‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 616 sur 633 · ZANZIBAR · texte numérisé non relu

ZANZIBAR

gène et poreux, laisse échapper l'excès des eaux, tout en conservant suffisamment d'humidité pour entretenir la fertilité. La zone des cultures est donc située dans la partie occidentale de Tile : elle est constituée par une série de dépressions cultivées, intercalées entre des lignes de collines orientées le plus souvent du N. au S. La partie la moins favorisée comprend toute la zone cotière orientale et presque tout le S. de l'île. C'est une région corallienne qui présente beaucoup d'analogie avec le Karst ; le sol y est formé de rochers déchiquetés et aigus, dont les anfractuosités sont remplies d'une terre rougeâtre, et qui sont recouverts de broussailles et d'herbes. Les principales cultures sont celles du cocotier et du giroflier ; les plantations de girofliers dessinent d'immenses quinconces où certains spécimens atteignent jnsqu'à 6 m. de hauteur. Parmi les autres arbres fruitiers : les bananiers, manguiers, goyaviers, mangoustaniers, orangers, citronniers, etc.; on cultive encore à Zanzibar le riz qui est la base de l'alimentation pour la population indigène, le maïs, le caféier, la canne à sucre, les haricots, les pois, le sésame, etc. L'élevage est peu développé.

La population de Zanzibar, évaluée à 150.000 hab. environ, est remarquable par la variété des types. En dehors des nègres, qui forment la grande majorité des habitants, Zanzibar compte des habitants arabes au nombre d'une dizaine de mille, quelques milliers d'Hindous, une population très mélangée : les Souahilis et quelques centaines d'Européens. Les indigènes sont musulmans et parlent le ki-souahèli, dialecte formé d'un mélange de cafre et d'arabe qui est devenu la langue commerciale de l'Afrique orientale.

Zanzibar fut, de bonne heure, fiéquentéepar les trafiquants arabes, qui en tirent un marché d'esclaves important. Au xiii'^ siècle, Marco Polo fit connaître les antiques relations de commerce entre l'Inde et la côte orientale d'Afrique, le pays des Zendjs, qu'il appelle Zanquibar. L'île était alors désignée sous le nom à'Oungouya par les indigènes. Elle ne fut définitivement connue sous son nom et à sa place qu'à partir de 1499, lorsqu'elle fut visitée pour la première fois par Vasco de Gama, à son retour de l'Inde. En 1503, les Portugais s'y établirent, et Zanzibar devint peu à peu le principal entrepôt commercial de l'Afrique orientale ; c'est par Zanzibar qu'on accédait à la région du Haut-Nil, et des liens étroits rattachaient les petits Etats indigènes de l'Afrique orientale au grand marché de Zanzibar. « Quand on joue de la flûte à Zanzibar, dit un proverbe arabe, toute l'Afrique des lacs se met à danser. » L'occupation portugaise ne fut pas longtemps eifective ; à la fin du xvii® siècle, les Portugais furent chassés par des Arabes de Mascate^ et Zanzii)ar fut gouvernée par des princes de Mascate, de la famille desSaïd. Au xvm® siècle, l'iman de Mascate avait établi sa souveraineté sur tout le littoral, depuis la mer Rouge jusqu'aux possessions portugaises de Mozambique, ainsi que sur tout le pays compris entre la côte et les grands lacs. C'est pourquoi le nom de Zanzibar s'appliquait indistinctement à la côte, à l'île et à sa capitale. Aujourd'hui, le terme primitif de Zanguebar a disparu de la nomenclature géographique, et Zanzibar ne désigne plus que l'île avec sa capitale. En 1841, le sultan de Zanzibar, Saïd, conclut avec la France un traité de commerce; en 1849, il envoya un de ses vaisseaux, la Caroline, porter des présents au président de la Répubhque française. En 1853, un MarseiHais, Rabaud, fonda un comptoir à Zanzibar ; puis des Allemands et des Anglais y installèrent des factoreries. En 1859, l'évêque de la Réunion envoya à Zanzibar les premiers missionnaires. Le sultan encouragea les voyages d'exploration à la recherche des sources du Nil. En 1861, soutenu par l'Angleterre, il s'affranchit de la suzeraineté de l'iman de Mascate. En 1862, la France et l'Angleterre conclurent un traité par lequel elles s'engageaient à respecter l'indépendance du sultan de Zanzibar,,

