‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 621 sur 633 · ZEUS · texte numérisé non relu

ZEUS

hauts sommets, et le poète Eschyle place son autel dans l'yEther ; les hommes dressent ses premiers sanctuaires ou logent sa divinité sur les montagnes les plus élevées ; ainsi en Attique, en Béotie, dans l'Arcadie, la Phocide, la Thessalie, la Troade. De toutes ces montagnes, l'Olympe de Thessalie étant la plus majestueuse, Zeus est rOlympien par excellence ; sur les hauteurs neigeuses il a installé sa cour ; voisin des nues, il en fait jaillir l'éclair, gronder le tonnerre et s'épancher les eaux fertilisantes ; il est l'assembleur de nuages, le dieu qui brandit la foudre et qui se couvre de l'égide, comme d'un bouclier (V. Egide). Dieu de la lumière céleste, Zeus a dans sa dépendance tous les grands phénomènes où se manifeste la vie cosmique. Il règle la succession du jour et de la nuit, le cours des saisons, l'action bienfaisante ou destructive des vents, les alternatives de froid et de chaleur, de bon et de mauvais temps, l'épanouissement des plantes, des animaux et des hommes. A l'origine, sa nature, comme celle de toutes les personnifications divines, est double ; il dispense les biens et il donne les maux ; il atteste sa puissance et par les présents qui entretiennent la vie et par les fléaux qui violemment en troublent ou en limitent le cours. Il s'oppose, dans une lutte victorieuse, aux Géants et aux Titans qui représentent les forces brutales, les agents malfaisants des lointaines périodes de la préhistoire ; son triomphe et celui des Olympiens qui l'assistent dans la lutte marquent la fin des grandes convulsions de la nature ; ils inaugurent pour l'homme l'ère de prospérité et de civilisation, pour les dieux eux-mêmes celle de la hiérarchie par le partage équitable.

Les qualités morales du dieu concordent avec sa conception physique ; comme il est le roi suprême, il est le père très bon ; des hauteurs ou il réside, son regard s'étend au loin, il est celui qui voit tout et qui pourvoit aux besoins de tous les êtres. Son intelligence infinie est l'expression de l'ordre et du droit ; Thémis est tantôt sa fille, tantôt son épouse. Sa volonté clairvoyante règle les destinées, les signes par lesquels il manifeste son pouvoir sont, tantôt les phénomènes lumineux qui se manifestent dans le ciel (Iris), tantôt les voix mystérieuses que fait entendre le feuillage du chêne, le plus majestueux des arbres, tantôt le vol des oiseaux qui s'élèvent dans l'azur, de l'aigle, son compagnon inséparable, des colombes, ses messagères. Le plus ancien oracle de la Grèce est celui de Dodone où la religion c'e Zeus se perd dans la nuit des temps ; et l'oracle même de Delphes auquel préside Apollon, son fils préféré, n'est qu'une émanation de sa sagesse. Comme il est roi entre les Immortels, il est le principe de la royauté en général parmi les hommes ; c'est ce que la fable exprime en lui donnant pour fils les grands rois de la terre, les héros éponymes des villes et des nations. La cour de l'Olympe est le prototype sur lequel l'épopée primitive conçoit les pouvoirs héroïques ; ou, pour être plus exact, le spectacle des grandes familles patriarcales fournit aux poètes les traits dont ils peignent et le ménage de Zeus et ses rapports avec les autres dieux. Agamemnon, dont la race remonte jusqu'à Zeus, groupe autour de sa personne, pour la guerre de Troie, les chefs des diverses peuplades helléniques, tout comme Zeus associe au gouvernement du monde les divinités olympiques. Non seulement les rois mortels tiennent de lui leur pouvoir, mais il intervient directement dans l'exercice de leurs fonctions ; il en édicté le statut fondamental, en leur donnant les Thémistes (V. Thémis) ; il garantit la liberté individuelle et le bon ordre, aussi bien dans la famille que dans l'Etat ; il inspire les sages résolutions, règle les rapports entre les voisins, sanctionne les traités d'alliance et les relations d'hospitalité, protège les suppliants, assure la sainteté du serment, venge l'iniquité et le parjure, surveille les actions bonnes et mauvaises et proportionne ses faveurs à l'observation de la justice : Tous les chemins sont pleins de Zens, dit un poète, toutes les places où délibèrent

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les hommes ; la mer et les ports sont remplis de sa puissance, partout et toujours nous sommes sous la dépendance de Zeus.

