CARIE — CARIGNAN
tiques. Une alimentation nutritive devra, dans tous les cas, accompagner le traitement de la carie. L. Garnier. m. AGRICULTURE. — Carie des céréales. — Maladie causée par le développement, à l'intérieur et à la surface du caryopse, d'une Ustilaginée (Tilletia Caries Tulasne), qui le rend brunâtre ou noir avec décomposition fétide, amertume et âcreté de son albumen. Ce champignon attaque particulièrement les orges et les avoines et cause moins de tort au froment. Il s'introduit dans la plante par le collet, au moment de la germination et, pénétrant plus tard de proche en proche jusqu'à l'ovule, envahit ce dernier et le dévore sans cependant altérer l'ovaire comme VUstilago Carbo (V. Charbon DES Céréales). Le mode d'invasion du parasite a suggéré diverses méthodes préventives dont la plus efficace semble être le lavage des graines, avant les semailles, dans une solution étendue de sulfate de cuivre (1 kil. de sulfate pour deux hectolitres d'eau). Un contact de douze à treize heures dans cette solution n'entrave nullement la faculté germinative (V. Tilletia et Ustilaginées). Henri Fournier. CARIGNAN. Ch.-l. de cant. du dép. des Ardennes, arr. de Sedan ; 2,149 hab. Stat. du chem. de fer des Ardennes, sur la ligne de Charleville à Montmédy. — Centre industriel important, filatures, fouleries de draps, laminoirs, fabriques de pointes et d'épingles ; exploitations de terre à briques, à tuiles et à poteries.
Histoire. — Cette ville, située dans une position assez pittoresque au pied de hauteurs, sur la rive droite de la Chiers, ne porte le nom de Carignan que depuis 1662 ; jusque-là elle était connue sous celui d'Yvois (Epoissium^ Epusum ou Ivosium), Station militaire à l'époque romaine et mentionnée à ce titre dans V Itinéraire d'Antonin, cette place, devenue seigneurie féodale, appartenait en 955 à l'archevêché de Trêves. Le roi Robert le Pieux et Henri II, empereur d'Allemagne, s'y rencontrèrent, en 1024, pour traiter de la paix entre leurs deux Etats. Au XV® siècle, Yvois se trouvait dans la maison de Rourgogne, d'oii elle passa dans la maison d'Autriche, à la mort du duc Charles le Téméraire. Pendant la rivalité de Charles-Quint et de François I«% qui troubla toute la France dans la seconde moitié du siècle suivant, la ville fut plusieurs fois assiégée, prise et reprise par les deux partis et enfin attribuée à l'Espagne par le traité de Cateau-Cambrésis (1559) ; elle fut alors démantelée, mais ses fortifications se relevèrent promptement. En 1636, les Français l'assiégèrent de nouveau, l'occupèrent à deux reprises ; les habitants en furent chassés, comme coupables d'avoir appelé les Espagnols à leur aide, et les fortifications détruites derechef. Le traité des Pyrénées (1659) céda définitivement Yvois à la France. Louis XIV, touché des maux que la ville avait soufferts, lui rendit sa ceinture de remparts, la combla de privilèges et d'exemptions d'impôts. Par lettres-patentes datées de juil. 1662, la prévôté d'Yvois et ses dépendances furent érigées en duché sous le nom de Carignan, en faveur d'Eugène-Maurice de Savoie, comte de Soissons. Ce duché fut acquis en 1752 par le duc de Penthièvre, qui en fit don à sa fille la duchesse de Chartres.
Monuments. — Carignan possède une intéressante église du xiv« siècle, peu remaniée, d'anciennes halles en charpente et quelques débris de ses fortifications, notamment une charmante tourelle en encorbellement que l'on aperçoit du chemin de fer. A. Tausserat.
BiBL. ; Ch.-J. Delahaut, Annales civiles et religieuses d'Yvois-Carignan et de Mouzon. publiées par M. TEguy ; Paris, 1822, in-8.
