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l'acte de ses dévotions. Cela nous paraît assez dégradant. Nous raimerions mieux plus franc, plus héroïque ; et il aurait tàté du martyre que nous trouverions que c'est mieux pour lui. Nous en carions à notre aise. Il ne voulait plus ni la Bastille ni l'exil : et s'il ne pouvait s'y soustraire que par le mensonge ou les simagrées, les institutions sociales qui mettaient à ce prix le droit d'écrire librement ne sont-elles pas de moitié, après tout, dans chaque bassesse de l'individu ? Aussi, peu à peu, les contemporains furent-ils plus touchés de l'énergie obstinée qu'il mettait à répandre sa pensée que des déguisements vils dont il couvrait sa personne. Ils virent que ces déguisements, à vrai dire, le couvraient moins qu ils ne narguaient les autorités intolérantes. Mais surtout le bien emporta le mal. On lui sut gré d'être l'infatigable défenseur de la tolérance et de l'humanité, l'irréconciliable ennemi de l'oppression spirituelle et de la misère économique. Quand surtout il joignit les actes aux paroles, et qu'il se fut fait l'avocat de toutes les causes justes, quand il fut le refuge des Calas, des Sirven, des La Barre, des Lally, alors les petitesses du caractère de M. de Voltaire s'évanouirent dans la bienfaisance de son action publique. Ce fut dans les dix dernières années un enthousiasme, presque une religion. En 4770, sur l'initiative de M"^^ Necker, une statue lui fut élevée par souscription : l'exécution en fut confiée au sculpteur Pigalle. L'admiration publique transfigura ce vieillard maUn, au sourire sardonique. Elle so lit un Voltaire, si je puis dire, de style « Louis XVI », un bon vieillard au sourire indulgent, à l'œil humide, parole attendrie, geste bénisseur ; c'est Voltaire retouché dans le goût de Greuze et de Florian. Ainsi le vit M""® Suard qui vint à Ferney en 1775.
Voltaire grillait d'envie de jouir de sa gloire. Louis XV mort, Paris pouvait lui être rouvert. Il y arriva le 40 févr. 1778. Ce fut un triomphe : ovations dans les rues à son passage ; visites d'hommes illustres, de grands seigneurs, de princes à l'hôtel du marquis de Villette où il était descendu ; députation de l'Académie française. La Comédie-Française joue une tragédie nouvelle qu'il vient de composer, et couronne son buste en sa présence. Franklin, le représentant de l'Amérique qui veut être libre, vient faire bénir son petit-fils par l'apôtre de la liberté. La constitution d'un vieillard de quatre-vingtquatre ans, toute robuste qu'elle fût, ne put résister aux secousses de cette gloire tumultueuse. Voltaire mourut dans la nuit du 30 au 31 mai, sans s'être réconcilié avec l'Eglise. Le curé de Saint-Sulpice lui refusa la sépulture ; le corps de Voltaire fut emporté en hâte à l'abbaye de Scellières en Champagne, dont l'abbé Mignot, son neveu, était titulaire. Il fut ramené à Paris pour être déposé au Panthéon le 11 juil. 1791 : la cérémonie fut solennelle, et s' accomplit au milieu d'un grand enthousiasme populaire.
Il faut nous arrêter maintenant à considérer l'œuvre de Voltaire en ses divers aspects, nous demander ce qu'il a réalisé en chaque genre, et quelle influence il a exercée.
L'intelligence est la faculté dominante de Voltaire. L'imagination créatrice — philosophique ou artistique — est subordonnée chez lui à la faculté de comprendre. Il a une curiosité inassouvible qui pousse en tout sens ; son cerveau enregistre, classe, et réfléchit toute la connaissance et toutes les idéis de l'humanité. Rien ne lui échappe ni ne le laisse indifférent. Son œuvre est une encyclopédie. L'érudition de Voltaire est [souvent superficielle, ses jugements hâtifs ou légers : c'est le revers et le rachat de son universalité. Il a aussi des étroitesses, et des préventions ; il ne comprend pas ou il condamne, par humeur ou par préjugé. Cependant il ne faut pas exagérer ces défauts : Voltaire, en ses coups d'œil, sa'sit souvent le trait saillant, le point faible ou fort des idées et des systèmes. Il a l'esprit net, il classifie, il simplifie ; et si l'on peut se plaindre qu'il ôte de la profondeur aux choses que son clair bon sens résume, il est vrai aussi
qu'il excelle à montrer une doctrine dans sa nudité vraie , à faire tomber les voiles majestueux des formules dont elle se drape.
En littérature comme ailleurs, l'esprit critique précède chez Voltaire et conduit l'invention : il n'a pas la spontanéité ingénue et à demi inconsciente de certains grands génies. Et c'est ici surtout qu'il est le prisonnier de certaines façons de voir. Il a le goût vif, fin, exquis, mais il a le goût de ses contemporains : élève des jésuites et du xvii^ siècle, il ne saura jamais s'affranchir du respect des élégances formelles, ni du dogmatisme absolu de la critique classique. Connaissant mal et sentant médiocrement les anciens, il s'attachera à l'art que le xvii^ siècle avait tiré des anciens. Il continuera d'admettre en chaque genre un modèle unique de perfection et de beauté, dont une œuvre ïie peut s'écarter sans subir une diminution de valeur. Il imposera l'imitation du xvn® siècle : c'est le bon goût, et sans cela point de salut. Il rapportera toutes les œuvres littéraires, même celle des anciens, au goût français, c.-à-d. au goût du xvii^ siècle en ce que l'esprit du xvrii" y chérit particulièrement; et il rebutera ou méprisera, dans Sophocle comme dans Shakespeare, ce qui n'y sera pas conforme. Cependant sa vive curiosité s'éprendra de bien des choses que l'art classique ignore ou ne sait pas : il se résoudra à les introduire comme des incohérences dans l'imitation du xvii® siècle plutôt que de les recevoir comme les principes d'un renouvellement des formules littéraires.
Il aimait le théâtre à la folie, et pendant soixante ans il a composé sans se lasser pièce sur pièce, avec plus d'intelligence avisée que de puissance créatrice. Il n'a rien fait de bon dans la comédie. Il était trop passionné, trop incapable de s'abstraire du présent et de la lutte, pour être un peintre impartial des ridicules. Il ne savait faire que de la satire. Il n'échappait au joug de ses animosités personnelles que dans le genre larmoyant qui lui a inspiré V Entant prodigue, Nanine, quelques scènes de V Ecossaise; il n'aimait pas le genre et faisait à la mode, avec répugnance, le sacrifice de la tradition.
