieux ; il y cause avec un esprit éblouissant, quand il ne boude pas. Et il boude quand M"^® du Châtelet veut l'empêcher de boire du vin du Rhin, qui lui fait mal. Il est brusque, plein d'humeur, et d'amour-propre, malade éternel et mourant, se dirigeant à sa fantaisie et buvant force café ; il est sensible, jaloux de ses rivaux littéraires, impatient de toute critique, passionné pour le théâtre. Il écrit pour le théâtre de Cirey le Petit Boursoufle, imprimé en 1761 sotts le titre de VEchange : en vingt-quatre heures, on joue, on répète 33 actes ; faute de mieux, à certains jours, on joue les marionnettes. Le séjour de M'^^® de Graffigny fut abrégé et gâté par une scène terrible que lui firent Voltaire et M""® du Châtelet, la soupçonnant d'avoir envoyé en Lorraine une copie de quelques chants de la Pucelle. Car c'est là le grand souci de M"^^ du Châtelet : protéger Voltaire contre lui-même, empêcher qu'il ne se mette à des ouvrages compromettants, et, quand ils sont écrits, les tenir sous clef. Par goût d'ailleurs autant que par prudence, elle le détourne vers les études scientifiques. Ils se livrent tous les deux à la physique ; Voltaire installe un laboratoire, fait venir des instruments, concourt pour un prix de l'Académie des sciences, en même temps que son amie : ni elle ni lui n'eurent le prix {Essai sur la nature du feu, 1738^. Dans un Mémoire présenté à l'Académie des sciences, sur la nature des forces motrices (1741), Voltaire combattait M"^^ du Châtelet, elle était leibnizienne et lui newtonien. Cependant la science ne l'enlevait pas à la philosophie et aux lettres. Il faisait un Traité de Métaphysique (1734), que W"^ du Châtelet l'empêchait de pubUer, et obtenait, après quelques difficultés, la tolérance de gouvernement pour l'impression des Eléments de la philosophie de Newton (1738), que compléta bientôt la Métaphysique de Newton (Amsterdam, 1740). Il prodiguait sa verve en petits poèmes, odes, épîtres ; il faut signaler l'innocente plaisanterie du Mondain, que les gens dévots prirent mal, et qui obligea Voltaire d'aller faire un tour en Hollande en 1736. Il composait ses Discours en vers sur l'homme {Epîtres sur le bonheur, 4738-1739) : le septième discours ne sera publié qu'en 1745. Dès 1735, des copies et plusieurs, chants de la Pucelle couraient dans Paris. Il donnait au théâtre, le 27 janv. 1736, i/^er^, tragédie américaine, et, le 10 oct., V Enfant prodigue, comédie larmoyante; il imprimait la Mort de César, depuis longtemps composée ; en 1740 tombait la malheureuse Zulime qu'il appelait luimême de la crème fouettée; en 1741, on jouait à Lille, et en 1742, le 9 août, à Paris, Mahomet ou le Fanatisme qui fut arrêté après la 3® représentation, et qu'il imaginera,
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VOLTAIRE
en d745, de dédier au pape Benoît XIV pour prévenir les mauvaises, et très véridiques, interprétations ; le 20 févr.
1743 Jîéropey son plus grand succès avec Zaïi^e. L'opéra de Pandore (1740) ne fut jamais joué. Il se passionnait pour l'histoire, il préparait son Siècle de Louis XIV et l'avait bien avancé en 1738 ; mais en 1739 deux chapitres imprimés dans un Recueil de pièces fugitives attirèrent un arrêt du Conseil supprimant le volume. Il pensait même à une « histoire de l'esprit humain », le futur Essai sur les mœurs, dont le Mercure, d'avr. 1745 à juin 1746, imprimait plusieurs chapitres. Et au milieu de cette prodigieuse activité, il lui restait du temps pour se chamailler avec toute sorte d'ennemis : avec Jean-Baptiste Rousseau, d'abord son ami et maintenant son mortel ennemi {Utile examen des épttres du sieur Rousseau, 1736); avec l'abbé Desfontaines, qu'il avait jadis arraché à la prison, et qui lançait contre lui (1738) la sanglante Voltairomanie. Voltaire écrivait contre lui V Envieux (entre 1736-1738), et faisait appel aussi au lieutenant de police.
Le séjour de Voltaire à Cirey fut coupé de divers voyages : la fuite en Hollande après le Mondain en 1736 ; un séjour à Bruxelles en 1739 pour les affaires de M^^^ du Châtelet. En juil. 1739, Voltaire arrive à Paris, d'où il retourne à la fin de l'année à Bruxelles. En 1740, il va à La Haye : le prince de Prusse Frédéric, avec qui il était depuis 1746 en relations d'amitié et de correspondance, y faisait imprimer un Anti-Machiavel, quand la mort de son père le fit roi. Son point de vue sur Machiavel se trouvant changé, il voulut retirer l'ouvrage des mains du hbraire. Voltaire alla négocier à La Haye, et ne put obtenir du libraire que le droit de faire une édition corrigée et atténuée. H rencontrait pour la première fois Frédéric près de Clèves, le 11 sept. 1740, et venait bientôt faire une courte visite à Berlin. H y retourna en 1743 avec une mission politique : Frédéric le fêta, le berna, et essaya de le brouiller avec la cour de France, pour en orner son palais et son Académie de Berlin. Voltaire se retrouve à Bruxelles au début de
1744 et revient à Cirey avec M^^^® du Châtelet. Cependant son ancien camarade le marquis d'Argenson
était arrivé au ministère ; le due de Richelieu, son vieil ami, qui était en grande faveur, eut l'idée de lui commander un divertissement pour le mariage du Dauphin. Voltaire fit la Princesse de Navarre (1745), qui, avec les poèmes historiques sur les événements de 1744 et sur Fontenoy, le mirent bien en cour. Le voilà favori de M"^*^' de Pompadour, et supporté du roi. Aussitôt les honneurs pleuvent sur lui. 11 devient académicien (1746), après cinq échecs, historiographe du roi, gentilhomme de la chambre ; il revend bientôt cette dernière charge, et obtint permission de garder le titre. On l'emploie à chanter la grandeur de Louis XV {le Temple de la Gloire, 1745), à mettre en beau français des pièces politiques (manifeste du roi Charles-Edouard), à négocier encore avec le roi de Prusse. Mais ce beau temps ne dure guère : le terrible esprit de Voltaire qui à chaque instant franchit les bornes du respect et de l'étiquette, le fait tomber dans la disgrâce du roi et de sa maîtresse (fin 1746). Il s'en console en chantant les petites cours qui imitaient de loin Versailles ; il s'établit un temps chez la duchesse du Maine, à Sceaux et à Anet, il y joue la comédie (la comédie de la Prude écrite depuis 1739-40, et Rome sauvée), y lit des vers et des romans; un peu plus tard, il s'en va avec les du Châtelet à Lunéville, chez le roi Stanislas. Il y fait jouer sa comédie de la Femme qui a raison. C'est là qu'un jeune officier, le marquis de Saint-Lambert, rend M'"^ du Châtelet infidèle à Voltaire : une grossesse dangereuse à l'âge qu'elle avait amène un dénouement fatal (sept. 1749). Voltaire la pleure sincèrement.