CARIGNAN. Corn, du dép. de la Gironde, arr. deRordeaux, cant. de Créon ; 624 hab,
CARIGNAN (Carignano), Ville d'Italie, prov. de Turin, située sur le Pô, à 23 kil. en amont de Turin; 4,270 hab. (1881). Importantes soieries, belles églises. Carignan fut érigé en principauté et devint l'apanage du troisième fils de Charles-Emmanuel I«% Thomas de
Savoie Carignan (f 1656), tige de la maison régnante d'Italie. Carignan donna son nom au Carignan des Ardennes qui fut érigé en duché pour cette même maison (1662).
CARIGNAN (Maison de Savoie-). Rranche cadette de la maison de Savoie, régnant actuellement en ïtalie,elletire son nom de son apanage, la petite ville de Carignan (V. ci-dessus) et descend de Thomas -François (1596-1656), troisième fils de Charles-Emmanuel 1«% duc de Savoie, et de Catherine-Michelle d'Autriche, fille de Philippe II, roi d'Espagne. Quand le dernier prince de la branche aînée de la maison de Savoie, Charles-Félix, roi de Sardaigne, mourut sans enfants (27 avr. 1831), la couronne passa régulièrement à Charles-Albert, septième prince de Carignan, qui était son plus proche agnat. François IV, duc de Modène, archiduc d'Autriche, qui avait épousé en 1812 la fille aînée de Victor-Emmanuel l®^, frère et prédécesseur de Charles-Félix, avait nourri l'espoir de faire exclure la ligne collatérale au profit de sa femme. Mais le congrès de Vienne avait eu soin, dans ses préliminaires, d'assurer à la branche de Carignan la succession au trône pour empêcher que, par la ligne féminine, le Piémont n'échût un jour à la maison d'Autriche. La France, particulièrement intéressée dans la question, comme puissance limitrophe, avait donné des instructions dans ce sens à Talleyrand, son négociateur, et c'est elle surtout qui contribua à faire stipuler formellement les droits de la branche de Carignan dans l'art. 86 du traité du 3 juin 1815. Les chefs de la maison de Savoie-Carignan, qui, depuis son origine jusqu'à son avènement au trône, portèrent le titre de princes de Carignan, se sont succédé dans l'ordre qui suit : i^ Thomas-François, prince de Carignan, tige de la famille, né en 1596, mort en 1656. Il épousa en 1624 Marie, fille de Charles de Bourbon, comte de Soissons, laquelle hérita du comté de son père (1641). Brouillé avec le duc de Savoie, son frère, Thomas-François entra au service de l'Espagne, tandis que le duc s'alliait avec la France (1635). Battu par les Français dans le Luxembourg, il les battit en Picardie. A la mort de eon trère (1637), il tenta d'enlever à la duchesse, qui était sœur de Louis XHI, la tutelle de ses enfants. Il la chassa de Turin (1639), mais le comte d'Harcourt ne tarda pas à l'en chasser luimême (1640). \\ négocia alors avec Richelieu, puis se retourna vers l'Espagne. Il se réconcilia enfin avec sa belle-sœur et s'attacha définitivement aux intérêts de la France (1642). Louis XIIÏ le fit lieutenant général. 11 commanda les armées de la France et de la Savoie en Italie, reçut en fief de la France la partie du Milanais située au S. du Pô, et lutta avec des chances diverses contre les Espagnols. Après la disgrâce de Condé, il dut à la faveur de Mazarin d'être nommé grand-maître de France.
2^ Emmanuel-Philibert (Amédée), prince de Carignan, fils du précédent, né en 1630, mort en 1709. Il épousa en 1684 Angélique-Catherine, fille de Borso d'Esté. Sourd-muet de naissance, il s'appliqua surtout à l'étude. Cependant, il se comporta valeureusement au sièi^e de Pavie (1655).
3<* Victor^ Amédée y prince de Carignan, fils du précédent, né en 1690, mort en 1741. Il épousa en 1714 Victoire- Françoise, marquise de Suse, bâtarde de Savoie, légitimée, fille de Victor-Amédée II, duc de Savoie et premier roi de Sardaigne. 11 fut lieutenant général des armées de France et de Savoie.
