III. Géologie (V. Faille, t. XVI, p
BiBL. : Architecture. — Revue d'architecture, t. XXIX, p. 13 et suiv.
TOKAI (hongr. Tokaj). Bourg de Hongrie, comitat de Zemplén; 4.815 hab. en 1890. Il s'étend sur le confluent de la Tiza et de la Bodrog. Les coteaux du Hegyalja donnent les vins célèbres de Tokaï. Ancienne forteresse dont les ruines sont très pittoresques. Les vignobles de Tokaï s'étendent sur 21 localités voisines, les meilleurs crus étant ceux de Tarczal, Tallya, Mad, puis Liszka, Kisfalud et Zsadanyi; la production avant le phylloxéra était de 4.000 à 5.000 hectol. par an ; les vignobles de 25 localités environnantes, qui s'attribuent aussi le nom de Tokaï, produisent en moyenne 65.000 hectol. On distingue cinq qualités de vin de Tokaï : le Szamorodny fait avec les raisins frais et secs, tels qu'on les cueille, vin ardent, peu sucré, d un bouquet très accentué ; l'Ordinari fait avec les raisins frais seuls, vin non sucré, qu]on boit surtout en Hongrie ; avec les raisins secs on prépare le vin d'exportation le plus connu ; une seconde cuvée, soutirée après un délai de six mois à un an, fournit le Maslas, vin doux sucré, assez aromatique. Enfin, en entassant les raisins secs dans des vases percés au fond, il s'en écoule sans autre pression que celle de leur poids un jus sucré qui fournit l'essence de Tokaï, vin très sucré, très aromatique, peu alcoolique, dont la valeur commerciale est très élevée. — Les vins de Tokaï sont couramment falsifiés avec les vins de raisins secs grecs, italiens et espagnols, ou par simple addition de sucre. Les marchés principaux du vin de Tokaï sont Budapest, Cracovie et Vienne. La production du vrai tokaï s'étant réduite à moins de 1.500 hectol., les prix ont beaucoup monté, 2.000 fr. pour le tonneau de 140 litres d'essence, 750 à 1.500 fr. pour le vin normal (Ausbruch), 250 à 500 fr.,pour le Szamorodny et le Maslas, 125 à 250 fr. pourries crus voisins.
TÔKAIDÔ. Ancienne division du Japon (V. ce mot).
TOKAR. Oasis du Soudan égyptien, à 80 kil. de Souakim. Fort égyptien occupé par les Anglais qui le reprirent en 1891 aux mahdistes.
TOKAÏ. Ville d'Asie Mineure (vilayet de Sivas, dans la vallée fertile du Tachanlu-Sou) (V. ce mot), à 620 m. d'alt. ; 30.000 hab., dont 18.000 musulmans, 10.000 Arméniens. Elle a remplacé l'ancienne Comana pontique, dont les ruines se reconnaissent à quelques kilomètres en amont, elle-même représente la ville byzantine d'Eudokia. Tokat est renommée pour ses fruits. Elle possède une fonderie de cuivre où l'on travaille le minerai de Kaban-Maden, au delà de Sivas, et exporte des ustensiles de ménage jusqu'en Egypte et en Perse. Elle conserve une ancienne citadelle et quelques ruines du temps des Seldjoukides. On y compte une centaine de mosquées, quinze églises et couvents chrétiens, dont une église et une école de jésuites français. R. Dd.
TOKATSI ou TOKACHL Province du Japon (V. ce mot, t. XXI, p. 30).
TOKELAOU ou UNION. Archipel polynésien coralliaire situé au N. des îles Samoa, par lO*' lat. S. et 172*' long. 0., 14 kil. q.; protectorat britannique depuis 1889 ; 500 hab. de race samoane. Les principales îles sont Oatafou (Duke of York),Noukounono (Duke of Clarence), Fakaafo(Bowditch) et Olosenga (Swain) ; on y ajoute souvent les îles plus orientales de Poukapouka (Danger), Lydra (Nassau) et Souvarov ; la première peUçlée car des émigrants de Rarotonga ; les deux dernières mhabitées. Les seuls mammifères sont le rat et le chien. On exploite le guano.
