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CARLISLE — CARLO

de nombreux cours d'eau ; 33,866 hab. Elle est dominée par des collines sur l'une desquelles s'élève le vieux château restauré qui lui a donné son nom. Fondée par les Romains pour surveiller l'extrémité S.-O. du mur d'Adrien, Luguvallum ou Gaer-LioU (la ville près du mur) avait été fortifiée en 680 par les Anglo-Saxons et disputée sans cesse jusqu'au xvi« siècle entre Anglais et Ecossais ; elle fut prise en 1645 par les parlementaires, en 1745 par le prétendant Charles-Edouard. Le duc de Cumberland la reprit et fit sauter ses fortifications. Elle exporte par Port-Carlisle^ situé à 16 kil,, sur le golfe Solway et auquel la relient un canal et un chemin de fer, les produits de son industrie (lainages à carreaux [Gmgans']^ cotonnades, chapeaux, biscuits, minerai de fer). Le mouvement du port dépasse 100,000 tonnes. L. Bougier. CARLISLE. Ville des Etats-Unis (Pennsylvanie), à 30 kil. au S.-O. de Harrisburg; 6,200 hab. ^en 1885). Collège Dickinson (méthodiste) fondé en 1783. A 6 kil., sources sulfureuses de Carlisle.

CARLISLE (Anna), artiste peintre anglaise du xvn® siècle, morte vers 1680. Elle a fait de nombreuses miniatures d'une certaine valeur et plusieurs copies très estimées, d'après les maîtres de la renaissance italienne. Elle devait en grande partie sa renommée à la puissante protection des rois Charles I«^ et Charles IL F. T.

CARLISLE (Charles Howard, baron Dagre, vicomte de MoRPETH, comte), homme d'Etat anglais, né en 1628, mort le 24 févr. 1684. Ambassadeur en Russie, en Suède et en Danemark, il a laissé une relation estimée de ses missions ; Relation of C, Howard's three embassies front Charles 11 to the courts of Muscovy, Sweden and Denmark, 1668 and 1664 (Londres, 1669, in-8), traduite en allemand par G. Miege (Amsterdam, 1670, m-12). 11 fut ensuite gouverneur de la Jamaïque.

Parmi ses descendants nous citerons : Frederick^ cinquième comte Carlisle, homme d'Etat anglais, né le 28 mai 1748, mort le 4 sept. 1825. Il succéda aux titres de son père le 4 sept. 1758 et entra à sa majorité à la Chambre des lords. II y fit preuve de brillantes qualités oratoires qui attirèrent sur lui l'attention de George 111. Il fut nommé conseiller privé et trésorier de la maison du roi le 13 juin 1777, fit partie de la commission chargée de concilier les intérêts de l'Angleterre avec ses colonies américaines (avr. 1778), et, malgré ses efiorts, échoua dans cette mission. Entré en nov. 1779 au bureau du commerce, il obtint, en févr. 1780, le poste important de vice-roi d'Irlande. Remplacé en 1782 par le duc de Portland, il se jeta par dépit dans l'opposition, mais ne réussit pas à prendre de l'influence sur le Parlement. Oncle et tuteur de Ryron, il se brouilla avec lui en relusant d'être son introducteur à la Chambre des lords. Le grand poète se vengea en attaquant cruellement son parent dans sa fameuse satire : English Bardsand Scotch Reviewers. Carlisle avait en efîet des prétentions littéraires. II a laissé des poésies et quelques ouvrages qui obtinrent de leur temps un succès d'estime. Nous citerons : Poems (Londres, 1773, in-4); the Fathefs revenge, a tragedy and other poems (1783, in-8, et 1800, in-4) ; Unité or fall (1798, in-12) ; the Step-mother, a tragedy (1800, in-8) ; Verses on the death of lord Nelson (1806) ; Thoughts on the présent condition of the stage and the construction of a new théâtre (1808, in-8), qui parut sans nom d'auteur. On a réuni Tragédies andjpoems (1801, in-8).

George, sixième comte Carlisle, né le 17 sept. 1773, mort le 7 oct. 1848, fils du précédent. Après avoir fait ses études à Eton et à l'Université d'Oxford, il fut attaché à Ja mission de lord Malmesbury (1795-1796). Il siégea à la Chambre des lords à la mort de son père (1825), et entra dans le ministère Canning comme lord-chancelier (1827-1828).

