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CARBURATION — CARBURES

11 résulte de là que du naphte d*un faible point d'ébullition et d'un faible poids spécifique peut bien moins être approprié à la carburation qu'un naphte plus lourd et d'un point d'ébullition plus élevé . Il donne bien en gaz une grande masse de vapeurs ; seulement, ces vapeurs ne sont pas très riches en carbone. Letheby spécifie comme suit les qualités que doit avoir le naphte comme bon liquide de carburation ; il doit être incolore, avoir un point d'ébullition qui soit au-dessous de 110^ Celsius, rendre par la distillation au moins 7 % de naphte volatil d'un point d'ébullition jusqu'à 130** C. et 20 7o entre 130 et 150<> C. Ce naphte donne environ 15 gr. de vapeurs d'hydrogène carburé à chaque m. c. de gaz à la température ordinaire et élève le pouvoir éclairant du gaz d'environ 60%. Le grand inconvénient qu'a le liquide de carburation de perdre toujours petit à petit et de plus en plus son efficacité, à mesure que le gaz passe au travers du liquide, existe dans tous les liquides à un degré plus ou moins élevé et possède une influence plus ou moins défavorable. Letheby a examiné la flamme carburée d'un bec fendu, pendant 30 jours et 30 nuits et a trouvé que l'accroissement du pouvoir éclairant qui était au commencement de 101,7 %, avait baissé graduellement jusqu'à 33,7 <*/o. Un autre inconvénient consiste en ce que l'influence du liquide de carburation varie beaucoup avec la température à laquelle le liquide est exposé. A une température de 5° Celsius, le gaz était amélioré de 23,6 %, tandis qu'à 16^5, il l'était de 48,5 %.

En résumé, l'économie de la carburation doit nécessairement varier suivant la qualité du gaz et suivant la qualité de l'huile employée. Or, la composition des hybrocarbures est loin d'être constante; on ne peut donc pas absolument compter sur l'homogénéité du liquide destiné à la carburation ; et, comme les huiles diftérentes n'ont pas toutes le même degré de volatilité, il arrive toujours que les huiles les plus volatiles s'échappent les premières, de sorte que le liquide, dont la composition se modifie à mesure que le courant gazeux lui enlève les molécules les plus légères, finit par perdre peu à peu sa propriété carburante, et laisse un résidu dont on ne peut obtenir les résultats voulus. Si, pour éviter cet inconvénient, on voulait employer des liquides extrêmement volatils, il faudrait avoir recours à des essences très légères, parfaitement rectifiées, dont le prix élèverait considérablement la dépense de l'opération. C'est pour cette raison que les sociétés qui ont tenté de propager l'emploi des carburateurs n'ont pu obtenir quelques résultats qu'à la condition de se charger elles-mêmes de l'entretien et du renouvellement des réservoirs d'huile. La carburation est d'autant plus facile que le liquide employé est plus volatil, mais, plus un liquide est facilement volatilisable, plus il est aussi susceptible de se condenser sous diverses influences, particulièrement par les variations de température et le frottement dans les tuyaux. Par conséquent, ces influences produisent nécessairement des variations dans le degré de saturation et par suite dans le pouvoir éclairant.

Ce que nous avons dit de la carburation du gaz s'applique à celle de l'air, et dans ce cas les imperfections s'aggravent encore par suite de la différence de la nature chimique et dans les densités des fluides en présence ; l'air ne peut remplir d'autre rôle que celui de véhicule des vapeurs hydrocarburées ; il ne peut former avec elles qu'un mélange d'autant plus susceptible de modifications que les huiles auront une plus grande volatilité. Malgré le bruit qu'on a fait et qu'on fait encore autour de certaines inventions qui prétendent réaliser un système pratique d'éclairage par la carburation de l'air, ces tentatives ne peuvent éviter de se heurter aux principaux écueils signalés plus haut. On remédie dans une certaine mesure aux défauts de la carburation, mais on ne les supprime pas, puisqu'ils sont la conséçjuence, d'abord des lois physiques qui régissent les actions moléculaires, la volatilisation, le frottement, les influences de la température.

et ensuite delà composition même et de la fabrication des huiles hydro-carburées. L. Knab,

CARBURES d'hydrogène (Chim.). Les carbures d'hydrogène, hydrocarbures ou hydrogènes carbonés, sont, comme leur nom l'indique, des corps qui résultent de la combinaison du carbone avec l'hydrogène, lis constituent, par conséquent, les composés les plus simples de la chimie organique ; depuis les belles recherches synthétiques de M. Berthelot, on peut les prendre comme point de départ pour reproduire tous les composés organiques. Bien que leur nombre soit, pour ainsi dire, indéfini, il en existe quatre fondamentaux, qui, par leurs combinaisons réciproques, leurs substitutions et leurs condensations, engendrent tous les autres. En effet, le carbone s'unit à Thydrogène en quatre proportions fondamentales pour engendrer : 1** Le protohydrure de carbone ou acétylène, C*W, qui contient son propre volume d'hydrogène, à la manière de l'eau, de l'hydrogène sulfuré, par exemple ; 20 le bihyprure de carbone ou éthylène, C-^H^, contenant deux fois son volume d'hydrogène ; 3<> le trihydrure de carbone ou diméthyîe, C^H^, contenant trois fois son volume d'hydrogène ; 4*^ le quadrihydrure de carbone, formène ou gaz des marais, G^H^, qui ne renferme que deux fois son volume d'hydrogène. Le premier carbure, l'acétylène, joue le rôle d'un véritable radical : il résulte de l'union directe de ses deux éléments sous l'influence de l'arc électrique, avec absorption de chaleur, et sous l'influence de l'hydrogène et de la chaleur, il engendre les trois autres carbures fondamentaux, mais avec dégagement de chaleur, conformément aux actions chimiques ordinaires.

Ce qui caractérise surtout un carbure d'hydrogène, c'est évidemment le rapport qui existe entre les deux éléments constituants, le carbone et l'hydrogène ; aussi, est-ce ce rapport qui a été pris comme point de départ pour diviser tous ces corps en séries ou classes, comme l'indique la classification suivante :

l""^ Classe. — Carbures forméniques. C^^H^^^H-^. — Ce sont les carbures les plus riches en hydrogène; leur formule représente le même volume gazeux que l'alcool dont on peut les dériver. Voici les principaux : Formène ou gaz des marais. . C^H^ Hydrure d'éthylène C^H^

— de propylène C^H^

— de butylène C^H^^

— d'amylène C^^nia

— d'hexylène C^^H^^

— demélissène G^ofl^^

On a considéré longtemps comme distincte la série des carbures obtenus par l'électrolyse des acides gras, appelés improprement radicaux alcooliques : diméthyle, méthylure d'éthyle, diéthyle, etc.; mais ces carbures sont identiques avec les carbures forméniques. Ces derniers ne peuvent se modider que par substitution ; ils sont incapables d'entrer en combinaison directe avec d'autres corps, d'où le nom de carbures saturés. Ils prennent naissance dans une foule de circonstances : dans la distillation sèche de plusieurs matières organiques complexes ; dans l'électrolyse des acides gras, en solution alcaline et concentrée; par l'action hydrogénante de l'acide iodhydrique, non seulement sur les carbures non saturés, mais encore sur un grand nombre de matières ternaires, etc.

2^ Classe. — Carbures éthyléniques, G^^H^». — Tous ces carbures renferment le carbone et l'hydrogène à équivalents égaux. Le plus simple d'entre eux, le méthylène, C^H^, n'a pas encore été isolé, malgré les recherches nombreuses dont il a été l'objet; le premier rerme, l'étylène, est le plus important. Voici la liste des principaux carbures éthyléniques :

Etbylène C^H^ l Butylène G^H»

Propylène C^H« 1 Amylène ù^m^^

CVRBURES

Undécylène C^^H^^

Laurène C^^H^^

Êthalène./. ..'..'. G^^H^^

Hexylène C^m^^

Œnanthylène. . . . C^W^

Caprylène C^We

Pélargylène C^^his

Décylène C^^H^o

Tous ces carbures, à l'exception des deux premiers termes, ont des isomères dont le nombre augmente avec l'équivalent, ou, si Ton veut, la complication moléculaire, remarques qui s'appliquent aux autres séries. Ils se forment surtout par la déshydratation des alcools correspondants sous l'influence de plusieurs réactifs, comme l'acide sulfurique, le chlorure de zinc, l'anhydride phosphorique. Ils s'unissent aux halogènes, chlore, brome, iode, pour engendrer des chlorures, des bromures, des iodures. C'est ainsi que la liqueur des Hollandais, G^H^Cl^, est l'éther dichlorhydrique du glycol. Traités par la potasse alcoolique, ils perdent successivement une ou deux molécules d'hydracides pour donner soit des carbures monosubstitués, soit des carbures acétyléniques. Ils s'unissent directement aux hydracides pour fournir en général des dérivés qui conduisent à des alcools isomériques avec ceux qu'on obtient par fermentation ; en raison de leur caractère incomplet, ils se combinent aussi à une foule de corps comme l'acide hypochloreux, l'acide et l'anhydride sulfuriques, etc.

3^ Classe. — Carbures acétyléniques, C^^H^n-^.— Le plus important d'entre eux est le premier terme, l'acétylène, si bien étudié par M. Berthelot :

Acétylène C^H^

Allylène C^H^

Crotonylène . . . C^H^

Valérylène C^m^

Diallyle C^m^^

Tous ces carbures , ainsi que leurs isomères, sont encore plus éloignés de la saturation que les précédents ; ils s'unissent à deux molécules de chlore, de brome, d'iode, d'un hydracide, d'acide hypochloreux, possèdent la curieuse propriété de précipiter les solutions ammoniacales, cuivreuses et argentiques, propriété qu'on met à profit pour les préparer à l'état de pureté.

4® Classe. — Carbures CAMPHÉNIQUES, C^^H^»-'*. — Ils comprennent les nombreux isomères qui répondent à la formule G^ofl^^, dont le mieux étudié et le plus important est le térébenthène. La plupart d'entre eux, comme ce dernier, se rencontrent dans les produits végétaux comme les térébenthines, les baumes, les huiles essentielles, etc.; d'autres ont été obtenus artificiellement. Ils diffèrent entre eux, non seulement par leurs propriétés physiques, mais aussi par leurs propriétés chimiques. Les uns sont liquides, comme l'essence de térébenthine, les autres sont solides, comme les camphènesde M. Berthelot; ils dévient ou non le plan de polarisation de la lumière polarisée, etc.

5« Classe. — Carbures benzéniques, C^^H^^-^. —Ils comprennent la benzine, ses homologues et leurs nombreux isomères :

Benzine C^^H^

Toluène C^^fls

Xylène et isomères. . . . C^^H^^

Cumolène id C^^H^^

Cymène id C^^^H^^

Ces corps, qu'on désigne parfois sous le nom de carbures aromatiques, ont été l'objet de nombreux travaux; l'étude de leurs dérivés a conduit à la belle découverte d'une foule de matières colorantes, fabriquées en grand dans l'industrie. Voici quelques-unes de leurs propriétés générales : 1** ils donnent avec les halogènes des produits d'addition, ainsi que des dérivés substitués, dont la nature varie suivant les conditions d'expérimentation; 2** ils fournissent avec l'acide nitrique des dérivés nitrés qui se transforment en alcaloïdes ou en composés azoïques

sous l'influence des agents réducteurs ; 3^ avec l'acide sulfurique, ils engendrent des acides sulfo-conjugués qui sont utilisés pour obtenir des dérivés oxygénés, notamment des phénols et des oxyphénols ; 4^ les agents oxydants les transforment en acides aromatiques, comme les acides benzoïque, toluique, phtalique, etc. ; 5^ ils partagent, avec d'autres carbures trouvés dans le goudron do houille, la singulière propriété de se combiner avec l'acide picrique pour donner naissance à des composés cristallins ; c'est ainsi qu'avec le réactif de Fritzsche, notamment, ils forment de belles combinaisons cristallines et diversement colorées.

Les carbures d'hydrogène qui appartiennent aux séries suivantes sont encore plus pauvres en hydrogène que les carbures aromatiques. On les classe d'après le même principe général, c.-.Vd. en enlevant simplement deux équivalents d'h3'drogène aux composés de la série précédente. On a alors :

6« Classe, C^^H^^-s Ex.: Styrolène C^^H^

7e (;;2nH2n-io — Hydrurc de naphtaline C^ORio

ge — C2«H2n-i2 — Naphtaline C^^H»

9e — C2nH24-i4 __ Acénaphtèuc C-^^hio

IQe — . C2i^H2n-i6 Fluorène C^^H^o

118 c2nH2"-i8 — Anthracène C^SH^^

12e — C2"H2""2o — Fluoranthrène . . . . C^oftio

13e c2"H2«-22 — Pyrène C^^H^^

14e C5i^H2"-z4 Chrysène C^^^^

15« — C^^tF^'-^ô Dinaphtyle C^^H^^

11 existe encore un grand nombre de carbures moins hydrogénés, par exemple ceux qui résultent de l'action de la chaleur rouge sur les produits les plus fixes de l'huile de pétrole. Etant donné un carbure quelconque, on voit qu il est toujours facile de le classer, chaque série comprenant tous les corps homologues qui présentent le même rapport entre le carbone et l'hydrogène.

Préparation des carbures d'hydrogène, i° Par analyse. On les obtient dans une foule de réactions, par la décomposition de matières organiques plus ou moins complexes. Parfois la décomposition s'opère suivant une loi très simple, avec perte d'acide carbonique et des éléments de l'eau, de manière à enlever tout l'oxygène sous l'une ou l'autre de ces deux formes. C'est ainsi que le gaz des marais dérive de l'acide acétique par perte d'une molécule d'acide carbonique :

De même, l'acide benzoïque engendre la benzine :

La séparation peut s'eflectuer sur la seule influence de la chaleur. Tel est le cas de l'acide phénylpropiolique, qui fournit à 120"* l'acéténylbenzine :

C18H804— C-^O^— C^^fls.

Mais, le plus souvent, il faut faire intervenir un agent énergique, comme un alcali ; avec l'acétate de sodium et la chaux sodée, par exemple, on obtient du formène :

C^H^NaO^ + NaH02 =: C^Na^O^ + C^H^.

D'autres carbures dérivent des alcools par perte des éléments de Teau, sous l'influence d'un agent déshydratant, comme l'acide sulfurique. On obtient par ce moyen l'éthylène et des homologues :

CWO2 — IFOsr^C^H^.

De même, l'alcool amylique fournit de l'amylène en présence du chlorure de zinc :

C10H1202— nw=zC^m^^,

Non seulement les acides organiques et les alcools peuvent engendrer des carbures d'hydrogène, mais encore les aldéhydes, les acétones, les carbonyles, et une foule de composés ternaires. Traite-t-on le camphre par le perchlorure de phosphore, on obtient un composé chloré qui

— un

CARBURES

perd son chlore par le sodium et fournit un campnène cristallisé :

C20H16C12 +Na2 = 2NaCl + C20Hi«.

L'introduction des haloïdes dans les molécules organiques est d'un grand secours pour préparer les carbures d'hydrogène ; on enlève ensuite le chlore, le brome ou l'iode au moyen de la potasse alcoolique. Ainsi se préparent rallylène, le propylacétylène, l'acéténylbenzine : CmKi^ — 2HG1 — C«H4 (allylène).

Ciofl^oCl^ — 2HC1 ~ C^m^ (propylacétylène). GieRioCl^ — 2HC1 ™ G^^H» (acéténylbenzine).

Parfois, cependant, une partie de l'hydrogène se trouve remplacée par l'haloïde. Tel est le cas du brome qui, en réagissant directement sur l'acide succinique, engendre de l'hydrure d'éthylène télrabromé, dérivé normal de Thydrûre d'éthylène (Bourgoin) :

C8H608 + 4Br2 = 4HBr -{- G^H^Br^

L'acide iodhydrique est un puissant réducteur qui permet, à une température élevée, de changer la glycérine en propylène (Berthelot), la mannite et la dulcite enhydrure d'hèxylène (Wankyln), l'érythrite en butylène (de Luynes), la quercite en benzine, etc. C'est par un mécanisme analogue, c.-à-d, par des phénomènes de réduction ou de déshydratation, qu'on peut se rendre compte des carbures d'hydrogène qui se forment dans plusieurs électrolyses : sous l'influence de l'oxygène qui prend naissance au pôle positif, une partie du carbone et de l'hydrogène peut se détacher de la molécule pour former de l'acide carbonique et de l'eau (Bourgoin). Un carbure d'hydrogène étant donné, on peut en dériver d'autres carbures par hydrogénation et déshydrogénation, comme il sera dit plus loin.

Les carbures d'hydrogène ne dérivent pas toujours aussi régulièrement d'une matière organique : il n'existe souvent aucun rapport simple entre le corps décomposé et les carbures engendrés dans la réaction. Oistille-t-on l'acide oléique, on obtient une toule de produits, parmi lesquels dominent les carbures éthyléniques ; les acides gras bruts, dans la vapeur d'eau surchautifée, donnent de préférence des carbures saturés, analogues à ceux qui constituent les pétroles d'Amérique. Les matières organiques complexes, comme le bois, le succin, les résines, les baumes, la houille, etc., à une haute température, donnent à la distillation sèche des carbures extrêmement variés; les plus remarquables sont ceux qu'on rencontre dans le goudron de houille : la benzine et ses homologues, le diphényle, la naphtaline, le fluorène, l'aeénaphtène, l'anthracène, etc., corps dont la formation est une conséquence nécessaire de la théorie générale des carbures pyrogénés, comme l'ont démontré les belles expériences de M. Berthelot. En dehors des matières organiques, les carbures peuvent encore se produire dans des conditions spéciales : traite-t-on la fonte blanche magnésifère, contenant 5 à 6 % de carbone par l'acide sulfurique étendu, il se dégage un mélange de carbures éthyléniques et forméniques; parnu ces derniers, on a caractérisé l'hydrure de décyle, Q20||22^ les hydrures d'undécyle, de duodécyle, de tridécyle, de trétradécyle, de pentadécyle, d'hexadécyle.

Û° Par synthèse. Pour réaliser la synthèse des carbures d'hydrogène, M. Berthelot a opéré sur les composés oxygénés du carbone, le sulfure de carbone et les chlorures de carbone, les acétates et les butyrates ; il a ensuite combiné directement le carbone avec l'hydrogène, ce qui fournit l'acétylène, puis les carbures pyrogénés, comme la benzine, le styrloène, la naphtaline. La transformation des composés oxygénés du carbone en carbures a pour point de départ la conîbinaison directe de l'oxyde de carbone avec les éléments de l'eau, réaction qui s'effectue en vase clos, en présence de la potasse caustique, d'où résulte du formiate de potassium :

On transforme ce sel en formiate de baryum, qu'on

soumet ensuite à l'action de la chaleur, ce qui fournit du formène, de l'éthylène, du propylène, conformément aux réactions suivantes :

4G^HBa04 — G^Ba^Ù^ + G^O^ 4- G^^H*.

SG^HBaO^ =z 4G^BaW -f- ^G^O^* + C^H^ + 21F, etc. Ainsi, l'oxyde de carbone, uni aux éléments de l'eau, donne l'acide formique, et le formiate de baryum, à la distillation sèche, engendre des carbures forméniques et éthyléniques. On arrive à des résultats analogues en faisant passer dans un tube rougi, contenant du cuivre, des vapeurs de sulfure de carbone et d'hydrogène sulfuré ou de l'hydrogène phosphore gazeux, ou encore des chlorures de carbone vaporisés dans un courant d'hydrogène. A une température comprise entre le rouge sombre et le rouge vif, le protochlorure, le sesquichlorure et le perchlorure de carbone fournissent du gaz des marais et de l'éthylène, tandis que le chlorure de Jiilin ou benzine perchlorée engendre surtout de la naphtaline. Pour effectuer la synthèse de carbures encore plus complexes, M. Berthelot a opéré sur les carbures qui prennent naissance dans les réactions précédentes : il a transformé l'éthylène par exemple en alcool éthylique, et ce dernier, chauffé au rouge, fournit de la benzine et de la naphtaline, etc. En poursuivant ses études synthétiques, le même savant est parvenu à combiner directement le carbone avec l'hydrogène, sous l'influence de l'étincelle électrique : il se produit de l'acétylène, carbure fondamental, que l'hydrogène naissant transforme en éthylène et en hydrure d'éthylène; que la chaleur seule polymérise avec production de benzine : d'autre part, l'éthylène et la benzine se combinent au rouge avec production de styrolène, G^^H^, lequel donne à son tour de la naphtaline. Ces réactions pyrogénées sont pour ainsi dire indéfinies et paraissent n'avoir d'autres limites que la stabilité des carbures qu'on veut obtenir. Ce sont là des synthèses totales, puisqu'on prend pour point de départ les deux éléments constituants, le carbone et l'hydrogène. Depuis que M. Berthelot a fait connaître les synthèses qui précèdent, d'autres méthodes ingénieuses ont été imaginées : Wurtz a pu préparer des radicaux mixtes alcooliques ; Filtig et Tollens ont effectué la synthèse des homologues de la benzine et de leurs isomères en attaquant des carbures bromes par l'iodure de méthyle, en présence du sodium ; Zincke traite ceux-là par l'argent ou le cuivre et l'acide monochloracétique ; Baeyer et ses élèves ont fait réagir les carbures aromatiques sur les aldéhydes, les phénols, le chloral. Introduiton, par exemple, de la benzine dans une solution fortement refroidie de paraldéhyde, il y a production de diphényléthane, G'^H^* .

Friodel et Grafts font réagir l'aluminium en feuilles minces ou en limaille sur les chlorures organiques. C'est ainsi que, dans ces conditions, le chlorure d'amyle fournit de nombreux hydrocarbures, les uns gazeux, les autres liquides, saturés ou non.

Propriétés physiques. Les carbures d'hydrogène les plus simples sont gazeux à la température ordinaire, comme le formène, l'acétylène, l'éthylène, l'allylène. D'après Gailletet, ils sont tous liquéfiables sous la double influence du froid et de la pression ; l'acétylène se liquéfie à 10^ sous une pression de 63 atmosphères, l'éthylène vers 4<*, sous la pression de 46 atmosphères. D'autres carbures, extrêmement volatils, se placent à la limite des gaz et des liquides comme le butylène, son hydrure et leurs isomères, le crotonylène et le diacétylèné, qui se liquéfient vers zéro ; l'amylène, l'hexylène, la benzine et le toluène sont moins volatils ; ceux dont l'équivalent est encore plus élevé, comme la naphtaline, le fluorène, l'accnaphtène, l'anthracène, sont solides et cristallisables. En général, les carbures d'hydrogène sont peu ou point solubles dans l'eau, leurs dissolvants étant l'alcool, le sulfure de carbone, le chloroforme, les essences de pé-

CARBURES

trole. Gerhardt a fait la remarque que le point d'ébullition d'un carbure est, en thèse générale, d'autant plus élevé que le poids moléculaire est plus considérable ; que de deux carbures qui contiennent la même quantité de carbone, c'est le plus hydrogéné qui est le plus volatil ; que si le nombre d'équivalents d'hydrogène est le même, c'est le plus carburé qui a le point d'ébullition le plus élevé. Exemples :

Formules. Points d'ébullition

Hexvlène C^m^^ .... 68-72^

Benzine C^^H^ .... 80o

Hydrure d'amjlène. C^m^^ .... 30« Amylène. ...... r/oRio- .... 390

Cum'ène . .*.*././ àm^' .'..*. *i8Ô« *

Toluène C^^H» .... lllo

Naphtaline C^^Hs .... 21 8«

Suivant Gerhardt, le point d'ébullition est soumis à une loi très simple : il s'élève ou s'abaisse d'un certain nombre de degrés, suivant le nombre d'équivalents de carbone et d'hydrogène contenus dans la molécule ; il admet que pour la même quantité d'hydrogène, celui qui renferme în équivalents de carbone en plus entrera en ébullition à une température de n fois 35^5 en plus. Cette loi n'est qu'approximative, car il existe plusieurs carbures isomères répondant par conséquent à la même formule, mais dont les points d'ébullition sont différents. Enfin, toujours d'après Gerhardt, pour chaque équivalent d'hydrogène introduit dans la molécule, le point d'ébullition s'abaisse de 7^5, valeur qui n'est qu'approximative. A la suite de ses recherches sur les points d'ébullition des corps polymères, Kopp a formulé les conclusions suivantes : 1° dans les carbures homologues qui appartiennent à la même série, la différence des points d'ébullition est proportionnelle à la différence de formules ; 2° cette différence pour C^H^ est en moyenne de lO'*. Ces règles, d'ailleurs, ne sont pas générales, car elles souffrent de nombreuses exceptions, comme on peut le voir ci-après :

Formules. Ebullition.

Benzine . . . C^^hô 80^4 ) j... oqo«

Toluène . . . C/m^ ilO« \ ^^^' — ^^ ^

Xylène. . . . C^^Hio .... 139» Dif. = 29^

Cumolène . . C^^'^ .... 465<> Dif. ^ 26«

Cymène. . . C^ofli^ .... 480« Dif. =z 45^

« Les règles que j'ai établies, dit Kopp, n'ont pas la prétention d'être des lois générales, mais elles nous dévoilent les rapports très simples qui existent entre la composition chimique des carbures et leurs propriétés physiques. » En appliquant les lois de Kopp aux carbures saturés, on observe que la différence entre les points d'ébullition diminue à mesure qu'on s'élève dans la série et que cette diminution, très rapide pour les premiers termes, se ralentit graduellement.

Action de là chaleur. — Carbures pyrogénés. En étudiant avec soin l'action de la chaleur sur les carbures d'hydrogène, M. Berthelot a pu déduire de cette étude la théorie des carbures pyrogénés. Regnault, le premier, a fait la remarque que l'essence de thérébenthine se modifie lentement sous l'influence de la chaleur, et Bouchardat a vu que la chaleur avait pour effet de diminuer la valeur du pouvoir rotatoire ; de son côté, précisant ces observations, M. Berthelot a reconnu que les altérations, en dehors du contact de l'air, commencent au-dessus de 200° et deviennent très rapides vers 300^ ; au-dessus de cette température, on observe des phénomènes de décomposition ; ainsi le térébenthène dégage lentement de l'hydrogène et le transforme en cymène : C'^hiô ^^z^q2o^z4. mais au-dessous de 300^, il ne s'agit que de transformations isomériques ou polymériques, on obtient des carbures nouveaux, comme l'isotérébenthène C^^H^^, le raétatérébenthène (C^^fl^^f , etc.; corps encore doués du pouvoir rotatoire. L'effet est ici moins énergique que lorsqu'il

s'agit d'agents puissants, comme l'acide sulfurique qui engendre du térébène et du colophène, corps dépourvus de pouvoir rotatoire. Au rouge vif, la décomposition est profonde : le térébenthène se scinde en carbone, hydrogène, acétylène, carbures benzéniques (Berthelot). Des remarques analogues s'appliquent au styrolène, que la chaleur transforme en métastyrolène, carbure polymère ; à la paraffine, que la distillation change en carbures forméniques et éthyléniques. Mais les transformations les plus nettes sont celles qui s'appliquent aux carbures les plus simples. Chauffé au rouge vif dans un tube de porcelaine, le formène éprouve, d'après M. Berthelot, une série de condensations, avec perte d'hydrogène, d'où résultent de l'acétylène, de la naphtaline,*^ des corps goudronneux; à la chaleur de ramollissement du verre, l'acétylène se résout en benzine, naphtaline, styrolène et hydrogène libre, tandis qu'au rouge vif, il se décompose presque totalement en charbon et en hydrogène. Il ne s'agit pas ici de réactions comparables aux phénomènes de dissociation, mais d'une série de combinaisons graduelles, engendrant des condensations successives. Soumet-on maintenant ces corps condensés à l'action d'une température encore plus élevée, tantôt on reproduit partiellement les générateurs, tantôt on détermine le départ d'une certaine quantité d'hydrogène, avec production de carbures complexes, de plus en plus riches en carbone, de plus en plus pauvres en hydrogène ; finalement, il reste comme résidu un charbon encore hydrogéné, représentant la limite extrême de ces condensations successives. En résumé, dit M. Berthelot, « la décomposition de l'acétylène se fait suivant deux phases successives : la condensation polymérique, puis la résolution graduelle des polymères en éléments ; entre ces deux phases, la première est surtout manifeste ; au rouge vif, on n'observe guère que le résultat final de la deuxième phase, la résolution des polymères en leurs éléments ». Chauffé dans une cloche courbe, à la manière de l'acétylène, l'éthylène est attaqué partiellement : il y a formation d'un peu d'acétylène, de quelques produits goudronneux et d'une portion notable d'hydrure d'éthylène, conformément à l'équation suivante ;

A son tour, l'hydrure d'étylène est attaqué lentement, son volume augmente peu à peu, car il se dédouble partiellement en hydrogène et éthylène :

C4H«==CW-l-H2.

Ce qui explique pourquoi l'éthylène et l'hydrogène, sous l'influence d'une chaleur prolongée, ne se combinent pas intégralement, puisque la réaction inverse tend à se manifester. Les carbures éthyléniques et forméniques, à équivalents plus élevés, donnent lieu à des transformations analogues ; l'hydrure d'amylène, par exemple, fournit un mélange de carbures éthyléniques, de carbures forméniques et d'hydrogène; avec l'acétylène, on observe la formation du gaz des marais, de l'éthylène et de son hydrure, du propylène et du butylène, des hydrures de propylène et de butylène. En s'appuyant sur ces résultats expérimentaux, M. Berthelot a pu rendre compte de la formation simultanée des carbures homologues dans les distillations sèches, dans celles des formiates, des acétates, des buty rates ; ces derniers, par exemple, au point de vue théorique, devraient seulement donner, sous l'influence des alcalis, de l'hydrure de propylène :

C^H^NaO^ -|-NaH02 = C^Na^O^ -f- C^Hs, au même titre que les acétates qui ne fournissent guère que du formène ; mais l'expérience démontre qu'il se dégage simultanément de l'hydrogène, du formène, de l'éthylène et de l'hydrure d'éthylène, du propylène et son hydrure, ce qui tient évidemment à ce que ce dernier n'est pas stable dans les conditions de l'expérience. A la haute température à laquelle il est soumis, il perd de l'hydrogène et se transforme partiellement en propylène :

CARBURES

C^Hs =: C^H^ H- H^, tandis qu'une autre portion se scinde en forraène et en éthyîène :

C«H«zz:C2H4+CW.

D'un autre côté, en présence de Fhydrogène libre, Féthylène se change en hydrure :

C^H^ + H^^C^Hô.

