TIROL
du val Fiemine (Fleims) jusqu'à Piedazzo, oCi elle rencontre les cantons ladins. Des îlots allemands se trouvent auprès de Trente et de Rovereto. — L'instruction est assez répandue, les 9/10 des hommes et 87 ^jo des femmes savent lire et écrire.
Géographie politique. — La constitution actuelle du Tirol date du 26 févr. 1861 ; la diète locale est formée de 68 députés, dont 34 élus par les communes, 13 par les villes, 3 par les chambres de commerce d'ïnnsbruck, Botzen et Roveredo, 10 par la noblesse foncière, 4 par le clergé, plus le recteur de T Université d'ïnnsbruck, Tarchevêque de Salzbourg, les évêques de Trente et de Brixen. tlue pour six ans, la diète se réunit annuellement à ïnnsbruck; le Vorarlberg a sa constitution et sa diète distinctes. L'administrateur des deux pays réside à Innsbruck ; la province se divise en 4 villes (Innsbruck, Botzen, Rovereto, Trente) et 21 capitaineries rurales : Ampezzo, Borges, Botzen, Brixen, Bruneck, Canalese, Clés, Imst, Innsbruck, Kitzbuhel, Kufstein, Landeck, Lienz, Meran, Primiero, Reutte, Riva, Rovereto, Schwaz, Tione, Trente. La densité rurale varie de 88 hab. parkil. q. pour Trente à 1 2 pour Landeck ; elle est en général triple dans le bassin italien de TAdige de celle du bassin de Flnn. Le tribunal provincial est à Innsbruck, avec 4 tribunaux de première instance à Botzen, Trente, Rovereto et Feldkirch (en Vorarlberg). Les circonscriptions financières sont Innsbruck (ch.-l.), Botzen, Trente, Feldkirch. Le Tirol forme le territoire du 14*^ corps d'armée (Innsbruck) et recrute en outre 4 régiments de chasseurs tiroliens.
L'instruction est assurée (en 1895) par 1.747 écoles primaires comptant 142.738 élèves, par 10 gymnases, 4 écoles réelles, 8 écoles normales (dont 4 d'institutrices), l'Université d'ïnnsbruck, 17 séminaires théologiques, 49 écoles professionnelles de diverses catégories, 4 écoles de musique, etc. Le Tirol comprend les diocèses de Trente et de Brixen.
Géographie économique. — Le caractère montagneux du Tirol s'afiirme par l'étendue des sols rocheux et improductifs (19 ^/o), des forêts (39 *^/o), des pâturages alpestres (26 •^/o) et des prairies (10 ^/o); les champs et jardins occupent donc moins de 6 7o de la superficie totab. Ils n'ont quelque étendue que dans la vallée de Flnn et du moyen Adige. On récolte en Tirol et Voralberg en moyenne 230.000 hectol. de blé, 420.000 de seigle, 175.000 d'orge, 140.000 d'avoine, 430.000 de maïs, \ .170.000 de pommes de terre, 33.000 de légumineuses, mais 7 millions de quintaux de foin, 5.000 de lin, 2.200 de chanvre, 3.200 de tabac. Les vignobles occupent dans le Tirol méridional 12.500 hect., produisant en moyenne 400.000 hectol. de vin; les meilleurs crus sont ceux de : Terlan, Saint- Valentin, Botzen, Saint-Magdalener, Leitach et pour les vins en bouteille, Rametz et San Michèle. On récolte aussi beaucoup de fruits dans ces parages, même des oranges, citrons, figues et olives, mais plutôt des châtaignes (12.000 quintaux), des amandes et des pêches. — La ressource capitale est, comme dans les autres pays alpestres, l'élevage des bestiaux: 15.000 chevaux seulement et 6.000 ânes ou mulets, mais plus de 400.000 bêtes à cornes, de 200.000 moutons, 100.000 chèvres, 60.000 porcs, 40.000 ruches ; dans le Sud on élève des vers à soie. Les bois sont surtout composés de conifères ; ils s'étendent (Vorarlberg compris) sur plus de 1.100.000 hect.; longtemps mal entretenus, ils sont mieux aménagés depuis les inondations de 1882.
Les mines fournissent 17.000 tonnes de lignite, 1.600 de minerai de fer, 1.000 de minerai de cuivre, 2.000 de zinc, 200 de plomb argentifère, 100 de sulfures, 400 d'asphalte. On fabrique sur place un millier de kilogr. d'argent, de la fonte, du cuivre, de Facide sulfurique. La saline de Hall, près Innsbruck, fournit pour 3 millions de fr. de sel. — L'industrie est peu active ; quelques filatures de coton occupent 1 .100 ouvriers ; on le tisse aussi, de même
on file et tisse la soie, le lin, le chanvre ; on fabrique dans le val de Stubac des objets de fer, on sculpte le bois dans le val Grœdener. Les distilleries agricoles sont au nombre de plus de 7.000, mais ne fabriquent que 3.454 hectol. d'alcool. Les 115 brasseries ne font que 300.000 hectol. de bière. En somme, les plus grands établissements industriels sont les deux manufactures nationales de tabac (Schwaz et Saoco). — Le commerce est assez actif, quoique relativement moins important qu'au moyen âge où les cols de Stelvio, du Brenner, de FArlberg assuraient les relations entre l'Allemagne et Fltalie. Le Tirol possédait en 1895 environ 4.600 kil. de chaussées, 220 kil. de voies navigables, 787 kil. de ch. de fer, 424 bureaux de poste et 180 de télégraphe. Il exporte du bétail, du fromage, des herbes, du vin, des fruits, de la soie, des tapis, du bois, etc.; il importe des objets manufacturés. Beaucoup de Tiroliens vont colporter des images, des objets en bois sculpté, des oiseaux, etc., ou bien travailler au dehors pour ramasser un petit pécule et revenir à leur village.