Puis il vient s'installer à Paris, prenant avec lui sa nièce, la grosse M"^*^ Denis, pour tenir sa maison. Il
installe un théâtre dans sa maison, et c'est là que débute Lekain, qui sera le grand tragédien du siècle.
M'^® de Pompadour, depuis sa brouille avec Voltaire, s'était engouée de Crébillon, dont elle faisait jouer les pièces. Alors un duel s'établit entre les deux tragiques. Voltaire reprend les sujets de Crébillon, Sémiramis (29 août 1748), Oreste (12 janv. 1750), et Rome sauvée (1750). Cette dernière tragédie, jouée sur le théâtre de Sceaux, ne sera présentée au public par la Comédie-Française qu'en 1752. Oreste marque un retour de Voltaire aux Grecs, contre Shakespeare. En 1749 (16 juin), la comédie larmoyante de Nanine est une reprise du sujet de Pam^'k, manqué naguère par La Chaussée. En 1747, sous le titre de Memnon, en 1748 sous son titre définitif de Zadig, a paru le premier des romans de Voltaire, inaugurant un nouveau mode d'expression de sa pensée philosophique. A cette date, poussé par le mouvement du siècle, peut-être aussi libéré de la tutelle affectueuse et prudente de M^^^ du Châtelet, Voltaire paraît disposé à dire son mot plus nettement sur toutes les affaires du monde, sur les matières de police et de gouvernement {Lettre à M, de Machault à r occasion de l'impôt du vingtième, non impr., 1749 ; Des Embellissements de Paris, 1750 ; Remerciement sincère à un homme charitable, {contre les Nouvelles ecclésiatiques à propos àeï Esprit des lois, 1750); Extrait du décret de la Sacrée Congrégation de Vinquisition de Rome à rencontre d'un libelle intitulé : « Lettres sur le vingtième », 1750). Cependant Frédéric l'invita à s'établir à Berlin. Craignit-il d'être inquiété ou gêné en France dans ses polémiques ? Fut-il simplement touché dans sa vanité, et céda-t-il au désir de montrer à Louis XV comment un vrai roi, un grand roi savait apprécier le mérite? H accepta. Louis XV sentit la leçon, et fut piqué. Il donna à Voltaire l'autorisation demandée d'entrer au service du roi de Prusse, mais il décida de ce jour que, lui vivant. Voltaire ne rentrerait pas à Paris.
Aux ouvrages que j'ai cités, il faut ajouter pour la période^de 1 733 à 1 750 : VEpître sur la calomnie (1 733 ) ; épîtresà t/ram> (1734);àM°^«duChâtelet(1734, 1736); au prince royal, puis au roi de Prusse (1736, 1738, 1741, 1742, 1744, 1745) ; au comte Algarotti (1747) ; à W^ Denis (1748) (sur la vie de Paris) ; le Monde comme il va, le Crocheteur borgne, Cosi-Sancta, (contes, 1746) ; un écrit sur les Mensonges imprimés (1749), oii il contestait l'authenticité du Testament du cardinal de Richelieu, etc.
Voltaire arriva à Potsdam le 10 juil. 1750. Ce fut d'abord un enchantement {Lettre à d'Ar génial du 24 juil. 1850, Mémoires de Voltaire). Les soupers du roi étaient délicieux : plus d'étiquette, et le droit de tout dire. Voltaire eut 20.000 livres de pension, le titre de chambellan, la croix de l'ordre du roi. On représentait ses pièces sur le théâtre de Potsdam. Les frères du roi jouaient un Bue d'Alençon qui était une refonte à' Adélaïde du Guesclin, sans femmes, tandis qu'un autre remaniement du même sujet était offert à la Comédie- Française sous le titre d'Amélie ou le duc de Foix (1712).
Il faisait des madrigaux pour la princesse Ulriquo, il célébrait surtout une autre sœur du roi, Wilhelmine, la margrave de Bayreuth.
