‹ La Grande encyclopédieChapitre 156 sur 397 · CARNATIC — CARNAVAL · texte numérisé non relu

CARNATIC — CARNAVAL

province considérable de l'Hindoustan dans le Dekkan qui se trouve au S. de la Krischna et à l'E. des Ghattes occidentales. Elle comprenait le Balaghat, le Barâmahal, le Maïssour et le Coimbétour et formait plusieurs principautés traversées par le Toumbédra et le Kavéry. Aujourd'hui, on ne comprend plus sous le nom de Carnatic qu'une partie de la présidence de Madras bordant la côte de Coromandel depuis le Krischna au N. jusqu'au cap Calymère au S. .

La chaîne des Ghattes orientales coupe cette contrée dans toute son étendue et limite en partie le N.-O. du Carnatic. Les Ghattes occidentales le bornent vers le S.-O. et envoient quelques rameaux dans cette portion du pays, notamment aux environs de Madura et de Dindigal. Tous les cours d'eau coulent vers l'E. Les prmcipaux sont le Pennar, le Cavery, le Palour et le Vagah qui tous se jettent dans l'Océan sur la côte de Coromandel. Le Cavéry se partage en une infinité de branches. Le climat du Carnatic est un des plus chauds de l'Hindoustan. Les villes principales sont : Madras, Pondichéry, Frunquebar, Tangore, Arcot, Dindijal, etc. Presque toute la population est indienne et suit la religion brahmanique. Peu de contrées de l'Inde ont conservé autant de monuments religieux que le Carnatic. Le pays est fertile, bien cultivé et riche en riz. L'élève des abeilles, des races bovine et ovine y donne d'excellents résultats. Le travail du coton y est très perfectionné. On y fabrique aussi des étoffes de laine, des cuirs et de la faïence. La plupart de ces produits forment avec le vin, le blé, l'indigo, le tabac et le sucre, les principaux articles d'exportation.

A l'origine, le Carnatic était habité par une population primitive, appartenant à la race Tamoul. Vers le milieu du XI® siècle, les Belala, puissante famille de la race des Radiepoutès, y fondaient un grand royaume. Vers la fin de l'an 1717, un des lieutenants du grandMogol leva l'étendard de la révolte contre le royaume de Delhi et fonda dans le Dekkan une souveraineté particulière. Il donna le Carnatic à l'un de ses amis et compagnons d'armes à titre de fief. Mais ce vassal chercha à son tour à se rendre indépendant. Il en résulta des révoltes et des guerres nombreuses, dans lesquelles les Anglais et les Français intervinrent, morcelèrent le Carnatic et en facilitèrent ainsi la conquête. Les Anglais soumirent le Carnatic presque entièrement de 1801 à 1803. Meyners d'Estrey.

CARNATION (Blason). Ni émail, ni métal; c'est la couleur du corps humain représentée au naturel, néanmoins tout visage, toute partie du corps, bras, mains, buste, doit être désignée de carnation, rien ne s'opposant à ce qu'elle fût d'émail ou de métal. Ad. T.

CARNAUBA(Cire de). Sorte de cire jaunâtre, fournie par unPalmier du Brésil, le Coperniciacerifera Mort. (V. Co- PERNicu). Elle est très analogue à la cire des Abeilles, et est employée aux mêmes usages. Pour l'obtenir, on fait sécher les feuilles du Palmier, et la matière cireuse qui les recouvre ne tarde pas à se détacher sous forme d'écaillés, solubles dans Talcool bouillant, dans l'éther, cristallisables et fusibles à 83%5. Ed. Lef.

CARNAVAL. Temps de réjouissances et de divertissements compris entre l'Epiphanie et le mercredi des Cendres.