Si les progrès de la pensée philosophique précisent davantage, au cours des siècles, le côté moral de la personnalité de Zeus, si au-dessus de la multiplicité des dieux elle tend à constituer un pouvoir unique, confiant à cette personnalité des aspirations, soit vers un monothéisme fondé sur la raison unitaire, soit vers un panthéisme qui concilie les forces distinctes et opposées, on peut dire que l'épopée d'Homère et les poèmes généalogiques d'Hésiode renferment, en germe, la conception du dieu, seul maître souverain du monde, père des dieux et des hommes. Seuls les rapports de Zeus avec la Moïra ou Destinée sont enveloppés de quelque obscurité (V. Moïra) ; l'on peut discuter à vue des textes, si la volonté de Zeus est, pour la religion épique, supérieure à celle de Moïra ou si h Moïra s'impose à la volonté même de Zeus. Cependant l'idée de souveraineté absolue, logiquement sortie du besoin d'unité, triomphe de bonne heure, dans la philosophie religieuse des Grecs.

Dégagée des traditions qui mettent le Dieu suprême des Grecs en relations avec les personnalités mortelles, la mythologie de Zeus est, en somme, assez simple. Les poètes le font naître tantôt en Crète (Hésiode) tantôt en Lydie (Eumélos), tantôt en Arcadie (Callimaque) ; fils de Rhéa et de Cronos, sauvé par sa mère tandis que le père dévorait les autres enfants, il est élevé dans une caverne du mont Ida par les Curetés et les Nymphes. Sa naissance est placée au printemps, ainsi que son union sacrée (V. Théogamies) avec Héra, union qui devient le prototype des mariages humains et qui, à Argos, à Platées, dans l'Ile de Samothrace, donne lieu à des fêtes d'un caractère symbolique. Avant d'obtenir l'empire du monde il lui faut le disputer aux anciens dieux, aux Géants et aux Titans, et surtout au plus industrieux d'entre eux, à Prométhée! Puis une révolte s'organise contre lui du fait des Olympiens ; il en triomphe avec l'aide de Thétis qui lui amène ^geon. Alors seulement il procède au partage du monde entre ses frères Poséidon et Pluton, dont l'un reçoit l'empire de la mer, l'autre celui des régions souterraines. Lui-même garde sa domination dans le' ciel et sur la terre, préposant les autres dieux, qui sont pour la plupart ses enfants, aux fonctions diverses de la royauté universelle. Maître absolu des éléments et des hommes, il ne l'est pas au palais de l'Olympe ; l'imagination des Grecs tempère sa majesté idéale, par un élément d'observation ironique, en le mettant aux prises avec les jalousies d une épouse acariâtre. Tantôt il sévit contre elle avec l'assistance d'Hephaestos, tantôt il cède à ses séductions, laissant endormir sa vigilance par les plaisirs de l'amour. Comme il est le père au sens le plus complet du mot, les fables locales ont beau jeu de multiplier ses aventures ; la lutte des éléments dans la nature, le développement historique des familles royales et des nations, tout est occasion pour les poètes de raconter ses amours et ses métamorphoses. Le monde entier se peuple de ses enfants; il est au point de départ de toutes les races qui ont marqué dans le monde antique connu des Grecs, il intervient dans toutes les guerres, et notamment dans la grande lutte qui met aux prises l'Asie et l'Hellade autour des murs de Troie, puis dans les rivalités qui, au lendemain de la victoire sur les Troyens, pénètrent les uns par les autres, en les poussant vers le Nord et vers l'Occident, Dorions, Ioniens, Pelages de Grèce et d'Italie. Il devient le li^n idéal qui les unira contre l'envahissement des Perses et des Mèdes, le dieu hellénique par excellence, Pankellénios, et, avec Apollon son fils, l'expression même de l'Hellénisme jusqu'aux limites extrêmes où s'étendra plus tard la suprématie de Rome (V. Jupiter). Les centres principaux de son culte restent la Crète où l'on plaçait son berceau et sa tombe, l'Argolide etl'Attique : ici surtout, il intervient dans toutes les manifestations importantes de

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la vie publique ; il préside au grands jeux pour lesquels se donnent rendez-vous, à Olympie en particulier, où s'élevait le plus célèbre de ses temples, les peuples qui adorent sa divinité ; il règle leurs destinées par ses oracles, à Dodone, à Delphes, à Olyrapie, à Ammonium dans la Libye ; il révèle les lois générales du monde physique et moral dans ses présages, il répare les grands crimes, les souillures funestes par la puriîication après les avoir châtiés au nom de sa justice.