4<* Louis (Victor-Amédée- Joseph), prince de Carignan, fils du précédent, né en 1721, mort en 1778. Il épousa en 1740 Christine-Henriette, fille d'Ernest-Léopold, landgrave de Hesse-Rheinfels.
5^ Victor-Amédée (Louis-Mari e-Wolf gang), prince de Carignan, fils du précédent, né en 1743, mort en 1780. Il épousa en 1768 Marie-Joséphine-Thérèse, fille de Louis- Charles de Lorraine, prince de Lambesc et comte de Brionne. Il fut lieutenant général en France. 6^ C/iar/g5 (Emmanuel-Ferdinand), prince de Carignan,
GARIGNAN — CARILLON
fils du précédent, né à Turin en 1770, mort à Chaillot le 16 août 1800. 11 épousa en 1797 Marle-Christine-Albertine-Caroline de Saxe, fille de Charles, prince de Saxe et duc de Courlande, née en 1779, morte en 1851. Il était lieutenant général des armées de Sardaigne. Peu considéré à la cour, il resta en Piémont après l'occupation française (1798), et, déchu de son rang princier, tint à honneur de figurer en simple citoyen dans les rangs de la garde nationale de Turin. Mais il fut bientôt obligé de se rendre avec les siens en France, oU il mourut.
V Charles-Albert (Amédée-Emmanuel), prince de Ca- RTGNAN, fils du précédent (V. Charles-Albert, roi de Sardaigne).
La maison de Savoie-Carignan donna naissance à deux branches secondaires : celles de Soissons et de Villafranca. — La première commença avec Eugène-Maurice (163^" 1673), fils de Thomas-François et comte de Soissons, qui avait épousé en 1657 Olympe Mancini, nièce du cardinal Mazarin. Le fils aîné du comte de Soissons, Louis- Thomas-Amédée (1658-1717), transmit le titre paternel à ses descendants, qui finirent en 1734. Le cadet fut le célèbre prince Eugène (1663-1736), généralissime des armées de l'Empire. — La deuxième branche a pour 2inienv Eugène-Marie-Louis (1753-1785), fils de Louis (Victor-Amédée-Joseph) et comte de Villafranca, qui avait épousé Louise-Anne de Mahon de Saint-Malo. 11 eut pour sœur la princesse de Lamballe, qui périt dans la journée du 3 sept. 1792. Le fils unique du comte de Villafranca, Joaeph (1783-1825), chevalier de Savoie, marié à Pauline de la Vauguyon, fut le père du dernier prince de Savoie-Carignan, Eugène, amiral de la flotte, né le 14 avr. 1816, en qui Charles-Albert, devenu roi, fit revivre son premier titre (1834), et qui exerça la régence pendant les différentes guerres des deux derniers règnes. En 1859, le prince Eugène, nommé régent par les quatre assemblées de l'Italie centrale, dut, pour des raisons de convenance diplomatique, ne pas accepter ce mandat, mais, après l'annexion, il alla comme lieutenant du roi à Florence (1860), et ensuite à Naples (1861). Le prince de Savoie-Carignan est mort à Turin le 15 déc. 1888. Il s'était marié morganatiquement en 1863. A l'occasion de ses noces d'argent (nov. 1888), sa femme avait été autorisée par décret royal à prendre le titre de comtesse de Villafranca. Le même décret a conféré à l'aîné de ses fils, Philibert, le titre de comte de Villafranca, et au cadet, Victor, celui de comte de Soissons. P. H.