George-William-^Frederick , septième comte, né le 18 avr. 1802, mort le 5 déc. 1864, fils aîné du précé-

dent, débuta dans la diplomatie. Attaché d'ambassade à Saint-Pétersbourg (1825), il représenta quelque temps le bourg de Morpeth à la Chambre des communes, puis fut député du Yorkshire de 1833 à 1841 et de 1846 àl848, date de son entrée à la Chambre des lords. Secrétaire d'Etat pour Tlrlande (1835-1841), lord-lieutenanf du Yorkshire (1847), chancelier du duché de Lancastre (1849-1851), recteur de l'Université d'Aberdeen (1853), lord-lieutenant d'Irlande (1855-1858 et 1859-1864), il obtint une véritable popularité dans ce dernier poste. Mais il était plutôt littérateur qu'homme d'Etat, et selon l'expression de Mac Carthy, il « représentait le type élégant du jeune homme noble, épris des arts et de la littérature, s'adonnant à la politique par pure distraction ». II a laissé des ouvrages estimés parmi lesquels nous citerons : The Last of the Greeks or the fait of Constanti-' nople (Londres, 1828, in-8), tragédie en cinq actes et en vers; Lines on Yorskshire (Londres, 1866, in-4); Diary in Turkish and Greek wa^^r-s (Londres, 1854, in-8), intéressants récits de voyage; the Vice régal Speeches (Dublin, 1866, in-8) ; Poems (Londres, 1869, in-8).

L'héritier actuel de la pairie est William- George- Howard, huitième comte Carlisle, né le 23 févr. 1808, frère du précédent. Entré dans les ordres et recteur de Londesborough, il siège à la Chambre des lords parmi les libéraux. R. S.

BiBL. : BuRKE, Peei^age and Baronetage of the British Empire; Londres, 1856, in-4. — John Heneage Jesse, Geo7'ge Selwi/n and his con^emporaries; Londres, 1843- 18i4, 4 vol. in-8.

CARLISLE (sir Antony), chirurgien et physiologiste anglais, né près de Durham en 1768, mort à Londres le 2 nov. 1840. II succéda à H. Watson comme chirurgien de l'hôpital de Westminster en 1793, fut admis en 1815 dans le conseil du collège des chirurgiens et en 1825 dans le comité des examens ; il remplissait en même temps, au collège, les fonctions de professeur d'anatomie et de chirurgie. Georges IV, dont il était chirurgien extraordinaire, l'éleva à la dignité de knight. Il a beaucoup écrit, trop écrit. Outre une foule d'articles dans les journaux et comptes rendus de sociétés, on peut citer de lui : A7i Essay on the disorders of old âge, etc. (Londres, 1818, in-8 ; trad. allem., Leipzig, 1820, in-8); Observ, on the impropriety of the men being employed in the business of midwifery (Londres, 1827, in-8) ; un écrit de polémique ; Lectures on choiera and other pestile?itial diseases (Londres, 1832, in-8) ; PhysioL observ. upon glandular structures and their différent secernant offices (Londres, 1838, in-8), enfin des ouvrages de zoologie et de botanique. D^ L. Hn.

CARLISTES (Guerres) (V. Cabrera, Carlos (don), CoRDovA, Espagne, Espartero, Maroto, Moreno, Santa- Cruz, Zumalacarregui).

CARLITTE (Pic de) ou CAR LIT. Sommet dans les Pyrénées, situé à l'extrémité 0. de la Cerdagne, dans le dép. des Pyrénées-Orientales, arr. de Prades (2,921m.). Ce beau pic est appelé cap de Chémanèges par les bergers catalans, puy Péric par les habitants de la vallée de Carol et puy de Carlitte par len géodésiens français de la carte du Dépôt de la Guerre ; c'est la cime la plus élevée des Pyrénées orientales. Il est situé entre le val de Carol à l'O., ou plutôt entre le val de Fontoire, tributaire de celui de Carol, la vallée de Camporelles au N. et celle de la Balmette, à l'E., entre les pics de Castel-lsard (2,915 m.) à l'O., de Pédrous (2,831 m.) au N.-O. et du col Rouge (2,873 m.), au S., dans une région très riche en lacs dont les plus beaux sont les lacs de Fourats et de Lanoux. L. Cadier.

CARLO DA Çesare, sculpteur-fondeur, né à Florence (xvi® siècle). Il était élève de Jean Bologne et fut envoyé par lui en Allemagne pour fondre les statues de la chapelle funéraire delà maison de Saxe à Fribourg (1590) . Une partie de ce travail fut exécutée par Wolt Hilger sur les modèles de Pietro Boselli. On attribue à Carlo da

CARLO — CARLONE

Cesare un crucifix de bronze conservé au Trésor de Dresde.