TOKELAU (Méd.). Maladie des pays chauds, en partilier de la Malaisie, encore dénommée teigne imbriquée, herpès imbriqué, causée par un champignon à spores tantôt ovales, tantôt rectangulaires et irrégulières, à filaments mycéliens allongés, se développant dans les couches superficielles de l'épiderme, sans envahir le poil, se révélant, après une incubation de neuf jours environ, sous forme de petites rougeurs affectant l'aspect d'un demi-cercle au niveau duquel naissent, à la suite de la puUulation du parasite, des squames adhérentes par leur bord externe.
TOKELAU — TOLAIN
L'affection s'étend ensuite périphériquement, les lamelles épidermiques soulevées atteignant alors jusqu'à 2 et 5 centim. d'étendue, pendant qu'au centre de la plaque se forme une nouvelle production sous-épidermique du cryptogame qui détermine la formation d'un second anneau, suivi bientôt d'un troisième par le même mécanisme, d'où l'aspect imbriqué de toutes les lamelles superposées, fixées par leur bord externe tandis que leur bord interne demeure libre, d'où le nom même de la maladie. L'usage de parasiticides énergiques s'impose à l'égard de cette affection à marche rapidement envahissante. Il est souvent indiqué de ramollir les squames par des préparations émollientes pour en faciliter l'application. H. F.
TOKIO. Ville du Japon, capitale de l'empire, située dans l'île Nippon, prov. de Mousashi, à l'extrémité N.-O. de la baie de Tokio et à l'embouchure du Soumida, branche du Toné-gawa, par 35«40' de lat. N. et 437*^45' de long. E. Cette ville est relativement d'origine moderne ; jusqu'au moyen âge, son emplacement était baigné par la mer ou occupé par des lagunes. Au xv^ siècle, en 1456, se tenait, sur le rivage, le petit village de pêcheurs de Yédo, près duquel un certain guerrier, nommé Ota Dokouan, bâtit lui-même une forteresse. Le shogoun Hideyoshi trouva cette position avantageuse au point de vue militaire ; il y plaça son général lye-yasû, le fondateur des Tokugawa qui, en 4603, en fit sa capitale, et les daïmios de toutes les provinces y établirent leur résidence. Le Japon eut, dès lors, deux capitales : Kioto, où se tenait le mikado et Yédo où le shogoun avait le siège de son gouvernement. A la chute du Shogounat, en 4868, le mikado vint résider à Yédo qui prit le nom de Tokio (c.-à-d. capitale de VEst) et, par opposition, Kioto fut aussi débaptisé et appelé Saïkio (c.-à-d. capitale de rOuest) (V. t. XXI, p. 30). Tokio a été brûlé et rebâti plusieurs fois ; cette ville a été également désolée assez souvent par les tremblements de terre : en 4855, notamment, un violent tremblement de terre détruisit 400.000 maisons et fit périr 30.000 personnes. Actuellement, elle occupe une immense superficie : 8.600 m. du N. au S. et 40.400 de l'E. à l'O. ; elle a 70 kil. de circuit. Le cHmat y est sain et l'accroissement de la population, très rapide; on compte aujourd'hui 4.600.000 hab.; mais dans ce chiffre figure la population des faubourgs, celle de la ville proprement dite ne dépassant pas 4 million.