En 1880, le sultanat de Zanzibar avait encore une étendue considérable, quoique imparfaitement délimitée. Il comprenait, outre l'ile de Zanzibar, l'île de Pemba au N., celle de Mafia au S., une partie de la côte africaine, depuis la presqu'île des Somalis jusqu'au Mozambique portugais; du côté de l'O., jusqu'aux grands lacs, les limites n'étaient pas déterminées. C'est en 1885 que commence la rivalité de l'Allemagne et de l'Angleterre dans l'Afrique orientale, rivalité dont le sultan de Zanzibar devait être la victime. En 1885, la Deuîsche Ostafrikanische Gesellschaft signait des traités de protectorat avec les chefs indigènes de l'Afrique orientale et, en quelques mois, mettait la main sur une bonne partie du littoral de l'océan Indien. L'Angleterre créa alors la Britisk East African Associalion, devenue VImperial Britisl: East Africa Company (I. B. E. A.), et le sultan de Zanzibar fut alors en butte aux intrigues et aux entreprises rivales de l'Allemagne et de l'Angleterre. En 1886, les deux puissances s'entendirent pour garantir l'indépendance du sultan, mais cette garantie ne s'étendait qu'aux territoires effectivement occupés par ce souverain, c.-à-d. à l'île de Zanzibar et à une zone étroite le long delà côte. Quant aux possessions continentales du sultan, l'Allemagne et l'Angleterre convinrent de se les partager, ce qui fut fait par le traité du 2 juil. 1887, traité auquel la France adhéra en qualité de cogarante de l'indépendance du sultan de Zanzibar. Le traité du 14 iuin 1890 entre l'Angleterre et l'Allemagne marque le terme de l'expropriation du sultan de Zanzibar : l'Allemagne reconnaissait le protectorat exclusif de l'Angleterre sur Zanzibar et Pemba ; en échange, elle recevait la portion de la côte que les conventions précédentes avaient réservée au sultan, ainsi que l'île d'Helgoland dans la Baltique. L'Angleterre, suivant l'expression de l'explorateur allemand, le major Wissmann, acquérait « la clef de toute la côte africaine ». La France, par le traité du 5 août 1890, signé avec l'Angleterre, a consenti à reconnaître le protectorat anglais sur les territoires du sultan de Zanzibar, en échange de la reconnaissance de son protectorat sur Madagascar. Depuis le 31 août 1896, les parties de l'ancien sultanat de Zanzibar annexées par l'Angleterre sont désignées sous le nom à' East Africa Proteciorate.

La ville de Zanzibar est bâtie sur une petite presqu'île triangulaire d'une largeur de plus de 2 kil., s'avançant del'E. à l'O. dans une rade sûre et spacieuse, en face du port de Bagamoyo, sur la côte d'Afrique. Par sa situation géographique, Zanzibar a une importance commerciale considérable ; c'est un lieu de transit, un entrepôt pour les marchandises en provenence ou à destination de l'Afrique orientale ; c'est à Zanzibar que les Indiens trafiquant tout le long du littoral, par boutres, viennent faire leurs achats, ainsi que les négociants arabes qui expédient des caravanes dans l'intérieur de l'Afrique. Les transactions commerciales se font à Zanzibar par l'intermédiaire d'une douzaine de maisons européennes ; le commerce de détail est entre les mains des Indiens de Bombay et de Goa. Le mouvement commercial de Zanzibar dépasse 100 milHons de francs.

Les principaux articles à l'importation sont : le riz provenant de Bombay, Calcutta et Rangoun ; les étoffes de coton, kangas multicolores et kanzous blancs, qui servent à vêtir les noirs, et qui sont fabriquées spécialement en Angleterre, en Allemagne et en Suisse ; l'ivoire, les clous de girofle provenant de Pemba ; les peaux provenant de l'intérieur de l'Afrique via Mombasa et la côte allemande ; les animaux vivants, les vins et spiritueux, les matériaux de construction, etc. C'est l'Inde anglaise qui tient le premier rang à l'importation. — Les principaux produits exportés sont les clous de girofle dont le principal marché est Rotterdam ; le coprah expédié surtout à Marseille ; les étoffes de coton réexportées sur les différents ports de la côte africaine, etc. Le trafic est très actif entre Zanzibar, les Comoves et Madagascar. Le port

Page 1