Avec la benzine en vapeurs, traversant lentement un tube de porcelaine rougi, une portion résiste, une autre donne par condensations successives : 1^ du phénylCy produit principal delà réaction : SCi^H^ — H^rmC^^H^o ; 20 de rhydrure de triphénylène, SC^^hô m^=:C^m^ * et du triphénvlène, corps plus volatil, encore plus condensé : SCA'm — ^W — C36Hi^; 3o du benzérythrène, carbure orangé, solide, qui ne distille plus qu'à une température voisine du rouge sombre ; 4^ du bitumène, carbure goudronneux brillant, fragile, qui n'est plus sensiblement volatil. Dans l'action de la chaleur sur la benzine, on n'observe ni la formation du styrolène, ni celle de la naphtaline, du l'anthracène et des carbures benzéniques, du moins en quantités appréciables (Berthelot). Avec le toluène, au rouge vif, on obtient de la naphtaline, du dibenzyle, de ditolyle, du chyrène, accompagné d'un peu de benzéry thrène ; les gaz qui se dégagent sont constitués par de l'hydrogène contenant quelques traces de formène et d'acétylène. Avec l'homologue supérieur du toluène, le xylène du goudron de houille, on recueille de la benzine, du toluène, produit principal, de la naphtaline, de l'anthracène, des carbures bitumineux contenant sans doute du chrysène et du benzéry thrène; mêmes résultats avec le cumolène. « Pour comprendre ce qui se passe dans ces réactions, dit M. Berthelot, il est essentiel de rappeler que la benzine, chauffée au rouge, ne fournit aucune trace de naphtaline, tandis que tous ses homologues fournissent ce produit en quantité considérable ; cette circonstance est capitale, car elle signale la nécessité d'un résidu forménique pour constituer la naphtaline. Or, un tel résidu est clairement indiqué par les équations dès qu'on met en évidence le formène qui convient à constituer le toluène :

c'est donc le résidu (C^H), associé avec le résidu benzénique (C^^H^), qui concourt à former la naphtaline. Ce sont précisément les mêmes résidus qui engendrent l'anthracène. Il importe de remarquer que le résidu forménique, qui intervient ici, est encore le même qui, à l'état libre, se double pour constituer l'acétylène : ^^(C^H) = C-^H^. J'ai déjà établi cette relation par une expérience sur la formation de l'acétylène, soit au moyen du formène décomposé par la chaleur

2C2H^=z=C4H2 + 3H% soit au moyen du chloroforme décomposé par le cuivre,

2(r/HCl3)rrrC4H2-f-3C13.

La formule de la naphtaline peut donc être rattachée à l'acétylène, comme le montre l'équation ci-contre :

C20H8-,ci2H^[(C^H)2]2 — Ci2H4(C4H^[C4H2]).»

D'ailleurs, l'expérience démontre que l'acétylène réagi directement au rouge naissant sur les hydrocarbures. Vers 6 à 700**, la plupart de ces derniers peuvent réagir les uns sur les autres avec dégagement de chaleur, comme il arrive le plus souvent en chimie minérale. Seulement, le concours du temps est nécessaire : les carbures n'entrent pas brusquement en réaction, ils ne réagissent que lentement entre eux pour former des molécules de plus en plus compliquées. Voici comment on peut résumer, avec M. Berthelot, les principes qui président à la formation des carbures pyrogénés : 1^ Condensation moléculaire et décomposition inverse; en vertu de la condensation, un carbure se polymérise, engendre des carbures nouveaux, formés par la réunion de plusieurs molécules du générateur; ces condensations sont réci-

proques avec la décomposition des carbures complexes en carbures plus simples ; 2° Combinaison directe des carbures avec Vhydrogène, et décomposition inverse des carbures d'hydrogène en carbures moins hydrogénés. 3*^ Combinaison directe des carbures les uns avec les autres, et décomposition inverse. Les premiers méca-nismes représentent la synthèse pyrogénée; les trois mécanismes inverses, l'analyse pyrogénée.

Il est maintenant facile, d'après ce qui précède, de se rendre compte de la présence des carbures d'hydrogène dans la nature. La houille, dont l'origine organique est certaine, provient de végétaux qui ont été soumis à l'action du teu central ; elle a dû se former à la suite d'une sorte de distillation sèche, d'où résultent ces pétroles, ces naphtes, ces bitumes naturels, qu'on rencontre si abondamment dans plusieurs localités. Toutefois, une partie des produits peut avoir une autre origine, si on admet avec Daubrée qu'au-dessous de la croûte terrestre, il existe des métaux alcalins à l'état de liberté. Supposons que ces derniers arrivent au contact de l'acide carbonique, il en résultera des acétylures, conformément aux expériences de M. Berthelot; que ces acétylures soient ensuite soumis à l'action de la vapeur d'eau, sous pression, il se formera de l'acétylène, qui, sous l'influence de la haute température à laquelle il est soumis, engendrera des produits de condensation, c.-à-d. des pétroles, des goudrons, des paraffines, des bitumes, etc. Dans cet ordre d'idées, on peut donc concevoir l'origine purement minérale d'une partie des carbures naturels, en prenant pour point de départ l'acétylène.

Action de l'hydrogène sur les hydrocarbures. — Hydrogénation et Déshydrogénation. — L'hydrogène libre réagit sur la plupart des carbures, mais seulement à une haute température. Les résultats ne présentent quelque netteté qu'avec les composés les plus simples ; c'est ainsi que l'acétylène, à la température de fusion du verre, se change successivement en éthyîène et hydrure d'éthylène. Avec les carbures complexes, on observe des réactions secondaires qui viennent parfois singulièrement corn* pliquer le phénomène ; le styrolène, par exemple, donne au rouge vif de la benzine, de l'éthylène et de l'acétylène. La chaleur et l'hydrogène libre ne peuvent donc servir, en général, à l'hydrogénation et à la déshydrogénation des carbures d'hydrogène, en raison des nombreuses complications qui se produisent et aussi des équilibres pyrogénés qui viennent limiter les réactions. Pour hydrogéner régulièrement un carbure, on introduit parfois dans sa molécule un corps halogène, qu'on remplace ensuite par l'hydrogène, à une température plus ou moins élevée ; mais ce procédé est limité et ne s'applique guère qu'aux composés très stables. On arrive plus sûrement au résultat par l'emploi de l'hydrogène naissant. Chaufle-t-on le bromure d'éthylène avec de l'eau et de l'iodure de potassium, à une température de 270<*, il y aura production de différents gaz, parmi lesquels domine l'bydrure d'éthylène (Berthelot). En attaquant les éthers iodhydriques par le zinc ou le sodium, Frankland a obtenu les carbures désignés sous les noms de méthyle, d'amyle, d'allyle ; si on opère en présence de l'eau, il y aura production de carbures forméniques. On peut aussi attaquer certains bromures par le zinc et l'acide chlorhydriqueou par l'amalgame de sodium, réactions qui fournissent de l'hydrogène naissant. C'est ainsi que le bromure de décylène, traité par l'amalgame, se transforme en hydrure de décylène : C20H20Br2 4. 2P =z mBv-hC^WK

On transforme de la même manière l'anthracène en hydrure d'anthracène ; on peut aussi chauffer le carbure avec le quart de son poids de phosphore amorphe et cinq fois son poids d'acide iodhydrique concentré, à une température de 160-170*». Chauffé à son tour vers 200<*, avec l'acide iodhydrique, l'hydrure fixe encore une molécule d'hydrogène :

CARBURES - 348

L'emploi de Tacide iodhydrique, comme corps bydrogénant, a été découvert et généralisé par M. Berthelot. Pour réussir, il faut se servir d'un acide très concentré, d'une densité de 1,7, et même de 4,8; il faut, en outre, pour provoquer une saturation complète, employer un grand excès d'hydracide. Par exemple, pour saturer complètement la benzine C^^H^, et pour la transformer en hydrure d'hexylène, M. Berthelot a reconnu qu'il faut employer un poids d'hydracide environ cinq fois supérieur à celui qui est indiqué par la théorie, soit 80 à 100 fois le poids de la substance sur laquelle on opère. Il faut opérer au voisinage de 280°, mais se garder de dépasser cette température, les tubes scellés ne pouvant guère résister à une température voisine de 300*^; enfin, il est nécessaire de prolonger les expériences pendant 10 à 12 heures, parfois pendant 24 heures. Appliquée aux carbures d'hydrogène, cette méthode a fourni à M. Berthelot les résultats suivants : tandis que les carbures forméniques ne sont pas modifiés et résistent énergiquement, les carbures étbyléniques et acétyléniques sont transformés en carbures saturés. Les derniers, par exemple, s'assimilent d'abord deux molécules d'hydracide, et la réaction finale est la suivante :

C^nHSn-a -4- 4HÏ = 212 -h C^nH^^ + 2.

Avec la benzine, huit molécules d'hydracide entrent en réaction :

C12H6 + 8HI =2 4F + Ci^Hi^.

Même réaction avec le chlorure Julin (benzine perchlorée) :

C12C16 +2HI =z 10F + 6HCI + C^m^K

Le toluène, le xylène, le cumolène, le cymène fournissent successivement, par hydrogénation complète, leshydrures d'heptylène, d'octylène, de nonylène et de décylène. Avec les carbures complexes, on obtient souvent des dédoublements qui sont en rapport avec la structure moléculaire. Ainsi l'éthylbenzine donne bien comme produit principal de l'hydrure d'octylène ou éthylhexylène, mais on observe comme produits accessoires la formation des hydrures d'éthylène et d'hexylène :

C12Hi2(C4H6) + H2 =r C*2H14 | CW.

Les séries polyéthylénique et polypropylénique se comportent d'une manière analogue; le diamyle, qui appartient à la série polyamylique donne un hydrure de décylène, accompagné d'un peu d'hydrure d'amylène. Même phénomène avec les carbures camphéniques ; avec le térébenthène C'^^H*^, on peut obtenir successivement : L'hydrure de camphène G^^H^^

— de terpilène C^oR^o

— de décylène C^m^^.

Le tout accompagné d'une quantité variable d'hydrure

d'amylène :

C20Hi6|4H2-2C^oHi2.

Lorsque la réaction est incomplète, on voit même apparaître des carbures benzéniques : double circonstance qui s'explique en remarquant que la série camphénique établit en quelque sorte le passage entre la série grasse et la série aromatique.

La plupart des matières charbonneuses n'échappent pas à cette méthode universelle d'hydrogénation. C'est ainsi que le bitumène, chauâé à 275^ avec 100 fois son poids d'hydracide, fournit de l'hydrure d'hexylène comme produit principal; puis, comme produits secondaires, une trace de benzine, un carbure oléagineux et une substance charbonneuse. Le carbone pur retiré du bois de fusain, fournit par l'acide nitrique un composé brun que l'acide iodhydrique transforme à son tour en carbures d'hydrogène ; mais le coke, le graphite naturel, le carbone dépouillé d'hydrogène par le chlore au rouge, sont inattaquables par le réactif. M. Berthelot résume ainsi qu'il suit toutes les expériences relatives aux: carbures d'hydro-

gène et à l'emploi de l'acide iodhydrique : 1^ en générai, un composé organique quelconque^ est changé en un carbure d'hydrogène saturé, renfermant le même nombre d'équivalents de carbone dans sa molécule ; 2^ les carbures non saturés et autres corps non saturés se saturent graduellement d'hydrogène, de manière à fournir une série de termes intermédiaires; 3*^ le chlore, le brome et Viode^ introduits dans un molécule organique, sont d'abord remplacés par l'hydrogène, avant d'être transformés en carbures saturés; 4° les éléments de Veau sont d'abord remplacés par un égal volume d'hydrogène dans les alcools, les acides-alcools et autres composés à fonction mixte ; 5° les aldéhydes et les acétones fixent de l'hydrogène par addition, en môme temps qu'ils échangent les éléments de l'eau contre un égal volume d'hydrogène; 6<^ tandis que les acides à fonction simple échangent leur oxygène contre l'hydrogène, les acides bibasiques engendrent d'abord des acides monobasiques, lesquels sont ensuite transformés en carbures d'hydrogène; 7° les éthers composés se scindent en deux hydrures saturés, correspondant à l'alcool et à l'acide générateurs; 8^ les alcalis organiques reproduisent l'ammoniaque et les carbures générateurs ; il en est de même des amides et des nitriles.

La déshydrogénation des carbures d'hydrogène a permis de préparer un certain nombre de corps nouveaux ; à ce point de vue, elle constitue une méthode particulière de préparation des carbures d'hydrogène. En laissant de côté la chaleur, qui tend à séparer de l'hydrogène, le moyen le plus général de déshydrogénation consiste à introduire ^n corps haloïde dans la molécule, soit par addition, s'il s'agit d'un composé non saturé, soit par substitution, puis à enlever les éléments de l'hydracide correspondant avec la potasse alcoolique ou l'éthylate de sodium. C'est par ce moyen que Sawitsch a pu transformer le propylène en allylène, Téthylène en acétylène. Lorsqu'on attaque l'éthylène monobromé par l'amylate de sodium, dans un malras clos et chauffé au bain-marie, il se forme un abondant précipité de bromure de sodium et on obtient de l'acétylène, qui se dégage à l'ouverture des matras :

C^H^Br + GioRiiNaO'^ z=z C^m^^O'^ + NaBr + G^H^.

Cette réaction, qui est générale, permet de passer des carbures étbyléniques aux carbures acétyléniques. A l'aide du même procédé, Caventou a transformé le butylène en crotonylène : C^H» — H^ == C^H^. Reboul a obtenu le valéryîène en chauffant pendant plusieurs heures l'amylène brome avec une solution alcoolique de potasse caustique : C^oHgg^ Hgp __ ç^io^s^ Ce nouveau carbure, amené à l'état de valéryîène brome, donne à son tour le valylène : C^oH'Br — HBr— C^^H^ On a donc la série suivante pour les carbures à 10 équivalents de carbone :

Hydrure d'amylène. .. C^^^^

Amylène C^^^

Valéryîène C^^H^

Valylène • G^W.

Appliquant la même méthode au diamylène, Bauer a enlevé à ce carbure deux équivalents d'hydrogène, en passant par son bromure C^Hi^^Br^, d'où résulte le rutylène :

C20H2ogr2 ^iJBr i= C^oRis.

On combine ensuite le rutylène avec le brome, ce qui fournit un bromure C'^^H^^Br^, qui, en perdant deux molécules d'acide bromhydrique, engendre à son tour un térébenthène, C^oRis :

C20Hi8Br2 — 2HBr= C^oRifi.

En résumé, cette méthode de bromuration permet de passer régulièrement d'un carbure saturé à tous les autres carbures non saturés, renfermant le même nombre d'équivalents de carbone que le générateur.

CARBURES

Action des halogènes. — Les dérivés chlorés, bromes et iodés des carbures ne se rencontrent pas dans la nature ; on les obtient artificiellement dans les laboratoires par des méthodes générales qui sont d'une grande importance au point de vue synthétique; quelques-uns d'entre eux sont employés en médecine, comme le chloroforme; dans les arts et Tindustrie, comme les dérivés bromes de l'anthracène ; la plupart d'entre eux servent d'intermédiaires comme procédés de synthèse, ce qui leur donne une importance exceptionnelle en chimie organique.

Dérivés chlorés. Le chlore peut réagir sur les carbures pour engendrer des produits d'addition, de substitution, ou à la fois d'addition et de substitution lorsqu'on opère sur des molécules non saturées. Dans toutes ces réactions, le carbone est respecté, le dérivé chloré renfermant le même nombre d'équivalents de carbone que le générateur. Le phénomène de substitution, qui est le plus important, s'effectue suivant une loi très simple : l'hydrogène est remplacé par le chlore, équivalent par équivalent, de telle sorte que la somme des équivalents d'hydrogène qui entrent dans la molécule et ceux du chlore ajouté est égale à la somme primitive des équivalents d'hydrogène. Avec le f ormène par exemple, on obtient les dérivés suivants :

Formène ou gaz des marais C41^

— monochloré C^H^Cl

— dichloré C^H^CF

— trichloré ou chloroforme. CTIGI^

— tétrachloré C^Cl^.

Les composés chlorés se préparent tantôt au moyen du chlore libre, tantôt avec du chlore naissant, provenant de corps peu stables, comme le chlorure d'iode, le perchlorure de phosphore. Dans le cas du chlore libre, la lumière favorise singulièrement la réaction. Mélange-t-on du chlore humide avec du formène, il ne se manifeste aucune réaction dans l'obscurité ; à la lumière diffuse, il y a formation d'éther méthylchlorhydrique ou formène monochloré, tandis que le mélange fait explosion lorsqu'on l'expose à l'action directe des rayons solaires ; dans ce dernier cas, il y a intlammation, avec dépôt de carbone et dégagement d'acide chlorhydrique :

CTi^ + 2CF =z ma + C/.

La lumière exerce en outre une influence prépondérante sur la quantité d'hydrogène susceptible d'être éliminé. Ainsi, la liqueur des Hollandais, C'^H'^Cl^, n'est transformée en chlorure de carbone C^Gl^ que sous l'influence directe des rayons solaires :

C^H^cp + 4C12 = 4HC1 4- C^Cl^.

Ces réactions sont d'ailleurs du même ordre que l'union directe du chlore avec l'hydrogène, c.-à-d. qu'elles sont exothermiques; d'après Bunsen etRoscoë,ily a absorption des rayons lumineux, surtout des rayons les plus rétrangibles. Pour faciliter l'action du chlore, il est souvent utile d'élever la température, parfois même de réduire l'hydrocarbure en vapeur, comme dans le cas du toluène, du xylène. On emploie aussi les dissolvants, comme le chlorolorme, l'acide acétique glacial. L'emploi du chlore naissant est utilisé à chaque instant pour chlorurer les carbures : le perchlorure d'antimoine (Re|nault), un mélange de bichromate de potassium et d'acide chlorhydrique (Church), le chlorure d'iode (MûU 1er), sont les agents les plus efficaces. En faisant passer un courant de chlore sec dans de la benzine tenant en dissolution une petite quantité d'iode, Jungfleisch a obtenu tous les dérivés chloro-substitués de ce carbure d'hydrogène (V. Benzine). Règle générale, la substitution du chlore à l'hydrogène augmente la densité, élève les points de fusion et d'ébuUition. D'après la remarque de Jungfleisch, les dérivés par substitution impaire sont beaucoup plus fusibles que ceux dans lesquels la substitution porte sur un nombre pair d'équivalents d'hydrogène. Pour chaque équivalent substitué, le volume spécifique

augmente d'une quantité sensiblement constante , soit 47,37 en moyenne; en outre, Taugmentation due à une substitution paire est toujours plus faible que celle qui répond à une substitution impaire. Des remarques analogues s'appliquent aux dérivés bromes et iodés.

Dérivés bromes. Le brome réagit moins énergiquement que le chlore sur les molécules organiques; comme, d'autre part, les dérivés bromes sont plus facilement attaqués, soit par la chaleur, soit par les réactifs, ils se prêtent mieux que les dérivés chlorés aux doubles décompositions, à la formation des corps ternaires, par suite de l'échange des éléments de l'acide bromhydrique contre les éléments de l'eau. C'est pourquoi le bromure d'éthylène est plus aisément transformé en glycol que le chlorure correspondant :

C^H^Br^-i- 2H^0^ =z 211Br + C^IFO^.

Le brome libre est le plus souvent employé pour effectuer la bromuration, soit à froid, soit à chaud et en vase clos ; la réaction est singulièrement favorisée par les rayons solaires, ou par la présence d'un peu d'iode, de chlorure d'aluminium. Gustavson a préconisé l'emploi du bromure d'aluminium pour bromurer les carbures aromatiques, par ce moyen, même à la température ordinaire, tout l'hydrogène de la benzine est remplacé par du brome : C^^H^ + 6Br^zir: 6HBr-i-Ci%^

Avec le toluène, on obtient un dérivé pentabromé; avec le mésitylène, un dérivé trisubstitué ; le cymène se scinde en toluène pentabromé et en bromure d'isopropyle, la naphtaline fournit de la naphtaline perbromée, Q20|^p8 . ]3j.gf^ \^ méthode est très générale. Au lieu de prendre un carbure libre pour point de départ, il est souvent plus commode de se servir d'un dérivé brome, iodé ou même nitré : les iodures de méthyle et d'éthyle sont énergiquement attaqués par le brome libre pour engendrer respectivement du formène tétrabromé et de l'éthane hexabromé ; avec le bromure d'allyle et le brome, vers 200°, on obtient de l'éthane pentabromé, C^HBr^ ; dans des conditions analogues, vers 250**, la nitrobenzine fournit une téirabromobeozine C^^H'^Br^ fusible à 175^, etc. Enfin, plusieurs composés oxygénés, soumis à l'action du brome, engendrent des dérivés bromes ; c'est ainsi que le produit obtenu de l'action du brome sur l'acide malonique est le bromoforme, que l'acide succinique engendre successivement de l'acide dibromosuccinique et de l'hydrure d'éthylène tétrabromé, isomère avec le perbromure d'acétylène (Bourgoin) :

C;8H4b/o« -f- 2Br^ „ 20^0^ + 2HBr + G^H^Br^.

Vers 150^, l'acide pyrotartrique, en présence du brome et de l'eau, se change en bromhydrate d'éthylène tribromé, etc. Quel que soit le procédé employé, les carbures bromes présentent avec les carbures générateurs des relations du même ordre que celles qui ont été indiquées à propos des dérivés chlorés : le brome se substitue à l'hydrogène équivalent par équivalent ; les points de fusion et d'ébulhtion, ainsi que les densités augmentent graduellement, etc.

Dérivés iodés. L'action de l'iode est beaucoup moins énergique que celle du chlore et du brome. Tantôt ce métalloïde est sans action ou ne réagit que sous l'influence des rayons solaires, tantôt il polymérise le carbure et peut même le carboniser, si la température est suffisamment élevée. Les composés iodés sont d'ailleurs analogues par leurs formules aux dérivés chlorés et bromes; comme ils sont généralement peu stables, ils se décomposent facilement et se prêtent à des réactions variées, qu'on utilise dans les sp thèses organiques. C'est ainsi que les éthers iodhydriques se transforment facilement, soit en alcalis organiques, soit en radicaux organo-métalliques. A une température souvent peu élevée, ils se détruisent plus ou moins complètement avec production d'iode libre, d'acide iodhydrique, de

CARBURES

résidus charbonneux, etc. Le formène et les carbures forinéniques ne s'unissent à Fiode que par voie indirecte, le premier par exemple donnant naissance à des dérivés inHn-snhstitnés flui corresDondent terme pour terme à la

Densité.

iodo-substitués qui correspondent terme pour série chlorée : , ^.,.

Formène monoiodé.. C^H^I... liquide... 44°.

— diiodé.... C^H^F.. - i62«.

— triiodé.... C^HF... solide... » .

— tétraiodé.. CHK... — » • Ce petit tableau démontre que la substitution de l'iode

à l'hydrogène fait varier les propriétés physiques du carbure générateur h la manière du chlore et du brome. Ces carbures éthyléniques ne sont susceptibles de fournir des produits d'addition que sous l'influence de la lumière ou de la chaleur. Avec l'éthylène, on obtient un lodure C'^Hn^ bien cristallisé, mais qui s'altère rapidement sous l'influence des rayons solaires. A dOO», l'iode se combine lentement à l'acétylène pour former un bel lodure cristallisé C^H'P, tandis qu'une solution éthérée d'iode réagit sur l'acétylure d'argent avec production d'un tétraiodure cristallisé, C^H'I^. En traitant l'argentallylène par une solution d'iodure de potassium ioduré, Liebermann a obtenu un corps oléagineux ayant pour formule C^H^I, etc. Tous ces corps s'altèrent rapidement à la lumière.

Au contact de l'iode, les carbures camphéniques sont parfois attaqués avec violence. C'est ainsi qu'avec le térébenthène, on observe la formation de polymères, de carbures benzéniques, d'iodures forméniques et d'hydrure de terpilène (G. Bouchardat). Les carbures benzéniques sont difficilement attaqués et la réaction manque de netteté lorsqu'on opère avec de l'iode hbre. Traités par l'acide iodhydrique ou par des corps capables de fournir cet hydracide à l'état naissant, certains composés oxygénés peuvent perdre tout leur oxygène et se transformer en carbures iodés. C'est ainsi que le formène iodé se forme lorsqu'on traite par une solution d'iode l'alcool méthylique en présence du phosphore rouge ; semblablement, l'iodure de phosphore réagit sur la glycérine avec production de propylène iodé. On peut parfois transformer un composé iodé en un autre au moyen de l'éthylate de potassium : Butlerov\r a préparé le diiodure de méthylène en attaquant l'éthylate par l'iodoforme. Quant à l'iodoforme ou formène triiodé, corps si employé aujourd'hui en médecine comme antiseptique, il se forme dans une foule de circonstances, notamment en faisant réagir un alcali ou un carbonate alcalin, en présence de l'iode, sur une foule de composés organiques, comme l'esprit de bois, l'alcool ordinaire, les gommes, etc. Le cyanogène ou nitrile oxalique, vient se placer, par quelques-unes de ses propriétés, à côté du chlore, du brome et de l'iode. On peut l'unir par voie indirecte, à quelques carbures d'hydrogène, d'où résultent des dérivés qui sont utilisés par le chimiste pour fixer le carbone sur les molécules organiques. Traite-t-on le bromure d'éthylène par le cyanure de potassium, il y a formation de dicyanure d'éthylène ou éther dicyanhydrique du glycol, lequel fournit à la saponification par les alcalis de l'ammoniaque et de l'acide succinique :

C4H4Br'^ + SC^AzK = 2HBr + C^H^Az^ C^H^Az^ + 4H'^0'^ == 2AzH3 ^ cm^O\ D'après Friedel et Crafî'ts, en réagissant sur la benzine, en présence du chlorure d'aluminium, le cyanogène engendre du benzonitrile.

Action de l'oxygène et du soufre. — On a fait réagir sur les carbures l'air, l'oxygène libre, l'ozone, l'oxygène naissant obtenu avec l'acide chromique, le permanganate de potassium, l'acide azotique, un mélange d'acide sulfurique et de peroxyde de manganèse, etc.

L'oxygène n agit pas sur les carbures forméniques, si ce n'est à une température élevée, avec destruction plus ou moins profonde de la molécule organique. Avec les carbures éthyléniques, on a obtenu des résultats intéres-

sants : «n mélange d'éthylène en excès et d'oxygène a fourni des proportions notables d'oxyde de méthylène à une température inférieure au rouge ; mais à cette dernière température, il y a formation d'eau et d'acide carbonique :

C^H* + 60^ rzzSC^O^ + 2H^0^

L'ozone concentré, dans la proportion de 60 millig. par litre de gaz, détermine une véritable explosion : une seule bulle de gaz suffit pour amener ce résultat, alors que l'hydrure d'éthylène n'est nullement attaqué par 1 oxygène ozone. Avec l'oxygène naissant, les résultats sont plus réguliers : une solution concentrée d'acide chromique pur, versl20<*, engendre de l'aldéhyde : C4H4 + 0' — C^H*0^

Avec le permanganate, en solution alcaline, l'éthylène engendre les acides formique, carbonique et oxalique (Berthelot) :

C'est cet acide oxalique qui se dédouble partiellement, au moment de sa formation en acides carbonique et formique :

C4H208 =: C^O^ + Cm^OK

Bref, en partant de l'éthylène, on peut successivement obtenir par oxydation les composés suivants :

Ethylène C^H^

Aldéhyde éthylique C^H*0«

Acide acétique C^H^O*

— glycollique C^HW

- oxalique C^H^O^.

Semblablement, le propylène C^lie, oxydé par l'acide

chromique, peut engendrer deux corps isomériques, l'aldéhyde propylique et l'acétone C^H^O^, l'acide propionique; avec le permanganate, on obtient de l'acide malonique, comme produit principal, puis des produits de dédoublement, les acides carbonique et acétique, etc. Ce dernier réactif transforme l'amylène en acides gras volatils à 4 équivalents d'oxygène et en acides bibasiques correspondants, à partir de l'acide oxalique, savoir : Acide oxalique C^H^O»

— malonique C^H^O»

— succinique C^H^O^

— pyrotartrique C^^H^O^

Avec l'hexylène, dérivé de la mannite, Hecht a obtenu avec le bichromate de potassium et l'acide sulfurique étendu, les acides acétique et butyrique normal : Ci2Hi2 + 40^^ =: C^H^O^ + C^H^O^.

En résumé, suivant M. Berthelot : l'oxydation des carbures éthyléniques, d'une manière générale, engendre un premier acide bi basique à 8 équivalents d'oxygène, produit normal qui contient la même quantité de carbone que le générateur :

Q2n^Zn ^ 2(H2) 4" 50^ == C^^^H^" - ^O» + H^O^.

Les carbures acétyléniques donnent des résultats très nets à l'oxydation. L'oxygène, au rouge, transforme l'acétylène en eau et acide carbonique : C^H^ + 50^ =z H^O^ H- 2G^0^. Après plusieurs mois de contact, en présence d'une solution alcaline, il y a production d'acide acétique, ou plus exactement d'acétate alcalin : C^H^ + 02 + KHO^ = C^H^KO^. Avec l'acide chromique, l'attaque est violente, immédiate, avec formation d'acide carbonique et d'acide formique : C^H^^ -h 40^ == C^O^ 4- C^H^O*. En ménageant la réaction, on observe la production de l'acide acétique : C^H^ + 0^ + H^O^ = C^H^O^. Le permanganate alcalin détermine la fixation de quatre molécules d oxygène, avec formation d'acide oxalique : C^H^ + 08= C^H'^O». Toutes ces réactions intéressantes ont été réalisées par M. Berthelot. L'oxydation des carbures aromatiques a été l'objet de nombreuses recherches. D'après Fudakowski, la benzine

CARBURES

pure, agitée pendant longtemps avec l'air, absorbe lentement l'oxygène, à la manière de Fessence de térébenthine ; avec l'ozone, on obtient de Vozobenzine, corps qui détone sous l'influence du choc ou de la chaleur (Houzeau) ; il peut y avoir aussi formation d'acides carbonique, formique, acétique et oxalique (Leeds) ; l'oxygène naissant, produit par le phosphore au contact de l'air et de l'eau, engendre au soleil du phénol et de l'acide oxalique, oxydation qu'il convient de rapporter à l'eau oxygénée : Ci2H6 4- HW =r H-^0^ + C^^fleo^ Avec le toluène, oxydé par l'acide nitrique, on a obtenu de Vaclde benzoïque (Sainte-Claire Deville), de l'acide oxytolique (]i4jy[6Q6 (Fittig), les acides salicylique et oxybenzoïque. Avec le chlorure d'aluminium, Friedel et Crafts ont préparé du crêsylol par fixation directe d'oxygène : C^'*H^ + 0^ ■= C^^H^O^. Vers 450°, sous l'influence de l'oxyde rouge de mercure, de Lalande a obtenu de la benzine, de l'eau et de l'acide carbonique :

Ci^H» + 6HgO =: C^^H^ + H'îO^ + C^O^ + 3Hg^ Bref, par oxydation indirecte, le toluène engendre les dérivés suivants, qui contiennent tous autant de carbone que le carbure générateur .