Le centre de la ville actuelle est occupé par le Siro ou forteresse dans laquelle est situé le palais du mikado et qui comprend cinq lignes successives de parapets doublés de fossés énormes, de 6 kil. de développement. Autour du Siro se trouve le Soto-Siro, où sont les palais des anciens daïmios, transformés en bureaux, en ministères et en écoles (V. t. XXI, p. 34) ; au N., au S. et à rO., le Midsi ou la ville proprement dite, avec ses constructions en bois de bambou; à l'E., la partie la plus vivante du quartier commercial. Au milieu de la ville se trouve le fameux pont Nihon-bashi (le pont du Soleil- Levant), construit en bois de cèdre, qui a été choisi pour point de départ dans le calcul des distances de Tokio à toutes les parties de l'empire. D'une façon générale, les rues et les places sont belles, macadamisées ; les maisons, bien bâties. Les manufactures de soies, de porcelaines, les usines, les ateliers sont mêlés aux jardins et aux bosquets de cryptomerias ; par tout l'animation est considérable, surtout dans les canaux sillonnés de bateaux et de jonques et dans les grandes rues où se croisent sans cesse les djinriksha (V. t. XIV, p. 779). Le commerce de Tokio est des plus importants : on importe principalement des machines, des cuirs et de la verrerie, et l'on exporte des bronzes, des laques, des porcelaines, des objets en écaille et en ivoire, du thé, du riz et de la houille.
Indépendamment du Siro dont nous avons parlé, il existe une foule de monuments remarq[uables que nous ne pouvons tous énumérer ; ce sont principalement des temples bouddhiques, au nombre de plus d'un mille, parmi
lesquels nous citerons celui du Dragon d'Or, dédié à la déesse Kouannon ; le temple shintoïste Shokonsha, érigé à la mémoire des soldats morts à l'ennemi ; celui de Shiba, qui contient les tombeaux des shogouns de la dynastie Tokugawa; le Enryokouan, anciennement palais d'été du shogoun; le Yushukouan, ou musée militaire; la bibliothèque, qui contient 495.000 vol. et de nombreux manuscrits fort rares ; le parc Ouéno, avec ses tombes ; les théâtres Kubuki et Shintomi et le temple Ekoïn, où se tiennent, deux fois par an, les célèbres luttes dont les Japonais sont si friands.
C'est de Tokio que partent les anciennes grandes routes de l'empire : vers le S.-O., le Tokai-do; vers l'O., le Kosioukai-do ; vers le N.-O., le Nakasen-do; vers le N., l'Osioukai-do ; vers le N.-E., le Mitokai-do. Aujourd'hui, Tokio est bien desservi par les lignes de chemins de fer (V. t. XXI, pp. 29 et 32) et les lignes télégraphiques.
Baie de Tokio. — Elle est formée par l'océan Pacifique, sur la côte S.-E. de l'île Nippon, et s'étend sur une longueur de 34 milles du N. au S. L'entrée, entre le cap Souvaki et le cap Sagami, mesure 9 milles de largeur ; la mer se rétrécit ensuite pour s'élargir de nouveau, au fond de la baie, où elle atteint 22 milles. Les rivages sont des plus pittoresques. Indépendamment de Tokio, les excellents ports de Yokohama et de Kangawa sont situés sur cette baie. Albert Thomas.
BiBL. : FouKOUDA, A Short description of Tokio ; Tokio, 1877. — E. Satow, The Geography of Japan, dans Transactions ofthe Asiatic Society of Japan, t. V, p. 1. -- Me Clatchie, The Castle of Yedo, id.^ t. VI, p. 1. — Du même, The feudal mansions of Yedo, id., t. VIÏ, p. 3. — B.-H. Chamberlain, Things japanese ; Yokohama, 1891.
TOKOUSHIMA. Ville du Japon, la principale de l'île Sikok, ch.-l. de district, à l'embouchure du Yosino-Gava ; 61.500 hab. au 1^^' janv. 4899. Ancienne résidence des daïmios de Hatsizouka. — Le district ou ken a 4.484 kil. q.
TOL (Dominicus van), peintre hollandais né à Bodegraven entre 4634 et 4642, mort à Leyde en 4676. Elève et neveu de G. Dow, il l'imita fidèlement. (Euvres à Amsterdam, Rotterdam (portrait de Gérard Dow), Cassel, Dresde, Saint-Pétersbourg.