BiBL. :Th. Graesse, Description du Trésor de Dresde. — FoRTNUM, Catalogue of bronzes of the South Kensington Muséum.

CARLO FORTE. Petite ville d'Italie dans l'île de San Pietvo, située au S.-O. de la Sardaigne. C'est un excellent port, renommé pour ses pêcheries de corail et auquel le voisinage des riches mines de plomb et de zinc d'Iglesias donne une assez grande activité. Pop. en 188 1 : 6,072 hab. CARLO M AN, prince de la famille carolingienne, qui régna sur les Francs depuis 741 jusqu'en 747, mort à Vienne le 17 août 754. Fils de Charles-Martel, il lui succéda, partageant le gouvernement des Francs avec son frère cadet Pépin le Bref. Il administrait l'Austrasie, avec l'Alamannie et la Thuringe. Il fit couronner un Mérovingien, Childériclll, qui ne fut souverain que de nom. Carloman vainquit les Saxons, les Bavarois, les Alamans, assista Pépin dans ses différentes guerres, et paraît avoir eu un rôle notable dans les grands conciles de cette époque qui rétablirent dans les pays Francs la bonne organisation de l'Eglise. En 747, Carloman abdiqua, d'accord avec son fils Drogon, et Pépin resta seul chef des Francs. Carloman alla fonder, sous le vocable de saint Silvestre, un couvent sur le mont Sorente ; mais troublé par les visites des seigneurs francs, il se retira ensuite au mont Cassin comme simple moine. Quand le roi des Lombards Astolphe fut attaqué par Pépin, il pria Carloman d'intercéder; celui-ci se mit en route, n'obtint rien et vint mourir de la fièvre dans un couvent de Vienne. Le sort doses fils est inconnu.

CARLOMAN, né en 751, roi des Francs en 768, mort à Samoussy, près Laon, le 4 déc. 771. Fils puîné de Pépin le Bref, il lui succéda de concert avec son frère Charlemagne, en 768 ; tous deux avaient été joints par le pape Etienne lU dès 754. Il eut pour sa part la Bourgogne, la Provence, la Septimanie, l'Aquitaine orientale, l'Alsace et l'Alamannie. Il avait épousé Gerberge, fille de Didier, roi des Lombards. Peut-être l'influence de sa femme fut-elle cause de sa mésintelligence avec son frère. Elle éclata à propos d'une expédition de Charlemagne en Aquitaine ; mais Carloman mourut presque aussitôt. L'assemblée générale du peuple franc reconnut Charlemagne comme roi unique. Sa veuve et ses fils s'enfuirent en Bavière, puis auprès de Didier. Quand celui-ci fut vaincu par Charlemagne, ils furent pris à Vérone et finirent dans un cloître.

CARLOMAN, roi de Bavière, né en 828, roi en 876, mort à OEtting le 22 sept. 880. Fils aîné de Louis le Germanique et d'Emma, c'était un prince énergique et intelligent. Il reçut en 856 le gouvernement de la marche de Bavière, se révolta en 861 d'accord avec Ratislav, duc de Moravie, se soumit en 862, fit une guerre acharnée auxMoraves (869-874), fit prisonnier Ratislav en 870, mais ne put soumettre Svatopluk. A la mort de son père, le partage de Ries (nov. 876), lui attribua la Bavière avec ses marches (Carinthie, Pannonie). Il réclama l'Italie, comme héritier de son oncle Tempereur Louis II; il la disputa à Charles le Chauve et en resta maître à sa mort (877) ; mais il y prit une maladie à laquelle il succomba bientôt. De sa femme, fille du margrave de Bohême, il n'eut pas d'enfants ; de sa concubine, Luitsivinde, un bâtard, Arnoul, roi de Germanie (V. ce nom).

CARLOMAN, roi de France de 879 au 6 déc. 884. Fils puîné de Louis le Bègue, il lui succéda avec son frère Louis III. Ils se heurtèrent à une assez vive opposition, car on contestait leur légitimité; mais les grands les reconnurent et ils furent en général heureux dans leurs expéditions. En mars 880, ils partagèrent le royaume ; Carloman reçut la Bourgogne, l'Aquitaine et la Septimanie. En 882, la mort de son frère le laissa seul roi. H périt victime d'un accident' de chasse. 11 avait épousé une fille de Boson.