Alcool benzylique et crésylols C*^H^O^

Aldéhyde benzoïque C^^HW

Acide benzoïque C^^H^O'*

— salicylique et isomères C^^H^O^

— dioxy benzoïque C^'^H^O^

— gallique C^^HW».

Les autres carbures aromatiques, xylène ou diméthylbenzine, cumène, diphénylméthane, mésitylène, etc., fournissent à l'oxydation des produits analogues. En un mot, dans ces oxydations, les carbures aromatiques engendrent des aldéhydes, puis des acides aromatiques par une oxydation plus profonde, par suite d'une substitution, à volumes égaux, de l'hydrogène par l'oxygène, comme on peut le voir ci-après :

Mésitylène C^SHi^

Acide mésitylénique Ç.^^W^'^Ù^

— uvitique.... C^SPO»

— trimésique Ç^m^(^^^.

Il est digne de remarque que les carbures aromatiques, introduits dans l'organisme animal, s'oxydent avec facilité : le toluène se change en acide benzoïque, le xylène en acide toluique. D'après Nencki et Ziégler, le cymène du camphre, absorbé par l'homme à la dose de 3 gr. par jour, donne naissance à de l'acide cuminique, qu'on retrouve dans l'urine.

Le soufre, qui appartient à la même famille avec l'oxygène, est susceptible de fournir avec les carbures des dérivés sulfurés, analogues aux dérivés oxygénés ; toutefois, on n'obtient guère ces dérivés que par voie indirecte, en prenant pour point de départ un composé chloré, brome, iodé, ou un acide sulfoconjugué. Ainsi, Lôwig a préparé le sulfure d'éthylène en soumettant le chlorure d'éthylène à l'action du monosulfure de potassium : C^H^Gl^ + 2KS = 2KC1 + C^H^S^.

Avec les polysulfures, on observe la formation de dérivés polysulfurés :

C^H^Cl^ -h 2KS^ =z C^H^S^ -h 2KCI G^H^CF + 2KS5 zr: G^H^S^o + 2KC1.

Aux composés oxygénés dérivés de l'éthylène, comme l'alcool, l'aldéhyde, l'éther ordinaire, répondent, terme pour terme, des composés sulfurés doués de fonctions analogues : le mercaptan éthylique, C^H^S^, l'éther sulfhydrique neutre, C^H^CC^H^S^), les éthers bi et tri, pentasulfurés, etc. Les carbures aromatiques ont donné quelques résultats intéressants. Mitscherlich, en 1834, a découvert l'acide phénylsuifureux ou suUobenzidique, corps qui a été utilisé par Gerhardt et Chancel pour préparer le chlorure phénylsuifureux, dernier composé qui

fournit à son tour l'acide benzilsulfureux ou hydrure de sulfophényle; par réduction, celui-ci donne du mercaptan phénylique, Ci^H6S% lequel est transformé par l'acide nitrique étendu en disulfure de phényle C*^H*<^S^ (Vogt). D'autre part, Freund, par la distillation de l'acide phénylsuifureux, a régénéré la benzine, et Stenhouse, en distillant les phénylsulfîtes, a obtenu le sulfure de phényle C^^H^S^, que la chaleur rouge transforme en disuKure de diphénylène (G^^H'^)^S^. Ce dernier corps a été obtenu directement par Friedel et Crafts en faisant dissoudre le soufre dans la benzine, en présence du chlorure d'aluminium ; on peut remplacer le soufre par le chlorure de soufre S^GP. Cette méthode, qui paraît générale, s'applique sans doute à la préparation directe d'un grand nombre de dérivés sulfurés des carbures d'hydrogène, car les autres carbures, analogues à la benzine, donnent naissance à des dérivés semblables.

Action des acides. — Les acides se combinent avec les carbures, directement ou indirectement. Il en résulte des dérivés qui jouent parfois un rôle important dans la synthèse, car ils permettent de passer des composés binaires aux corps ternaires, et même quaternaires. C'est ainsi que la plupart des carbures retirés du goudron de houille, benzine, toluène, naphtaline, anthracène, donnent par oxydation, ou par l'intermédiaire de dérivés nitrés, de magnifiques matières colorantes. Les carbures forméniques résistent énergiquement à l'action des acides ; on ne peut obtenir avec eux des combinaisons que par voie indirecte. Avec l'acide carbonique, on peut réaliser avec le formène les trois combinaisons suivantes : Vacide forménocarbonique ou acétique, en faisant réagir l'anhydride libre sur le formène potassé ; Vacide forménodicarboni" que ou malonique, en transformant successivement le précédent en dérivé monochloré, puis monocyané; le diforménide carbonique ou acétone^ C^H^O'^, corps neutre, qui joue le rôle d'un aldéhyde secondaire. En général, un acide bibasique quelconque peut s'unir au formène, ainsi qu'aux carbures analogues, de la même manière; avec l'acide sulfurique, par exemple, on a pu préparer indirectement :

L'acide forménosulfurique C/H^S'^0^.

— acéténosulfurique C^H^SW.

— valérénosulfurique G^^H^^SW, etc.

Tous ces dérivés sont formés suivant les mêmes équations que celles qui donnent naissance aux éthers, mais ils s'écartent complètement de ces derniers par leurs propriétés. En s'unissant à l'acide benzoïque naissant, comme dans la distillation sèche d'un mélange d'acétate et de benzoate de calcium, on obtient l'acétobenzone :

G^H^ -H C^^H^O^ — H-0^ rr: Gi6Hi80^

Uacide azotique peut fournir des dérivés nitrés par voie indirecte. Au formène répond le nitromélhane qu'on prépare en faisant réagir le nitrite d'argent sur l'iodure de méthyle :

AzO^Ag + C2H^(H1) =z Agi + G^H^(Az04H).

On prépare de la même manière la nitréthane, le nitropropane, le nitrobutane, etc. (V. Meyer), isomères avec les éthers nitreux correspondants.

Lorsqu'on combine les carbures éthyléniques avec les acides, on obtient, en général, des composés qui jouissent de propriétés éthérées. C'est ainsi que l'éthylène se combine directement aux hydracides, à volumes égaux, pour former des éthers chlorhydrique, bromhydrique, iodhydrique, identiques à ceux qu'on prépare au moyen de l'alcool éthylique (Berthelot) :

C^H^ + HCl =2 C4H^(HC1).

A l'aide de ces éthers, on passe à l'union de l'éthylène avec les oxacides. Par exemple, l'acétate d'éthylène ou éther acétique prend naissance lorsqu'on traite l'iodhydrate d'éthylène par l'acétate d'argent :

C4H4(Hl) + C^H^AgO^ == Agi + C4H4(G4H^0*).

CARBURES

Mais les homologues supérieurs de Téthylène, le propylène, le butylène, l'amylène, etc., engendrent des éthers qui sont isomériques et non identiques avec les composés correspondants qui dérivent des alcools de fermentation. Uacide sulfurique donne des résultats variables, suivant qu'il est anhydre, monohydraté ou étendu d'eau. Dans le premier cas, la combinaison est intégrale avec l'éthylène : C4H4 + 2S^06 =: C^H^S^O^^.

11 en résulte du sulfate de carbyle, corps que l'humidité transforme lentement à l'air en acide éthionique, et à l'ébuUition en acide iséthionique^ isomérique avec l'acide sulfovinique. Ce dernier a été préparé synthétiquement par M. Berthelot en agitant l'éthylène avec l'acide sulturique monohydraté :

C^H* + S^fl^Os = C4H4(S^H^08), corps important qui conduit à la synthèse de l'alcool ordinaire, puisqu'il suffit d'étendre l'eau et de distiller : C4H^(S'^H^08) + H^O' =: S^H^O» + C^H^O^.

Semblablement, avec le propylène, on obtiendra successivement l'acide propylsulturique, puis l'hydrate de propylène ou alcool isopropylique.

En raison de leur caractère doublement incomplet, les carbures acétyléniques s'assimilent une ou deux molécules d'hydracide: avec l'allylèneet Tacide iodhydrique, on peut former deux iodhydrates ayant pour formule :

c6H4(Hi) et m\\m\).

Le même gaz est absorbé immédiatement par l'acide sulfurique pour constituer Vacide allylénosulfurique, C«H4(S2H'08), que l'eau à la distillation change en hydrate d'allylène.

Les carbures benzêniques fournissent avec les acides des dérivés encore plus variés que les précédents. Avec la benzine, par voie mdirecte, l'acide carbonique à l'état naissant engendre successivement : les acides benzinocarbonique ou benzoïque, benzino dicai^bonique ou phtalique, benzino tricarbonique ou trimeUique, benzino tétracarboniqne, ou pyromellique, benzino pentacarbonique, benzino hexacarbonique ou mellique ; tous ces acides étant représentés par la formule générale C^W-f-nC^O^, et leur atomicité étant proportionnelle à n. En un mot, la benzine fixe autant de molécules d'acide carbonique qu'il y a d'équivalents d'hydrogène dans la formule. Avec l'acide sulfurique, le même carbure engendre trois dérivés : le sullobenzidede Mitscherlich, l'acide benzinosulfurique et l'acide benzinodisulfurique (V. Benzine). Avec l'acide nitrique concentré et froid, on obtient la nitrobenzine ; avec l'acide fumant, la dinitrobenzine. Les homologues de la benzine fournissent avec les acides des dérivés entièrement analogues aux précédents. Parmi les acides qui peuvent se combiner avec les carbures aromatiques, citons encore l'acide picrique, qui donne avec la naphtaline, l'acénaphtène, le fluorène, Fanthracène, etc., des composés caractéristiques (Fritzsehe). Quant aux acides camphéniques, ils s'unissent aux acides pour former des combinaisons qui présentent entre elles de nombreuses isoméries. Par exemple, avec le térébenthène et l'acide cblorhydrique on peut obtenir, d'après M. Berthelot, la série suivante :

Un monochlorhydrate liquide C^^H^^HCl

— cristallisé . . . C20Hi6HCl

Un dichlorhydrate cristallisé C^oH^^^HCl

et les deux composés qui résultent de l'union de ce dernier avec les deux monochlorhydrates isomériques :

L'acide sulfurique réagit énergiquement sur les carbures camphéniques : il y a dégagement de chaleur et formation de plusieurs produits, les uns isomères, les autres polymères avec le générateur, tous dénués de pouvoir rotatoire, comme le térébène C^^H^^, le colophène C30H24, le ditérébène C^^H^^, Je térébène et ses polymères représentant les états communs auxquels viennent

aboutir tous les carbures camphéniques soumis à l'action des réactifs,

Isomérie dans les carbures. Les carbures d'hydrogène, ainsi que leurs dérivés par addition ou par substitution, présentent de nombreux cas d'isomérie qui se rapportent, en général, à la polymérie^ à la métamérle, à la kénomérie et à V isomérie proprement dite (V. ces mots). Les carbures forméniques ne peuvent se polymériser, étant déjà des corps saturés. 11 n'en est pas de même des carbures étbyléniques dont les condensations ont été observées par Serullas, Marchand, Mitscherlich, etc. Dans la préparation de l'éther ou de l'éthylène par l'acide sulfurique et l'alcool éthylique, on observe la production de Vhuile douce de vin, liquide oléagineux qui renferme au moins deux polymères de l'éthylène (C^H'*)'^, (C^H''*)^. Avec le propylène, en présence de l'acide sulfurique, M. Berthelot a observé la formation d'un liquide huileux formé de tétra et de pentapropylène. Dans la série amylique, on connaît un diamylène (C^^H^^)^, un triamylène (C^'^H^O)^, un tétramylène (C^m^^)K Les carbures étbyléniques eux-mêmes ont été considérés par quelques chimistes comme les polymères d'un carbure encore inconnu jusqu'ici, le méthylène C^H^ :

Méthylène C^H^

Ethylène (C^Wf=zC^R^

Propylène (C^H^)^ — C«H«

Butylène (G^H^)^ = C^H»

Amylène (Cm^)^ = C^^Hi^

Hexylène (C^H^)^ zzz C^m^^, etc., etc.

Plus facilement encore que les carbures étbyléniques, les carbures acétyléniques sont susceptibles de se polymériser. Avec l'acétylène, on doit obtenir successivement du diacétylène, de la benzine ou triacétylène, du styrolène ou tétracétylène, etc. C'est ce qui résulte des expériences de M. Berthelot, qui a obtenu la benzine en chautfant au rouge sombre le gaz acétylène. D'une manière générale, les carbures polymères se distinguent de leurs générateurs par une densité plus considérable, un point d'ébullition plus élevé, une stabilité plus grande et des affinités moins énergiques. Il y a dégagement de chaleur dans la transformation, et le retour du polymère au générateur ne peut s'accomplir sans le concours d'une énergie étrangère, puisque cette réaction inverse doit être accompagnée d'une absorption de chaleur. Ces faits sont donc du même ordre que la transformation du phosphore rouge en phosphore blanc, du chloral insoluble en chloral ordinaire, etc.

La métamérie comprend les carbures qui ont le même équivalent, et qui sont formés par addition ou substitution, en vertu d'arrangements différents de générateurs distincts ou identiques. Les cas de métamérie sont très nombreux parmi les carbures d'hydrogène. Pour donner un exemple du nombre théorique d'isoméries par métamérie qui peuvent correspondre à des corps d'une même composition centésimale, voici la liste des corps qui peuvent répondre à la formule de l'hydrure d'œnanthylène C^^H^^ :

ioC2H2(H2) -hCl2Hi4 H2=rrC2H2(C12fll4) 2oC4H4(H2) +ClW2-.H2zr:C4H4(C^0Hlii)

3oC6H6(H2) +C8H^o -.H^z=C6H6(C8H^t») 4oc;8H[8(H2) +C6H8 — H2zr:C8H8(C«H8) 5ocioHio(H2) +C4H6 — H2— CioHio(C4H6

6oCi2Hil2(H2) +C2H4 —H^ — C12H12(C2H4)j

Pour réaliser ces combinaisons, on peut faire réagir le sodium sur les carbures forméniques, transformés préalablement en éthers iodhydriques, d'après la méthode de Wurtz.

Ces isoméries s'appliquent aux dérivés des carbures générateurs, aux dérivés chlorés, par exemple : remplace-t-on un équivalent d'hydrogène par le chlore dans rhydrure d'amylène, on obtient l'éther amylchlorliydrique, C^2jji2(]j^ corps métamère avec celui qui résulte de la combinaison directe de l'amylène, C^^H^^, avec les

l-Ci4Hi6

CARBURES — CARCAÎS

éléments de l*acide chlorhydrique. Au lieu de remplacer Fhydrogène par le chlore, substilue-t-on le formène à une molécule d'hydrogène, on obtiendra l'hydrure de méthylamylène :

CioHio(H2)+C2H<— H2zn(>^HiO(G2H4)— Ci2Hi4,etc. La méthode de Wurtz, appliquée aux carbures aromatiques par Fittig et Tollens, a fait découvrir de nouvelles métaméries très remarquables. C'est ainsi que la méthylbenzine est identique avec le toluène, tandis que la diméthylbenzine est isomérique avec Téthylbenzine ; que la triméthylbenzine n'est identique ni avec les deux méthylbenzines isomériqaes, ni avec le propylbenzine et l'isopropylbenzine. Le triallyiène au mésitylène est métamère avec la triméthylbenzine, la benzine elle-même est isomérique avec le dipropyle de Henry, etc.

La notion de la kénomérie (xsvov, vide) a été introduite dans la science par M. Berthelot ; elle comprend les isomères fournis par élimination, au moyen de générateurs différents ou identiques. Soit le térébenthène C^°H^^. 11 se combine avec l'acide chlorhydrique gazeux pour former le camphre artificiel des anciens chimistes : C'^^^H^^ + HCl = C'^^H^'^Cl ; or, en faisant réagir sur ce carbure une solution concentrée du même acide, on obtient un autre chlorhydrate, C^°H^^,HC1; et ces chlorhydrates donnent naissance à des dérivés distincts, formant deux séries parallèles, ayant la même composition centésimale. Ces différences sont en rapport avec les phénomèmes thermiques qui ont lieu au moment de la réaction, d'oii résultent des changements moléculaires mis en évidence . par la variation du pouvoir rotatoire. La kénomérie rend • compte des isomères qu'on observe dans les carbures aromatiques, notamment dans l'étude des benzines chlorées. L'isomérie proprement dite se rencontre dans les corps qui jouissent de propriétés très analogues, ce qui tient à l'arrangement des éléments au sein de la molécule prise dans son ensemble, et non à la diversité des générateurs. Dans l'état actuel de la science, on peut ranger dans cette catégorie les corps qui possèdent les caractères suivants ; identité de la composition chimique et de l'équivalent, de la densité de vapeur, du système général des réactions et de la fonction chimique ; enfin, persistance de certaines propriétés spéciales, après avoir traversé une ou plusieurs combinaisons. On range actuellement dans cette série la plupart des carbures qui répondent à la formule C^^H^®, bien que quelques-uns d'entre eux soient sans doute métamères ou kénomères. Tous ces carbures se distinguent entre eux par leur saveur, leur odeur, leurs densités, leur point d'ébullition, leur pouvoir rotatoire, etc. Ed. Bourgoin.

BiBL. : On trouvera la liste des principaux mémoires relatifs aux carbures d'hydrogène à la fin de l'ouvrage de M. Ed. Bourgoin sur les Carbures d hydrogène qui forme le t. VI (l'-^ de la Chimie organique) de VEneyclopédie chimique de Frémy. Les théories générales ont été

TiG, Beilstein, etc. Pour les corps particuliers, se reporter à chacune des notices qui leur sont consacrées.

CARCADO ou KERCADO. Ancienne seigneurie de Bretagne (Morbihan, com. de Saint-Gonnery) ayant longtemps appartenu à la famille Le Sénéchal. Parmi les membres de cette maison nous citerons : Jean Le Sénéchal, sire de Carcado, tué à la bataille de Pavie (1525) en couvrant de son corps le roi François I®*^ ; François 11 Le Sénéchal, en faveur duquel la terre de Carcado lut érigée en baronnie en 1624 ; Eustache Le Sénéchal de Carcado, évêque de Tréguier (1686), mort à Paris le 15 mai 4694 ; le chevalier de Carcado, tué devant Turin, en 1706 ; René-Alexis Le Sénéchal, comte de Carcado, lieutenant général des armées du roi, gouverneur de ftuimper, né en 1658, mort à Paris le 29 août 1743 ; Louis- Alexandre-Xavier Le Sénéchal, marquis de Carcado, lieutenant général, né en 1712, mortleSavr. ilé'ô.

CARCAGENTE. Ville d'Espagne, prov. de Valence, district d'Alcira; 12,102 hab. Station du chemin de fer de

GRANDE ENCVCJ.OPÉDIE — IX.

Madrid à Valence et tête de ligne d'un tramway à service régulier qui dessert la huerta jusqu'à Gandia et Dénia. Elle est une des plus belles et des plus actives de la province et est entourée de mûriers, d'orangers et de palmiers : nombreuses maisons mauresques. Manufactures de laines et soieries ; exportation de fruits. E. Cat.

CARCA6NY. Com. du dép. du Calvados, arr. de Caen, cant. deTilly-sur-Senlles; 310 hab.

CARCAISE (Cristallerie). On appelle carcaise, carcaisse ou cargnaise, une grande caisse en briques à voûte surbaissée dont on fait usage dans les fabriques de glaces ou de verres à vitre coulés, pour le recuit et le refroidissement des feuilles de glace ou de verre à polir. Dans la carcaise, la çlace séjourne pendant trois ou quatre jours, en se refroidissant graduellement. Chacun de ces fours à recuire peut contenir deux ou quatre glaces. La théorie du recuit consiste en ce que la masse vitreuse étant maintenue un certain temps dans un état voisin de la fluidité, la chaleur augmente le volume des parties extérieures et les rend assez peu résistantes pour permettre aux particules internes de se dilater et de se disposer régulièrement entre elles. Les carcaises ont une importance capitale dans le succès d'une fabrique de glaces ; sans bonnes carcaises, pas de rendement ; pour satisfaire à cette condition, les carcaises doivent donner des glaces planes, entières, bien recuites. Deux points impor^pts doivent être pris en considération dans la disposition des carcaises : le refroidissement rapide et régulier, et la casse à éviter pendant le refroidissement, puis ensuite Téconomie du combustible à réaliser par mètre carré de verre recuit. Une carcaise est un four à voûte elliptique, à sole formée de briques bien posées de champ, bien dressées sur la face supérieure, reposant sur une couche de sable tamisé, d'un grain uniforme de finesse. Toutes les parties de la sole doivent se dilater librement; on vérifie après chaque défournement au moyen d'une longue règle bien droite, la sole des carcaises, afin d'avoir une surface plane, même légèrement creusée, dans le voisinage des foyers ; l'ouvrier chargé de ce travail spécial s'appelle redresseur des carcaises. Une carcaise est chaufi'ée par deux foyers, l'un en avant, l'autre à l'arrière; la hauteur de la voûte ne doit être ni trop élevée, à cause de la dépense de combustible, ni trop basse, à cause de la qualité du recuit à obtenir. Une large ouverture à l'entrée permet l'enfournement et la sortie des glaces; cette ouverture est fermée par des tôles mobiles mues par des contre-poids. Chaque carcaise doit avoir sa cheminée spéciale, servant au chauffage et au refroidissement. Le tirage doit être suffisant pour permettre de chauffer une carcaise en trois ou quatre heures. La sole doit reposer sur des voûtes afin d'obtenir un refroidissement plus rapide, refroidissement qui dure de trois à quatre jours. Au moment de l'enfournement des glaces dans la carcaise, la température doit être inférieure à celle du ramollisement du verre. On doit prendre, dans le refroidissement, de grandes précautions pour éviter la casse. Primitivement les carcaises étaient très grandes : environ 80 m. q., de surface recevaient de six à dix glaces ; actuellement, on ne leur donne que la moitié de celte surface. On a même diminué encore pour éviter la casse et on a fait des carcaises de 25 m. seulem.ent; avec ces dernières, un four à douze cuvettes peut produire de 4 à 4,200 m. de glace ; en vue de l'économie, la main-d'œuvre étant a même, on augmente dans une fabrique le nombre des carcaises. Depuis quelques années, on a obtenu de beaux résultats dans la construction et la conduite des carcaises, mais il est à prévoir que, dans un avenir assez rapproché, ces moyens de recuisson seront modifiés; les glaces poussées hors de la table du coulage, seraient alors placées dans un four à sole mobile, chauffé méthodiquement, et dont la température décroissante serait en rapport avec le chemin parcouru par la sole mobile supportant les glaces I destinées à être recuites. De cette façon, on éviterait la

CARCAÏSE — CARCANO

construction d'appareils d^une installation dispendieuse, d'une conduite délicate et de résultats souvent incertains. L. Knab.

CARCAN. I. Archéologie. — Cette expression est très ancienne dans notre langue ; elle a d'abord servi à désigner un instrument analogue à celui que les Romains attachaient au cou des prisonniers de guerre et des esclaves qui avaient tenté de s'évader. Le carcan servit longtemps à attacher les prisonniers dans leurs cachots. Dès la fin du xvi® siècle, on nomma carcan un collier d'orfèvrerie que portaient également les femmes et les hommes ; souvent ce collier était t'ait de mailles, d'où lui vint le nom de jaseran (on sait qu'au moyen âge le jaseran était le haubert de mailles). On voit par certains passages des anciens auteurs, que la même personne pouvait porter à la fois plusieurs carcans ; en général, l'un entourait le cou, tandis que l'autre était placé sur la poitrine. C'est surtout ce dernier que l'on désignait souvent sous le nom de jaseran. La mode du carcan dura jusqu'au commencement du xvii® siècle, mais elle reprit faveur sous Louis XV , et le mot carcan, oublié depuis de longues années, reparut de nouveau.

Jusqu'à l'époque de la Révolution française, les jeunes filles de la bourgeoisie portèrent, dans beaucoup de provinces, un carcan de fer entouré de velours, destiné à leur donner l'habitude de tenir la tête droite. Le colcarcan, rembourré de crin, qui faisait partie de la tenue de nos pères, avait été imaginé afin d'obtenir un résultat analogue. C. L.

II. Droit criminel. — Le carcan était un cercle de fer avec lequel l'exécuteur delà haute justice attachait, par le cou, à un poteau, ceux qui étaient convaincus de certains crimes. Cette peine était, dans l'ancien droit, au nombre des peines corporelles. Elle s'ordonnait le plus souvent seule : pour colportage de livres défendus, vol de raisins, violences commises par des serviteurs à l'égard de leurs maîtres, filouterie, etc. Quelquefois elle était ajoutée, comme peine accessoire, à la peine du bannissement ou autres peines, comme en cas de polygamie, banqueroute frauduleuse. On y joignait deux écriteaux, l'un par devant, l'autre par derrière, sur lesquels était indiqué le crime qui avait donné lieu à la condamnation. Le carcan, d'après l'art. 602 du code du 3 brumaire an IV, était considéré comme une peine infamante : il en était de même dans le Code pénal de 4810. L'art. 22 de ce code prononçait cette peine, comme accessoire à une condamnation aux travaux forcés à perpétuité ou à temps et à la réclusion. La durée de cette exposition était d'une heure. Cette peine dégradante, et démoralisante pour celui qui la subissait et pour ceux qui en étaient les témoins, a été abolie par la loi du 28 avr. 1832, art. 12, et remplacée par l'exposition publique, qu'a fait disparaître à son tour un décret du 12 avr. 1848. E. Gardeil.

BiBL. : Archéologie. — Dictionnaire de Trévoux. — QuiCHERAT, Histoire du Costume en France.

CARCANIÈRES. Com. du dép. de l'Ariège, arr. de Foix, cant. de Quérigut, sur la rive gauche de l'Aude ; 249 hab. Autrefois dans le Donezan (V. ce mot), qui a appartenu aux rois d'Aragon, puis d'Espagne jusqu'en 1659. Sources thermales, connues et fréquentées dès le xvm^ siècle ; à la fin du même siècle, on y avait créé l'établissement de la Baraquette. Dépôts de haches en pierre polie (schiste noir des Pyrénées), prouvant que le pays était habité aux temps les plus anciens.

Eaux minérales. — On y trouve une douzaine de sources sulfureuses faibles (sulfure de sodium 0,0099 à 0,0273 %o), dont la température varie de 25 à 59« centig. Il existe deux maisons de bains. Les eaux de Garcanières réussissent bien dans les affections cutanées, rhumatismales et catarrhales, et particulièrement dans les dartres sécrétantes. D'' L. Hn.

CARCANO (Francesco), théreuticographe italien, né à Vicence en 1500, mort en 1580. Il passe pour avoir été le

meilleur chasseur do son temps. Très habile dans l'art de dresser les oiseaux de proie, il a écrit sur ce sujet: Tre libri degli uccelli da preda, ne' quali si contiene la vera cognizione delV arte de' struccieri; ed il modo di conoscere^ ammaestrare, regere e medicare tutti gli uccelli di rapina, etc. (Venise, 1568, 1587, in-8 ; Vicence, 1622, in-8), ouvrage d'une grande rareté. D^ L. Un.

CARCANO (Leone-Giambattista), médecin italien, né à Milan en 1536, mort à Pavie en 1606. Elève de Fallope, qui lui destinait sa chaire d'anatomie et de chirurgie, il dut à la mort de son maître quitter Padoue et se rendit à Pavie oii il fut nommé, en 1593, professeur d'anatomie ; ce fut Fabrice d'Aquapendente qui remplaça Fallope. — Carcano rectifia plusieurs erreurs échappées à Vésale, à Aranzi et à Fallope. Il a donné une excellente description du canal artériel et du trou ovale chez le fœtus et indiqué les changements que subissent ces parties, après la naissance ; il a attentivement disséqué les veines superficielles de la verge, la glande lacrymale, les conduits lacrymaux, etc. Ses ouvrages ont pour titres : Libri duo anatomici ; in altéra de cor dis vasorum in fœtu unione pertractatur ; in altero de musculis palpebrarum atque oculorum motibus deservientibus disseritur (Pavie, 1574, in-8) ; De Vulneribus capitis (Milan, 1584, in-4). D^'L. Un.

CARCANO (Francesco), littérateur italien, né à Milan en 1733, mort le 1^^ mars 1794. Il fut l'ami de Parini, de Passeroni, de Baretti, et fit imprimer les ouvrages suivants : Capitoli di autore occulta (Utrecht, 1745, in-4) ; gli Occhiali magici, sagno del Premurosa Fuggi Frt^im (Selenopolis, 1789, in-4); Sermone intorno ad alcune false opinioni tenute da varii nello scriver poeticamente e sopra qli studii d'oqqidi (Alethopolis, 1790, in-S). ' R.G.