Voltaire travaillait beaucoup au milieu des fêtes et delà cour, n achevait son Siècle de Louis XIV (1751), qu'il publiait à Berlin sous le nom de M. de Franche ville, conseiller auliquede S. M. le roi de Prusse (autre édit. augmentée, Dresde, 1753). La Beaumelle s'étant avisé d'en donner une édition contrefaite enrichie d'une aigre critique. Voltaire en obtint la saisie à Paris et l'arrestation de La Beaumelle, qui fut mis à la Bastille ; il répondit à la critique par le supplément du Siècle de Louis XIV (1753), qui provoqua une Réponse de La Beaumelle. A peine hors du grand travail du Siècle de
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Louis XlVy Voltaire s'était mis à V Histoire universelle, dont il avait publié les premiers frangments en 1745. Deux volumes d'un abrégé de l'Histoire universelle parurent en 17.H3 chez Neaulme à La Haye, Voltaire les désavoua, et donna lui-même le 3^ volume (Dresde, 1754) : l'ouvrage trouvera sa forme à peu près définitive en 1756 : Essai sur F histoire générale et siir les mœurs et f esprit des nations depuis Charlemagne jusqu'à nos jours (7 vol. comprenant le Siècle de Louis XIV). Sans parler de diverses épîtres et poésies, Voltaire écrivit encore en Prusse son roman de Micromegas, commença le poème sur la Loi naturelle, et excité sans doute par les libres entretiens des soupers du roi, jetait sur le papier ou laissait imprimer de petites pièces amusantes et hardies où les institutions et les croyances n'étaient pas ménagées (Dialogues entre un philosophe et un contrôleur des finances, entre un plaideur et un avocat, entre Marc-Auj^èle et un récollet, Pensées sur le gouvernement. Défense de Mllo7xl Bolingbroke, 1751- 1752).
Mais le ciel de Potsdam s'obscurcissait. Un démêlé de Voltaire avec le juif Hirsch (spéculation sur des billets de la banque saxonne, suivie d'un procès) indisposait Frédéric. Des commérages et des rapports troublaient l'amitié du roi et du poète, qui ne savaient pas plus Tun que l'autre tenir leur langue. Frédéric dans une ode à Baculard d'Arnaud le traitait de soleil levant. Voltaire n'était que le soleil couchant. Le roi avait dit, expliquant l'usage qu'il voulait faire du grand l'homme : « On presse l'orange et on la jette quand on a avalé le jus ». Voltaire, après la mort de La Mettrie, avait dit : « La charge d'athée du roi est vacante » ; et le roi ne voulait pas qu'on formulât tout haut certaines vérités. 11 avait dit aussi à un officier qui lui apportait des vers à corriger : « J'ai bien assez à faire de blanchir le linge sale de votre maître ». La raillerie du roi était coupante et sèche, elle n'épargnait pas Voltaire, qui tout de même ne pouvait riposter sans égards, et enrageait. Cependant, il était arrivé à faire éloigner d'Arnaud : il se heurta à Maupertuis, et sa faveur s'y brisa. Maupertuis, président de l'Académie de Berlin, était en querelle avec le Hollandais Kœnig, membre de l'Académie, dont il le fit exclure comme faussaire. Voltaire prit le parti de Kœnig. Il fit contre Maupertuis la Diatribe du Docteur Akakia, dont le roi, après en avoir ri à huis clos, brûla la première édition dans sa chambre, et fit brûler la seconde par le bourreau dans les carrefours de Berlin. Voltaire ne le lui pardonna pas. Le roi consentait à se moquer de Maupertuis dans l'intimité ; mais il avait trop le sens de l'autorité pour laisser livrer à la risée publique le président de son Académie, un fonctionnaire.
Voltaire donc, le i^^ janv. 1753, renvoya à Frédéric le brevet de pension, la clef de chambellan et la croix de ses ordres. Une réconciliation plâtrée ne le retint pas, et il obtint de partir le 26 mars. Il passa quelque temps chez la duchesse de Gotha, pour laquelle il composa rapidement les Annales de l'Empire (1753), puis chez le landgrave de Hesse. Il eut à Francfort une mésaventure : le résident du roi de Prusse le retint pendant quelques jours avec M'^® Denis, jusqu'à ce qu'il eût rendu l'exemplaire des Poésies de Frédéric, qu'il avait emporté : le roi de Prusse craignait la divulgation de ces poésies, pleines de personnalités à l'adresse des souverains et des ministres de l'Europe, tirées à un très petit nombre d'exemplaires qu'il n'avait remis jusque-là qu'en des mains sûres. Enfin Voltaire arrive en Alsace, s'arrête trois semaines à l'abbaye de Senones pour travailler auprès de dom Calmet à son Histoire universelle, puis il va aux eaux de Plombières. Il ne sait où se fixer : Paris lui est fermé. L'Eglise lui donne des inquiétudes. Il croit prudent de faire ses Pâques. Il va à Lyon, où le public Faccueille avec enthousiasme. Alors il se décide à se fixer hors de France, près de la frontière : il achète auprès de Genève la propriété de
Saint-Jean, qu'il baptise les Délices, et à Monrion, près Lausanne, une maison pour l'hiver (1755), bientôt une maison à Lausanne même (1757). Il joue la comédie avec fureur, aux Délices, à Lausanne, chez lui, et chez un voisin de Lausanne, qui a installé un théâtre dans sa maison de Monrepos. Des tracasseries à Lausanne, à propos du libraire et contrefacteur Grasset ; à Genève, à propos de la comédie où les magistrats et les pasteurs ne lui pardonnaient pas de convier l'aristocratie de la ville, décidèrent Voltaire à revenir en territoire français. Il achète la terre de Ferney (1758) et y joint, pour le titre, le comté de Tournay dont il devient locataire à vie. Le propriétaire était le président de Brosses avec qui il se brouilla pour quelques voies de bois qu'il ne voulait pas et qu'il dut payer : il ne le pardonna jamais au président, qu'il empêcha d'entrer à l'Académie. Il fit de Ferney sa résidence ordinaire à partir de 1760.