I. Origines du carnaval. — L'étymologie de ce mot a donné lieu à mille controverses ; les érudits n'ont pu se mettre d'accord sur sa signification. Les uns proposent carne vale ou carovale, les autres carne levamen (pour carnis levamen), d'autres carn avallare, d'autres carnalia, d'autres enfin carnis privium (jeune partiel observé par les prêtres depuis la Sexagésime jusqu au carême). Mais, comme on l'a fait observer avec raison, aucune de ces étymologies n'est complètement satisfaisante et moins encore que les autres, celle qu'on admet communément (carne vale). Etablie sur ce fait que le carnaval précède immédiatement le carême, elle le présente comme un adieu à la chair. Cet adieu durant plus de deux mois, l'explication semble peu admissible. Si

l'on n'est pas d'accord sur l'étymologie du carnaval, au moins l'est-on sur ses origines. îl dérive directement des Saturnales (V. ce mot), de l'ancienne Rome. Les analogies sont trop frappantes et la succession trop naturelle pour permettre là-dessus le moindre doute. Mais, d'une manière plus générale, on y retrouve les vestiges des fêtes religieuses que tous les peuples, depuis la plus haute antiquité, célébraient au commencement de chaque année nouvelle pour se la rendre favorable ou au printemps pour symboliser la renaissance de la nature. Rappelons, sans y insister, les fêtes des Babyloniens, celle des Egyptiens en l'honneur d'isis, la fête des sorts^ des Hébreux ; en Grèce et à Rome, perpétuant une tradition séculaire, les Bacchanales (V. ce mot), les Saturnales, les Calendes de janvier, les Luper cales (V. ce mot) de février; toutes réjouissances qui consistent essentiellement en mascarades, travestissements, danses et festins et qui sont tellement implantées dans les mœurs à Favènement du christianisme, que l'Eglise ne peut que les adopter en essayant de les sanctifier (Epiphanie, Purification, etc.).

II. Histoire du carnaval en France. — Les Gaulois avaient une grande fête d'hiver : 1a cueillette du gui. L'année nouvelle était proclamée parles Druides (V. Aguilaneuf). On promenait le taureau de Bel, on se masquait, on se déguisait avec des robes de femmes, des peaux de bêtes, des cornes d'urus et des têtes de génisses. Les Romains introduisirent leurs usages en Gaule où ils se mêlèrent aux usages locaux et aux usages chrétiens. La fête des Calendes de janvier (d'où sont venues les Etrennes) donnait lieu à des mascarades. Des bandes d'artisans, de soldats et d'enfants, déguisés en femmes, en bœufs et en cerfs, parcouraient les rues, escortant quelques chars allégoriques. Durant tout le moyen âge, c'est l'Eglise elle-même qui mène le carnaval. Les bizarres fêtes des Fous (de Noël à l'Epiphanie), et de l'Ane, sur lesquelles nous avons donné d'amples détails (V. Fête des Fous et Ane, t. H, p. 1061), celle des Innocents, la procession du Renard à Paris, celle du Hareng à Reims, auxquelles participaient prêtres et chanoines, n'étaient guère que des saturnales burlesques et obscènes qui se perpétuèrent en dépit des interdictions de plusieurs conciles (notamment Auxerre, 578) jusqu'au XVI® siècle. Commencées aux derniers jours de décembre, les réjouissances populaires se prolongeaient sous divers noms presque jusqu'à Pâques (V. Noël, Epiphanie). A la fête du Roi de la fève, succédaient celles des jours gras et de carême-prenant, celle des Brandons, celle de la mi-carême.

Les jours gras. Précédant iaimédiatement le mercredi des Cendres, les jours gras, le mardi gras surtout, furent à toutes les époques la période la plus joyeuse et la plus bruyante du carnaval. Alors seulement, on pouvait se masquer en plein jour, et le peuple usait largement d'un privilège réservé longtemps aux seuls gentilshommes. Les divertissements carnavalesques n'ont jamais beaucoup varié. Repas solide où figurent comme pièce de résistance une oie ou un dindon, comme accessoires obligés les traditionnelles crêpes, larges beuveries, mascarades sillonnant les villes à grands fracas, bals échevelés ; cavalcades et momons en plus pour les bourgeois et pour les nobles qui se distinguent par le luxe de leurs travestissements mais non parle rafiinementde leurs plaisanteries. Même le plus grand plaisir des princes est de se mêler au populaire. Henri IH courait les rues de Paris, costumé en Pantalon vénitien et s'amusait fort à battre les passants et à jeter dans la boue les chaperons des femmes. On ne s'en étonnait guère ; c'étaient les mœurs du temps. Les vieilles femmes osaient à peine quitter leurs maisons de peur des attrapes du mardi gras. On plaquait sur leurs manteaux noirs des empreintes de craie figurant des rats et des souris, on attachait à leurs robes des torchons sales. Nous ne parlerons des obscénités étalées en public, et des facéties grasses, que pour rappeler

Page 1