BiBL.: TiPALDo, Biografia degli Italiani illustri^ t. IV. CARCANO (Giulio), littérateur italien, né à Milan le 7 août 1812, mort à Stresa le 30 août 1884. Il débuta à dix-huit ans par un modeste petit volume : Versi alla madré, continua à faire des vers et à en publier, jusqu'au moment où le succès de son roman, Angiola Maria, lui eût montré sa véritable voie. Sur ce/écit, devenu presque aussi classique que les Fiancés de Manzoni, repose la réputation de Carcano et assez solidement. Comme tous les littérateurs de son temps, il se mêla fort activement à la politique, eut des fonctions gouvernementales en 1848, souffrit l'exil, et après le péril fut à la gloire. On le vit, en effet, membre de toutes les Académies et sociétés littéraires ou artistiques de son pays, et en même temps, entouré de l'estime et de la sympathie universelles. Son rôle dans la littérature contemporaine en Italie expliquait ces hommages : si, en effet, Angiola Maria n'est pas, il s'en faut, un chef-d'œuvre, ce roman eut du moins le grand mérite d'ouvrir une voie nouvelle, d'acclimater en Italie le roman de mœurs qui, peu à peu, devait se substituer au conte, gloire de l'ancienne Italie, et au roman historique, inauguré de l'autre côté des Alpes par Manzoni. Ses poésies, sans être méprisables, n'ont pas un égal intérêt. Comme critique il faut noter son active collaboration au Presagio, journal littéraire d'avant-garde. Son œuvre de longue haleine fut la traduction des œuvres complètes de Shakespeare ; il était vice-président de la Shakespeare Society de Londres. Voici à peu près complète la liste de ses œuvres : Versi alla madré (1830) ; Ida délia Torre, poemetto (1834) ; Memorie di un fanciullo (1835); Pavera Tosa, novella (1835); ilGiovane sconosciuto, novella (iS3Q); Inni per musica (1836); Biografia di Vga Foscolo (1837) ; Biografia di Rinaldo Giulini (1838); Angiola Maria, storia damestica {i%^à^) ; Discorso sulla poesia [i^^i^ \ la Satira, discorso (1840); Prime Poésie (1841); il Galantuamo (1842); la Vecchia del Mezzegra, la Madré ed il figlio, navelle (1842); Teatro sceltodi Shakespeare (1843) ; Storie italiane (iS4:4:) ; Racheté, novella (1845); Bio-

CARCANO — CARCASSONNË

grafia di Gian Carlo Passer oui (4845) ; una Simpatia^ novella (1847) ; Biografia di Gaetana Agnesi e di Alessandro Verri (1847) ; Inno pei morti (1848) ; Biograjia di Pietro Verri e di Vincenw Monti (1848) ; la Nunziata, novella (1849) ; UAmeda, il Gappellano^ novelle (1851) ; Claudia^ melodramma (18d2) ; Dodici Novelle (1853) ; Elena e Titania, cantata (1853); Selmo e Fiorenmy novella (1853) ; il Sasso di Piana, novella (1854) ; il Tasso, biografta (1855) ; Ruth, poésie bibliche (1855) ; Rosmini, carme (1856) ; Biografia del Muratori (1856) ; Libro di preghiere (1856) ; Spartaco, iragedia (1857); Cimalmotto, racconto (1858); Primavera, antobgia {iS^l); la Sorrentina^ melodramma (1857); Virginia e Hegina (1858) ; Riografia di Tommaso Grossi (1858); Biogra/ie di Emilio Dandolo e di Felice Bellotti (1860); Ardoino^ iragedia (1860); Poésie^ vol. I (1861); Sogno d'una mite d'estatô (1863); Dante e Shakespeare (1865); Federico Borromeo (1865); il libro di Dio, carme (1866); il Cantore di Veneùa, melodramma (1866) ; Biograjia di Massimo d'Azeglio (1866) ; Poésie varie (1867); Memorie di grandi, poésie (1869); Poésie, vol. Il (1870); Valentina Visconti, iragedia (1870); A, Manwni, discorsi due (1873); Gabrio e CamillOf racconto (1874); rUltimo Amore, racconto {iSld) ; In morte di Aleardo Aleardi (1878); Idillio malinconico (1880) ; i Fanciulli di Vilsugana (1881) ; Dolinda di Montorfano (1881); Teatro di Shakespeare cornpleto in XU vol. (1874-1882) ; Elveûa, Sul verbano, raccolta di ver si (1884) ; quelques biographies furent réunies en volume : Stiidi storici (1857) ; aussi, quelques nouvelles : Racconti campagnuoli (1869): Novelle campagnuole (iSli) ; Novelle domestiche (1872) ; on a publié récemment : Lettere di Giulio Carcano alla famiglia ed agli amici (1821-1884), con una prefazione di Giovanni Rizzi (Milan, 1887). R. G.

BiBL. : Giovanni Rizzi, Prefazione aile Lettere di G. Carcano; Milan, 1887. — Notices nécrologic|ues dans: la Rassegna^ l«'-sept. 1884; Gazzetla d'Italia^ l»*" sept. 1884; la Tribuna^ l"»- sept. 1884; Capitan Fracassa, !«»• sept. 1884 ; Fanfulla, l"*- sept. 1884 ; Nuovà Antologia, V sept. 1884. — R. Barbiera, G. Carcano (dans VIllustrazione italiana,! sept. 1884). — E. Camerini, G. Carcano (dans Vlllustrazione populare^ 14 sept. 1884). — A. CoNTi, G. Carcano (dans la Rassegna Nationale, 15 sept. 1884). — Felice Calvi, G. Carcano (dans la Perseveranza, 25 sept. 1884; article reproduit dans VAnnuario biografico universale. Awio I ; Rome, 1884, in-8). — BOiNGHi, G. Carcano (dans laCit^^ura, la»" déc. 1884).— Pbina, g. Carcano ; Florence, 1884, in-16. — R. de Gour- MONT, la Littérature contemporaine en Italie; le Roman de la vie intime; Salvatore Farina; Paris, 1884, in-8 [Introduction).

CARCANS. Com. du dép. de la Gironde, arr. de Lesparre, cant. de Saint-Laurent, dans les Landes, sur Fétang d'Hourtins et Carcans ; 923 hab. La commune se divise en six quartiers : le bourg, le haut et le bas Coirasseaa, Devinas, Troussas, Berron, Couirac. — Vaste étang. Mamelon conique entouré de fossés, appelé château Talbot» L. G.

CARCARE (Pas de) (V. Cadibona [Col de]).

CARCARÈS-Sainte-Croix. Com. du dép. des Landes, arr. de Saint-Sever, cant. E. de Tartas ; 608 hab.

CARCAS (Métall.). On appelle carcas la matière provenant de la refonte d'un métal dans un four à réverbère. La fonte grise, par exemple, chauffée dans un four, éprouve des changements bien caractéristiques ; le recuit ou l'adoucissement de cette fonte diminue son contenu en silicium et en carbone combiné, mais n'agit guère sur le carbone libre. Les progrès de l'altération que le grillage fait éprouver à la fonte, augmente avec la température. A mesure qu'elle s'effectue, la fonte devient plus rétractaire. Une chaude faible et de peu de durée n'opère le changement qu'à la surface. Si alors on élève la température, le noyau intérieur qui n'a pas changé de nature, est mis en fusion, et la couche d'acier malléable, restant à l'état solide, laisse l'enveloppe creuse appelée carcas*

CA RCASSE. L Architecture. — Toute armature légère, de bois ou de fer, servant à supporter une décoration picturale ou sculpturale, telle que des arcs provisoires de toile peinte ou des statues de plâtre érigés à l'occasion de fêtes publiques. — On appelle aussi carcasse l'ensemble des encadrements et des traverses de bois préparés, dans un parquet de luxe à compartiments variés, pour recevoir les panneaux de remplissage formant les dessins de ce parquet ou bien les arceaux de bois ou de fer disposés pour créer une voûte légère ou un faux-plafond diminuant la trop grande hauteur relative d'une petite pièce ou d'un passage placés entre des pièces de plus grandes dimensions. Charles Lucas.

IL Artillerie. -- La carcasse est un projectile de guerre, explosif et incendiaire, qui, suivant certains auteurs, aurait été inventé en 1672 par Bernhard de Vangalen, évêque de Munster, célèbre ingénieur et artilleur. Sa forme était celle d'un œuf ; il se composait d'une sorte de cage, en cercles de tôle, recouverte de bandes de toile goudronnée ; l'intérieur de l'enveloppe ainsi formée, était garnie d'artifices, de grenades à main, de tubes remplis de poudre, etc. ; quelquefois on y introduisait des balles contenant des substances vénéneuses, minérales ou végétales. Les carcasses étaient tirées au moyen de mortiers ou de pierriers, comme des bombes : on munissait le projectile d'une mèche qui, enflammée au départ du coup, communiquait le feu à sa charge intérieure au moment où le projectile arrivait au but. L'emploi de ces projectiles est abandonné depuis longtemps.— Le mot carcasse n'est plus usité aujourd'hui dans les armes que pour désigner la partie du revolver sur laquelle sont assemblées les diverses parties démontables de l'arme (V. Revolver).

CARCASSES (Carcassonensis, Carcassensis pagus). Pays dont Carcassonne était le chef-lieu. Détaché du Narbonnais, au vi® siècle, lors de l'érection en cité épiscopale du castellum Carcassone, le Carcasses resta au pouvoir des Visigoths du milieu du v« siècle au début du VI1I^ Occupé vers 720 par les Arabes d'Espagne, il leur fut enlevé par Pépin le Bref en 759. A l'époque carolingienne, le pagus devint un comté bénéficiaire, puis héréditaire (V. Carcassonne). Ces trois termes pagus, comitatus et episcopatus Carcassensis sont synonymes. Du ix«au xi® siècle, il renfermait deux vigueries : Alzonne et Saissac, un territorium, Cabardès (V. ce mot), et une division naturelle, appelée le Val-de-Duaigne ( Vallis Aquitanica)» Les points extrêmes de ce district étaient à rO. Alzonne, au N. Laprade et les Martys, à l'E. Douzens, au S. Montréal, Villebrazy, Molières et La Grasse. — Du ix« au xvm® siècle, l'histoire du Carcasses se confond avec celle du chef-lieu, Carcassonne.

BiBL. : D. Vawséte, Histoire de Languedoc, nouv. edit., passim, et notamment t. Xli, notes, pp. 201-203. — Mahul, Cartulaire et archives du diocèse de Carcassonne, 7 vol. in-4. — FoNCiN (P.), De veteri Careassonis, cwitate, depayo Carcassonensi et de Romanis itineribus quibus ille peragrabatur ; Paris, 1877, in-8.

CARCASSES (Arnautde), troubadour sur lequel on ne possède aucun détail biographique, originaire, selon toute vraisemblance, du pays de Carcasses (V. ci-dessus). Il n'est connu que comme l'auteur d'une des rares nouvelles que nous ait laissées la littérature provençale, las Novas del Papagai (Le Perroquet). Cette nouvelle, écrite en vers de huit syllabes rimant deux k deux, semble avoir une origine bvzantine : le perroquet y joue le rôle de messager d'amour. Elle a été publiée par Bartsch dans sa Chrestomathie provençale, d'après le ms. franc. 22543 de la Bibliothèque nationale de Paris . On a trouvé depuis quelques manuscrits ou fragments de manuscrits qui nécessiteraient une nouvelle édition critique. Ant. Thomas. BiBL. : Histoire littéraire de la France, t. XVI, p. 205, et XIX, p. 550. — Rivista di filologia romanza, t. I, p. 36 (art. de M. Stengel). — Romani'a, t. VII, p. 327 (art. de M. Wesselofsky).

CARCASSONNE (Careaso, Carcassona). Ch.-l. du dép. de TAude, sur l'Aude, station de la ligne de Cette à

CARCASSONNE

Bordeaux, et tète de ligne de Tembranchement de Carcassonne-ûuillan ; 29,330 hab. La \ille se compose de deux parties différentes : 1*» la ville haute ou Cité, sur la rive droite ; 2« la ville basse ou Bourg sur la rive gauche de l'Aude. La première de ces deux villes remonte à une haute antiquité, l'autre date seulement du xiii® siècle.

I. Histoire. — Les anciens auteurs du pays, entre autres Besse, ont raconté beaucoup de légendes sur l'origine de cette ville, sur la reine Carcas, le siège de la Cité par Charlemagne, etc. De nos jours, les érudits locaux ont essayé de combler, à l'aide d'étymologies hasardeuses, les lacunes des annales carcassonnaises. Voici les quelques faits certains qu'on peut noter. Le pays environnant Carcassonne était habité dès l'âge de la pierre taillée ou polie, témoin les dolmens ou menhirs de Caunes et de Yilleneuve-les-Chanoines et la célèbre grotte de Bize ; viennent ensuite les Ibères. Dans ses liecherches sur les habitants primitifs de l'Espagne, Guill. de Humboldt a essayé d'expliquer par la langue basque qu'il identiiiait avec la langue des Ibères, le nom de Carcaso. En tout cas, ce mot n est pas romain, et Carcassonne doit probablement son existence aux Volkes Teclosages, tribu celtique, ou à leurs prédécesseurs, les Ibères. Toutefois, le nom de cette ville n'est pas mentionné expressément avant la seconde moitié du premier siècle de notre ère : Pline l'Ancien cite parmi les villes de droit latin de la Narbonnaise Carcasum Volcarum Tectosagum, On trouve bien, il est vrai, le nom de cette ville, Carcaso, dans un passage célèbre de César (De bello Gailico, 111, 20); cette ville aurait, de concert avec Narbonne et Toulouse, tourni des secours en hommes et en vivres au jeune Crassus, chargé de combattre les Sotiates, peuple aquitain. Par malheur, les meilleurs manuscrits de César omettent le nom de Carcaso. De même, l'un des derniers historiens de la Narbonnaise, Herzog, paraît avoir eu tort de lire le nom de Carcassonne dans une inscription romaine qui appartient plutôt à Narbonne {Gailiœ Narbonensis historiay app. épigr., n. 166). Quoi qu'il en soit, Carcassonne avait dès le i^'^ siècle de l'ère chrétienne le titre de colonie latine, c.-à-d. une existence municipale indépendante ; cette colonie appartenait comme plusieurs autres de la Province romaine à la tribu Voltinia. Carcassonne n'est nommée jusqu'au vi® siècle que dans les itinéraires : elle était dès lors une des principales stations de la voie romaine de Narbonne à Bordeaux par Toulouse. A la fin du iv« siècle, elle fait partie de la Narbonnaise première, démembrement de l'ancienne Provincia, mais elle a perdu son autonomie, et le nom de cette ville ne ligure pas dans le texte le plus ancien de la JSotitia civitatum Gallice; seules quelques copies manuscrites de ce document et l'itinéraire de Bordeaux à Jérusalem citent le castellum Carcassone, Le territoire de l'ancienne colonie latine parait avoir été dès lors réuni à celui de la civitas NarbonCy métropole de la province, mais c'est de cette époque que date le renom de Carcassonne comme place torte ; une partie de l'enceinte intérieure de la cité date de la fin de l'Empire, et c'est sur des bases romaines que furent élevées plus tard quelques-unes des tours des xi« et xii« siècles ; on s'accorde aujourd'hui à attribuer aux Romains la partie de ces murailles que Viollet-Leduc donnait aux Visigoths.

On ignore absolument le sort de Carcassonne durant les invasions barbares et jusqu'à la chute du royaume de Toulouse en 507. Cette ville suivit sans doute les destinées de Narbonne ; en tout cas, elle dut être réunie définitivement au royaume visigothique en 462, après la trahison du comte Agrippin. — En 507, la défaite de Vouillé amène la destruction du royaume de Toulouse; tandis que les Burgondes et les Francs de Théoderic attaquent Arles, Clovis met le siège devant Carcassonne; ce siège, il est vrai, n'est pas mentionné par Grégoire de Tours, mais Procope en parle et, bien qu'il entremêle à son récit des détails purement légendaires sur les trésors

du temple de Jérusalem enlevés, dit-il, à Rome par Alaric i*^' et déposés par Alaric II dans le château de Carcassonne, rien n'oblige à rejeter le reste de sa narration. Quoi qu'il en soit, Clovis dut bientôt abandonner celte entreprise, et Carcassonne resta aux mains des Visigoths jusqu'au début du viii^ siècle. Ce n'est pas que les Francs aient jamais renoncé à leurs prétentions sur cette ville. Vers la fin du vi® siècle, en 585, un corps d'armée, commandé par Terentiole, comte de Limoges, vient par ordre de Contran attaquer Carcassonne ; la ville ouvre ses portes, mais peu après les habitants chassent les Francs ; Terentiole est tué d'un coup de pierre, et ses soldats prennent la fuite. Reccared, fils du roi visigoth Leovigild, accouru au secours de ses ifidèles, répond à cette attaque en recouvrant le château de Cabaret au nord de Carcassonne. Deux ans plus tard, en 587, nouvelles tentatives de Contran sur celte dernière ville ; le duc de Toulouse, Didier, et le comte Austrovald viennent l'assiéger. Le premier de ces chefs, attiré dans une embuscade, est tué par les habitants. Une troisième expédition, conduite par Austrovald, en 588, n'est pas plus heureuse ; le chef franc occupe un instant la ville, mais ses troupes sont défaites près du Fresquel, et Carcassonne retombe de nouveau et cette fois définitivement aux mains des Goths.

Au début du viii^ siècle, les Arabes envahissent l'Espagne et mettent fin au royaume visigothique; après plusieurs tentatives sur la Septimanie, cette province tombe entre leurs mains. A en croire les historiens musulmans, Mousa aurait occupé Carcassonne dès 713 ; mais ces mêmes historiens et les auteurs chrétiens s'accordent pour faire assiéger et prendre cette ville en 725 par Anbassa-ben- Sohaïm, gouverneur d'Espagne. Elle devait rester plus de vingt-cinq ans aux mains des Arabes, et aucun texte ne permet de supposer qu'elle ait été soumise par les Francs avant 759, date de Toccupation de Narbonne. Carcassonne devient alors ch.'l. de comté, en sa qualité de ville épiscopale;en 817, elle est rattachée au royaume d'Aquitaine donné à Pépin et fait partie de ce royaume jusqu'à sa réunion définitive à celui de France. Les comtes de Carcassonne deviennent indépendants vers le temps du roi Eudes, dont le type monétaire fut conservé tort longtemps par l'atelier de cette ville. Elle eut des comtes jusque vers la fin du xi® siècle; en voici la liste : Comtes amovibles : Dellon (avant812), Gisclafred(812),01ibal«'-(821, mort avant 837); Ohba II (vivait encore en 877); Bencion, fils d'Oliba II et son oncle Acfred jusque vers 908; Acfred II, mort vers 934, probablement tils de Bencion. Bencion et Acfred II étaient comtes à la fois de Carcassonne et de Razès. — A cette première dynastie succède, vers 940, la maison de Comminges, représentée par Arnaud, puis par Roger le Vieux (mort vers 1012). Ce dernier possédait le Carcasses, une partie du Bazès, de grands biens dans le Toulousain oriental et en Narbonnais (Laurac. Minerve et environs de Capestang), la majeure partie du pays de Foix et de ses dépendances, une portion du Couserans et du Comminges. De lui descendent les comtes de Foix de la première race qui s'éteignent au xiv® siècle dans la personne de Gaston-Phœbus. Ces vastes domaines sont partagés après sa mort ; Carcassonne et le comté appartiennent successivement à l'un de ses tils, Pierre- Roger, évêque de Girone en Espagne (f vers 1050), au comte de Foix, puis à Roger 111, descendant d'un fils aîné de Roger le Vieux ; ce Roger III meurt sans enfants vers 1067, et ses domaines, accrus des vicomtes d'Agde et de Béziers, échoient à l'une de ses sœurs, Ermengarde, vicomtesse d'Albi et de Nîmes; celle-ci les vend au comte de Barcelone, Raimond le Vieux (1067 et 1070). Ainsi finit la race des comtes de Carcassonne.

Elle fut remplacée par la famille vicomtale des Trencavels. Cette famille, issue d'un fidèle des comtes de Toulouse au x« siècle, possédait déjà quatre vicomtes : Albi, Nîmes, Béziers et Agde. Ermengarde et son fils Bernard-

CARCASSONNE

Aton, profitant des troubles qui suivent, en Catalogne, la mort de Raimond-Bérenger F''(1082), réoccupent Carcassonne et réunissent à leurs domaines les débris des possessions des comtes de Carcassonne. Bernard -A ton meurt en 1129, après un règne fort agité, après avoir, à deux reprises différentes, en 1107 et en 1125, reconquis la ville de Carcassonne sur son ennemi le comte de Barcelone : la première fois seul, la seconde avec l'appui da comte de Toulouse, Alfonse-Jourdain. Au cours de ces dissensions sont nommés plusieurs fois les « homines de Carcassonna » qui du reste ne semblent avoir encore joui d'aucune liberté. — A Bernard-Aton succède son fils Roger P'', qui meurt sans enfants en 1150; il est remplacé par son frère Raimond Trencavel F*", assassiné en 1167 à Béziers par les habitants de cette ville. Ce prince prend une part active aux luttes des princes féodaux du Languedoc contre le comte de Toulouse, Raimond V. — Son fils, Roger F'' (mort en 1194), épouse la fille de ce dernier prince, ancien ennemi de sa famille, et durant son long règne parvient avec assez d'habileté à maintenir son indépendance entre les maisons rivales de Barcelone et de Toulouse. — Raimond-Roger, fils de Roger 11, règne d*abord sous la tutelle de sa mère Adélaïde de Toulouse, et de Bertrand de Saissac ; il venait à peine d'atteindre l'âge d'homme quand arrivent les croisés en 1209; abandonné par son oncle, Raimond VI de Toulouse, il est obligé de capituler, jeté en prison par Simon de Montfort et périt bientôt misérablement (nov. 1209). Il laissait un fils, Raimond-Trencavel II, qui, réfugié en Aragon, ne reconquiert qu'un instant ses Etats, de 1224 à 1226; il vient vainement tenter un coup de main sur la cilé en 1240, et finit par céder ses droits à Louis IX en 1247. Son fils, Roger de Béziers, paraît dans un acte de 1267; il dut mourir sans héritiers durant l'expédition de Tunis.

Sous la famille des Trencavels, Carcassonne jouit d'une réelle prospérité. La cour de ces vicomtes était assidûment fréquentée par les troubadours de l'époque, le commerce florissant et la colline sur laquelle s'élève la cité s'était couverte de faubourgs ; les principaux étaient ceux de Saint-Michel et de Saint- Vincent. 11 ne semble pas que les habitants aient obtenu de bonne heure des libertés municipales. Dès 1165, on parle de probi homines, qui forment un tribunal civil, présidé par le viguier du comte ; mais la première charte de liberté ne date que de 1184, et rinstitution de douze consuls annuels de 1192. Quelques années plus tard, on adopta à Carcassonne les coutumes civiles de Montpellier, rédigées en 1204, en y ajoutant un petit nombre d'articles et en modifiant quelques autres. (V. le texte dans Giraud, Essai sur l'histoire du droit français, et Teulet, Layettes du trésor des chartes, 1. 1, pp. 272-281.)

En août 1209, Carcassonne tombe aux mams des croisés après quelques jours de siège; cette ville devient la capitale des Etats du nouveau vicomte Simon de Montfort, et celui-ci est enterré dans la cathédrale de Saint-Nazaire en 1218. En 1224, Amauri de Montfort y reçoit Raimond Vil, comte de Toulouse, avec lequel il vient de conclure une trêve, puis abandonne la cité et le Midi et retourne en France. Louis VIll, auquel Amauri a cédé ses droits, chasse aisément le vicomte Trencavel; les consuls et les habitants lui prêtent serment de fidélité et le roi y séjourne au mois de sept. 1226. Administrée dès lors par les ofiiciers royaux, chef-lieu d'une sénéchaussée, Carcassonne ne se résigne pas à la perte de son indépendance et, en août 1240, en pleine paix, le vicomte Raimond-Trencavel H, qui avait sans doute noué des intelligences avec les habitants, paraît inopinément sous les murs de la cité, après avoir occupé sans résistance la majeure partie du pays au sud de l'Aude. La place était commandée par le sénéchal Guillaume des Ormes, dont nous avons le rapport à la reine régente, Blanche de Castille. Ce document et les récits des chroniqueurs du temps ottt permis de faire l'histoire détaillée du siège de 1240.

(V. D. Vaissète, Histoire de Languedoc, nouv. éd., VU, note 58.) Les habitants, malgré leurs serments et des promesses répétées, introduisirent le vicomte dans le bourg, et prirent une part si active aux opérations contre la Cité, qu'à l'approche de l'armée de secours, commandée par le chambellan Jean de Beaumont, ils jugèrent prudent de ne pas attendre le châtiment de leur trahison et suivirent le vicomte Trencavel dans sa retraite, après avoir mis le feu au bourg (oct. 1240). On peut dire qu'ici se termine l'histoire politique de la Cité de Carcassonne ; elle n'aura plus dès lors qu'une histoire administrative. Saint Louis et son successeur Philippe IIÏ, firent de cette place la clef du Languedoc vers la frontière de Roussillon, et ils y réussirent si bien (on verra plus loin comment) que jamais on n'osa l'attaquer sérieusement. Quand la ville basse dut être reconstruite, en 1247, le roi l'éloigna de la Cité et l'installa sur la rive gauche de l'Aude. La Cité devint donc une place forte, administrée par un prévôt, sous l'autorité directe du sénéchal; elle eut pour habitants les agents administratifs et judiciaires, le clergé de la cathédrale, un petit nombre de bourgeois fidèles et enfin sa garnison. Celle-ci se composait en premier lieu d'un certain nombre de seigneurs des environs, lesquels étaient tenus de faire résidence à la Cité ; c'était ce qu'on appelait les estagiers ; chacun avait dans la ville une maison et devait venir y séjourner pour défendre la Cité à la première réquisition du sénéchal. Dès le xu« siècle, le vicomte Bernard-Aton avait créé ainsi une vingtaine de châtelains des tours de la Cité ; les héritiers de ces premiers estagiers furent dépossédés par Montfort et remplacés par les terrarii, la plupart descendants des chevaliers du conquérant et de Louis Vill. Cette garnison comprenait en second lieu un certain nombre de sergents, de soudoyers ; au xiv^ siècle, ces fonctions devinrent héréditaires, sous le nom de morte-^payes, et cette compagnie, qui ne date que d'environ 1330, attribua plus tard son institution à saint Louis. Ces morte-payes finirent par être les seuls habitanis de la Cité. Celle-ci, menacée par le prince Noir en 1355, reste fidèle au due de Berry en 1380, et refuse obstinément, lors de la guerre entre les Armagnacs et les Bourguignons, de recevoir les officiers institués par la reine Isabeau de Bavière. Engagée un mstant au comte de Foix par Louis XI en 1463, elle est bientôt de nouveau réunie au domaine. Au xvi® siècle, elle résiste à toutes les entreprises des protestants. Très jaloux de leurs privilèges, les habitants de la Cité les défendaient avec âpreté contre les entreprises de leurs voisins du Bourg, mais il fallait tous ces privilèges et des exemptions multiples pour retenir les habitants dans cette enceinte étroite, loin du fleuve, sur une colline peu accessible. Dès 1500, la Cité ne renferme plus que 1,500 âmes, et les rois ne font rien pour arrêter cette décadence. En 1656, le siège présidial est transporté dans la ville basse ; cent ans plus tard, l'évéque le suit et, aujourd'hui, la Cité, habitée presque uniquement par des tisserands, n'est plus qu'un faubourg de Carcassonne, d'accès assez difficile. En supprimant la communauté des morte-payes, qui subsistait depuis le xiv® siècle, la Révolution a dépouillé les habitants de tous les privilèges et exemptions, qui seuls les retenaient encore sur la cofline. Au-dessous de la Cité, sur la pente qui regarde l'Aude, s'est formé un faubourg, dit de la Trivalle, qui sert comme de trait d'union entre les deux villes.

La ville actuelle de Carcassonne date du milieu du XIII® siècle et porta longtemps le nom de Bourg, par opposition à la Cité. En pardonnant aux habitants de Carcassonne leur trahison de 1240, saint Louis, pour éviter le retour de pareils faits, leur ordonna de s'établir sur l'autre rive de l'Aude, sur un terrain appartenant auparavant à l'évéque (1247). Sur ce terrain, on construisit une ville neuve, aux rues régulières et se coupant à angles droits ; la ville de Carcassonne a encore aujourd'hui conservé cette disposition. En les rappelant, le roi confir-

CARCASSONNE

mait aux habitants de Carcassonne leurs anciennes coutumes, sauf droit d'amendement pour lui-même. Inutile d'analyser les nombreux actes relatifs à la reconstruction de Carcassonne ; il s'écoula naturellement un certain temps avant que les habitants, appauvris par la guerre, obérés par les indemnités à payer pour les dommages causés à l'église en 1240, eussent atteint une certaine richesse; toutefois, dès la fin du xiii® siècle, Carcassonne est une des principales villes de la province ; ses fabriques de drap rivalisent avec celles de Narbonne et sa population augmente au point qu'il faut agrandir l'enceinte de 1247 et créer ce qu'on appelle la «nova ampliacio burgi ». Cette prospérité est compromise par la révolte de 1294-1299 contre l'Inquisition, que ce tribunal punit cruellement, et parcelle, beaucoup plus grave, de 1305. A l'instigation de frère Bernard Délicieux, les consuls tentent de livrer le bourg de Carcassonne à Ferrand, intant de Majorque. La répression est prompte et terrible; les consuls et les conseillers de la ville, dont le plus connu était Hélie Patrice, sont pendus haut et court, la ville frappée d'une forte amende, et le consulat confisqué. Le roi lui-même jugea bientôt la peine trop forte et rendit aux habitants le droit d'élire leurs officiers municipaux. Vers le même temps, l'expulsion des juifs de Carcassonne appauvrit considérablement cette ville; ils étaient assez nombreux et actifs, et se livraient à la fois au commerce et à la banque. Pendant les années suivantes, l'histoire de cette ville ne présente que peu de faits à noter ; elle porte sa part des charges que font peser sur le royaume les guerres de Flandre et d'Angleterre; elle est ravagée par la peste en 1348, donne, en 1352, asile à un certain nombre d'habitants de Calais, chassés par les ennemis, enfin, subit un désastre épouvantable en 1355. Le Prince-Noir, qui ravageait le Languedoc en vrai bandit, n'attaquant que les villes ouvertes, arrive devant les murs de Carcassonne le 2 nov. ; les murailles étaient faibles, la garnison peu nombreuse, la résistance à peu près impossible. En vain on offrit à l'ennemi une forte rançon, en vain les clercs de la ville vinrent lui présenter une humble supplique qui a été conservée. Le Prince-Noir n'écouta rien, fit piller la ville et, une fois les maisons bien nettoyées par ses soudards, y fit mettre le feu, sans épargner ni couvents ni églises. L'ennemi parti, les habitants revenus, les officiers royaux, les clercs rivalisèrent d'activité pour réparer ce désastre, la ville fut promptement rebâtie, entourée de fortes murailles pour la mettre à l'abri de toute insulte et retrouva de son ancienne prospérité ce que permettaient les malheurs du temps. En 1380, elle prend parti pour le comte de Foix contre le gouvernement royal et le due de Berry, reçoit, en nov. 1389, la visite du roi Charles VI; un peu plus tard, elle embrasse un instant le parti des Bourguignons, puis rentre sous l'obéissauiîe du dauphin, plus tard Charles VIL En 1466 et 1467, Louis XI fait codifier, en les modifiant sur nombre de points, les anciennes coutumes de Carcassonne; c'est le plus ancien texte que nous ayons, car celles de 1204 citées plus haut n'étaient à proprement parler que des coutumes civiles et ne stipulaient à peu près aucune liberté politicjue. — En 1532, François I^^, la reine et le dauphin séjournent plusieurs jours à Carcassonne, le roi y repasse en 1538. Vers le même temps, la réforme s'introduit dans cette ville, mais lentement et sans grand succès. En 1560, les protestants ayant commis l'imprudence d'insulter publiquement la religion catholique, la population se soulève et massacre quelques-uns des coupables (15 déc). Quelques mois plus tard (mars 1561), les huguenots, peu nombreux d'ailleurs, sont définitivement expulsés. En janv. 1566, Charles IX, accompagné de sa mbre^ arrive à Carcassonne ; retenu huit jours durant à la Cité par la neige, il ne fait son entrée dans la ville basse que le 22 de ce mois, et y séjourne quatre jours. Durant les guerres de religion, les habitants paraissent avoir d'abord, mais sans beaucoup d'enthousiasme, adhéré èi la Ligue, pour reve-

nir ensuite au parti royal, et, en fév. 1589, Henri III transporte à Carcassonne le Parlement de Toulouse. Il y eut même à cette occasion une longue guerre entre la Cité, dévouée aux ligueurs, et la ville basse, occupée par les royalistes. Louis XIll passe à Carcassonne en 1622; quelques jours après, un terrible incendie dévore la majeure partie de la ville. Celle-ci jouit ensuite d'une tranquillité presque complète jusqu'à la fin de l'ancien régime. — A l'époque révolutionnaire, devenue ch.-l. du dép. de l'Aude (mars 1790) , Carcassonne subit le contre-coup des troubles qui marquent les années 1790 et 1791 ; on y signale de nombreuses émeutes pour la circulation des grains. Toutefois, sauf un petit nombre de condamnations regrettables, le tribunal révolutionnaire de cette ville se montra assez modère et circonspect, et le régime de la Terreur ne paraît pas y avoir été aussi rigoureux que dan d'autres villes du Midi. L'Empire, la Restauration, les Cent-Jours n'y occasionnèrent également aucun trouble; mais la Terreur blanche s'y si^jnala malheureusement par plusieurs exécutions capitales (juill. 1816), et par de nombreuses condamnations correctionnelles. Aussi la révolution de 1830 y fut-elle acclamée, et le gouvernement de Louis-Philippe reconnu sans difficulté ; les mêmes acclamations accueillirent d'ailleurs l'annonce de la révolution de Février, et le coup d'Etat de 1851 n'y rencontra aucune résistance sérieuse, ce qui n'empêcha ni les proscriptions, ni les déportations de 1852. — La Révolution avait achevé l'œuvre des derniers siècles de l'ancien régime, en transportant définitivement dans la ville basse le siège de tous les pouvoirs publics, civils, ecclésiastiques et militaires ; la Cité fut dès lors réduite à n'être qu'une annexe de l'ancien bourg.

