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CARDUCCI

dans une tonalité affaiblie qui donne à la toile toutes les apparences d'une peinture à la détrempe, enlève à la composition le relief, la vibration, la vie. Philippe III continua à Bartolomraeo Taôectueuse protection que lui avait accordée son père ; par son ordre, le peintre suivit la cour dans ses divers déplacements, et,enl60l, il était avec le roi à Valladolid. Il y peignit à fresque les voussures de l'une des chapelles de Téglise paroissiale de San Andrès dont il décora également la façade d'une Mise au tombeau et de diverses figures de saints; quelques tableaux à l'huile : une Annonciation, Saint François recevant les stigmates, catalogués par Cean Bermudez comme appartenant à l'église des Franciscains, doivent dater de cette même époque. En 1606, Bartolommeo quittait Valladolid pour venir prendre part aux travaux décoratifs entrepris au palais du Pardo. Il était chargé de peindre la galerie du Midi, attenante aux appartements du roi et devait y traiter comme sujet de sa décoration les Victoires de Charles-Quint, Ses esquisses étaient terminées et toutes ses dispositions matérielles prises pour commencer sa fresque lorsqu'un mal subit vint terrasser l'artiste. Il mourut au Pardo même et cette mort si prématurée, puisque Bartolommeo n'avait encore que quarante-huit ans, fut un deuil véritable pour ses élèves et même pour ses émules ; son caractère modeste, consciencieux, ignorant l'envie et l'esprit de dénigrement, Pavait fait estimer et aimer de tout le monde. Généreux et désintéressé, il mourut pauvre; sa veuve, Geronima Capello, et ses quatre filles durent solliciter pour vivre des secours du roi, qui leur accorda, du reste, en souvenir des services de Bartolommeo, une pension temporaire de trente mille maravédis. Parmi les peintres appelés d'Italie ponr décorer l'Escurial, il en est peu qui aient plus heureusement contribué au progrès de l'art en Esagne que Bartolommeo Carducci. Par ses théories élevées, a dignité et la sévérité de ses principes et surtout par les élèves qu'il forma et parmi lesquels son Jeune frère Vicente fut le plus illustre, Bartolommeo exerça sur l'école madrilène et pendant la période qui s'étend de la fin du règne de Philippe II jusqu'à l'arrivée de Velasquez, sous Philippe IV, une influence considérable. L'étude de l'antique, l'exactitude du dessin, la recherche du grandiose dans la composition et de la noblesse dans l'expression, telles sont les maximes que Bartolommeo s'appliquait à faire prévaloir dans ses leçons et qu'il s'efforçait de traduire dans ses ])ropres ouvrages; mais les résultats n'atteignent pas toujours à la hauteur des efforts de l'artiste ; son exécution manque le plus souvent de chaleur et d'éclat : son plus grand honneur est d'avoir été un peintre de doctrine et d'enseignement. Bartolommeo appartient à PEcole florentine. Paul Lefort.

BiBL. : Vicente Carducho, Diaîogos de la Pintura ; Madrid, 1033. — Palomino, Vidas de los pintoi'es eminentes ; Madrid, 1724. — Cean Bermudez, Dlccionario de los 'inas ilustres pvofesores; Madrid, 1800. P. de Madrazo, Catalogo de Los cuadros del museo del Prado ; Madrid, 1872. ~ Charles Blanc, Histoire des peintres de toutes les écoles; Paris.

CARDUCCI ou CARDUCHO (Vincenzio ou Vicente), peintre espagnol, né à Florence en 1585, mort à Madrid en 4638. Venu en Espagne à un âge encore si tendre qu'il a raconté lui-même dans ses Diaîogos n'avoir conservé aucun souvenir de sa patrie, Vincenzio Carducci, dont le nom s'est transformé en Espagne en celui de Vicente Carducho, y fut amené par son frère Bartolommeo: de bonne heure, il devint l'élève de son frère, puis son aide, et dès l'âge de dix-sept ou dix-huit ans, nous trouvons le jeune Vicente à Valladolid oii il a suivi Bartolommeo et peignant à fresque soit seul, soit en collaboration, des sujets de batailles et des perspectives en différentes pièces du palais royal. En 1606. il revenait avec Bartolommeo à Madrid, et l'accompagnait au Pardo pour l'y seconder dans les grands travaux de décoration que celui-ci se disposait à commencer lorsque la mort vint le