Ses tragédies valent beaucoup mieux. Nous avons du mal aujourd'hui à leur rendre justice : elles ne peuvent plus guère se jouer, et il n'y a que Zaïre et Mérope qui entre les mains de bons acteurs fassent encore bon effet. Mais il faut les replacer en leur temps, à côté des œuvres de La Motte, de Crébillon, de Marmontel, de Lemierre, de du Belloy, de La Harpe ; et l'on en concevra l'incontestable supériorité. Le style nous les gâte : style factice, faussement classique, vague et pompeux. Les caractères sont superficiels, mollement tracés, par des indications qui ont besoin pour valoir du jeu d'un acteur. La structure est trop adroite, trop truquée, cela manque de naïveté, on n'a affaire trop souvent qu'à un homme d'esprit qui fait mouvoir des pantins avec adresse. On sent que l'auteur a l'idée de ce qui serait intéressant, émouvant, et il exécute habilement, mais hâtivement. Ces tragédies ont toujours quelque chose, si je puis dire, de bâclé. Mais Voltaire a bien compris ce qu'était la tragédie classique, et il a essayé très intelligemment de la conserver. Gardant les unités sans superstition, et s'en dispensant parfois, maintenant le vers comme l'instrument essentiel de l'idéa'isation poétiqu*^, aussi hostile au réaliste Maillard de Sedaine qu'au plat OEdipe de La Molhe, il a voulu que la tragédie fût l'étude, dans une crise, d'un caractère général ou d'une passion universelle. Mais très frappé du pathétique de Racine et de la grandeur du spectacle à\Uhalie,\ï a voulu unir à l'intérêt de l'intrigue et de la psychologie l'effet saisissant des coups de théâtre et la beauté du "spectacle. Il a dénoncé l'affadissement du genre par la galanterie romanesque, chez Campistron, et même chez Crébillon. Il se plaint que la plupart de nos tragédies ne soient que des conversations d'amour m cinq actes. Il bannit l'amour des sujets qui ne le comportent pas (la Mort de César ^ Mérope) y ou il
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veut un amour terrible, tragique, source de tourments et de crimes (la jalousie dans YMre, dans Adélaïde du Guesclin). Il peint d'autres passions cjue Tamour, la passion républicaine de la liberté (Brutus, Mort de César), le sentiment chrétien {Zaïre, Alzire), l'amour maternel {Mérope),\Q fanatisme de la religion (Mahomet). Il incline la tragédie vers le mélodrame, par la recherche des tableaux attendrissants ou terribles, par le goût de l'action, des surprises, des revirements. Les incognitos, les reconnaissances, les apparitions d'ombres tiennent une grande place dans son théâtre. Il anime la scène par le mouvement des acteurs, par toutes sortes d'effets sensibles, par la figuration et la mise en scène. Il est le premier qui ait tiré un coup de canon sur la scène française (Adélaïde du Guesclin). Quand le comte de Lauraguais aura débarrassé la scène des banquettes et des spectateurs qui l'encombraient. Voltaire développera le spectacle (Tancrède, Olympie), cherchant toujours plutôt le noble et le touchant que l'impression de réalité. Il essaiera aussi de renouveler les tragédies par les sujets. Dans les sujets romains, il portera un goût curieux de vérité historique (Home sauvée, le Triumvirat) ; mais il laissera souvent les Grecs et les Romains, et amènera tous les peuples et tous les siècles sur la scène ; l'Asie musulmane dans Zaïre et dans Mahomet, l'Amérique dans AlxÂre, la Chine dans VOrphelin de la Chine : et puis des Scythes, des Guèbres ; le moyen âge dans Zaïre et dans Adélaïde du Guesclin, mais surtout dans le brillant et chevaleresque Tancrède qui marque une étape vers le romantisme, et qui installe sur notre scène le genre « troubadour ». Pendant la première partie de sa carrière, Voltaire emploiera Shakespeare et le théâtre anglais à renouveler la tragédie française : Orosmane sortira d'Othello, et l'ombre dans Eriphyle sera évoquée à l'imitation du spectre d'Hamlet. Brutus, la Mort de César seront dans le « goût anglais », il y aura du mouvement, des émotions fortes, et des tirades républicaines. Puis quand les Français commenceront à s'éprendre de Shakespeare, Voltaire craindra pour la tragédie si pure et si noble de Corneille et Racine : il fera la guerre à Shakespeare ; et quand la seconde édition de l'ouvrage du Père Brunnoy aura paru, il reviendra aux tragiques grecs, à la fois contre le goût barbare, et pour « corser » de situations pathétiques ou terribles les conversations tragiques du théâtre français. On ne doit pas oublier de mentionner un intérêt que présentent les tragédies de Voltaire, intérêt ardent pour les contemporains, très refroidi pour nous : c'est la philosophie. Dans OEdipe, des mots hardis sur les prêtres ; Zaïre et Alzire, sous leur enveloppe chrétienne, sont inspirées par la raison humanitaire du siècle. Mahomet condamne le fanatisme, qui est catholique autant que musulman. Ailleurs les traits sont dirigés sur les rois, sur les abus sociaux. Dans les vingt dernières années, les tragédies de Voltaire seront surtout destinées à la propagande philosophique ; elles seront des actes de polémique. Olympie, les Guèbres, les Lois de Minos sont des pièces où il n'y a plus que l'intérêt des idées, plus vif parfois dans les notes que dans les vers. En un mot, les tragédies de Voltaire, miroir de cet esprit mobile et curieux, sont infiniment intéressantes, pour qui n'y cherche pas le plaisir naïf d'être pris par les entrailles : ce plaisir-là Voltaire ne nous le donne qu'à de rares moments. Mais il remue tant d'idées, il fait tant d'essais, il indique tant de directions, chacune de ses pièces exprime si bien un moment de son esprit et de la multiple activité du siècle, que le déchet de valeur esthétique est compensé par la richesse de sens historique.
Il est passé en habitude de dire que Voltaire n'est ni poète ni artiste. Il ne l'est pas sûrement de la façon dont Hugo, Lamartine ou Musset le sont, ni Gautier ou Leconte de Lisle. Il faut pourtant faire certaines distinctions. La Henrîade est une œuvre manquée, quelque succès qu'elle
ait eu. C'est une application adroite des règles de Vépopée, telle que l'ancienne critique les posait d'après Virgile et le Tasse : on y trouve une tempête, une séparation d'amants, une descente aux enfers, un Elysée, une prédiction des grandeurs nationales, des comparaisons, du merveilleux, des allégories, du style noble. Le poème n'est pas sincère. Ce sceptique fait descendre saint Louis du ciel, et agir la magie ; il explique les dogmes théologiques. Les morceaux brillants, récits d'histoire, dissertations politi^ues ou philosophiques, descriptions scientifiques, ne sauvent pas la froideur de l'ensemble. Il n'y a pas grand bien à dire non plus des Odes de Voltaire ; historiques, morales ou scientifiques, elles ont une élégance froide, où la pensée abstraite s'enveloppe maladroitement des formules délirantes qu'on croyait indispensables au désordre lyrique. Les poèmes philosophiques, Discours sur V homme. Loi naturelle, valent mieux. Ce sont des causeries spirituelles sur les grands problèmes de la morale et de la religion, relevées assez souvent de piquante satire ; on peut se demander où est la poésie, mais le bon sens n'a jamais mieux causé en vers. J'en dirai autant du Temple du goût, étroit comme exposé de doctrine, exquis comme conversation littéraire d'un homme d'esprit pétri de préjugés. Mais voici où Voltaire est véritablement supérieur : l'épître, le conte, la satire, les stances, l'épigramme. Sa philosophie facile et désabusée n'est jamais plus charmante que dans les épîtres et les stances, lorsqu'elle ne revêt pas la forme rigide de l'exposition doctrinale, lorsqu'elle est la vive expression de l'humeur voltairienne. Il donne à la satire un tour original et neuf; elle n'est plus chez lui la peinture de mœurs qu'ont tentée Régnier et Boileau ; elle se rapporte, comme chez Horace, à l'épître, par sa tendance philosophique : mais la polémique et la passion y débordent, et l'invention d'un cadre piquant ou bouffon y ajoute une fantaisie imprévue et charmante (le Pauvre Diable, la Vanité, etc.). Voltaire a été souvent exquis dans les stances et le madrigal, par un mélange de volupté vive et de leste moquerie, comme dans l'épigramme par une gaminerie rieuse qui atténue l'aigreur du trait. C'est dans ces poésies légères que Voltaire est poète et artiste : poète et artiste comme on peut l'être au xviu® siècle, et non comme nous voulons qu'on le soit; si l'on ne veut chercher chez lui que la poésie de Watteau et de Greuze, et non pas la noblesse de l'art antique, mais la grâce spirituelle et parfois polissonne de l'art Louis XV, on pourra sans peine les y trouver. Quand Voltaire fait de l'antique, il est froid, guindé, faux; quand il écrit les vers qui conviennent au mobilier, au costume et aux mœurs de ses lecteurs, aux petits appartements de Bellevue ou de Potsdam, il y met une essence originale de poésie dans une forme d'art caractéristique.
