‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 597 sur 633 · YANG-TSE — YARMOUTH · texte numérisé non relu

YANG-TSE — YARMOUTH

jusqu'à Ping-chan et au prix de grosses difficultés (à 2.875 kii. de l'embouchure) ; c'est là que s'arrête la navigabilité. Les bateaux à vapeur ne peuvent naviguer que jusqu'à I~tchang (dans le Hou-pé), c.-à-d. à 4.762 kil. de l'embouchure : au-dessus de cette ville, les jonques chinoises passent sans peine à travers 460 kil. de rapides (jusqu'à Kouei-tcheou), qui rendent le trajet tout à fait impraticable aux bateaux européens. Depuis I-tchang, le fleuve descend en moyenne 47 centim. par kil. et a un débit moyen de 44.000 m. c. Au-dessus de Nanking, sa largeur atteint 7 kil. La crue commence en mars-avril, atteint son apogée en juillet-août; la plaine inférieure est en grande partie couverte d'eau, entre Han-keou et Nanking. Les inondations causent souvent de grands ravages sur les bords du fleuve. C'est après Nanking que commence l'embouchure : la marée se fait sentir dans le fleuve jusqu'à 600 kil. Le mouvement commercial sur le Yangtsé est prodigieux : c'est par milliers que Ton compte les embarcations chinoises et européennes ; des compagnies de bateaux à vapeur européennes (principalement anglaises) remontent régulièrement jusqu'à I-tchang. Les ports du bassin du fleuve ouverts au commerce international sont : Chang-hai, Sou-tcheou,Tching-ldang, Ou-hou, Kiou-kiang, Han-kéou, Cha-siou, Cha-si, I-tchang, Tchoung-king. On peut diviser le bassin du fleuve, au point de vue du commerce, en trois sections : 4*^ le Se-tchouen (représenté par le port de Tchoung-king : opium et produits animaux) ; 2° le bassin moyen du Yang-tsé (I-tchang, Cha-si, Han-kéou et Kiou-kiang, qui produisent le thé, le tabac, le chanvre et les objets fabriqués : porcelaines, papier) ; 3° le delta du fleuve (qui commence à Ou-hou et conprend les marchés de Tching-kiang, Sou-tcheou et Chang-hai, qui exportent la soie, le riz, le coton). — L'étude scientifique du Yang-tsé par les Européens date de 4840 : le capitaine anglais Collinson fit le relevé de l'estuaire et remonta jusqu'à Nanking; en 4858, le capitaine Osborn poussa le relevé jusqu'à lian-kéou; en 4864, deux autres officiers anglais, Sarel et Blakiston, remontèrent jusqu'à Piflg-chan dans le Sse-tchouan. Depuis lors, Doudart de Lagrée et Garnier, en 4867-68, ont remonté plus haut ; mais le cours supérieur du fleuve n'a été exploré que par Prjévalsky dans ses voyages au Tibet de 4874 à 4885, par Rockhill en 4890; en 4894, Dutreuil de Rhins a visité les sources.

YANKEE, Sobriquet appliqué par les Européens aux habitants des Etats-Unis, et par ceux-ci plus spécialement aux originaires de la Nouvelle-Angleterre (V. Etats- Unis). Il est probable que c'est une simple corruption du mot A7iglais on English^ déformé dans la prononciation par les Indiens de la frontière franco-anglaise. Cependant Thierry le dérive de Jankin, forme néerlandaise de John, Jean, sobriquet que les colons hollandais de New Y'ork auraient appliqué à leurs voisins anglais du Connecticut.

Dans loê guerres contre les Français parut, en 4755, la chanson de Yankee Doodle, dont les paroles furent écrites par le médecin militaire Richard Schuckburg sur un vieil air du xvii^ siècle que les Cavaliers chantaient pour railler Cromwell. Le Yankee Doodle devint une sorte de chant national américain ; mais, à la fin du xix® siècle, il fut délaissé pour de nouveaux : Hail Columbia, œuvre de Joseph Hopkinson(f 4842); The star spangled banner^ œuvre de Francis Scott Key (f 4843), etc.

YAO. Nom posthume de l'un des plus fameux empereurs légendaires de la Chine, qui, suivant les traditions chinoises, serait né en 2373 avant notre ère et mort en 2258, à l'âge de 445 ans. C'est au règne de ce prince que commence le grand ouvrage historique, le Chou-king ; cet ouvrage rapporte qu« Yao, qui avait le nom personnel de Fang-hiun, était le second fils de Ti-kou; à la mort de celui-ci, en 2357, Tchi, son fils aîné, ayant été reconnu indigne du trône, Fang-hiun fut élu à sa place. Il établit sa résidence à Ping-yang et prit le feu pour s-ymbole ; il

encouragea l'astronomie, dressa un calendrier, inventa la musique religieuse, visita toutes les provinces, vint en aide aux malheureux et se fit aimer de son peuple. En 2298, eut lieu la fameuse inondation de la Chine. Après être resté pendant soixante-dix ans au pouvoir, Yao, qui ne trouvait pas à son fils Tan-tchou les aptitudes nécessaires pour régner, associa d'abord au trône un laboureur nommé Choen, lui donna ses deux filles en mariage et en fit ensuite son successeur. Le nom de Yao est resté en Chine le synonyme de bonté et sainteté. Albert Thomas.

YAO. Peuplade de la Chine méridionale, habitant principalement dans une région montagneuse de la prov. de Kouang-toung, non loin de la frontière du Tonkin. D'origine probablement birmane, les Yao émigrèrent du Hounan. Sous les règnes de Taï-tsou (4368-99) et deTchengtsou (4403-24), tous deux de la dynastie Ming, plusieurs chefs Yao firent des visites d'hommage à la cour de Chine ; on commença dès lors à prendre des administrateurs indigènes parmi eux ; sous l'empereur Ying-tsong (4436-49), les Yao causèrent des troubles ; guand ils eurent fait acte d'indépendance au xvii® siècle, ils opérèrent des razzias dans le pays et l'on fut obligé de les réduire. L'empereur Kang-hi, ayant enfin obtenu, en 4703, leur complète soumission, les répartit sous l'administration préfectorale de dilférents hien et tchéou. Les Yao seraient encore au nombre d'environ 30.000 ; rusés et d'un caractère violent, ils ont gardé la coutume de la vendetta.

YAOURL Pays du Soudan anglais, sur la rive g. du moyen Niger, entre le Noupé, le Gando, tributaire de ce dernier ; peuplé de Kambari; très insalubre.

YAP [iaby Eap^ Uap). L'une des îles CarolinesCV. ce mot); 207 kil. q. ; 3.000 hab.

YAPOCK (Zool.) (V. Sarigue).

YAPURA. Rivière de l'Amérique du Sud, affl. g. de l'Amazone, long de 4.600 kil. Il naît dans les Andes de Colombie, au Cerro de las Animas, près du Magdalena, parcourt des forêts vierges et finit en face d'Egas (Teffé) . Les vapeurs le remontent pendant dix journées de navigation.

YAQUL Fleuve du Mexique, Etat de Sonora; né sur le plateau de Chihahua, il se jette au S. de Guaymar. Les Indiens Yaqui vivent sur ses rivages.

YAQU! (Mont et vallée du) (V. Haïti, t. XIX, p. 734).

YARA. Bourgade de Cuba, prov. de Santiago, auS.-O. de Bayamo ; vastes plantations de tabac; cest à Yara qu'éclata en 4868 la grande insurrection cubaine.

