CARAFA
ses nombreux méfaits, et de condottiere devint cardinal. Il se fit môme adjuger les biens de la puissante famille des Colonne. Une haine commune contre les Espagnols rapprochait Toncle et le neveu. Les papes ont toujours été opposés à la formation d'un Etat trop puissant dans la péninsule. Carlo poussait son oncle à la guerre contre le roi d'Espagne, souverain de Naples et de Milan. 11 tut le principal instigateur de la ligue formée entre le pape et le roi Henri II pour la délivrance de l'Italie. Nommé légat du pape en France, il réussit à obtenir d'Henri II Tenvoi en Italie d'une armée commandée par le duc de Guise. Mais les ravages du duc d'Albe sur les terres de l'Eglise, l'échec du duc de Guise devant Civitella et son rappel en France à la suite de la défaite de Saint-Quentin, amenèrent un revirement complet dans la politique pontificale. Avec une souplesse qu'on ne rencontre guère que chez les prélats italiens^ Carlo Carafa engagea des négociations avec le duc d'Albe : il jugeait que la paix pouvait lui donner plus d'avantages que la guerre. 11 n'était pas de ces ambitieux vulgaires qu'arrêtent les scrupules ou les remords. Cependant sa légation à Bruxelles auprès de Philippe II ne lui valut que des déboires. Le triumvirat des neveux gouvernait souverainement l'Eglise, déployant un laste inouï, accablant le peuple de taxes nouvelles, et circonvenant le pape pour empêcher les plaintes d'arriver jusqu'à lui. Néanmoins, les dénonciations affluaient de toutes parts. Le mécontentement du pape, longtemps contenu, éclata enfin. Il chassa de Rome ses trois neveux et les dépouilla de toutes leurs charges. Le peuple effaça leur nom des monuments publics, et le conclave condamna leur mémoire (févr. 4559). Le cardinal osa pourtant revenir à Rome à la mort de son oncle (août 4559) et prit une part active à l'élection de son successeur Pie IV. Mais de nouvelles intrigues amenèrent la ruine de cette turbulente famille. Carlo Carafa fut arrêté avec son frère le duc de Palliano et son neveu le jeune cardinal, archevêque de Naples. L'instruction de l'affaire fut confiée au procureur fiscal Pallantieri, qui mit à la torture les témoins favorables aux Carafa. Le cardinal fut dégradé et étranglé, son frère aîné Giovanni, duc de Palliano, fut décapité le même jour. Plus tard le pape Pie V fit reviser le procès ; le juge Pallantieri eut la tête tranchée et la famille Carafa fut réintégrée dans ses honneurs et dans ses biens. « Le cardinal Carafa, dit M, Georges Duruy, n'a rien du grand homme d'Etat : ni les hautes conceptions politiques, ni la probité, ni le désintéressement, ni surtout la foi en son œuvre... Ami du roi de France ou du roi d'Espagne, il fut toujours à Bruxelles comme à Paris comédien impudent et solliciteur éhonté. »
Antonio Carafa, né à Naples en 4538, mort en 4591. Créé cardinal par Sixte V (4586), il présida une congrégation chargée d'examiner le texte de la Bible et de commenter la décision du concile de Trente ; il rassembla les décrétales des papes.
Carlo Carafa, théologien italien, né en 4564, mort en 4683. 11 a été le créateur de l'ordre des pii operari destinés à soulager les misères humaines.
Geronimo Carafa, né à Naples en 4564, mort à Gênes en 4633, marquis de Monténégro. Il servit en 458 i-, sous Alexandre Farnese, dans les Pays-Bas, défendit Amiens contre Henri IV (4597), prit part à la campagne de Bohême en 4620. L'empereur le nomma prince d'empire, le roi d'Espagne lui confia la vice-royauté d'Aragon.
Vicente Carafa, septième général de la compagnie de Jésus, né le 9 mai 4585 (fils du duc d'Andria), élu le 7 janv. 4646, mort le 8 juin 4649. L'œuvre principale de ce court généralat fut une entreprise poursuivie de concert avec les supérieurs de l'ordre des Frères Prêcheurs pour apaiser les rivalités de corps et les querelles théologiques qui excitaient les uns contre les autres les jésuites et les dominicains. — V. Carafa est l'auteur de quelques livres d'édification. Sa vie, écrite en italien par Daniel Bartholi (Rome, 4654, in-4), a été traduite en français
par Thomas Leblanc (Lyon, 4652, in-8) et en latin par Jacques Hantin (Liège, 4655, in-8). E.-H. V.
Antonio Carafa, leld-maréchal autrichien, mort à Vienne le 9 mars 4693. Il entra au service de l'empereur en 4665, se distingua lors de la délivrance de Vienne (4683) et de la prise d'Ofen (4686), sévit avec férocité contre les partisans de Tœkœly ; c'est lui qui, mis à la tête de la Haute-Hongrie, y organisa le tribunal d'Eperies, de sinistre mémoire. On fut obligé de le rappeler dès 4687, mais il reçut la Toison d'or, et conserva une grande importance. C'est lui qui dirigea la conquête de la Transylvanie. 11 combattit contre les Français sous les ordres de Charles de Lorraine.
CarlO'Maria Carafa, prince de la Roccella et Butero, né en 4646, mort en 4695, un des chefs de l'aristocratie napolitaine. Il fut, en 4684, ambassadeur d'Espagne à Rome ; il est l'auteur d'un curieux ouvrage sur les cadrans solaires, Exemplar Horologiorum Solarium (Maggara, 4686, in-fol. et écrivit contre Machiavel plusieurs traités: 40 7/ Principe; 2<^ V Ambasciadore politico cristiano; 3^* Scrutinio politico cristiano contra Nicolà Macchiavelli, tous les trois réunis sous le titre de Opère politiche eristiane (4692). H. Vast.
BiBL. : Giovanni Della Casa, Letlere scritte a, nome del cardinal Carafa; Milan, 1806. — Bromato, Storia di Paolo IV; Ravenne, 1748, 2 vol. in-4.— Reumont, Die Carafa von Maddaloni; Berlin, 1851, 2 vol. — Ch. de Samm, une Question italienne au xvi" siècle; Paris, 1861, in-8. — George Duruy, le cardinal Carlo Carafa; Paris, 1882, in-8, — Ribadeneira, Alegambe et Southwell, Bibliotheca scriptorum Societatis Jesu; Rome, 1675, in-fol.