La même observation conviendrait aux contes et romans de Voltaire. Ce n'est pas la Princesse de Clèves, et ce n'est pas Adolphe ; ce n'est pas LMia, ni le Père Goriot. Ils ne valent ni par la nouveauté de la psychologie, ni par l'intensité de la passion, ni par le réalisme de la description. Ce sont des choses légères, piquantes, amusantes, qui caressent les sens et excitent l'intelligence. Le tissu des événements traduit en images nettes et claires, souvent irrésistiblement drôles, parfois assurément caricaturales, les rapports abstraits des idées. Jamais on n'a figuré avec une adresse plus leste les pensées, les doctrines et les controverses. Et pour représenter les choses morales que Voltaire défend ou combat, il dessine d'un crayon leste des silhouettes d'hommes de tout caractère, de tout état, de toute race, chacune marquée d'un trait juste et précis, inoubliable. Sans appuyer, sans disserter, il nous donne des croquis charmants et instructifs de la vie de son temps^ de la vie de toutes les classes, et de la vie de tous les pays, au moins de l'idée qu'un curieux esprit de Français était capable de s'en faire. Le récit court, n'indiquant jamais que l'aspect des choses, le détail des faits, qui sont en conformité avec
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l'idée dont ils doivent donner l'illustra t ion. Candide est une des œuvres caractéristiques de notre littérature : entre la Vie de Marianne et Manon Lescaut, la Nouvelle Héloïse et Paul et Virginie, il marque une application tout à fait originale de la forme du roman, une application qui est en harmonie parfaite avec l'esprit du xviii^ siècle. Il nous offre la perfection du goût et de l'art d'où sont sortis tant de petits récits, lestes, malins, polissons, spirituels, propres à satisfaire l'intelligence curieuse comme à réveiller l'imagination blasée.
Dans Vhistoire, Voltaire se présente à nous sous un jour tout à fait sérieux. De grands travaux d'érudition, inaccessibles au commun du public autant qu'admirables en soi, une grande œuvre de philosophie catholique de l'histoire, de charmants et quelquefois puissants Mémoires, un programme intelligent de littérature historique (dans la Lettre à F Académie), et des histoires médiocres, ou lourdement indigestes, ou élégamment frivoles, sans recherches, sans critique, sans impartialité, sans exactitude : voilà ce que l'on avait au début du xviii® siècle.' Avec Voltaire, l'histoire entre vraiment dans la littérature ; elle s'y fait représenter par des œuvres qui comptent. Il y a deux points essentiels pour lui dans la fonction de l'historien : être bien informé, filtrer l'information et la rendre au public en un récit clair, agréable, instructif. Sa vocation d'historien s'éveille dans la préparation de sa Henriade, et les notes de son poème épique ont parfois plus d'intérêt que les vers. Il écrit son Charles XII après avoir relu ftuinte-Curce ; heureusement il ne sait pas plus imiter Quinte-Curce que Sophocle. Il évite la rhétorique, et il fait une collection aussi complète, une critique aussi exacte que possible des documents. Tout est précis et vivant dans cette biographie qui ne ressemblait à rien de ce qu'on avait vu encore. La rédaction du Siècle de Louis XIV a été précédée de recherches étendues et consciencieuses (V. l'introduction d'Emile Bourgeois). Voltaire a lu et dépouillé les histoires et autres pièces imprimées, et toute sorte de documents alors inédits, lettres d'ambassadeurs, de ministres, de personnages illustres, archives des affaires étrangères, mémoires de Villars, Berwick, Torcy, Dangeau, M"^® de Caylus, Louis XIV. Puis, né à la fin du long règne de Louis XIV, il a connu, interrogé les survivants ; il a utilisé ses innombrables relations, son irrésistible entregent, pour tirer des renseignements de tous ceux qui pouvaient lui en donner, les Caumàrtin, les Sirven, les d'Argenson, la duchesse du Maine et ses amis, les Villars, les whigs et les tories en Angleterre, la duchesse de Saint-Pierre, les Noailles, Chauvelin, etc. Voltaire a recueilli vraiment la tradition orale de la cour de Louis XIV, et cela seul donnerait à son livre une inestimable valeur.
Mais il n'a pas versé dans son livre tout ce qu'il a appris. Il a fait un choix, mis un ordre, condensé en deux petits volumes, l'immense quantité de matériaux qu'il avait accumulés. On a souvent critiqué ce plan du livre : Histoire politique et militaire, chap. i-xxiv; Anecdotes sur la cour et le roi, ch. xxv-xxviii ; Gouvernement intérieur, ch. xxix-xxx; Lettres, sciences et arts, ch. xxxi-xxxiv; Affaires religieuses, ch. xxxv-xxxviii ; Dispûtes sur les cérémonies chinoises, ch. xxxix. Ce plan a le défaut de l'ordre analytique : il brise l'unité et la continuité de la vie, il aligne les morceaux du sujet, puis les étudie chacun à part. Mais ce défaut est racheté par de rares qualités de netteté, d'intelligence, de pénétration. Voltaire a beaucoup de sympathie pour son sujet ; il lui donne tout ce qu'il peut avoir de respect et d'admiration. Il y avait eu après 1715 une violente réaction contre Louis XIV : courtisans et philosophes rivalisaient de sévérité. Voltaire est disposé au contraire à réhabiliter le grand règne. Il ne déteste pas le despotisme, lorsqu'il s'exerce par un Colbert. La grandeur politique de la royauté française, l'échec de la cour et de la société, la
splendeur des œuvres littéraires, la politesse du goût les grands travaux aussi d'utilité publique et le développement des manufactures, tout cela l'éblouissait et lui faisait oublier ou pardonner les guerres, l'ambition désastreuse, l'oppression et la misère du peuple. Il estimait que, tout pesé, c'était le grand siècle de la France, et un grand siècle de l'humanité.
Tandis que les historiens qui l'avaient précédé ne donnaient d'attention qu'aux événements militaires et à la fortune des princes. Voltaire voulut faire l'histoire de la nation, de son essor et de sa civilisation : l'ouverture d'un canal ou l'établissement d'une Académie l'intéressait plus qu'une bataille. Il voulut donc peindre tous les aspects du développement national au xvii® siècle, et fit rentrer le commerce et les belles-lettres dans le plan de l'histoire. Il élargit même encore son dessein, et ce fut le tableau du progrès de l'esprit humain qu'il se proposa d'offrir. L'idée philosophique se substitua à l'induction historique, et altéra en quelque mesure la sérénité impartiale de l'œuvre. Il voulut peindre les conquêtes de la raison : mais la raison ne triomphe pas sur toute la ligne. La plus belle médaille a son revers : et le revers de la face splendide qu'offre le siècle de Louis XIV dans la perfection de sa littérature, c'est l'importance qu'il donne aux affaires religieuses, c'est l'atrocité du fanatisme dans la ruine du protestantisme, et son ridicule dans les querelles du jansénisme ou du quiétisme. L'histoire ecclésiastique du XVII® siècle prouve combien il reste encore de chemin à faire pour rendre la nation raisonnable.