Jusqu'à Phidias qui créa dans l'art le type idéal de Zeus, nous n'avons que des renseignements assez vagues sur ses représentations plastiques. Son image la plus anciennement connue figurait sur le coffre de Cypséclos voué à l'Olympie vers 6W av. J.-C. La première statue d'airain dont l'histoire fasse mention est celle que lui éleva à Sparte le sculpteur Cléarque de Rhégium ; parmi les Archaïques, Ageladas, Anaxagoras, Calamis et Myron s'essayèrent tour à tour à fixer ses traits. Leurs œuvres furent effacées par la statue que lui consacra Phidias à Olympie, en s'inspirant des vers célèbres d'Homère : Le fils de Cronos fit un signe avec ses sourcils sombres et la chevelure parfumée de Vîmmortel s'agita sur sj2 tête et V Olympe entier en fut ébranlé {Iliade, i, 528). L'image était celle du dieu pacifique et tout-puissant qui préside, en quahté de vainqueur suprême et d'auteur de toute vertu, à la distribution des récompenses. S'emparant des bustes nombreux et des statues de l'époque postérieure où Zeus est représenté avec une majesté théâtrale et une gravité qui vise à être terrifiante, les historiens de l'art antique ont longtemps méconnu le caractère véritable du Zeus ip PhJ4ias. Overbeck a démontré que dans la statue d'OJiympie une expression de bonté paternelle tempérait la grandeur. Le dieu était représenté assis sur un trône et amplement drapé, avec le sceptre dans la main gauche et une Victohre ailée sur la droite ; Quintilien remarque que la beauté de l'œuvre semblait ajouter quelque chose à la religion traditionnelle et que sa majesté égalait celle même de l'idée divine.

Les artistes après Phidias restèrent fidèles à l'idéal créé par lui ; ils s'appliquent àrendre, en tout état de cause, le type du souverain tout-puissant, dans la calme possession du pouvoir sans limite. Ils lui donnent les allures de l'homme qui est dans la plénitude de la force et de Tintelligence, s'ingéniant à le distinguer, autrement que par les attributs, mais sans y réussir toujours, de Poséidon, d'Héraklès, d'Esculape. Toutes ces représentations se ramènent à deux types, l'un plus fréquent si Ton fait le décompte des monuments plastiques, celui de Zeus debout; l'autre plus souvent cité chez les auteurs, celui de Zeus assis. Le morceau capital dans les unes et dans les autres est la tête, avec ses cheveux épais, longs, bouclés, formant une sorte de crinière, continuée par une barbe abondante qui n'est ni broussailleuse comme celle de Poséidon, ni pendante comme celle d'Esculape, ni mollement ondulée comme celle de Dionysos ; avec son front puissant, bombé en avant depuis la racine des cheveux, jusqu'à celle du nez ; avec ses yeux surmontés d'une arcade sourcilière fortement marquée qui projette une ombre sur le regard, sans éteindre l'expression de douceur et d'intelligence souveraine ; avec son nez large sans exagération, qui s'ouvre pour une respiration calme et puissante; avec ses joues pleines et finement modelées, avec sa bouche tantôt souriante, tantôt triomphante, tantôt paternellement sérieuse et même mélancolique. Les images les plus expressives que nous possédons du dieu sont la XèU d'Otricoli (au musée du Vatican) avec ses répliques de h villa Albani, de Saint-Pétersbourg, de Londres (colfect. Lansdowne) ; puis un buste colossal trouvé à Pompéi, aujourd'hui au musée'de Naples ; une tête colossale (G8 centim.) du musée de Parme et une statue colossale, conservée jusqu'au nombril, trouvée à Gumes, aujourd'hui au musée de Naples. Ces deux groupes d'œuvres nous donnent surtout le Zeus majestueux et triomphant. Pour avoir

le dieu dans son expression bienveillante de père des hommes et des dieux, il faut contempler le buste colossal de la salle des Niobides à Florence, la tête du Zeus de Verospi au Vatican et avant tout une tête trouvée à Mélos, aujourd'hui au British Muséum, connue sous le nom de tête de Blacas et longtemps considérée comme une tète d'Esculape. Pour le surplus nous ne pouvons que renvoyer à l'ouvrage d'Overbeck avec atlas, pi. i à VlU, où toutes les représentations importantes de Zeus, soit isolé, soit dans le groupement de quelque mythe particulier, sont reproduites et discutées (V. Jupiter, etc.) J.-A. Hild.

