‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 570 sur 633 · WATT ~ WATTEAU · texte numérisé non relu

WATT ~ WATTEAU

ils montèrent à Soho,près de Birmingham, une fabrique, depuis renommée, dans laquelle plus d'un million de francs furent dépensés avant qu'ils songeassent à effectuer des rentrées. D'ailleurs Watt ne devait pas s'en tenir là. De la machine à simple action, il passa presque aussitôt à la machine à double action et inventa, en i 784, son célèbre parallélogramme articulé (V. Articulé [Système], t. IV, p. 8), dont il fit coup sur coup deux applications mémorables : d'abord la transformation du mouvement rectiligne alternatif du piston en un mouvement continu de rotation, puis la commande automatique d'admission de la vapeur au moyen du régulateur à force centrifuge (V. Régulateur). Il acheva, de la sorte, de faire de la machine à vapeur, qu'il avait trouvée si rudimentaire, et qu'il dota, en outre, du volant, ce qu'elle est demeurée pendant plus d'un demi-siècle. On lui doit aussi une presse à copier, pour laquelle il prit, en 4780, un brevet. Enfin, il a eu une certaine part, quoique non publique, à la découverte de la composition de l'eau (V, Eau, t. XV, p. 493). Il était membre de la Société royale de Londres (4785) et membre associé de l'Académie des sciences de Paris (1814). Il n'a laissé, comme écrits, qu'un très petit nombre d'opuscules et d'articles sur des questions de physique et de chimie. Un monument dû à Chantrey lui a été élevé dans l'abbaye de Westminster, et d'autres à Birmingham, Greenoch, Manchester. — Son fils, /^mfô' (1769-4 848), lui a succédé en 4800 comme codirecteur de l'usine Boulton et Watt, à Soho. L. S.

BiBL. : J.-P. MuiRHEAD, Tlic ovigin and progress of the mechanicixl inventions of J. Walt ; Londres, 1854, 3 vol. ; 2 édit. 1859. — Du môme, Correspondance of J . Wa.lt on his discoviery of the thcory of the composition ofwater; Londres, 1856. — Smiles. Lifes of the engineers; Londres 1874 1. IV. — ■ Ernst, James Wali und die Grundhigen des modernen Dampfmaschinenbaues ; Berlin^ 1897.

WATTEAU ou WATEAU (Jean-Antoine), peintre français, né à Valenciennes le 46 oct. 1684, mort à Nogentsur-Marne le 48 juil. 4724. 11 était fils d'un maître couvreur, marchand de tuiles, chargé d'une nombreuse famille. Vers l'âge de dix ans, il fut mis en apprentissage chez J.-A. Gérin, l'un des peintres renommés delà ville, dont le musée et les églises de Valenciennes conservent quelques ouvrages, de valeur médiocre, dans le goût flamand. Gcrin mourut le 7 juin 4702. Peu de temps après, on trouve le jeune homme à Paris, sans protection, sans ressources, mais décidé à s'en procurer par le travail. Engagé d'abord par un peintre sans clients. Métayer, qui ne peut le nourrir, il passe chez un fabricant de peintures, au Pont Notre- Dame, qui l'emploie, avec quelques autres apprentis, à copier, en nombreux exemplaires, des images religieuses et des tableaux de genre, notamment une Vieille Liseuse de Gérard Dou, et un Saint Nicolas, très recherché par les dévots.

Tout en se livrant à cette besogne insipide moyennant « trois livres par semaine et la soupe tous les jours », V^atteau s'était lié avec un peintre d'Anvers, J.-J. Spoede, élève de l'Académie royale, et avec Claude Gillot, peintre, dessinateur, graveur, décorateur, d'une verve intarissable, et d'une fantaisie originale. « Gillot, ayant vu quelques dessins ou tableaux de Vi'^atteau, l'invita à venir demeurer chez lui. » L'accord entre le maître et l'élève^ d'humeur également vive, ne fut pas de longue durée. Néanmoins, Watteau conserva toujours pour Gillot une grande reconnaissance, car « c'est chez lui qu'il se débrouilla complètement », dit Gersaint, C'est bien chez Gillot, en etfet, qu'il prit le goût des scènes de théâtre, des fantaisies galantes, des arabesques à figurines, des mythologies et des singeries, et qu'il s'enhardit dans ses tendances naturelles à obser\^er sans cesse les réalités environnantes et à jouir, en rêveur délicat, du spectacle de la vie mondaine ou rustique.