CARAFA deColobrano (Francesco, prince), poète napolitain du xvni® siècle. Il fonda en 4728 une Académie réservée aux seuls poètes. Elle se réunissait à son domaine des environs de Naples, Formicola, situé sur une montagne qui lui fit donner le nom à'Accademia del Caprario, Cette académie aflQrma son existence en publiant, en 4728 et en 4732, deux volumes collectifs de poésies. Francesco Carafa publia sous son nom seul : Rime varie di Francesco Carafa^ compueste nellasuasolitariadlmora nel monte Caprario delta baronia di Formicola (Florence, 4730, in-4) : l'indication Florence est fausse, car le livre fut sans aucun doute imprimé à Naples, R. de Gourmont.
BiBL. : Camillo Minier! Riccio, Notizia délie A ccademie istitute nelle provincie napoletane ; Naples, 1878.—- L Intermédiaire des chercheurs et des curieux, juill., août, sept., 1887.
CARAFA DE C0LOBRANO (Miehel-Henri-François-Vincent-Aloys-Paul), musicien italien, naturalisé français, né à Naples le 47 nov. 4787, mort le 26 juil. 4872. Second fils du prince de Colobrano et de Teresa Rembo, il était, dit-on, parent du malheureux amiral Caraccioli. Officier dans l'armée napolitaine, il fut pris par les Français au combat de Campo-Tenese (1806). Excellent cavaher, il plut à Murât, qui le prit pour écuyer particulier, fit l'expédition de Sicile, et y mérita le grade de capitaine. En 4842, officier d'ordonnance de Murât en Russie, il fut nommé chef d'escadron et décoré pour sa belle conduite. Après les événements de 4844, il se consacra à la musique, qu'il avait étudiée étant jeune, et fit jouer un grand nombre d'opéras. Il remplaça Lesueur à l'Académie des beaux-arts (4837), devint professeur de composition au Conservatoire (4840j. Carafa a composé plus de cinquante ouvrages dramatiques, parmi lesquels deux ou trois à peine ont échappé à l'oubli. Voici les titres de quelques-uns : Gabriella di Vergy (4816); Ifigenia in Tauride (4847); 1 Due Figaro (4820); Jeanne d'Arc (4821); Masaniello (4827); la Prison d'Edimbourg (4833); la Grande- Duchesse (1835); Ihérèse (1838). On trouvera les autres dans Fétis et le supplément de M. A. Pougin. Il a écrit de plus des morceaux de l'opéra-comique la Marquise de Brinvilliers (4834), auquel collaborèrent, outre lui, Auber, Batton, Berton, Paér, Blangini, Cherubini, Hérold et Boieldieu ; des récitatifs et airs de ballet pour la Sémiramis de Rossini ; une scène lyrique, Sœur
CARAFA — CARAGLIO
Agnès ou la Religieuse ; deux cantates ; une Messa di Gloria, à quatre voix; une Messa di Requiem; m Stabat Mater; un Ave verum; trois livres d'harmonies militaires ; des soli pour divers instruments à vent. A. Ernst. BiBL. : Bazin (F.), Notice sur M. Carafa ; Paris» 1873, in-4. CARAFA DE Ruvo (Ettore, comte), patriote napolitain, né en 4767, mort en 1799. De l'illustre et puissante famille des ducs d'Andria, dont il était l'aîné et Théritier, âme forte et généreuse, épris de la liberté, Ettore Caraffa embrassa avec ardeur les principes de la Révolution française. Arrêté et conduit au château Saint-Elme (1795), ii propagea les idées républicaines parmi les officiers de la garnison et parvint à s'échapper avec l'aide de la fille de l'un d'eux. 11 se réfugia à Milan, d'où il revint dans son pays avec les Français (1799) . La République parthénopéenne utilisa son courage et ses talents militaires. Envoyé dans les Fouilles avec les généraux Duhesme et Broussier, il se distingua à la tête d'une légion de douze cents hommes. La ville d'Andria, fief de sa famille, obéissant aux prêtres, opposait aux républicains une vive résistance. Après avoir vainement essayé de persuader les habitants, Caraffa donna l'as- . saut de concert avec les Français. Il se montra inflexible dans le combat, mais généreux après. Il se conduisit de même à Trani. Son nom rendait de grands services à la révolution dans la province : à ceux qui recouraient à lui pour obtenir quelque allégement aux charges imposées, il répondait par l'exemple du traitement qu'il avait infligé lui-même à ses propres domaines. On l'envoya ensuite contre Pronio, chef de bandes dans les Abruzzes. Assailli par des forces considérables, il fut obligé dese retirer dans la forteresse de Pescara, oii il se maintint jusqu'à la fin. Avisé de la capitulation de Naples, il rendit Pescara aux mêmes conditions, et vint à Naples avec les siens pour s'embarquer comme il avait été convenu. Mais, emprisonné, enchaîné, jugé sommairement, il fut condamné, en sa qualité de noble, à avoir la tête tranchée. Fier devant ses juges, intrépide devant la mort, il voulut mourir sur le dos pour voir tomber le couperet. F. H.
BiBL. : Pietro Colletta, Storia del reame di Napoli dal llSk sino al 1825; Florence, 1856, 2 vol., 3^ édit. — Atto Vannucci, / Martiri délia libertà itaHana dal 119k al 18k8; Florence, 1860, 3« édit., augmentée et corrigée.
CARAFFA (V. Carafa).
CARAFFA (Diomede), écrivain italien du xv« siècle, natif de Naples. Ha laissé quelques ouvrages de morale : Ammaestrimenti militari (Naples, 1608) ; De Regentis et boni principis officiis (Naples, 1668); De Institutione Vivendi, manuscrit écrit en lettres d'or sur parchemin bleu et vert, offert jadis par l'auteur à Béatrice, femme de Mathias Corvin et reine de Hongrie, maintenant conservé à la bibliothèque de Parme. On voit par les dates que les deux livres imprimés de Diomède Caraffa le furent bien longtemps après sa mort. — Un autre Caraffa (Giovanni Battista), littérateur napolitain du XVI® siècle, écrivit : De Simoniis (Naples, 1566) ; Istorie del regno di Napoli (Naples, 1572). — Un autre Caraffa (Placide), historien sicilien du xvn® siècle, laissa : Sicaniœ descriptio (Palerme, 1653) ; Compendio isto-^ rico délia città di Messina (Venise, 1670). R. G.
BiBL. : Niccolô Toppi, Biblioteca napoletana; Naples, 1678. -— Gre^. Orloff. Mémoires sur le roy. de Naples ; Paris, 1821, 5 vol. in-8, t. IV et V.