Depuis son retour de Prusse, Voltaire, par la singularité de ses aventures, par l'éclat de son esprit, par sa brillante universalité, par ses chefs-d'œuvre tragiques et historiques, par la hardiesse croisante de ses écrits philosophiques, occupe passionnément l'attention publique, il devient le roi de l'opinion. Son immense fortune, qui lui permet un large train de vie (il a trente personnes à nourrir et douze chevaux) et lui fournit le moyen d'exercer une large hospitalité, contribue à sa popularité. Il sera de mode de visiter l'hôte des Déhces et de Ferney : depuis les comédiens jusqu'à des princes, toutes sortes de gens viendront chercher auprès de Voltaire la consécration de leur réputation artistique, littéraire ou mondaine. Lekain, W^ Clairon, M^^ d'Epinay, le jésuite italien Bettinelli, l'Anglais Gibbon^ Marmontel, le duc de Villars (qui était un excellent tragédien), le prince de Ligne, le duc de Lauraguais, le chevalier de Boufflers, La Harpe, Grétry, M"'^ Stuard, M""^ de Genlis, des seigneurs et des princes d'Allemagne et du Nord sont successivement les hôtes de Voltaire. La tradition est si bien établie que quand Joseph II, voyageant sous le nom de comte de Falkenstein, passe près de Ferney sans s'y arrêter, c'est comme un soufflet sur la joue de Voltaire .-4 Quelques-uns de ses visiteurs nous ont laissé le tableau de sa vie et de son humeur. Voltaire est très bourgeois et passablement « bourgeois gentilhomme ». Il a l'orgueil de sa richesse. Il est très seigneur de village. Il aime à montrer ses châteaux, ses jardins, ses granges, ses champs, ses bois, ses chevaux, son taureau, ses charrues à semoir. Il aime à s'habiller richement les jours de cérémonie. Il a bâti une église et il va à la messe le dimanche, escorté de deux gardes-chasse qui portent des fusils. Il tient à tous ses privilèges et droits féodaux. Il est toujours malade, mourant et infatigable, pétillant de jeunesse, de verve et d'activité. Il a l'humeur inégale, il est capricieux et têtu, boudeur, irascible, passionné, rancunier et pourtant prompt au pardon, quand le coupable demande grâce et revient. On a fort exagéré son avarice : il est, au contraire, hbéral dans les occasions; mais il administre avec beaucoup de sens pratique ses grands biens, et dans les moindres différends, il veut avoir raison : s'il dispute sur trois écus, ce n'est pas aux trois écus qu'il tient, c'est à ne pas avoir le dessous. Il fait beaucoup de bien. En 1760, sur un appel du poète Lebrun, il recueille Marie Corneille, arrière-petite-cousine du grand poète, la dote avec le produit du commentaire sur Corneille, la marie à un bon gentilhomme, Dupuis. Dans les derniers temps, il prend chez lui une orpheline, M^^^ de Varicourt et la marie au marquis de Villette. Il héberge un jésuite, le P. Adam, après la dissolution de la Compagnie, et l'emploie à faire sa partie d'échecs. Pendant quelque temps, il a chez lui le petit Florian, qu'il nomme Florianet. S'il était un peu trop « seigneur de village », du moins il était le bon seigneur. Il chassait la misère de Ferney. Il y établissait des fabriques de montres, et il employait sa popularité européenne à en placer les produits. Ferney, quand il
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arriva, avait 50 habitants et 4.200 quand il mourut. Pendant les vingt- trois dernières années de sa vie, la fécondité de Voltaire est incroyable. Il occupe sans cesse le public de sa personne et de ses ouvrages ; il n'y a pas un genre où il ne veuille primer : prose, vers, rien ne semble lui coûter. Mais quel que soit le genre, l'esprit philosophique met partout sa marque. Sa grande affaire, sans se désintéresser des lettres, est devenue la lutte contre les abus de l'ordre social et contre l'Eglise. Il faut le suivre année par année dans cette production variée et prodigieuse, dont je ne signalerai que les pièces importantes.
4755. Epître de M. de V. en arrivant dans sa terre près du lac de Genève en mars il 55. L'Orphelin de la Chine, tragédie, jouée le 20 août à Paris; la Pucelle d'Orléans, poème héroï-comique, en 44 chants. Voilà cette fameuse Pucelle dont des copies plus ou moins complètes se multipliaient depuis 4735. Elle aura bientôt 45 chants, puis 46, puis 18 en 4756, 24 en 4757, 20 en 4762 dans la 4^^ édition donnée par Voltaire. Un chant détaché supplémentaire, la Capilotade, parut en 4764. La Pucelle fut condamnée en cour de Rome, brûlée à Genève, pourchassée à Paris : mais la société du xvm® siècle en fit ses délices; elle est vraiment de moitié avec Voltaire dans la Pucelle. — 1756. Poèmes sur le désastre de Lisbonne et sur la loi naturelle. Ce dernier poème, intitulé d'abord Sur la Religion naturelle, avait été commencé à Berlin en 4752. Le Poème sur le désastre de Lisbonne est une vive attaque à la doctrine de la Providence. Il met aux prises Voltaire et Jean-Jacques. A mesure que se développait Rousseau, l'opposition de sa nature à celle de Voltaire éclatait ; peut-être aussi Voltaire trouva-t-il que Rousseau occupait trop le public. Après le Discours sur Vinégalité, il