YARAGUL Ancien Etat du Venezuela, amalgamé en 4884 à celui de Lara.

YARD. Mesure de longueur anglaise (V. Poids et Mesures) ; elle vaut 0"^,9444 et se divise en trois pieds anglais.

YARE. Fleuve de Grande-Bretagne (V. cet art.).

YARKAND. Ville du Turkestan chinois, ch.-l. de préfecture, à 472 kil. de Kachgar et à 4.000 kil. de Péking, sur un canal dérivé du Yarkand-Daria,à4.490 m. d'alt.; environ 50.000 hab. C'est une place de guerre entourée d'un mur et de fossés. Au xvi® siècle, elle fut la résidence d'Emir Saïd-Ali qui l'embellit et y amena les eaux du Yarkand-Daria ; en 4757, elle fut annexée à l'Empire chinois par les armées de l'empereur Kien-long ; elle a été, de nouveau, indépendante de 4837 à 4878. Yarkand possède un riche palais, de vastes bazars, des mosquées et de nombreux collèges ; fabrique des tapis, des étoffes de soie, de coton et de lin ; le bétail et les fruits y abondent, aussi les Chinois y viennent-ils en foule faire le commerce. Aux environs, on fait l'exploitation du jaspe et l'on cultive le blé, le riz, le millet et les légumes.

YARKAN D-Daria. Fleuve du Turkestan (V. Tarim).

YARMOUQ. Rivière de Palestine (V. cet art.).

YARMOUTH. Ville maritime d'Angleterre, comté de Norfolk, 30 kil. E.-S.-E. de Norwich, sur une longue péninsule de sable, entre la mer du Nord et le Yare, située à l'embouchure du Waveney dans le Yare ; 49.335 hab. La ville comprend la vieille ville (Great Yarmouth), en partie entourée de ses anciennes mu-

YARMOUTH — YÈBLES

railles de 1260, le long de la rive de l'estuaire, et la nouvelle ville (Little Yarmouth), cité balnéaire fréquentée, avec trois longues jetées qui s'avancent dans la mer; la vieille ville a quatre grandes rues, une longue promenade bordée de belles maisons sur le quai de l'estuaire et 150 étroites ruelles appelées « rows » (rangées), l'église Saint-Nicolas (1119), un hôtel de ville du xin® siècle, une curieuse maison de ville et de vieilles maisons du xvi^ siècle, une magnifique place du Marché, une colonne dorique haute de 44 m., en l'honneur de l'amiral Nelson. Ville de pécheurs au début, Yarmouth est une des principales stations d'armement de la côte E. pour la pêche du hareng, de la morue. Fabrication de crêpe de soie, de filets, cordages; malteries. Le port possède (1895) 480 navires, jaugeant ensemble 26.000 tonnes, et 580 bateaux de pêche. L'importation s'élève à 5 millions, l'exportation à 600.000 îr.

YARRA-Yarra. Fleuve à' Australie (\ , ce mot, p. 732).

YARROW ou JARROW. Ville d'Angleterre, comté et à 2o Idl. N. de Durham, sur la rive droite de la Tyne; B3.682 hab. en 1891. Mines de houille; produits chimiques ; constructions navales.

YASHAR (Livre de) (V. Juste [Livre du]).

YASNA. Livre persan (V. Perse, t. XXVI, p. 467).

YASSAK. Loi mongole (V. Mongolie, t. XXIV, p. 81).

YASSÎN. Principauté de l'Afghanistan, au N. du Yaghistan, séparée du Tchitral, auN. et àl'O. par la chaîne de Lahori, entourée au S. et à l'E. par des contreforts de l'Himalaya ; hauteur des montagnes dans l'angle N.-E., 7.268 m. C'est là que se forme le bassin supérieur du Ghilghit, affluent de droite de llndus. Ch.4. Yassîn, à l'ait, de 2,367 m., à 295 kil. de Snnagar et 444 kil. de Caboul. Ce petit Etat est soumis à un despote qui s'appelle le bakhté, du nom de sa famille. Ses habitants sont musulmans, les uns sunnites, les autres mollaï, d'une secte particulière au Badakchan. On y a trouvé des cercles de pierres mégalithiques et des inscriptions sur rochers non encore déchiflrées. Le Yassîn, vassal du Tchitral, est passé sous le protectorat anglais à la suite de la mission du général Roberts (1893). Le voyageur anglais G.-W. Hayward y fut assassiné le 18 juil. 1870 pendant qu'il se rendait au Badakchan. Cl. Huart.

BiBL. : G."W. Hayward, Letters on his explorations^ dans Journal ofthe Royal Geogr. Soc, 1871, t. XLI.

YATAGAN. Petit handjar, glaive oriental à courbure convexe et double tranchant. En 1840, on adapta un yatagan au fusil nouveau; en 1866, on en munit lechassepot; en 1874, le sabre-baïonnette y fut substitué pour le fusil Gras (V. Baïonnette).

YA-TCHEOU-Fou. Ville du S.-O. de la Chine, ch.-l. de dép. de la prov. de Se-tchouen, sur la route du Tibet à Tching-tou-fou ; 50.000 hab. Centre de commerce considérable pour le tabac, l'opium et les cotonnades ; on y fabrique beaucoup de soies grèges et prépare presque tout le thé en briques employé dans le Tibet. Cette ville, entourée de montagnes et d'un mur de 3 kil. de circuit, est en même temps la principale place forte et le grand dépôt militaire de la frontière.

YATEN6A. Pays du Soudan français dans la boucle du Niger (entre le Mossi et le Macina). Ouadiougué est le centre le plus important; les autres chefs résident à Toukhé, Kindi, Alasko, Kalanka et Kalseka. Elevage d'ânes et de chevaux. Abondante production et consommation de tabac par les indigènes des deux sexes.

YATES (Edmund-Hodgson), littérateur et publiciste anglais, né à Edimbourg le 3 juil. 1831, mort à Londres le 20 mai 1894. Fils de Facteur et directeur de théâtre Frederick-Henry Yates (1797-1842), et de l'actrice Elisabeth Brunton, il entra à seize ans dans les bureaux de l'administration des postes. Il consacra ses loisirs à la littérature, débuta dans les revues et journaux, fut un des principaux collaborateurs du Keepsake, devint critique dramatique du Daily News, fonda en 1855 le Comic Times

et The Train, en 1858 Town Talk, Rédacteur en chef du Temple Barde Maxwell (1860), du Tinsley's Magazine (1867), du Times (1879), il fonda en iSliThe World, qui eut une carrière extrêmement brillante. Doué d'une énergie et d'une activité incomparables, Yates faisait encore représenter des pièces de théâtre, conférenciait en Amérique et écrivait des romans. Son chef-d'œuvre est son journal : Edmund Yates ; his recollections and expériences {i^H, 2 vol. in-8), qui renferme les détails les plus intéressants sur le mouvement littéraire, sur Charles Dickens avec lequel il fut fort Hé, sur Rowland Hill, sur Antony Trollope, sur les petits journaux comiques, comme le fameux Punch, etc. Citons encore : A/ter Office Hours (1861-62) ; Broken to Earness (1864) ; Pages in waiting (1865) ; Land at last (1866) ; Kissing the Rod (1866); The Black Sheep (1867); Nobodu's Fortune (1871); The yellow Flag (1872); Ihe Silent îfzïnm (1875), etc. R. S.