BiBL.": Nou8 nous bornons à citeiv Preller, Griec/usc/ic Mythologie, édit. Plew, t. 1, pp. 57-128. — Gerhard, Gricch. Mythologie, I, pp. 152-186. - Overbeck, Griechische Kunstmythologie, t. 1. avec les tables et l'atlas, l»"* partie.

ZEUXiS, peintre grec de l'école ionieniie, né à Héraclée (fin du v® siècle — commencement du iv® siècle av J.-C). Il eut pour maîtres Damophilos d'Himera et Neseus de Thasos. Il vécut longtemps à Athènes, où il connut Socrate. Il séjourna aussi à la cojar d'Archelaos, roi de Macédoine. Il passa la fin de sa vie à Ephèse. Il aimait le faste et acquit de grandes richesses. Il ^'attacha à perfectionner la technique, chercha à rendre les jeux de lumière et d'ombre, poussa parfois le souci de l'exactitude jusqu'au trompe-l'œil. En même temps, par un retour aux traditions archaïques, il exécuta des peintures monochromes, sorte de grisailles où le modelé était rendu par les dégradations d'une seule couleur additionnée de blanc ; il mit à la mode ce genre, qu'on retrouve dans des peintures sur marbre d'iierculanum. Zeuxis traita surtout des sujets mythologiques, mais en les rajeunissant par l'expression et le réalisme. Ses principaux tableaux dans ce domaine étaient un Supplice de Marsyas, des figures de Pan, de Borée, de Triton ; un Héraklès enfant étouffant les serpents, qui a été imité sur plusieurs fresques de Pompéi ; un Ménélas priant sur la tombe d'dgamemnon; une Famille de Centaures, dont on trouve quelques souvenirs dans une mosaïquefde la villa d'Adrien, où l'on voit des Centaures attaqués par des fauves. Zeuxis s'inspira peut-être de Phidias pour une peinture qui représentait Zeus sur son trône, et dont nous possédons peut-être une copie dans une peinture murale d'Eleusis. Quoiqu'il ait essayé de tout, Zeuxis montra une sorte de prédilection, comme les grands sculpteurs du temps, pour les figures féminines. On admirait beaucoup sa Pénélope, et, plus encore, son Hélène au bain, qu'il avait exécutée pour les habitants de Crotone, en prenant pour modèles cinq jeunes filles de la ville, et en reproduisant ce que chacune d'elles avait de plus parfait. On citait encore de lui des scènes de genre, une Vieille femme, un Athlète, m Amour couronné de roses, m Enfant aux 7msins, qu'imitèrent les coroplastes, et où les grappes étaient si bien rendues que les oiseaux, diton, s'y trompaient ; enfin, des natures mortes, notamment des Raisins, qui furent l'occasion d'une lutte avec son rival Parrhasios. L'œuvre de Zeuxis, considérable et très variée, resta longtemps populaire ; on constate souvent son influence dans la céramique, comme dans les fresques de Pompéi et d'Herculanura. P. M.

Z&VACO. Corn, du dép. de la Corse, arr. d'A accio, cant. de Zicavo; 5 H hab.

ZÉVORT (Charles-Marie), littérateur français, né à Bourges le 23 avr. 1816, mort à Paris le 3 nov. 1887. Il entra à l'Ecole normale supérieure en 1836. Lorsqu'on 1839 il fut nommé professeur de philosophie au collège de Rennes, il fut bientôt rais en lumière par les attaques violentes dont il fut l'objet de la part du parti clérical. En 1846, il fut nommé à Metz et, en 1830, il devint inspecteur d'Académie à Montpellier. A la suite d'une atfaire dans laquelle était engagée la dignité du corps des professeurs et qui lui valut des ennuis graves, il quitta l'Université et se consacra à l'éducation des enfants du duc d'Uzès. Cependant il accepta en 1856 l'inspeetion acadé-

ZlVORT — ZIEM

mique d'Aix. Puis il. fut recteur tour à tour à Chambéry (1862), à Bordeaux, et à Aix (1874). On lui doit : une Dissertation sur la vie et la doctrine dWnaxagore (1843), et surtout des traductions d'ouvrages grecs, justement estimées, entre autres : la Métaphysique d'Aristote (1841) ; la Vie des philosophes de l'antiquité de Biogène Laërce (1848) ; V Histoire de la guerre du Péloponèse (iSo^).