TOLA. Rivière de Mongolie, affl. dr. de la Selenga; 600 kil. ; elle sort des monts Kenteï, passe à Ourga ; nombreuses ruines le long de son cours.
TOLAIN (Henri-Louis), homme politique français, né à Paris le 48 juin 4828, mort à Paris le 3 mai 4897. Fils d'un maître de danse, il fut mis en apprentissage et devint un habile ouvrier ciseleur. Fort intelligent et travailleur, il s'occupa avec passion d'études sociales et fut un des fondateurs de la fameuse « Association internationale des Travailleurs » (4864). En 4864, il se présenta sans succès au Corps législatif, dans la 5® circonscription de la Seine, contre Garnier-Pagès et répandit au dehors son activité inlassable. On le voit figurer au Congrès ouvrier de Genève (4866), à celui de Lausanne (4867), à celui de Bruxelles (4868), à celui de Bâle (4869), comme il avait figuré jadis au grand meeting de Saint-Martin's Hall de Londres. Le gouvernement, que sa hardiesse inquiétait, le fit condamner, en 4868, à 400 fr. d'amende parce qu'il était membre d'une association non autorisée. La chute de l'Empire lui permit enfin de jouer le rôle politique auquel il aspirait. Adjoint au maire du XI® arrondissement de Paris, en 4870, il fut élu représentant de la Seine à l'Assemblée nationale en 4874. Il se prononça assez vivement contre la Commune, et, dans l'Assemblée, appuya la politique de Thiers, combattit le ministère de Broglie et prit une part importante aux débats relatifs aux questions économiques. En 4872, il déposa un projet de loi sur le droit d'association auquel aucune suite ne fut donnée. Tolain, élu sénateur de la Seine en 4876, membre de l'Union républicaine, fut un des adversaires les plus virulents du 46 Mai. Son programme était celui du parti radical ; dans la pratique, il se rapprocha
TOLAÎN ^- TOLANE
iU —
petit à petit du programme des opportunistes. Réélu encore en 1882 et en 4894, devenu questeur de Sénat en 4893, Tolain continua dans la haute Assemblée à s'occuper de préférence des lois ouvrières. Il rapporta notamment la loi sur les syndicats professionnels (4884). Sur le terrain politique, il fut un des adversaires les plus acharnés du boulangisme et l'un des fondateurs du comité de l'alliance républicaine (4885), qui le choisit pour président. Il fut un des cinq délégués qui représentèrent le gouvernement français à la conférence de Berlin relative à l'organisation du travail (4890). On a de lui : Ulnternationale (Paris, 4872, in-32). R. S.
TOLAND (baptisé Junius Janus, prit le nom de John), philosophe anglais, né en 4670, mort à Putney le 44 mars 4722. Son nom domine l'histoire du déisme en Angleterre ; il n'est pas, dans le développement de la libre pensée, d'écrivain qui ait au même degré déchaîné les colères des orthodoxies. La critique même des modernes n'a pu renoncer aux façons de dire méprisantes dont les contemporains se montrèrent si prodigues à son sujet. C'est ainsi qu'un philosophe historien aussi sage et judicieux que Leslie Stephen parle de lui, dans son Histoire de la pensée anglaise au xviii® siècle, en ces termes d'une malveillance passionnée : « fils illégitime d'un prêtre Irlandais, disait-on sans doute par pure malice, il se convertit à seize ans au protestantisme et fut soutenu par certains dissenters à Glasgow, à Leyde et à Oxford. Il récompensa leur générosité en s' acquérant un savoir énorme, puis en leur faisant éclater en plein visage le Christianisme non mystérieux ». Ingratitude et mauvaise foi, ces deux crimes ont d'ailleurs toujours été reprochés aux téméraires qui se sont attaqués aux doctrines reçues. Toland, plus que nul autre, aura connu cette double et classique calomnie. Et cependant ses accusateurs auraient dû réfléchir que ce polémiste tant maudit n'avait certes pas été guidé par la considération de ses intérêts temporels, car sa vie s'écoula dans la gêne, les dettes, les persécutions, les fuites continuelles sur le continent, la précaire recherche d'abris contre le zèle des intolérants.