GARIGNAN E (Viticult.). Synonymes: Carignan,MoneS' tel, Carignane noire, Crignane, Bois dur. Plant d'Espagne, Tinto, Mataro. Cépage originaire d'Espagne ainsi que l'indique son nom, et probablement de l' Aragon ou de la Catalogne. Après l'Aramon, c'est la vigne la plus importante dans les vignobles de l'Hérault, du Languedoc, de la Provence et surtout des Pyrénées-Orientales. Avant la construction des grandes voies de communication, elle prédominait sur tous les autres cépages, mais lorsque l'écoulement des produits fut facilité, on le remplaça en partie par les cépages à grand rendement, l'Aramon surtout, et, dans ces dernières années, les hybrides Bouchet. La Carignane occupe encore une place importante et on se décide diflQeilement à l'abandonner à cause de ses précieuses qualités. Elle a le défaut d'être très sensible aux maladies cryptogamiques : mildiou, anthracnose, oïdium, mais les moyens de combattre ces parasites commencent à entrer dans la grande pratique et ne doivent plus être un obstacle à sa culture. La Carignane est un cépage très vigoureux, qui débourre tardivement et peut par suite résister très facilement aux gelées tardives du printemps ; en outre, elle unit la quantité de production aux qualités du vin, même dans les terrains peu fertiles, qualités que recherche actuellement le commerce. Son vin est en eflet très alcoolique, de longue durée et fortement coloré. Il faut éviter de la cultiver dans les lieux bas, humides, car, outre sa sensibilité aux parasites végétaux
dans ces milieux, elle est sujette à la coulure. Dans les conditions normales, elle produit de 30 à 70 hectoL à l'hectare, et peut aller jusqu'à 200 hectol. dans les sols très riches et non humides. La Carignane mûrit un peu tardivement et ne doit pas être multipliée au delà de Montélimar. — On connaît deux variétés de la Carignane, la Carignane mouilla et la Carignane rose, La Carignane type ou Carignane noire est facile à caractériser. Les sarments érigés lui donnent un aspect tout particulier; ils sont durs, d'où le nom de bois dur, et colorés en rouge violacé, d*où encore le synonyme de bois rouge, par opposition à bois jaune, nom appliqué au Grenache dans le midi de la France. Les feuilles sont très grandes, épaisses, consistantes, et surtout fortement huilées et gaufrées, quinquélobées et à sinus assez profonds mais peu ouverts ; la face supérieure a une teinte d'un vert foncé mat, qui est plus claire sur le revers où un tomentum aranéeux s'étend en flocons des nervures sur le limbe. La grappe est forte et grosse, ligneuse sur le pédoncule et lobée ; les grains, serrés, sont assez gros, ronds, noirs, juteux et à saveur médiocre. P. Viâla.
CARILLO (don Alonzo), prélat espagnol, né à Cuenca dans la seconde moitié du xiv^ siècle, mort à Bàle le 14 mars 1434. Appartenant à une famille illustre de Castille, il fut compris dans la promotion de douze cardinaux, tous espagnols, faite par le pape d'Avignon Benoît XllI (Pedro de Luna) en 1409. Au concile de Constance (1414-1418), il abandonna la cause de Benoît XllI, fut par suite confirmé dans sa dignité par le nouveau pape Martin V, et nommé légat à Bologne. Le concile de Bâle (1431) le désigna comme légat à Avignon, mais la place était déjà prise par le cardinal de Poix que le pape Eugène IV, en conflit avec le concile, y avait envoyé. Carillo dut revenir à Bâle, où il mourut peu après. E. Cat.