YATHRIB. Ancien nom de Médine (V. ce mot). YAUCOURT-Bussus. Com. du dép. de la Somme, arr. d'Abbeville, cant. d'Ailly-le-Haut-Clocher ; 248 hab. YAVAN, fils de Noé (V. Javan).

YAVARÎ ou YACARANA, Rivière de l'Amérique du Sud, affl. de l'Amazone, frontière entre le Pérou et le Brésil, de 7^ lat. S. à 4^22' lat. S. (confluent avec l'Amazone). 1.000 kil. de long; débit, 1.200 m. c. par seconde; navigable sur les deux tiers de son cours. Née au pied des Andes Conomamas, elle traverse la forêt vierge et finit près de Tabatinga,

YAW (Dermat.). Synonyme de Pian et àeFrambœsia (V. ces mots).

YAZAD, ou plutôt YAZATA. Classe de dieux inférieurs dont il est question dans VAvesta. Il est probable que ce mot désignait d'abord les divers dieux du polythéisme, car Ahura-Mazda est considéré comme le plus grand des Yazatas ; plus tard, on en fit des génies, créatures du bon principe. Plutarque dit que leur nombre était do vingt et un ; cependant VAvesta en parle comme formant plusieurs centaines, et Diogène Laërce affirme que, selon les Perses, l'air était plein d'esprits. Ce mot a été conservé en persan moderne, tant au singulier (7:t.^(^) qu'au pluriel {Yezdan) ; sous ces deux formes, il s'applique à Dieu, que ce soit la divinité reconnue par les Parsis ou celle des musulmans. CL Huart.

YAZID (V. Omeyyades et Khalifat).

YAZOO. Rivière des Etats-Unis, Mississipi, affl. g. du Mississipi; long de 800 kil. ; il est formé par la jonction de la Tallahatchie et de la Yalobusha; il parcourt une région marécageuse, riche en coton.

YBBS ou IPS. Ville d'Autriche, prov. de Basse-Autriche, sur le Danube, au confluent de la petite rivière Ybbs ; 4.300 hab. Vieille enceinte.

YBERVILLE (Lemoyne d'), navigateur canadien, né à Montréal en 1662, mort à La Havane le 9 juil. 1706. D'une famille d'origine normande, établie au Canada vers 1640, il combattit contre les Anglais à partir de 1686, leur prit le fort Nelson en 1694, le reprit en 1697, après des prodiges de valeur et d'audace. En 1698, il reconnut l'embouchure du Mississipi et fut un des fondateurs de la Louisiane dont il devint gouverneur. En 1706, il fit une expédition heureuse contre les Anglais à la Martinique, et il se proposait de les chasser de la Jamaïque lorsqu'il mourut.

YCHOUX. Com. du dép. des Landes, arr. de Mont-de- Marsan, cant. de Parentis-en-Born ; 1.149 hab. Stat. du chem. de fer du Midi. Résine.

YDES. Com. du dép. du Cantal, arr. de Mauriac, cant.

de Saignes ; 1.838 hab. Eaux minérale bicarbonatée so-

dique, ferrugineuse (dyspepsie, chlorose). Mines de houille.

YEBLERON. Com. du dép. de la Seine-Inférieure, arr.

d'Yvetot, cant. de Fauville ; 1.560 hab.

YÈBLES. Com. du dép. de Seine-et-Marne, arr. de Melun, cant. de Mormant ; 300 hab. Stat. de chem. de fer,,

YEBOSI — YEMEN

YEBOSI. Ile du Japon (V. Ebosi).

YEBOU. Pays de la Haute-Guinée orientale, bordant la lagune de Kradou au N. (qui le sépare de la colonie anglaise de Lagos). Capitale : Odé, à 60 kil. N'-N.-E. de Lagos. Sous le protectorat anglais depuis 4892 ; il est divisé en deux principautés : Yébou-Odé à TE., Yébou-Rémo àl'O. Pays fertile; 400.000 hab., se livrant autrefois à la traite, aujourd'hui à la culture et au trafic. Port d'Epé, sur la lagune.

YÉCLA. Ville d'Espagne, prov. et à 70 kil. N. de Murcie, ch.-l. de district, terminus d'un chem. de fer venant de Villena ; 47.705 hab. (avec la commune). On y récolte d'excellents vins. A Cerro de los Angeles sont des ruines importantes de l'époque romaine.

Y EDO MO (Baie) (V. Endermo).

YÉ60UR. Peuplade de la prov. chinoise de Kan-sou. Les Yégours sont de race turque ; ils habitent principalement les villages situés entre Lan-tchéou et Sou-tchéou ; une partie est également cantonnée entre Kan-tchéou et Sou-tchéou ; la plupart ont abandonné leur langue et accepté les mœurs et la langue chinoises. Potanin, qui les a visités, prétend qu'ils sont le reste le moins mélangé de l'ancien peuple ouïgour (V. ce mot, t. XXV, p. 689).

YEGRAI. Peuplade de la famille tangoute, habitant la vallée du Tan-la, et celledu Hoang-ho supérieur. Ils sont voisins des Golok ouNgo-log (V. ïibet, t. XXXÏ, p. 60). Les Yegrai diffèrent peu des Tibétains nomades ; leurs cheveux sont longs et noirs, leurs traits saillants et angulaires. Leur langue est un des dialectes tibétains qui dilTère de celui des Tibétains orientaux. Ils ont comme armes un sabre, une pique et un fusil à mèche; dans les combats ils se servent souvent de la fronde. Leurs tentes sont noires et carrées comme celles des Tibétains ; elles sont disposées par groupe de deux ou trois. On compte 400 tentes et 2.000 hommes environ; ils sont soumis nominalement au chef des Golok ou Ngo-log. Ils professent le bouddhisme et appartiennent à la secte des Bonnets rouges ; ils ne reconnaissent pas le Talelaraa. Ils sont surtout pillards, ils élèvent des moutons, des yaks et des chevaux.

BiBL. : Prjevalsky, DeZaïsanpar/fami au Thibet, aux sources du fleuve Jaune; troisième voyage dans VAsie^ centrale ; Saint-Pétersbourg, 1883 (en russe}. — Cf, Revue d'anthropologie, 1884, pp. 351 à 360, etc.

YÉKOUNDO. Ville de la prov. de Koukou-nor (Empire chinois), ch.-l. de district, à 480 kil. du lac Koukounor, au milieu d'une région très accidentée, à 3.620 m. d'alt. Cette ville possède un monastère renfermant trois cents lamas (presque la moitié de la population). Son importance stratégique et commerciale est de premier ordre, par suite de sa situation à Fcntre-croisement des routes allant vers le Se-tchouenet le Tibet oriental. Les exportations de Yékoundo comprennent le musc, la laine, les cornes de cerf, la poudre d'or, les peaux de yak et d'agneau ; les importations consistent principalement en cotonnades, cuir, tabac et porcelaines. — Un peu au S. de cette ville se trouve la grande lamaserie de Tchanghi- Gomba, où vivent trois cents moines.

YELL (Ile) (V. Shetland).

YELLOW Root (V. Hvdiustis etXANTHoaizA).

YELLOWSTONE. Rivière des Etats-Unis, afil. dr. du Missouri, long de 1.600 kil., dont d.200 navigables. Il sort du lac Yellowstone, dans l'Etat de Wyoming, à 2.374 m. d'alt., se précipite vers le N., par deux cascades, dans un canon profond de 180 à 360 m., large de 300 à 1.400 m. au sommet, long de 38 kil., traverse le Montana du S.-O. au N.-E. et finit près de Eort- Union. Ses principaux affluents sont, à dr., le Big-Horn et le Powder.