De l'atelier de Gillot il passa dans celui de Claude Audran, peintre d'arabesques et de grotesques, en grand renom, et devint vite, pour lui, un précieux collaborateur.

Audran habitait le Palais du Luxembourg, dont il était le conservateur, le « concierge », comme on disait alors. Watteau demeura plusieurs années avec lui, complétant ses études techniques par l'admiration quotidienne des grandes peintures de Rubens décorant la galerie de Médicis (aujourd'hui au musée du Louvre) et trouvant, à loisir, des sujets incessamment renouvelés d'observation et de rêve dans la foule des élégants promeneurs et des belles promeneuses qui fréquentaient les jardins à la mode, autant que dans les aspects variés de ce jardin lui-même, alors très vaste, très orné et cultiA^é en certaines parties, très boisé, en d'autres, désert et presque sauvage. Ses travaux, à cette époque, semblent avoir été, presque exclusivement, des travaux décoratifs, peintures de lambris, de paravents, d'écrans, de clavecins. Afin d'étudier le modèle vivant, il suivait d'ailleurs les cours de l'Académie royale. Le 6 avr. 4709, il fut admis en loge, pour le concours du grand prix, avecHulin, Vernansal l'aîné. Grisou, Parrocel. Le 31 août, le jury, composé deCoysevox, Girardon, Jouvenet, de La Fosse, Rigaud, Largillière, décerna le premier prix à Grisou ; Watteau n'obtint que le second.

C'est à ce moment que, désirant revoir sa famille et son pays, il fit montrer par Spoede à un marchand de tableaux, Sirois, une petite peinture, faite en ses moments de loisir et suivant son goût personnel, le Départ des troupes. Sirois en offrit 60 livres et commanda un pendant. Halte cTarmée, que le peintre put aller exécuter à Valenciennes, où les passages de soldats, après la bataille de Malplaquet, lui offrirent de continuels sujets d'études. Son séjour auprès des siens se prolongea assez longtemps ; de cette époque datent les Fatigues de la guerre, les Délassements de la guerre, Y Escorte d'équipage, le Défilé, et une quantité d'études militaires d'après nature. L'amour du peintre pour Rubens ne se révèle qu'à peine encore dans ces petits tableaux, d'une observation précise et juste, d'une touche nette et vigoureuse, mais d'une couleur brune et sombre, presque monochrome, qui leur donnait, pour les contemporains^ un aspect de vieilles peintures.

C'est seulement après son retour à Paris, en 1712, où il descendit d'abord chez Sirois, que, par suite de circonstances diverses, le génie du coloriste éclatant et savoureux prit enfin possession de lui-même. Pierre Crozat, le collectionneur enthousiaste et éclairé, qui avait réuni, dans son hôtel de la rue de Richelieu, dix-sept mille peintures, objets d'art et dessins, commanda à Watteau, pour sa salle à manger, quatre panneaux, les Quatre Saisons, La même année, le 3') juil., le jeune peintre est agréé par l'Académie, sur le vu de ses ouvrages, et charge Coypel et Barrois de lui demander son tableau de réception, dont le sujet est laissé à sa volonté. Watteau, rêveur et maladif, inquiet et instable, n.e travaillant bien qu'à ses heures et à sa fantaisie, toujours mécontent de lui-même, devait laisser passer près de cinq années sans fournir l'œuvre promise. Vainement, chaque année, l'Académie lui faisait rappeler ses engagements. C'est seulement le 28 août 1717 qu'en désespoir de cause, il livrera, sans même l'achever, V Embarquement pour Cythère (musée du Louvre), et sera reçu définitivement académicien. Ce chef-d'œuvre n'était, en effet, pour lui qu'une esquisse préparatoire, puisqu'il devait se remettre bientôt à traiter le même sujet, en y ajoutant de nombreuses figures, sur une toile plus travaillée et plus poussée, qui se trouve aujourd'hui au Palais impérial de Berlin.

Ces cinq années qui s'écoulent entre son élection et sa réception à l'Académie, de 1712 à 1717, sont, d'ailleurs, les plus laborieuses, les plus fécondes, et, semble-t-il, les moins malheureuses de sa courte vie. N'était l'instabilité de son caractère qui le fait sans cesse déménager, pour fuir les importuns et suivre librement son rêve, il trouve autour de lui toutes les satisfactions de l'intelligence et de l'amitié. Sirois et son gendre, Gersaint, s'occupent de la vente de ses tableaux, le comte de Caylus et

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