L'ouvrage retentissant qui fut l'origine de ce scandale prolongé, te Christianisme non mystérieux, avait été terminé par Toland à Oxford, en 1695. Il parut en 4696 et souleva une tempête immédiate. Nombre de théologiens entrèrent en lice pour le réfuter. On ne manqua pas, selon la manie des controversistes du temps, de le proclamer convaincu de socinianisme. En Irlande, notamment, il fut anathématisé du haut de la chaire. Peter Browne, dans une lettre véhémente, le dénonce comme le chef d'une nouvelle secte et comme se posant en rival de Mahomet. Les pouvoirs publics, à leur tour, s'émurent. Le grand jury de Middlesex déféra son livre devant la Chambre des communes et cette dernière vota (9 sept. 4697) qu'il serait brûlé par le bourreau et son auteur poursuivi. Toland prit la fuite ; ce qui provoqua de la part de je ne sais quel bienveillant prédicateur cette féroce plaisanterie : « Il faut féliciter le Parlement d'avoir rendu le royaume trop chaud pour cet écrivain ». Au reste, Toland ne s'obstina pas. Il s'efforça de son mieux à désavouer dans la suite ce dangereux écrit. C'est ainsi que, dans son Vindicius Liberius, il assurera avoir supprimé après la seconde édition le livre incriminé, il alléguera à son excuse «l'indiscrétion de la jeunesse » et il proclamera la pleine conformité de ses croyances avec l'enseignement de l'Eglise établie. Ces soumissions et rétractations furent en pure perte. L'Eglise ne pardonni point. S'il eut la consolation de rencontrer sur sa route de nobles protecteurs, tels que lord Shaftesbury et la reine de Prusse, Sophie- Charlotte, à qui furent dédiées ses Lettres à Serena, il mena une vie tourmentée, misérable, et se vit, à maintins reprises, au bord de l'indigence. Sa plume ne se reposait guère : mais tous ses écrits et pamphlets, d'avance suspects et anathématisés (la liste serait longue) et parmi lesquels nous signalerons seulement son Art ofrestoring (17L4)
et son Pantheisticon (4720), ont tous été relégués dans l'oubli par son premier Traité de libre-penseur. Il mourut à Putney, quelques jours après s'être composé cette épitaphe : Ipse vero œternum est resurrecturus at idem futurus Tolandus nunquam. Ce semble une profession de foi panthéistique.
Toland, à vrai dire, n'avait pas ouvert la voie au déisme. Il eut un précurseur illustre, Locke, qui, avec une extrême prudence, avait, dans son livre : Rationalité du christianisme, affu'mé le devoir imposé à l'homme de ne donner son adhésion qu'à des propositions pleinement intelligibles. Le rôle du christianisme avait été, soutenait-il, de réveiller dans Tâme des peuples les grandes vérités endormies, d'arracher l'humanité à ses divertissements pour lui faire entendre, par l'appel violent et sonore du miracle, la voix de la raison. Son dessein fut de rationaliser le surnaturel, dessein éminemment dogmatique, bien qu'hostile aux prétentions du mysticisme. Toland est, en matière de foi, un sceptique. Locke avait disserté avec le parti pris de rendre manifeste l'accord de la révélation et de l'entendement. Chez Toland, à toute ligne, se trahit la pensée qu'un pareil accord est illusoire ou tout au moins si problématique que le plus sage est de réserver notre assentiment. Mais entre ces deux termes : foi, raison, entend-il maintenir la balance égale ? En aucune manipre. Il ne concevrait pas que ce fût sur les dictées de la raison que pût porter le doute. Reste