‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 563 sur 633 · WALPOLE · texte numérisé non relu

WALPOLE

Communes et fut enfermé plusieurs mois à la Tour. Réélu en 1743, il publia une virulente attaque contre le ministère, A short history of the Parliament, qu'il dut imprimer lui-même, aucun imprimeur n'ayant osé le faire. Il prit la défense de Steele, et à l'avènement de George P^ il devint trésorier général de l'armée, puis entra au Conseil privé (d714). Lord Townshend, son beau-frère, était chef du gouvernement et il n'agissait que par les conseils de Walpole. La majorité était libérale, aussi Walpole prépara-t-il un formidable acte d'accusation contre le dernier cabinet tory qui aboutit à l'accusation de haute trahison contre Bolingbroke,]e duc d'Ormonde, le comte de Straiford et le comte d'Oxford. Le 11 oct. 1715, il était nommé premier lord de la Trésorerie et chancelier de TEchiquier. Il réprima avec énergie le mouvement insurrectionnel de 1715, mais les intrigues de Sunderland et de Stanhope finirent par lui aliéner l'esprit du roi et, dégoûté des difficultés qu'on soulevait sans cesse sous ses pas, il rendit les sceaux le lOavr. 1717. II se jeta furieusement dans l'opposition, votant souvent avec les tories les plus avancés, dénonçant la quadruple alliance (1718), et par la vigueur de ses attaques que repoussaient mal des ministres d'une valeur bien inférieure à la sienne, gagnant sur la Chambre une autorité de plus en plus grande. En même temps, il acquérait dans des spéculations une fortune énorme et prenait une influence prépondérante sur la princesse Caroline de Galles, associée à ces spéculations. Cette singulière alliance le réconcilia avec le roi. La dégringolade formidable du South Sea Stock qu'il avait prédite obligea le gouvernement à recourir à ses ' bons offices pour relever le crédit public et la banque d'Angleterre gravement compromis (1720). Il y réussit et redevint chancelier de l'Echiquier (1721). Il laissa à son beau-frère Townshend la direction des aftaires étrangères, se réservant le maniement, sans contrôle, des affaires intérieures. Son administration fut extrêmement brillante ; depuis Thomas Cromwell l'Angleterre n'avait pas connu un ministre plus habile en matières commerciale et financière. Il fut vivement combattu par Carteret qui intrigua contre lui avec les confidents allemands du roi. Il fut assez fort pour obtenir le renvoi de Carteret qui fut remplacé comme secrétaire d'Etat parle duc de Newcastle (1724). Mais il se forma contre lui une opposition formidable dirigée par tous les hommes de talent qu'il écartait de propos délibéré de son cabinet. Les fameuses « lettres du Drapier » de Swift furent dirigées contre lui. Bolingbroke, qui avait essayé de se rapprocher de lui et dont le concours avait été repoussé, se donna la tâche de grouper tous les mécontents. Walpole résistait à cette coalition avec une habileté infinie. Il faisait flèche de tout bois, ressuscitant l'ordre du Bain pour gagner des partisans, et excitant le public contre Pulteney en révélant les termes du traité de Vienne de 1725. Ses ennemis redoublèrent d'efforts, fondèrent le Craftsman (1726), dont chaque numéro fut un acte d'accusation contre Walpole, contre sa famille, contre la corruption érigée en système de gouvernement. L'avènement de George II, qui ne l'aimait pas (1727), parut devoir lui porter un coup fatal. Mais Walpole spécula avec bonheur sur l'avarice du roi et se l'attacha en faisant augmenter sa liste civile, et en obtenant la signature du traité de Se ville (1729), qui ruina les dernières espérances des jacobites. Il redevint plus puissant que jamais et put se débarrasser de Townshend (1730), dont le caractère dominateur lui était devenu odieux. Enrayée, l'opposition l'attaqua sur l'alliance avec la France qui était le pivot de la politique étrangère qu'il dirigeait aussi depuis plusieurs années. Elle ne réussit pas davantage. Seulement il encourut l'impopularité en voulant remanier les droits de douanes sur le tabac et les vins, dans l'idée de faire de Londres un port libre et le marché du monde. Brûlé en effigie, accablé de pétitions, il fut obligé de renoncer à son dessein (1733). Il prit sa revanche en amenant la pacification générale dans la ques-

