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CARMES

lède les quatorze premiers volumes de celte collection, qui fut menacée d'un pareil traitement à Rome. Pour se défendre, Papebroch composa sa Responsio ad exhibitionem errorum (Anvers, 4696-1699, 3 vol.), l'œuvre la plus sérieuse qui ait été produite en la controverse sur l'antiquité des Carmes, controverse qui fut longue, passionnée, et à laquelle se mêlèrent divers écrivains, qui y apportèrent beaucoup moins de critique historique que d'imagination et d'injures. La cour de Rome évita de se prononcer catégoriquement ; en 1698, Innocent Xll imposa silence aux deux partis, qui ne se résignèrent à se taire que lorsqu'ils furent lassés de se disputer.

Berthold s'était retiré sur le Carrael, vers 1156. Le nombre des ermites qui venaient se recueillir dans les nombreuses grottes de cette montagne augmenta à mesure que se multiplièrent les dangers auxquels ils étaient exposés ailleurs. On dit que Almeric, patriarche d'Antioche, légat d'Alexandre III, dirigeait vers cette résidence tous ceux qui se trouvaient dans les parties menacées de la contrée. En 1209, Brocard, successeur de Berthold, obtint pour eux d'Albert, évêque de Vereeil, alors patriarche de Jérusalem, une règle en seize articles combinant la vie érémitique avec certaines dispositions du régime conventuel. {Alberti régula^ dans Holstenius, Codex regularum monasticarum et canonicarum, Augsbourg, 1759, t. 111, p. 18, 6 vol. in-fol.) Cette règle fort sévère fut confirmée en 1224 par Honoré lll, et ainsi fut constitué l'ordre des Frères ermites de la Vierge du mont CarmeU — Les victoires des mahométans leur enlevèrent le mont Carmel et, finalement, les contraignirent à quitter la Terre sainte. Ils y revinrent plus tard. Dès 1238, ils avaient commencé à fonder des couvents à Chypre et en Sicile ; ils s'établirent successivement en Angleterre, en Provence, en France et en Italie. En 1245, ils tinrent, en Angleterre, un chapitre dans lequel Simon Stock fut élu supérieur général et où des adoucissements considérables furent introduits dans la règle primitive, à raison du changement de climat. Cette réforme fut approuvée en la môme année, par Innocent IV, qui confirma l'ordre s.ous son nom définitif et lui accorda les privilèges des ordres mendiants, sans autre destination que de vouer une dévotion particulière à la Vierge. — Les Carmes, qui se prétendent les serviteurs privilégiés de la Vierge, affirment qu'elle apparut à Simon Stock et qu'elle lui présenta le scapulaire, promettant une protection insigne à ceux qui le porteraient, gardant la virginité, la continence et la chasteté conjugale, selon leur état, et qui réciteraient le petit office de Notre-Dame; elle les délivrerait, en outre, des peines du purgatoire, car elle irait tous les samedis les en retirer. Le scapulaire présenté à ce saint pour les Carmes consistait en une bande de laine brune devant être portée sur le dos, les épaules et la poitrine ; dans les peintures et dessins figurant Tapparition et pour les laïques qui pratiquent cette dévotion, il consiste en deux petits morceaux d'étoffe réunis par un ruban que l'on passe autour du cou, et il doit être placé par eux sur la poitrine, sous leurs vêtements. Ce culte, qui a été illustré par un nombre infini de miracles et pour lequel une confrérie a été instituée, a été recommandé par Paul V, Pie V, Clément VIII, Clément X et Benoît XIV. Il est même l'objet d'une fête spéciale, célébrée le 16 juil. — La légende du scapulaire a été fortement contestée par des écrivains dont l'attachement à l'Eglise catholique n'est pas douteux. Le plus ardent de ces contradicteurs fut Jean de Launoy, docteur de Sorbonne, surnommé le dénicheur de saints, qui a soutenu dans une Dissertatio de Sini, Stochii vislone (Paris, 1623) que la vision de Stock est une imposture, que les bulles citées en sa faveur sont des bulles supposées et que les Carmes n'ont commencé à porter le scapulaire que longtemps après la date de cette prétendue vision. D'autres, aboutissant à une conclusion analogue par une voie différente, affirment que le scapulaire des

Carmes date de 1287, adopté alors dans un chapitre général tenu à Montpellier ; mais que la légende de l'apparition est du XV® siècle. Dans deux de ses ouvrages (De canonisatione sanctorum, 2® part., ch. ix; De festis beatœ Mariœ Virginis, 1. II, ch. vi), Benoît XIV a entrepris de réfuter la dissertation de Launoy.

