‹ La Grande encyclopédie (volume 2)Chapitre 7 sur 633 · THIERS · texte numérisé non relu

THIERS

rante et de critique historique (entre autres sur le livre de Montiosier, De la Monarchie française), un compte rendu du Salon de i8S2 qui parut en volume. Il écrivit une étude-préface aux Mémoires de mistress Bellamy, actrice anglaise, et, la même année 1823 : les Pyrénées ou le Midi de la France pendant les mois de novembre et de décembre iS22, puis, en 1824, une Notice sur la vie et les lettres de la marquise du Deffand, placée en tète d'une édition de ces lettres et reproduite dans l'édition de Didot (Paris, 1864, 2 vol.).

Représentant d'un libraire allemand, Cotta, dans le conseil d'administration du Constitutionnel, il put acquérir une action de ce journal et y devint influent. Il rédigea aux Tablettes universelles de Coste un bulletin politique anonyme qu'il eut l'honneur de voir attribuer à Etienne : le ministère acheta les Tablettes pour se débarrasser du bulletin. Thiers passa au Globe et donna au Constitutionnel le Salon de 1824. Reçu par Laffitte, par le baron Louis, et même par Talleyrand, il ne laissa pas chômer sa jeune renommée. Il ne songeait à rien moins qu'à une histoire de la Révolution française, et réunissait avec ardeur documents écrits et surtout souvenirs oraux. Pour être édité, il lui fallut s'associer un nom plus connu que le sien (du moins, en librairie), et les deux premiers volumes de VHistoire de la Révolution (1823) sont signés de Félix Bodin et de A. Thiers; les huit autres, qu'il signa seul, se succédèrent rapidement, de 1824 à 1827. Cet ouvrage a eu quatorze éditions jusqu'en 1846, et de nombreux tirages différents. L'auteur n'a jamais eu l'idée — ni sans doute le temps — de le mettre au courant des progrès de la critique historique ; en revanche, il a supprimé dès la seconde édition un Avis du t. III, oh il avoue hautement ses sympathies pour la Convention, explique et excuse la Terreur, et d'autre part se flatte d'être entré le premier dans le détail « des emprunts, des contributions, du papier-monnaie », et d'avoir osé donner « le prix du pain, du savon, et de la chandelle ». Dans le texte même, au mot peuple, quand il s'agit d'émeutes, de journées, etc, , a été fréquemment substitué le mot populace (V.-G. de Mortillet, M. Tkiers altéré par lui-même..., Paris, 1846, in-8). Quels qu'aient été depuis les progrès de la science, VHistoire de la Révolution fait date ; elle rompt avec le. genre académique que cultivait encore, dans le même sujet et à la même époque, Ch. de Lacretelle (V. ce nom) ; elle demande au passé à la fois des armes et des enseignements politiques.

Entre temps, l'infatigable écrivain publiait une étude sur Law et son système, où il faisait plus directement preuve d'intelligence pratique et de sagacité financière. Il allait, dit-on, aborder le projet d'une histoire générale, et, pour s'y préparer, faire le tour du monde en compagnie du capitaine Laplace, quand la constitution du ministère Polignac (V. ce nom) l'éclaira subitement et sur son devoir présent, et sur son véritable avenir. 11 s'agissait « d'enfermer le ministère » (c.-à-d. le roi lui-même) « dans la charte, comme Ugolin dans sa tour ». Ce fut l'œuvre du National, fondé avec le concours financier du duc de Dalberg, de Lafiitte, de Talleyrand et du libraire Sautiilet. Thiers y entra comme rédacteur sur le même pied que Carrel et Mignet, chacun des trois devant avoir la direction pendant un an. L'année 1830 échut à Thiers. Sa tactique fut aussi hardie qu'habile : définir et défendre la charte, c.-à-d. la légalité, contre les atteintes ou les attentats que présageait la composition du ministère, ménager la personne du roi, mais laisser entrevoir, s'il ne cédait pas à l'opinion publique, la possibilité d'une révolution pacifique, analogue à celle de 1688 en Angleterre. Le numéro du 9févr., qui posait presque sans ambages la candidature éventuelle de Louis- PhiHppe d'Orléans, fut poursuivi et condamné à une amende qui fut payée par souscription. Les remaniements du ministère, où Charles Xne voulait que des complices, l'ex-

