WELLINGTON
conseil municipal de Londres et de celui de Dublin. Chargé du commandement de la réserve de l'armée de Zélande, il remporta quelques succès sur les Danois et fut un des commissaires qui négocièrent la capitulation de Copenhague. Il fut alors promu lieutenant général (1808) et bientôt mis à la tête d'une armée destinée à intervenir dans les affaires de la Péninsule. Débarqué àMendigo avec 15.000 hommes, il chassa Farmée française du Portugal et l'obligea à se rendre par la convention de Cintra (30 août). Mais Napoléon reprit bientôt l'offensive et força à son tour Moore à rembarquer ses troupes à la Corogne (1809). Wellesley reçut des renforts en Portugal et, plein de sangfroid, déclara : « Le Portugal peut maintenant se défendre contre n'importe quelle armée française ». Il marcha sur Soult, le contraignit à Oporto à battre en retraite et se porta sur Madrid. La bataille, d'abord indécise de Talavera (27 juil. 1809), permit à Soult de reprendre l'offensive, et Wellesley se replia en toute hâte sur Badajoz. Il venait d'être créé lord Wellington ; le ministère le laissa libre de décider s'il fallait ou non abandonner la Péninsule. « Je suis persuadé, répondit-il, que l'honneur et l'intérêt de mon pays exigent que nous tenions ferme ici aussi longtemps que possible, et, s'il plaît à Dieu, j'y resterai. » Après avoir infligé un échec à Masséna, à Busaco, il se retrancha à Terres Vedras dans une position inexpugnable (oct. 1810), où Masséna usa ses forces. Le maréchal battit en retraite au commencement de 1811, et Wellington s'empressa d'assiéger Almeida. Masséna revint avec des renforts, mais ne put déloger son adversaire des positions de Fuentes d'Onore (mai 1811) et se replia sur Salamanque. Bientôt Napoléon était obligé de rappeler ses meilleures troupes d'Espagne pour les porte'r sur les frontières de Pologne. Wellington reprit aussitôt l'offensive, prit d'assaut Ciudad Rodrigo et Badajoz (1812) et battit Marmont à Salamanque (22 juil.). En août, il entrait à Madrid. La défense héroïque de Burgos arrêta le cours de ses succès et, menacé par deux armées françaises, il se replia sur les frontières de Portugal (18 oct.). La débâcle de Russie lui rendit sa liberté d'action. En mai 1813, à la tête de 90.000 hommes, il poursuit nos troupes qui se replient sur la France, les atteint à Vittoria, leur inflige une défaite (21 juin). Soult fait une résistance désespérée dans les Pyrénées, mais W^ellington, vainqueur sur la Bidassoa, entre en France, force le camp retranché de Bayonne, bat Soult à Orthez, puis lui livre encore à Toulouse un combat acharné, mais sans résultat. L'abdication de Napoléon (18 avr. 1814) suspendit les hostilités. Wellington fut appelé à Paris pour participer aux conseils des souverains alliés, puis il revint en Angleterre où il reçut un accueil triomphal. Le 5 juil., il fut nommé ambassadeur à Paris. Ce choix étrange, étant donné le rôle qu'il avait joué dans la récente guerre, souleva en France une telle réprobation qu'on dut le transférer à Vienne (15 févr. 1815). Le retour de Napoléon le remit au premier plan. Il se heurta d'abord à Ney, aux Quatre-Bras(16 juin), et par sa résolution et sa fermeté déjoua sa tentative de rompre les lignes des allies. Le 18, il s'affrontait à Napoléon en personne. Ce n'est pas ici le lieu de raconter la gigantesque bataille de Waterloo (V. ce mot et Napoléon 1^^')- L'énergie de WelHngton, la pleine possession de lui-même qui jamais n'abandonna le « duc de fer »... et la fortune eurent raison du grand capitaine. Wellington marcha sur Paris, ramenant Louis XVIil. Il se querella avec Blùcher qui voulait faire fusiller Napoléon et l'empêcha de détruire le pont d'Iéna. Son accord avec l'empereur Alexandre prévint aussi un démembrement du territoire et une occupation prolongée qu'exigeaient les Prussiens. Par contre, il fit restituer toutes les œuvres d'art qui avaient été prises à l'étranger par les armées de Napoléon, ce qui le rendit fort impopulaire à Paris, où on essaya, en 1816, de metttre le feu à la maison qu'il habitait dans la rue des Champs-Elysées et où un coup de feu fut tiré sur lui en 1818. Il siégea aux conférences d'Aix-la-Chapelle qui mirent fin à l'occupa-