Histoire. — Le Tirol fut avant Fère chrétienne un pays celtique, compris dans la Rhétie (V. ce mot), que les Romains conquirent sous Auguste. Après les Ostrogoths, il fut divisé entre les Lombards et les Bavarois, réuni sous la domination franque, divisé de nouveau lors de la dissolution de l'empire carolingien; au x® siècle, le comté de Trente, jadis lombard, dépendait de la Marche de Vérone, il s'étendait sur le bassin de l'Adige jusqu'à Botzen et Meran; d'autres comtes régissaient les vallées de Flnn. En 1027, l'empereur Conrad II attribua à Févêché de Trente les comtés de Trente, Botzen et Vintschgau; à celui de Brixen, la vallée de FEisack jusqu'à Klausen et celle de Flnn jusqu'au Zillerthal; en 1091, Févêque Brixen y ajoute le comté de Pustherthal. Mais en 1165, il inféode le val de Flnn et le Pusterthal aux comtes bavarois d'Andechs, lesquels, en 1180, deviennent ducs de Méranie. D'autre part, Adalbert obtient en 1130 de Févêque de Trente le comté de Vintschgau et de celui de Brixen le comté d'Eisack; en 1140, ses fils s'intitulent comtes de Tirol, d'après le nom d'un de leurs châteaux. En 1248, les comtes de Tirol héritent de ceux d'Andechs dont la famille s'est éteinte. Le comte Meinhard II y ajouta en 1286 le duché de Carinthie. Sa petite-fille, Marguerite Maultascli, céda en 1363 le Tirol aux ducs d'Autriche, et depuis ce moment il fit partie de Fhéritage des Habsbourg et figura dans leurs partages. L'empereur Maximilien donna au Tirol sa charte (Landlibell) réglant le contingent militaire de chaque district. Il passa avec le reste des pays autrichiens à son second fils, qui devint Fempereur ferdinand P*' (V. ce nom) ; dans le partage intervenu à la mort de celui-ci (1564), le Tirol fut avec la Haute-Autriche attribué au second fils, Ferdinand, mort sans laisser d'enfants en 1595 ; ils passèrent ensuite au second fils de Charles de Styrie, l'archiduc Léopold, frère cadet de Fempereur Ferdinand 11 ; la descendance de Léopold s'éteignit en 1665 et le Tirol revint à la branche principale de la maison d'Autriche. En 1803, les évêchés de Brixen et de Trente furent sécularisés au profit de l'Autriche. Le Tirol ainsi complété fut annexé à la Bavière par le traité de Presbourg (1805). En 1809, il se souleva contre elle et André llofer s'illustra dans cette héroïque résistance. Le Tirol méridional fut alors annexé à l'Italie, et FE. du Pusterthal au royaume d'Illyrie. Les traités de Vienne rendirent à l'Autriche le Tirol avec ses enclaves dépendant auparavant de Farchevôque de Salzbourg (Zillerthal, Brixen, etc.). Le parti clérical y domine, parce que les Italiens, réclamant la séparation de leurs districts, refusent de siéger à la diète. A. -M. B.
BiBL. : Beda Wkber, Das Land Tirol; Innsbruck. 1837- 38, 3 vol.— Staffler, Das deutsche Tirol und Vorarlberg^ 1839-46, 2 vol. — Tinkhauser, Topogr.-hist. Beschreibung der Diœcese Brixen; Brixen, 185.5, 2 vol. — Amthor, Fûhrer durch Tirol; Leipzip^, 1897, 8" éd. ~ Tirolische Geschichlsquellen ; Innsbruck, 1867-91, 3 vol. — Egger, Gesch, Tirols von den wltesten Zeiten bis in die NeuzeiL 1872-80, 3 vol.
TIRON (Marcus Tullius), esclave affranchi, puis ami de Cicéron, qui l'avait élevé avec le plus grand soin, et dont il fut le secrétaire, l'intendant et Tun des correspondants politiques. Il vécut, malgré une santé maladive, jusqu'après de cent ans, de 94 avant à 5 ap. J.-C. ; et, aussi attaché à la mémoire de Cicéron après sa mort que dévoué à sa personne de son vivant, il composa un recueil en trois livres des bons mots du grand orateur (liber jocularis) et une Vie de Cicéron, souvent citée, qui devait être très complète et qui a beaucoup servi à Plutarque. Il publia une partie des lettres de Cicéron, et c'est lui très probablement qui fit paraître le recueil xid familiares, dont il édita d'abord les douze premiers livres et plus tard les quatre autres. Nous savons qu'il avait écrit des ouvrages sur la langue latine, et Cicéron le raille quelque part {Ad familiares, XVI, 17) de lui adresser des critiques de style et de trop soigner ses expressions. Tiron est célèbre pour avoir inventé ou perfectionné un système de tachygraphie connu sous le nom de Notœ fironiance (V. Notes tironiennes, t. XXV, p. 69).
TIROUPATI. Ville de l'Inde, présidence de Madras, district d'Arcot, sur le chem. de fer de Madras à Bombay ; 15.000 hab. Célèbre pagode de Tiroumala, consacrée à Vichnou ; lieu de pèlerinage très fréquenté.
TIROURDA. Col d'Algérie, dans le mont Djurdjura, entre le SebaouauN. et le Sahel de Bougie au S.; route de Fort-National à Beni-Mansour.
TIRPITZ (Alfred), homme d'Etat allemand, né à Custrin le 49 mars 1849. Cadet de marine (1865), il devint inspecteur des torpilles, puis fit de nombreuses croisières, fut nommé contre-amiral (1895), commandant de la division d'extrême Orient (1896-97), ministre de la marine de l'empire allemand (juin 1897).