donc que ce soit sur les objets de la foi religieuse. D une argumentation pressante, que Leslie Stephen a remarquablement résumée, se déduisent les thèses suivantes dont l'importance exégétique était grande : 4<* la raison interdit de croire à aucune proposition, quelle qu'en soit l'origine, dès qu'elle implique contradiction ; 2^ la raison interdit d'admettre aucune des assertions historiques de l'Ecriture, sans preuves rationnelles et sans une évidente consistance ; 3*^ la raison interdit d'admettre aucune proposition énonçant des choses inconcevables. « Quelqu'un, demande-t-il avec humour, pourrait-il, à bon droit, se féliciter de son savoir, qui, ayant l'infaillible assurance que quelque chose appelé Blictri existe dans la nature, en même temps ignorerait ce que serait ce Blictri ? ». Cela revenait à éliminer de la dogmatique religieuse cet élément, le mystère, que les théologiens tiennent comme pièce essentielle. Et surtout la pensée sous-entendue de l'auteur est qu'à cette triple pierre de touche le christianisme ne saurait résister. Cette conclusion, sans doute, Toland ne l'a pas énoncée. Ou plutôt il avance expressément le contraire. Les contemporains ne s'y trompèrent pas. Ils perçiirent bien vite que ce mot de christianisme recouvrait une équivoque ; que ce qui était sans mystère (not mysterious), ce n'était pas le christianisme historique, le christianisme des Ecritures, c'était celui de Toland, celui que la raison commune réussit à édifier, bref la religion des philosophes. Le scepticisme de notre auteur est donc limité et critique. Oui, reconnaît-il, notre savoir est relatif. Mais relativité n'est point synonyme de néant ou d'erreur. De Dieu nous ne pouvons faire une idée adéquate , il n'empêche que sur Dieu, comme sur l'àme, nous pouvons formuler des propositions intelligibles et consistantes, tout aussi bien que le soleil et le corps humain. Dès lors nous pouvons conclure nous-mêmes que le christianisme sans mystère, préconisé par Toland, n'est autre que la croyance au Dieu de la raison, c.-à-d. la doctrine que le mot de déisme a précisément désignée. Georges Lyon.
BiBL. : Disraeli, Calamities ofauthors (art. sur Toland). — Lechler, Gescfilclitc des cnglischen Deismus . —John HuNT, Religions Thought in England. — l^eslie Stephen, The English Thought in the eighteenth century.
TOLANE (Chim.). Form. | f^^^' ; ; ; ; ^'h".
Le tolane est un isomère de l'anthracène et du phénanthrène. H a été obtenu pour la première fois par l'action de la potasse alcoolique à chaud sur le stilbène brome. On peut l'obtenir ainsi en traitant du phénylchloroforme par
TOLANE — TÔLE
un excès de cuivre en poudre. C'est un corps cristallisé, soluble dans Télher et dans l'alcool, fondant à 60**, bouillant à haute température. Vers 500°, il se décompose en benzine et en diphényle. Dissous dans l'éther, il absorbe le brome pour donner deux bromures cristallisés, l'un fondant entre 200*^ et 205°, l'autre vers 64°. Les chlorures de tolane ne peuvent pas s'obtenir par l'action directe du chlore sur le tolane. Le tétrachlorure se produit quand on traite le chlorobenzyle par le perchlorure de phosphore ; c'est un corps cristallisé, insoluble dans l'eau, un peu soluble dans l'alcool. Les dichlorures sont au nombre de deux. On peut les préparer en réduisant par la poudre de zinc la solution alcoolique du tétrachlorure. L'un fond à 63°, l'autre à 443°. A. Bouzat.