CARAFFE (Armand-Charles), peintre-graveur français, né à Paris en 1T62, mort le 18 août 1812. Elève de Lagrenée, Caraffe étudiait à Rome, lorsque la Révolution survint ; il dessinait, au début, des compositions où il s'inspirait largement de Tantiquité. 11 revint à Paris, s'associa avec ardeur au mouvement nouveau, et continua à composer des sujets où il subissait la même influence que les élèves de David. Le souvenir de l'ancienne Rome se révélait dans les œuvres qu'il exposait au Salon de 1793, trois dessins, le Cercle de PopiliuSy Agis rétablissant à Sparte les lois de Lycurgue^ Agésilas condamné à mort pour s'être opposé au rétablissement de ces lois. L'esprit républicain se montrait en même temps à un haut degré, dans les compositions de Caraffe. Il préférait le crayon au pinceau pour exprimer ses idées. Il s'était fait remarquer parmi les orateurs les plus ardents
du club des Jacobins, dont il suivait assidûment les séances. Un moment arrêté, il ne fut remis en liberté que le 1 3 vendémiaire. Découragé par la tournure que prenaient les événements, il quitta la France et fit un voyage en Orient, d'où il rapporta le goût d'un nouveau genre de sujets. Les croquis de mœurs orientales se mêlèrent dorénavant aux scènes républicaines et patriotiques, dans les envois qu'il fit aux Salons, Il exposa, Tan VIll, vingt-six dessins représentant des mameluks s'exerçant à la course, des danses arabes et albanaises, des cérémonies religieuses et funèbres, enfin différents motifs empruntés à la Turquie et à la Grèce, Ce genre était en faveur peu après l'expédition d'Egypte. Caraffe exécutait d'autres dessins pour un ouvrage sur les mœurs des peuples de l'Orient, dessins exposés au Salon de 1802. Il n'avait pas vu de bon œil le déclin de la République et l'avènement du général Bonaparte au pouvoir. Obéissant aussi à sa nature inquiète et voyageuse, il prit le parti de s'éloigner de nouveau, et il se rendit en Russie. Il fut attaché au service de la cour et placé à l'Ermitage, en qualité de peintre d'histoire. Il peignit, pendant son séjour, pour le prince Youssoupov, un tableau où il se souvenait encore de ceux qu'il avait composés au commencement de la Révolution, le Serment des Horaces. Ce tableau est conservé aujourd'hui dans la magnifique galerie fondée par ce prince à Arkangelsky, près de Moscou. Caraffe revint de Russie en 1812 ; sa santé s'était altérée et il ne pouvait plus supporter le rude climat du Nord. Il reprit à Paris ses travaux de dessinateur et de graveur, et mourut quelques mois après son retour. Un des grands tableaux qu'il a peints, l'Espérance soutenant le malheureux jusqu'au tombeau, a été placé, sous la Révolution, à l'hôpital de la Charité. On connaît de Caraffe quelques pièces gravées, le Remords ou le Criminel visà-vis de lui-même et les Droits de Vhomme. Ses croquis orientaux témoignent d'une certaine aisance, d'une certaine exactitude, mais il ne faut pas leur demander la grâce qu'on rencontre dans les dessins de Liotard ou dans les scènes d'intérieur d'Antoine Favray. Ant. Valabrêgue. BiBL. : Jules Renouvier, Histoire de Vart pendant la Révolution, ~ Landon, Annales du Musée, t. I, an IX; Procès-verbal des séances du jury des arts^ t. II. — DussiEux, les Artistes français à Vétranger. — E. Bellier DE LA Chavignerie, les Artistes français du xviip siécie, oubliés ou dédaignés.
CARAGA. Ville et prov. de la partie E. de l'île de Mindanao, dans l'archipel des Philippines. Vastes forêts.
CARA6ANA {Caragana Larak). Genre de plantes delà famille des Légumineuses-Papilionacées et du groupe des Astragalées, caractérisé surtout par les pédoncules uniflores et le fruit linéaire devenant cylindrique et turgide à la maturité. Le C. frutescens DC. {Robinia frutescens L.), appelé vulgairement Aspalathe, Acacia de Sibérie, est fréquemment cultivé en Europe comme ornemental. Ses feuilles sont digitées, ses fleurs latérales, de couleur jaune. — Le Caragana argenté est V Halimodendron argenteum DC. (V. Halimodendron). Ed. Lef.
CARA61ANI (loan), littérateur roumain contemporain, originaire de la Macédoine, professeur à la Faculté des lettres de lassi. 11 a publié une étude historique et linguistique sur les Macédo-Roumains et dix poésies populaires Con'vorbiri Literare an. Il [1868-69] Nr. 21-24), ainsi que des Etudes historiques sur les Roumains de la péninsule des Ralkans (Bucarest, 1889), en roumain.
BiBL. : A. Densusianu, Istoria limbei si literaiurei romane; lassi, 187d, in-8, p. 280.
CARAGLIO (Giovanni-Jacopo), graveur italien, né à Vérone (et non à Parme), au début du xvi^ siècle, mort aux environs de Parme vers 1570. Il alla de bonne heure à Rome et devint un des meilleurs élèves de Marc- Antoine, comme le témoigne déjà une suite de vingt pièces, les Divinités de la Fable, que Caraglio exécuta en 1526 d'après les dessins du Rosso, estampes dont certaines ont été attribuées au maître lui-même. Il grava encore^ d'après le Rosso et Perino del Vaga, une seconde suite, les Amours des dieux, comprenant aussi vingt
CARAGLIO — CARAIPA
planches, toutes licencieuses et ex traordinairement rares. On lui doit d'autres estampes d'après le Rosso, le Parmesan, le Titien, etc. Au nombre de ses œuvres les plus parfaites comptent une Sainte Famille et le Combat d'un chevalier romain avec un barbare, d'après Raphaël. Malgré Finégalité de son talent et les défaillances fréquentes de son burin, Caraglio occupe une belle place dans Fécole de Marc- Antoine, par la correction de son dessin et la netteté jointe à la délicatesse de sa gravure. Aussi sa réputation fut-elle considérable et ses estampes furent souvent copiées par des artistes français. Il excellait également à graver les médailles, à travailler en creux et en relief les cristaux, les camées et les pierres dures. Appelé vers 1539 à la cour du roi de Pologne, Sigismond l®'^, il y séjourna une vingtaine d'années et y gagna une grosse fortune. On a conservé de sa main une belle intaille, offrant le buste de Bonne Sforza, reine de Pologne. On affirme qu'il fut aussi architecte. G. P-i. BiBL. : Vasari, éd. Milanesi, t. V.— Giulianelli, Memorie degli intagliatori, 1753. — Bartsch, t. XV. — Zanetti, Premier Siècle de lu calcographie. — RenouviER, Types el Manières, xvie siècle, pp. 34-36. — Passavant, t. VI. — G. DuPLESSis, Histoire de la gravure. — Vicomte H. Delaborde, Marc-Antoine (1888).
CARAGNE (Gomme ou Résine). Substance résineuse, jaune verdâtre, que l'on croit produite par Vlcica Carana H. B. K., arbre de la famille des Térébinthacées et du groupe des Bursérées, qui croît sur les bords de l'Orénoque (V. Icica). — La Gomme Caragne d'Amboine est une substance résineuse analogue, qui découle spontanément ou par incisions du tronc du Canarium sylvestre Gaertn., arbre de la famille des Térébinthacées-Bursérées, originaire des îles de la Sonde. Ed. Lef.