C'est encore l'histoire de la raison humaine qu'il a voulu écrire dans V Essai sur les mœurs et l'esprit des nations : précis lumineux d'histoire universelle, qui révèle un talent prodigieux de simplifier etd'éclaircir. L'ouvrage est fondé solidement sur une lecture immense. Voltaire a été aux sources, sans s'attacher à les indiquer au pubUc. Ici encore nous retrouvons une large et humaine conception de l'histoire : il y conduit de front le mouvement politique et le mouvement intellectuel. D'excellents résumés sur la philosophie, les lettres et la science de chaque époque permettent de prendre une vue d'ensemble du progrès de l'humanité. Puis rompant avec le point de vue antique et chrétien, qui enferme l'histoire dans le bassin de la Méditerranée, il montre que toute l'humanité ne tient pas dans le monde grec ou romain, dans le peuple juif et dans les sociétés façonnées par l'esprit grec, romain ou juif. Il écrit des chapitres très neufs et qui ouvraient à l'esprit de vastes horizons sur les Arabes, sur l'Inde, sur la Chine.
Il y avait un peu de malice dans cette largeur de vues, et un désir de donner croc-en-jambe à la magnifique théorie providentielle de Bossuet qui fait tourner toute l'histoire du monde autour de l'histoire du peuple juif : conception qui ne tient pas debout, dès qu'on fait entrer en ligne l'Inde et la Chine. Voltaire s'était fait le continuateur de Bossuet, et commençait où Bossuet s'était arrêté, à Charlemagne. Mais tout son livre réfutait la philosophie de son prédécesseur. A lire la suite lamentable et ridicule de misères ou de sottises qui constituent la plus grande partie des annales de tous les peuples, qui pourrait songer à imputer à la Providence un si piteux ouvrage? Le hasard, c.-à-d. les combinaisons d'événements fatales et aveugles, et les passions humaines, çà et là, aux beaux endroits, le génie ou la volonté de quelque grand homme, voilà ce qui fait le train du monde. Les petites causes, dans ces croisements de séries qui se heurtent et s'emmêlent, ont souvent de grands effets, et il n'y a rien de divin dans les plus surprenantes conjonctures.
Voltaire est trop occupé d'ôter de l'histoire la philosophie chrétienne pour aimer le temps où l'Eglise chrétienne gouverne le monde. Il ne voit dans le moyen âge que barbarie, brutalité, ignorance : ni Condorcet qui a plus de sang-froid, ni l'abbé Fleury qui est un bonchré-
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tien, n'en ont jugé autrement. 11 semble bien que cette vue ne soit pas aussi fausse qu'on l'a dit, si l'on en juge par le tableau que nous a fait récemment du monde féodal un historien bien informé et impartial, Luchaire, (Histoire de France publiée sous la direction de M. Lavisse). Mais Voltaire compromet sa thèse par la passion qu'il y apporte. Le préjugé et la haine l'emportent, et pouvant faire un tableau, il fait une satire. A mesure que l'on approche de la Renaissance, il se ressaisit et retrouve son impartialité.
Il n'y a pas à s'arrêter sur ses autres ouvrages historiques bien inférieurs à ceux dont je viens de parler. Mais il faut signaler ses écrits de polémique et de critique historique. Evidemment, dans ses querelles avec La Beaumelle, Larcher, Guénée, Foncemagne et d'autres, Voltaire s'est souvent trompé. Il a dénié trop obstinément toute valeur au testament du cardinal de Richelieu. Mais ses erreurs même prouvent qu'il avait compris le principe fondamental de la méthode historique. Il ne se bornait pas à collectionner des témoignages, il les critiquait. C'était la première fois qu'on voyait un littérateur comparer des textes, relever des contradictions, peser l'autorité d'un témoin, discuter l'authenticité d'une pièce. Quel progrès non seulement sur Rollin, mais sur Montesquieu même, qui recevait les paroles des historiens anciens sans poser toutes ces questions ! Il a manqué à Voltaire la patience, la solidité de savoir, la sérénité impartiale ; mais il avait le sentiment de la méthode. II avait la peur d'être dupe et le doute aigu qui sont le commencement de la science.
Quel que fût l'éclat des talents multiples de Voltaire, ils s'effaçaient dans l'admiration ou l'aversion qu'inspiraient ses idées philosophiques, que de plus en plus, à mesure qu'il vieillit, ils ne servirent qu'à mettre en valeur. Il faut s'entendre sur le nom de philosophe quand on l'applique à Voltaire, et, en général, aux écrivains français du xvm^ sièle : ces philosophes-là ressemblent bien peu à un Descartes, un Gassendi, un Kant, un Comte. Leur philosophie paraît consister surtout dans une vive polémique contre des choses qui jusque-là étaient respectées. Elle paraît occupée plutôt de réformes pratiques dans l'ordre social que de recherches spéculatives dans l'ordre de la pensée pure. Voltaire, à coup sûr, est un médiocre métaphysicien, il a peu de goût pour la métaphysique, où il ne voit guère que de la théologie déguisée. Il estimerait volontiers qu'il n'y a pas de métaphysique hors de la science, et que la connaissance que la science nous donne de l'univers et de l'homme est le seul fondement de la vraie philosophie. Tout son effort consiste à rejeter les croyances, traditions et systèmes, qui ne sont pas d'accord avec la raison, à laquelle les sciences de la nature et les sciences historiques fournissent le critérium du possible et de l'impossible, du cohérent et du contradictoire. Au fond, il a une tendance positiviste à ne s'en rapporter qu'aux faits. Mais la spéculation ne le contente pas : la philosophie, pour lui comme pour Montaigne, est un art de vivre ; elle doit conduire l'homme, par la vérité, au bonheur. Il faut faire passer dans la vie individuelle et dans la vie sociale les découvertes de la raison et de la science, organiser la morale et les institutions selon la vraie philosophie. Malgré l'apparence que fournissent quelques phrases qu'on a trop exploitées, Voltaire n'est pas un aristocrate qui réserve la vérité à l'élite du monde : il veut une diffusion large de la raison et des lumières, et c'est pour cela qu'il travaille si fort à « déchristianiser » la France et l'Europe.