TIRSO DE MoLiNA (Fray Gabriel Tellez, dit), auteur dramatique espagnol (V. Tellez).
TIRYNTHE (Tipuvç). Ville de la Grèce antique, en Argolide (V. ce mot), à 2 kil. N. de Nauplie; l'acropole s'élevait sur une colline rocheuse oblongue de 230 m.
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des Achéens; ils se maintinrent derrière ses formidables remparts contre les Doriens d'Argos; ce n'est qu'en 468 que ceux-ci détruisirent les vieilles cités de Mycènes et
Galerie couverte, à Tirynthe.
de long du N. au S. sur 35 à 70 m. de large, dominant la plaine de 6 à 15 m. ; au pied était la ville basse. On voit encore l'enceinte de l'acropole avec ses massives murailles d'appareil cyclopéen (V. Appareil et Bossage), ses portes et ses galeries intérieures voûtées en ogive. Des fouilles entreprises par Schliemann avec le concours de Dœrpfeld, en 1884 et 1885, ont mis à jour sur le côté N., le plus haut de la colline, les fondations d'un grand palais; de la cour entourée de colonnes, on accédait par deux antichambres à la salle des hommes renfermant au centre le foyer ; un passage conduit de là à travers des salles latérales aux bains, puis à l'appartement des femmes. — Tirynthe, dont V Iliade vante la forte enceinte, avait été, d'après la légende, bâtie par les Lyciens pour le roi Prœtos ; elle aurait passé ensuite à Persée et à sa descendante Alcmène, more d'Héraklès; ce dernier la reconquit sur le roi d'Argos et y vécut longtemps. Quoi qu'il en soit de cette légende héraclide et de la version officielle qui fait revenir les Héraclides avec les Doriens, Tirynthe resta au pouvoir grande encyclopédie. — XXXI.
Citadelle de Tirymhe. A, rampe conduisant à la porte; B, porte; C, porte de la citadelle supérieure; D, citadelle supérieure ; E, terrasse moyenne de la citadelle; F, citadelle inférieure; G, tour; H, tranchée; J, petite porte; K, galerie; L, propylée; M, chemin vicinal; N, chaussée d'Argos à Nauplie; 0, école grecque d'agriculture ; P, puits creusés en 1884.
Tirynthe, probablement parce qu'elles s'étaient alliées à Sparte contre eux. Des Tirynthiens, les uns se retirèrent à Epidaure ou à Halieis ; les autres furent transplantés à Argos; leur cité démantelée demeura déserte.
BiDL. : Schliemann, Tiryns^ 1886, trad. franc, in-4. — Perrot et Chipiez, Hist. de Vart; Paris, 1894, t. VI.
TISAMcNE (Myth. gr.). Nom porté par plusieurs héros de la légende hellénique. L'un fut un fils d'Oreste et d'Hermione, mort dans la bataille contre les Héraclides et devenu le héros protecteur à'Heliké où était son tombeau et d'oti il fut transféré à Sparte. L'autre était un devin de la race des lamides, à Elis, et combattit contre les Perses à la bataille de Platées (Sur ses aventures, V. Pausan.,VI, 14, 13).
TISANE (Pharm.). On nomme ainsi des médicaments peu chargés en principes médicamenteux, ayant l'eau comme véhicule et servant de boisson aux malades. On peut dire que l'eau est en quelque sorte l'élément principal des tisanes ; car, très souvent, ces médicaments constituent un moyen de faire prendre aux malades une grande quantité de ce liquide. La faible quantité de substances sapides qu'elles contiennent suffit à les faire tolérer. Plusieurs cependant contiennent des substances vraiment actives (quinquina, bourgeons de pin, safran, thé, etc.). On masque le mauvais goût des tisanes en les édulcorant avec du sucre, du miel, de la réglisse, de la glyzine, des sirops divers. Les tisanes se préparent par simple solution (gomme, etc.), par lixiviation (café, etc.), par macération (réglisse, gentiane, quassia, rhubarbe, etc.), par infusion (feuilles, fleurs, etc., armoise, mauve, thé, violettes, etc.), par décoction (la plupart des bois ou racines, etc., gaïac, chiendent, etc., les substances mucilagineuses, lichen, carragaheen, salep, etc.), par digestion (salsepareille). La dose de substance médicamenteuse est en général de 10 gr. par litre de tisane (fleurs, feuilles, sommités fleuries), de 20 gr. par litre (racines, écorces,etc.). Font exception : la tisane de safran, 2 '^/oo, les tisanes de substances aromatiques, 5 ""/oo (feuilles d'oranger, d'absinthe, fleurs de camomille, etc.); de substances amères, 5 «/oo (gentiane, quassia, etc.) ; les tisanes de gaïac, de salsepareille et de fruits pectoraux, 50 •'/oo. — On nomme apozèmes des tisanes renfermant une plus forte quantité de substances médicamenteuses et ne servant pas de boisson habituelle aux malades. Certains apozèmes sont simples (cousso, écorce de grenadier, etc.), d'autres sont composés et contiennent plusieurs substances médicamenteuses (décoction blanche de Sydenham, médecine noire). V. H.
TISCH BEI N. Famille d'artistes allemands comprenant : Johann-Heinrichy né à Haina (Hesse électorale) le 3 oct.