CARILLO d'Acunha (don Alfonso), neveu du précédent, né vers 1410, mort le 1^'juil. 1482. Après avoir accompagné son oncle au Concile de Bâle, en 1434, il fut nommé évêque de Siguenza, puis en 1446 archevêque de Tolède. Cette dignité, qui le rendait primat d'Espagne et lui donnait d'importants revenus, lui procurait aussi une grande influence politique ; il s'en servit pour soutenir le parti d'Isabelle contre Henri IV l'Impuissant et la Beltraneja. Avec les grands réunis à Avila en 1465, il proclama la déchéance du roi. Par représailles, les habitants de Simancas traînèrent dans la boue l'effigie de l'archevêque de Tolède et la brûlèrent. Plus tard, ce fut l'archevêque de Tolède qui proposa et fit accepter pour mari d'Isabelle Ferdinand d'Aragon. Mais à peine Henri IV était mort, en 1 474, que Carillo se sépara du parti qu'il avait soutenu jusque-là ; ce prélat actif et inquiet était jaloux de la faveur qu'obtenait auprès des jeunes souverains le cardinal Pedro Gonzalez de Mendoza, son ennemi et son rival. La reine Isabelle fit de vains efforts pour le ramener ; elle voulait même aller lui faire visite à son palais de Tolède, mais elle apprit qu'il avait déclaré son intention de partir par une porte quand elle entrerait par l'autre et abandonna son projet. Bientôt, il se déclara avec le marquis de Villena et le roi de Portugal en faveur de la Beltraneja ; il disait avec orgueil : « J'ai tiré Isabelle de l'obligation de filer, je la renverrai à sa chaumière. » Il fut un des conseillers du roi de Portugal pendant la campagne qui se termina par sa défaite à Toro (1476) et parut même sur le champ de bataille, tandis que le cardinal de Mendoza combattait dans les rangs ennemis. Les rebelles, bientôt abandonnés de leurs alliés, durent se soumettre à Isabelle. L'archevêque de Tolède fut bien traité, en raison de ses services passés et de ses hautes alliances ; il finit ses jours dans un monastère qu'il avait fondé à Alcalâ de Henâres. E. Cat.
CARILLON. I. Archéologie. — Réunion de timbres ou de cloches, de différentes grosseurs, donnant la série des notes de la gamme, et disposées pour être sonnées en-
CARILLON - CARINARIA
semble. On les fait sonner soit à l'aide d'un maillet, dont on frappe les différentes cloches, soit au moyen de cordes attachées à chaque cloche, plus généralement à l'aide d'un double clavier sur lequel on joue avec les mains et avec les pieds et dont les touches sont mises en communication par des fils de fer avec les marteaux frappant sur les cloches. Outre ces appareils qui permettent au carillonneur de jouer a\i carillon tel air qu'il voudra, très souvent le carillon est mû par le jeu mécanique d'un cylindre, garni de pointes en fer ou de chevilles en bois qui appuient sur les marteaux des cloches. C'est le procédé d'ordinaire employé pour les carillons qui jouent tous les quarts d'heure. Dès le ix^ siècle, on trouve une sorte de carillon ; un manuscrit de ce temps montre une barre de bois où sont attachées des clochettes de différentes dimensions, qu'on fait résonner au moyen d*un marteau (tintinna-^ bulum); mais le premier carillon complet passe pour avoir été établi à Alost en 4487 ; pourtant, dès le xiv« siècle, on en trouve un à Rouen. C'est au xv® et au xvi^ siècle que les carillons se multiplient dans les villes du Nord et de Belgique, généralement installés dans les tours des églises ou dans les beffrois. Celui de la cathédrale d'Anvers, un des plus complets, a quarante cloches, dont la plus grosse date de io07 ; celui du beffroi de Gand en a quarantequatre ; celui de la cathédrale d'Utreeht quarante-deux, dont une du xv® siècle. On cite également les carillons de Bruges (1748), de Tournai (moderne), de Delft, de Dunkerque, etc. Celui de la Samaritaine, près du Pont- Neuf, était célèbre au xviii^ siècle. Généralement, ils jouent tDus les quarts d'heure un air invariablement réglé; à Reims, par exemple, c'est à l'heure sonnée l'hymne ou la prose de la fête dont on célèbre l'office. Aux grandes fêtes seulement, le carillonneur fait lui-même jouer le carillon à l'aide du clavier ; plus d'une fois les actes du XVI® siècle prescrivent qu'il doit « jouer chansons honnêtes et plaisantes et non diffamatoires » (Acte de Béihune, 1575). Ch. Diehl.