IL Administration avant 1789. — Les coutumes àe Carcassonne, rédigées vers 1204 et en grande partie imitées de celles de Montpellier, régirent cette ville fort longtemps ; elles furent remaniées et modifiées sous Louis XI. Les consuls étaient au nombre de six; quelquefois on en trouve huit ou sept, mais par exception ; ce nombre fut réduit à quatre en 1466. Sous Louis XIV fut créé l'office de maire perpétuel; acquise par les habitants, cette charge fut rétablie et supprimée plusieurs fois. Le premier consul entrait chaque année aux Etats de Languedoc, avec un autre député désigné par la communauté. A l'époque féodale, la cité fut le siège d'un viguier rendant la justice au nom du vicomte. Cette charge fut conservée par les rois de France. Après avoir été à la fois administrative, militaire et judiciaire, elle perdit peu à peu de son importance ; le titre même de viguier fut supprimé en 1713, et la cour qu'il présidait unie au présidial de la même ville. Dès le xiv® siècle, on avait réuni k la vi guérie de Carcassonne celles de Cabardès et de Minervois (V. ces noms), et, à la fin du même siècle, cette viguerie n'était plus qu'un territoire d'ordre ju'diciaire. Cette circonscription renfermait, en 1342, trente-cinq communautés, situées presque toutes sur la rive gauche de l'Aude.

La sénéchaussée de Carcassonne subit le même sort. On appelait ainsi un vaste territoire comprenant la partie occidentale du pays acquis par la couronne lors du traité de Paris en 1229; elle renfermait la partie de l'Albigeois située au S. du Tarn, les diocèses de Carcassonne, de Narbonne (avant 1317), deBéziers, d'Agde et de Lodève, et dans l'évêché de Toulouse, la terre de Mirepoix et les possessions de l'abbé (plus tard évêque) de Pamiers. Dès le temps de Montfort, il y avait un sénéchal à Carcassonne, les rois de France conservèrent cette charge et lai unirent celle de sénéchal de Béziers. La sénéchaussée de Carcassonne était divisée en vigueries et châtellenies ; voici la liste de ces circonscriptions en 1342 : vigueries de Carcassonne, de Cabardès, de Minervois ; châtellenie de Montréal ; vigueries des Allemans et de Limoux ; châtellenie de Pierrepertuise ; vigueries de Fenouillèdes et de Termes ; terre des Corbières ; bailliage de SauK et terre

CARCASSONNE

d'au delà TAude; viguerie d*Albi; châtellenie de Roquefixade ; viguerie de Béziers, partagée, au xiv® siècle, en trois sièges : Béziers, Gignae et ISarbonne. Les terres vassales dépendant de cette circonscription et relevant par voie d'appel du tribunal du sénéchal, étaient le comté de Foix jusqu'en 1335 ; la terre, puis duché de Mirepoix, la seigneurie, puis comté de Castres, la vicomte de Narbonne, les domaines de l'archevêque de cette ville, la vicomte d'Agde et le comté de Lodève, ces deux dernières baronnies appartenant aux évêques de ces mêmes villes. La sénéchaussée de Carcassonne et de Béziers était une circonscription à la fois administrative et judiciaire ; l'établissement des diocèses civils au xiv® et au xv^ siècle lui fit perdre le premier de ces deux caractères ; toutefois, jusqu'en 1789, il y eut un sénéchal de Carcassonne. Le ressort judiciaire avait été fortement diminué par la création des sénéchaussées de Béziers (1528) et de Limoux (1642). Le tribunal du sénéchal devint, au xvi® siècle, cour présidiale, et ne tarda pas à être transporté de la cité dans la ville basse. Au xiii® et au xiv® siècle, il y eut de fréquentes assemblées des notables de la sénéchaussée de Carcassonne. Elles disparurent lors de l'organisation des diocèses civils, au début du XV® siècle. V assiette, qui siégeait tous les ans et s'occupait de la répartition des impôts, des travaux publics et de toutes autres questions administratives, se composait des députés de huit communautés, et de quatre députés, un par quartier, du diocèse. L'évêque de Carcassonne présidait ; deux barons avaient droit d'entrée : MM. de Capendu et de Voisins. — Carcassonne a pour armoiries les deux écus accolés de la Cité et du Bourg. Le premier d'azur semé de fleurs de lis d'or à un grand mur de même maçonné de sable derrière trois tours rondes

Armoiries de Carcassonne.

pavillonnées aussi d'or et maçonnées de sable, celle du milieu plus grosse que les deux autres, ayant une grande porte ou arcade surmontée d'un agneau pascal d'argent; le second de gueules, à l'agneau pascal d'argent, la tête contournée^ à la bordure cousue d'azur, semée de fleurs de lis d'or,

m. Histoire religieuse. — Carcassonne, ayant cessé d'être une civitas à la fin de l'empire romain, n'eut titre d'évêché qu'assez tard, au milieu du vi« siècle, au temps de la domination gothique. On peut fixer l'érection de ce siège aux environs de l'an 550 ; le diocèse, qui comprenait l'arrondissement actuel de Carcassonne, une petite partie de celui de Limoux, et quelques communes de ceux de Narbonne et de Castelnaudary, avait été démembré de la vaste civitas Narbonensis, Il était anciennement divisé en deux archiprêtrés, dits d'Alairac et de Monze ; ces deux offices furent supprimés au xv^ siècle. Le chapitre cathédral, érigé en communauté régulière au x^ siècle, fut sécularisé au xv«. Peu avant la Révolution, l'évêque transporta sa résidence dans la ville basse ; le chapitre resta dans la Cité jusqu'en 1789; aujourd'hui l'un et l'autre résident dans la ville basse; depuis 1803, l'ancienne église paroissiale de Saint-Michel sert de cathédrale. Voici la liste des évêques de Carcassonne, d'après les travaux les plus récents :

Saint Hilaire, vers 550 ; Sergius, 589 ; Solemnius, 633 ; Elpidius, 636 ; Sylvestre, 653 ; Etienne, honoré sous le

nom de saint Stapin, 683; Hispieio ou Hiscipio, 791 ; Senior, 813; Eurus, 860; Léger, 878 ; V^Tilleran, 883- 897; saint Gimer, 902-931 ; Abbon, 933-934; Gisandus, 934-952; Franco, 965-977; Aimeric, 982-986; Adalbert, 1002-1020; Foulques, 1028; Guifred, 1031- 1058; Bernard, 1072-1075; Pierre Artaud, 1077-4083; Pierre II, auparavant abbé de Saint-Pons, 1083-1101 ; Guillaume Bernard , 1 1 06-1 1 07 ; Raimond P% 1 1 07-1 H 0 ; Arnaud de Girone, 1113-1130; Raimond de Sorèze, 1131-1141 ; Pons I^"^ de Tresmals, H42-H59; Pons II de Brugals, H59-1166; Othon, 1170-1201 ; Bérenger, 1201-1209; Bernard-Raimond de Roquefort, 1209-1231 ; concurremment avec lui. Gui, abbé de Vaux-de-Cernay, oncle du chroniqueur, Pierre de Vaux-de-Cernay, évêque établi par les Montfort, 1212-1223; Clarin, auparavant chapelain, puis chancelier de Simon de Montlort, 1226- 1248; Guillaume Arnaud, 1248-1255; Guillaume Raoul, 1248-1266; Bernard de Capendu, 1265-1278; Gauthier Jean, 1278-1280; Bérenger, 1280; Isarn, vers 1286; Pierre de la Chapelle-Taillefer, 1291-1298; Jean de Chevry, 1298-1300; Pierre de Roquefort, 1300-1321 ; Guillaume de Flavacourt, 1322-1323 ; Pierre Rodier, 1323-1330; Pierre Jean, 1330-1336; Ganceîin Jean, 1337-1346; Gilbert Jean, 1347-1354; Arnaud Aubert, neveu du pape Innocent VI, 1354-1357; Geoffroi de Vayrols, 1358-1361 ; Etienne Aubert, petit-neveu d'Innocent VI, 1361 ; Jean Fabri, 1362-1370 ; Hugues de la Jugie, 1371; Pierre de Saint-Martial, 1372-1391 ; Simon de Cramaud, 1391-1409; Pierre Aimeri, 1409-1412; Géraud du Puy, 1413-1421 ; Geoffroi de Pompadour, 1420-1445; Jean d'Etampes, 1446-1455; Geoffroi de Basilhac, 1456-1459 ; Jean du Chastel, 1 459-1475 ; Guichard d'Aubusson, 1476-1497 ; Pierre d'Auxillon, 1497-1512; Hugues de Voisins, 1512-1516; Jean de Basilhac, 15161521; Martin de Saint-André, 1521- 1545; Charles, cardinal de Vendôme, puis de Bourbon, 1546-1552; François de Faucon, 1556-1565; Charles, cardinal de Bourbon, de nouveau, 1565-1567; Vitelli Vitelloti, 1567-1568; Annibal de Ruccellai, 1569-1601; Christophe de l'Estang, 1603-1621; Vitalis de l'Estanff, 1621-1652; François de Servien, 1653-1654; Louis de Nogaret de la Valette, 1655-1679 ; Louis d'Anglure de Bourlemont, 1680 ; Louis-Joseph de Grignan, 1681- 1722; Louis-Joseph de Châteauneuf de Rochebonne, 1722-1729; Armand Bazin de Bezons, 1730-1778; Jean- Auguste de Chastenet de Puységur, 1778-1788; François-Marie-Fortuné de Vintimille, 1789, émigré en 1790, résigne son titre en 1801, meurt en 1822; Guillaume Bésaucèle, évêque constitutionnel, 1791-1801 ; Louis Belman, 1801. Après le concordat de 1801, le siège de Carcassonne est rétabli dans la ville basse ; évêques depuis cette époque : Arnaud-Ferdinand delà Porte, 1802- 1824 ; Joseph-Julien de Saint-Rome Gualy, 1824-1847 ; Henri-Marie-Gaston de Bonnechose, 1848-1855; François Rollet de la Bouillerie, 1855-1873; Leuillieux, 1873.

Outre la cathédrale, la cité renfermait une autre église dédiée à saint Sernin, plus la collégiale de Notre-Damede-FAbbaye dite aussi Saint-Sauveur, qui aurait existé dès le vni« siècle suivant les auteurs arabes; elle est souvent citée à dater du x«. En 1240, elle fut détruite par les partisans de Trencavel, mais reconstruite peu après sous le nom de Notre-Dame du Bourg; elle était étroitement unie au chapitre Saint-Nazaire. Les capucins s'y établirent en 1592. Dans la ville neuve furent transportées, au xiii^ siècle, les deux paroisses de Saint- Vincent et de Saint-Michel, autrefois situées dans les faubourgs démolis en 1209 et 1240. Carcassonne- Ville- Basse renfermait encore les couvents suivants : augustins, augustines, capucins, carmes, cordehers, dominicains, pères de la Merci, auxquels se joignirent plus tard les Minimes, les Jésuites, les Doctrinaires, etc. Le collège que la ville entretenait dès 1515, fut confié aux jésuites en 1633, aux doctrinaires en 1762; de même, le séminaire fut

CARCASSONNE

administré par les jésuites de 1672 à 1762, et depuis par les doctrinaires.

IV. Inbustrie, Commerce et Administration. — L'industrie fut toujours assez florissante à Carcassonne ; dès la fin du xm® siècle, les pareurs de draps y avaient des ateliers considérables, qui comptaient parmi les plus importants du Midi, et sous les derniers Capétiens directs, on essaya, à Taide de mesures prohibitives et protectrices, d'assurer la prospérité de cette industrie. Ces mesures furent renouvelées par Colbert ; au xviii^ siècle, la manufacture royale des Saptes, au faubourg de la Trivalle, fut très active. Aujourd'hui l'industrie de la laine a pour ainsi dire disparu. On trouve encore à Carcassonne des fabriques de menuiserie, de bougie, d'ami- ^'^^ etc., et beaucoup d'ateliers pour le traitement des

don,

peaux. Carcassonne, traversée autrefois par la grande voie romaine de Narbonne à Bordeaux, voie qui a servi pendant tout le moyen âge, le fut au xvii« et au xviii* siècle par les routes tracées sous la direction des

Etats de Languedoc. Les habitants ayant refusé, sous Louis XIV, de contribuer aux Irais du canal des Deux- Mers, ce canal passa longtemps à une grande distance de la ville. La rectification fut entreprise quelques années avant la Révolution et terminée en 1810 ; le nouveau lit du canal passe sous les murs de Carcassonne, suit la rive gauche de l'Aude et rejoint l'ancien lit à 3 kil. de là par un pont-aqueduc qui franchit la petite rivière de Fresquel. Par ce canal, le commerce de Carcassonne se trouve donc en relations directes avec Toulouse d'une part, Narbonne et Cette de l'autre. Mais rétablissement du chemin de fer a fortement diminué le trafic commercial sur le canal de Languedoc. Concédée en 1852, la ligne de Cette à Bordeaux a été achevée en 1857; un embranchement, de Carcassonne à Quillan, a été créé en 1863 et 1864; en 1876, cet embranchement allait jusqu'à Limoux; aujourd'hui, il est ouvert jusqu'à Quillan même et met la partie montagneuse du dép. de l'Aude en communication directe avec le chef-lieu. Enfin n'ou-

Panorama de la Cité.

blions pas que Carcassonne a été, dans ce siècle-ci, tant qu'a duré la prospérité de la culture vinicole, un des principaux marchés de vin du Midi. Les ravages du phylloxéra ont causé à cette branche de commerce un détriment sensible, qui sera sans doute de courte durée. Les archives de l'Aude, conservées à la préfecture, sont assez riches; les principaux fonds sont ceux de l'évêché de Carcassonne, d'Alet et de Saint-Papoul, de l'archevêché de Narbonne, des abbayes de La Grasse, de Saint-Hilaire et de Montolieu. Les archives civiles sont moins importantes et ne remontent pas plus haut que le xvi^ siècle ; les anciennes archives de la Cité, exceptionnellement importantes, n'existent plus; la partie la plus intéressante, déposée après divers déplacements à la Chambre des comptes de Paris, y a péri en 1738. De même les archives de l'inquisition, qui existaient encore complètes au xvii® siècle, ont entièrement disparu sauf quelques registres conservés à Paris et à Rome et les copies faites* pour Colbert sous la direction du président Doat (V. Inquisition). L'inventaire méthodique des archives départementales est en voie de publication, un volume a paru en 1864 (série B ; archives judiciaires). Les archives municipales sont bien moins riches. Une grande partie a été solennellement brûlée en 1793, ainsi que le constate un procès-verbal authentique, et dès avant cette destruction, elles ne devaient pas remonter plus haut que le xv« siècle ; on en trouvera un état sommaire dans Mahul, CartuL de Carcassonne , VI, 2, pp. 354 et suiv. La Bibliothèque publique, d'abord rattachée à l'Ecole centrale, aujourd'hui Bibliothèque municipale, se compose principalement de livres provenant des

dépôts révolutionnaires, notamment du cabinet de M. Murat. On trouvera l'histoire détaillée de cet établissement et la description des manuscrits (peu nombreux d'ailleurs), dans un article de M. de Fierville (Mémoires de la Société de Carcassonne^ t. ÏIÏ, 118-328). La Société des arts et des sciences de Carcassonne, fondée en 1836, réorganisée en 1844, a publié jusqu'ici quatre volumes de mémoires et de documents dont beaucoup présentent un réel intérêt pour l'histoire locale. Le collège, administré par les jésuites jusqu'en 1762, par les doctrinaires jusqu'à la Révolution, remplacé, durant quelques années, par une école centrale, resta longtemps collège communal et devint en 1853 lycée impérial , aujourd'hui national. Il compte plus de six cents élèves.

V. Archéologie. — La cité de Carcassonne est un des plus curieux monuments connus de l'architecture militaire du moyen âge. La majeure partie des deux enceintes et du château date de trois époques distinctes : fin de l'empire romain, xi® et xii« siècles, xiii® siècle. Les additions postérieures à Philippe le Hardi sont peu importantes, et dans les derniers siècles de l'ancien régime, de nos jours encore, l'administration militaire, longtemps seule maîtresse de la place, s'est contentée de mutiler ces vénérables restes sous prétexte de les accommoder aux besoins de la science moderne. Aujourd'hui , la restauration complète du monument a été entreprise ; conduite pendant longtemps par Viollet le Duc, cette œuvre réparatrice assure pour de longs siècles l'existence des murailles; sur certains points, il est vrai, on n'a pas seulement restauré, mais entièrement reconstruit. Toutefois, Viollet-Leduc s'est montré ici plus discret qu'à

CARCASSONNE — CARCAVY

Pierrefonds, et la plupart de ses restitutions paraissent justifiées.

C'est du IV® ou du v« siècle que paraît dater la partie la plus ancienne de l'enceinte de Carcassonne, du temps oîi cette ville est qualifiée de castrum par la ISotitia civitatum. C'est à cette époque que les meilleurs juges rapportent une partie des assises inférieures de la seconde enceinte, et des tours en demi-cercle qui la garnissent de distance en distance. On distingue d'ailleurs dans cette portion deux appareils bien distincts, l'un composé de grosses pierres sans ciment, l'autre de petits blocs assemblés en épis ou arêtes de poisson, alternant avec des assises de briques. C'est ce dernier mode de construction que Yiollel-Leduc attribuait, sans raisons solides à vrai dire, aux Visigoths. Les deux modes ont été employés par les Romains, et les Barbares n'avaient pas d'architecture qui leur fût propre. A l'époque féodale appartient la majeure partie de l'enceinte intérieure, la partie inférieure de l'enceinte extérieure et le château. On reconnaît ces constructions à la pierre employée, blocs de grès, plus longs que larges, appartenant au moyen appareil. Le château, sorte de parallélogramme, doit dater du règne de Bernard-Aton (vers 1125), et ses défenses sont dirigées aussi bien contre la ville que vers le dehors. A l'angle S. se dresse une tour de guette, dite la tour Pinto, que beaucoup d'archéologues ont attribuée, sans preuve aucune, aux Arabes. Dès le début du XIII® siècle, le récit du siège de 1:240 le prouve, Carcassonne avait deux enceintes en pierre, garnies de tours. Saint Louis et son fils, Philippe le Hardi, renforcèrent l'enceinte intérieure, et reconstruisirent presque entièrement l'extérieure. On reconnaît les tours construites par ordre de saint Louis à leur forme arrondie ; celles du temps de Philippe Ilï se terminent généralement en forme d'éperons, et l'appareil est l'appareil rustique ou à bossage, qu'on observe aux remparts d'Aigues-Mortes, construits sous le règne de ce prince. Parmi ces tours, on peut citer l'admirable tour carrée dite de l'Evêque, â cheval sur les deux enceintes, la tour de Balthazar, la Porte narbonnaise, l'un des plus beaux spécimens connus de l'art militaire du xiii® siècle, la tour de Tresau, enfin les défenses de la porte d'Aude.

La Cité comptait plusieurs églises; une seule a subsisté : l'ancienne cathédrale des Saints-Nazaire et Celse. Elle se compose de deux parties d'âge différent : une nef du XI® siècle (les matériaux en furent bénis par le pape Urbain H, lors de son passage à Carcassonne en 1096), et un chœur du xni« et du xiv^ siècle. La première partie est à trois nefs, voûtées en plein cintre ; chapiteaux admirablement sculptés : petites fenêtres à large ébrasement. La nef, dont les travaux commencèrent peu après 1269, est un admirable spécimen du gothique rayonnant. Beaux vitraux du xiv® et du xvi« siècle. Dans Péglise, tombeau de l'évêque Pierre de Roquefort (mort en 1321) ; dans une chapelle du milieu du xiii® siècle, aujourd'hui en contre-bas, tombeau de l'évoque Guillaume Raoul (mort en 1266). Ces deux monuments sont des œuvres de sculpture extrêmement remarquables. — A citer encore dans la ville haute le grand Puits et le Puits du Plo,sur lesquels on raconte, dans 1© pays, de nombreuses légendes. Aujourd'hui, l'eau est fournie aux habitants par une fontaine construite depuis peu d'années.

La ville basse contient moins de monuments. Les débris de remparts qui l'entourent datent au plus tôt du xvi® siècle ; sur l'emplacement des fossés s'étendent des boulevards plantés de platanes d'une admirable venue. L'église Saint-Michel, aujourd'hui cathédrale, est un bon type des églises gothiques du Midi, à une seule nef et flanquées de chapelles ; elle date de la fin du xiii® ou du début du XIV® siècle. L'église Saint-Vincent est construite sur le même plan, mais paraît un peu plus récente ; la construction du chœur fut entreprise après 1308 ; elle a 22 m. de large dans son œuvre. Sa tour a servi aux Cassini

au xviii® siècle pour leurs observations géodésiques, et Méchain et Delambre y ont calculé l'axe du méridien de Paris, qui passe à Carcassonne. — L'église des Carmes, du XV® siècle, restaurée dans ce siècle. — Entre la Cité et

Eglise fortifiée et clocher de Carcassonne.

la ville basse, on trouve le Pont-Neuf, datant de 1841- 1846 et le Pont-Vieux, curieux monument de la fin du xm® siècle. Sur la place aux Herbes ou Place-Vieille, fontaine en marbre blanc, sculptée en 1770 par deux Italiens, Barrata père et fils. Le Musée renferme quelques toiles remarquables, principalement de Gamelin, — cet artiste était de Carcassonne, — et beaucoup d'antiquités trouvées dans le pays. Il est administré par la Société des arts et des sciences. — Sont nés à Carcassonne : le P. Benoît, dominicain, auteur d'une Histoire des Albigeois, Guillaume Besse, dont nous citons plus loin un ouvrage, Fabre d'Eglantine, Gamelin, etc. A. Molinier.

BiBL. : D. Vaissète, Histoire de Languedoc^ nouv. éd., passim. — Mahul, Ca.rtuVdire et archives des communes de Vancien diocèse de Carcassonne, t. V et VI (deux parties). Cet ouvrage contient le résumé des suivants : Besse, Histoire des antiquitez et comtes de Carcassonne, 1645, pet. in-4; le P. Bouges, augustin, Histoire ecclésiastique et civile de Carcassonne, 1741, in-4, et Cros- Mayrevielle, Histoire du comté et de la vicomte de Carcassonne^ 1846, in-8. A consulter encore les Mémoires de la Société de Carcassonne. — Pour l'archéologie : ViOLLET- Leduc, Dictionnaire d'architecture^ ças'sim, et du même : Cité de Carcassonne^ 1858, in-8, tirage à part des Archives des monuments historiques. Voir aussi le Congrès archéologique, XXXV« session, 1868; Tours, 1869, in-8. — P. Foncin, Guide à la Cité de Carcassonne, 1866, in-1-2.

CABCAVELLOS, Petit village portugais des environs de Lisbonne, dont les vignobles fournissent des vins doux exquis.

CARCAVY (Pierre de), né à Lyon, mort en 1684. Il fut d'abord conseiller au grand conseil ; Colbert se l'atta cha et lui confia, à partir de 4661, l'administration de sa bibliothèque. En 1663, après le départ de Varillas, Carcavy entra à la bibliothèque du roi, dont Colbert avait la direction, et y exerça, jusqu'à la mort de ce ministre, les fonctions de garde de la librairie, bien qu'il n'en ait jamais reçu le titre. C'est lui qui, en 1667, fut chargé de la garde et du classement du cabinet des médailles, lorsque Colbert, ayant réuni la charge de maître ou garde du cabinet du Louvre à celle de garde de la bibliothèque du roi, fit porter ce cabinet à la rue Vivienne, dans les bâtiments de la bibliothèque. Carcavy s'est occupé surtout de la bibliothèque de Co'bert, dont il a été le premier à diriger la formation, mais il n'en a pas moins rendu de grands services à la bibliothèque du roi. Il lui a cédé la petite collection de manuscrits qu'il avait formée et des papiers personnels que Fermât, son ami, lui avait légués. Carcavy était un géomètre et un assez bon mathématicien ; ïl fut l'un des premiers membres de l'Académie des sciences, C. C.

BiBL. : L. Delisle, le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale; Paris, 1868, t. I, pp. 439-445, —

CARCAVY - GARCHARIîDiE

Ch. Henry, Pierre de Carcavi/, intermédiaire de Fermât^ de Pascal et de Huygens ; Rome, 1884, in-4 (Extrait du Bullettino di bibliografîa e di storia délie scienze matematiche e fisiche, t. XVII, mai-juin 1884).

CARCAY (Sierra de). Chaîne de montagnes, au N. du Mexique et au N.-O. de la province de Chihuahua, et à la limite de celle de Sonora, sur le rebord du plateau. Le pied de la montagne est longé par le rio Casas Grandes (V. Mexique). CARCEL (Physique). Le carcel est l'étalon de lumière adopté en France jusqu'ici ; c'est la lumière fournie par une lampe carcel brûlant 42 gr. d'huile de colza épurée par heure. Pour rendre cet étalon aussi constant que possible, on a dû réglementer divers détails accessoires comme le poids de la mèche par centimètre carré et la hauteur de la zone obscure de la flamme ; la lampe doit en outre être allumée depuis au moins un quart d'heure avant de faire une mesure. On admet que l'intensité de la lampe varie au plus de 2 ou 3 %, si l'on observe ces conditions. Dans d'autres pays, l'étalon de lumière est fourni par une bougie, par exemple le candie (V. ce mot) ; il équivaut à peu près à | de carcel. M. Violle a proposé un étalon de lumière très différent, moins pratique, mais beaucoup plus constant : c'est la quantité de lumière émise normalement par un centimètre carré de platine à sa température de tusion. A. J.

CARCEL (Bertrand-Guillaume), inventeur français, mort en 1812, dont le nom, attaché au système de lampe mécanique qu'il a imaginée, s'applique aussi, par extension, à l'étalon photométrique de lumière dont cette lampeest devenue le type général. Carcel était un habile et ingénieux horloger, mais pauvre et sans crédit, habitant dans la rue de l'Arbre-Sec, derrière l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, la petite boutique où une enseigne rappelle encore aujourd'hui son nom. C'est là que vers la fin de l'année 4800, à l'âge d'environ cinquante ans, il fil l'invention de cette lampe, qui produisit une véritable révolution dans l'éclairage à l'huile. La base fondamentale de l'invention de Carcel fut Tapplication aux lampes d'un mouvement d'horlogerie mettant en jeu une sorte de petite pompe à double effet qui produit l'ascension réguliè'^e et constante de l'huile vers la mèche. Un pharmacie n nommé Carreau, qui habitait une maison voisine de celle de Carcel, lui offrit des capitaux qui devaient bient H faire fructifier sa découverte; un brevet d'invention fut pris au nom des deux associés, et la petite boutique df la rue de T Arbre- Sec fut ornée d'une enseigne sur laruelle s'étalait l'inscription suivante : « B.-G. Carcel, .nventeur des Lycnomènes ou Lampes métalliques, fabrique les dites lampes. » L'inventeur, alors dans la joie du succès, n'en travaillait pas moins ardemment à perfectionner son œuvre, et, pour la couronner, il trouva un procédé nouveau d'épuration des huiles. Mais ses brillantes espérances ne tardèrent pas à s'évanouir. Les premières années d'exploitation n'ayant pas produit les bénéfices qu'il avait convoités, le pharmacien Carreau se retira de l'association, et Carcel, demeuré seul, presque sans ressources, se retrouva aux prises avec toutes les difficultés de la vie. Un peu plus tard, il put croire encore à une trêve de son infortune, lorsque ses lampes figurèrent à la première Exposition de l'industrie décrétée par Napoléon l^^ et organisée aux Champs-Elysées. Les témoignages les plus flatteurs, les félicitations les plus encourageantes, furent prodigués à l'inventeur : mais les éloges, hélas ! ne l'enrichissaient pas, et, découragé, accablé par la lutte qu'il n'avait cessé de soutenir, Carcel mourut pauvre. Son brevet, tombé dans le domaine public, fut cependant le prélude d'un certain nombre de systèmes qui, par la suite, ont fait la fortune de leurs inventeurs, La lampe Carcel n'a plus guère aujourd'hui de renom que celui qu'elle doit à son application spéciale comme étalon de lumière (V. ci-dessus). G. Jouanne. CARCEN PoNsoN. Com. du dép. des Landes, arr. de Saint-Sever, cant. (0.) de Tartas ; 708 hab.

CARCENAC-Peyralès. Com. du dép. de l'Aveyron, arr. de Rodez, cant. de Sauveterrc ; 794 hab.

CARCER PR1VATUS (Dr. rom.). Pour comprendre le sens de cette expression qui peut se traduire par « prison privée » il faut se rappeler qu'à Rome le créancier avait le droit de se saisir de la personne de son débiteur et de l'emprisonner dans la partie de sa maison que l'on nommait Vergastulum où il était chargé de chaînes et accablé de mauvais traitements. Ce droit, dont il était fait assez souvent usage, puisque Tite-Live nous dit que partout où habite un particulier il existe une prison privée, s'exerçait, dans le principe, à l'égard des nexi et des addictû

Il fut supprimé quant aux next par une loi Pœtelia Papiria rendue en l'an 428 de Rome. Une constitution de l'empereur Zenon remplaça pour les addicH la prison privée par la prison publique; mais cette décision était spéciale à l'Egypte. Justinien la généralisa et frappa le créancier qui y contreviendrait, d'abord de la déchéance de son droit et ensuite d'un emprisonnement d'une durée égale à celui qu'il aurait fait subir au débiteur. L'incarcération dans la prison publique pouvait être évitée par la bonorum cessio depuis la loi Julia, P. N.