tion de la France par les alliés et qui renouvelèrent la quadruple alliance. Puis il retourna en Angleterre, entra dans le cabinet comme grand maître de l'artillerie et s'y montra tory renforcé ; il réprima diverses émeutes causées en 1819 par la politique rétrograde du gouvernement. En 1822, Wellington représenta l'Angleterre au congrès de Vérone, à l'avènement de l'empereur Nicolas à Saint-Pétersbourg (1826), où il s'occupa en même temps des difficultés survenues entre la Russie et la Turquie, devint commandant en chef de l'armée en 1827, et peu après, démissionna étant déplus en plus en désaccord avec Canning. Il reprit sa démission après la mort de cet homme d'Etat, et en 1828 fut chargé de former un ministère avec l'aide de Peel. Il accepta avec beaucoup de répugnance le portefeuille de premier lord de la Trésorerie et, obligé d'accepter comme collègues plusieurs Canningites, entra en querelle avec eux et finit par les expulser du cabinet qui devint purement conservateur. Son administration ne fut pas heureuse. L'association catholique formée par 0' Connell avait amené l'Irlande à un tel état d'effervescence qu'une guerre civile était imminente et que Wellington dut se résigner à des concessions qu'il réprouvait, notamment l'émancipation des catholiques (1829). La révolution de 1830 et le contre-coup qu'elle eut en Europe ravivèrent en Angleterre le désir de la réforme électorale. Cette fois, le duc ne voulut pas céder, et il démissionna (15 nov. 1830). Il fit au bill de 1831 une si violente opposition que la populace de Londres brisa à deux reprises les vitres de sa maison et l'assaillit dans la rue en 1830. Mais cette impopularité dura peu. En 1834, il revint au pouvoir et fut à la fois secrétaire d'Etat à l'intérieur et premier lord de la Trésorerie ; puis ministre des affaires étrangères. Ce ministère, que Peel dirigeait, tomba en 1835. Wellington fut encore ministre sans portefeuille dans le second cabinet de Peel, redevint commandant en chef de l'armée en 1842. La chute de Peel en 1846 mit fin à la carrière politique de Wellington qui, de l'avis même de ses admirateurs, eut aussi bien fait de se contenter de sa gloire militaire. Il s'occupa dès lors presque uniquement de l'organisation de l'armée, et réprima vigoureusement le mouvement chartiste de 1848. Il mourut après une très courte maladie, ayant conservé jusqu'au bout sa remarquable activité. Palmerston, qui pourtant ne l'aimait pas beaucoup, écrivit: « Vieux comme il était et affaibli de corps et d'esprit, c'est une grande perte pour le pays. Son nom était redouté à l'extérieur, son opinion et ses conseils étaient précieux à l'intérieur. Personne n'a jamais obtenu pendant sa vie et après sa mort Famour universel, le respect, l'estime de ses concitoyens. » Ses obsèques furent magnifiques. Un monument fut élevé à sa mémoire à la cathédrale de Saint-Paul ; des statues lui furent érigées un peu partout, et en son nom furent fondées de nombreuses institutions, notamment un collège pour les fils d'officiers. C'était un homme de 5 pieds 9 pouces, froid, résolu, extrêmement actif, peu expansif, considérant que les amis peuvent devenir des ennemis et les ennemis des amis. Ses officiers et ses soldats avaient confiance en lui et l'admiraient, mais ils ne l'aimaient pas. Comme général, on l'a fort discuté et on l'a souvent comparé à Fabius. Il avait lui-même l'habitude de compter beaucoup sur le hasard; et sa devise était Virtutis fortuna cornes. Sa principale qualité était le sang-froid, une maîtrise admirable de soi, qui lui permettait de ne pas négliger la moindre opportunité dans les pires circonstances. Lanfrey a dit de lui, excellemment : « Nul ne se rendit jamais un compte plus exact de la portée de ses entreprises, nul ne prépara et ne mérita mieux ses succès, nul ne les arracha plus opiniâtrement à Faveugle fortune ». R.S.
BiBL. : Lord Stanhope, Notes of conversations with the duhe of Wellington; Londres, 1888. — Fraser, Words on Wellington; Londres. 1889. — Timds, Wellingtoniana, 1852. — Gleig, Life of the Duhe of Wellington, 1858-GO, 4 voL ~ Wright, Life and campaigns of the d.uhe of