CARLOMAN, quatrième fils de Charles le Chauve. Son

père lui avait donné Tabbaye de Réomé ; il en sortit, se mit à la tète d'une bande armée; il conspira contre son père (870), fut ordonné diacre et emprisonné à Senlis ; vivement combattu par Hincmar, il avait obtenu la protection du pape Adrien H qui le soutint quelque temps (871); il s'échappa à deux reprises, ravagea la région de Toul, fut condamné par un concile réuni à Senlis, eut les yeux crevés ; il se réfugia auprès de Louis le Germanique qui lui donna l'abbaye d'Echternach où il mourut bientôt (Cf. Flodoard).

CARLONE. Famille de peintres qui florissait dans la haute Italie et y a laissé, ainsi qu'en Allemagne, une grande quantité de fresques et de tableaux. Les principaux membres de cette famille sont : Giovanni dit l'Ancien (1543) ; laddeo^ son fils, peintre, sculpteur et architecte (1543-1613) ; Giuseppe, frère de Taddeo et son collaborateur, qui eut pour fils Bernarclo, mort en 1670 et Tommaso; Giovanni (1591-1630) et Giambattista (1594-1680), fils de Taddeo; Giovanni- André a ^1626-1697) (V. ci-après) et Niccolo, fils de Giambattista. D'après l'abbé de Boni, Carlo (1686-1775):. Diego^ son frère, appartiendraient à la même famille.

CARLONE (Taddeo), peintre, sculpteur et architecte de Revio, né en 1543, mort en 1613. Il commença par étudier dans l'atelier de son père Giovanni, dit l'Ancien, passa à Rome et revint à Gênes où il s'établit définitivement et où il exécuta de nombreux travaux. Il est surtou connu par ses enfants.

CARLONE (Giambattista) , peintre, né à Milan en 1594, mort à Milan en 1680. Frère de Giovanni, il reçut comme lui les leçons du Passignano. Lanzi fait un grand éloge de ce peintre et des fresques qu'il exécuta en collaboration avec son frère dans l'église del Guastato à Gênes; celles de ces fresques qui ont été peintes par Giovanni-Batlista seul représentent la Prédication de saint Paul, Saint Jacques^ baptisant les néophytes, Saint Simon et saint Jude dans la métropole de la Perse, Moïse faisant jaillir Veau du rocher, le Passage du Jourdain, et Joseph recevant ses frères. Ces fresques remarquables par la vivacité du coloriis ont été peintes, dit Katti « par des teintes employées à sec en peignant les plafonds et parois des salles après avoir fait en-dessous un enduit de couleur qui les défendit contre l'effet de la chaux ». On voit d'autres peintures de ce maître à San-Siro, à Gênes, dans la chapelle du Palais-Royal, et dans une grande quantité de maisons particulières de Gênes et de Milan, où il exécuta avec son frère, une suite de fresques pour l'église] de Saint- Antoine.

CARLONE (Giovanni- Andréa), peintre génois, né en 1626, mort en 1697. Il commença par étudier dans l'atelier de Sorri, puis à Rome et dans les principales villes de l'Italie. Sa manière rappelle le style de son père modifié par l'étude des peintres romains et vénitiens. Ses principales œuvres sont V Histoire de saint Félicien, dans l'église de ce nom à Foligno ; des sujets tirés do VHistoire de saint François-Xavier, dans l'église du Gesti à Rome, et diverses allégories dans les palais Brignole, Durazzo et Saluzzo à Gênes. Les peintures de l'église du Gesii àPérouse, et celles qu'il a exécutées aux environs de cette ville sont assez faibles et appartiennent à ses débuts.

BiBL.: Lanzi, Histoire de la peinture en Italie, t. Ilï, p. 292. — MuLLER, Die Kûnstler aller Zeilen, 1. 1, p. 285.

CARLONE (Carlo), peintre et graveur, né à Scaria, près de Côme, en 1686, mort à Scaria en 1775. Il était fils d'un sculpteur et s'adonna de bonne heure à la peinture ; il entra à douze ans dans l'atelier de Ûuaglia de Côme, passa quelque temps à Rome, puis k Venise et quitta l'Italie pour TAilemagne où l'on retrouve des fresques et des tableaux de lui à Passau, Linz, Vienne, Breslau, Prague, etc. Ses œuvres, d'un dessin souvent défectueux et maniéré, sont d'un ton clair et agréable . Il

CARLONE — CARLOS

a gravé quelques eaux-fortes : r Assomption de la Vierge ; la Sainte Famille ; Saint Charles Borromée donnant le Viatique à des pestiférés ; la Mort d'un sainty etc.