Cette tendance pratique détermine la forme de sa philosophie. Peu d'ouvrages dogmatiques, point de longs ouvrages. « Jamais vingt volumes in-folio ne feront de révolution : ce sont les petits livres à trente sous qui sont à craindre ». Il multipliera donc les courts écrits, vifs, légers, amusants, car il faut amuser surtout, piquer la curiosité, retenir l'attention. Il faut se faire lire, et pour
cela il faut servir le public selon son goût, même selon son vice. On enveloppera l'idée, grave et forte, de frivolité fantaisiste, de satire maligne, de polissonne grivoiserie : c'est l'uppât où se prennent messieurs les courtisans et les belles dames ; et le bourgeois aime les épices autant que le seigneur. Il faut sans cesse surprendre, réveiller le goût blasé, fixer l'attention distraite : de là tous ces pseudonymes saugrenus ou facétieux, ces masques à demi soulevés derrière lesquels se dessine le fameux « sourire de Voltaire ». En un mot. Voltaire est un grand journaliste. Il représente, parmi les grands écrivains français, aune date où la presse naissait à peine, le génie et la puissance de la presse. Il a tous les défauts du journaliste : information superficielle, affirmations, téméraires, plaisanteries ou personnalités substituées à la discussion approfondie des idées, partialité passionnée. Mais il a au suprême degré les talents que le journal exige : des connaissances universelles, une faculté prodigieuse d'assimilation, un sens juste, rapide, aigu, infiniment plus de sérieux et de solidité qu'on ne dit souvent, sous la légèreté du ton, et puis le talent d'exciter la curiosité, d'intéresser l'indifférence, de saisir l'actualité, de tout rendre clair et simple, de tourner toutes les idées du côté qui les fait le mieux comprendre et goûter.
Quelles sont donc les idées que Voltaire, par cette méthode, défendait et répandait? Pur métaphysicien, je l'ai dit, il avait adopté la doctrine de Locke, le moins métaphysicien, le plus « expérimental » des philosophes du siècle précédent. Il adhérait au sensualisme : toutes nos idées viennent des sens; Dieu tout-puissant a bien pu, s'il a voulu, donner à la matière la faculté de penser. Voilà de quoi bousculer le spiritualisme cartésien, et atteindre, à travers Descartes, la métaphysique chrétienne. Cependant, Voltaire, semble-t-il, n'arrive pas à donner beaucoup de cohésion à sa conception, il vacille, il se cojitredit ; au cours de sa longue carrière, il prend des points de vue opposés. Il détruit l'immortalité de l'âme, et parfois même la croyance en Dieu semble n'avoir plus de fondement. Mais, d'autre part, Voltaire affirme énergiquement en maint endroit l'existence de Dieu ; on peut le dire déiste en général :
Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.
Dieu est nécessaire à la morale : il faut croire à un Dieu rémunérateur et vengeur, si l'on veut que la morale ait un fondement et une sanction. Mais s'il y a une rémunération de la vertu, comme elle ne se produit pas, certes, en ce monde, voilà donc l'immortalité de l'âme qui reparait. Il ne faut pas trop triompher de ces hésitations de Voltaire : sentir l'impossibilité de prouver Dieu et l'âme immortelle, et croire Dieu et l'âme immortelle des idées nécessaires à la morale, ce n'est pas si sot, ni d'un si mauvais métaphysicien, et dans une autre forme, j'en conviens, Emmanuel Kant n'a pas procédé autrement. En morale, la doctrine de Voltaire paraît aussi un peu flottante : il est surtout préoccupé d'exposer une morale pratique et ne s'attarde guère dans la métaphysique de la morale. Il prend la conscience, la liberté, les instincts d'humanité, de sympathie, de justice comme donnés; et c'est vrai de l'homme de son temps. N'ayant pas d'idée claire de la morale de l'évolution, il prend Dieu comme expliquant d'un coup la présence de ces données, en dispensant l'esprit de s'attarder hors de la pratique, Il continue Rabelais, Montaigne et Molière ; il fait de la morale un art d'être heureux, mais la vertu est un élément indispensable du bonheur. La vertu n'est plus l'effort contre la nature, c'est la perfection de la nature, c'est le juste équilibre de Finstinct et de la raison. La raison choisit dans le conflit des instincts opposés ; elle marque la mesure à l'appétit de chaque instinct. La morale de Voltaire est une sorte d'épicurisme actif et bienfaisant, qui ne renonce qu'aux voluptés impossibles, dangereuses, et qui fait du souci du bonheur d'autrui une partie du bonheur individuel.
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Toute la métaphysique et la morale de Voltaire, comme sa critique historique, ont toujours la pointe tournée contre le catholicisme. Il en a horreur et a travaillé à le détruire. Au nom de la raison, il n'admet pas de révélation. Toute religion qui se dit révélée est une absurdité : le jésuite, le janséniste, le quaker, l'anglican, le luthérien, le puritain, le musulman, le juif sont tous logés par le sage Chinois qu'ils viennent convertir à la maison des fous. Particulièrement absurde est le catholicisme : Voltaire fait une critique injurieuse, bouffonne, indécente de la Bible et de l'Evangile. Il veut faire saillir les marques de faiblesse humaine qui s'y trouvent. Il étale les erreurs scientifiques, les obscénités grossières de la Bible, les ignorances, les contradictions des Evangiles : et l'on viendra dire que c'est Dieu qui a inspiré ces choses révoltantes pour le bon sens humain ! Il exerce aussi sa critique sur l'histoire ecclésiastique, avec plus d'intuition de la méthode que de capacité d'exécuter ; il scrute les origines du dogme catholique et du pouvoir pontifical. Il a pressenti que l'histoire de l'Eglise ruine les prétentions de l'Eglise à la divinité. Ce n'est pas seulement sa raison qui l'acharné contre l'Eglise, c'est son humanité. L'Eglise opprime les consciences, l'Eglise excite le fanatisme. Voltaire, chaque année, avait la fièvre le jour de la Saint-Barthélémy. Il ne pouvait parler sans horreur de la législation sur l'hérésie et sur le sacrilège. Guerre donc à « l'infâme » qui écrase la pensée et torture les corps î L'histoire ecclésiastique n'est qu'une suite funeste de crimes, de persécutions, de massacres. Tout est mauvais dans la religion : il n'est pas jusqu'à cette philosophie de la Providence, d'apparence si consolante, qui ne soit en effet et fausse et nuisible ; elle est à extirper même de la philosophie rationnelle, et Voltaire la pourchasse dans Leibniz comme dans Bossuet. Voptimisme, qui voit le bien partout dans le monde, est une doctrine de résignation au mal, partant de mollesse et d'inertie ; il faut crier bien haut le mal qui est dans le monde, révolter les hommes contre lui pour qu'ils s'évertuent à y remédier ; au lieu de raisonner en métaphysicien pour se leurrer d'optimisme. Candide travaille, cultive son jardin, en homme sensé, pour améliorer son mauvais sort. Et qu'on n'oppose pas le Mondain à Candide : si l'on vit à l'aise dans la société en 17H6, c'est que depuis d'innombrables années l'activité humaine, la raison humaine, les inventions humaines ont aménagé le monde un peu mieux qu'il n'était sortant des mains du Créateur.