lui en accusa réception par une lettre d'un persiflage exquis et encore amical (30 août 4755). Rousseau, de son côté, répondit au Poème sur le désastre de Lisbonne par une lettre à Voltaire d'une discussion ardente et serrée. En 4760, il lui écrivit une lettre de rupture, violente et injurieuse. Voltaire s'en moqua et en garda une forte rancune qui se traduisit par toutes sortes de tracasseries à Genève et de diatribes ou de railleries contre le malheureux Rousseau, à qui toutes ces piqûres étaient sensibles. — 4756. Dialogues entre Lucrèce et Posidonius; Essai sur Vhistoire générale et sur les mœurs et Vesprit des nations. — 4759. Précis de C Ecclésiaste et Cantique des Cantiques, envers ; Candide ou V Optimisme, traduit de V allemand de M. le docteur Ralph. Bien entendu, cette prétendue traduction est une œuvre entièrement originale ; Socrate, ouvrage dramatique, prétendu traduit de M. Tompson ; Mémoires pour servir à la vie de M. de Voltaire (impr. en 4784) ; Histoire de Vempire de Russie sous Pierre le Grand, t. I. Il y songeait dès 4737. Il demandait en d745 des documents à la tsarine Elisabeth. Il publia en 4748 ôes Anecdotes sur Pierre- le -Grand. En 4757, le comte Michel Bestoujef, ambassadeur de Russie à Paris, l'encouragea à écrire V Histoire de Russie, et le comte Jean Schouvalov lui envoya des renseignements. — 4760. Les Quand, notes utiles sur un discours prononcé devant F Académie française le iO mai il 60; la Vanité, satire en vers, par un frère de la doctrine chrétienne, contre Le Franc de Pompiguan; le Pauvre Diable, le PiUSse à Paris, satires en vers ; le Cafje ou r Ecossaise, comédie par M. Hume, traduite en français (jouée le 26 juil. 4760). A la représentation. Frelon (Frelon) était appelé Wasp. Voltaire, dans sa prétendue traduction de Hume, se déguisa sous le nom de Jérôme Carré ; Recueil des facéties parisiennes pour les six premiers mois de Van ilOO, édité par Voltaire et composé de pièces qui ne sont pas toules de Voltaire : il y en a de l'abbé Morellet et de La Condamine. Le recueil est dirigé contre Pompignan, Fréron et contre Palissot qui venait de donner sa
comédie satirique des Philosophes; Tancrède, tragédie en vers croisés, jouée le 3 sept. 1760. Cette œuvre, qui marque un effort de Voltaire pour renouveler la tragédie, fut donnée au moment où la scène venait d'être débarrassée des spectateurs qui interdisaient les grands effets de spectacle et de mise en scène (V. la lettre de Voltaire à M'ie Clairon du 46 oct. 4760) ; Dialogues chrétiens ou préservatif contre l'Encyclopédie : contre le ministre Vernet. Le consistoire de Genève fit brûler l'ouvrage par les mains du bourreau. — 4764. Lettres sur la nouvelle Héloïse, ou Aloisia de Jean- Jacques Rousseau, citoyen de Genève, sous le nom de marquis de Ximmez; Anecdotes sur Fréron, envoyées à Voltaire par Thieriot et retouchées par Voltaire ; Appel à toutes les nations de l'Europe des jugements d'un écrivain anglais, réponse à des articles du Journal encyclopédique des 45 oct. et du 4«^ nov., qui instituaient des parallèles entre Shakespeare et Corneille, entre Otway et Racine. L'ouvrage de Voltaire s'appela plus tard : Du Théâtre anglais par Jérôme Carré; Rescrit de V empereur de la Chine, à propos de l'Extrait du projet de paix perpétuelle de M. l'abbé de Saint- Pierre par J.^J. Rousseau; Serm,on du rabbin Akib. — 4762. Le Droit du seigneur, comédie envers, jouée le 48 janv. 4762 sous le titre : VEcueil du sage) Sermon des cinquante, vive attaque à la religion chrétienne. Voltaire ne pardonnera pas à Rousseau d'avoir révélé qu'il en était Fauteur. — ilQ^. Extrait des sentiments de Jean Meslier, curé d'Etrepigny et de But-en-Champagne, mort en 1729 ou 1733; Eloge de M. de Crébillon, éloge passablement malveillant; Olympie, tragédie, jouée à Ferney le 24 mars 1762 et à Paris seulement le 47 mars 1764 ; Idées républicaines, par un membre d'un corps, critique de quelques endroits du Contrat social ; Pièces originales concernant la mort des sieurs Calas et le jugement rendu à Toulouse. Marc-Antoinè Calas ayant été trouvé pendu le 43 oct. 4761, le capitoul David de Beaudrigue, cédant au fanatisme populaire, fit arrêter le père, Jean Calas, et un de ses fils, Pierre, la mère, la servante et deux amis de la famille. Le Parlement, sur un appel du jugement des capitouls, condamna Jean Calas à être roué, le 9 mars 4762, ce qui fut exécuté le lendemain. Voltaire, averti, se renseigna soigneusement, puis, convaincu de l'innocence de Calas, voyant ses amis du ministère fort mous et indifférents, il se décida à en appeler à la France et à l'Europe pour forcer la main au gouvernement. Il réussit à obtenir la re vision du procès, et, le 9 mars 4765, un arrêt rendu par les maîtres des requêtes ordinaires de l'hôtel du roi réhabilita Calas ; A Monseigneur le chancelier ; Requête au roi en son conseil; Mémoire de Donat Calas pour son père, sa mère et son frère; Histoire d'Elisabeth Canning et de Jean Calas. — 4763. Saiil, tragédie tirée de l'Ecriture Sainte, facétie antibiblique; Catéchisme de l'honnête