La faveur des fidèles était nécessairement acquise à un ordre qui était né sur le mont Carmel et qui prétendait avoir pour fondateur le grand prophète Elie; déplus, chassé de l'Orient par les revers tant regrettés des croisades et se présentant miraculeusement comme le canal d'élection pour les bienfaits de la sainte Vierge, cet ordre jouit promptement d'une prospérité dont le développement est attesté par ce fait, qu'il y a peu de villes où ne se trouve point une rue ou une église des Carmes, Avec la prospérité était venu le relâchement, secondé d'ailleurs par les troubles de l'Eglise. Pendant le schisme d'Occident, les Carmes se -divisèrent en deux partis, chacun reconnaissant un pape différent et ayant son propre général, lequel, tout naturellement, était dans la nécessité de ménager ses partisans. Après l'extinction du schisme, on proposa, dans un chapitre général (1430), de réformer les abus. Mais ce vœu de réforme paraît avoir eu pour objet principal un extrême adoucissement de la règle, destiné vraisemblablement à modérer, en les légitimant en partie, les habitudes prises. En 1431, Eugène IV, sur la demande des Carmes, leur permit de manger de la viande trois fois par semaine et de diminuer le temps du silence ; il leur accorda une grande latitude pour leurs promenades aux heures de récréation. En 1459, Pie II autorisa leur général à régler la question du jeûne selon qu'il le jugerait convenable. Quelques couvents refusèrent ces mitigations, protestant de vouloir rester fidèles à l'observance de la règle ancienne. Beaucoup d'autres, au contraire, semblent avoir dépassé énormément les concessions obtenues et même toutes les tolérances permissibles. Car l'opinion commune de nos pères sur les mœurs des Carmes nous est parvenue formulée par de fort vilains dictons, par des censures du parlement et par bon nombre d'anecdotes typiques, parmi lesquelles l'emprisonnement au For-FEvêque (1658) de douze Carmes arrêtés dans un festin, qui fit alors grand scandale, — Au xviii® siècle, cet ordre possédait sept mille couvents, comprenant cent quatre-vingt mille religieux ou religieuses, répartis en trente-huit provinces, dont sept pour la France. Sa principale maison à Paris, située près de la place Maubert, avait été fondée en 1309 sur un emplacement cédé par Philippe le Bel (cet emplacement est converti en marché depuis 1812). Les religieux qui y résidaient prétendaient être restés fidèles à' l'ancienne observance ; ils se consacraient à l'instruction des écoliers pauvres et ils étaient agrégés à l'Université ; mais la médisance contemporaine leur reprochait les vices imputés aux Templiers. Les Carmes mtigés, qu'on appelait à Paris Billettes (V. ce mot), s'étaient établis, en 1631, dans la rue qui porte encore leur nom. — Lorsqu'ils arrivèrent de la Palestine, les Carmes portaient une robe brune et, par-dessus, une chappe barrée de blanc et de couleur tannée, en souvenir, disait-on, du char de feu qui avait emporté au ciel le prophète Elie. Comme ce costume, d'aspect oriental, paraissait peu conforme à leur état, Martin IV leur commanda, dès 1281, de le changer. Dans un chapitre général, tenu en 1287 à Montpellier, ils adoptèrent la robe noire avec un capuce et un scapulaire de même couleur et, par-dessus, une ample chape et un camail de même couleur. Les membres du tiers-ordre, que Sixte IV les autorisa à constituer (1476), pouvaient garder les vêtements laïques, pourvu qu'ils fussent de couleur sombre. Ces tertiaires se recrutèrent principalement dans les campagnes, lesquelles étaient le théâtre préféré de l'activité des Carmes.

L'institution des Carmélites est due à Jean Soreth, qui avait été nommé général des Carmes en 1451. La fonda-

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