‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 69 sur 633 · LJ^^F · texte numérisé non relu

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Fig. 12. — Brillante.

trame qui se produisent déterminent par leur ensemble l'effet voulu. Mais les dessins ainsi produits ne peuvent être que de petites dimensions, pour que le tissu conserve sa force et sa cohésion. Aussi a-t-on souvent recours à un autre moyen qui consiste à employer une seconde chaîne (ou une seconde trame), qui reste dissimulée à l'envers de l'étoffe dans les parties du fond, et qui viennent apparaître à l'endroit pour y former également des brides ou flottés qui, par leur ensemble, déterminent la figure décorative. Le tissu reste bien formé en dessous de ces figures, dont on peut varier à volonté les formes et les dimensions en ayant soin seulement de lier de distance en distance les flottés qui tendraiient à devenir trop longs. De plus, on peut donner à la chaîne ou à la trame de dessin une couleur différente de celle des fils qui entrent dans la compo-

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sition du tissu de fond, et varier par là les effets produits, ou encore adopter plusieurs chaînes et plusieurs trames de dessin de couleurs différentes, pour faire paraître à l'endroit du tissu les fils ou les duites, tantôt de l'une, tantôt de l'autre. Celte manière de faire offre, on le voit, des ressources illimitées et permettent de produire des figures^ aussi compliquées et aussi variées que l'on voudra. C est par ce procédé que l'on fabrique les tissus brochés de toutes sortes.

L'emploi d'une chaîne supplémentaire permet de produire d'autres effets encore. En donnant à cette chaîne sur le métier à tisser une tension plus forte qu'à celle qui forme le fond de l'étoffe, ses fils, partout où ils viendront passer au-dessus de la pièce, enfonceront en quelque sorte le tissu, et produiront de petites dépressions, dont l'ensemble forme un dessin en creux, comme gravé. Le relief du fond est ordinairement accentué par une grosse trame dont les duites sont insérées entre le tissu de fond et les fils de dessin, dans les parties où ceux-ci restent en dessous de la pièce. Ces duites sont donc complètement invisibles à l'endroit de l'étoffe; lorsque certains fils du dessin restent trop longtemps flottants à l'envers, on les lie avec elles. C'est par ce procédé que l'on fabrique les matelassés en soieries et en coton les piqués, dont l'emploi est fréquent dans la lingerie, pour couvre -lits, etc., ainsi que pour cravates et gilets et même pour vêtements complets d'hommes.

Nous avons indiqué plus haut la possibilité de juxtaposer différentes armures dans un tissu formé par une chaîne et une trame, pour obtenir des bandes, des rayures ou des damiers. Au lieu de ces figures simples, on en produit aussi de plus variées, en les limitant par des lignes quelconques, obliques ou courbes, et en leur donnant des dimensions qui peuvent n'avoir d'autres limites que la largeur de la pièce tissée. C'est ainsi que l'on fait les fleurs, les bouquets et autres sujets qui décorent les damas en soie ou en laine, de même que les différents tissus damassés pour linge de table, toiles à matelas, etc. En général, le fond du tissu se fait en satin de 5 ou de 8 par la chaîne, et le dessin est produit par le même satin par la trame. La différence des reflets que donnent ces armures suffit pour produire des effets remarquables. Pqtir composer ces tissus, on fait usage d'un papier quadrillé spécial auquel on donne le nom de papier de mise en carte (fig. 13), en le choisissant de telle sorte que dans un carré parfait les nombres des interlignes verticaux et horizontaux soient entre eux dans le même rapport que les nombres de fils et de duites que le tissu devra comprendre dans une même longueur mesurée dans le sens de la largeur et dans celui de la longueur de la pièce. On dessine sur ce papier les contours du dessin que l'on veut obtenir, de façon à y tracer une figure exactement semblable à ce

Fig. 13. — Papier de mise en carte : 8 en 8 et 8 en 16.