Parc national de Yellowstone (V. Parc, t. XXV, p. 1038).

YÉMEN. Province d'Arabie, au S.-O. de cette contrée, baignée à l'O. par la mer Rouge et au S. par l'Océan Indien. Littéralement le mot Yémen en arabe veut dire : la terre située « à main droite » de celui qui regarde

à TE. L'appellation d'Arabie heureuse est une mauvaise traduction de l'arabe ; elle nous vient du grec £Ùôa^(j.a)v de Ptolémée et des autres géographes de l'antiquité. L'Arabie se divisait alors en trois parties : Arabie déserte, aujourd'hui désert syrien, Arabie Pétrée, péninsule du Sinaï, et Arabie heureuse comprenant tout le reste de l'Arabie, c.-à-d. que le Nedjd, l'Oman et le Hidjâz y étaient également compris, comme d'ailleurs dans le terme Yémen à l'époque de Mohammed. Les géographes musulmans, prenant La Mecque comme point central, commencèrent à établir des divisions en Arabie et à restreindre le Yémen dans le Sud. La démarcation de la frontière yéménite fut d'ailleurs très changeante : Al-Asmaî la fait courir de l'Oman à Nedjrân, tandis que Hamdânî la fait partir plus au N. de l'Oman et passer par Al-Houdjaîra, Tathlith, Djourach et Koudoummoul à H'' 52' de lat. N. Le Hadramaut était d'ailleurs une dépendance du Yémen.

La conformation physique du Yémen ressemble plus à celle de l'Ethiopie qu'à celle de l'Arabie septentrionale. La côte de la mer Rouge est d'abord basse et sablonneuse et s'élève peu à peu en avançant vers le détroit, tandis que les montagnes se rapprochent de la côte. Sur cette côte on trouve les ports de Hodeïdah et de Moka. Les lies présentent des mouillages avantageux ; ce sont Kamaran, occupée par l'Angleterre, Zougour, et Périm qui commande le détroit de Bâb-él-Mandeb (la porte de l'affliction) et qui est séparée de la côte d'Arabie par la passe deMenheli, large de 3.200 m. Les Anglais se sont emparés de cette île en 1857 et y ont installé une garnison importante. La France a acquis d'autre part le territoire de Cheikh Saîd situé en face de Périm, sur la côte, au cap Bâb-el-Mandeb. Le littoral de la mer d'Oman est bordé de falaises et de récifs. Le seul bon port est Aden, au fond du golfe du même nom. On y rencontre aussi quelques mouillages abrités par les montagnes, Haoura, Makalla, Kéchin et Dafar.

L'aspect orographique du Yémen est assez semblable à celui du Hidjâz. Un plateau montueux en occupe la plus grande partie, limité au N.-E. par le Dahna, désert de feu ; il est surmonté de chaînes distinctes s'alignaiit parallèlement au golfe arabique et continuant ainsi les montagnes du Hidjâz. Elles élèvent leurs cimes, formées de granit, de trachyte et d'autres roches, à des hauteurs considérables. Le Nakilel-Hadda, entre Kattaba et Sidda, est à 2.225 m., le Nakil-Lessel, au S. de Sana, est à 2.260 m. D'Adèn à Sana, le voyageur Renzo Manzoni traversa des cols de plus de 2.000m. d'alt., c.-à-d. beaucoup plus élevés que les chemins carrossables des Alpes. Le mont Kaoukeban, au N. de Sana, s'élève à 3.050 m. Au S. se dressent des foyers volcaniques de peu d'élévation : le djebel Chamchan, à 351 m. seulement, abrite la ville d'Àden, c'est un volcan dans une presqu'île ; le djebel Hasan avec deux aiguilles que les marins ont surnommées les Oreilles d'âne, le djebel Khaou et le djebel Kharaz (845 m.), tous au bord de la mer. Enfin les montagnes de Yafia, se prolongeant jusqu'au Ras Far tak, terminent au S. le système orographique du Yémen. Le plateau du Yémen, comme celui de l'Assir, qui le sépare du Hidjâz, jouit d'un climat tempéré tout différent de celui des plaines environnantes. Alors que le désert de Dahna, exposé au souffle empoisonné du simoun, est réputé comme une fournaise inaccessible, c'est tout au plus si les plateaux atteignent- la température maxima de la zone tempérée. A Sana, cette température est de 29 à 30"" en juillet à l'ombre ; en hiver il gèle souvent, tandis qu'à Loheiyah, sur le littoral, le thermomètre monte jusqu'à 30" en hiver. Aussi les Arabes du Yémen sont-ils sédentaires et on y trouve beaucoup de villes à une altitude considérable : Sana, la capitale, est à 2.130 m.

La végétation rappelle celle de nos régions ; les plateaux sont recouverts de gazon et ombragés d'arbres, et les pentes sont cultivées en terrasses. Le Yémen n'est pas en proie à la sécheresse comme la plus grande par-

YEMEN

tie de l'Arabie ; la mousson du S.-O. y apporte des pluies. Les pluies périodiques de l'été tombent de la mi-juin à la fin de septembre ; les habitants les reçoivent dans des réservoirs, car elles ne suffisent pas à alimenter le cours des wâdis. Le littoral n'est pas favorisé par les pluies d'été, mais les hivers y sont très pluvieux.

La flore oflre de grandes similitudes avec celle du midi de l'Europe (V. Arabie, t. Ilf, p. 510). Le plus précieux des végétaux est le caféier, cultivé sur les pentes tournées vers le S. et dont les produits ne s'exportent plus par Moka, mais par Hodeîdah et Aden.

La faune n'est pas moins variée que la flore : on y trouve des chevaux, des chameaux, des moutons, des bœufs, des chèvres, des mulets et, parmi les fauves, des lions, panthères, loups, chacals, sangliers, léopards, gazelles, renards, hyènes, etc. Le sol offre peu de ressources au point de vue minéral ; on exploite du fer dans le Nord, mais on n'y trouve pas de métaux précieux.

Le Yémen, territoire ottoman, reconnaît l'autorité du sultan de Constantinople qui est représenté à Sana par un imâm soutenu par une garnison turque. La population totale ne dépasse pas 400.000 hab. (V. Arabie, t. ÏII, p. 509). Sana, la capitale (30.000 hab.), est une ville propre et salubre, ornée de palais, de jardins et de 50 mosquées ; c'est une station militaire importante ; aux environs se trouvent les ruines de Saba et de Dhafar. Les principales villes sont Hodeîdah (30.000 hab.), grand port, premier débouché des marchés intérieurs de Beït el-Fakih et de Jebîd, Loheïyah (10.000 hab.), port important, Moka (5.000 hab.), port entièrement déchu, Amran, Kaoukeban, Taîn, Mouacha et Aboû-Arich. Le port d'Aden (35.000 hab.) appartient à l'Angleterre, ainsi qu'un territoire environnant dont la principale ville est Lahedj (5.000 hab.), à 40 kil. au N.-O. d'Aden. Les habitants du Yémen sont musulmans sunnites ; ils possèdent deux universités célèbres, celle de Zébid pour les sunnites et celle de Damar pour les zéidites. La monnaie qui forme la base du système monétaire est le thalari Marie-Thérèse frappé à Vienne pour les pays d'Orient et qui vaut nominalement 5 fr. 10.