CARLONI ou CARLONE (Marco), peintre et graveur à Teau-forte et au burin, né à Rome en 1742, mort à Rome dans les dernières années du xviii^ siècle. — Il est plus connu comme graveur que comme peintre. On lui doit les planches de Vlconologie de Cesarc Ripa (Pérouse, 1764, in-4) ; les Peintures antiques des bains de Titus (soixante planches), et celles des Bains de Constantin (12 planches, 1780), d'après les dessins du peintre F. Smugliewicz. 11 a gravé aussi quelques planches pour // Museo Pio-Clementino, — On ne sait s'il est le père d'un peintre appelé Marco Carloni qui vivait à Rome au commencement de ce siècle.

CARLOPAGO (en croate Bag), Ville de l'empire d'Autriche. Elle fait partie de la Croatie et est située sur l'Adriatique au pied des monts du Velebit. Pop. : l,500hab. Détruite en 1525 par les Turcs, elle fut restaurée au xviii® siècle par l'empereur Charles VI et prit le nom de ce souverain. L. L.

CARLOS, prince de Viana, comte de Rarcelone et roi de Navarre, fils de D. Juan, infant d'Aragon, et de Blanca, fille de Carlos III, né en 1421 à Peiiafield, mort > Barcelone le 23 sept. 1461. Le testament de sa mère (1442) lui léguait la Navarre; mais son père, encouragé par sa seconde femme dona Juana Enriquez, refusa de reconnaître ses droits. La guerre civile éclata, et D. Carlos, que soutenait la faction des Beaumont et Juan II, roi de Castille, fut vaincu et pris au combat d'Aivar (1452). Au bout d'un an cependant, D. Juan, cédant aux réclamations des Navarrais et des Certes d'Aragon, lui rendit la liberté en lui faisant jurer de ne prendre le titre de roi qu'après la mort de son père. La guerre recommença pourtant ; l'Aragonais déshérita D. Carlos et sa sœur dona Blanca au profit de sa fille cadette, mariée à Gaston IV, comte de Foix. Aivar succomba et les Navarrais furent écrasés à Estella. Chassé de son héritage, le prince de Viana quitta son royaume et, traversant la France, se rendit à Borne, puis à Naples où régnait son oncle Alfonso V, roi de Sicile et d'Aragon (1457). Le monarque imposa sa médiation. Il allait se prononcer en faveur du prince dépossédé, quand il mourut et laissa sa couronne à son frère Juan 11(1458). Refusant al#s les offres des Siciliens qui lui proposaient la royauté, D. Carlos débarqua à Barcelone après avoir passé par Majorque et par la Sardaigne (1459). La réconciliation fut courte. Carlos, veuf d'Ana de Clèves, et à qui son père destinait une infante de Portugal, se rapprocha du roi de Castille et fit demander secrètement la main d'Isabelle, sœur d'Enrique IV, que sa belle-mère destinait à son propre fils, D. Fernando. L'intrigue fut découverte et le roi d'Aragon fit arrêter son fils à Lérida (1460). A cette nouvelle, la Catalogne entière se leva , les Beaumont s'armèrent en Navarre et le connétable se mit à leur tête. Juan II dut céder devant la révolte, et la reine elle-même vint chercher le captif au château de Morella (1461). Son entrée dans Barcelone fut un triomphe. Les députés, les nobles, le clergé vinrent à sa rencontre, et le cortège défila au milieu du peuple qui criait : « Carlos, premier-né d'Aragon et de Sicile, Dieu te garde ! » La Rambla était occupée par 3,000 ménestrels en armes. Les Catalans insurgés négocièrent. Juan II reconnut son fils gouverneur perpétuel de la Catalogne et s'engagea à ne pas entrer dans la principauté. D. Carlos jura de maintenir les libertés catalanes et fit porter devant lui une épée nue, aux applaudissements du peuple. Le roi d'Aragon était parvenu à lui retirer l'appui de la Castille, et D. Carlos se tournait vers Louis XI, comptant sur son aide, quand il mourut subitement à l'âge de quarante ans. On prétendit que sa belle-mère, dona Juana, l'avait empoisonné pendant sa captivité au

château de Morella. Le sort de sa sœur, dona Blanca, qui mourut par le poison trois ans après, semble confirmer ce soupçon. — D. Carlos était instruit, même fort érudit pour son temps ; il aimait et cultivait la musique et la poésie. On lui doit une chronique des rois de Navarre et une traduction castillane de V Ethique d'Aristote. Parmi ses nombreux amis, le plus célèbre fut Ausias Mare, qui composa un poème en langue limousine sur la tragique histoire de son protecteur. Il avait adopté pour emblème deux chiens se disputant un os, allégorie des rois de France et de Castille qui convoitaient son royaume de Navarre. Lucien Dollfus.