TISCFÎBEIN — TISSAGE
1722, mort à Gassel le 22 août 1789. Son frère aîné Johann- Valentin (1715-67), qui peignit des décorations et des paysages et fut peintre de la cour à Hildburghausen, le mit en apprentissage à Gassel chez un dessinateur de tapis. Là, il révéla sa vocation et, grâce à la protection du comte Stadion, put se rendre à Paris oti il fut élève de Charles van Loo et de Boucher. Ses œuvres ont ainsi tous les caractères de la peinture française du xvm® siècle. Revenu en Allemagne après un séjour en Italie, mari d'une Française, il continua d'exposer à Paris, et les éloges que lui fit Diderot au Salon de 1 771 établirent sa renommée. Il faisait de la peinture d'histoire dans le genre académique. Mais il trouva son plus grand succès avec des portraits de femmes coquettes, souriantes et fardées, dont on voit toute une collection, d'un coloris délicieux, au château de Wilhelmshœhe, près de Gassel. Nommé directeur de l'Académie des beaux-arts de Gassel, l'artiste exécuta des peintures religieuses et historiques, comme la Bataille d'Arminius (àPyrmont).
Johann- Jakob, frère des précédents, né en ^724, mort à Lubeck en 1791, peignit un grand nombre de paysages en collaboration avec Philippe Hackert (V. ce nom).
Anton- Wilhelm, frère cadet des précédents (1734- 1804), fut élève de son frère Valentin.
Johann-Heinrich II, neveu des précédents, né en 1742, mort à Gassel en 1808. 11 fut l'élève de son oncle des mêmes prénoms, peignit des paysages et des animaux et fut aussi un excellent graveur.
Johann-Heinrich-Wilhelm, dit le Napolitain, né à Haina le 15 fév. 1751, mort à Eutin le 26 juil. 1829. Elève de ses oncles Joh.-Heinrich et Joh.-Jakob, il se fit d'abord connaître comme peintre de portraits (Bodmer, Lavater, Gessner, etc.). En 1782, il va se fixer à Rome et y peint des toiles dans le goût classique : Brutus et ses fils, Sophonisbe, Hélène, et surtout une de ses œuvres les plus importantes : Conradin de Souabe jouant aux échecs reçoit la nouvelle de sa condamnation à mort. Durant ce séjour à Rome, Tischbein se lia avec Louis David, puis avec Gœthe qu'il suivit à Naples où il se fixa et devint directeur de l'Académie à la mwt de Bonito. Sir William Hamilton, l'ambassadeur anglais, qui possédait une admirable collection, engagea l'artiste à étudier les monuments nombreux qu'on a conservés à Naples de l'art antique et surtout les vases peints. De là vint à Tischbein l'idée de publier son grand ouvrage : Homère dessiné d'après l'antique, auec explication de C.-G. Heyne (Gœttingen, 1801-04, 6 livr.). En 1799, après l'occupation de Naples par Ghampionnet, qui le traita fort bien, il alla à Gassel. En 1808, le duc Pierre d'Oldenbourg lui assura une paisible existence à Eutin. G'est à ce moment qu'il commença sa série d'aquarelles, les Idylles, pour qui Gœthe fit des vers et qu'il a bien caractérisées en disant : « Dans une lumière céleste se meuvent de beaux corps ». Ges Idylles, au nombre de quarante-trois, se trouvent au musée d'Oldenbourg. Tischbein avait beaucoup produit. Son œuvre la plus célèbre est Gœthe dans la Campagne romaine (Francfort-sur-le-Main, Institut Staedel). Dans ses dernières années, il revint au genre historique et donna V Entrée du général Bennigsen à Hambourg. Son œuvre gravé comprend, outre V Homère, une Collection of engravings ^from ancient vases in possession of W. Hamilton (1794-1809, 4 vol.); Umrisse griech. Gemœlde und auf antiken Vasen (Weimar, 1797-1800), etc. Il avait écrit son autobiographie : J.-H.- W. Tischbein, seine Bilder, seine Trœume, seine Erinnerungen (Brème, 1822).
Johann- Friedrich" August, fils de Johann- Valentin, né à Maastricht en 1750, mort à Heidelberg en 1812. Envoyé à Paris par la protection du comte de Waldeck, il y étudia plus le coloris des peintres des fêtes galantes que le sévère dessin de David. On a maintes fois gravé ses charmantes compositions. Après un séjour à Naples, où la faveur royale lui valut la commande de nombreux portraits, et
un autre en Hollande, il revint en Allemagne où le prince électoral de Saxe le nomma, en 1800, directeur de l'Ecole des beaux-arts de Leipzig. — Son fils Karl-Ludwig (1797-1855) fut également peintre, J. Bainville.
BiBL. : E. Michel, les Tischbein; Lyon, 1881. — Engels- CHALL, J.-H. Tischbein als Mensch und KânsUer dargestellt: Nuremberg, 1797. — Fr. von Alten, Aus Tischbein's Leben und Briefwechsel ; Leipzig, 1872. — Schiller, édit. de Aus meinem Leben, von J.-H.-W. Tischbein; Bruns-, wick, 1861.
TISCH EN DORF(Lobegott-Friederich-Gonstantin), théologien protestant, né à Lengenfeld (Saxe) le 8 janv. 1815, mort à Leipzig le 7 déc. 1874. Ayant fait ses études de, théologie et de philosophie à Leipzig, il se voua particulièrement à la restauration scientifique du texte du Nouveau Testament. Pour réunir les matériaux nécessaires, il travailla pendant deux ans à Paris sur les manuscrits de la Bibliothèque nationale, continua ses recherches dans les principales bibliothèques de l'Europe, explora l'Egypte, la Palestine, la Syrie, l'Asie Mineure, visitant principalement les couvents. A son retour (1845), il devint professeur de théologie à Leipzig. Il entreprit deux nouveaux voyages en Orient (1853 et 4859), surtout en Egypte et au Sinaï; il en rapporta quantité de manuscrits précieux, notamment une Bible grecque du iv^ siècle, le fameux Codex Sinaïticus, dont il fit hommage à l'empereur de Russie, protecteur de ces couvents. Ses principaux ouvrages sont : Monumenta sacra inedita (1846); Nova collectio (1856-71, 6 vol.); Evangelium Palatinum ineditum (1847) ; Codex Amiatinus (1850 et 185*4) ; Codex Claramontanus(i%ï>%)\ Fragmenta sacra palimpsesta (1854); Codex Sinaïticus (1864, 4 vol. ; petite édition, 1863); Novum Testamentum Vaticanum{iS61); de nombreuses éditions du Nouveau Testament; une édition critique de la version des Septante (6« éd., 1880, 2 vol.); Acta apostolorum apocrypha (1851); Evangelia apocrypha C^t^ éd., 1877) ; Apocalypses apocryphœ (1866); Wann wurden unsere Evangelien verfaszt. (4e éd., 1866). G. Pfendek.