BiBL. : AccARiAS, Précis de droit romain, t. II, n°« 730 et 788, pp. 896 et 914. — Giraud, Etude sur le prêt à intérêt à Rome (Mémoires de l'Académie des sciences ma-' raies et politiques, année 1847).-— Moynz, Cours de droit romain, t. II, § 399, pp. 595 et suiv.

CARCÉRULE (Bot.). Nom donné par Mirbel à des fruits secs indéhiscents confondus aujourd'hui sous le nom à'achaines^ Sous cette dénomination étaient compris VUtricule de Gaertner, le Cystidium de Link, le Dyclosium de Desvaux, la Samare de Gaertner, le Pte'^ ridium de Desvaux, la Balauste, etc. (V. Fruit).

CARCÈS. Com. du dép. du Var, arr. de Brignoles, cant . de Cotignac^ au confluent de la Cassole et de rissole avec l'Argens; 2,006 hab.; érigée, avec d'autres terres, en comté, en mai 1574, en faveur de Jean de Pontevès, généralissime des armées catholiques en Provence. Ancien château des Pontevès; cascade de l'Issole; filature de soie ; huilerie .

CARCHARIAS (Ichtyol.). Genre de Poissons cartilagineux (Palaeichthyes), de l'ordre des Chondroptérygiens Plagiostomes Sélachoides et de la famille des Carcharidce^ ayant pour caractères principaux un museau plus ou moins effilé à son extrémité, des narines percées vers les bords de ce museau et dont l'ouverture est protégée par une valvule triangulaire, une bouche arrondie, largement fendue, armée de dents en forme de tiiangles, à bords tranchants lisses ou denticulés, et disposées en séries parallèles. Les formes comprises dans ce genre sont nombreuses ; on en compte environ une trentaine de toutes les mers ; le type est le Carcharias glaucus Rond., vulgairement nommé Bleu sur nos côtes (V. Bleu). Il a le corps effiié, fusiforme, sa tête aplatie en dessus supporte un museau allongé et pointu, la bouche est fortement arquée ; la première dorsale est reculée et plus rapprochée des ventrales que des pectorales ; la partie supérieure du corps est d'un bleu ardoisé, les régions inférieures sont blanchâtres. Le mot Carcharias désigne tout particulièrement les Poissons vulgairement appelés les Requins; nous renvoyons à ce mot pour tout ce qui concerne les mœurs de ces redoutables animaux, Rochbr.

BiBL. • GuNTHER, Study of Fishes. — Sauvage, dans Brehm, Poissons, édit. franc,

CARCHARIID/E (IchtyoL). Famille de Poissons cartilagineux (Palaeichthyes), de Tordre des Chondroptérygiens Plagiostomes Sélachoides, caractérisée par une membrane oculaire nictitante, une bouche large située en dessous, une nageoire anale, deux dorsales dont la première est située au milieu de l'espace compris entre la pectorale et l'anale et ne porte pas d'épine à sa partie antérieure. Le genre Carcharias est le type de cette famille, dans laquelle rentrent les genres : Galeocerdo, Galeus, Zygœna, Maliens, Hemigaleus, Loxodon, Thalassorhinus, Triœnodon, Leptocarcharias et Triacis.

BiBL.: GuNTHER, Study of Fishes.

CARCHÂRODON — CARCINUS

CARCHARODON. I.IcHTYLOGiE.— Genre de Poissons cartagilineux Palaeichthyes, de Tordre des Chondropterygiens Plagiostomes et de la famille des Lamnidœ, caractérisé par la seconde nageoire dorsale et l'anale très petites, par les dents larges, dressées, régulièrement triangulaires, finement denticulées sur les bords, par la présence de chaque côté de la mâchoire supérieure à peu de distance de la symphyse, de une ou deux dents beaucoup plus petites que les autres, et par les fentes branchiales excessivement larges. La seule forme actuellement connue de ce genre est le Carcharodon Rondeletti MûlL; son corps allongé, fnsiforme, est arrondi en avant, la tèXe, est grosse, à museau assez court, les évents très étroits sont disposés en arrière des yeux ; la première nageoire dorsale s'insère un peu en arrière des pectorales, celles-ci sont larges et développées. Le caractère distinctif de cet animal est la grandeur démesurée des dents. Le Carchorodon atteint une taille qui dépasse souvent 4 m. de long et peut atteindre le poids de 2,000 kilog. C'est un Poisson essentiellement pélagique ; on le rencontre dans la Méditerranée, il a été capturé dans l'Océan et au cap de Bonne- Espérance ; un spécimen fut capturé lors de notre séjour en Sénégambie, au large de la rade de Guet N'Dar. Il mesurait 4™25. Rochbr.

IL Paléontologie. — On trouve dans les terrains tertiaires des dents qui, à n'en pas douter, appartiennent à des poissons du genre Carcharodon ; ce genre, qui à l'époque actuelle ne comprend qu'une seule espèce, était largement représenté dans les mers tertiaires, surtout à l'époque du miocène. L'espèce la plus connue est le Carcharodon megalodon^ des faluns et de la molasse, qui devait atteindre une taille vraiment gigantesque, plus de dix n êtres de long. E. Sauvage.

BiBL. : GuNTHpm, Study of Fishes. — Sauvage, dans Brehm, Poissons, édit. franc. — De Rochebrune, Faune de la Sénégambie ; Poissons. — A. Duméril, Hist, nat. des poissons. 1865, t. I. -— Agassiz, Rech. sur les poiss. foss., 1833-4, t. III.

CARCHEMIS. Ville célèbre de la Syrie, est mentionnée seulement dans quelques passages bibliques (Chr., 2, XXXV, 20 Jer., XLVI, 2). Son nom est écrit dans les textes cunéiformes Gargamis ; il est dit que cette ville était située de l'autre côté de FEuphrate, c.-à-d. sur la rive occidentale. Dès la plus haute antiquité, cette cité était le centre de la puissance des Hittites, les Hatti des Assyriens et les Khéta des Egyptiens. Carchemis était le siège principal du commerce international, entre la Méditerranée et les pays occidentaux de l'Asie. Souvent même chez les Assyriens, dans les contrats de Ninive, on faisait des transactions sur le taux de la mine de Carchemis, ce qui prouve son influence prépondérante jusque dans les pays de nationalité étrangère. Fréquemment attaquée par les rois assyriens, quelquefois tributaire de ces monarques, elle maintint son indépendance et ne fut soumise définitivement que par les Babyloniens. C'est ici que Pharaon Nécho II, après avoir battu les Juifs à Megiddo (609 av. J.-C), fut vaincu à son tour par Nabuchodonosor (60o av. J.-C) et refoulé jusqu'en Egypte. Carchemis est probablement différente de Mabug, le Bambyce des Anciens, le Mombeg d'aujourd'hui, mais elle est plus vraisemblablement la même ville que les Grecs nommaient Hierapolis (V. cet article), aujourd'hui Jerablus. Il y florissait surtout le culte de la déesse syrienne, Astarté, sur lequel nous possédons le livre de Lucien ; on a à tort confondu Carchemis avec la ville que les Grecs appelaient Circesium, située sur la rive orientale de l'Ëuphrate, aujourd'hui Kerkesia comme M. Maspéro l'a démontré dans une thèse : De situ urbis Charchemys et antiquissima historiay spécialement consacrée à la ville de Carchemis.

J. Oppert.

CARCHESIUM. I. Antiquité (V. Coupe).

II. Zoologie. — Le genre Carchesium renferme un certain nombre d'Infusoires péritrichés de la famille des Vorticellides. On peut définir les animaux qui le forment

des Vorticelles formant des colonies ramifiées, dans lesquelles chaque individu est muni d'un muscle pédonculaire spécial qui ne s'unit jamais au muscle du rameau voisin, ce qui lui permet de se contracter indépendamment du reste de la colonie. Il est cependant des individus dont la contraction exerce une influence plus grande sur la colonie entière, à savoir ceux dont les muscles proviennent des rameaux principaux, en particulier celui dont le muscle se prolonge jusque dans le tronc commun de la famille. La contraction de cet individu-là entraîne, en général, la contraction plus ou moins complète de toute la famille. L'espèce la plus connue est le C, polypinum d'Ehrenberg qui est fort commun partout ; une autre espèce, le C. epistylis, se trouve fréquemment aussi sur les cadavres de petits animaux aquatiques. R. Moniez.

CARCHETO. Corn, du dép. de la Corse, arr. de Corte, cant. de Piedicroce ; 294 hab.

CARCINOME (Patb.) (V. Cancer).

CARCINUS (Zool.). Les caractères de ce genre ont été fixés par Leach ; on peut les résumer ainsi : carapace plus large que longue, front saillant, trilobé, pattesmâchoires externes ne dépassant pas le bord antérieur de la bouche ; le tarse de la cinquième paire de pattes est lancéolé et étroit.

Le genre Carcinus ne renferme qu'une seule espèce, le C. mœnas de Linné, que Ton appelle vulgairement sur nos côtes Crabe enragé, bien que ce nom soit mieux appliqué au Portunus puber, espèce d'un genre voisin. Tout le monde connaît cet animal, le plus souvent de couleur yerdâtre, surtout variable comme coloration pendant sa jeunesse ; il abonde sur toutes les côtes européennes et se retrouve aux Etats-Unis. On le rencontre surtout à marée basse dans toutes les flaques d'eau laissées par la mer, sous les pierres, ou ensablé quand il a été surpris par un retrait trop brusque de l'eau ; il peut d ailleurs rester un temps considérable hors de l'eau sans périr. Le C, mœnas ne craint pas de remonter dans les rivières et on le voit quelquefois par millions dans les estuaires, dans de Teau presque douce. Il est Carnivore et mange les petits animaux, mais il ne dédaigne pas les cadavres et autres matières animales en putréfaction. On le prend en quantité considérable tant pour servir d'amorce aux poissons que pour l'utiliser comme aliment, bien que sa chair ne soit pas très délicate.

L'extrême abondance de ces animaux fait qu'ils ont été souvent utilisés par les physiologistes et que différentes particularités, que l'on observe aussi chez les autres Crustacés, sont plus fréquemment constatées chez eux ; tel est par exemple le phénomène si remarquable 4e l'amputation^ spontanée des membres : on sait, en effet, que SI l'on blesse la patte d'un crabe et si l'on en brise le dernier article, on voit l'animal appuyer contre le corps le membre mutilé qui, par un mouvement sec, se détache de sa base et tombe ; l'appendice, en effet, ne peut régénérer les articles qu'il perd, mais il repousse en entier avec la plus grande facilité, ce qui explique pourquoi il est si fréquent de rencontrer, par suite de leurs mœurs batailleuses, des Crabes pourvus d'une pince régénérée, plus petite que l'autre par conséquent. Ces phénomènes qui avaient attiré déjà l'attention de Réaumur, ont occupé plusieurs savants dans ces derniers temps.

Il peut être intéressant d'indiquer les principaux parasites d'un animal aussi commun : citons donc d'abord les Balanes et les différents Bryozoaires qui se fixent si souvent sur sa carapace, la Sacculine qui forme sous la queue du Crabe une sorte de sac mou et de couleur blanche, gros comme une noisette, le Polia imoluta, sorte de Némertien qui vit au milieu des œufs que porte la femelle, le Fecampia erythrocephala , Turbellarié, récemment découvert par le professeur Giard dans la cavité du corps, etc. On a aussi signalé plusieurs Helminthes chez le Cancer mœnas, le Coronilla robusta van Beneden, qui se trouve à l'état agame dans le foie : on sait que ce

CARCrNUS — CARDAMOME

Nématode vit à l'état parfait dans l'estomac de plusieurs espèces de Raies (Raja circularis et R»clavata); on a également trouvé un Distoma enkysté dans différents tissus, et Leuckart a signalé chez cet animal une grosse Pilaire sur laquelle nous n'avons pas d'autres renseignements. R. MONIEZ.

CARCINUS. Nom de deux poètes tragiques athéniens, Carcinus faîne que raille Aristophane et Carcinus le jeune, qui vivait au iv® siècle. Suidas lui attribue 460 tragédies; quelques fragments nous en sont parvenus (Ù, Fabricius, Bi/?/. gfr., t. H). On cite encore un Carcinus de Naupacte parmi les poètes cycliques et un Carcinus d'Agrigente dont l'existence est contestée.

CARCISTES. Appellations sous laquelle furent désignés^ durant les guerres de religion, les combattants du parti catholique qui suivaient, en Provence, le parti de Jean de Pontevès, comte de Carcès (1571). Ils se distinguaient par leur longue barbe, tandis que les protestants, leurs adversaires, auxquels s'étaient joints un certain nombre de catholiques, portaient la barbe rase, ce qui leur valut le nom de Bazats.

BiBL. : MÉzERAi, Abrégé chron., règne de Henri III. ■— MoRERi, Dictionnaire historique, édit. de 1759. — Henri Martin, Hist. de France, IX, p. 416.

GARD (Henry), écrivain anglais, né à Egham (Surrey) en 1779, mort à GreatMalvern (Worcestershire) le 4 août 1844. Membre de la Société royale, de la Société des antiquaires et autres compagnies savantes, il a donné beaucoup d'ouvrages estimés parmi lesquels nous citerons : The History of the révolutions of Bussia to the accession of Catherine the flrst (Londres, 1803, in-8); Beauford or a picture of high life (Londres, 1801, 2 vol. in-8) ; Historical outlines of the rise and etablishment of papal power (Londres, 1804, in-8); the Beign of Charlemagne considered chiefly with a view to religion^ laivs, literature and manners (Londres, 1807, in-8) ; Literary Becreations (1809, in-8), etc.

CARDAGE. Opération qui s'exécute dans les filatures pour toutes les matières qui se présentent à l'état de fibres emmêlées et enchevêtrées les unes avec les autres et qui a pour but de démêler ces fibres et de les isoler complètement les unes des autres, afin qu'il soit possible ensuite de les ranger et de les grouper régulièrement, comme elles doivent l'être dans les fils. Le cardage produit en outre le nettoyage des fibres, en dégageant les matières étrangères, poussières et duvets, qui se trouvaient emprisonnées dans les agglomérations qu'elles formaient. Il joue un rôle essentiel dans la filature qui ne fournit jamais que de mauvais produits lorsque le cardage est mal fait. Il s'exécute toujours mécaniquement (V. C\rde). p. Goguel.

CARDAI LLAC. Com. du dép. du Lot, arr. de Figeac, cant. de la Ca pelle-Mari val, sur une colline dominant le Drauzon ; 1,224 hab. Ancienne baronnie du Quercy, dont les seigneurs ont été la tige des maisons de Bioule, de Saint-Jorry, de Saint-Cirq, de Peyre, de la Capelle- Marival et de Thémines. Les Cardaillae portaient de gueules au lion armé, lanipassé et couronné d'or, à l'orle de treize besans d'argent, A cette famille appartenaient Guillaume de Cardaillae, évêque de Cahors de 1208 à 1234, et Jean de Cardaillae, archevêque de Braga (V. ci -dessous). — De ses anciennes fortifications Cardaillae a conservé deux tours. — Fabrique d'instruments agricoles.

CARDAI LLAC (Jean de), prélat français, né d'une ancienne famille du Quercy, mort en 1390. Il avait professé le droit à Toulouse. En 1351, il fut nommé évêque d'Orense (Galice) ; en 1360, évêque de Braga (Portugal); en 1367, il fut emprisonné par Pierre le Cruel et ne tut délivré qu'en 1369, à la mort de ce prince. 11 revint alors en France, avec Duguesclin, qu'il aida puissamment par son action sur les habitants de ces provinces, à reconquérir la Gyienne et le Poitou, En 1371, il reçut de Gré-

goire Xï le titre de patriarche d'Alexandrie et les fonctions d'administrateur de l'évêché de Rodez ; en 1378, il devint administrateur perpétuel de l'archevêché de Toulouse. — Il est resté de lui des manuscrits de plusieurs ouvrages, qui étaient conservés à la bibliothèque des dominicains de Toulouse, notamment Oraison funèbre de Clément VI, Oraison funèbre d'Urbain V, Panégyrique de la Sainte Vierge et divers traités Stir les ordres sacrés, E.-H. V.

BiBL. : Baluze, Vie des papes d'A^ngnon ; Paris, 1693, 2vol. in-4. — Tricaud, Essais de littérature; Amsterdam, 1702, in- 12. — D. de Sainte-Marthe, Gallia christiana ; Paris, 1715-1728.

CARDAI LLAC (Jean-Jacques-Séverin de), philosophe français, né le 16 juil. 1766 au château de Lotraine (Lot), mort à Paris le 22 juil. 1845. D'abord destiné à l'état ecclésiastique, cette carrière lui fut fermée par la Révolution. Sous l'Empire, il entra dans l'Université et enseigna la philosophie au collège de Montauban, puis au collège roya de Bourbon (Henri IV), enfin à la Sorbonne, comme suppléant de Laromiguière. 11 termina sa carrière dans les fonctions d'inspecteur de l'Académie de Paris. Cardaillae forme Tintermédiaire entre le sensualisme condillacien du XVII® siècle et !e spiritualisme éclectique. 11 accorde plus que Laromiguière à Tactivité de l'esprit : il a une théorie de la raison assez neuve pour le temps, et son ouvrage intitulé Etudes élémentaires de philosophie (Paris, 1830, 2 vol. in--8) renferme d'intéressantes analyses que d'autres plus connus ne se sont pas fait faute de lui emprunter.

CARDAI LLAC (Jacques -Etienne, comte de), né le 8 août 1818 à Saint-Priest-Ligoure (Haute- Vienne), mort à Paris le 14 déc. 1879." Après avoir terminé à Paris ses études commencées au collège de Limoges, il entra, en 1839, au ministère des travaux publics, dans la section des Bâtiments civils. Il franchit successivement tous les degrés de la hiérarchie, en suivant le développement de cette importante administration, dont il devint directeur le 1^^ juil. 1863, fonctions qu'il conserva jusqu'en nov. 1878, époque oîi il fut admis à la retraite. Le gouvernement couronna sa longue et belle carrière en lui conférant la dignité de commandeur de la Légion d'honneur. L'Institut, à son tour, voulut reconnaître les éminents services que l'habile directeur des Bâtiments civils avait rendus à la cause de l'art, et le nomma, en 1874, membre libre de l'Académie des beaux-arts, en remplacement du vicomte Delaborde, devenu secrétaire perpétuel. Le duc d'Aumale, son successeur, a prononcé son éloge. F. T.

CARDA MINE {Cardamine Tourn.) (Bot.). Genre de plantes de la famille des Crucifères, du groupe des Cheiranthées, composé d'herbes annuelles, bisannuelles ou vivaces, à feuilles alternes, à fleurs blanches ou d'un rose lilas, disposées en grappes terminales. Le fruit est une silique linéaire, comprimée, dont les valves planes, dépourvues de nervure dorsale, s'enroulent en dehors avec élasticité au moment de la déhiscence. On connaît une soixantaine d'espèces de ce genre, réparties dans les régions tempérées ou froides et montagneuses du globe. Le C, pratensis L., qu'on appelle vulgairement Cardamine, Cresson sauvage, Cresson ou Cressonnette des prés. Cresson élégant, Passerage sauvage, est une espèce très commune au premier printemps sur les bords des fossés et dans les prairies humides. Elle a une saveur amère et piquante. On l'emploie dans les campagnes comme dépuralive et antiscorbutique. Le C, amara L. ou Cresson amer a les mêmes propriétés. Il se trouve plus spécialement sur le bord des ruisseaux ombragés et dans les endroits humides des bois. Ed. Lef.

CARDAMOME.!. BoTANïQUEET Thérapeutique.— L'histoire des nombreuses variétés de Cardamome occupe dans les traités de matière médicale une place dont l'importance paraît plutôt mesurée au degré de complication de la question qu'à l'qtilité stricte de ces produits dans la thé-

CARDAMOME - CARDANO

rapeutique moderne. Guibourt n'en décrit pas moins de vingt et une sortes dont la plupart ne sont représentées en France que par de rarissimes échantillons de musées. Ce sont toutes des coques ovoïdes ou tétraédriques, à trois angles plus ou moins accusés, à enveloppe parcheminée, jaunâtre ou grisâtre, striée décotes fines; à l'intérieur, des cloisons extrêmement minces divisent la cavité du iruit en trois loges remplies chacune par un amas de graines polyédriques, rugueuses, disposées sur deux rangées dans l'angle interne de la loge. Chaque graine renïerme un double albumen et un petit embryon droit ; la saveur en est aromatique, piquante, chaude et plus ou moins térébenthineuse. Les seules variétés que l'on trouve aujourd'hui dans le commerce européen sont : 1<* le Cardamome de Malabar avec ses deux variétés (grande et petite Cardamome) produit sur la côte de Malabar par \ Elettaria repens (Elettaria Cardamomum Mat., Amomum repens Sonn.) ; la capsule est allongée (1 à 2 cent.), trigone, à angles mousses, grisâtre ou jaunâtre, régulièrement striée suivant sa longueur ; les graines sont grises ou rougeâtres ; la saveur est très aromatique; !2<* le Cardamome de Ceylan, Grand Cardamome de Clusius, produit par VElettaria major Smith, que plusieurs auteurs considèrent comme une simple variété de VElettaria repens qui donne le Cardamome de Malabar ; la capsule atteint jusqu'à 4 cent, de long, et se montre étranglée à ses deux extrémités; de plus, elle est légèrement arquée en faucille, d'où le nom de Cardamomum Ensen que lui donnait Gaertner ; les graines sont blanches et moins aromatiques que celles de la variété précédente ; 3<* le Cardamome de Siam ou Amome en grappes du Codex, fourni au Cambodge, à Siam et aux Moluques par V Amomum Cardamomum L. ; les capsules sont rondes et légèrement ombiiiquées ; les semences sont brunes et douées d'une saveur de camphre ; 4^ le Cardamome ailé de Java, dû à VAmofuum maximum Roxb., long de 2 cent, environ et dont la coque présente vers son sommet trois ou quatre côtes saillantes sur chacune des trois faces ; nous laissons de côté le Cardamome poilu de la Chine, le Cardamome rond de la Chine, le Cardamome ovoïde de la Chine, le Cardamome xanthioïde, le Car^ damome de Madagascar, le Cardamome de Banda, le Cardamome Galanga, etc., dont on trouvera la description dans les traités spéciaux. — Toutes ces sortes ont sensiblement la même composition chimique et renferment dans leurs graines une huile essentielle et odorante, une résine, des traces d'huile fixe et de l'amidon. — Au point de vue thérapeutique, ses semences rentrent dans la catégorie nombreuse des stimulants stomachiques et carminatifs, dont font partie presque toutes les plantes à huile essentielle. Les anciens faisaient du Cardamome un grand usage comme anti-asthmatique, digestif, diurétique et même, en applications externes, comme révulsif. Plus tard, il n'est guère de préparations aromatiques où l'on ne l'ait fait entrer, en compagnie de la cannelle, du carvi et du cumin : Eau générale. Eau hystérique, Opiat de Salomon, Poudre Diambre, Esprit de Satran, etc., sans oublier, bien entendu, la Thériaque et le Milhridate. Il est absolument tombé en désuétude aujourd'hui, sauf en Angleterre où Ton prescrit encore la teinture de Cardamome comme stimulant eupeptique : aux Indes, d'ailleurs, ces graines sont encore mangées comme condiment après le repas, pour accélérer le travail digestif.

D^R. Blondel.

IL Chimie. — Essence de Cardamome. Les fruits des Amomacées sont constitués par des capsules sèches contenant dans leur intérieur un grand nombre de semences aromatiques, susceptibles de donner à la distillation avec l'eau une essence à odeur de camphre ou de térébenthine. D'après Trommsdorff, les semences du cardamomum minus fournissent 4,6 % de leur poids d'huile essentielle. Cette essence est incolore, d'une odeur très agréable, extrêmement pénétrante; elle est douée d'une saveur

forte, aromatique, brûlante, camphrée et légèrement amère ; sa densité est de 0,945. Elle est très soluble dans l'alcool, l'éther, les huiles essentielles, les huiles fixes, l'acide acétique glacial ; elle est insoluble dans les lessives alcalines. Conservée pendant plusieurs années dans un vase fermé, elle jaunit, perd en partie son odeur et s'enflamme au contact de l'acide nitrique. Son analyse n'a pas été laite, mais elle est sans doute constituée en grande partie par un térébenthène, car Dumas et Peligot ont reconnu que le dépôt cristallin qui se produit parfois dans l'essence a pour formule C^^H^® 4- 3H^0^, corps isomérique ou identique avec celui qui se forme à l'air humide dans l'essence de térébenthine et dans l'essence de basilic. Ed. Bourgoin.

BiBL. : 1» Thérapeutique. — Clusius, Exolicae, 377. — Gaertner, De Fructibus et seminibus, I, 34. — Han- BURv, Pharm. Journ., XIV, 352-416. — Pereira, Mat. me.. II. — Guibourt et Planchon, Hist. nut. des Dr. simples, II, 211. — Fonssagrives, Tr. de mat. méd., 518. — Bâillon, Bol. méd. — R. Blondel, Man. de mat. méd., 886.

2° Chimie.—Dumas et Peligot, Sur un Hydrate d'essence de térébenthine {Ann. ch. et p^iys., 1834, t. LVII, 334). — Trommsuorff, Analyse chimique des petits cardamomes [Annalen dur Pharmacie, 1834, 25 ; Journ. de pharm., t.XX, 643). ^ '

CAR DAM Y LE. Ville de Laconie, citée par Homère parmi les sept Villes qu'Agamemnon promit à Achille (//., IX, 450) ; aujourd'hui Cardamela.

CARDAN. Coin, du dép. de la Gironde, arr. de Bordeaux, cant. de Cadillac; 261 hab.

CARDAN (Formule de). On donne le nom de formule de Cardan, à une formule qui a pour but de faire connaître les racines de l'équation.

(1) x^ -h px -h q =: 0

oiip et q sont des coefiicients indépendants de x ; cette formule est :

27 ^ V 2 V 4 "^ 27 Dans cette formule les radicaux doivent être pris avec

des valeurs telles que leur produit fasse —%. 11 se pré-

sente ce fait curieux que cette formule ne peut pas servir

à calculer les racines de l'équation (1) quand elles sont

réelles, on est alors en présence de ce que l'on appelle le

cas irréductible. On fait disparaître la difficulté en obser-

vaut que si les racines sont réelles t- + ^ < 0.

On pose alors :

1^ =:r(coso-

V^-l sin cp)

et l'on a pour calculer x les formules suivantes : ^==\/"|^^coso:

et

^ z:.: 2 r ^ cos I, 2 r ^ cos ^Jl±l, 2r^ cos ^ii±-i.

CARDAN (Suspension à la) (V. Baromètre, t. V, p. 446).

CARDAN, savant italien (Y. Cardano [Girolamo]).

CARDANO (Facio), médecin et jurisconsulte italien, né à Milan en 4444, mort le 29 août 4524. Il cultiva les lettres et les sciences et écrivit un livre intitulé Prospectiva communis D. Johannis, archiepiscopi Cantuarensis, etc. ; selon Bartolomeo Corte, cet ouvrage fut imprimé, mais il n'indique ni le lieu, ni la date de la publication. D^ L. Hn.

CARDANO (Girolamo), connu sous le nom francisé de Cardan, savant italien, né à Pavie le 24 sept. 4504, mort à Rome le 24 sept. 4576. Il fit ses

CARDANO

études à Pavie et à Padoue, fut reçu docteur en médecine et Texerça à Sacco près de Pavie ; en 4534, il fut nommé professeur de mathématiques à Milan et y acquit une grande réputation tant comme professeur que comme médecin ; en 4547, il fit à Pavie des conférences médicales; en 4552, il se rendit en Ecosse pour soigner d'un asthme Tarchevêque Hamilton ; il fut nommé professeur de médecine à Pavie en 4559, puis à Bologne en 4562. En 4570, une accusation injustifiée le fit emprisonner ; relâché en sept. 4574, il se rendit à Rome où le pape lui servit une pension jusqu'à sa mort. On a raconté qu'il se laissa mourir de faim pour ne pas dépasser le terme fixé à sa vie par ses prédictions astrologiques. Une édition complète des œuvres de Cardano, œuvres mathématiques, astronomiques et astrologiques, médicales, etc., a été publiée à Lyon en 40 vol. in-fol. (4663). Elle renferme 408 traités différents. Outre les traités mathématiques, énumérés ci-dessous, nous citerons : De revolutione annorum, mensium et dierum (Nuremberg, 4547); De temporum et motuum erraticarum restitutione (id., 4547); De subtilitave (id., 1550); Ptolemœi libri IV de astrorum judiciis (Bâle, 4554); De vitali aqua seu ethere (id. 4566). A. -M. B.