ZÉVORT (Edgar), historien et publiciste français, né à Rennes le 15 juin 1842, fils du précédent. Il entra à l'Ecole normale en 1861 . Après avoir été, de 1864 à 1873, professeur aux lycées de Brest, d'Angers, de Bordeaux et de Versailles, il fut nommé à Paris au lycée Henri IV. En 1880, ses deux thèses : De gallicanis imperatoribus et le Marquis d'Argenson, furent très remarquées. De 1880 à 1884, il écrivit dans les Débats des articles pédagogiques, notamment à propos des projets de réforme de l'enseignement. Il fut nommé recteur de l'Académie de Caen. On lui doit encore : Montesquieu; Histoire de Louis- Philippe (1878) ; l'Histoire moderne (1880), et une Histoire de la troisième République.

ZEYYANITES, Dynastie maure (V. Beni-Zeyyan).

ZÉZÉRÉ. Rivière du Portugal (V. ce mot, p. 379).

Z6IERZ ou SGERSH. Ville de la Pologne russe, gouv. dePetrokov, à 4 kil. N. de Lodz; 18.495 hab. en 1894. Cotonnades et lainages.

ZIANI (Sebastiano), doge de Venise, mort en 1179, le premier élu par les onze électeurs après la réforme du gouvernement ducal qui réduisait le prince à être simplement le premier magistrat de la république. Elu après le meurtre de Vital Michiel II, en 1172, lorsque Venise était dans un terrible état de détresse, il eut un règne difficile. Frédéric Barberousse, acharné contre la république, fit crever les yeux à son ambassadeur, Enrico Dandolo. Mais loin de venger cet outrage, Ziani se plia à demander une paix humiliante. C'est à la suite de celleci qu'eut lieu l'emprunt forcé du centième des biens des citoyens qui est l'origine de la Caisse des dépôts et emprunts. Ziani, ayant accordé asile dans Venise au pape Alexandre 111, se le vit réclamer au nom de l'empereur par Otton, fils de celui-ci, à la tête de soixante-quinze galères. Il sortit à sa rencontre avec trente vaisseaux, et, entre Priano et Parenzo le vainquit, le jour de l'Ascension. Le pape, en récompense, lui donna la souveraineté de l'Adriatique ; et, en souvenir de cette donation, fut annuellement célébré ce même jour le mariage du doge avec la mer. Frédéric demanda la paix, vint à Venise la conclure avec le pape (1177). Ziani embellit Saint-Marc, en créa les procureurs ou marguilliers qui devaient acquérir dans la suite tant d'autorité ; il fit dresser sur la Piazzetta les deux colonnes fameuses entre lesquelles, à la requête de l'architecte Barratier qui les avait érigées, les jeux de hasard, ailleurs défendus, furent permis pendant plus de quatre siècles. Ziani eut pour successeur Orio Malipieri.

ZIBAN. Groupe d'oasis du Sahara algérien, au S. du dép. de Constantine, com. mixte de Biskra. Ziban est le pluriel de Zab ( V. Constantine, t. XII, p. 596).

ZIBETH (Zool.) (V. Civette).

ZICAVô. Ch.-l. de cant. du dép. de la Corse, arr. d'Ajaccio ; 1.644 hab. (1.415 aggl.).

ZICHY. Famille noble hongroise, dont le fondateur, Szajki Oà/, vécut au xiii^ siècle. Au xiv^, elle prit le nom de Zichy et se divisa en deux branches : les Zichy et les Vasonkei).