Ceci nous conduit à la philosophie sociale de Voltaire. Elle est également désabusée des systèmes et de l'a priori, uniquement appliqué à la poursuite des résultats positifs. On a fort reproché à Voltaire d'avoir manqué de patriotisme, d'avoir ri de Jeanne d'Arc et complimenté le roi de Prusse qui nous battait. Voltaire a eu pour complice, dans sa scandaleuse Pucelle, tout son siècle ; et ce qu'il a raillé dans Jeanne d'Arc, ce n'est pas l'idée patriotique, c'est l'illuminisme religieux, les visions et l'extase mystiques. Il a vu Jeanne d'Arc à travers Marie Alacoque. Quant aux défaites des armées françaises, qui donc alors attachait aux incidents de ces guerres dynastiques la destinée de la patrie ? Les frontières de France n'étaient pas menacées, ni l'intégrité du territoire. Aucune idée généreuse n'intéressait les cœurs aux succès militaires. Il faudra la guerre d'Amérique, une guerre idéaliste, et les guerres de la Révolution, des guerres de défense nationale, pour refaire de l'armée le symbole de la patrie. Jusque-là, le public et Voltaire mettaient l'honneur de la France dans la pensée, et non dans les armes : le patriotisme du xvm*^ siècle consiste à faire de la France l'institutrice des nations, à la lancer la première dans les voies de la civilisation et du progrès. On avait alors un idéal de solidarité humaine, un large cosmopolitisme, qui était parfaitement légitime et très noble, tant que la patrie était intacte et en sûreté. Un autre reproche qu'on a fait à Voltaire est d'avoir méprisé le peuple et soutenu le
despotisme. Bourgeois, et passablement « bourgeois-gentilhomme », il a accepté l'inégalité sociale ; il a parlé plus d'une fois en termes méprisants du peuple, de cette « horde de cerfs dans le parc d'un grand seigneur». Il a cru que le progrès devait venir d'en haut, et que le bienêtre de la nation ne pouvait se réaliser que par l'action du roi et des privilégiés. Sa doctrine politique est en un mot le despotisme paternel : c'a été l'illusion persistante et l'expérience originale du xviu® siècle. Il y avait dans cette politique beaucoup d'impatience, de désir passionné d'aboutir ; le peuple était si ignorant, si abruti par la misère. A quel lointain avenir eût-il fallu ajourner la réforme sociale, si l'on avait attendu que le peuple fût éclairé et capable d'être libre ? Entreprendre le bien public par l'action du despote éclairé, c'est un moyen d'arriver tout de suite à des résultats. Voltaire donc n'est ni républicain, ni démocrate, reste monarchiste, gentilhomme et propriétaire, n'attaque aucune des institutions fondamentales de l'ancien régime, et même aide le despotisme contre les corps privilégiés dans la suppression des parlements : il attend plus du monarque que des oligarchies aristocratiques. Mais dans ces limites, il exerce une action vigoureuse : il échenille pour ainsi dire la monarchie de tous ses abus. Le devoir d'un gouvernement est de procurer la paix, le bien-être, la justice. Il a la haine de la guerre. Il a la passion des questions économiques : rien ne lui paraît ni aride ni mesquin. Il a des idées sur la voirie, la salubrité des villes, l'utilité des voies de communication. Il s'occupe de l'agriculture, de l'industrie, du commerce. Il discute la réforme de l'impôt. Il veut qu'on soulage le paysan ; et il indique la richesse de l'Eglise comme une des causes de la misère du peuple. Que ne transforme-t-on les couvents en hôpitaux et en écoles ? que n'em ploie -t-on les moines à construire des routes et des canaux? Il demande la réforme de la justice : d'abord l'unité de la législation. « Ah ! dit l'avocat au plaideur, si vos pupilles étaient nés à Guignesla-P. au lieu d'être natifs de Melun près Corbeil », ils gagneraient leur procès, qu'ils ont perdu. Puis la justice est lente et coûteuse. Et surtout la justice est atroce et injuste. A quoi bon des supplices rigoureux ? Pourquoi si souvent la peine de mort ? « Un pendu n'est bon à rien. » Il faut de la proportion entre les délits et les peines. Il faut de l'humanité dans les châtiments. Il y faut surtout de la justice, et l'on ne saurait prendre trop de précautions pour ne pas punir l'innocent. La législation et la procédure du temps, au contraire, traitaient l'accusé en coupable. La torture, en même temps que cruelle, était un moyen de fausser la justice : elle tirait des innocents, par la souffrance, l'aveu des crimes qu'ils n'avaient pas faits. On doit à Voltaire plus qu'à personne l'abolition de la torture.
L'influence de Voltaire a été considérable avant et après sa mort. Il a d'abord tourné les esprits du côté des améliorations pratiques de la vie et de la société. Il a contribué beaucoup à déterminer l'idéal et tracer le programme de « l'administration » moderne en ses meilleurs moments, quand elle a été autoritaire, point libérale, mais active, éclairée, bienfaisante, et employant toute son autorité à la prospérité économique du pays, point tracassière, et laissant les gens de talent et de pensée vaquer en toute tranquillité à leurs travaux. Il a ensuite fourni aux diverses classes, à la noblesse pendant le xviii^ siècle, à la bourgeoisie pendant le xviii^ siècle et les trois quarts du xix«, au peuple pendant la seconde moitié du xix® siècle, une philosophie rationnelle, anticatholique, un système complet d'argumentation sceptique et sarcastique contre la religion et l'Eglise : c'est cela en particulier qu'on a appelé le voltairianisme. Le Siècle anticlérical réimprimait même en 1867 les œuvres complètes de Voltaire. Voilà les deux faces principales de l'action de Voltaire. D'une façon plus générale, il a été un grand professeur de doute et d'ironie, et le plus grand
VOLTAIRE — VOLTAMÈTRE
démolisseur d'idoles, de préjugés et de traditions qu'il y ait eu. C'est par là que ce riche bourgeois, flagorneur de Louis XV, a contribué plus que personne à rendre la Révolution nécessaire, possible et facile : il a ruiné le respect des croyances et des institutions qui maintenaient l'ancien régime. Et il l'a ruiné, non pas tant dans l'âme des opprimés, mais surtout dans celle des privilégiés. Il a désarmé les classes qui avaient intérêt à défendre l'Eglise et la monarchie ; et il a amené aux Etats généraux de 4789 une foule de prêtres et de nobles philosophes, incrédules, humanitaires, qui ont travaillé à jeter à bas l'édifice dont les ruines devaient les écraser.
Les principales éditions générales de Voltaire sont celles de Kehî (édit. de Beaumarchais, avec le concours de Condorcet etDecroix, 1784 et 1785-90, 70 vol. in-8. ou 92 vol. in-12) ; de Bouchot, 1828 et suiv., 70 vol. in-8) ; du Siècle (E. de La Bédollière et Georges Avenel, 1867-70, 8 vol.in-4,le 8^ vol. dédoublé en 1873) ; enfin l'édition Garnier (Louis Moland, 1877-83, 50 vol. in-8, avec une Table générale et analytique par Charles Pierrot, 1885, 2 vol. in-8). Depuis l'édition Moland, divers recueils qui ont paru ont fait connaître des écrits et surtout des lettres inédites de Voltaire ; voici les principaux : le Portefeuille de M"^^ Diipin, publié par le comte G. de Villeneuve-Guibert (Paris, 1884) ; Voltaire et le premier président Fyot de La Marche, publ. par Henri Moulin (Caen, 1885) ; Frédéric H et Louis XV d'après des documents nouveaux, par le duc de BrogHe (Paris, 1885) ; La Vie intime de Voltaire aux Délices et à Ferney (1885) ; Voltaire et le Cardinal Quirini, par Ch. Henry (Paris, 1887) ; Voltaire. Lettres et billets inédits publiés d'après les originaux du British Muséum (1887) ; Cent lettres de Voltaire, non recueillies dans les diverses éditions de ses œuvres (t. IV de la bibliographie de Bengesco, p. 285 ; Paris, 1889) ; Autres lettres et billets non recueillis {ibid., p. 366); E. Stengel, Ungedruckte Briefe Voltaire^ s an Friederich den Gîvssen und an den Landgrafen von Hessen Kassel..., Zeitschrift filr neufranzôsische Sprache und Litteratur (iSSl) ; Lettres inédites à Louis Racine, publ. par Tamisey de Larroque, 1893. Gustave Lanson.