TOLD Y (François), de son nom de famille Schedel, historien de là littérature hongroise, né à Bude le 10 août 1805, mort à Budapest le 10 déc. 1875. Il fit d'abord des études médicales, mais se sentit de bonne heure attiré vers la littérature. Lié avec les membres du cercle Aurora (Charles Kisfaludy, Bajza, Vôrôsmarty), il entreprit l'étude des annales littéraires des Magyars. Avec une activité infatigable, il réunit les matériaux, se fit l'éditeur de nombreux écrivains du xviii^ siècle, commenta presque seul, pendant vingt-cinq ans, les anciens monuments de la langue hongroise, recueillit les traités des anciens grammairiens et donna enfin les premières histoires de la littérature et du développement intellectuel de la nation. Ces études, éloges, biographies et chrestomathies forment une petite bibliothèque. Il faut mentionner : A magyar nemzeti irodalom tprtenete (Rist. de la littérature hongroise, 1851, 2 vol.) ; Précis d'histoire de la littérature hongroise (1864) ; Histoire de la poésie hongroise (1854) ; Manuel de la poésie hongroise (1875, 5 vol.), livres qui eurent plusieurs éditions ; François Kazinczy et son i^mj95 (1859-60). Secrétaire perpétuel de l'Académie (1835-61), un des fondateurs de la société Kisfaludy, professeur de littérature magyare à l'Université de Budapest (1861-75), Toldy a dirigé pendant trente ans les travaux d'histoire littéraire en Hongrie. Le Parlement hongrois lui décerna, en 1871, un prix national. J. Kont.
BiBL, : Greguss a dressé la bibliographie des Œuvres complètes (1871) ; Eloges de Greguss et de Charles Szasz^ dans Annales ae la société Kisfaludy, nouv. série, XI ; Eloge de Paul Gyulai, dans Annales de VAcadémie, 1876.
TOLDY (Etienne), publiciste et écrivain dramatique, né à Pest le 4 juin 1844, mort le 8 déc. 1879, fils du précédent. Il a rédigé le Nemzeti Hirlap, et remporta un grand succès avec deux comédies politiques : les Bons Patriotes (A jô hazaftak, 1872), et les Hommes nouveaux {Uj embereky 1873). On lui doit également un Manuel d'éloquence parlementaire en Hongrie^ avec de nombreux extraits. J. Kont.
TÔLE. La tôle est une feuille plate de fer ou d'acier, qui peut être employée, soit sous forme de tôle proprement dite, soit, après avoir été revêtue d'une mince couche d'étain ou de zinc, sous forme de fer-blanc ou de tôle galvanisée. Autrefois, toutes les tôles se faisaient uniquement en fer; aujourd'hui, la plus grande partie des tôles à fer-blanc est obtenue au moyen de plaques en acier. On distingue généralement, d'après leur épaisseur, trois catégories de tôles : 1° les tôles fortes, de 6 millim. et plus d'épaisseur, employées, notamment, pour les chaudières à vapeur ; 2° les tôles moyennes, comprises entre 6 millim. et 1"^'",5 ; et 3° les tôles fines, qui ont moins de 1"^"\5, ces dernières utilisées surtout pour la confection du fer blanc. La fabrication des tôles se fait en partant d'une plaque, ou plat, de fer ou d'acier plus ou moins épaisse, qu'on amincit progressivement par un certain nombre de passages au laminoir, en la réchauffant chaque fois entre deux opérations ; les laminages finis, on recuit pour détruire l'écrouissage. Le laminage détermine un certain poli, qu'on a intérêt à accentuer, quand il s'agit de faire du fer-blanc, pour réduire la quantité d'étain
absorbée par porosité. Je parlerai d'abord des trains de laminage, puis des fours à réchauffer.