Etienne Zichy obtint en 1649 le domaine de Vasonkeô, devint baron en 1655, comte en 1679. Les descendants portent le titre de comte, tandis que les descendants de ses cousins, Benoit et Michel, sont seulement des nobles. — Le comte Charles, né à Presbourg le 4 mars 1723, mort à Vienne le 18 sept. 1826, président de la Chambre hongroise de la cour impériale, juge de curie, contribua à pacifier la Hongrie en 1788, fut tour à tour premier président de la Chambre impériale et ministre des finances

(1802), ministre d'Etat (1808), de la guerre (1809), de l'intérieur (1813-14). -- Son fils^ Ferdinand (1783- 1865) commandait à Venise lors de l'insurrection de 1848, capitula et fut pour ce fait condamné à dix ans de forteresse. — Le comte Eugène, né en 1809, fut fusillé le 30 sept. 1849, sur l'ordre de Georgey, comme partisan de l'empereur d'Autriche. — Le comte François, né en 1811, fut ambassadeur à Constantinople de 1874 à 1880. — Le comte Gegza, son neveu, né le 22 juil. 1849, perdit la main droite dans sa jeunesse; malgré cette infirmité il devint un pianiste célèbre. Il composa plusieurs études pour le piano et fut nommé intendant de l'Opéra de Budapest, auquel il donna Maître Roland (b^ëvz, 1897).— Le comte Eugène, né en 1837, s'efiForça de développer l'industrie hongroise. Il organisa, à cet effet, les expositions d'Albe-Royale (1879) et de Budapest (1885), ouvrit plusieurs écoles industrielles, et prit une part active à la création du musée d'industrie et de technologie de Budapest. Zichy s'adonna ensuite à des études ethnologiques sur la race magyare. Voulant trouver les ancêtres ou les tribus parentes des Magyars, il organisa trois expéditions en Asie centrale et au Caucase. Les résultats de ses voyages scientifiques furent publiés sous le titre : Voyages au Caucase et en Asie centrale (texte hongrois et français, Budapest, 1897, 2 vol. in-4; un troisième volume, hongrois et allemand, vient de paraître [1902]). — Michel, un des meilleurs peintres hongrois, né en 1827. U a fait ses études à Vienne et vit depuis 1847 en Russie comme peintre de la cour. Il accompagna souvent les souverains russes dans leurs voyages au Caucase et en Europe ; le musée national de Budapest possède de lui une Descente de la croix et un de ses chefs-d'œuvre : la Reine Elisabeth devant le cercueil de François Dedk. Zichy est surtout renommé pour ses illustrations des grands écrivains hongrois (Madâch, Petôfi, les ballades d'Arany, l'Album deshonvéds). J. Kont.

BiBL. : La société historique de Budapest a commencé à publier les chartes les plus importantes des archives Zichy, dans A grôf Zichy csalàdokmànytàm (jusqu'ici 8 vol.)

ZIDACOS. Rivière de Navarre (V. ce mot, p. 856).

ZIEGLER (Jules-Claude), peintre français, né à Langres (Haute-Marne) en 1804, mort à Paris en 1856. Elève d'Ingres. Talent probe, sans grande originalité. On lui doit : Giotto chez Cimabue (musée de Bordeaux) ; Saint Luc peignant la Vierge et Saint Georges terrassant le dragon (musée de Nancy), qui eut un certain succès au Salon de 1834 ; Vlmagination et la Rosée répandant ses perles sur les fleurs (musée de Langres) ; la République (musée de Lille) ; les Pasteurs de la Bible et Pluie d'é^/g' (musée de Dijon), enfin divers tableaux religieux (musée de Nantes). Il a décoré la coupole de réghse de la Madeleine, de Paris. Ziegler est l'auteur de Recherche des principes du beau dan% l'art céramique, l'architecture et la forme en général. Il avait fondé, à Voisinlieu, une manufacture modèle d'où sortirent quelques belles pièces en grès, fabriquées suivant les principes d'eurythmie « mathématique » émis par l'artiste

ZIEGLER (Caroline) (V. Beck [M™^]).

ZIEM (Félix- François-Georges- Philibert), peintre français, né à Beaune (Côte-d'Or) le 26 févr. 182d . Après un premier voyage en Turquie et en Italie, il débuta au Salon de 1849 : Vue du Bosphore et Vue de Venise. Il eut un grand succès en 1852, avec une Vue de Venise (musée du Luxembourg), que jugèrent ainsi Edmond et Jules de Goncourt : « Ziem est le peintre de l'Adriatique, des fourmillements de palais, des dômes, des coupoles, des campaniles, des clochetons, des eaux traitées de rose, de bleu et de vert tendre». A la suite d'un séjour en Belgique et en Hollande, il exposa un Moulin hollandais, les Bords de VAmstel (musée de Bordeaux), et une Vue prise aux environs de La Haye (musée de Rouen). Moins heureux avec ces sujets, Ziem revint à sa première manière, et multiplia les toiles si goûtées des amateurs, dont

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