IL Physique. — Carillon électrique. C'est un petit appareil destiné à montrer dans les cours les attractions et répulsions électriques. Un barreau horizontal en métal
Carillon électrique.
soutient trois petits timbres ; deux y sont attachés par une petite chaîne métallique et celui du milieu par une tige ou un fil isolant, mais ce dernier communique avec le sol par l'intermédiaire d'une chaîne métallique. Deux petites balles en métal sont en outre suspendues à la tringle dont nous avons parlé, par des fils isolants ; elles sont placées entre les timbres. La tige horizontale qui supporte tout l'appareil est munie d'un crochet par lequel on la suspend à une machine électrique. Lorsqu'on fait tourner celle-ci, l'électricité qui s'y développe se répand sur toute la machine et aussi sur les timbres extrêmes qui lui sont reliés, comme nous l'avons vu, par des corps bons conducteurs. L'électricité des timbres extrêmes décom-
pose par influence le fluide neutre des petites balles et les attire jusqu'au contact; à ce moment, elles se chargent de la même électricité que la machine, sont repoussées, viennent frapper le timbre du milieu qui est en communication avec le sol, et leur enlève par suite leur électricité; elles reviennent ainsi à l'état neutre, et la môme série de phénomènes se reproduit, faisant vibrer les timbres à chaque contact. On fait quelquefois cette expérience d'une autre façon, au moyen d'une bouteille de Leyde ; sur la tige de celle-ci et vers la base on a vissé un timbre ; en regard et communiquant, au contraire, avec l'armature extérieure, s'en trouve un autre ; entre les deux est pendue par un fil isolant une petite sphère métallique. La bouteille de Leyde étant chargée comme à l'ordinaire, il existe sur son armature intérieure une petite quantité d'électricité libre qui attire cette petite sphère en décomposant son fluide neutre, puis la repousse lorsque, par contact, elle s'est chargée de la même électricité qu'elle; mais elle se rapproche alors de l'autre timbre qui est sensiblement à l'état neutre et qui l'attire ; elle se décharge sur lui de l'électricité qu'elle avait et qui neutralise une quantité égale du fluide accumulée sur la face interne de cette armature, et les mêmes phénomènes se reproduisent tant que la tension sur l'armature intérieure est suflSsante pour redonner à la petite sphère qui oscille comme un pendule le mouvement qu'il perd à chaque oscillation par le frottement et le choc contre les timbres. A. Joannis.
CARI MATA (Iles). Groupe d'une centaine de petites îles situées dans le détroit de même nom, entre Bornéo et Billiton. Ces îles, dont la plus grande n'a que 63 kil. de tour, sont très faiblement peuplées ; elles font partie des Indes néerlandaises.
CARIMON (lies). Petit groupe d'Iles dans l'archipel de la Sonde. La principale, qui donne son nom à tout le groupe, possède un établissement fondé par les Hollandais.
CARIN (Marcus-Aurelius), empereur romain de 283 à 285. Fils aîné de l'empereur Carus (V.), il reçut de son père, en 282, le titre de césar ; quand Carus fut mort dans une expédition contre les Perses, il devint empereur en même temps que son frère Numérien (283) . Les deux frères firent comme un partage du monde romain : Numérien prit l'Orient, Carin l'Occident. Dioclétien ayant été proclamé empereur à la place de Numérien qui avait été tué, Carin quitte la Gaule (284) pour marcher contre l'usurpateur. En traversant TRlyrie, il se défait d'un autre usurpateur, Julianus. il rencontra l'armée de Dioclétien à Margussur la Morava» dans la Mésie supérieure et la battit ; mais il fut assassiné par un de ses officiers qui vengeait son honneur conjugal. Cette mort
Mèdailb d'or de Carin (Cabinet des médailles).
faisait de Dioclétien le maître unique de l'Empire (285). Carin laissait la réputation d'un prince débauché et cruel; il a été consul en 283, 284, 285. G. L.-G.
BiBL. : Vopiscus, Carinus. — Aurelius Victor, Eu- TRorE. etc. — V. DuRUY, Hist.des Romains, t. VI (édit. illustrée). — Eckïiel, Doctrina nummorum veèerum, t. VU, étudie les monnaies de Carin.