BiBL. : Georges Bengesco, Voltaire, Bibliographie de ses œuvres ; Paris, 1882-90, 4 vol. in-S. — Le comte H. de La Perrière, Troisième rapport sur les recherches faites à la Bibliothèque impériale de Russie, au t. IV des Archives des missions scientifiques (examen des papiers et livres de Voltaire acquis par Catherine II et conservés à Saint-Pétersbourg).
Ouvrages relatifs à la biographie : G. Desnotreterres, Voltaire et la Société française au xyiii** siècle, 1867-76, 8 vol. in-8. C'est l'ouvrage essentiel. — Condorcet, Vie de Voltaire, Genève, 1787. — Colini, Mon Séjour auprès de Voltaire, 1807. ~ Lonchamp et Wagnière, Mémoires sur Voltaire et ses ouvrages, 1825, 2 vol. — Ch. Nisard, les Ennemis de Voltaire, 1833. — Th. Foisset, Voltaire et le Président De Brosses, 1858. — A. Pierron, Voltaire et ses maîtres, 1866. — Léouzon Le Duo, Voltaire et la police, 1867. — H. Beaune, Voltaire au collège, 1867. — Ath. Coquerel, Jean Calas et sa famille, 1858 ; 2« éd. 1869. — E. AsSE, Lettre de M"!* de Graffigny, etc., sur leur séjour près de Voltaire, 1879. — Du même. Lettres de M'"" du Châtelet, 1882. -—G. Maugras, Voltaire et Jean-Jacques Rousseau, 1886. — Perey et Maugras, Voltaire aux Délices et à Ferney, 1885, in-8. — C. Rabaud, SiRVEN, Etudes historiques sur l'avènement de la tolérance, 1892. — E. Campardou, Documents inédits sur Voltaire, 1893. — Ballantyne, Voltaire, son séjour en Angleterre, 1893. — Le duc de Broglie, Voltaire avant et après la guerre de Sept ans, 1898. — F. Calmettes, Choïseul et Voltaire, 1902.
Etudes critiques partielles : F. Brunetière, Etudes critiques, t. I, lïl, IV ; les Epoques du théâtre français, 11" conférence. — E. Deschanel, le Théâtre de Voltaire, 1886. —- Vernier, Voltaire grammairien, 1889. — Ljou, les Tragédies et les Théories dramatiques de Voltaire, 1896. — Eu^. BouvY, Voltaire et l'Italie, 1898. — J.-J. Olivier, Voi/aire et les Comédiens interprètes de son théâtre, 1900. — L. Kœhler, tes Unités de temps et de lieu dans les tragédies de Voltaire, dans Ztsft, f. fr. Spr. u. Lit., 1901.
Etudes générales : Vin et, Hist. de la litt. française au xYiii" siècle, 1853. — E. Bersot, Etudes sur le xviii" siè-
cle, 1855. — D.-Fr. Strauss, Voltaire, six conférences traduites par Narval en 1876. — J. Morley, Voltaire- Londres, 1874. — Taine, l'Ancien Régime. — E. Faguet, XVIW Siècle, 1890. — E. Champion, Voltaire, études critiques, 1892. — Nourrisson, Voltaire et le VoUairianisme, 1896. — L. Crouslé, la Vie et les Œuvres de Voltaire, 1899, 2 vol.
VOLTAWÈTRE (Phys.). Appareil destiné à montrer la décomposition de Teau par les courants électriques. Il se compose d'un verre dont la partie inférieure porte une tubulure à travers laquelle passent deux lames de platine,
GazomètreO
Voltamètre Renard. — VV, vase en fonte servant d'électrode négative; B', borne négative ;B", borne positive ; O, électrode positive; V, vase poreux; S, tube assurant l'égalité de pression en O et en H ; N, ouverture servant de trop-plein quand on charge l'appareil; P, ouverture de décharge; To, sortie de l'oxygène; ïh, sortie de l'hydrogène; Gh et Go, flacons laveurs, en communication par Tu.
les électrodes, séparées l'une de l'autre par un mastic isolant, mais communiquant avec deux bornes en cuivre que l'on met en relation avec le courant électrique. Dans le verre, on place de l'eau acidulée par un dixième d'acide sulfurique, l'eau pure offrant une résistance trop grande au passage du courant. Dès que celui-ci passe, on voit se dégager des bulles de gaz autour des deux lames de platine ; on peut recueillir ces gaz en renversant de petites éprouvettes pleines d'eau acidulée au-dessus de chacune des laïhes. Autour de l'électrode négative se dégage de l'hydrogène ; autour de l'électrode positive on obtient de l'oxygène dont le volume est moitié de celui de l'hydrogène. La quantité d'eau décomposée par seconde dépend de l'intensité du courant ; elle est de 0'^s^,09373 pour un courant d'un ampère. Un pareil courant exigerait donc un peu plus de cinquante heures pour décomposer une molécule d'eau (48 gr.) et donner 221^^32 d'hydrogène et il ^^^ 4 6 d'oxygène.
Le développement de l'électricité ayant permis d'obtenir à bon compte des courants électriques intenses, on a construit des voltamètres à grand débit, tels que celui du commandant Renard, qui est représenté ci-dessus. Cet appareil se compose d'un vase extérieur en fonte qui est relié au pôle négatif et constitue à la fois l'électrode négative et le vase du voltamètre ; à l'intérieur se trouve une électrode positive en tôle de fer ou de nickel perforée et contenue à l'intérieur d'un vase poreux. Tout l'appareil est plein d'une solution de soude dans l'eau (150 gr. par litre). Les deux gaz qui sortent, hydrogène et oxygène, se lavent dans deux grands flacons communiquant par une tubulure inférieure. Avec un courant de 25 à 30 am-
VOLTAMÈTRE — VOLUME
pères on obtient 12 litres d'hydrogène et 6 litres d'oxygène à l'heure. ' A. Joannis.
VOLTE. L Eûuri'ATWN. — La volte est, à proprement parler, le mouvement que le cavalier fait exécuter à sa monture pour la mener en rond : le cheval plie les reins, le dos et les membres supérieurs, trousse les jambes de devant et chasse les hanches sous le ventre. Par extension, le nom est aussi donné à l'espace, le plus souvent circulaire et quelquefois carré, situé dans un manège ou dans un champ de manœuvres et autour duquel on exerce le cheval pour le dresser ou pour faire l'éducation de son cavalier. La volte de piste est celle que le cheval parcourt sans aller de côté, les hanches suivant les épaules. La volte de deux pistes est celle où le cheval va de côté. La volte renversée est celle que fait le cheval, la tête tournée vers le centre de la volte et la croupe vers la circonférence. La demi-volte est la moitié de la volte, le demi-rond qu'on fait faire au cheval lorsqu'on veut effectuer un demi-tour sans s'arrêter. Seriner la volte, c'est se rapprocher de son centre de façon à décrire un cercle plus petit. Elargir on embrasser la volte, c'est, au contraire, s'écarter de son centre, étendre le cercle.
IL Escrime (V. Escrime).
IIL Chorégraphie (V. Danse).