homme ou Dialogue entre un caloyer et un homme de bien ; Eclaircissements historiques, contre Nonotte qui avait publié les Erreurs de M. de Voltaire ; Relation de voyage de M. de Pompiguan ; Instruction pastorale de T humble évêque dWletopolis; Lettre d'un quaker : contre Pompiguan ; Histoire de Russie, t. Il; Omer Joly de Fleury étant entrés, ont dit... : Voltaire se moque du Parlement et de son avocat général qui interdisaient l'inoculation de la petite vérole; Traité sur la tolérance, à l'occasion de la mort de Jean Calas, condamné par décret de la cour de Rome, le 3 févr. 1766. C'est un des chefs-d'œuvre qui font honneur à la raison et au cœur de Voltaire. — 4764. Dictionnaire philosophique portatif. Le plan en avait été conçu à Berlin en 4752. L'ouvrage, contenant 73 articles, fut brûlé à Genève le 46 sept. 4764, condamné par le Parlement de Paris le 49 mars 4765 et par la cour de Rome le 8 juil. 4765; Théâtre de Corneille avec commentaires, contenant la traduction de Jules César de Sha-
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kespeare et de VHéraclius de Calderon. L'ouvrage fut publié par souscription et servit à constituer une dot à Marie Corneille. Voltaire s'y montre sévère jusqu'à l'injustice pour Corneille dont il juge les procédés dramatiques avec un dogmatisme étroit et peu de sens historique ; Contes de Guillaume Vadé, en vers, avec divers contes et morceaux en prose, le Blanc et le Noir, roman, le délicieux Jeannot et Colin; le Discours aux Welches par Antoine Vadé, etc. ; Doutes nouveaux sur le Testament attribué au cardinal de Richelieu; Arbitrage entre M. de Voltaire et M. de Foncemagne, sur le même sujet. Il y avait vingt ans que Voltaire niait l'authenticité du Testament {Conseils à un journaliste, Mercure de nov. 1744 ; Des mensonges imprimés, 1749) ; Octave et le jeune Pompée ou le Triumvirat, tragédie jouée le 5 jiîil. 1764, sans aucun succès, imprimée en 1767 avec des notes historiques intéressantes ; le Sentiment des citoyens, virulente brochure contre Rousseau à l'occasion des Lettres écrites de la Montagne. Voltaire y avait si bien imité le style calviniste que Rousseau persista à attribuer ce fâcheux écrit à son ancien ami Vernes. — 1756, Mandement du réuérendissime père en Dieu Alexis, archevêque de Novgorod la Grande; Questions sur les miracles à M. le professeur Cl.,, par un professeur, suivies à courts intervalles de 15 autres lettres; l'édition complète de 1765 contient 20 lettres. Le pasteur et professeur Claparède avait répondu aux difficultés élevées sur les miracles par J.-J. Rousseau dans sa troisième Lettre écrite de la Montagne, Voltaire, qui s'acharnait après la personne de Rousseau, combattit la doctrine de son adversaire Claparède. Sur la polémique avec Claparède se greffa une discussion avec le jésuite irlandais Needham. Les Anciens et les Modernes ou la Toilette de M"^"® de Pompadour, dialogue ; la Philosophie de l'histoire par feu Vabbé Bazin, qui devint en 1769 le Discours préliminaire de r Essai sur les mœurs. — 1766. Lettre pastorale à M. U archevêque d' Auch J .-F. de Montillet, qui, dans son mandement du 23 janv. 1764, avait, en défendant les jésuites, violemment pris à partie Voltaire, Rousseau et les philosophes, impr. en 1767 ; le Philosophe ignorant André Destouches à Siam ; Lettre de M. de Voltaire au docteur J.-J. Pansophe, désavouée par Voltaire qui l'a imputée tour à tour à Borde et à l'abbé Coyer; Lettre de M. de Voltaire à M. Hume; Notes sur la lettre de M. de Voltaire à M. Hume. Tout cela est contre Jean- Jacques Rousseau, qui venait de se brouiller avec Hume en Angleterre. Relation de la mort de chevalier de la Barre par M. Cass (Cassen), avocat au Conseil du Roi. A M, le marquis de Beccaria. C'était une horrible affaire. Cinq jeunes gens des meilleures familles d'Abbeville furent accusés d'avoir mutilé un crucifix. Deux furent condamnés à mort : Gaillard d'Etallonde par défaut (il avait pu fuir), le chevalier de la Barre fut exécuté le 1^^' juil. 1766. Le Parlement de Paris avait ratifié F arrêt d'Abbeville. Le Dictionnaire philosophique, trouvé dans les livres du chevalier, fut brûlé sur le même bûcher que son corps. Avis au public sur les parricides imputés aux Calas et aux Sirven.ElmBheth Sirven, fille d'esprit faible, s'était jetée dans un puits en 1762. Le 29 mars, le père et la mère, protestants de Castres, furent condamnés à mort pour avoir assassiné leur fille, et les deux soeurs de la victime bannies à perpétuité comme complices. Le Parlement de Toulouse ratifia la sentence. Heureusement depuis 1762 tous les Sirven étaient en sûreté à Lausanne. Voltaire ne voulut pas mêler cette affaire à celle des Calas : aussitôt qu'il eût obtenu la réhabilitation de Jean Calas, il s'occupa des Sirven dont il parvint à faire réformer le jugement le 29 mars 1771. Commentaire sur le livre des délits et des peines, par un avocat de province. Le Traité des délits et des peines de Beccaria avait paru en 1764-. Le Commentaire, qui est une des œuvres bienfaisantes de Voltaire, fut mis à l'index en 1 768.