Les traités mathématiques de Cardan sont contenus dans le quatrième tome de l'édition de ses œuvres. Ce sont : 4^ Un chapitre d'un ouvrage inachevé sur les propriétés des nombres ; 2*^ une Practica arithmeticœ gêner alis, en 68 chapitres publiés en 4539. C'est un remaniement, avec corrections, des travaux antérieurs, en particulier de celui de Lucas Pacioli ; 3** un fragment intitulé Computus minor ; 4*^ le traité célèbre publié à Nuremberg en 4545 sous le titre de Artis magnœ sive de Regulis Algebraicis liber unus qui et totius operis de aritlimetica est in ordine decimus. Cardan avait donc conçu le projet d'un grand ouvrage en dix livres sur VArs magna, mais il ne l'a pas achevé; 5° un autre traité intitulé Ars magna Arithmetieœy dédié à Filippo Archinto, évêque de Borgo-San-Sepolcro, et qui paraît une première rédaction du précédent, que Cardan n'a pas fait imprimer ; 6^ le De régula aliza libellus, publié par lui en 4570, en suite d'une réimpression de VArs magna de 4545, dont il est un développement ; 7^ un Sermo de plus et minus, mutilé, qui est une discussion contre Bombelli ; 8^ un Encomium Geometriœ, lu en 4535 ; 9^ Exœreton mathematicorum^ écrit en 4572, et relatif aux problèmes géométriques du troisième degré; 40^ Opus novum de proportionibus numerorum, motuum, ponderum, sonorum, etc., imprimé en 4570; 44^ et 42*^ deux écrits en italien sur les opérations de géométrie pratique et sur les règles de la musique. Au milieu de tant d'autres occupations, Jérôme Cardan avait de temps en temps professé les mathématiques ; il forma le projet d'écrire un traité complet sur l'arithmétique. Sur ces entrefaites (4539), il apprit le résultat d'une joute scientifique qui venait d'avoir lieu à Venise et dans laquelle Niccolo Tartaglia (V. ce nom), avait, en moins de deux heures, résolu trente problèmes numériques rentrant dans l'équation cubique : x^ + px^ = q. Etant lié depuis longtemps avec Tartaglia, il lui demanda le secret de cette solution pour en enrichir son livre. Le géomètre de Brescia lui ayant opposé un refus, il l'attira à Milan, sous prétexte de le présenter au marquis del Vasto, et, l'ayant une fois chez lui, il ne le laissa partir qu'après la révélation qu'il voulait obtenir. Tartaglia céda après un serment formel de Cardan de ne rien divulguer et de noter seulement la chose en chiffres, de façon que le secret fût absolument garanti; il récita donc les vingt-sept vers mnémoniques qu'il avait composés et se sauva en grande hâte à Venise. Cependant, il consentit à fournir quelques explications par lettres à Cardan, car ces vers constituent une énigme presque aussi ardue que le problème mathématique lui-même ; puis ayant eu vent du projet de son correspondant, il se refusa à aller plus loin. Cardan fut donc

réduit à ses propres forces pour débrouiller les autres cas de l'équation du troisième degré, cas résultant des changements de signe des coeflîcients et qu'avant la convention des quantités négatives, il fallait traiter séparément. Il se tira à son honneur de ces difiicultés, reconnut le cas irréductible, où les formules algébriques donnent un résultat imaginaire, aperçut dans ce cas la multiplicité des racines, et les distingua en vraies ou fausses (positives ou négatives). Pour les calculer, il combina un procédé d'approximations successives, qu'il appelle régula aurea, et qui dérive de la règle de fausse position. Mais il put obtenir pour son ouvrage une découverte encore plus importante, celle de la solution de l'équation du quatrième degré, trouvée par son élève Ferrari (V. ce nom). La publication de VArs magna (Nuremberg, 4545) immortalisa, pour les mathématiciens, le nom de Cardan qui est resté attaché à la formule algébrique pour la solution de l'équation du troisième degré, quoiqu'on la donne d'ordinaire sous une forme qui, bien entendu, ne peut lui appartenir, puisqu'elle suppose l'adoption des quantités négatives. Cardan publia quelques années après un autre traité sur l'arithmétique, qui se trouve également dans le dixième volume de l'édition de Lyon, 4663, mais qui n'offre pas l'intérêt de l'ir^magfwa. Tartaglia se plaignit vivement des procédés de Cardan et vint le défier à Milan même le 40 août 4548. Cardan ne se risqua pas contre lui et se fit remplacer par Ferrari. Le tournoi resta indécis, Tartaglia n'ayant pas trouvé de sûreté suffisante pour le pousser jusqu'au bout. La conduite de Cardan parait, de fait, assez peu honorable, mais il faut dire que la postérité ne juge le procès que sur le plaidoyer de l'accusateur, et qu'au nom de l'intérêt public, on est d'autant plus disposé à accorder les circonstances atténuantes que Tartaglia, quoique écrivain assez técond, n'a jamais rien voulu ou pu publier sur ses découvertes algébriques, même après l'apparition de ÏArs magna. En tout cas, Cardan n'est nullement un simple plagiaire ; il a rendu pleine justice à l'inventeur dont il publiait la découverte sans autorisation. Le mode d'exposition de cette découverte lui appartient ; il a, le premier, constaté l'existence des racines négatives dans les équations du second degré et osé manier les quantités imaginaires. Enfin, la découverte de Ferrari pour la solution des équations du quatrième degré dérive de tentatives de Cardan pour résoudre des problèmes numériques de cet ordre, posés parTonini da Coi de Brescia, en transformant l'équation de façon à mettre chaque membre sous la forme d'un carré. P. Tannery.

Comme philosophe. Cardan a composé une théorie philosophique de la nature dans ses deux livres de physique De Subtilitate rerum et De rerum veritate; ses ouvrages philosophiques sont le Theonoston, les traités De Consolatione, De Natura, De Immortalitate animarum, De Uno^ De Summo Bono, De Sapientia. D'après Cardan, trois grands principes agissent dans la nature et la constituent ; ce sont : l'espace, la matière et l'intelligence ou l'âme du monde. Il n'y a point de matière sans forme, la forme se confond avec l'âme, tout corps est donc animé. Toutes les âmes sont des émanations de l'âme universelle, elles sont toutes différentes les unes des autres, individuellement distinctes et cependant égales en nature. Toutes jouissent de l'immortalité. Dieu n'est guère que la collection de toutes les âmes, l'intelligence suprême, l'âme du monde partout répandue, qui meut et anime tout. Bien que les êtres soient substantiellement égaux, ils ont cependant des différences, nous venons de le dire ; c'est ainsi que les animaux ont un principe intime de mouvement, l'instinct, que n'ont pas les plantes, et que l'homme a la conscience, que ne possèdent pas les animaux. Ce système paraît un mélange assez confus des doctrines d'Aristote et des stoïciens. G.Fonsegrive.

CARDANO (Giovanni-Battista), médecin italien, fils de précédent, né à Milan le 44 mai 4534, décapité le 43 avr. 4560, pour avoir empoisonné sa jeune

CARDANO — CARDE

femme. îl publia : De Âbstinentia db usu fœtidorum ciborum (Bâle, 4581, m-8) ; De Fulgure (Bâle, 4S70, in-fol.). D'- L. Hn.

CARDASSE. Un des noms vulgaires de V Opuntia vulgaris Mill., plante de Ja famille des Cactacées qu'on appelle également Maquette et Nopal (V. ce mot).

CARDAVELLE ^Bot.). Nom \ulgaire, dans les Cévennes, du Carlina aca7iiis L. (V. Carlike).

CARDE. L Industrie. — Machine employée dans les filatures pour exécuter le cardage des matières textiles, c,-à-d. pour démêler les fibres et les isoler complètement les unes des autres, en opérant en même temps leur nettoyage par l'élimination des poussières, duvets et matières étrangères qui se trouvaient emprisonnées dans les masses ou flocons qu'elles formaient. Dans les anciens procédés du travail manuel, les cardes se composaient simplement de deux plaques rectangulaires, recouvertes chacune d'une garniture constituée par des aiguilles en fil de fer, plus ou moins fortes suivant les matières à travailler, pointues à leur extrémité et prises par leur base dans une feuille de cuir clouée sur la plaque. L'une de ces plaques était invariablement fixée sur une table ou sur un banc et l'ouvrier la chargeait d'une petite quantité de la matière à carder, qui s accrochait aux pointes des aiguilles. 11 faisait ensuite mouvoir la seconde plaque en face de la première, en la tenant par des poignées qui y étaient fixées, de manière que les pointes des aiguilles agissent légèrement les unes sur les autres. 11 se produisait alors un partage de la matière textile entre les deux garnitures, lequel déterminait peu à peu les désagrégations des masses plus ou moins compactes qu'elle formait primitivement par l'enchevêtrement des fibres. Cette action était facilitée par une inclinaison convenable des aiguilles, en vertu de laquelle il suffisait, une fois la division bien produite, de retourner la plaque mobile et de la passer au-dessus de la plaque fixe, pour que toutes les fibres s'accumulent sur cette dernière, d'où on les retirait, à l'état de petits matelas, appelés loquettes, au moyen d'une sorte de peigne.

Dans la seconde moitié du siècle passé, on imagina de remplacer les plaques planes par des surfaces cylindriques permettant un travail continu et mécanique. Les transformations se firent d'abord en vue du travail du coton par Lewis Paul, Arkwright, etc., puis s'appliquèrent à celui des autres matières textiles, et peu à peu les cardes prirent la forme qu'elles aflectent aujourd'hui.

Quelle que soit leur destination, les cardes se composent toujours : i° de cylindres alimentaires, tantôt cannelés, tantôt recouverts d'aiguilles formant crochets, d'un faible diamètre qui, en tournant lentement, fournissent peu à peu la matière textile, déjà sommairement ouverte et se présentant à l'état de petits flocons ; 2<* d'un grand tambour, animé d'un mouvement de rotation rapide et garni sur toute sa surface d'aiguilles inclinées dans le sens du mouvement, lesquelles passent à une très faible distance des cylindres alimentaires et saisissent, à mesure qu'ils se présentent, les petits flocons qui se disséminent ainsi, très espacés les uns des autres, à la surface du tambour ; S^* d'organes cardeurs, disposés autour du grand tambour, à sa partie supérieure dans les cardes à coton et à laine ; à sa partie inférieure et latérale dans les machines pour étoupes de lin. Dans les cardes destinées à travailler le coton, ces organes peuvent affecter deux formes difi'érentes que l'on associe du reste souvent entre elles : celles de chapeaux fixes ou de hérissons* Les chapeaux sont formés par des barres, fénéralement en bois, de 5 à 6 centim. de largeur, xées par leurs extrémités aux bâtis latéraux de la machine, et ayant leur face inférieure garnie d'aiguilles inclinées de manière à opposer leurs pointes à celles des aiguilles du grand tambour dont elles sont très rapprochées, sans toutefois les toucher. 11 est facile de se rendre compte que les flocons de coton, amenés par le

tambour et venant se prendre sous ces chapeaux, sont retenus par eux, mais que les aiguilles du tambour continuant à passer au-dessous d'eux, arrachent peu à peu les fibres qui les composent et désagrègent par conséquent ces flocons. Cette action est facilitée par une certaine entrée que l'on donne en maintenant un écartement un peu plus grand entre les garnitures des chapeaux et du tambour, du côté par lequel arrive le coton et par l'emploi de plusieurs chapeaux successifs (dix-huit ou vingt), réglés de manière que leur écartement de la garniture du tambour aille en diminuant graduellement. Les premiers chapeaux arrivent alors à n'agir que sur les flocons les plus gros, tandis que les petits ne sont arrêtés et cardés que par les derniers chapeaux. Pour que le fonctionnement des chapeaux soit bon, il faut que les flocons de coton ne soient amenés en un de leurs points qu'après que le flocon précédent ait eu le temps d'être bien ouvert ; il faut donc que la carde ne soit alimentée que peu abondamment, ce qui ne lui permet guère de produire plus d'une trentaine de kilos de coton cardé par jour.

Afin d'augmenter la puissance d'action des cardes, on remplace souvent les chapeaux fixes par des hérissons, composés d'un premier cylindre, d'environ 420 à 450 millim, de diamètre, recouvert de garniture de carde, c.-à-d. d'aiguilles, sur toute sa surface et qui, sous le nom de travailleur, joue absolument le même rôle que les chapeaux fixes, et d'un second cylindre, le débourreur, précédant le premier et chargé de reprendre les flocons encore adhérents au travailleur et entraînés par son mouvement de rotation, pour les rendre au grand tambour. Pour atteindre ce résultat, le travailleur ayant ses aiguilles inclinées de manière qu'elles opposent leurs pointes à celles du tambour, tourne lentement, tandis que le débourreur a ses aiguilles inclinées dans le même sens que celles du tambour et du travailleur aux points de contact et est animé d'une vitesse intermédiaire entre celles du tambour et du travailleur ; il reprend le coton que porte le travailleur et en est déchargé à son tour par le tambour qui vient le présenter une seconde lois au travailleur. L'action de ces organes est plus énergique que celles des chapeaux fixes et permet une alimentation plus abondante des cardes, mais la précision est moins grande et l'on est exposé à ce que des flocons non ouverts retombent sur le tambour au-delà du travailleur et échappent au cardage. Quelquefois on carde le coton deux lois, d'abord sur une carde à hérissons, puis sur une machine à chapeaux fixes, ou bien on fait usage de cardes mixtes munies d'un ou de deux hérissons d'abord, puis de quinze à dix-huit chapeaux fixes. Pour les matières à fibres longues telles que la laine ou les étoupes de lin, il n'est pas possible de faire usage des chapeaux fixes ; les hérissons conviennent seuls.

La matière cardée qu'entraîne le grand tambour au delà des organes cardeurs est reprise par un dernier tambour, le peigneur, d'un diamètre égal environ à la moitié de celui du tambour, animé d'un mouvement de rotation lent et dont la surface est garnie, comme celle des travailleurs, d'aiguilles opposant leurs pointes à celles du tambour. La distance entre les garnituies doit être très faible et la garniture du peigneur plus fine que celle du tambour ; toutes les fibres sont alors abandonnées par le tambour au peigneur, dont elles sont ensuite détachées, au point diamétralement opposé, par un peigne formé d'une lame d'acier taillé en dents de scie à sa partie inférieure et animé d'un mouvement de va-et-vient très rapide en îd *îe de la garniture du peigneur. En raison de la vitesse que l'on donne au peigneur, les fibres sont assez rap^^rochées pour adhérer les unes aux autres et c'est à l'eut d'une nappe, sorte de voile très léger, d'une lp:^eur égale à celle de la machine (soit environ 4 n^. à 4«^20 pour le coton et la laine, jusqu'à 4"^80 pour les étoupes de lin) que la matière est rendue par la carde. On condense immédiatement cette nappe transver-

CARDE - CARDELL

salement, pour en former un ruban, que l'on entraîne à travers un entonnoir par des cylindres délivreurs, pour le diriger soit dans un pot, fixe ou tournant, soit vers une bobine sur laquelle il s'enroule. La grosseur de ce ruban, relativement à la section de la nappe alimentaire, dépend du rapport des vitesses des cylindres alimentaires et du peigneur, rapport auquel on donne le nom à'étirage et dont la valeur varie de 80 à 120 environ.

Dans l'industrie de la laine et du coton on interpose généralement entre les cylindres alimentaires et le grand tambour un cylindre intermédiaire appelé briseur, destiné à ménager les garnitures du grand tambour. Ces garnitures, comme celles des autres cylindres, sont formées par des aiguilles en fil de fer, ou depuis un certain temps en fil d'acier quelquefois légèrement trempé, ployées en forme d'U et boutées dans des rubans ou des plaques formées par des couches alternatives de toile et de caoutchouc. Leurs pointes sont aiguisées sur des cylindres ou des plaques garnies d'émeri à gros grains afin qu'elles aient un mordant convenable pour tenir les fibres textiles. Pour les garnitures en fil de fer, l'aiguisage doit être répété à des intervalles fréquents, souvent toutes les semaines. Afin d'augmenter l'action et la durée des garnitures dans le travail de la laine, les bases des aiguilles sont en outre soutenues par une couche de feutre ou de bourre que l'on y introduit avant de les mettre en usage. Les garnitures des cardes pour étoupes de lin sont beaucoup plus fortes et ont leurs pointes montées sur des lanières de cuir pour les cylindres et sur des douves en bois pour le grand tambour. Il est nécessaire que les garnitures soient toujours entretenues dans un état de propreté parfaite ; elles s'emplissent de duvets et de poussières et l'on est obligé de les débourrer à des intervalles plus ou moins fréquents suivant les matières que l'on travaille et le genre de cardes dont on fait usage ; les chapeaux fixes surtout doivent l'être souvent au moyen d'appareils spéciaux qui portent le nom de leur inventeur Wellmann et qui soulèvent les chapeaux les uns après les autres pour en nettoyer la face inférieure. Depuis un certain temps, on tend à adopter les cardes à chapeaux mouvants, dont tous les chapeaux sont articulés les uns à la suite des autres de manière à former une chaîne sans fin qui se meut lentement à la partie supérieure de la machine.

Dans l'industrie de la laine cardée, la matière subit en général trois cardages successifs et, lors du dernier passage, la nappe qui se détache du peigneur est en quelque sorte découpée en petites lanières de 4 centim. à 4 centira. 4/21 ^^ largeur, que des frottoirs roulent sur ellesmêmes pour les transformer en mèches qui servent directement à alimenter les métiers à filer. P. Goguel.

IL Botanique. — Nom sous lequel on désigne vulgairement les pétioles et les côtes des feuilles du Cynara Cardunculus L. ou Cardon, de la famille des Composées (V. Cynara). — La Carde poirée est le Beta cycla L., de la famille des Chénopodiacées (V. Bette). 111. Art culinaire (V. Bette et Cardon). CARDÉ. Matière textile ayant subi l'opération du cardage. Ce nom se donne également aux filés de laine destinés à la fabrication des tissus feutrés, draps, flanelles, certaines nouveautés, etc., pour lesquels les opérations de la filature se réduisent à un battage ou louvetage, suivi de trois cardages successifs, puis directement du filage, toujours exécuté sur métiers MuU-Jenny ou renvideurs. Les perfectionnements apportés dans ces derniers temps aux cardes permettent d'amener le fil à sa finesse par une seule action de ces métiers, tandis qu'anciennement, on était obligé, pour les numéros fins, de donner plusieurs passages, chacun d'eux produisant un amincissement par une simple traction résultant de l'avance du chariot. Pour toutes les opérations, afin que les glissements des fibres les unes sur les autres puissent se faire facilement, il faut que la laine soit abondamment

graissée ou ensimée avec de la bonne huile d'olive ou de l'oléine, qui puisse ensuite être enlevée facilement. Les fils ainsi formés ne peuvent jamais atteindre une grande finesse. p. Goguel.

CARDEA. Divinité romaine qui semble avoir figuré en Catalogne des Indigitamenta. Comme son nqm l'indique fcardo, gond) elle était préposée à la garde du seuil ou de l'angle des portes; elle correspond aux dieux mâles Forculus et Limentinus et fait pendant à Limentim. Son culte était en rapport avec Janus, le dieu attitré de toutes les portes et de toutes les ouvertures ; la fable racontait qu'elle avait obtenu ces fonctions en échange de sa virginité sacrifiée à ce dieu. Ovide, qui a conservé cette tradition {FasL, VI, 401 et suiv.), confond à tort Cardea avec Carna (V. ce nom) et les identifie toutes les deux, sans plus de raison, avec une nymphe du nom de Crané»

CARDEDEU. Bourg d'Espagne, prov. de Barcelone, district de Granollers, dans une jolie situation au milieu d'une plaine ; station du chemin de fer de Barcelone à Perpignan. Victoire de Gouvion-Saint-Cyr le 45 déc. 1808; 4,494 hab.

CARDEILHAC. Com. du dép. de la Haute-Garonne, arr. de Saint-Gaudens, cant. de Boulogne; 627 hab.

CARDE L (Jean), riche manufacturier protestant de Tours où il avait donné à l'industrie de la soie un développement remarquable, mort à la Bastille le 43 juin 1745. Pour échapper aux persécutions de toute espèce dont on accablait ses coreligionnaires, il alla s'établir à Mannheim, en 4674. 11 y fit une fortune commerciale qui porta ombrage au gouvernement de Louis XIV ; sa perte fut résolue. Attiré en France au moyen de lettres supposées, il fut arrêté par un détachement des troupes du roi entre Manheim et Francfort et jeté dans le donjon de Vincennes (25 nov. 4685), puis à la Bastille (4 août 4690). Vainement l'électeur, le roi Guillaume de Hollande, les Etats généraux, l'empereur lui-même le réclamèrent-ils ; on répondit qu'il était mort. On l'aurait rendu à la liberté, c.-à-d. à la vie, s'il avait abjuré sa foi ; mais il résista aussi bien aux sévices de ses ennemis qu'aux supplications de ses amis. Il succomba dans son cachot fangeux de la Bastille, après trente années de la plus dure captivité ; son corps était chargé de fers pesant soixante-trois livres. Alfred Gary.

BiBL. : La France protestante, t. III, col. 755 et 756, 2" éd. — Encyclopédie des sciences religieuses, t. II, p. 638. —Bulletin de l'Histoire du Protestantisme fran • çais, t. XI, pp. 249-252.

CARDEL (Paul), sieur du Noyer, ministre de Grosménil, église de fief à quatre lieues de Rouen, fils d'un avocat rouennais, mort aux îles Sainte-Marguerite le 23 mai 4694. La révocation de l'Editde Nantes l'obligea à quitter sa patrie et à se réfugier à l'étranger. 11 passa un an en Angleterre, puis alla en Hollande où il conçut le projet de rentrer en France pour y prêcher malgré les périls qui pouvaient le menacer. A peine arrivé à Paris, au mois d'oct. 4688, il fut arrêté par la police, grâce à la perfidie d'une femme de service, au momen^t où il allait, avec le médecin Bernier, porter ses consolations à une malade. Tous deux furent jetés dans le donjon de Vincennes et transférés à la Bastille, le 2 mars 4689. Pendant longtemps, on ignora son sort. Dès le 48 avr. 4689, il avait été envoyé aux îles Sainte-Marguerite avec ordre du gouverneur « de tenir la chose secrète en sorte qu'il ne vienne à la connaissance de personne quel est cet homme ». Alfred Gary.

BiBL. ; El. Benoit, Histoire de VEdit de Nantes, t. III, pp. 1027 et 10S3. — Bulletin de la Société d'Histoire du Protestantisme français, t. XI, pp. 249 et 252.— La France protestante, t. III, col. 756 et 757, 2« éd..

CARDELL (Cari Kobes, anobli en 1794 sous le nom de), général suédois, né en 4764 à Deramin (Poméranie), mort à Stockholm le 47 sept. 4824. II fut d'abord officier prussien, puis il entra comme capitaine dans l'armée

CARDELL - GARDENAS Y LEON

suédoise (1789), organisa l'artillerie montée, améliora les canons et les munitions, commanda la réserve de son arme dans les campagnes de 1813-44, en Allemagne, en Holstein, en Norvège; se distingua à Gross-Beeren, à Dennewitz, où ses batteries subitement démasquées anéantirent une colonne française, et à Leipzig. Il fut nommé général-major en 1814, lieutenant-général en 1820, créé baron en 1815. B-s.

GARD EN AS. Ville et port de la côte septentrionale de Cuba, sur la baie du même nom; 3,500 hab. Elle est le terminus de deux lignes de chemins de fer qui descendent vers le S., et dont Tune s'embi anche sur la ligne qui, par Malanzas, rejoint la Havane (V. Cuba).

CARDENAS (Luis de), navigateur espagnol du xvi® siècle. Il prit part avec Francisco de las Casas à la campagne de Honduras contre Cristobal de Olid, par qui il fut fait prisonnier (1524). L'un des trois navires qui partirent le 31 oct. 1527 du port de Cibuatanejo pour chercher les îles des Epices (Océanie), le Santiago, monté par quarante-cinq hommes, était sous son commandement ; s'étant séparé des autres le 15 déc, il ne reparut plus. — Un pilote du même nom, Luis de Cardenas, né à Triana, fit campagne avec Cortés, mais il partit pour l'Espagne afin de dénoncer ses exactions. Le mémoire qu'il présenta à Charles-Quint, en 1528, avec une description de la Nouvelle-Espagne, a été publié dans Documentos inéditos del archivo de ïndias (t. XL, pp. 273-287, 368-373) et par Icazbalceta dans Documentos para la historia de Mexico (1866, t. H, in-4). La carte qui l'accompagnait est inédite. Cardenas reçut en récompense une rente de mille piastres assignée sur les Indiens, mais il mourut peu après en arrivant à Mexico, B-s.

CARDENAS (Thomas), prélat espagnol, né en Andalousie, mort en 1580 à Coban, en Guatemala. Entré dans l'ordre de Saint-Dominique en 1534, il fut prieur du couvent de S. Pablo, à Cordoue, passa en Amérique en 1553, fut chargé de l'administration des Quiches de Zacapula, réunit les montagnards dans des villages et leur bâtit des églises. Elu provincial de la province de S. Vicente (i 568), il administra par intérim le diocèse de Chiapa, puis fut évêque de Vera-Paz ou Coban. Il écrivit : Bepresentaciones al Rey sobre et estado de los Pueblos de Vera-Paz ; Doctrina eristiana y documentos en lengua Zacapula; Arte de la lengua cacchi de Coban, B-s.

CARDENAS (Bartoîomé de), peintre espagnol, originaire du Portugal où il naquit en 1547, mort à Madrid en 1606. Son maître fut Alonso Sanchez Coello qu'il accompagna lors de son séjour à Madrid, et auprès duquel il acquit rapidement les plus solides connaissances dans son art. Presque à ses débuts, il eut à peindre pour le cloître de l'église d' A tocha une grande partie des tableaux qui décoraient ce cloître et dont les sujets étaient empruntés à la vie de saint Dominique. Malheureusement l'humidité détruisit rapidement ces peintures dont il ne restait déjà plus au xviu® siècle que des fragments en fort mauvais état et couverts de restaurations. En 1601, par ordre du duc de Lerme, ministre de Philippe III, Cardenas suivit la cour à Valladolid. L'artiste exécuta pendant son séjour à Valladolid un grand nombre d'ouvrages. Pour le maître-autel du couvent de San Pablo, il peignit quatre compositions représentant : la Nativité, l'Adoration des Rois, la Vocation des Apô^ très et la Conversion de saint Paul ; pour le chœur du même couvent, il peignit une immense Gloire toute peuplée d'un nombre infini de saints, de bienheureux, etc. ; la Cène, pour le réfectoire ; V Annonciation et la Descente de V Esprit saint, pour des chapelles et pour le cloître diverses compositions. Pour le couvent de Saint- François de Valladolid, il peignit le /mM/^ de /a Pordwwcula ainsi que quelques autres tableaux qui furent placés dans le grand retable. En 1606, il revenait avec la cour à Madrid où il mourait peu après son arrivée. Les musées de Madrid ne possèdent aucun ouvrage de cet artiste dont

GRANDE KNCVCi.OPÉDIE. — IX.

Cean Beimudez vante le coloris, le dessin et les ordonnances pleines de mouvement. Cependant, bien que la plupart de ses productions aient disparu ou aient été gâtées par des restaurations, il est encore possible de se faire une opinion sur son talent d'après les quelques grandes toiles conservées, mais en assez médiocre état, au musée provincial de Valladolid. Elève de Sanchez Coello, attaché à la cour de Philippe III, Cardenas dut très vraisemblablement peindre, comme son maître, les portraits des personnages de la cour, notamment ceux du duc de Lerme et de sa femme. Aucun de ces portraits n'existe aujourd'hui dans les musées d'Espagne. P. L. BiBL. : Cean Bermudez, Diccionario de los mas iluslres profesores; Madrid, 1800.

CARDENAS (Juan de), naturaliste espagnol, né à Constantina, près Séville, en 1569. Il passa en Amérique vers 1577 et fut professeur de médecine à l'université de Mexico. Il publia : Primera parte de los problemas y secretos maravillosos de ïndias (Mexico, 1591, in-8), oii il qualifie le picietl (tabac) de plante admirable et sainte, et Del Chocolaté ; que provecho hace y si es bebida saludable 6 no (Mexico, 1609, in-8), B-s.

CARDENAS (Francisco), historien mexicain duxvii«siècle, né à Merida en Yucatan. Il fut curé dans ce diocèse et juge des cas d'idolâtrie. Il laissa en manuscrit : Reladon de la conquista y sucesos de Yucatan (1639) et Relacion historial eclesidstica (1643). B-s.

CARDENAS (Bernardin de), missionnaire et écrivain espagnol du xvii« siècle, né à Chuquisaca, auj. Sucre (Pérou), d'une famille espagnole. Entré jeune dans Tordre de Saint-François, il se distingua par son talent de prédication et son zèle pour la conversion des Indiens. En 1643, devenu évêque du Paraguay, il se vit, comme son collègue Palafox, obligé de lutter contre les jésuites ; il les accusa très vivement auprès de la cour d'Espagne, ce qui lui valut des tracasseries de tout genre. 11 refusa peu après l'évéché de Popayan, mais accepta en 1666 celui de Santa Cruz de la Sierra Nevada, où il mourut peu de temps après. On a de lui : 1» Manual y relacion de las cosas del reynodel Perû (Madrid, 1634, in-4); 2<» Memorial présenté au roi d'Espagne pour la défense de D. Bernardin de Cardenas, évêque du Paraguay, contre les religieux de la Compagnie de Jésus et pour répondre aux mémoriaux présentés à la susdite Majesté par le P. Pedraca, procureur des jésuites aux Indes, traduit de l'espagnol (1662, in-12). La Biographie Michaud lui attribue aussi une Historia Indiana et Indigenarum. E. Cat.

BiBL. : Documentos tocantes à la persecucion que los regulares de la compania de Jesu suscitaron contra D. B. Cardenas, obispo del Paraguay ; Madrid, 1768-70, 4 \ol. in-4.

CARDENAS (Juan de), peintre espagnol, fils de Bartoîomé de Cardenas dont il fut aussi l'élève. D'après le manuscrit de Lazaro Diaz del Valle, conservé à la bibliothèque de l'académie de San Fernando, à Madrid, Juan de Cardenas aurait accompagné son père à Valladolid et l'aurait aidé dans ses travaux. Le même biographe affirme qu'autour de l'année 1620, étant lui-même à Valladolid et visitant la collection de tableaux de don Diego Baltodano, conseiller des Ordres du roi, il remarqua plusieurs peintures de cet artiste, représentant des fleurs et des fruits et qui lui parurent des ouvrages exécutés avec une grande habileté. Il ajoute que ce jeune peintre jouissait dès cette époque d'une certaine notoriété et que ses peintures étaient fort recherchées. p^ ^^

BiBL. : Cean Bermudez {d'après le manuscrit de Diaz del VaUe) Dwcionario de los mas ilustres profesores • Madrid, 1800, ' ^i^o,

CARDENAS Y CANO (Gabriel de), pseudonyme de Gonzalez Barcia Carballido y Zufiiga (V. Barcia)

CARDENAS Y LEON (Carlos-Celedonio Velasquez de) théologien et hnguiste mexicain du xviiie siècle. Il fut vice-recteur et professeur de belles-lettres au séminaire indien de S. Gregorio à Mexico, puis curé et juge ecclé-

CARbENAS Y LÉON — CARDERERA Y SOLANO — 3Î0 —

siastique de Xaltocan et autres localités de l'archevêché de Mexico. Il publia un Confesionario' de Indios, en espagnol et en nahua, langue dans laquelle la doctrine chrétienne est mieux rendue que dans les traductions antérieures. — Un autre linguiste de ce nom, Pedro Cardenas, appartenant à une famille noble de Guatemala, entra dans Tordre de Saint-François, dont il devint définiteur en 1654. Il fut habile prédicateur et missionnaire chez les indigènes pour lesquels il écrivit en leurs idiomes des livres d'enseignement, des sermons et des drames. B-s.

GARD EN AU (Bernard- Augustin, baron de), général et homme politique français, né en 1766, mort à Tilh, près de Dax (Landes) le l'^'" fév. 1841. Entré à l'armée en 1791, lieutenant au régiment d'Angoumois, il fut envoyé à l'armée des Pyrénées occidentales, et se distingua en divers engagements avec les Espagnols, et notamment à la prise des redoutes du col de Baya et de Bera. Nommé adjudant général, puis colonel, il prit une part importante à la bataille de Marengo (1800). Il fit jusqu'à la paix les campagnes d'Italie, et se distingua encore au siège de Gaète (1806). Nommé alors général de brigade, puis baron de l'Empire, il fut mis en disponibilité à la restauration qui lui donna pourtant la croix de Saint-Louis. Nommé député en 1818 par le dép. des Landes, il siégea au centre et s'opposa en 1819 aux lois suspensives de la liberté de la presse et de la liberté individuelle. Non réélu en 1823, il fut mis à la retraite en 1826, et fut de nouveau député des Landes de 1830 à 1831.