Histoire. — Le nom sous lequel le peuple du Y'émen est connu dans la Bible est Saba ou Sheba. Ce nom se trouve dans la liste des fils de Joktân donnée dans la Genèse, comme d'ailleurs beaucoup de noms géographiques connus par les historiens arabes ou par les inscriptions, tels sont Hazarmaveth (Hadramaut), Abimael, Jobab, Jerah (Warah), Joktân (Kahtûn). Un autre passage de la Genèse place Sheba et Dedân dans la généalogie des Kouchites. Il n'apparaît comme royaume qu'au Livre des Rois (x, 4) où il est question de la visite que fit la reine de Saba à Salomon. Tous les autres passages bibliques parlent de Saba au point de vue commercial, mentionnent les factoreries et colonies sabéennes et les caravanes qui suivaient la côte 0. d'Arabie; on y trouve des allusions à leur commerce de parfums, de myrrhe, d'encens, d'or, de pierres précieuses, d'ivoire et d'ébène. Le Livide de Job (vi, 49) parle de brigands sabéens sur les frontières N. de l'Arabie. Les inscriptions d'Al~01a, publiées par D.-H. Millier, ont révélé l'existence de colonies sabéennes dans l'Arabie septentrionale. Les inscriptions assyriennes de Teglath Pilasar II (733 av. J.-C.) nous apprennent que Teima, Saba et Haipa payaient à ce roi un tribut consistant en or, argent et encens. On trouve également dans les annales de Sargon que Shamsi, reine d'Arabie, et Itamara, de la terre de Saba, payaient tribut d'or, d'épices, de chevaux et de chameaux.

Les plus anciennes relations des historiens et géographes grecs sur les peuples de l'Arabie méridionale ne remontent pas au delà du iii^ siècle av. J.-C. Strabon, au livre xv, dit, d'après Eratosthènes (276-494), que l'Arabie méridionale, située vis-à-vis de l'Ethiopie, est habitée par quatre grandes nations : les Minéens, Msva^oi ou MrjvatoL (Ma în dans les inscriptions) sur la mer Rouge avec Karna pour capitale ; les Sabéens, capitale Mariaba (Mariab dans

les inscriptions) ; les Catabanes {Katabân dans les inscriptions), capitale Tamna, près du détroit^ et enfin, àl'E. les Chatramotites (du Hadramaut), capitale Sabota. Les Catabanes, avec leur encens, et les Chatramotites, avec leur myrrhe, entretenaient un grand commerce, les premiers avec Elana ou Elath sur le golfe d'Akabah, les seconds avec les Gabéens {Gaba an dansl es inscriptions, Gebanites de Pline). La notice d'Agatarchides (120 av. J.-C), rapportée par Strabon, quoique moins bien informée que celle d'Eratosthènes, donne encore de bons renseignements sur les Sabéens, dont la capitale était Saba, Sa6aç, et sur les Iles heureuses au milieu du détroit. Artémidore (100 av. J.-C), mentionné aussi par Strabon, parle de la prospérité et du commerce des Sabéens et de leur capitale Mariaba. Les récits enthousiastes des voyageurs qui revenaient de la mer Rouge à Rome décidèrent Auguste à envoyer dans l'Arabie méridionale une expédition commandée par ^lius Gallus (24 av. J.-C). Nous en trouvons une relation dans Strabon (XVI, 4, 22).

Elle s'empara de la ville des Négranes (Nedjrân), puis d'Asca, mais échoua devant Marsyaba (Mareb?), appartenant aux Rhamanites gouvernés par Ilasarus, et revint par mer. Un siècle plus tard (77 ap. J.-C), nous lisons dans le Périple de la mer Erythrée que Charibael de Zafar, souverain légitime des deux nations, les Homérites et les Sabéens, envoyait à Rome de fréquentes ambassades chargées de présents. Il donne une nomenclature nombreuse des peuples et des villes que cette province renfermait, où l'on reconnaît les noms modernes. Il nomme Massala au lieu de Mareb comme capitale des Homérites et confirme les assertions d'Hérodote et de Strabon sur les richesses minérales et végétales du Yémen.

Le récit de Claude Ptolémée, basé sur les expéditions navales de Bérénice et de Myoshormos dans les ports arabes, donne la description de 56 peuples, 470 villes, ports et bourgs, dont 5 villes royales, 45 montagnes et quatre grandes rivières. Le Périple de la mer Erythrée nous apprend qu'à cette époque quelques parties de la côte africaine étaient placées sous la suzeraineté des rois sabéens. Le district d'Azania était administré au nom du monarque sabéen par le gouverneur de Maphoritis (Maâfir) et exploité par une compagnie sabéenne. Les diftérences entre les deux langues, himyarite et éthiopienne, démontrent d'ailleurs que, si l'Abyssinie fut, à l'origine, peuplée d'Arabes méridionaux, comme on peut en conclure de la similitude des écritures, elle fut bien souvent soumise à des influences étrangères ; souvent aussi s'élevèrent entre les deux peuples des difficultés qui aboutirent à des prises d'armes, comme en témoigne l'inscription d'Adulis (ii^ siècle) où le roi d'Ethiopie annonce avoir fait la guerre en Arabie, de Leucocome à la terre de Saba. Plus tard (iv^ siècle), dans l'inscription grecque d'Aksoùm, le roi Aizanes s'intitule « roi des Aksoùmitains, des Homérites, de Raîdân et des Ethiopiens, Sabéens et de Silhen ».

L'introduction du christianisme au Yémen fut plutôt retardée par les tentatives des Ethiopiens pour s'emparer de cette province. D'après Philostorgius, les Homérites furent convertis au christianisme sous Constantin II par l'Indien Théophile qui bâtit des églises à Zafar et à Aden. Un autre auteur place cet événement sous Anastasius (491-518). Des missionnaires syriens auraient converti le Nedjrân. L'expédition du roi himyarite Dhoû-Nouwâs, qui avait embrassé le judaïsme, par haine de la religion des oppresseurs éthiopiens, contre le Nedjrân chrétien et le martyre de saint Arethas, que Théophane place le 24 oct. 523, précipita la chute du royaume sabéo-himyarite. Hellesthée, roi d'Aksoùm, envahit le Yémen, fit mettre à mort le roi Dhoû-Nouwâs (Dimnus) et le remplaça par un chrétien nommé Esimph. Celui-ci, à la suite d'une émeute, fut remplacé par un certain Abram, fils d'un ' marchand chrétien d'Adoulis. Le roi d'Aksoùm, après sa

YÉMEN

victoire, envoya une ambassade à Juslinien pour lui demander un évêque et en reçut une mission d'ecclésiastiques, sous la conduite du paramonaire Jean, qui s'entreprirent à convertir l'Arabie méridionale (Procope). Nous trouvons, dans d'autres historiens ecclésiastiques, qu'un peu plus tard saint Gregentius de Milan fut envoyé au roi éthiopien Abraha afin de convertir les Juifs du Yémen.

Les relations des historiens et des géographes arabes sur l'antiquité yéménite sont entremêlées de légendes et de récits fabuleux au milieu desquels il est difficile de percevoir la vérité. Seul, le géographe Hamdânî, dans son livre intitulé Description de la péninsule arabique, donne des renseignements qui présentent un caractère de certitude. Il décrit la province du Yémen en détail et note les ruines qui subsistaient de son temps. Edrisî donne aussi une description du palais des rois himyarites à Sana, qui concorde assez avec la description qu'en fait Strabon.

Le Coran raconte la légende arabe de la reine de Saba, mais sans la nommer. Les commentateurs, cherchant à lui donner un nom, prirent le nom de la plus ancienne reine de leurs listes chronologiques, Balkis (V. ce nom).