CARAGOUDES. Com.dudép. de la Haute-Garonne, arr. de Villefranche-de-Lauraguais, cant.de Caraman; 385 hab.
GARAGUEL (Clément), littérateur français, né à Mazamet (Tarn) en 1819, mort à Paris le M nov. 1882. Collaborateur du Vert-vert, du National, de VEntfacte^ de la Revue de Paris, etc., il se fixa en févr. 1848 au Charivari devenu bientôt, grâce au régime de 1852, l'un des rares organes de l'opposition libérale. Clément Caraguel y déploya des qualités de verve et de bon sens qui ne se démentirent pas un seul jour jusqu'en 1865. Devenu à cette époque rédacteur du bulletin et du premier- Paris au Journal des Débats, il y recueillit la succession de Jules Janin comme critique dramatique. En dehors de son labeur de publiciste, ses œuvres sont peu nombreuses : son unique comédie en un acte, le Bougeoir (1852), s'est maintenue au répertoire de la Comédie-Française. On lui doit aussi les Soirées de Taverny (1854, in-18), recueil de nouvelles ; Messieurs les Cosaques (1854, 2 vol. in-18), fantaisies politiques extraites du Charivari, avec la collaboration de Louis Huart, de Taxile Delord et de Cham ; Souvenirs et aventures d'un volontaire garibaldien (1861, in-18); le Vrai Rochefort (1868, in-8, portrait), biographie anonyme. M. Tx.
CARAÏBES. Sous le nom de Caraïbes, les écrivains de la conquête ont décrit sous des couleurs très sombres un peuple qui venait de s'emparer des petites Antilles et d'établir sa domination sur ses congénères les Arouaks. Cette peuplade n'a laissé que peu de descendants. Elle n'existerait même plus en dehors de l'île de la Trinidad. Mais elle a joué un rôle dans l'histoire récente des peuples de l'Amérique, et une vaste mer intérieure porte encore son nom. Elle était apparentée à la famille Guarani. Elle venait sûrement de la côte N.-E. de l'Amérique du Sud, et certaines de ses tribus ont survécu sur les rives de l'Orénoque et dans les Guyanes. Telles sont en particulier celles des Roucouyennes et des Galibis dans la Guyane française, et qui nous sont bien connues (V. Guyane). Les Caraïbes étaient renommés, non sans raison, comme pirates et comme anthropophages. Ils étaient de taille moyenne ou inférieure. Ils avaient la carrure d'épaules et i 'obésité relative de la plupart des Sud-Américains, le
visage rond et plat, le nez large et court, les yeux petits, noirs, assez vifs, souvent bridés. Leur aspect était massif, bien que leurs membres inférieurs fussent peu nourris. Leur peau était jaune-roux clair et ils se peignaient en rouge comme les Roucouyennes, par exemple, d'une pâte de roucou et d'huile, un peu pour se préserver de "la piqûre des moustiques. Ils étaient glabres et s'épilaient. Leurs cheveux étaient noirs et durs. Rien enfin ne les distinguait physiquement des tribus actuelles de leur race et de la plupart des peuplades guaranies. Mais quoique d'apparence bonasse et assez douce comme leurs congénères, ils déployaient dans la guerre une grande férocité, lis mangeaient leurs prisonniers mâles, comme tant d'autres peuplades américaines, et quelquefois les engraissaient avant de les manger.
Ils gardaient les femmes pour en faire leurs concubines ou leurs servantes. C'est d'une des formes de leur nom^ canibi, qu'est sorti le terme de cannibale. Tout en ayant un goût très vif pour la parure, bracelets, colliers de coquilles et de graines, coiffures extravagantes de plumes de perroquet et de toucan, ils allaient à peu près nus, avec un petit tablier de cotonnade pour les hommes, une très courte jupe pour les femmes. Ils étaient polygames. Leur grande occupation était la navigation et la pêche ou la piraterie ; cependant ils faisaient un peu de culture. Les hommes défrichaient et les femmes plantaient le manioc. Us avaient des armes en pierre soigneusement polie, des arcs avec flèches à pointes de pierre, d'écaillé de tortue ou d'os trempé dans le curare, de longues massues plates en bois dur, des haches de pierre polie. Ils savaient faire des meubles en bois sculpté, des poteries cuites, des filets, des corbeilles ; ils savaient aussi sculpter de petites idoles. Leur religion se réduisait d'ailleurs à la crainte de l'esprit des morts et à quelques superstitions entretenues par des sorciers. Ils habitaient des villages composés de groupes de cases disposées à l'entour de la grande case commune où se réunissaient les guerriers. Ils fabriquaient une boisson fermentée, Vouicou, avec un mélangé de patates, de moelle de canne à sucre et de farine de manioc ou cassave. Détail singulier : ils pratiquaient la cérémonie symbolique de la couvade (V. ce mot). Zaborowski.
Lors de la découverte de l'Amérique, les Caraïbes étaient une population belliqueuse qui s'était rendue redoutable aux habitants des grandes Antilles,, Ils accueillirent mal les Espagnols, et ils semblent avoir eu une antipathie particulière pour les Anglais. Ils subsistèrent dans les petites Antilles jusqu'à la fin du xviii® siècle. Mais leur race s'était croisée avec des nègres et avait formé les Caraïbes noirs : en 1798, les Caraïbes noirs qui se trouvaient à Saint- Vincent furent transportés par les Anglais sur la côte des Mosquitos. II existe un grand nombre de dialectes de ia langue caraïbe. 11 est à remarquer que dans certaines tribus les femmes ne parlent pas la même langue que les hommes ; la tradition explique cette particularité comme le reste d'une conquête des anciens Caraïbes qui, après avoir anéanti des peuplades anciennes, auraient épargné les femmes et leur auraient laissé l'usage de leur idiome national. J. G.
BiBL. : D'Orbigny, V Homme améi^icain, — Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales . — Soc. de Géogr. de Paris (Buli. de 1871 juillet).
CARAÏBES (Mer des) (V. Antilles [Mer des]).
CARAIPA(CaratpaAubl.). Genre deplantesdela famille des Ternstrœmiacées et du groupe des Bonnétiées (V. H. Bâillon, Hist, des PL, IV, pp. 237 et 260), caractérisé surtout par les étamines dont les anthères courtes et introrses sont prolongées au sommet en une glande cupuliforme. Ce sont des arbres à feuilles alternes et à fleurs réunies en grappes axillaires ou terminales. On en connaît sept ou huit espèces propres aux régions tropicales de l'Amérique. Le C. angustifolia Aubl., delà Guyane, est employé comme astringent dans le traitement des dysenteries. Ed. Lef.