surprendre. Aussitôt après cet événement Vicente, nommé peintre du roi, eut charge, après avoir peint à fresque la coupole de la chapelle du Pardo, de reprendre la décoration de la galerie du midi, préparée par Bartolomraeo. Modifiant le premier projet arrêté par son frère, il lui substitua, sur l'ordre de Philippe III, une suite de compositions représentant les Exploits d'Achille, Hésitant et quelquefois timide à ses débuts, son style s'écarte peu d'abord de celui de Bartolommeo ; puis, à mesure que se dégagent ses impressions et ses qualités personnelles, ce style s'émancipe et s'inspire bientôt des tendances naturahstes propres à l'art espagnol; italien par l'exécution, son talent appartient déjà par le caractère à sa patrie adoptive.

Appelé à Tolède par le chapitre de la cathédrale, Vicente, s'adjoignant un Italien, très habile fresquiste, Eugenio Cajesi, termine avec lui, en 1615, les fresques de la chapelle Notre-Dame-du-Sanctuaire pour lesquelles il reçoit la somme considérable de 6,500 ducats. Son tableau : le Martyre de saint André, qui se trouve dans la sacristie de la cathédrale, date de cette même époque. En 1618, le couvent des hyéronimites de Guadalupe lui demandait six grandes compositions : l'Annonciation, la Nativité, l'Adoration des Rois, l'Ascension, V Assomption de la Vierge et la Descente de f Esprit saint sur les Apôtres, Vicente peignit ces ouvrages ainsi que quelques autres que mentionne Cean Bermudez, en collaboration avec le même Eugenio Cajesi. Tous ont disparu lors delà suppression du couvent qui les renfermait. De 1620 à 1626, Carducho produisit un nombre prodigieux de tableaux pour la plupart des chapelles et des églises de Madrid. Beaucoup ont péri; mais ce qui en subsiste suffit à prouver que pour la fécondité et Faisanee à peindre, l'artiste ne compte pas alors beaucoup de rivaux dans l'Ecole. Ceux de ses ouvrages qui datent de cette période attestent en effet une exécution facile et extrêmement habile en même temps qu'un art de composition et d'arrangement aussi élevé qu'ingénieux. Quelque surprenante que'hous apparaisse cette fécondité, elle ne fit cependant que s'accroître encore pendant la périod e de la vie de Fartiste qui suit l'année 1626. C'est aussi à cette date qu'il faut reporter l'origine de la plus considérable et de la meilleure part de son œuvre. Le 29 août 1626, par acte authentique passé à Madrid devant le notaire Pedro de Alcas Matienzo, entre le prieur de la chartreuse du Paular et Vicente Carducho, la communauté confiait au peintre toute la décoration de son grand cloître. L'artiste s'obligeait à livrer, en quatre ans, 56 tableaux, 14 par année, tous et tout entiers de sa main, et dont le prix, qui ne pouvait en aucun cas excéder 200 ducats par tableau, serait définitivement fixé par deux arbitres, Fun choisi par le couvent, Fautre par le peintre. Apres les évaluations des experts, Carducho s'obligeait à abandonner au couvent, en pur don et à titre d'aumône, le quart des sommes qui lui seraient attribuées. Telles étaient en substance les principales clauses de ce curieux contrat. Les sujets que devait traiter Carducho se répartissaient ainsi : 27 tableaux devaient représenter des épisodes empruntés à la vie de saint Bruno; 27 autres les Miracles et les Martyres des moines appartenant à l'ordre des Chartreux ; enfin, sur les deux autres, devaient être représentées les armes du roi et celles de l'Institut des Chartreux. A Fexception de ces derniers, le musée national du Fomente, à Madrid, ' possède aujourd'hui les 54 principaux tableaux. Tous portent la signature de Fartiste; un seul est daté de 1628 ; quatorze, les derniers sans doute dansFordre de Fexécution, sont datés de 1632. Le contrat ne fut donc pas absolument accompli à la lettre, puisque, d'après sa teneur, les tableaux auraient dû être achevés en 1630. Dans toutes ces toiles, dont les dimensions mesurent près de trois mètres dans les deux sens, les figures sont de grandeur naturelle ; la plupart présentent un deuxième sujet, traité dans de moindres

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