L'Arabie, plus peut-être que les autres nations, a ses mythes et ses légendes : l'histoire de ses origines ne nous est parvenue qu'escortée d'un nombre immense de traditions fabuleuses auxquelles les historiens musulmans accordent un crédit immérité. Aboulfeda donne à l'empire himyarite une durée de 2020 ans, avec une succession de 26 rois. Mas oûdî remonte plus loin encore, il nomme 39 rois qui régnèrent 3190 ans. Trois grandes périodes se distinguent dans l'histoire confuse du Yémen. Nous les appellerons périodes fabuleuse, anté-islamique et musulmane.

Période fabuleuse. — L'ancêtre des Arabes est Ad, fils d'Ous, fils d'Aram, fils de Sem, selon les uns, fils d'Amlik, fils de HâmJ(Cham de la Bible), selon les autres. l\ s'établit au Yémen et vécut 1200 ans d'après quelques auteurs, 300 ans d'après d'autres. Parmi ses descendants, nous trouvons Shedîd, puis Sheddâd.Sous le règne de ce dernier, les Arabes formaient, dit-on, 1.000 tribus de chacune plusieurs milliers d'hommes. Il soumit l'Irak et parcourut l'Inde en vainqueur. Il faut remarquer qu'Eusèbe donne en effet une liste de cinq rois arabes qui auraient successivement possédé les Etats babyloniens, 2000 ans avant notre ère. Un Sheddâd subjugua les Coptes et s'avança jusqu'à l'océan Atlantique. Les Arabes séjournèrent 200 ans en Afrique ; leur capitale fut Aour ou Awar, située non loin de l'emplacement où s'éleva plus tard Alexandrie ; ils en furent chassés par les Coptes aidés des nègres. Ces guerres, racontées en détail par Fhistorien Makrizî, ont fait penser à l'invasion des Hycsos, repoussés par les princes de la Thébaïde et expulsés d'Avaris, leur dernière place. Les Adites ont laissé dans la légende arabe un souvenir égal à celui des Cyclopes. Ils furent détruits par Dieu pour n'avoir pas voulu écouter le prophète Houd qu'il avait envoyé parmi eux pour combattre leur impiété. Une portion de survivants formèrent les seconds Adites, habitant la région de Saba. Leur premier roi fut Lokmân qui construisit la digue à'Al-Arîm appelée B.vissi Sadd-Mareb. Nous verrons plus loin que la construction de cette digue est attribuée aussi à un roi de la race de Joktân. Les descendants de Lokmân régnèrent 1000 ans, puis les Adites furent dispersés par Yarob, fils de Kahtân. Les historiens musulmans confondent souvent les Adites avec les Amalécites, descendants d'Amlîk, fils de Laoud, fils de Sem ou de Hâm. Expulsés de la Chaldée par les Nemrods, premiers princes assyriens, ils se seraient répandus en Arabie, auraient conquis l'Egypte et leurs débris auraient formé la race berbère (tradition rapportée par Procope et Moïse de Khoren).

L'identité de Joktân et de Kahtân n'est pas certaine. Les traditions bibliques disent que Joktân avait trois fils : Ouzal, SabaetHasarmot. D'après les historiens arabes, Kahtân, lui, n'avait qu'un fils, Yarob, qui chassa les Adites

du Yémen. Mais le véritable fondateur de l'empire himyarite, d'après Nowaïri, fut Saba ou Abdshams, fils de Yashob, fils de Yarob. Les enfants de Saba, Himyar et Kahtân, se partagèrent le royaume qui ne fut réuni qu'après quinze générations, entre les mains de Harîth al-Raîsh qui fut le premier Tobba. Ce nom est donné par les Arabes à tous les rois de cette race, comme celui de Pharaon était donné aux rois d'Egypte. Pendant les quinze générations précédentes, les rois himyarites avaient eu à lutter, pour la formation de leur empire, contre les vestiges des Adites et des Thamoûdites, qui avaient aussi habité le Yémen. Le premier Tobba fit de grandes conquêtes et pénétra jusqu'aux Indes. Son fils, Abraha Dhoûl-Manâr conquit l'Afrique septentrionale, et Afrikîs, fils d'Abraha, subjugua les Berbères, jusqu'à l'Océan et fonda Afrikîa. Son frère, Al-Abd ibn Abraha Dhoùl-Azhar, est connu comme le conquérant des Blemmyes ou Pygmées. Les sujets de Dhoûl-Azhar, s'étant révoltés, donnèrent la couronne à Haddad ibn Sharhabil. La fameuse reine Balkis, reine de Saba, était fille de Haddad. La construction de la digue d'Al-Arîm lui est attribuée ; quelques auteurs disent qu'elle ne fit que la réparer. Son successeur, qui était son cousin, Yasasin, surnommé Nashir al-Niam, s'avança jusqu'au Maghreb, Shamar-Yarash Aboû Karib, fils d'Afri'kis, surnommé Dhoûl-Karnaîn, l'homme aux deux cornes, conquit la Sogdiane jusqu'à Samarcande et envahit la Chine, mais il périt de soif avec toute son armée. Son fils Aboû-Malik abandonna les Sines pour se rendre au Maghreb où l'attirait l'appât des mines d'or et mourut en route. Quelques auteurs placent ici le gouvernement de deux frères de la race de Kahtân, Amran et Amroû surnommé Mozaîkia, qui auraient usurpé le trône aux descendants de Himyar. Mais le véritable successeur d'Aboû-Malik fut Akrân dont le règne est marqué par la rupture de la digue.

A l'origine, le Yémen était une contrée sèche et aride, les eaux qui s'écoulaient des hauts plateaux se trouvant véhiculées jusqu'à la mer par quelques torrents. Un roi nommé Lokmân, selon les uns, ou la reine Balkis, selon les autres, avait entrepris de conserver ces eaux en établissant un barrage de pierre entre deux montagnes où coulait un de ces torrents. Pendant la sécheresse, on pratiquait des ouvertures dans ce barrage, afin d'arroser les terrains situés au-dessous. Dès lors une grande fertilité avait régné sur le Yémen, qui ne formait plus, aux dires des historiens arabes, qu'une immense forêt sous laquelle on pouvait voyager pendant des semaines sans voir le soleil. La construction et la ruine de cette digue tiennent donc une grande place dans l'histoire du Yémen. La rupture du barrage fut annoncée en songe, disent les légendes arabes, à Amrân, frère d'un chef nommé Amroû Mozaîkîa et à sa femme Dharifa al-Khaîr, qui s'étaient momentanément soustraits à la domination des rois à Mareb. Amroû quitta la contrée avec un grand nombre de familles yéménites et émigra vers le nord. La catastrophe arriva après son départ et la contrée se trouva transformée en un vaste désert. Cet événement frappa vivement rimagination des Arabes et l'expression « fuir comme les Himyarites » devint proverbiale dans la langue arabe. Le Coran ne manque pas de s'emparer de cette légende pour faire de la catastrophe un exemple de la colère divine déchaînée. D'après les calculs de Sylvestre de Sacy, la rupture de la digue eut lieu au commencement du ii« siècle ap. J.-C. C'est d'elle que date l'ère des Himyarites. Le voyageur Arnaud en a visité les ruines, en a dressé le plan et a publié sa relation de voyage en 1845 {Journal asiatique), Franz Prœtorius a étudié en 1899 la grande inscription qui mentionne la catastrophe.