CARAÏTES
CARAÏTES. Secte juive née au viii® siècle, en Asie, sous le calife Abou Djafar Almansour, probablement vers 761. Le fondateur de la secte se nomme Anan, fils de David. Il était membre de la famille des exilarques juifs de Babylonie (V. Babylonie juive) et lorsque, à la mort de son oncle, Texilarque Salomon, à qui il espérait succéder, il se vit préférer son frère'Hanania, plus jeune que lui, il se sépara du rabbinisme et créa la secte nouvelle. Ses sectateurs s'appelèrent d'abord Ananites ; plus tard, fils de la Bible (micra) ou plutôt du Pentateuque, et Caraïm (Caraïtes, c.-à-d. gens de la Bible). Ces deux derniers noms se justifient par la tendance générale des Caraïtes à rejeter, dans la religion juive, toutes les théories et toutes les pratiques tirées de la Bible par Tinterprétation plus ou moins artificielle des rabbins et du Talmud, et à restaurer la religion mosaïque ou biblique de l'Ancien-Testament. La religion caraïte est donc une réaction contre le rabbinisme, auquel sont restés attachés la majorité des juifs (par opposition aux Caraïtes, on les appelle Rabbanites) et il est très probable que ses origines intellectuelles remontent plus haut qu'Anan. 11 y a eu de tout temps, parmi les juifs, des esprits opposés aux excès du talmudisme, de sourdes résistances à la doctrine talmudique ont dû se produire souvent avant Anan, et il est probable qu'Anan n'a fait que leur donner un corps. Son entreprise a, du reste, été favorisée, au moins plus tard, par l'action de la philosophie arabe et des sectes arabes sur les juifs babyloniens, comme on le voit par la naissance des nombreuses sectes judéo-arabes qui suivirent l'avènement de la religion caraïte (V. Graetz, Gesch, der JudeHy V, note 18 delà fin du volume). La réforme d'Anan, il faut le dire tout de suite, n*a pas été aussi absolue ni aussi systématique qu'on pourrait le supposer. Les Caraïtes, il est vrai, ont renié le Talmud ; ils ont aussi, plus que les Rabbanites de ces premiers temps, et pour justifier leurs prétentions^ étudié avec soin le texte biblique et rendu des services dans l'étude grammaticale de l'hébreu ; mais en réalité ils sont restés attachés à la méthode d'interprétation talmudique, ils ont gardé ou créé un grand nombre de pratiques religieuses qui ne se distinguent en rien, dans leur essence, des pratiques religieuses des Rabbanites, et s'ils ont rejeté le Talmud,, ils ont fini par en créer un autre, à leur usage. On ne sait pas grand'chose des doctrines d'Anan, les ouvrages qu'il a écrits sont perdus et les textes qu'on lui attribue et qui sont parvenus jusqu'à nous ne sont pas d'une authenticité certaine. On est à peu près certain, néanmoins, ([u'Anan a conservé, dans sa méthode d'interprétation biblique, les règles qui avaient été tracées parles rabbins de la mischna, et que, d'autre part, il a rejeté le calendrier des rabbanites, servant à la fixation des fêtes juives, et en est revenu, pour la fixation des mois et du caractère de l'année, à la méthode de l'observation directe de la nouvelle lune, corrigée par des règles concernant l'état de la végétation, comme on la pratiquait dans les temps de la mlschna (V. ce mot). Reprenant une ancienne querelle des Sadducéens contre les Rabbins, Anan fixa la fête de la Pentecôte au 50® dimanche (et non 50« jour) après la fête de Pâque. On peut faire aussi remonter à Anan la prescription relative à une observation plus stricte du repos sabbatique et principalement la défense d'avoir aucune lumière ni aucun feu dans sa demeure le jour du sabbat. C'est probablement lui aussi qui a étendu, au delà des règles rabbanites, et aggravé les défenses de mariage entre parents de degrés éloignés et les lois du lévirat. S'il a modifié le rituel des prières, on suppose qu'il ne l'a fait que très légèrement, et que le rituel actuel des Caraïtes est une œuvre postérieure, oti les prières originales des rabbanites ont été remplacées presque exclusivement par des centons bibliques. Les Caraïtes ont aussi changé les jours de jeûne juifs, aboli l'usage des phylactères, mais ils ont conservé les fêtes juives, la circoncision, maintenu et aggravé considérablement les
règles concernant la nourriture ; ils ont aussi des règles spéciales sur la manière d'abattre les bêtes de consommation, mais on ne sait quelle est la part d'Anan ni s'il a une part dans ces diverses dispositions. Les Caraïtes ont aussi rétabli les règles de pureté qui sont prescrites dans la Bible et ils les observent toutes encore aujourd'hui. Quand on visite une de leurs synagogues, on aperçoit à l'entrée une foule de gens qui se tiennent à l'écart de la communauté, pour cause d'impureté religieuse. Cette innovation n'est pas d'Anan,';elle a été introduite dans la religion caraïte par les Caraïtes de Jérusalem, au x^ siècle.
Les succcesseurs d'Anan ont consacré leurs efforts à répandre la nouvelle religion, à la former et consolider ; une grande partie de leurs forces s'est dépensée en pure perte dans des polémiques stériles contre les Rabbanites. Vers la fin du ix® siècle, les Caraïtes, qui avaient demeuré exclusivement en Babylonie et en Perse, établirent à Jérusalem une colonie qui devint bientôt très active et montra surtout un zèle ardent pour la propagande de leur doctrine. Au xi' siècle, il y eut à Jérusalem une école groupée autour de Josué ben Juda Aboul Faradi Fourkan, laquelle se mit à traduire en toute hâte les œuvres caraïtes écrites en arabe, pour les importer dans d'autres pays. Bien souvent, à ce qu'il semble, les Caraïtes falsifiaient les livres et altéraient les faits, dans l'intérêt de leur propagande, et encore de notre temps on a remarqué des procédés pareils chez un Caraïte bien connu de Russie. Un élève de Josué ben Juda, nommé Ibn Altaras (fin xi® siècle), transporta, avec les ouvrages du maître, la religion Caraïte en Espagne, oii elle eut pendant quelque temps des adhérents. Elle s'établit aussi, vers la même époque, en Egypte, en Grèce, à Constantinople. Il n'est pas encore facile de dire à quelle époque les Caraïtes sont venus en Crimée, les inscriptions et les épigraphes qui doivent prouver la haute antiquité des Caraïtes dans la presqu'île ne méritent aucune confiance, et ce n'est qu'au milieu du xin® siècle (1279) qu'on trouve pour la première fois un témoignage certain de la présence de Caraïtes (ou au moins d'un Caraïte) en Crimée. C'est de là probablement que les Caraïtes se sont répandus en Russie, en venant de Constantinople, à moins qu'ils n'y soient venus aussi et antérieurement peut-être de la Perse, par le Caucase.