CARINARIA. I. Malacologie. — Genre de Mollusques- Gastéropodes, de l'ordre des Nucléobranches, institué par Lamarck, en 1801, constitué par un animal à corps libre,
CARINARÏA ~ CARINTHIË
gélatineux, diaphane, plus on moins fusiforme, allongé, la partie céphalique ou tête très longue, occupant en moyenne le tiers de la longueur du corps, munie de deux tentacules ; les yeux placés près de leur base et à leur côté externe.
Ouverture buccale étroite, de laquelle sort une trompe contractile mais non rentrante, Carinaria cymbium Lamk (coquille), portant des dents
à son extrémité; une aile inférieure servant à la natation ; elle est comprimée et à sa partie supérieure existe une ventouse. Sur le dos existe un nucléus pédoncule composé du foie et des branchies, abrité par une coquille mince et vitrée. Les branchies sont symétriques, pectinées, composées de lanières ciliées de formeconique; elles fontsaiilieau dehors, bienqu'elles soient protégées par la coquille. L'animal est terminé postérieurement par une partie caudale, comprimée, aiguë et munie de nageoires. L'anus et l'appareil génital sont placés à droite et un peu au-dessous du nucléus. L'appareil mâle est toujours saillant. Les intestins commencent à la bouche, ils se renflent
Carinaria cymbium Lamk (animal).
une seule fois en un estomac allongé et se dirigent vers le nucléus. La coquille très mince, très fragile, ayant l'apparence d'une feuille de verre, est symétrique à l'état adulte; elle affecte un peu la forme d'une coquille de Capulus ; le sommet est postérieur, subspiral, à nucléus multispiré, hélicoïde et dextre ; l'ouverture large, ovalaire, à péristome simple et entier. Sur la face antérieure existe une carène dentelée. Les espèces de ce genre habitent la Méditerranée, l'Atlantique, les mers de la Chine, le Pacifique.Type Carinaria cymbium Lamarck. J. Habille.
II. Paléontologie. — Une espèce de Carinaire {CHiigardi, Bell.)* a été signalée dans le miocène de Turin.
CARI NI. Ville d'Italie, située sur une colline escarpée à 26 kil. 0. de Palerme (Sicile) ; 11,667 hab. C'était l'ancienne ville sicanienne d'Hyccara d'où les Athéniens emmenèrent entre autres captifs une jeune enfant qui fut la célèbre courtisane Laïs. Blés, vignobles, grottes avec débris antéhistoriques. H. V.
CARI NI (Isidore), littérateur et antiquaire sicilien, né à Palerme le 7 janv. 1845. En 1872, il fonda avec Cusa, son maître, et avec Starrabba VArchivio storico siciliano et en 1873 avec Cusa, La Lumia,Salinas, Pitre, Di Giovanni, Di Marzo, la Società Siciliana di Storia patria. On lui doit un grand nombre d'études archéologiques insérées principalement dans le BuUetino délia commissione d Antichilà e Belle Arti, dans les ^uove Effemeridi Siciliaîîe et dans VArchivio, M. de Gubernatis en donne le détail. Il a rendu de grands services à l'érudition historique, principalement depuis sa nomination aux Archives du Vatican. Il vient de commencer la publication du Regesto di Martino IV, le pape contemporain des Vêpres siciliennes. R. G.
BiBL. : Gubernatis, Dictionnaire international des écrivains du jour; Florence, i889, gr. in-8.
CARINIFÉX (Malac). Genre de Mollusques-Gastéropodes Pulmonés, du groupe des Hygrophiles, étabU par W.-G. Binney, en 1865, caractérisé par une coquille
subdéprimée', dextre, solide, largement et profondément ombiliquée, à tours renflés, carénés et comme étages les uns au-dessus des autres. Le dernier tour porte deux carènes; la première est située à la partie supérieure du tour, la seconde circonscrit l'ombilic; l'ouverture médiocre eât subtriangulaire. Type C, Newberryi Isaac Lea. Les Carinifex habitent les eaux douces de l'Amérique septentrionale ; ils vivent fixés aux pierres ou aux corps submergés quelquefois à d'assez grandes profondeurs.