BiBL. : VoLBEDiNG, Const. Tischendorf ; Leipzig, 1862.
TISI (Benvenuto), peintre italien (V. Garofalo).
Tl S ! P H 0 N É. Nom donné par les poètes, depuis l'époque alexandrine seulement, à l'une des Furies ou Erinyes dans la mythologie grecque : son nom signifie Y esprit de vengeance issu du meurtre ; les deux autres sont Alecto et Mégère. Parmi les illustrations du Virgile du Vatican, nous trouvons une image de Tisiphoné qui monte la garde sur la tour d'airain ; elle est reconnaissable aux serpents de sa coiffure. Chez le poète même, elle est armée d'un fouet avec lequel elle frappe les coupables aux enfers, tout en brandissant des serpents et en appelant la bande de ses sœurs (En., VI, 570).
TISOIR, TISONNIER (Tech.). On désigne sous le nom de tisoir ou de tisonnier une tige de fer droite ou recourbée dont on se sert, dans l'économie domestique, pour attiser un foyer et en retirer les cendres on les produits incomplètement brûlés.
TISRI (Chronol.). Premier, puis septième mois de l'année des Juifs (V. Calendrier, t. VIII, p. 902).
TISSAGE. I. Généralités et Histoire (V. Art, t. III, p. 1167 et suiv.. Commerce et Tisserand).
IL Technique. — Lafabrication des tissus, dans l'état actuel de l'industrie, se fait mécaniquement toutes les fois qu'il s'agit de produire des étoffes de contextures peu compiïquées et de grande production, mais pour les contextures compliquées, ou pour les tissus délicats qui ne supporteraient pas le travail des machines, c'est encore au travail à bras que Ton a recours. Occupons-nous d'abord de ce cas : la connaissance du travail à bras nous permettra de nous rendre facilement compte des principes du métier mécanique, qui reproduit exactement les mêmes actions. Le métier dont on fait usage r^ste très simple, et est encore tel qu'il a dû exister depuis des temps très reculés. La fig. 1 en représente une coupe dans le sens de sa
TISSAGE
longueur, et la fig. 2 une coupe en travers. Il est toujours construit en bois, et tous ses organes sont supportés par deux bâtis en charpente reliés par des traverses en bois. Le rouleau d'ensouple, autour duquel la chaîne a été ourdie, est disposé en A dsins des supports adaptés aux montants des bâtis. Une corde, chargée d'un poids B, forme frein et s'oppose au déroulement de cette chaîne, de manière à la maintenir convenablement tendue dans le trajet qu'elle fait depuis ce rouleau A, par-dessus la traverse C, jusqu'au rouleau D, autour duquel elle va s'enrouler après sa transformation en tissu vers le point P. L'ouvrier tisserand se tient devant le métier, tantôt debout, tantôt assis sur une banquette E. Pour effectuer le tissage, il doit produire les trois actions suivantes : 4" ouvrir la chaîne en soulevant tous les fils qui doivent recouvrir la duite (ou le coup de trame) qu'il va passer, et en laissant à leur niveau ou en abaissant ceux qui doivent être recouverts par elle ; 2*^ passer la duite d'un bord à l'autre de la chaîne entre les deux nappes qu'elle forme par suite de l'ouverture qui vient d'être produite; 3° ramener cette duite contre la précédente en la serrant convenablement contre elle, et en même temps laisser la chaîne se refermer. Ces mêmes actions se répètent toujours de la même manière pour chacune des duites que l'ouvrier passe les unes après les autres.
La première de ces actions, produisant l'ouverture de la chaîne, dépend de la contexture (ou armure) du tissu : nous y reviendrons tout à l'heure. La seconde, ou passage de la duite, se fait au moyen de la navette (V. ce mot) qui renferme une bobine (ou cannette ou épeule) de trame. L'ouvrier lance cette navette, d'un bord à l'autre de la chaîne, en la faisant glisser sur la surface du battant H, sur laquelle les fils abaissés sont venus reposer, tandis que ceux qui sont levés se trouvent à une hauteur suffisante pour que la navette passe librement au-dessous d'eux. Anciennement l'ouvrier lançait la navette d'une main, d'un côté de la chaîne, et la rattrapait de l'autre main du côté opposé. Actuellement le battant se prolonge des deux côtés en formant des boîtes dans lesquelles la navette vientseloger.il se trouve, dans chacune de ces boîtes, un taquet L, pouvant glisser sur sa longueur et qui est en relation, par un système de licelles, avec une poignée Q que l'ouvrier tient dans sa main gauche. Il suffit ainsi de donner, au moyen de cette poignée, un coup alternativement vers la droite, puis vers la gauche, pour ramener brusquement le taquet vers l'entrée de sa boîte, et l'obliger ainsi à chasser devant lui la navette, avec une force suffisante pour qu'elle traverse toute la largeur de la chaîne et rentre dans la boîte opposée. Le battant dont nous venons de parler est constitué par une pièce de bois soutenue de chaque côté de la chaîne par des montants J adaptés à une traverse supérieure, capable d'osciller autour de son axe. Il porte en outre un peigne ou ros P, maintenu par un chapeau en bois et entre les dents ou broches duquel passent les fils de la chaîne, rentrés par un ou, plus généralement, par deux ou un plus grand nombre dans chaque broche. Pendant que la navette effectue son mouvement, l'ouvrier, au moyen de sa main droite qui tient le battant par son chapeau, maintient le battant éloigné de lui, puis, aussitôt après, il le ramène en avant pour produire la troisième action. Les dents du peigne poussent devant elles la duite, qui vient d'être passée, et l'ouvrier la serre contre la précédente, précisément par l'effort qu'il fait en ramenant à lui le battant. Dans certains cas, le degré de rapprochement des duites dépend de cet effort seulement, tandis que souvent le métier est muni d'un régulateur : la course du battant est alors limitée d'une manière invariable, et un encliquetage agit sur le rouleau enrouleur du tissu D, pour le faire tourner d'une quantité déterminée après chaque coup de battant.