La littérature des Caraïtes, dans les différents pays oîi ils demeurèrent, eut pour principal objet, après la polémique obligée contre les Rabbanites, de fixer la doctrine caraïte, qui était restée flottante, vague et livrée à l'inspiration personnelle. Anan, en se détachant du rabbinisme, avait ruiné le principe d'autorité, il fallut le rétablir ; Anan n'avait pas eu le temps de définir clairement la doctrine nouvelle, ses successeurs durent la préciser et elle se précisa elle-même, avec le temps, sous la pression des circonstances, dans l'effort imposé à la secte pour se maintenir en face du rabbinisme, pour justifier son existence à ses propres yeux, et enfin pour former et expliquer sa théologie. Les écrivains caraïtes furent donc obligés, d'un côté, de façonner leur religion, de créer et cataloguer les pratiques religieuses de la secte, de régler le rituel, et c'est pour cela que presque chaque écrivain important de la secte a écrit une espèce de livre des Préceptes, où se rencontrent les formules importantes de la doctrine. D'autre part, ils se mirent plus ou moins à la suite des philosophes arabes, et adoptèrent presque tous la doctrine des Motazales, qui exercèrent déjà une grande influence sur le premier successeur un peu important d'Anan, Benjamin de Nehavend. On a même supposé que c'était pour flatter les Musulmans et obtenir leur protection contre les Rabbanites que les Caraïtes s'étaient d'abord, dans le califat, montrés si accessibles aux doctrines arabes et même à certaines pratiques de la religion musulmane. Ils ont, du reste, également tenu à être en bons termes avec les chrétiens, et déjà Anan, à ce qu'on assure, et sûrement déjà Benjamin de Nehavend parlent de Jésus avec des témoignages de respect. Outre les écrivains purement
AKAÏTES - CARAJURU
théologiques, les Garaïtes des premiers siècles ont des grammairiens et exégètes qui ne sont pas sans valeur, des chroniques purement fictives et qd tournent naturellement à l'honneur de la secte, enfin un poète dont on a fait autrefois beaucoup de bruit, Moïse Daraï, mais qui est du XIII® siècle, et qui a purement imité les grands poètes juifs des Rabbanites.
Les principaux théologiens des Garaïtes, dans les premiers siècles, ont été Benjamin de Nehavend, déjà nommé, au commencement du x« siècle, et un peu après lui Nissi ben Noah, qui a été le principal auteur des règles de pureté dont nous avons parlé plus haut ; puis losef el Bacir (ha-roé), Salomon ben leruham, d*£gypte, Abulsari Sahal ben Maçliah, de Jérusalem, tous trois contemporains et adversaires de Saadia, au x« siècle; léfet ben Ali, de Bassora, théologien, polémiste, mais surtout grammairien et exégète, fin x® siècle ; David al Mokammeç, de l'Irak, vers la même époque, et enfin, à Jérusalem, au X* siècle, ce Josué Aboul Faradj, dit El-cheikh, dont il a déjà été question plus haut. A partir de cette époque, le centre littéraire des Garaïtes se déplace et se transporte à Gonstantinople. G' est là que l'on trouve, en 1148, luda b. Elie Hadassi, auteur d'un ouvrage important appelé Escol haccofer, où sont exposées les diflférences entre les Garaïtes et les Rabbanites et qui est écrit dans un ton de polémique véhémente. Après lui viennent les deux Aron, également célèbres. Aron ben losef, originaire de Grimée, est l'auteur de commentaires sur différentes parties de la Bible (son commentaire du Pentateuque est de l'an 1289), mais est surtout connu pour avoir rédigé définitivement le Livre des Prières des Garaïtes. 11 vivait à Gonstantinople. L'autre Aron, appelé Aron ben Elie de Nicomédie, né au Caire vers 1369, a rendu un plus grand service encore aux Garaïtes en leur donnant, à l'exemple de ce que Maïmonide avait fait pour les Rabbanites, un traité classique de philosophie religieuse appelé Eç hayyim (Arbre de la Vie). Avec ces deux Aron, la religion caraïte a reçu sa forme définitive. Il ne reste plus qu'à nommer l'écrivain Elie Bachiaci, de Gonstantinople, mort en 1480, et son élève, Galeb Afendopoulo, d'Andrinople, né en 1465, connu par divers ouvrages d'arithmétique, d'astronomie et de médecine, et auteur de plusieurs ouvrages de théologie. Les Garaïtes de Lithuanie paraissent être venus dans ce pays de la Crimée, au xiii« siècle, ils ont demeuré principalement dans les deux villes de Luzk et de Trock. Parmi les écrivains de cette région, nous nous bornerons à citer ïsaac ben Abraham, de Trock (1533-94), auteur d'un ouvrage de polémique contre le christianisme, intitulé Hizzuk émuna (Soutien de la Foi), et Mardochée ben Nissan, qui fut en correspondance savante avec J. Trigland et rédigea, en réponse à des questions que celui-ci lui avait adressées sur les Garaïtes, un ouvrage intitulé Dod Mordekhaï, achevé à Krasne-Ostrowo en 1699, et imprimé avec traduction latine sous le titre de Notitia Karœorum ( Hambourg et Leipzig, 1714). La littérature caraïte est à peu près morte aujourd'hui.
En somme, la réforme caraïte, comme on l'a remarqué dès son origine, a tourné court et est promptement revenue à un talmudisme qui ne difflère guère que par les détails de celui des Rabbanites. Les Garaïtes ont consumé, en partie, leurs forces dans la lutte contre les Rabbanites, chez lesquels leurs principaux adversaires ont été tout d'abord le célèbre Saadia, polémiste fougueux et savant, Samuel ben Hofni, Haï gaon, Abraham ibn Ezra et Abraham ibn Daud. Etant moins nombreux que les Rabbanites, ils se sont presque constamment traînés à leur remorque. Même en grammaire et en exégèse, oti ils ont montré d'abord quelque supériorité, ils n'ont pas un seul homme à comparer à Juda Uaiiudj ou à Jona ibn Ganah. On a voulu leur attribuer un certain rôle dans l'invention de la Massore, mais il n'est nullement prouvé que le massorète Ben-Ascher soit un Garaïte. Le seul poète
de quelque valeur qu'ils ont eu, n'a été que le plagiaire des poètes rabbanites de l'Espagne, et s'ils ont, dans V Arbre de la Vie d'Aron de Nicomédie, une espèce de Guide des Egarés, ils le doivent à l'influence qu'a exercée sur eux le célèbre ouvrage de Maïmonide.