CARlNTHIE (en afl. Kcernlheriy en Slovène Korosko), L Géographie. — Province de l'empire d'Autriche. Elle est située entre le 10» W et le 12» 40' de long. E. et le 46«23' et 47« W de lat. N. Elle fait partie de ia Cisleithanie et est bornée au N. par le duché de Salzboutg et la Styrie, au S.-E. par la Styrie, au S. par la Carnioîè et le pays de Gorica, à TE. par le territoire vénitien et le Tirol. Elle occupe une superficie de 10,328 kil. q. Sa population était en 1880 de 348,730 hab. dont environ 70 ^lo d'Allemands et 30 % de Slovènes (dans la partie orientale).
La Carinthie est hérissée de montagnes qui appartiennent au système des Alpes (le Grossglockner atteint 3,797 m.). Le principal cours d'eau est la Drave qui traverse la province dans toute sa longueur (163 kiU), mais n'est que flottable. Sa vallée sépare les Alpes granitiques au N. des Alpes calcaires au S. (V. Alpes). La température moyenne est de + 7^,5. La Carinthie renferme des mines de fer, de plomb et de charbon. C'est l'une des provinces relativement les moins peuplées de l'empire d'Autriche. Les habitants sont presque tous catholiques. Les protestants, qui étaient les 19/20® à la fin du XVI® siècle, ne sont plus que 17,500, c.-à-d. 1/20®. La population est médiocrement instruite quoique 94 ^/o des enfants aillent à l'école; elle s'accroît lentement; la proportion des enfants naturels a atteint 46 ®/o. Le sol est assez pauvre, les plaines et les vallées sont étroites ; la principale est le lavantthal; 91 °/o du sol sont productifs, mais les forêts occupent 48 1/2 ®/o, les pâturages 24 1/2, les prairies 11 1/2, les champs 15 °lo seulement de cette surface. On compte 260,000 bœufs, 170,000 moutons, 100,000 porcs. L'exploitation des mines est importante ; le fer est renommé (42,000 tonnes) ; on produit aussi beaucoup de plomb (5,000 tonnes) et de zinc (9,000 tonnes). Ces métaux sont en partie traités sur place et l'acier de Carinthie s'exporte au loin. Elle est gouvernée par un landshauptmann et divisée en sept capitaineries (Hermagor, Klagenfurt, S*-Veit, Spittal, Villach, Vœlkermarkt, Woîfsberg). La capitale est Klagenturt (en Slovène Celovec). La diète provinciale se compose de trente-sept membres.
il. Histoire. — La Carinthie doit son nom aux Garni ou Carnes, population de race celtique qui occupait cette partie des Alpes à l'époque de l'ère chrétienne ; leur pays fut conquis par les Romains au temps d'Auguste. Après la chute de l'empire romain, les Slaves s'y infiltrèrent. Au VIII® siècle, les Bavarois dominaient en Carantonie, et ce pays passa avec le leur sous le gouvernement des Francs. Louis le Germanique nomma son bâtard Arnulf duc de Carinthie; mais la Caiinthie suivit encore les destinées de la Bavière jusqu'à Otton II. Préoccupé d'affaiblir les duchés ethniques (V. Allemagne [Histoire]), ce prince érigea en 976, au profit d'Henri le Jeune, un vaste duché de Carinthie qui comprenait Flstrie et le Frioul. Après une lutte de vingt années, en 995, la Carinthie fut définitivement détachée de la Bavière. Plusieurs familles portèrent successivement ce titre ducal, les ducs de Franconie rhénane (995), les Eppenstein (1011), les Zsehringen (1047), les Eppenstein (1073), les Sponheim du Lavantthal (1122-1269). L'héritage de ceux-ci passa à Ottocar II de Bohême; dès 1276, il dut céder la Carinthie et la Carniole à Rodolphe de Habsbourg. Celui-ci en gratifia le comte Meinhard de Tirol (1286). A l'extinction de la lignée masculine, Marguerite Maultasch (V. Tirol)