il ne nous reste plus qu'à indiquer comment s'effectue l'ouverture de la chaîne pour le passage de chaque duite.
La mécanique Jacquard (V. ce mot) pourrait être employée dans tous les cas ; la disposition et le fonctionnement en ont été indiqués d'une manière suffisante pour que nous n'ayons pas à y revenir. Mais l'appareil luimême est délicat et sujet à se déranger, le montage du métier avec toutes les cordes et les plombs qu'il nécessite est onéreux et compliqué, et, en outre, le travail du tissage ne peut jamais atteindre une grande vitesse. On est par suite conduit à avoir recours, chaque fois que cela est possible, à des moyens plus simples et plus économiques, permettant aussi un travail plus rapide et plus facile. Toutes les fois que le nombre des fils différents du rapport chaîne ne dépasse pas une quinzaine ou une vingtaine environ, on remplace le corps des maillons par un remisse ou harnais, composé d'autant de lames (souvent aussi appelées lisses) qu'il y a d'évolutions différentes parmi les fils. La fig. 1 représente en C un semblable
Fig. 1. — Métier à tisser à bras (coupe en long).
harnais composé de quatre lames. Chaque lame est constituée par deux baguettes (liais ou lisserons) rigides en bois, disposées parallèlement entre elles à une distance variant suivant les cas entre 20 et 50 centim. environ, et entre lesquelles sont tendues de petites cordes (lisses ou mailles) qui, au miUeu de leur longueur, forment une maille ou portent un maillon. Ces lames sont disposées les unes devant les autres sur le métier, et les fils de même évar lution passent dans les différentes mailles de l'une d'elles et entre celles de toutes les autres ; ces fils participeront par conséquent, tous ensemble, aux mouvements de levée ou de baisse qui seront donnés à la lame par la mécanique Jacquard, à l'un des crochets de laquelle cette lame sera suspendue au moyen d'une simple corde, tandis qu'un ressort tendra constamment à la ramener vers le bas. Les mécaniques dont on fait usage dans ce cas prennent le nom de mécaniques d'armure (ou ratières) ; elles ne renferment qu'un petit nombre de crochets disposés les uns derrière les autres sur une seule rangée et sont construites d'une manière beaucoup plus robuste que les véritables mécaniques Jacquard, tout en étant établies et en fonctionnant d'après les mêmes principes. Il en existe du reste un grand nombre de modèles, qui tous font disparaître les nombreuses cordes et les plombs du montage par Jacquard. Les évolutions des duites restent toujours déterminées par des cartons et peuvent être aussi nombreuses que l'on voudra.
Dans les cas plus simples encore, lorsque, en même temps que les évolutions différentes des fils de la chaîne sont peu nombreuses, le nombre des duites du rapport trame est peu grand, l'on peut simplifier encore le montage du métier et supprimer la mécanique d'armure, en commandant les lames au moyen de leviers. La fig. 2 montre un semblable montage établi pour quatre lames, avec un rapport trame de quatre duites. Chacune des lames est suspendue au moyen d'une ficelle à un petit levier (bricoteau ouaileron)a, by dont l'extrémité 6 est rattachée par une ficelle à l'extrémité d de la contremarche cd ; chacune des lames est reliée en outre par sa partie inférieure à une marchette
TISSAGE
ou tire-lame ef. Ce système de leviers se répète pour chacune des lames. A la partie inférieure du métier, il se trouve autant de marches K qu'il y a de duites différentes dans le rapport trame. Chacune de ces marches représente donc une évolution de duite, et l'ouvrier devra abaisser avec son pied, ou fouler, cette marche chaque fois que cette évolution devra se produire.
Pour que l'effet soit réalisé, on rattache la marche, au moj'en de ficelles, aux contre-marches cd de toutes les lames qui, pour l'évolution considérée, devront faire lever leurs fils, afin que ceux-ci recouvrent la duite, et aussi aux tirelames efA^ toutes les autres lames, dont les fils ainsi abaissés seront recouverts par cette même duite. Ce montage peut être simplifié encore dans le cas du tissage des armures taffetas et croisé-batavia. En raison de la symétrie de leurs mouvements, les lames peuvent être suspendues deux à deux à des galets de renvoi, qui, lorsqu'on abaisse l'une d'elles, obligent l'autre à se lever. Les marches actionnent alors ces lames directement par le bas. Ces moyens les plus simples, quoique nous en parlions en dernier lieu, doivent avoir été les premiers employés, comme perfectionnements déjà de procédés analogues à ceux dont on fait usage encore dans la fabrication des tapisseries par le métier à hautes lisses (V. Tapisserie), ou plus rudimentaires encore.
