CARNAVAL
directement soumise à l'autorité des papes. A vrai dire, ils protestèrent parfois contre des licences un peu trop vives, mais il ne paraît pas qu'ils aient insisté beaucoup en ce sens et plusieurs d'entre eux ont collaboré aux magnificences de ces fêtes. Le Diarium de Burchard donne la nomenclature assez sèche des réjouissances carnavalesques de 1487 à 1506. On y remarque une grande quantité de courses : courses de Juifs n'ayant pas vingt ans, courses de vieillards de plus de cinquante ans, courses de jeunes gens de vingt à trente ans, courses d enfants de moins de quinze ans ; courses d'ânes et de buffles, courses de chevaux barbes ; des combats de taureaux, des joutes à la lance, des chars de triomphe, les gigantesques processions, à la fois civiles et religieuses, qui constituaient les giuocchi de l'Agona et du mont Testaccio. Sous le pontificat de Paul III (1534-1549), le carnaval fut particulièrement brillant. On y vit, outre les divertissements traditionnels, des cavalcades splendides conduites par les plus hauts personnages, entre autres le duc de Camerino et le cardinal Farnèse, des chasses de bêles, des représentations théâtrales et des bals masqués, Jules III donna lui aussi de grandes courses, des comédies et de magnifiques festins auCapitole, où il invitait les plus belles femmes de Rome. Sixte-Quint se montra moins indulgent. Il fit élever sur les places publiques des gibets et des piloris à l'usage des tapageurs. On lui doit l'établissement des barrières destinées à prévenir les accidents qui se produisaient trop fréquemment aux courses des chevaux libres. Clément XI (lettres apostoliques de 1719 et 1721) et Benoît XIV (encyclique de 1748) sévirent aussi contre le carnaval. Jadis, le carnaval de Rome commençait la veille de la Séxagésime, les derniers papes en avaient peu à peu réduit la durée aux seuls jours gras. Depuis l'annexion de Rome à la couronne d'Italie, il a perdu beaucoup de son importance. Courses de gala, cavalcades, procession de chars, promenade du corso, batailles de fleurs et de confetti, mascarades, bals travestis (veglioni), courses de barberi dans le Corso (supprimées en 1874) sont toujours les principales réjouissances populaires. Ajoutons-y les moccoletti, qui, par leur singularité, méritent une mention. Le soir du mardi gras, on célèbre l'enterrement du carnaval en brûlant un mannequin. Des files d'équipage circulent sur le Corso, une foule énorme envahit les rues, et chaque personne porte à la main un petit cierge allumé (moC" coletto). Chacun essaie d'éteindre le moccoletto de son voisin en soufflant dessus, ou à coups de mouchoirs. Il en résulte un combat plus amusant encore que celui des confetti de plâtre.
Le carnaval de Venise fut encore plus célèbre et plus fréquenté que celui de Rome, car il le dépassait en licence et durait une partie de l'hiver. Des illuminations féeriques, des feux d'artifice, des gondoles illuminées circulant sur les canaux gyec leur équipage de masques et de musiciens, le luxe des déguisements, l'affluence des belles courtisanes et surtout l'autorisation des jeux de hasard, tels étaient les attraits puissants de ces fêtes qui ont, elles aussi, beaucoup pâli, depuis que Venise a perdu son indépendance poHtique.
Le carnaval de Turin, celui de Naples, celui de Florence ne sont guère que des spéculations commerciales destinées à attirer le plus grand nombre possible d'étrangers. Jadis Florence fut renommée pour la licence de son carnaval, licence dont les chants carnavalesques de Laurent de Médicis (V. ce nom) peuvent seuls donner une idée.
BiBL. : Leber, Collection des meilleures dissertations relatives à l'histoire de France; Paris, 1838, t. IX, in-8. — Savaron, Traicté contre les masques; Paris, 1611*. in-8. — B. Gastixneau, le Carnaval; Paris, 1855, in-32 Du même, Histoire de la folie hu7naine, le CarnaDal ancien et moderne; Paris, 1862, in-18. — Fahne Der Karneval; (Jologne, 1853.— Reinsberg Duringsfeld Das festlicheJahr; Leipzig, 1863. — Thiers, Traité des 'jeux et des divertissements qui peuvent être permis ou qui