Période anté-islamioue. — A partir du règne d' Akrân, de nombreux synchronismes entre les monarques perses et les princes de la péninsule permettent d'établir une chronologie approximative. Le successeur d' Akrân, Dhoû- Habshân, monta sur le trône vers Fan 140 ap. J.-C. et régna §3 ans. Ses successeurs furent ; Tobba, autre fils

YEMEN

d'Akrân Koulaikarb, fils de Tobba, Tobba Asad Aboù- Karib, contemporain du roi de Perse Ardashîr Bâbek, Hasan fils d'Asad, tué par son frère Amroû qui lui succéda; il était surnommé Dhoûl-Awad et était contemporain de Sapor I®'^, fils d'Ardashîr Bâbek. Après lui nous trouvons quatre rois anonymes qui régnent dans l'espace d'un an et qui sont remplacés par leur sœur Al-Dhaa, vers l'an 272 ; Hormuz l®^, fils de Sapor P^, régnait alors en Perse. Abd-Kilal, fils d'Amroû Dhoùl-Awad succéda à Al-Dhaa. Vers l"an 297, Tobba, fils de Hasan, monta sur le trône. Aprèslui nous trouvons Hârith, fils d'Amroù, suivant Aboulfeda, Mourthid, Walda, fils de Mourthid, et, en 370, Abraha, fils de Sabbah, appelé aussi Ibrahim, contemporain de Sapor lï Dhoùl-Aktâf. En 399, Sahban, fils de Mouhrith, mionta sur le trône en même temps que Yezddegird P^ ; il régna jusqu'en 440 et fut remplacé par Sabbah, fils d' Abraha, contemporain de Yezddegird II. Ses successeurs furent Hasan, fils d'Amroù (455), Dhoû-Shanâtir (478) et Dhoù-Nouwâs (480), contemporain de Firoûz, fils de Yezddegird et de Kosaî, fils de Kilâb. Ce roi, converti au judaïsme que Tobba, fils de Hasan, avait introduit au Yémen, persécuta les chrétiens du Nedjrân et fut cause de l'invasion éthiopienne. Les Ethiopiens occupèrent le pays pacifiquement vers 529 ; leur premier roi fut DhoLi-Djeden auquel succédèrent Arnat ou Arîat, contemporain de Kobad et Abraha. Ce dernier avait construit à Sana un temple chrétien appelé Kalis (£xxX7]aia) dans lequel les Arabes voyaient un signe de domination étrangère. Un Arabe de La Mecque ayant été déposer des ordures dans ce temple, Abraha jura de venger le sacrilège et marcha contre La Mecque en 574 , l'année même de la naissance de Mohammed. Il fut vaincu à la bataille de l'Eléphant, qui marqua le commencement d'une ère dite ère de r éléphant. Les deux derniers rois éthiopiens furent Yaksoûm et Masroûk. En 604, quelques aventuriers persans conquirent le Yémen et mirent fin à la domination éthiopienne. Chosroès (Kesra), roi de Perse, envoya au Yémen un vice-roi appelé Bâdhân. Lorsque Mohammed envoya au roi de Perse un message pour le convier à embrasser l'islamisme, Chosroès écrivit à Bâdhân de s'emparer du prophète et de le mettre à mort. Mohammed ayant fait connaître au vice-roi un songe qu'il avait eu, et d'après lequel Chosroès aurait été tué par son fils, et cette nouvelle s'étant trouvée confirmée, Bâdhân se convertit à l'islamisme avec tous les Persans.

Période musulmane. — En l'an X de l'hégire, Mohammed envoya deux émissaires pour convertir le Yémen : Maadh, fils de Djabal, et Aboù-Moiisa al-Acharî. Alî fut envoyé avec une armée vers les Madhidj, les Hamadân et les Nakha qui se soumirent. A la mort du gouverneur Bâdhân, Mohammed divisa le Yémen en sept gouvernements qu'il distribua à ses officiers. Le khalife Aboù -Bekr renouvela le traité qui garantissait aux chrétiens du Nadjrân leur liberté civile et religieuse, moyennant redevance, et donna le gouvernement à Firoûz, gouverneur de Sana. Un des premiers actes du khalife Omar fut d'exiler en Syrie les chrétiens du Nedjrâa.

A partir de ce moment, et pendant trois siècles, les khalifes Omeyyades et Âbbâsides se firent représenter au Yémen par des gouverneurs qui maintinrent la province dans une tranquillité et une dépendance relatives. Lorsque l'empire arabe commença à se démembrer etquelesTâhirides se rendirent indépendants au Khoraçan, les Asharites et les Akkites se révoltèrent au Yémen ; le vizir Al-Fadl ibn Sahl proposa à Al-Mâmoûn d'envoyer dans cette contrée Mouhammad ibn Zyâd qui fonda Zabîd, y établit son gouvernement et se déclara indépendant. Les Zyâdites régnèrent pendant deux siècles, de 204 à 409 de l'hégire (849-1048 J.-C.) ; ils eurent à lutter contre de petites dynasties qui s'étaient fondées de tous côtés, telles que les Yafourites à Sana et Djanad et les Karmathes à Zabîd. Les princes Zyâdites furent : Mouhammad ibn Abd Allah ibn ziyâd (204= 819), Ibrahîm ibn

Mouhammad (245), Ziyâd ibn Ibrahim (289), Aboûl- Djaîsh Ishâk ibn Ibrahîm (294), Abd Allah ibn Ishâk (371 = 981). A partir de cette date, l'autorité fut entre les mains des vizirs Roushd (374), Housâin ibn Salama (373) et Mardjân (402). Un esclave abyssin, appelé Nadjah, au service de ce dernier vizir, se révolta, s'empara de Zabîd et y fonda la dynastie des Nadjâhides, de 412 à 553 (4024-4458 J.-C). A la mort de IVadjah, Zabîd tomba au pouvoir des Soulaîhides de Sana qui la gardèrent de 454 à 473, époque à laquelle Saïd Ahwal ibn Nadjah la reprit. Les autres princes nadjâhides furent Djayyâsh ibn Nadjah (482), Fâtik I^^ibn Djayyâsh (498), Mansoûr ibn Fâtik (503), Fâtik II ibn Mansoûr (517), Fâtik m ibn Mouhammad ibn Mansoûr (531-554). Leur pouvoir tomba sous les coups des vizirs, qui jouaient le rôle de « maires du palais ». Ils furent remplacés par les Mahdites (554 = 1159).

Pendant ce temps, une dynastie chiite s'était établie à Sana, celle des Soulaîhides, ou Banoû Soulaîh fondée par le Dâî (missionnaire) Ali ibn Mouhammad qui résidait primitivement à Masâr et qui s'empara successivement de Zabîd, de Sana et de La Mecque. Il perdit Zabîd en 473, mais exerça sa souveraineté sur tout le Yémen. En 480, son fils Moukarram transféra le siège de son gouvernement de Sana à Dhoù-Djibla. Mansoûr Aboù- Himyar Sabâ succéda à Moukarram en 484, et régna jusqu'en 492 (1098). Les Soulaîhides furent alors remplacés par les Hamdanites, descendants des tribus de Hâshid et de Bâkil, qui régnèrent de 492 à 569 (1098- 4473). Ils eurent 8 princes : Hâtim ibn Gashîm (492), Abd Allah ibn Hâtim (502),Maan ibn Hâtim (504), Hishâm ibn Koubbaît (540), Hamas, Hâtim ibn Hamas, Hâtim ibn Ahmad (545), et AlîWahîd ibn Hâtim (556).