L'aspect du tissu dépend, non seulement de la disposition des lames et des marches, mais encore de la manière dont les fils sont rentrés dans les lames et de l'ordre suivant lequel l'ouvrier abaisse ou foule les marches. Nous en donnons comme exemple le tissu souvent employé comme serviettes de toilette sous le nom d'oeil de mouche, avec encadrement en chevron. La fig. 3 rend compte des
Fig. 2. — Métier à tisser à bras (coupe en travers).
Fig. 3.
Montage et travail d'un œil de mouche.
détails de sa fabrication. La mise en carte, à la partie supérieure de la figure, montre la contexture du tissu, qui renferme six évolutions de fils auxquelles correspondent six lames, représentées par les six lignes hiorizontales. Les petits ronds 0 placés à l'intersection de ces lames et des fils indiquent les mailles qui, chacune, appartiennent à la lame et conduisent le fil sur lequel
elles sont figurées. Les dix premiers fils, qui produisent l'effet de losange, sont rentrés à pointe, c.-à-d. en allant de la première à la dernière lame, pour revenir ensuite de celle-ci à la première. Le losange se transforme en chevron pour la bordure par la substitution du remettage suivi pour les douze fils suivants (de S à V) ; le remettage à pointe recommence ensuite pour le fond de la serviette et se continue jusqu'à la bordure opposée, qui est produite par les mêmes moyens que la première. Les six lignes verticales M figurent les six marches qui correspondent aux six évolutions qu'effectue la trame dans ce tissu. Les croix X, placées aux intersections de ces marches avec les lames, indiquent celles de ces lames que la marche doit faire lever lorsque l'ouvrier l'abaisse (la mise en carte est faite en supposant que les fils marqués en couleur restent baissés pour être recouverts par la trame). Pour obtenir l'effet de losange de la première partie AB de l'étoffe, l'ouvrier adoptera un marchage à retour, c.-à-d. que, pour les duites successives, il parcourra les marches en allant de la première à la dernière pour revenir ensuite de celle-ci à la première. Il fera ensuite la bordure de B en D au moyen d'un marchage suivi, en allant toujours de la première marche à la dernière, puis il reprendra le marchage à retour pour tisser le fond de la serviette à partir de D. Remarquons que l'intersection des bordures longitudinales et transversales forme un effet de diagonale, qui est l'armure dont les autres dérivent, et qui se produit dans les parties où le remettage des fils aussi bien que le marchage sont suivis.
Si l'on voulait exécuter le même tissu au moyen d'une mécanique d'armure, les lignes M représenteraient les cartons de cette mécanique, et les croix X, les trous qui doivent y être percés. Comme les cartons, enlacés les uns à la suite des autres, forment une chaîne sans fin et viennent se présenter d'une manière continue et toujours régulière, les uns après les autres, à la mécanique, il faudrait que leur nombre soit égal à celui des duites que contient la serviette entière, afin que les bordures se produisent bien aux moments voulus. Si, au contraire, ces bordures transversales n'existaient pas, il suffirait de dix cartons dont les 7®, 8®, 9® et 10® seraient la reproduction des 5®, 4®, 3^ et 2®, pour qu'ils produisent l'équivalent du marchage à retour. Lorsque dans un tissu certains fils, par suite d'évolutions différentes, s'absorbent en plus grande proportion que les autres, il faut ourdir ces fils sur un rouleau d'ensouple différent ; l'on dispose alors les deux rouleaux (ou même un plus grand nombre s'il y a lieu) l'un à côté de l'autre en A (fig. 1), chacun avec son frein spécial, et on conduit les fils qui s'en déroulent de manière à ce qu'ils prennent bien leur place dans la chaîne générale. On procède de la même manière, lorsque (piqués, reps, etc.) certains fils doivent être plus tendus que d'autres. Nous ne pouvons pas indiquer ici toutes les combinaisons auxquelles on peut être conduit pour rendre le travail aussi facile et régulier que possible, telles que le groupement des lames en plusieurs corps, leur emploi conjointement avec un corps de maillons actionné par une mécanique Jacquard (damas), etc., etc.
De même que la filature, le tissage mécanique prit naissance en Angleterre, et à peu près à la même époque, Cartwright prit en 4785 un premier brevet pour un métier à tisser mécaniquement, qu'il perfectionna ensuite pour créer un tissage qui ne réussit pas. Plusieurs autres tentatives furent faites, et c'est au commencement du XIX® siècle que cette industrie arriva réellement à se développer, pour le coton d'abord, puis peu à peu pour les différents autres textiles. Les métiers mécaniques reproduisent exactement les actions du métier à bras ; leurs formes varient, mais sans entraîner de différences essentielles. La fig. 4 donne la coupe du métier le plus généralement en usage pour la fabrication des lainages. Le rouleau d'ensouple A est disposé en arrière du métier, maintenu par le frein B. La chaîne qui s'en déroule forme, comme dans le
TISSAGE
métier â bras, une nappe horizontale, soutenue par deux traverses fixes, puis va s'enrouler, après que le tissage a été effectué, autour du rouleau C, qui est lui-même entraîné par le rouleau à surface rugueuse D, contre lequel il est convenablement appuyé par des leviers chargés de
Fig. 4. — Métier à tifeser mécanique.