dessin, mais amplifiée dans la proportion de l'espace occupé par un fil de la chaîne à la largeur d'un interligne vertical du papier. On remplit ensuite toute la partie qui formera le dessin, à l'intérieur des contours tracés, au moyen d'une teinte plate quelconque (ordinairement en rouge), et la mise en carte ainsi établie suffit pour régler complètement le montage du métier à tisser. Au lieu de n'employer que les deux armures (satin chaîne et satin trame) que

nous avons indiquées plus haut, on peut en faire entrer un plus grand nombre dans la composition du dessin, afin d'obtenir des effets plus variés. Chacune de ces armures sera figurée sur la mise en carte par une teinte spéciale dont on indiquera la signification. On peut même avoir recours à tous les croisements possibles des fils et des duites, sans qu'ils constituent des armures régulières. Le dessinateur, ayant choisi son papier de mise en carte, pourra y tracer un dessin quelconque, portrait, personnages, fleurs, etc., dont il composera, ausibien les contours que les effets d'ombres et de lumières, au moyen de points en couleur, noirs par exemple, qui rempliront chacun une des cases du papier. Comme ces points indiquent les fils delà chaîne qui, lors du tissage, recouvriront la trame, on voit que, si l'on exécute le tissu par exemple avec une chaîne noire et une trame blanche, il reproduira exactement toutes les combinaisons du dessinateur, mais avec une finesse et une délicatesse beaucoup plus grandes. Cette manière de faire offre toutes les ressources de la gravure.

Nous ne parlerons pas ici des tapisseries, des velours, des gazes, etc., qui sont de véritables tissus, mais qui donnent lieu à des articles spéciaux. Le rapide exposé que nous avons fait des ressources dont dispose la fabrication des tissus rend bien compte de leur infinie variété, et des noms innombrables sous lesquels ils sont désignés dans le commerce, d'autant plus que deux pièces tissées de la même manière, avec les mêmes matières, peuvent être rendues très différentes l'une de l'autre par les apprêts qu'on leur aura appliqués. P. Goguel.

Essai des matières textiles (V. Fibre, t. XVII, p. 401).

Statistique. — On trouvera, au nom de chacun des textiles. Coton, Laine, Soie, etc., les divers renseignements statistiques et commerciaux qui les concernent respectivement, ainsi que l'indication de leurs principaux centres de production et de mise en œuvre. D'une façon générale, l'industrie des matières textiles, qui comprend à la fois le filage et le tissage, tient, dans les grands pays manufacturiers, le premier rang parmi les grandes industries. En France, notamment, elle occupait, lors du recensement de 1896, 901.690 personnes (438.082 hommes, 463.217 femmes, 391 individus de sexe inconnu). 32.841 hommes et 49.650 femmes étaient des chefs d'établissements, 315.877 hommes et 306.705 femmes des employés et ouvriers d'établissements, 78.257 hommes et 124.544 femmes des travailleurs indépendants (petits patrons, ouvriers à façon, etc.). 7.445 hommes et 7.144 femmes se trouvaient sans place. Le nombre des établissements s'élevait, toujours d'après le même recensement, à 40.860. Sur ce nombre, 31.684 employaient moins de 4 personnes, 2.742 de5 àlO, 1.704deil à20, 1.937de 21 à 50, 1.021 de 51 à 100, 746 de 101 à 200, 554 de 201 à 500 , 1 63 plus de 500. L'importance de 309 était inconnue. En 1899, 4.215 possédaient une ou plusieurs machines à vapeur représentant une puissance totale de 312. 742 chevaux-vapeur, soit plus du cinquième de la force motrice de toutes les machines à vapeur employées par les différentes industries (chemins de fer et autres industries de transport non compris). 2.674 avaient des moteurs hydrauliques, d'une puissance totale de 51.185 chevaux- vapeur.

La production textile est, on le conçoit, fort difficile à évaluer : sauf pour la soie, en effet, qui passe, de façon à peu près générale, par le conditionnement (V. Soie, t. XXX, p. 203), les éléments d'une statistique, même approximative, manquent. Il semble toutefois que, pour la France, cette production représente sensiblement, chaque année, dans l'état actuel, une valeur de 3 miUiards de fr. C'est, du reste, à très peu de chose près, le chiffre donné par le Dictionary of Statistics de Mulhall, qui, pour les années 1840, 1868 et 1896, a dressé le tableau ciaprès, embrassant tous les pays du monde et indiquant, pour la dernière de ces deux années, outre la valeur de la production, la répartition de la consommation.

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