CARDER (Peters), marin anglais du xvi® siècle. Il commandait un des petits navires de la flotte de Drake (V. ce nom) ; chargé par ce dernier d'aviser le gouvernement anglais de l'heureux succès de la traversée du détroit de Magellan, il naufragea au N. du rio de la Plata, fut pris par les sauvages, s'échappa et revint seul en Angleterre (1586).

GARD ÈRE. l. Botanique. — Un des noms vulgaires du Dipsacus fullonum L. ou Chardon à foulon, de la famille des Dipsacacées (V. Dipsacus).

IL Agriculture. — La cardère à foulon n'est cultivée sur une assez grande étendue que dans le voisinage des manufactures de laines, à Sedan, Louviers, Elbeuf, Carcassonne, etc. Encore cette culture tend-elle à diminuer depuis quelques années. Elle demande des terres profondes, chaudes, bien ameublies et médiocrement fumées. On sème à la volée, en automne dans le Midi, au printemps dans le Nord. La tête centrale des Cardères devance ordinairement, par son développement, les parties latérales, et acquiert des dimensions trop considérables qui nuisent à ses qualités et à l'accroissement suffisant des têtes latérales. Aussi la supprime-t-on presque toujours au moment où elle commence à paraître. Cette opération constitue Vécimage, Chaque pied rend en moyenne 5 têtes, soit 700 kilogr. de tètes sèches par hectare.

GARDERERA Y SOLANO (don Valentin), peintre espagnol, archéologue et critique d'art distingué, né à Huesca en 1 796, mort à Madrid le 25 mars 1 880. Placé au séminaire de Huesca, il montra de bonne heure, tout en poursuivant ses études, de si précoces dispositions pour le dessin qu'il fut remarqué, dans une visite au séminaire, par le général José Palafox, capitaine général de l' Aragon. Le général le prit sous sa protection, le fit recevoir comme élève aux cours de dessin de l'Académie de Saint-Luc, à Saragosse, et le mit sous la direction de Buenaventura Salesa, peintre de la cour, établi alors dans la capitale de l'Aragon. Les progrès du jeune artiste furent rapides et le déterminèrent à se vouer entièrement à la peinture. Attaché comme dessinateur, en 1816, à l'étatmajor de l'armée du centre, il vint, dès qu'il fut libre, se placer à Madrid sous la direction d'un nouveau maître, Mariano Salvador Maella ; celui-ci étant mort peu de temps après l'entrée de Carderera dans son atelier. Je jeune artiste s'adressa alors à José de Madrazo, peintre

de Camara et directeur des cours de peinture à l*académie de San Fernando. Pris du désir d'aller compléter ses études d'artiste à Rome, Carderera avait rencontré dans la personne du duc de Villahermosa un nouveau et généreux protecteur qui lui alloua la pension nécessaire pour son voyage et ses frais de séjour en Italie. Ce séjour, tant à Rome qu'à Florence, Naples, etc., se prolongea pendant neuf années. Revenu dans sa patrie, il peignit de nombreux portraits ainsi que des compositions historiques ou religieuses. En 1835, 1838 et i846, il prenait part aux expositions nationales avec les Rois catholiques recevant Christophe Colomb à son retour du nouveau monde; Cléopâtre et des allégories de la Prudence et de la Beauté qui furent admirées pour leur caractère élevé et la noblesse de leurs formes. En 1832, l'académie de San Fernando le choisissait pour un de ses membres et le chargeait en 1836 de faire Tinventaire des monuments et richesses d'art provenant de la suppression des couvents dans les provinces de Burgos, Valladolid, Valence et de Salamanque; cette mission s'étendit plus tard à toutes les autres provinces. C'est alors que l'artiste commença de recueillir sur les lieux mêmes tous les renseignements relatifs aux monuments, statues, tableaux, objets d'art, dont la conservation s'imposait aux soins de l'Etat et des académies; partout où il se rendait pour remplir sa mission, Carderera prenait de précieuses notes et dessinait avec un soin extrême tout ce qui pouvait présenter un intérêt d'art et d'histoire quelconque. Ce travail poursuivi sans relâche et avec la plus grande conscience pendant de longues années lui permit de commencer en 1855 la publication d'un ouvrage qui fait le plus grand honneur à son auteur ; la Iconografia espanola parut en effet à cette date avec un double texte espagnol et français et de nombreuses planches lithographiées dont il avait lui-même fourni tous les dessins. Ce livre forme une précieuse collection de portraits, de statues, de mausolées, d'après les monuments originaux embrassant une période qui s'étend entre le xi« et le xvii® siècle. Rois, reines, infants, grands seigneurs, personnages historiques, écrivains et hommes célèbres figurent dans ce recueil, représentés dans leur ressemblance iconographique et leurs costumes, constituant ainsi une suite de documents d'une indiscutable authenticité. La Iconografia espanola^ qui ne fut terminée qu'en 1864, forme donc pour l'histoire de l'art en Espagne un ouvrage d'un intérêt considérable et d'autant plus précieux aujourd'hui que bon nombre des statues, mausolées et monuments dessinés par l'artiste ont été détruits en partie, ou menacent complètement ruine. Frappée des sérieux services que cet ouvrage était appelé à rendre à la cause des études d'archéologie et d'histoire nationales, l'Académie d'histoire appela aussitôt l'auteur à prendre une part active à ses travaux.

En 1865, l'Académie de San Fernando le chargea de mettre au jour, avec notes et commentaires, l'intéressant manuscrit qu'elle possédait de Jusepe Martinez, peintre de Philippe IV, et qui fut publié en 1866, sous le titre de : Discursos practicables del nobilisimo arte de la Pintura. Carderera prit également une large part à la rédaction des savantes notices qui accompagnent la suite d'estampes gravées d'après les principaux tableaux formant la collection de l'Académie de San Fernando ; cet ouvrage publié aux frais de l'académie, porte le titre de Cuadros selectos. Indépendamment de ces publications, don Valentin Carderera a collaboré à de nombreuses revues artistiques, espagnoles et étrangères. Il a donné des articles de biographie et de critique d'art notamment dans les Semanario pintoresco; el Arte en Espana; el Renacimiento; las Bellas-ArteSy et il a fait paraître dans la Gazette des Beaux-Arts une étude remarquable sur Goya. Amateur émérite, il avait durant sa longue carrière réuni un précieux ensemble de livres rares, de gravures, de dessins de maîtres et de portraits peints. Sa collection.

CARDERERA Y SOLANÔ - CARDïALGfE

qui ne comprenait pas moins de 70,000 pièces gravées et de dessins de toutes le» écoles, a été acquise par TEtat et fait aujourd'hui partie du cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale à Madrid. Paul Lefort.

GARDERIE. Salle dans laquelle sont placées les cardes, laquelle dans bien des filatures de laine et de coton n'est pas séparée des locaux où se trouvent les autres machines. Dans la filature des étoupes de lin il est nécessaire, au contraire, d'isoler ces machines et de construire les Garderies de manière qu'il s'y produise une ventilation capable d'enlever les poussières très abondantes qui se dégagent dans l'atmosphère et qu'il n'y ait pas à craindre de propagation d'incendie, dans le cas qui se présente quelquefois, où la présence d'un corps dur, engagé dans les garnitures, mettrait le feu aux étoupes que renferme la carde. P. Goguel.

GARD ESSE. Com. du dép. des Basses-Pyrénées, arr. et cant. (E.) d'Oloron-Sainte-Mane; 431 hab.

GARDET. Com. du dép, du Gard, arr. d'Alais, cant. de Lédignan; 472 hab.

G A RDI (Lodovico), plus connu sous le nom de Cigoli, peintre italien, né le 12 sept. 4559, au bours; de Cigoli, dans le Val d'Arno, mort à Rome le 8 juin 16lâ. Cardi, qui a souvent remplacé son nom patronymique par celui de son village natal, vint s'établir à Florence à l'âge de treize ans. Bien qu'il passe pour avoir été l'élève d'Alessandro Allorict, et plus tard de Santi di Tito, on est autorisé à croire qu'il s'est formé par des études personnelles d'après les œuvres d'Andréa del Sarto dont il a parfois essayé d'imiter la tendresse. On peut aussi considérer comme très probable un voyage en Lombardie, car il a toujours professé une ardente passion pour le modelé de Corrège, et Baldinucci nous apprend que ses contemporains trouvaient dans sa manière quelque chose .de la suavité de ce grand maître. Enfin, Cardi, préoccupé de ce qui manquait aux Toscans, a, dans la mesure de ses forces, cherché la couleur. Ses œuvres, qui n'ont pas un accent florentin bien prononcé, ont gardé la trace de ces multiples inquiétudes : ce sont bien celles d'un temps troublé où les écoles se pénètrent et commencent à se mêler dans un éclectisme qui deviendra bientôt une des caractéristiques de la décadence. Lodovico Cardi, que Baglione nous représente comme un artiste sérieux, presque solitaire, et fuyant volontiers les conversations frivoles, a vécu à une époque où l'idéal baissait, mais il appartenait par la curiosité de son esprit à la race des créateurs infatigables qui croyaient qu'un artiste doit tout savoir. H avait des aptitudes très diverses. Avec Buontalenti, il étudia la perspective; il se passionna aussi pour l'anatomie et cette science le conduisit à la sculpture. Il se plaisait à modeler des figurines d'argile ou de cire, et l'on conserve au musée national de Florence quelques-unes de ses maquettes. Son œuvre capitale dans ce genre fut une statuette que Baldinucci appelle une notomia, c.-à-d. un écorché qui pendant longtemps a rendu de grands services dans les écoles de dessin. Les reproductions de ce modèle servaient de règle aux étudiants.

Cardi s'est aussi occupé d'architecture. Les biographes prétendent que plusieurs maisons de Florence ont été construites ou modifiées d'après ses plans ; il eut l'ambition de régulariser les abords du palais Pitti, et comme tout bon Toscan, il songea à donner une façade à Santa Maria del Fiore. Dans cette pensée, il étudia un projet qui, faisant une large part au corinthien et au dorique, méconnaissait absolument le caractère du monument primitif. Ce rêve dangereux ne reçut aucune suite. Baldinucci assure en outre que Pinépuisable artiste aurait travaillé pour la France. 11 lui attribue l'honneur d'avoir dessiné le piédestal de la statue équestre de Henri IV sur le Pont-Neuf. Cette assertion, que les bons rapports de Cardi avec les Médieis rendent assez vraisemblable, a été acceptée par nos écrivains : on la retrouve encore dans le Voyage pittoresqtie de d'Argenville, en 1778. Enfin,

Baldinucci, qui fait de Cardi une nature privilégiée, nous parle de son héros comme d'un véritable lettré; il se serait essayé dans la poésie et telle était son éloquence que l'Académie de la Crusca aurait tenu à s'affilier ce beau diseur.

Lodovico Cardi, qui, malgré des occupations si nombreuses et si diverses, ne négligea jamais la peinture, passa à Florence la première partie de sa vie laborieuse. Sous le pontificat de Clément VIII, il fut appelé à Rome. Il commença alors à Saint-Pierre du Vatican une importante peinture murale représentant Saint Pierre guéris-^ sant le boiteux ; mais, obligé de rentrer à Florence pour organiser les fêtes d'un mariage princier, il laissa son œuvre interrompue. Il ne revint à Rome que sous Paul V, c.-à-d. après 4605. Cardi s'occupa de terminer son Saint- Pierre dont il serait inutile aujourd'hui de rechercher la trace, car, dans son édition de 4763, Filippo Titi nous en parle déjà comme d'une œuvre perdue. Malgré la restauration tentée par Montano, la peinture avait cessé d'être visible. En combinant les renseignements fournis par Baglione et par Baldinucci, on voit que, pendant son second séjour à Rome, Cardi fut largement occupé. Pour le cardinal Montalto, il composa des cartons de tapisseries ; pour l'église Saint-Jean-des-Florentins, il peignit un Saint' Jérôme. Les anciennes descriptions de Rome nous parlent en outre de V Histoire de Psyché qu'il représenta au palais Rospigliosi dont le cardinal Scipione Borghèse avait commencé les travaux en 1603. Lodovico da Cigoli faisait donc au besoin de la mythologie, bien qu'il ait eu une préférence marquée pour la peinture religieuse. Il savait d'ailleurs tous les secrets du métier et se distingua comme fresquiste. C'est à fresque qu'il peignit la coupole de la chapelle de Paul V à Sainte-Marie-Majeure. A la suite de ce long travail qui lui avait coûté bien des fatigues, Cardi tomba malade; il ne voulut pas voir de médecin, il se soigna lui-même d'après les procédés les plus aventureux et mourut prématurément au grand regret des Romains qui faisaient état de sa virtuosité commode son caractère.

Le Louvre ne possède de Cardi que deux peintures, une Fuite en Egypte et un Saint- François d'Assise y avec un dessin à la sanguine représentant une Tête de vieille femme. Ce sont des morceaux d'assez faible signification. Madrid a une Madeleine, sujet que l'artiste a traité plusieurs fois, et Vienne un Christ mort. Les grandes œuvres de Cardi, celles qui permettent d'apprécier sa vaillance, sont restées en Italie et particulièrement en Toscane. On peut voir à Ëmpoli dans l'église Santa Croce, r Exaltation de la Croix ^ et au dôme de Cortone la Vierge et quatre saints. A Florence, les peintures de Cardi ne sont pas rares. On conserve à l'Académie des beaux-arts un Saint François recevant les stigmates, que l'artiste avait peint en 4596 pour le couvent de S. Onofrio ; au musée des Offices, le portrait du peintre, le Martyre de saint Laurent (4586), la Madeleine, le Martyre de saint Etienne, tableau signé Lod, Çig, f. i591 ; au Palais Pitti enfin, la Déposition de Croix, un Ecee Homo, les Pèlerins d'Emmaûs, une Madone et l'Apparition de Jésus-Christ à saint Pierre (16i 0). Ce grand travailleur a formé plusieurs élèves, entre autres Aurelio Lomi, G. Biiiverti, Cristofano AUori et Doraenico Feti. Ces noms, qui éveillent dans l'esprit le souvenir d'œuvres si différentes et de manières si diverses, disent assez que Lodovico Cardi da Cigoli était un maître indulgent et qu'il laissait à ses disciples le droit de choisir librement leur idéal. Paul Màntz.

BiBL. : Bagliome, le Vite de' pittori ; Rome, 1649. — Baldinucci, Notizie de' professorL — Filippo Titi, Descrizione délie pitture esposte inRoma; Home, 1763.

CARDIA. L'orifice supérieur de l'estomac (V. Estomac).

CARDI Al RE (Bot.). Nom vulgaire du Leonurus car-^ dlaca L., plante de la famille des Labiées, qu'on appelle également Agripaume (V. ce mot).

CARDI ALGIE. L'une des formes de h gastralgie (N , ce mot).

Cardiapoda (coquille).

CARDIAPODA — CARDIM — 372 —

CARDIAPODA (Malac). Genre de Mollusques, de Tordre des Nucléobranches, institué par d'Orbigny, t^n 1839, ayant pour caractères une coquille de petite dimension, mince, fragile, transparente, spirescente; ouverture triangulaire à péristome dilaté, réfléchi, donnant latéralement naissance à deux expansions triangulaires embrassant en arrière la majeure partie de la spire. Animal allongé, subcylindrique, acuminé postérieurement, transparent; partie céphalique très grosse occupant le cinquième de la longueur totale. Yeux saillants placés sur les côtés et un peu en dessous et en arrière de deux longs tentacules coniques, contractiles. Bouche aussi large que le corps, formée par une large trompe presque tronquée, munie de mâchoires fortes.

Branchies symétriques, composées de parties coniques, nombreuses, en partie contenues dans une enveloppe cartilagineuse, ou

Cardiapoda placenta Eydoux.

fixées à nu. Une nageoire pédiforme, sous le ventre, réticulée, comprimée, munie d'une ventouse assez apparente. Organes de la génération à droite sur Tabdomen. Type C, placenta Eydoux. Mollusques pélagiques habitant l'Atlantique et le Pacifique. J. Mabille.

CARDIAQUE. Un des noms vulgaires du Leonurus cardiaca L. (V. Agripaume).

CAR Dl ASTER (Zool.). Genre d'Echinodermes de la classe des Echinoïdes, ordre des Irréguliers, famille des Holastérides. Les espèces qui le composent, toutes fossiles, ressemblent à celles du genre Holastery à la différence qu'elles sont corditormes et que l'ambulacre antérieur est placé dans un sillon profond, ordinairement limité par des arêtes saillantes ; l'anus est aussi entouré d'une surface aplatie. 11 existe un fasciole marginal qui forme une bande transverse sur l'anus et se continue sur les côtés : ce fasciole manque dans le genre Holaster. Les espèces assez nombreuses du genre Cardiaster appartiennent au crétacé moyen et supérieur ; le plus grand nombre se rencontrent dans le sénonien. R. Moniez.

GARDIATHERIUWl (Paléont.) (V. Cabiai et Caviidés).

CARDIER. Ouvrier travaillant à la fabrication des garnitures de cardes (V. Carde).

GARD IF F. Ville d'Angleterre, ch.-l. du comté de Glamorgan (Galles du Sud), à l'embouchure de la Taaf, dans le canal de Bristol. Cette ville, jusqu'à ce siècle, n'était connue que pour son vieux château, où fut enfermé Robert de Normandie ; elle n'avait en 1801 que 4,870 hab., le territoire presque entier appartenait au marquis de Bute. Celui-ci résolut de transformer ce port de cabotage en port de premier ordre pour l'exportation des minerais et charbons du pays de Galles. H fit construire à ses frais des docks et un canal. En 1839, les premiers bassins furent inaugurés. Cette œuvre immense fut continuée peu après la mort du fondateur par le tuteur du jeune lord $0»! fils ; aujourd'hui, 84 hectares ont été creusés etCardiff tsi devenu l'entrepôt et le débouché de tous les charbons de la région ; il a détrôné Newcastle. Ses exportations ne cessent de s'accroître; en 1883, il en est sorti 30 millions de tonnes de houille et environ 450,000 de fer. Le chiffre de la population d'après le recensement de 1881 était de 82,761. On l'évaluaiten 1887 à 104,580. L. Bougier.

CARDIGAN. Comté d'Angleterre, aucentrede la principauté de Galles, sur la baie de ce nom ; 1,794 kil. q.; 70,226 hab. La surface en est accidentée (Plinlimnon, 751 m,). Les collines couvertes de landes et de

pâturages nourrissent des moutons de petite taille. Les vallées sont fertiles, on y cultive surtout de l'orge; mines de cuivre, de zinc et de plomb. Prairies peu florissantes Ardoisières, pêcheries. Presque tous les habitants comprennent et parlent le gaélique. Peu d'industrie. Principales villes : Aberystwith, Cardigan, Lampeter.

CARDIGAN. Ville d'Angleterre, ch.-l. du comté du même nom (pays de Galles), à l'embouchure du Teifi ; 3,633 hab. ; petit port de pêche qui peut recevoir les navires de 400 tonnes. Pêche du hareng, poteries, etc.

CARDIGAN (Baie de). Baie de la côte 0. d'Angleterre, arr. 0. du pays de Galles, où elle dessine une vaste concavité ouverte sur le canal Saint-Georges, limitée au N. par la presqu'île de Carnarvon, qui se termine au cap Penkilan, ou à l'île Bardsey , au S. par celle de Pembroke que termine la pointe de Saint-David. Au centre delà baie est l'estuaire du Dovey; au N. les baies de Tremadoc et Traeth; au S. la petite île de Cardigan avec l'estuaire de la Teifi et la ville de Cardigan, les baies de Newport et Fishgard. Des barres obstruent l'ouverture des estuaires ouverts sur la grande baie de Cardigan.

CARDILE (Vincenzo), poète sicilien, né à Savoca (diocèse de Messine) le 16 avr. 1761, mort le 23 juil. 1837. Chanoine de la cathédrale de Palerme; ce n'est que très tard, vers la soixantaine, qu'il composa les petits poèmes qui ont fait sa réputation. Le choléra l'emporta comme tant d'autres Siciliens remarquables, ainsi qu'en témoignent les curieuses Biogra/ie e ritmtti dHllustri Siciliani morti net choiera Vanno i837 (Palerme, 1838) ; Cardile n'y figure pas. Ses poèmes, lu Triunfu di la PacU lu Spitali di li Pazzi, VOrganu, lu Viaggiu a li CampiElizi, VAutumnu, etc., furent publiés sous le titre de lu Triunfu di la Paci ed autri poesii (Palerme, 1814, in-8) ; un Capitulu, ses derniers yers, parut da)is le t. XV du Giornale di Scienze, publié par Lor. Coco-Grasso. R. G.

BiBL. : Lor. Çogo-Grasso, Vincenzo Cardile, cenni necrologici; Palerme, 1839, in-8.

CARDILIA (Malac). Genre de Mollusques-Lamellibranches, de l'ordre des Vénéracés, établi par Deshayes, en 1835, ayant pour caractères : coquille longitudinale, ovaleoblongue, cordiforme , ventrue, mince, fragile , ornée sur le côté postérieur de sillons réguliers.

Charnière composée d'un cueilleron profond dans lequel s'insère le ligament intérieur ; le bord antérieur du cueilleron de la valve gauche porte deux dents saillantes, nettement séparées par un sinus profond ; le même cueilleron sur la valve droite porte une seule dent courbée, bifide et étroite ; en outre, sous le bord cardinal postérieur existe une lame saillante et horizontale. Type C. inermis Deshayes. Les Cardilia habitent les mers chaudes des Moluques, de l'Australie, les côtes des îles de la Malaisie et des Philippines.

CARDIM (Antonio-Francisco), missionnaire aux Indes, né à Viana, près d'Evora, en Portugal, mort à Macao en 1659. 11 entra en 1611, âgé de seize ans, dans la compagnie de Jésus et fut envoyé aux Indes. Il parcourut tout l'extrême Orient : Chine, Japon, Siam,Tonkin et Cochinchine. Ses principaux ouvrages sont : l^ la Mort glorieuse de soixante et un chrestiens de Macao^ décapitez pour la confession de la foy à Nangazai^ui (en portug., Lisbonne, 1643, in- 4.; en franc., Lille, 1613, in-12.); 2^ Relatione de la Provincia del Giappone (Rome,

Carduia inermis Des h. (face externe).

Cardilia inermis Desh. (face interne).

CARDIM — CARDINAL

1645, in-S ; en franc, et en flamand) ; 3^ Fasciculus e Japponicis fioribus suo adhuc madentibus sanguine.. (Rome, 1646, ia-4) ; cet ouvrage renferme de fort belles gravures sur cuivre; le frontispice est de Jacques Callot; trad. en portugais : Elogios e ramalhete de flores (Lisbonne, 1650); ¥CataL regiilarium et secularium qui

in Japponiœ Regnis violenta morte sublati sunt

(Rome, in-4.) Deux autres jésuites portugais ont porté le nom de Cardim : Fernad, missionnaire au Brésil au xvi« et au XVII® siècle qui a laissé une relation de ses voyages, p. p. Varnhagen (Narrativa epistolar; Lisbonne, 1847, in-12), et Jean^ mort à Braga le 18 fév. 1615. Henri Cordier.

BiBL. : De Backer, Bibl. des écrivains de la C»« de Jésus.

CARDINAL. L Grammaire (V. Nombre).

11. Droit canon et Hiérarchie catholique. — Il subsiste sur l'étymologie du mot cardinal de vieilles controverses qui ne semblent point près d'être terminées et dans lesquelles nous croyons inutile d'entrer. Ce qui est certain, c'est que ce mot désignait ou qualifiait certains officiers de la cour de Théodose et d'autres fonctionnaires de l'empire ; vers la fin du vi<» siècle, on le trouve employé comme titre ecclésiastique. Mais le titre de cardinal, usité dans des églises de divers pays, avait alors une acception fort différente de celle qu'il comporte aujourd'hui par suite ^du développement du pouvoir des papes et de la hiérarchie romaine : Nomen vetus^ nova est dignitas^ recentior purpura, disent les bénédictins qui ont édité les œuvres de Grégoire le Grand (ad, Epist. I, 15). Loiseau fait une remarque analogue : « La véritable origine des cardinaux n'est pas bien certaine. Ce (ju'on en sait fait trouver surprenant que cette dignité, inconnue pendant fort longtemps, au moins en l'état où elle se trouve à présent, ait été rendue si éminente. » [Traité des ordres, lU, 31.) En effet, l'histoire du cardinalat est peut-être le document le plus caractéristique de l'histoii^ des évolutions et des révolutions survenues dans l'organisation et le gouvernement de l'Eglise catholique. — Dans les écrits de Grégoire le Grand, le titre de cardinal est appliqué à des évêques, à des prêtres et à des diacres appartenant aux diocèses de Grosseto, de la Corse et de Gagliari. Or, dans tous ces cas, il s'agit d'un ecclésiastique qui doit être attaché d'une manière permanente à un poste constitué d'une manière définitive. On désigna cette attache, pareille à celle qui fixe une porte à ses gonds (cardo^ cardines), par les mots cardinare ou incardinatio, pour la distinguer de la condition des ecclésiastiques ne desservant que des chapelles ou des oratoires ou bien desservant de véritables paroisses, ou de véritables diocèses, mais seulement à titre provisoire. Le Laboureur, dans son Histoire de la Pairie de France et du Parlement de Paris, V, ch. y (Londres, 1740, in- 42), dit que chaque évêque avait autrefois des cardinaux, qui étaient les curés du chef-lieu de son diocèse et qui devaient l'assister en personne ou par d'autres, lorsqu'il célébrait en certaines fêtes ; et il cite un ancien capitulaire de Paris : îsti sunt presbyterl qui vocantur cardinales,,, presbyter S, Pauli parisiensis, presbyter S. Johannis in gravia, etc. L'évêché de Troyes avait treize curés nommés sacerdotes cardinales. D'après les Mémoires du clergé (t. VI, p. 482 ; t. XI, p. 647), le titre de cardinal n'aurait été donné qu'aux curés des villes et des faubourgs et non à ceux des campagnes. Dans un acte de Thibaud, évêque de Soissons, le curé de Saint- Jean-des- Vignes est appelé presbyter cardinalis ipsius loci. Au concile de Rome (853), Léon IV désigne certains prêtres sous le nom de presbyteri cardinales et leurs églises sous celui de parochiœ cardinales. Le titre de cardinal tomba en désuétude dans les autres pays en même temps que le cardinalat recevait à Rome les développements qui ont fini par en faire la dignité qui vient immédiatement après celle du pape, dans la hiérarchie catholique.

Les curés et les diacres cardinaux, c.-à-d. attachés à

titre permanent aux paroisses et postes hospitaliers de Rome, assistaient au conseil du pape et, môme à l'époque oU l'élection de l'évêque de Rome était encore faite par le peuple et le clergé, ils prenaient une part déjà fort importante à la nomination du chef de l'Eglise. Sous l'un ou l'autre de ces rapports, ils se trouvaient élevés au-dessus des autres ecclésiastiques de Rome et de tous les ecclésiastiques des autres pays. Mais primitivement ils ne s'arrogèrent aucune prééminence sur aucun des évêques de la chrétienté, ils ne réclamaient rang et séance et ne signaient qu'après eux dans les conciles. — II n'y avait point alors d'évôques cardinaux ; mais ceux qui appartenaient à la métropole de Rome prenaient part aux assemblées gui se tenaient pour les affaires ecclésiastiques et à l'élection du pape. Dans le concile tenu à Rome sous Othon m et où Jean Xlï fut déposé (963), ces prélats sont appelés évêques romains et placés au-dessus des cardinaux prêtres ou diacres. Dans le concile de Constantinople où Photius fut rétabli (879), Paul, évêque d' Ancône, et Eugène, évêque d'Ostie, légats de Jean VIÏI, avaient signé avec leur titre d' évêque, tandis que Pierre, troisième légat, signait avec son titre de prêtre et cardinal. Ce ne fut que dans le cours du xi^ siècle que les évêques de sept diocèses suburbicaires : Ostie, Porto, Sainte-Ruffine, Albano, Sabine, Tusculum et Prœneste furent appelés cardinaux. Cette qualification paraît antérieure au célèbre décret sur l'élection des papes, que Nicolas H promulgua au concile de Latran (1059) : « A la mort du pape, qu'avant tous autres les cardinauxévêques traitent de l'élection, qu'ils s'adjoignent ensuite les cardinaux-clercs et que le reste du clergé et le peuple donnent leur consentement à l'élection ; que les cardinauxévêques soient les promoteurs de l'élection (prœduces), que les autres les suivent (sequaces) . » Il est vrai que l'authenticité de ce décret a été contestée précisément dans la partie relative aux cardinaux-évêques. Cette question sera reprise aux mots Conclave et Papauté. Mais quelle qu'en soit la solution, la controverse est de médiocre importance pour l'objet dont nous nous occupons ici, puisque tout le développement ultérieur du droit pontifical s'est fait dans le sens de la décision souveraine de tous les cardinaux indistinctement en l'élection des papes. Un vieux rituel cité par Baronius (année 1057) montre les sept évêques cardinaux, chargés d'officier tour à tour devant le pape dans l'église de Saint-Jean-de-Latran, et les vingt-huit cardinaux-prêtres, répartis entre les quatre églises de Sainte-Marie-Majeure, Saint-Pierre, Saint- Paul, Saint-Laurent : sept pour chaque église.

De l'élection des papes par le collège des cardinaux datent l'émancipation totale de la papauté et l'impulsion décisive au mouvement toujours envahissant qui a imposé à toutes les Eglises catholiques de l'Occident la domination de Rome. Les cardinaux se trouvèrent naturellement associés à l'exercice et au prestige de cette puissance ; et le cardinalat dut être considéré dès lors comme faisant partie intégrante de l'organisme papal : Faciunt unum corpus cum papa (Barbosa, De jure ecclesiastico, c. 4). Les canonistes gallicans eux-mêmes disaient des cardinaux : « Comme principaux ministres du siège apostolique et coadjuteurs du pape, ils ne sont, en quelque manière, qu'un même corps avec lui ; ils le représentent partout où ils se trouvent. » De là, comme conséquence nécessaire la préséance qui leur fut attribuée sur tous les autres dignitaires ecclésiastiques. Ceux-ci s'y soumirent, après quelque résistance. Au concile général de Lyon (1245), on voit, d'après les rangs observés, que cette préséance était déjà reconnue à tout cardinal sur tous les évêques et archevêques et même sur les patriarches. En 1630, Urbain VIII réserva aux cardinaux et aux trois évêques électeurs du Saint-Empire romain et au grand maître de Malte le titre à'Eminence et à' Eminentissime, avec défense d'en prendre d'autres. Barbosa décrit cette éminence avec les métaphores les plus enthousiastes ;

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