— 1767. Les Scythes, tragédie, jouée le 26 mars 1767; Charlotte ou la comtesse de Givry, pièce dramatique représentée sur le théâtre de F... (Ferney) au mois de sept. 1767; Anecdotes sur Bélisaire,h roman de Marmontel avait été censuré par la Sorbonne ; lés Honnêtetés littéraires, contre Nounotte, La Beaumelle et autres ennemis de l'auteur; les Questions de Zapata, traduites par le sieur Tamponet, docteur en Sorbonne. Voltaire suppose un licencié, Domenico Zapata, rôti à Valladolid en 1631. Le D^ Tamponet était un bien réel et vivant, et très intolérant docteur de Sorbonne. Les questions consistent, comme le notait Grimm, en 67 difficultés contre FAncien et Nouveau Testament et contre l'infaillibilité de l'Eglise. Examen important de milord Bolingbroke, écrit sur la fin de 1736. Cet examen parut dans le volume intitulé Recueil nécessaire, où Voltaire donnait aussi un extrait du Vicaire Savoyard de son ennemi Jean- Jacques, comme il avait îût déjà dès 1764 dans le recueil V Evangile delà Raison. V Examen important était pour Voltaire « ce qu'on a jamais écrit de plus fort contre la superstition ». Il fut mis à l'index en 1771. Mémoire pour être mis à la tête de la nouvelle édition qu'on prépare du siècle de Louis XIV, contre La Beaumelle; la Défense de mon oncle : Larcher ayant attaqué la Philosophie de l'histoire que Voltaire avait donnée sous le pseudonyme de Vabbé Bazin, un prétendu neveu de l'abbé Bazin répondit à l'abbé avec la verve la plus amusante : Essai historique et critique sur les discussions des Eglises de Pologne par Joseph Bourdillon, professeur de^ droit public. Dans cette pièce et dans d'autres qui suivirent, Voltaire, croyant servir la cause de la tolérance, ne servit en effet quel'ambition des Russes. Lettres à son Altesse Monseigneur le prince de *** (Brunswick) sur Rabelais et d'autres auteurs accusés d'avoir mal parlé de la religion chrétienne; le Diner du comte de Boulainvilliers par M. de Saint-Hiacinte, i728,que Voltaire désavoua bruyamment: l'écrit faisait du bruit par son « impiété » ; l'ingénu, histoire véritable tirée des manuscrits du P. Quesnel, roman. — 1768. L'Homme aux quarante écus, roman d'économie politique, condamné par le Parlement (1768) et en cour de Rome (1771). Voltaire y combattait les idées de Roussel de La Tour et de Mercier de La Rivière ; la Princesse de Babylone, roman ; la Guerre civile de Genève ou les Amours de Robert Covelle : Covelle était un citoyen de Genève censuré pour avoir eu un enfant d'une fille et qui s'était refusé à entendre la censure à genoux ; les Trois Empereurs en Sorbonne, satire en vers; Lettre de l'archevêque de Cantorbéry à l'archevêque de^ Paris, sur le mandement de ce dernier contre Bélisaire; Conseil raisonnable à M, Bergier pour la défense du christianisme par une société de bacheliers en théologie. L'abbé Bergier, après avoir réfuté Rousseau en 1766, s'était attaqué en 1767 à Levesque de Burigny et à Naigeon, mais en citant divers ouvrages de Voltaire. Les Singularités de la nature, par un académicien de Londres, de Boulogne, de Pétersbourg, de Berlin, etc. Voltaire s'y attaque à Réaumur, à Needham, à Buffon même. M. Dubois-Reymond [Voltaire considéré comme homme de science, 1868) estime dans cet ouvrage « la prompte et sûre conception que Voltaire avait de la nature », et « l'instinct du sceptique », qui n'est au fond que l'esprit du « savant moderne » ; Histoire du Parlement de Paris, très satirique, et qui préparait l'opinion au coup d'Etat Maupeou. Précis du siècle de Louis XV, commencé en 1755, imprimé partiellement en 1755 et 1763, augmenté de plusieurs chapitres en 1769 ; le Pyrrhonisme de l'histoire-, Instruction du gardien des capucins de Raguse à frère Pediculoso partant pour la terre sainte; la Canonisation de saint Cucufm, frère capucin d'Ascoli, par le pape Clément XIH et son apparition au sieur Aveline, bourgeois de Troyes ;
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l'A B C, dialogue curieux, traduit de l'anglais de M. Huet^ contre Y Esprit des Lois. — 1769. Les Guèbres ou la Tolérance, tragédie, non représentée ; le Baron d'Otrante, opéra bouffe, non représenté ; les Deux Tonneaux, esquisse d'un opéra-comique ; le Dépositaire, comédie- en vers, interdite àla Comédie-Française, imprimée en 1772 ; EpîtresàBoileau, à La Harpe ; Lettres d'Ainahed, roman ; Collection d'anciens Evangiles, par FabbéB-** (Bigex) ; le Cri des nations; Deux lettres d Uévêque d'Annecy, sous les noms de M^^® Denis et de M. de Mauléon. Voltaire était en dispute avec son curé et son évoque, pour avoir parlé au peuple dans l'église au milieu de l'office. De la Paix perpétuelle, par le D^ Goodheurt, où il s'agit en réalité du fanatisme et de la tolérance ; Dieu et les hommes, œuvre théologique, mais raisonnable, par le D^ Obern, traduit par Jacques Aimon ; Défense de Louis XIV contre les Ephémérides du citoyen; la Raison par alphabet, nouvelle édition augmeatée du Dictionnaire philosophique. Cette même année, Voltaire édite et annote des extraits du Journal de Dangeau et les Souvenirs de W^^ de Caylus. — 1770. Sophonisbe, tragédie de Mairet réparée à neuf; Epitres à Pigalle, au roi de Danemark ; Au roi en son conseil. Pour les sujets du roi qui réclament la liberté de la France contre des moines bénédictins devenus chanoines de Saint-Claude en Franche-Comté. — Nouvelle requête. — Coutume de Franche-Comté. — Supplique des serfs de Saint-Claude (1771). Voltaire ne parvint pas à faire affranchir les serfs du mont Jura : il fallut la Révolution pour libérer cette population de 12.000 âmes asservie à vingt chanoines . Lettre d'un jeune abbé; Fragments d'une lettre écrite de Genève, et autres écrits en faveur de la réforme judiciaire de M. de Maupeou. — 1770-72. Questions sur l'Encyclopédie par des amateurs, 9 vol. in-8, refondus par les éditeurs de Kehl dans le Dictionnaire philosophique. — illi. Epitres à d'Alembert, à Catherine 11, au roi de Suède ; les Deux Siècles, satire; la Méprise