Les Garaïtes d'Espagne paraissent avoir été forcés à renoncer à leur religion vers 1178 {Revue des études juives, t. XIX, n<* 38) ; après Ibn Ezra et Abraham ibn Daud on n'en entend plus parler dans ce pays. Il y a aujourd'hui encore de petites communautés caraïtes à Gonstantinople, au Gaire, à Jérusalem, à Hilléh, sur l'Euphrate, et même à Halicz, en Galicie. Leurs principales communautés, cependant, sont encore en Russie, surtout en Grimée et dans la Lithuanie. En Crimée, ils ont demeuré à l'origine dans les villes de Kertch, Kaffa (Theodosia), Goslov (Eupatoria) et Tchufut Kalé (Kalé des Juifs). On a prétendu que, dans ce pays, ils descendaient des anciens Khazares, de race tartare, mais aucun document ne le prouve. On croit aussi qu'il y a des Garaïtes parmi les juifs, de rite indécis, qui demeurent dans le Caucase, mais cela n'est pas certain du tout. En 1871, d'après M. Frankl, il y aurait eu, en tout (Grimée, nouvelle Russie, Caucase, Volhynie, gouvernements de Vilna et de Kovno et toutes les autres communautés caraïtes de tous pays), environ 6,000 Caraïtes. D'après les Mittheilungen de Petermann, année 1877, il y aurait eu vers cette époque, dans la Russie d'Europe, 3,147 Garaïtes, dont 2,027 en Grimée. M. Deinard (V. Revue Et, ;., Il, 308) estime qu'en 1878 il y avait, en Crimée, 645 familles caraïtes. Isidore Loeb.
BiBL. : On trouvera une bibliographie complète de l'histoire et de la littérature caraïtes dans l'article Karaîten, de P.-F. Frankl, dans l'Encyclopédie Ersch et Griiber, 2« section, t. XXXIII. Nous nous bornons à donner ici quelques-unes des indications les plus importantes, pour ceux qui ne pourraient pas consulter l'article de Frankl. On consultera donc: GRAETz,Gesc/i. deJuden, t. V et suivants (V. le mot Karaïèen à la table des matières). — JosT, Gesch. des Judenthums und seiner Sekterit II, 294 et suiv. — J. FiJRsr, Gesch. des Karâerthums; Leipzig, 1865-69, 3 vol. (très sujet à caution). — Ad. Neubauer, Aus der Petersburger Bibliothek ; Leipzig, 1866. — Pinsker, Likkuté Kadmoniyijot ; Wien, i860(hébr.). — Gottlober^ Biccoret letoledot ha Caraîm ; Wilna, 1865. — Steinschneider, article Jûd, LileratuVy dans Encyclopédie Ersch et Grûber ; Monatsschrift de Graetz, années 1871-1873, 1876, 1881-2 ; Jûd. Zeitschrift, de Geiger, années, 2, 3, 9, 11.— Frankl dans le Schachar (hébr.), années 7 et 8. — Nous ajoutons : Weiss, Dor dor vedorec/iau (hébr.) ; Wien, 1887, 4« vol.— Frankl, Beitràge zur Literatur gesch. der Karàer, dans le 5° Bericht ûber die Lehranstalt f. d. Wissensch, des Judenf/i.; Berlin, 1887. V. enfin, sur des relations vraies ou prétendues entre Caraïtes et Samaritains, Léop. Wreschner, Samaritanische Traditionen ; Berlin, 1888.
CARAJURU (Teint.). On donne le nom de carajuru à une matière colorante rouge, employée par les Indiens du Rio Matta et de TOrénoque, pour se peindre le corps en rouge. Les sauvages font usage, dans ce but, de deux matières colorantes: 1^ l'une extraite du Bixa orellana (V. Rocou) ; 2<» l'autre, le chica, se retire des feuilles d'une plante de la famille des bignoniacées, le Bignonia chica. Cette plante grimpe sur les arbres les plus élevés et s'y attache à l'aide de vrilles. Les fleurs sont biiabiées, d'un pouce de long et d'une belle teinte violette ; les feuilles sont bipennées, d'un beau vert ; elles deviennent rougeâtres par la dessiccation et communiquent une couleur rouge à la salive, lorsqu'on les mâche. Les Indiens font bouillir ces feuilles pendant longtemps avec de l'eau, passent la liqueur qui tient en suspension la fécule rouge et y ajoutent quelques morceaux de l'écorce d'un arbre appelé arayane. La précipitation se fait. La fécule est lavée, mise en gâteau et séchée. Elle se présente sous forme d'une masse rouge de cinabre, sans saveur ni odeur ; elle est plus dense que l'eau, tache les doigts et prend un poli métallique par le frottement. Elle se décompose par la chaleur, sans fondre. Le chica est insoluble dans l'eau, l'alcool à 36*> le dissout, à chaud, en se colorant en beau rouge rubis. Il est soluble dans l'éther. La
CÀRAJURU — GARAMAN
solution alcoolique ne précipite pas par Teau, à moins que Ton ne chauffe. Les alcalis le dissolvent avec une couleur lie de vin ; la solution précipite par les acides. Il est soluble dans la potasse, Tammoniaque, le carbonate de potasse, avec une couleur orange ou rouge orangé ; Tacide acétique concentré et l'acide chlorhydrique le dissolvent en rouge brun. Le chlore le colore en brun clair» L'acide sulfurique étendu donne, à chaud, une liqueur orange, qui laisse déposer, par refroidissement, une masse grasse, rouge orangé, et où Fammoniaque détermine la séparation d'un précipité pourpre foncé.
Traité par un mélange d'alcali et de glucose, en vase clos, il donne, par réduction, une liqueur bleue qui brunit rapidement à l'air et d'où l'acide chlorhydrique précipite des flocons rouge orangé. L'acide nitrique l'attaque et le change en un mélange d'acides picrique, oxalique, anisique et cyanhydrique. Fixé sur du coton, il lui communique une teinte jaune orangé. D'après Boussingault, le chica ne contient pas d'azote. Il est employé depuis assez longtemps à la teinture du coton et de la laine en jaune et en rouge, tant dans l'Amérique du Nord qu'en Europe. Le carajuru nous arrive en pains de la Guyane et du Brésil. L. Knab.