Les Mahdîtes s'étaient emparés de Zabîd. Alî ibn Mahdî était un dévot qui se faisait passer pour prophète et qui avait fini par réunir assez de partisans pour vaincre les Nadjâhides (554). Ses successeurs, Mahdî ibn Alî (554) et Abd al-Nabî ibn Alî (558), occupèrent le pays jusqu'à la conquête ayyoûbite. Une dynastie indépendante s'était établie à Aden, celle des Zouraîtes, fondée par les princes Aboû Souoùd et Aboù Garât. Ils eurent une dizaine de princes qui gouvernèrent Aden depuis 533 jusqu'à 569 (4473), c.-à-d. jusqu'à la conquête ayyoûbite.

En 569 (1473), les princes de Sana, de Zabîd et d'Aden furent subjugués par le conquérant kurde Tourân Chah, fils d'Ayyoùb, et pendant un demi- siècle, le Yémen entier fut au pouvoir de cette illustre famille qui gouvernait l'Egypte, la Syrie et la Mésopotamie. A MouazzamTourân-Shâh succéda Saîf al-Islâm Toughtigîn (577), puis Mouizz ad-Dîn Ismâîl(593), Nâsir Ayvoûb (598), Mouzaffar Soulaîmân (611) Masoûd Yousoûf (642). En 626 (1229), les Ayyoùbites furent remplacés à Sana par les Rasoûlides, descendants d'un envoyé (rasoûl) du khalife Abbâside, dont le fils Ali ibn Rasoûl fut gouverneur de La Mecque pour les Ayyoùbites. Ils eurent treize princes qui régnèrent sur tout le Yémen, du Hadramaut à La Mecque, depuis 626 jusqu'en 846 ; quelques princes rivaux régnèrent alors jusqu'en 855 et firent place aux Tâhirites qui occupèrent le Yémen jusqu'à l'avant-dernier sultan mamloûk d'Egypte, Kansoûh al-Goùrî. Les princes tâhirites furent : Zafir Salah ad-Dîn Amir I®^ (Zabîd) et Moudjahid Shams ad-Dîn Alî (Aden) (850 === 1446), Mansoûr Tâdj ad-Dîn Abd al Ouahhâb (883), Zafir Salah ad- Dîn Amîr H (894-923).

En 923 (1517), les Turcs Osmanlis, qui s'étaient emparés de l'Egypte, entreprirent la conquête du Yémen,. Sultan Sélim h^ conquit La Mecque et le S. de l'Arabie. Mais la domination turque ne dura qu'un siècle ; en 1633,, les Ottomans durent abandonner le Yémen en faveur des imâms nationaux. Une dynastie d'imâms zaîdites chiites, ayant un pouvoir religieux plutôt que temporel, avait été fondée à Sada par Hâdî Yahya en 246 (860). Jusqu'en 680 (1284), nous trouvons 47 imâms. Leur autorités©

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trouva plus tard aux mains des imâms de San a, dont la dynastie commença en 1000 (1591 J.-C). Ils gouvernèrent le Yémen après l'expulsion des gouverneurs turcs en d043 (1633). Voici la liste des imâms de Sana jusqu'en 1190 (1776) : Kâsim Mansoûr (1000) ; Mouayyad Mouhammad (1029) ; Moutawakkil Ismâîl (1054) ; Madjid Mouhammad (1087) ; Mahdi Ahmad (1093) ; Hàdi Mouhammad (1093) ; Mahdî Mouhammad (1095) ; Nâsir Mouhammad (ll!26); Moutawakkil Kâsim (1128) ; Mansoûr Housaîn (1139) ; Hâdi Madjid Mouhammad (1139) ; Mansoûr (restauré) (1140) ; Mahdî Abbâs (1160) ; Mansoûr (1190).

Archéologie. Numismatique. — Niebuhr fut le premier voyageur qui, au siècle dernier, explora l'Arabie méridionale et constata l'existence d'inscriptions sur le Yarim, en caractères que les écrivains arabes appellent mousnad. La première inscription sur porphyre fut envoyée en Europe par Seetzen en 1810. En 1834, Wellsted trouva à Hisn Gourâb des inscriptions qui furent déchiffrées par Gesenius et Éôdiger. Peu après, l'explorateur Arnaud découvrit les ruines de l'ancienne Mareb, copia 56 inscriptions et dressa le plan des murs, de la digue et d'un temple. Osiander commença à déchiffrer les inscriptions rapportées par Arnaud et par quelques Anglais. Vers la même époque, Fulgence Fresnel jeta un nouveau jour sur l'ancien Yémen, par sa publication des Lettres sur Vhistoire des Arabes avant V islamisme. Kremer et Sprenger continuèrent ces recherches, et Joseph Halévy apporta un appoint considérable à l'épigraphie himyarite en rapportant 800 inscriptions d'un pénible voyage qu'il fit au Djauf. Parmi les voyageurs qui ont entrepris récemment l'exploration archéologique du Yémen, nous devons citer les Allemands Langer et Glaser, le Français Huber et l'Italien Manzoni. Enfin, l'Académie de Vienne a envoyé dernièrement une ;mission au Yémen, dont D.-H. Muller a pubhé les résultats scientifiques. Parmi les catalogues des collections himyarites et les études épigraphiques publiées en France et en Allemagne, nous devons signaler particulièrement la partie himyarite du Corpus inscriptionum semiticarum, par J. et H. Derenbourg. Trois fascicules ont déjà paru de ce recueil qui comprendra toutes les inscriptions découvertes en Arabie méridionale.

Les inscriptions himyarites se distinguent par leur caractère épigraphique (V. Epigraphie, fig. 11). Elles ont un aspect monumental et décoratif; gravées avec soin et très régulièrement, elles sont parfois accompagnées de basreliefs à plusieurs étages. Les mots sont séparés par une barre verticale. On n'a remarqué aucune modification dans la forme des lettres depuis les plus anciennes inscriptions jusqu'aux plus récentes. L'alphabet himyarite est très voisin de Féthiopien ; dans ce dernier, cependant, les formes sont arrondies et l'ordre des lettres dans l'alphabet est entièrement dérangé. Une étude attentive de la valeur et de la forme des 29 lettres de Falphabet himyarite permet de reconnaître en lui un dérivé du phénicien. Certaines lettres offrent une ressemblance singulière avec le phénicien le plus archaïque. Le lien qui réunit le phénicien au sabéen paraît être Falphabet thamoudéen des inscriptions découvertes par Euting et Doughty.Les22 caractères originaux sont similaires en himyarite et en thamoudéen.

La langue himyarite est sémitique et tient le milieu entre l'arabe du Nord et l'éthiopien. Deux dialectes se distinguent comme ayant dominé au Yémen : le sabéen et le minéen, que l'on pourrait appeler hadrami tique, parce qu'il est le dialecte des inscriptions trouvées au Hadramaut. Quoique le nombre des inscriptions datées soit encore très restreint et que Fère sabéenne même soit douteuse, on a pu établir une chronologie d'une cinquantaine de rois portant les titres de moukrab de Saba (les plus anciens), rois de Saba ou roi de Saba et Raidân (les plus récents). Quatre rois de la période ancienne portent le nom de Yathaamar, et l'un d'eux peut être pris pour Itamara Sabai qui paya tribut à Sargon d'Assyrie. La

digue de Mareb pourrait être l'œuvre de ce prince dont le pouvoir s'étendait aussi sur tout le Djauf. La période sabéo-himyarite semble commencer après l'expédition d'Elius

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