BiBL. : ZuRiTA, Anales de Aragon ; Saragosse, 1610-^1, 7 vol. — Mariana, Historia de Espana; Madrid, 1704, 10 vol. — QuiNTANA, Vidas de Espafioles célèbres ; Madrid, 1807, in-t2, Primera parte. — Desdevises du Dézert, D. Carlos d'Aragon ; Fans, 1889, ia-8.

CARLOS (Don), dit d'Autriche, infant d'Espagne, fils de Philippe II et de sa première femme dona Maria de Portugal, né à Valladolid le 8 juil. 1545, mort à iMadrid le 24 juil. 1568. Sa naissance coûta la vie à sa mère et il reçut d'abord des soins empressés de dona Juana, la sœur du roi. En 1554, on lui donna, selon la coutume, une sorte de petite cour, et pour principal précepteur un savant et vertueux philosophe, don Honorato Juan. Le jeune prince, d'une complexion délicate, montra peu de goût pour l'étude. Presque abandonné par son père, entouré de gentilshommes qui exaltaient sa vanité, il parut de bonne heure irascible et volontaire, mais brave et prodigue. Plus tard, on raconta de lui toutes sortes de traits de cruauté enfantine, probablement imaginés après coup ou exagérés, et qui même, s'ils étaient vrais, ne prouveraient rien pour le caractère de l'homme devenu adulte. Son père en 1558, au traité de Cateau-Gambrésis, négocia son mariage avec Elisabeth de Valois, fille de Henri IL Le jeune prince n'avait que quatorze ans, mais il parut très affecté quand son père, lui prenant sa fiancée, résolut d'épouser lui-même Elisabeth et se maria en eiîet avec elle, le 31 janv. 1560. La situation ne laissait pas que d'être étrange, au moins pour la jeune princesse qui, déjà âgée de quinze ans, avait dû s'étonner de cette substitution du père au fils dans son contrat de mariage. La reine témoigna à don Carlos beaucoup d'intérêt et une amitié compatissante et le prince lui exprima sa reconnaissance par des présents, mais le père soupçonna, à ce qu'il semble, des relations d'un autre genre et éprouva à ce sujet une sombre jalousie. Le 22 fév. 1560, Philippe Il faisait prêter à son fils serment de fidélité par les grands et les Certes, comme au prince des Asturies, comme au futur roi, et le considérait par conséquent comme capable et digne de régner ; mais quelque temps après, pour un motif qu'on ne peut indiquer avec certitude, il l'envoyait à l'Université d'Alcalâ de Henâres et l'éloignait de la cour. Le 19 avr. 1562, par suite d'une chute, il fut blessé à la tête et resta près de trois mois en danger de mort. 11 crut devoir sa guérison à l'intervention du bienheureux fray Diego dont on avait apporté le corps momifié près de son lit, sur sa demande, le 9 mai. Il put rentrer à Madrid le 18 juil. Peu de temps après, à ce qu'il semble, commence une véritable hostilité entre Philippe Il et son fils, et les historiens et chroniqueurs sont pleins à ce sujet de récits contradictoires ; les uns représentent don Carlos comme hautain, violent, brutal, passionné, d'autres comme faible, mais généreux, attaché à ses amis, montrant de la répugnance pour les mesures de rigueur telles que les autodafés, ayant quelque ambition de gouverner. Ce qui paraît certain c'est que, en 1566, à l'ûge de vingt et un ans, il supportait avec quelque impatience de n'avoir aucune part aux affaires et surtout voyait avec dépit tout le pouvoir confié à ses ennemis personnels, le ducd'Albe, le grand inquisiteur Espinosa, cl Ruy Gomez de Silva. Philippe 11, d'autre part, ne montrait guère d'affection pour ce fils et se défiait de ses visées politiques. II avait refusé de lui laisser épouser la sœur

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