CARLYLE - CARMAGNOLA
1838, dans le Fraser' s Magazine et le plaça au premier rang des penseurs. Dans cette œuvre, qu'il donnait comme la traduction d'un prétendu livre allemand : Les vêtements^ leur origine et leur enfance par Herr Teufelsdrôckh (crotte du diable), publié par un éditeur de la ville on-ne-sait-où^ il se montre critique impitoyable de la société anglaise, dans un style bizarrement hérissé de germanismes. L'année suivante, il donna Chartism, œuvre profondément originale, comme langue et comme pensée. Revenu à Londres, il y faisait des conférences très suivies sur l'histoire et la littérature, lleroes and Hero Worship où il développe son système politique (1841), Past and Présent où il critique les prétendus progrès de la civilisation, et surtout les Lettres et discours d'Olivier Cromwell (1845), ne firent qu'accroître sa réputation. En 4850, vinrent les Pamphlets des derniers jours, l'année suivante la Vie de John Sterling, et enfin en 4858 les deux premiers volumes de son Histoire de Frédéric II, les autres parurent en 4864, 63 et 65. Le mérite de cette œuvre, au point de vue historique, est tel que, d'après Froude, les élèves des écoles militaires allemandes étudient dans Carlyle les batailles de Frédéric, et Emerson déclare que c'est le livre le plus spirituel qui ait été écrit.
Carlyle a traité l'histoire d'une façon aussi neuve que singulière ; au contraire des autres écrivains, il la condense dans une suite de monographies. Sa théorie historique repose tout entière sur celle des hommes providentiels. Chaque époque aurait son génie, ses aspirations, ses besoins, ses vices même, personnifiés en un héros. Les héros seuls ont le droit de gouverner le monde. Cromwell serait, avec Napoléon, le type parfait du véritable héroïsme. Toute société conduite par des médiocres marche à sa décomposition. Sur cette idée, il base son système de philosophie de l'histoire. Esprit étrange et maladif, produit hybride du puritanisme anglican et de l'idéalisme allemand, il aspire à une reconstitution de principes et d'institutions entièrement opposées aux idées de Stuart Mill. Pour lui, la poésie, les arts, FEglise, l'Etat, ne sont que des symboles, la divinité un mystère dont le nom est idéal, le christianisme un mythe dont l'essence est l'adoration de la douleur. 11 attaque avec virulence l'hypocrisie religieuse de l'Angleterre, les formules froides et conventionnelles du protestantisme, ses diverses sectes étroites et inintelligentes. Dans son style, dédaigneux des règles de l'école, faisant peu de cas des périodes classiques, il frappe par des élans de génie et d'enthousiasme, avec une phrase courte, incisive, tranchante, hachée, comme Michelet, « un Michelet à la quatrième puissance », mais parfois obscure. En humour, on l'a comparé à Sterne, auquel il est supérieur par la sensibilité.
Hippolyte Taine, John Nichol et plus récemment Moncure Conway ont fait de très belles études sur Thomas Carlyle. Hector France.