Le train à tôle comprend ordinairement deux équipages de cylindres, servant, le premier pour dégrossir, le second pour finir. Ces cylindres sont coulés en coquille pour durcir leur surface, puis terminés sur le tour ; leur diamètre varie de 0™,40 à 0«>,50 ; leur longueur excède de 0"\10 à 0^«,15 la largeur de la tôle à fabriquer ; ils font de 25 à 40 tours par minute, suivant la nature des tôles. La distance entre les deux cylindres, vawable suivant l'épaisseur du métal qu'on lamine, est maintenue par des vis de pression, qu'on serre à chaque passage. Le cylindre supérieur, dans le train dégrossisseur, est équilibré au moyen de bascules pour empêcher qu'il ne retombe sur le cylindre inférieur après le passage du fer. Dans le train finisseur, dont les cylindres s'écartent peu l'un de l'autre, ce dispositif est inutile. Dans l'équipage finisseur des tôles fines, le cylindre supérieur est indépendant de la machine, et reçoit son mouvement de la tôle même par frottement. Pour éviter que la tôle ne s'enroule autour de lui, on lui donne alors un demimillimètre de diamètre de plus qu'au cylindre inférieur. Les équipages ainsi disposés se nomment équipages en coquilles. Nous en reverrons bientôt l'emploi.
Pour les tôles fortes et moyennes, on part généralement de fontes au coke, que l'on affine et étire au manteau sous forme de blocs aplatis, dits brammes, de 0'«,05 d'épaisseur ; après avoir porté les brammes au blanc soudant, on les transforme, au moyen de l'équipage à corroyer, en languettes de 0«^,25 de large, 0«i,25 d'épaisseur et 1"^,50 à 3 m. de long, qu'on découpe en bidons de 0'^,70 de longueur, réunit par quatre en paquets, réchauffe et étire de nouveau en languettes. C'est de ces languettes que l'on part pour la fabrication des diverses tôles. Si l'on veut obtenir une feuille de tôle pesant plus de 200 kilogr. , on fait un paquet de languettes coupées à la longueur voulue, suivant le poids de la tôle à fabriquer; on réchauffe, on soude au marteau et on reconstitue une brammCy qu'on passe entre les cylindres et qu'on termine ainsi en une seule chaude. Les tôles, dont la feuille pèse moins de 200 kilogr., se font parfois en deux chaudes. On réduit les feuilles à l'épaisseur voulue au moyen de réchauffages et de passages successifs au laminoir. Chaque fois qu'on engage la tôle dans les cylindres, on enlève avec un balai la pellicule d'oxyde qui a pu se former.
La tôle mince s'obtient avec des plats ayant, à quelques centimètres près, la largeur de la pièce finie, et que l'on passe au laminoir sans retournement. Généralement, les tôles ébauchées sont reportées au four et repassées plusieurs fois. Jusqu'à six fois, pour avoir des produits plus réguliers. Quand cette tôle est faite avec du fer, il faut choisir du fer de première qualité ; mais on emploie aussi beaucoup d'acier. On part de largets, ou barres de fer méplates, de 0"^,20 à 0'«,25 de large, 0",25 d'épaisseur et 0'»,70 à l^'jlO de long, dont chacun donnera une feuille de tôle. On chauffe les largets au blanc soudant ; on les passe aux cylindres, dont on serre les vis de pression pour amincir la feuille, et l'on arrive ainsi à 0"\10 d'épaisseur ; on descend à 3 ou 4 millim. aux cylindres à coquilles; enfin, on réunit des paquets de 2, 4, 6, 8, 10, 12, 14 ou 16 feuilles qu'on lamine aux cylindres à coquille jusqu'à ce que chaque feuille soit devenue assez fine. On décolle les feuilles et on les porte dans des caisses à recuire pour détruire l'écrouissage produit par les dernières passes à froid.
Le laminage des tôles minces se fait entre deux laminoirs en fonte blanche, à surface aussi dure que possible, et dont l'inférieur seulement, comme il a été dit plus haut, est actionné par l'arbre de la machine, tandis que le supérieur est entraîné par le frottement. En raison du retard qui en résulte pour le roulement du cylindre entraîné, la feuille^ de tôle se trouve polie sur une de ses faces. Chaque fois que la tôle a passé dans le laminoir, les hommes la soulèvent et la font revenir par-dessus le