pédition d'Alger, bien plus destinée à faire diversion qu'à châtier les barbaresques, la dissolution de la Chambre, la réélection de 270 opposants au lieu de 221 , donnèrent à la polémique un redoublement d'intensité (V. Journées DE Juillet 1830, t. XXI, p. 281). Quand parurent enfin, au bout de près d'un an, les ordonnances, les propriétaires et rédacteurs du National tinrent conseil. Il fallait « un acte, et des noms, des têtes, en bas de cet acte ». Thiers rédigea la protestation des journalistes, beaucoup plus vive que celle des députés (V. Guizot) et qui fut revêtu de quarante-trois signatures appartenant à la rédaction de onze journaux : il avait signé le premier. Toutefois, le 27 et le 28, il resta fidèle au système de la résistance légale, et admonesta même un groupe de manifestants qui arborait dans la rue le drapeau tricolore. Menacé d'arrestation, il passa la nuit du 28 au 29 à Bessancourt : de retour le lendemain, il tombait en pleine victoire populaire. La République, vers laquelle La Fayette penchait, pouvait être proclamée à l'Hôtel de Ville. Il s'empressa de publier une proclamation en faveur du duc d'Orléans : « Charles X ne peut plus rentrer dans Paris : il a fait couler le sang du peuple. La République nous exposerait à d'affreuses divisions : elle nous brouillerait avec l'Europe. Le duc d'Orléans est un prince dévoué à la Révolution. . . » Il partit pour Neuilly et, grâce à W^^ Adélaïde, eut raison des scrupules de Marie- Amélie et des hésitations réelles, ou feintes, de Louis-Philippe {y . ce nom). Le roi des Français devenait l'obligé, moins du peuple de Paris, que des fortes têtes de la bourgeoisie.

C'est sous le régime censitaire de la loi électorale de 1819 (légèrement amendé seulement en 1831) que Thiers fut élu député -du deuxième collège des Bouchesdu-Rhône, en remplacement de Bausset, démissionnaire, par 177 voix sur 200 votants et 302 inscrits (21 oct. 1830) ; nommé conseiller d'Etat et secrétaire général du ministère des finances, il se soumit à la formalité de la réélection trois mois après (13 ianv. 1831). Lafiitte, successeur aux finances du baron Louis, le prit comme sous-secrétaire d'Etat (2 nov. 1830-13 mars 1831 ). Après un séjour dans le Midi, il se montra, non sans étonner ses premiers amis, partisan de la « résistance » aux idées démocratiques et belliqueuses, et soutint à la tribune le ministère Casimir-Perier (discours du 20 sept. 1831 sur les affaires étrangères, en réponse à l'interpellation de Mauguin ; du 23 sept., sur l'état intérieur delà France; du 3 oct., sur la constitution de la pairie; du 23 oct., sur la mobilisation de la garde nationale proposée par le général Lamarque). Il rapporta le budget des dépenses de 1832 (31 déc. 1831), et prononça cinq autres discours sur diverses questions financières. Aussi, après la mort de Perier, entra-t-il dans le ministère Soult avec le portefeuille (fort réduit) de l'intérieur (11 oct. 1832- 31 déc. 1832), puis avec celui de l'agriculture et du commerce {{^"^ janv. 1833-4 avr. 1834), pour redevenir ministre de l'intérieur, cette fois au complet, jusqu'au 22 févr. 1836 (sauf du 13 au 19 nov. 1834). l\ fut reçu à l'Académie française le 13 déc. 1834.

Sa biographie est inséparable, pendant cette période, de l'histoire générale du règne : il défendit avec ardeur la royauté nouvelle, et contre les partisans de la royauté absolue qui essayaient de soulever l'Ouest (arrestation de la duchesse de Berry), et contre le parti républicain qui, mêlé d'éléments bonapartistes et pénétré déjà d'idées socialistes, fomentait les insurrections de Paris et de Lyon (lois contre les associations, 1834; journées d'avril; exécutions militaires de la Croix-Rousse, de la rue Transnonain ; lois de sept. 1835, après l'attentat Fieschi, contre la presse) : durant ces trois ans et demi, il prononça plus de quarante grands discours. Il présida, comme ministre des affaires étrangères, le cabinet du 22 févr. 1836 : les dix-sept discours qui se rapportent à cette période concernent d'ailleurs autant les questions financières (conversion des rentes),

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