ÇABAKA, l'un des plus anciens et des plus célèbres médecins de l'Inde, dont le nom est quelquefois transcrit Charaka ou Tcharaka. Il est postérieur à Atreya, qu'il cite, et il lui est supérieur, quoique celui-ci soit ordinairement mentionné, à côté de Suçruta, comme le représentant de la science ancienne dans la péninsule indienne. Çaraka est inférieur à Suçruta et a probablement écrit avant lui. Comme celui-ci, il a composé une sorte d'encyclopédie de toutes les parties de la médecine, un Ayurvéda ou traité de biologie complet comprenant tout ce qui concerne l'homme sain et malade. Les collections connues sous les noms de Çaraka et de Suçruta ont plus d'une analogie avec la collection hippocratique ; elles forment des appendices aux Védas et passèrent comme elles pour des œuvres révélées. Un grand nombre d'ouvrages postérieurs écrits dans l'Inde ne sont que des commentaires plus ou moins détaillés de certaines parties de ces encyclopédies. — Le nom de Çaraka fut connu de bonne heure par les Arabes; Sérapion, Avicenne et Razès le citent. Les œuvres de Çaraka n'ont pas eu, comme celles de Suçruta, la bonne fortune d'être imprimées et traduites; elles n'existent qu'à l'état de manuscrit. D*^ L. Hn.
CARALIS (Géog. anc). Ville de Sardaigne, au S. de l'île, sur le golfe du même nom. Elle avait un bon port, création des Carthaginois. Elle fut, sous les Romains, la capitale de l'île, et ses habitants avaient le droit de cité. C'est aujourd'hui Cagliari.
CARALLIA (Carallia Roxb.) (Bot.). Synonyme de Barraldeia (V. ce mot).
CARAMAN (Caramannum), Ch.-l. de cant. du dép. de la Haute-Garonne, arr. de Villefranche-de-Lauraguais ; 1,960 bab. Au xi® siècle, ce village et le pays environnant appartenait à un seigneur nommé Donatus, qui étendait sa domination sur une partie de la plaine aujourd'hui dite de Lauraguais, à l'Ë. de Toulouse ; il possédait notamment Baziège ; c'était probablement l'héritier d'anciens viguiers carolingiens, et ainsi s'explique l'extension donnée au nom de Càrmaing (V. ce mot). Des seigneurs de cette famille sont encore cités en 1124, 1144, 1181, 1265 et 1271 ; elle dut s'éteindre peu après, car en 1306 Caraman et le Càrmaing appartenaient au roi. Caraman avait des consuls dès le xm® siècle ; cette ville était vers le môme temps ch.-l. d'un archi prêtre du diocèse de Toulouse, qui subsista jusqu'en 1790. Le nom de Caraman est porté aujourd'hui par les descendants de Pierre Riquet, créateur du Canal des deux mers.
CARAMAN (Famille de). Les Caraman doivent leur origine à un gibelin de Florence, Gérard Arrighetti qui, proscrit en 1268, vint s'établir en Provence et dont la descendance a formé, à partir du xvi® siècle, deux branches principales : la première, connue d'abord sous le nom
de RiquettU a produit les Mirabeau ; de la seconde, désignée par corruption sous celui de Riquet, est sortie la race dont il est question dans cet article.
Le premier personnage qui ait illustré cette dernière est Pierre-Paul de Riquet, seigneur de Bonrepos, né à Béziers en 1604, auteur du canal du Languedoc, qu'il fit construire, grâce à la protection de Colbert, de 1667 à 1681. Son fils cadet, Pierre-Paul Riquet de Bonrepos, comte de Caraman, né en 1646, mort le 25 mars 1730, prit une part brillante aux guerres de Louis XIV, devint lieutenant général en 1702 et se rendit particulièrement célèbre par sa belle retraite de Wange (en 1705) qui lui valut la grand'croix de l'ordre de Saint-Louis. Mais c'est d'un autre fils de Riquet que descendent les Caraman actuellement existants.
Pierre-Paul de Riquet, comte de Caraman, petit-fils du grand ingénieur, né en 1698, mort le 22 avr. 1760. Il fit avec distinction, sous Louis XV, plusieurs campagnes en Italie et, comme son oncle, atteignit au grade de lieutenant-général. Mais sa gloire fut effacée par celle de son fils, Victor-Maurice de Riquet, comte de Caraman, né le 16 juin 1727, mort le 24 janv. 1807, qui, après s'être fait remarquer, tout jeune, à Fontenoy, rendit de grands services pendant la guerre de Sept Ans (notamment aux batailles de Minden, de Corbach et de W^arbourg, en 1759 et 1760), devint lieutenant général en 1780, émigra pendant la Révolution, commanda une division de l'armée de Condé et rentra en France en 1803. 11 laissa huit enfants, dont cinq filles et trois fils. Ceux-ci sont, par ordre de priraogéniture :
1** Victor-^Louis-Charles de Riquet, vicomte, comte, marquis, puis duc de Caraman, né en 1762, mort en 1839. Après avoir émigré comme son père, il servit longtemps d'agent diplomatique à Louis XVIII, alors simple prétendant, rentra en France avec son roi, fut ambassadeur à Berlin (1814), puis à Vienne (de 1815 à 1828), représenta le gouvernement de la Restauration aux congrès d'Aix-la-Chapelle (1818), deTroppau (1820), de Laybach (1821), de Vérone (1822), fut fait pair de France, plus tard duc (4828), reconnut le gouvernement de Juillet, servit comme volontaire, à soixante-quatorze ans, dans la première expédition contre Constantine, et laissa des Mé-' moires dont une partie a été publiée dans le Journal des Débats (juin 1841).
2<* Maurice de Riquet, comte de Caraman, né le 7 oct. 1765, mort en 1837. Il émigra aussi, servit dans l'armée des princes, revint en France sous le Consulat (1800), fut membre du Corps législatif, devint maréchal de camp sous la Restauration (1814) et fit partie de la Chambre desdéputésdel824àl828.
3*^ François- Joseph" Philippe de Riquet, comte de Caraman, prince de Chimay (du chef de sa mère), né en 1771. Député des Ardennes à la Chambre introuvable^ où il vota avec la minorité (1815-1816), il est connu principalement pour avoir épousé, en 1805, la célèbre Thérézia de Cabarrus, femme divorcée du conventionnel Tallien.
Le premier duc de Caraman a eu plusieurs enfants, parmi lesquels nous citerons :
10 Victor-Marie-Joseph-Louis de Riquet, marquis de Caraman, né à Paris le 6 oct. 1786, mort en 1837. Il fut officier d'ordonnance de Napoléon en 1813, se distingua à la bataille de Craonne (1814), devint colonel de l'artillerie de la garde royale sous la Restauration, publia plusieurs ouvrages techniques : Essai sur forganisation militaire de la Prusse (Paris, 1831, in-8); Réflexions sur remploi de la cavalerie dans les batailles (Paris, 1835, in-8) et succomba au choléra devant Constantine, où il commandait l'artillerie de siège.
2<* Georges-Joseph-Victor de Riquet, comte de Caraman, diplomate français, né en 1790, mort le 6 fév. 1860. D'abord attaché à La Haye du 48 mars 1808 à juin 1810, puis aux Etats-Unis de 1812 à 1814, il revint à