d'Arras, par M. de Voltaire, Encore une erreur atroce de la justice. Montbailli fut roué à Arras en 1770 comme parricide, sa femme condamnée comme sa complice. Elle était enceinte, l'exécution fut ajournée. Voltaire, informé, fit reconnaître l'innocence de la femme et au. mari. Lettres de Memmius à Cicéron contre le Système de la Nature, et l'athéisme de d'Holbach, Diderot et autres. — 1772. Les Pélopides, tragédie ; Lettre à M. le marquis deBeccaria; Essai sur les probabilités en fait de justice, et autres écrits en faveur du comte de Morangiés à qui une dame Véron et son fils réclamaient cent mille écus. Le comte de Morangiés est le moins intéressant des clients de Voltaire, et son affaire n'est pas claire. Réflexions philosophiques sur le procès de M^^^ Camp. Le vicomte de Bombelles avait épousé aw déserl,]^d.rle ministère d'un pasteur, M^^°Camp dont il avait eu un enfant. Plus tard, il épousa une jeune catholique riche. M^^® Camp ne put obtenir que des dommages-intérêts, le mariage protestant n'étant pas légalement \alable. Epitres à Horace, au roi de Suède ; les Systèmes, les Cabales, satires en vers. — 1773. Les Lois des Minos ou Astérie, tragédie non représentée: Voltaire y mit des notes philosophiques ; la Tactique, satire; Stances à M"^^ Lullin; Fragments sur l'Inde, sur le général Lally et sur le comte de Morangiés. Voltaire avait prorais à Lally-Tollendal de le soutenir dans l'effort qu'il faisait pour obtenir la revision du procès de son père exécuté le 7 mai 1766. L'arrêt condamnant Lally fut cassé le 26 mai 1778. Fragments sur l'histoire générale, nouvelle manifestation du pyrrhonisme et de la tolérance philosophique de Voltaire. — 1774. Le Taureau blanc, traduit du syriaque pardom Calmet, roman; Eloge de Louis XV et De la Mort de Louis XV et de la fatalité; Au roi en son conseil; Lettre écrite à M. Turgotet autres écrits pour les habitants du pays de Gex ruinés par le régime douanier. Voltaire,
avec l'aide de Turgot, obtint l'affranchissement du pays de Gex en 1775. Sentimeiits d'un académicien de Lyon sur quelques endroits des commentaires de Corneille: contre les critiques de Clément. — 1775. Eloge historique de la raison prononcé dans une académie de province par M. de Chambon; Histoire de Jenni ou le Sage et l'Athée par M. Sherloc. Traduit par M. de La Caille. C'est, comme dit la Harpe, un petit roman philosophique contre les athées, et par conséquent très édifiant pour les bons déistes ». Les Oreilles du comte de Chesterfield et le chapelain Goudman. — 1775. Diatribe à l'auteur des Ephémérides (l'abbé Bandeau), supprimée par arrêt du Conseil, dénoncée au Parlement par l'avocat général Séguier; le Cri du sang innocent, en faveur de d'Etallonde ; Lettre de M. de la Visclède d M. le secrétaire perpétuel de l'Académie de Paris, chaleureux plaidoyer pour les grands écrivains du xvn^ siècle. — 1776. Les Edits de Sa Majesté Louis XVI pendant l'administration de M. Turgot, en faveur des réformes de Turgot; Lettres chinoises, indiennes et tatares à 31. Paw, par un bénédictin; La Bible enfin expliquée par plusieurs aumôniers de S. M. L. R. de P. (Sa Majesté le roi de Prusse), virulente parodie et critique de la Bible ; Commentaire historique sur les œuvres de l'auteur de la Henriade : Durey de Morsan, Christin et Wagnière collaborèrent ,à la réunion des matériaux, mais l'esprit et le style sont de Voltaire. Lettre de M. de Voltaire à V Académie française, lue dans cette Académie à la solennité de la Saint-Louis le 25 auguste i776, violent réquisitoire contre Shakespeare, à l'occasion de la traduction de Letourneur ; Epître àun homme : c'est Turgot, qui venait d'être renvoyé du ministère. — 1777. Un chrétien contre six juifs, riposte à l'abbé Guénée qui avait publié en 1769 des Lettres de quelques juifs portugais et allemands à M. de Voltaire; Dialogues d'Evhémère; Prix de la justice et de l'humanité, à l'occasion d'un concours ouvert par la Gazette de Berne (15 févr. 1777) sur les moyens de rendre la législation criminelle plus juste, plus sûre et plus humaine. Voltaire, sans concourir, fit ce petit écrit, qui contient quelques-unes de ses pages les plus sensées et généreuses. Commentaire sur l'Esprit des lois de Montesquieu, critique plutôt que commentaire ; Eloge et Pensées de Pascal. Nouvelle édition commentée, corrigée et augmentée. C'est l'édition de Condorcet (1776), "réimprimée par Voltaire avec des notes qui complètent les remarques sur Pascal qu'il avait faites au début de sa carrière et imprimées à la suite de ses Lettres anglaises.
A ce prodigieux nombre d'écrits, il faut ajouter les innombrables lettres que Voltaire écrivit au cours de sa longue carrière. M. Moland a rassemblé 10.465 lettres, qui vont de 1711 à 1778. Et il n'a pas tout trouvé : chaque jour fait sortir de nouvelles lettres inédites de Voltaire. Ces lettres, où se peint Voltaire tout entier, et son temps avec lui, sont le plus pur chef-d'œuvre de son esprit, sur lequel le temps ne mord pas. Là il échappe à toutes les conventions littéraires : c'est vivant, sincère, naturel, exquis.
^ L'effet de cette activité est incroyable. Voltaire devint l'idole du public européen. Il avait bien des travers, bien des ridicules, bien des petitesses. Il manquait souvent de dignité ; il s'avilissait dans les injures qu'il déchargeait libéralement sur ses adversaires. Il y avait souvent du mépris dans l'amusement qu'on prenait à ses grimaces et à ses malices : même ses admirateurs et ses amis s'attristèrent plus d'une fois à ses postures de vieux singe. On le voyait faire le bouffon, pour faire rire, mais aussi pour sa sûreté. Il était prêt à toutes les comédies pour se mettre à l'abri du danger. Il ne signait pas ses ouvrages ou les signait de faux noms, les attribuait effrontément aux vivants et aux morts ; il consacrait à Dieu une église, lui Voltaire : il allait à la messe; il faisait ses pâques, et il faisait dresser par un notaire
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