tion de la succession à la couronne de Pologne (1734), où le roi eut volontiers prêté assistance à l'empereur, et contraignit ses ennemis même à lui rendre justice. Puis il se mit à dos le prince de Galles qui voulait qu'on augmentât sa dotation (1737) ; la mort de la reine annonça le déclin de son influence sur le roi. On le vit bien quand, malgré tous ses efforts, George IV fit déclarer la guerre à l'Espagne (1739), et voulut encore intervenir dans les complications européennes qui suivirent la mort de l'empereur Charles VI (1740). L'opposition se crut alors assez forte pour proposer nettement le renvoi de Walpole (1741). Grâce à une extraordinaire diplomatie, il parvint à écarter ce péril et obtint de grosses majorités en gagnant l'appui des jacobites qu'il avait jadis si fort combattus. Mais les élections de 1741 lui furent défavorables et il finit par être mis en minorité d'une voix sur une misérable question de validation de pouvoirs (1742). Le roi, qui ne l'aimait pas mais qui l'estimait fort, fondit en larmes en acceptant sa démission. Walpole fut créé comte d'Orford et conserva une énorme influence politique. Le roi continua à le consulter et ses ennemis, maintenant au pouvoir, ayant tenté de soumettre ses actes à un comité secret, l'accusant de corruption et de dilapidation des fonds publics, cette tentative échoua complètement. Il mourut des suites du surmenage qu'il s'était imposé pendant sa longue administration. Il avait réussi à maintenir pendant près de vingt années une paix extrêmement profitable à l'Angleterre, en s'appuyant surtout sur l'alliance avec la France qui était pourtant contraire aux sentiments de la nation. Dans le domaine de la politique intérieure, il réalisa des réformes dont les conséquences furent incalculables : entre autres, le transfert des pouvoirs primordiaux de la Chambre des lords à celle des communes, le principe de la responsabilité collective du ministère, grâce auquel les ministres ne dépendirent plus du caprice du souverain. Il fut l'un des promoteurs du libre échange et de la politique coloniale moderne. Orateur excellent, clair, précis, se jouant des chifi'res et rendant intelligibles les spéculations les plus ardues, il n'aimait pas beaucoup la littérature, bien qu'il ait protégé les gens de lettres comme Pope, Congrève, Gray, Young, et il lisait fort peu. Il avait la passion de la chasse, dépensait sans compter, et, par un travers assez singulier, s'imaginait être très économe ; il construisit une superbe habitation àlloughton, réunit une collection de tableaux estimée à plus de 100.000 liv. st., et laissa 40.000 liv. st. de dettes qui ne furent complètement payées qu'en 1778. On a de nombreux portraits de Walpole, dont l'un des plus beaux est celui de Jervas.

BiBL. : Walpoliana, Anecdotes collected by H. Walpole ; Londres, s, d,, 2 vol. — Z. Pearce, Life of Walpole. — Th. Newton, Life of R. Walpole, 1816, 2 vol. — Coxe, Memoirs of the life and administration of sir R. Walpole^ 1798, 3 vol. — Horace Walpole, Memoirs, 1820, 2 vol. - MoRLEY, Walpole, 1890.

WALPOLE (Horace), comte d'Orford, écrivain et homme politique anglais, né à Londres le 21 sept. 1717, mort à Londres le 2 mars 1797, fils du précédent. Elevé à Eton où il se lia intimement avec les Montagu, avec Thomas Gray, Ashburton, etc., puis à Cambridge, il fit le tour obligé sur le continent en compagnie de Gray et séjourna longtemps en Italie, surtout à Florence. Membre du Parlement, en 1741 il prit peu d'intérêt à la politique. Il était avant tout dilettante et passionné pour les arts. En 1747, il fit l'acquisition d'une propriété, Strawberry Hill, près de Twickenham, et passa la plus grande partie de sa vie à agrandir et à orner sa maison dont il fit un remarquable musée. Il y établit aussi une imprimerie et édita un assez grand nombre d'ouvrages de choix, anciens et modernes et ses propres œuvres. En 1765, il fit un long séjour à Paris où il se lia avec la fameuse M"^® du Deff'and. Déjà très connu par son esprit, sa finesse, son goût rafiiné, l'agrément de ses petits vers et de ses badinages littéraires, il donna en 1764 un roman gothique, The Castle of Otranto^ qui eut un succès inouï et exerça

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