VOLTERRA. Ville de l'Italie centrale, ch.-l. du cercle de Volterra (64.130 hab.), dans le S. de la prov. de Pise (Toscane), dans une contrée inculte et comme formée de coulées de laves sur une montagne, à 554 m. d'alt., avec une vue qui s'étend très loin, jusqu'à la Corse, entre l'Era (affl. de l'Arno) et la Cecina ; terminus de l'embranchement de Cecina (qui se relie à la ligne Livourne-Rome) ; 14.063 hab. Carrières de marbre, de gypse et surtout d'albâtre ; salines considérables au S.-O. de la ville, près de la Cecina, qui fournissent toute la Toscane. Industrie de vases et sculptures d'albâtre ; les célèbres lagoni du val de Cecina, flaques d'eau minéralisée bouillante, produisent une grande partie du borax utilisé en Europe. — Volterra est l'antique Velhatri des Etrusques, la Volaterra des Romains : c'était une des douze cités de la Confédération étrusque, et elle a conservé des traces nombreuses de son origine. République indépendante au moyen âge, elle perdit son importance en subissant la domination de Florence en 1472. Sa ceinture de remparts est intacte, et les murs florentins s'y relient aux murailles étrusques dont subsistent des restes importants ; elles montent sur les crêtes au bord des précipices, et descendent dans les gorges ; leurs 10 kii. de circuit sont bien réduits aujourd'hui après les démolitions résultant des guerres du moyen âge. Les antiquités conservées à Volterra sont : les murs de 12 m. de haut et 4 m. d'épaisseur de tuf calcaire qui subsistent devant la porte Fiorentina et d^ans le jardin du cloître de Santa Chiara ; des restes d'un amphithéâtre, thermes, tombeaux, la Porta dell' Arco, un arc de 6 m. de haut, la piscine, un réservoir sur six colonnes. La cathédrale, bâtie en 1120 par CaHxte P^, agrandie en 1254 par Niccolo Pisano, possède de nombreuses œuvres d'art (dans l'oratoire de San Carlo, nm Annonciation de 1491, de Luca Signorelli). L'église San Giovanni, qui date du vii^ siècle, a un ciboire deMino da Fiesole (1471) et une cuve baptismale d'Andréa Sansovino (1502). Le musée national (dans le palais Tagassi) possède la plus intéressante collection de l'Italie pour l'art étrusque après celle de Rome, avec une bibliothèque de 43.000 vol. Le Palais dei Priori ou Palais public est un bel édifice de 1208 à
VOLTERRA (Daniele da), peintre ital. (V. Ricciarelli).
VOLTERRANO (BaldassareFRANCEscumi, dit il), peintre italien (V. Franceschini).
VOLTUNINA. Peut-être identique avec Volumna, divinité de la vieille religion latine et qui parait être originaire d'Etrurie, dont les monuments la nomment Felthina. Elle était vénérée spécialement au sanctuaire national autour duquel les douze villes de la confédération étrusque
délibéraient sur leurs intérêts communs : on ne sait au juste où ce temple était situé. Mais la fête était célèbre : elle était l'occasion à la fois de cérémonies rehgieuses, de ti^ansactions commerciales et de réjouissances diverses où l'art et les lettres avaient leur place.
VOLTURNO. Fleuve dltalie (V. ce mot).
VOLTZIA (Voltzia Ad. Br.) (Bot.). Genre de Conifères fossiles, se rapportant aux Taxodinées, et caractérisé par les rameaux garnis de ramules distiques, portant des feuilles falciformes, décurrentes à la base, et parfois dans leur portion supérieure de longues feuilles linéaires ; strobiles cylindriques allongés, à écailles lâchement imbriquées, tri-quinquélobées à leur bord supérieur, avec 2-3 graines ailées. Espèce type : F. heterophylla Schimp. et Moug., du grès bigarré des Vosges. Les espèces sont réparties dans le permien et surtout dans le trias.
VOLUBILIS (Bot.). Le Volubilis (Convolvulus purpureus L. — Pharbitis hispidaChois. — Ipomœa purpureahB.mk) est une plante annuelle à tigevolubile, couverte de poils rebroussés ; ses feuilles, alternes, cordées, acuminées, possèdent un long pétiole. Les fleurs, de coloration pourpre, violacée, rose, bleue ou blanche sont disposées en cymes axillaires. Le calice est formé de sépales velus. La corolle en cloche ou en entonnoir a son limbe marqué de 5 plis. Les étamines, incluses, ont leurs filets dilatés à la base. L'ovaire est à 3-4 loges bi-ovulées. Le fruit est une capsule globuleuse. Le Volubilis est originaire de l'Amérique méridionale: on le propage par graines semées sur couche ou en place définitive. W. R.
VOLUBILITÉ (Phonol.) (V. Bredouillement) .
VOLUCELLE {Voluce lia Geof^r.) (Entom.). Genre de Diptères, de la famille des Brachystomes, tribu des Syrphides, caractérisé par le corps épais, la trompe à lèvres allongées, pointues, la face prolongée obtusément, avec une proéminence au milieu, les antennes courtes, à troisième article oblong, à style plumeux, la cellule marginale des ailes fermée. Les larves des Volucelles sont allongées, rétrécies en avant, larges postérieurement ; leur corps est ridé, avec les côtés munis de pointes, la tête porte en avant deux petites cornes charnues, leur bouche est armée de deux mandibules })ifides. Elles sont voraces et vivent aux dépens des larves des bourdons, des guêpes, etc. Type : VoL bombylans Meig. Noire, avec poils fauves sur la moitié postérieure de l'abdomen et tache brune sur les ailes. Elle est commune en Europe sur les églantiers, en juin.
VOLUCRAIRE.Ona appelé, au moyen àge^volucraires (du htm volucris, oiseau), des traités sur les oiseaux où les renseignements donnés sur chaque animal étaient accompagnés d'interprétations allégoriques dans un sens religieux. Un des plus connus parmi les ouvrages de ce genre est celui d'un certain Osmond, clerc qui vivait dans la seconde moitié du xni® siècle et dont le poème, qu'il donne comme traduit du latin, est conservé dans le manuscrit français 17.270 de la Bibliothèque nationale. Beaucoup de volucraires en prose se trouvent joints à des bestiaires (V. ce mot) ; on en trouve un de ce genre dans le manuscrit 351 de la Bibliothèque de Cambrai.
BiBL, : V. Le Clerc, dans Histoire littéraire de la France, XXIII, 321. — G. Paris, la Littérature française au moyen âge, p. 144.
VOLUME. I. Mathématiques. — On appelle volume d'un corps l'étendue de l'espace qu'il occupe, et on mesure ce volume en le comparant à un volume déterminé, pris pour unité, et qui est généralement celui du cube ayant pour arête l'unité de longueur. Les unités pratiques de volume ou de capacité sont énumérées dans le système métrique. La géométrie apprend à déterminer les volumes des corps qui affectent des formes simples, et spécialement ceux des polyèdres, des cylindres et cônes de révolution et de la sphère. La détermination des volumes de corps dont les limites sont des surfaces courbes quelconques, définies analytiquement, relève du calcul inté-
VOLUME -~ VOLZ
gral et constitue le problème des cubatures. Pour la détermination approximative des volumes, on a imaginé en outre un assez grand nombre de formules de cubatures, lesquelles, malgré leur défaut apparent de rigueur, peuvent être très suffisantes pour les besoins de la pratique et rendre de très grands services. C.-A. L.