poids d. Ce rouleau enrouleur D est actionné par le régulateur, composé de roues d'engrenage qui, sous l'action d'un cliquet agissant sur le rochet après le passage de chaque duite, fait tourner ce rouleau, et, par suite, avancer le tissu d'une quantité qui dépend d'un pignon de rechange que contient le régulateur parmi ses roues. Le battant E joue le même rôle que dans les métiers à bras : il est supporté, adroite et à gauche de la chaîne, par des pieds (épées) ^, boulonnés à l'axe G autour duquel il peut osciller. Son mouvement, de même que celui de toutes les autres parties du métier, est produit par l'arbre moteur M, qu iporte à l'une de ses extrémités les poulies motrices, une poulie fixe et une poulie folle, au moyen desquelles l'ouvrier peut déterminer la mise en marche ou l'arrêt en agissant sur une poignée toujours à sa portée. Cet arbre moteur (vilebrequin ou bric à brac) forme deux coudes, en face des épées auxquelles il est relié par les deux bielles F, et produit par là le mouvement de va-et-vient du battant. Celui-ci se termine à chacune de ses extrémités par une boîte dans l'une desquelles la navette vient se loger après chacun de ses trajets à travers la chaîne, trajets pendant lesquels elle glisse sur la face supérieure du battant, en s' appuyant contre le peigne (ou ros) P. Celui-ci est invariablement fixé au battant et ramène devant lui la dernière duite passée de façon à lui faire prendre exactement sa place dans le tissu, lequel, sous l'action du régulateur, avance chaque fois de l'espace que cette duite doit occuper. Quant au mouvement de la navette, il est produit par la batterie, qui se compose, de chaque côté du métier, d'un arbre vertical J, portant invariablement fixé à sa partie supérieure un fouet horizontal en bois K dont l'extrémité est reliée par une lanière de cuir à un taquet mobile le long de la boîte. Vers sa partie inférieure, l'arbre de fouet J porte un galet qui s'appuie contre l'excentrique à bec H calé sur un arbre commandé par l'arbre moteur M, de manière à ce qu'il fasse un tour pendant que cet arbre moteur en fait deux. Au moment où le bec de l'excentrique arrive contre le galet, il fait pivoter l'arbre J autour de son axe, ce qui
ramène brusquement le taquet du fond vers l'entrée delà boîte, et donne ainsi à la navette le coup en vertu duquel elle est lancée à travers la chaîne jusque dans la boîte opposée. Pour les tours successifs de l'arbre moteur, ce coup se produit alternativement d'un côté puis de l'autre du métier, et la navette reçoit ainsi son mouvement de vaet-vient qui opère le passage des duites successives. Quant à l'ouverture de la chaîne, elle peut être produite, comme dans les métiers à bras, par une mécanique Jacquard ou par une mécanique d'armure, actionnée dans l'un ou l'autre cas par une manivelle fixée sur l'arbre moteur, ou bien aussi par des marches. Dans ce dernier cas, le fonctionnement diffère un peu de celui que réalise le métier à bras.
Dans le métier qui nous occupe, chacune des lames L est suspendue à un système de tringles à bras NO dont le bras de levier 0 est relié par une tringle verticale à une marche QR située sur le côté du métier en dehors des bâtis. A chaque lame correspond par conséquent une marche. Ces marches, disposées les unes à côté des autres, sont mobiles autour d'un tourillon R, et portent chacune un galet sur lequel vient agir un excentrique S. Les différents excentriques, dont le nombre est égal à celui des marches, sont placés les uns à côté des autres et tournent autour d'un même axe, sous l'action d'une commande spéciale, en faisant un tour pendant qu'il se tisse un rapport trame. Pour chaque duite, chacun des excentriques tourne donc d'un angle égal à une fraction de la circonférence entière donnée précisément par le nombre des duites que contient le rapport trame, et dans chacun de ces angles les excentriques présentent une partie saillante ou une partie rentrante, suivant que la lame correspondante doit être élevée ou abaissée. Des ressorts ou des renvois par*galets forcent les lames, qui ne sont pas levées, à s'abaisser, et maintiennent par là aussi les marches constamment appuyées contre les excentriques qui les commandent. Les excentriques et les marches sont du reste disposés d'une manière différente dans certains métiers, mais sans que leur mode d'action soit autre. Ils ne peuvent jamais correspondre à un rapport trame supérieur à six ou huit duites ou au plus à douze dans certaines constructions spéciales, même si plusieurs duites dans ce rapport avaient les mêmes évolutions. Pour les rapports supérieurs, il faut avoir recours aux mécaniques d'armure ou Jacquard. — Les organes que nous venons de passer en revue peuvent affecter des formes et des dispositions différentes de celles du métier que nous avons pris pour type ; ils efiectuent complètement le tissage : ouverture de la chaîne, passage de la duite et mise en place de cette duite, mais il existe, en outre, des dispositions destinées à faciliter le travail ou à prévenir certains accidents. Celles qui sont toujours appliquées sont le casse-trame, qui arrête le métier lorsque la trame fait défaut, par suite, soit de sa rupture, soit de l'épuisement de la bobine, et la tringle d'arrêt X, qui produit un arrêt brusque lorsque la navette n'est pas bien complètement venue se loger dans la boîte qui doit la recevoir.
Lorsque le tissu comporte plusieurs trames différentes, il faut employer des métiers à plusieurs navettes. La boîte qui termine le battant à l'une de ses extrémités est remplacée par une boîte mobile à plusieurs compartiments, tantôt superposés, tantôt disposés autour d'un cylindre. Chacun de ces compartiments contient une navette renfermant l'une des trames, et vient, sous l'action d'une sorte de mécanique d'armure, se placer dans le prolongement du battant afin que sa navette entre en action. Certains métiers sont munis de boîtes mobiles aux deux extrémités du battant, mais le mécanisme est alors beaucoup plus compliqué.
Les métiers mécaniques exécutent, comme on le voit, les tissus d'une manière entièrement automatique, et les ouvriers n'ont qu'à surveiller leur marche pour rattacher les fils qui viennent à se casser, alimenter les navettes de trame et parer aux défauts qui pourraient se produire.