CARLYLE (Jane Baillie Welsh,M"i«), née à Haddington (Ecosse) le 14 janv. 1H04, morte à Londres le 21 avr. 4866. Fille unique du D'^ John Welsh, elle descendait par lui de John Knox et par sa mère de William Wallace. Toute petite fille, sur ses instances, le régent du collège d'Haddington, Irving, qui logeait chez son père, lui donna des leçons de latin. A dix ans, elle avait traduit Virgile et brûlait sa poupée d'après le rite antique, le bûcher copié sur celui de Didon; à quatorze ans, elle écrivait une tragédie et versifiait agréablement. Elle avait dix-huit ans quand son père mourut, lui laissant une fortune modeste, mais très suffisante. Assiégée de prétendants, la fleur d'Haddington,comme on l'appelait, repoussa tous les partis, ayant conservé depuis son enfance une passion profonde pour son précepteur Irving qu'elle eût épousé si celui-ci, ne prenant pas au sérieux l'amour de la fillette, ne se fût depuis longtemps fiancé ailleurs. Il voulut rompre l'engagement, mais l'enfant devenue jeune fille s'y opposa par honnêteté et dignité. C'est Irving qui j
lui présenta Carlyle, et celui-ci encouragé par l'accueil et l'admiration de miss Welsh pour ses écrits se posa en prétendant. Après un refus formel, une longue correspondance, beaucoup d'hésitation, il fut agréé malgré la désapprobation de la mère de Jane, et le mariage célébré le 47 oct. 4826. Pour conserver le bien-être à sa mère, mistress Carlyle refusa de toucher aux 2 ou 300 livres sterling de rente de son patrimoine, et comme le mari n'apportait qu'une faible somme, le couple débuta par des privations. On se fixa à Graigenputtock, propriété de la jeune femme, où Carlyle pensait pouvoir vivre plus économiquement et travailler à son aise. Dans ses Mémoires, Jane Carlyle a raconté les six années douloureuses passées dans cette solitude. Carlyle, d'une nature égoïste, d'un caractère irascible, qu'une dyspepsie incurable rendait plus intraitable encore, habitué à la gêne du foyer paternel, trouvait naturel qu'une jeune femme délicate et d'une intelligence raflSnée se Uvrât aux besognes les plus grossières du ménage, et, tout entier à ses travaux, la négligeait absolument. Les embarras d'argent ajoutaient à cette misère intime. Ils partirent pour Edimbourg où la gêne ne fit que s'accroître, et enfin pour Londres « brûler leurs vaisseaux ». En mai 4834, ils s'installèrent à Chelsea, et la réputation de l'historien commençant à s'étendre, l'aisance arriva. Mistress Carlyle, aimable, enjouée, spirituelle, fit de son salon le rendez- vous des sommités littéraires, Tennyson, sir Arthur llelps, John Forster, Macready, Dickens, Thackeray, ainsi que des réfugiés politiques, Mazzini, Cavaignac, etc. Elle mourut subitement au moment où son mari jouissait de tous les bénéfices de sa renommée, pendant une promenade en voiture dans Hyde Park. Ce fut alors que Carlyle découvrit dans les notes journalières de sa femme quelles avaient été les amertumes et les déceptions de la première période de leurs années de mariage et combien il avait été coupable, à son insu, d'indifférence, de dureté et d'égoïsme, la vaillante femme lui ayant toujours caché ses secrètes blessures, pour ne pas mêler le moindre trouble à ses travaux. Aussi, bien que ces Mémoires le présentent sous un jour peu favorable, il les laissa publier de son vivant comme une sorte d'expiation, retouchés cependant, car ils parurent sous ce titre : Letters and Mémorial of Jane Welsh Carlyle prepared for publication by Thomas Carlyle and edited by /. ^4. Froude (i8S3, 3 vol.). Ces œuvres posthumes, d'un style élégant et gracieux, pleines d'ingénuité et de candeur, montrent en l'épouse du grand philosophe non seulement un écrivain d'une réelle valeur, mais une des femmes les plus accomplies de son temps. Hector Frange.
CARMAGNOLA. Ville d'Italie, à 3 kil. de la rive droite du Pô et à 26 kil. S.-E. de Turin; 3,730 hab. Tissage de toiles et de soieries ; patrie du condottiere Francesco Bussone, surnommé le Carmagnola,
CAR M AG NO LA (Francesco BusoNE, dit), capitaine italien, né à Carmagnsla (Piémont) en 4390, décapité à Venise le 3 mai 4432. Fils d'un simple paysan, il se distingua comme soldat sous les yeux de Philippe-Marie Visconti, duc de Milan, qui l'éleva en quelques années au commandement de ses troupes. Carmagnola justifia cette faveur rapide en reconquérant tout le Milanais avec Plaisance, en battant les Génois et en chassant les Suisses du val Levantine, où ils avaient cherché à s'établir. Philippe- Marie combla de biens l'heureux vainqueur et lui donna en mariage une de ses filles naturelles. Mais ce crédit démesuré excita la jalousie des courtisans. Soupçonnant son beau-père de vouloir se débarrasser de lui, Carmagnola s'entuit à Venise (4425) et détermina la République à arrêter par les armes les progrès du trop puissant duc de Milan. Carmagnola, mis à la tête des troupes de Venise et de Florence, battit successivement les plus illustres condottieri de l'Italie, Carlo Malatesta, puis Niccolo Piccinino. Philippe-Marie fut obligé de solliciter la paix, de céder à la République Brescia et Bergame