‹ La Grande encyclopédieChapitre 160 sur 397 · CARNAVAL - CARNÉ · texte numérisé non relu

CARNAVAL - CARNÉ

doivent être défendus aux chrétiens ; Paris, 1686, inAi. — Rosières, Histoire de la Société française au moyen âge ; Paris, 1880, t. Il, in-8. — Laisnel de la Salle, Souvenirs du vieux temps; Paris, 187o, 1 vol. in-8. — A Caillot, Mémoires pour servir à l'histoire des mœurs et usages des Français ; Paris, 1827, 2 vol. in-8. — Mercier, Tableau de Paris, t. IV, 164 ; t. V, 244. — Gozlan, l'Hiver à Paris, dans Nouveau Tableau de Paris ; Paris, 1835> t. V, 343. — FouRNEL, les Rues du vieux Paris ; Paris 1879, gr. in-8. — Du même, Notices sur tes ballets relatifs au carnaval^ dans Contemporains de Molière; Paris, 1863-1875, t. IL— Burchard, Diarium^ éd. Thuasne ; Paris, 1883-85, 3 vol. in-8. — Crescimbeni, Description des fêtes de VAgona et du Monte Testaccio en i545 ; ms. de la bibl. Albani. — Gœthe, Descr. du carnaval de Rome, dans 2® partie des Italieiiischen Reise.— Il Carnevate italiano m,ascherato ; Venise, 1613, in-8, avec 26 planches. — Byron, Description du carnaval de Venise, dans Beppo.

CARNAVALET (Famille). Des le xvi^ siècle, on avait altéré par euphonie le nom des Kernevenoy (V. ce mot), ancienne famille de Bretape, en Carnavalet. Ce dernier mot servit dès lors à désigner un hôtel parisien que l'un des membres de la famille de Kernevenoy avait acquis en

Hôtel Carnavalet. ■— On a vu ci-dessus l'origine du nom de Carnavalet. Les Kernevenoy, qui ont eu l'honneur de perpétuer ainsi leur souvenir, bien qu'altéré, n'étaient pas cependant les premiers possesseurs du bel édifice de la rue Sévigné. 11 avait été construit, vers 1550, par Pierre Lescot, pour Jacques de Ligneris, président au parlement, dont le fils, Théodore, le céda en 1578 à Françoise de la Baume, veuve de François de Carnavalet depuis 1571. De cette époque datent les plus belles parties du monument, dont certaines supportent la comparaison avec nos meilleurs chefs-d'œuvre de la Renaissance et ont été attribuées à Jean Goujon. Au siècle suivant, en 1660, Mansard fut chargé d'agrandir l'hôtel en construisant une nouvelle façade (moins le portail qui date de l'origine) et en élevant d'un étage les trois autres côtés. C'est quelques années après que M'"^ de Sévigné vint l'habiter en qualité de locataire ; elle y demeura de 1677 à sa mort en 1696 ; on a conservé dans son intégralité le salon de la célèbre marquise (actuellement salle des Estampes de la Bibliothèque). Au xviu^ siècle, l'hôtel Carnavalet eut surtout pour habitants des gens de finances. Sous la Révolution, l'Ecole des ponts et chaussées y fut installée et y resta jusqu'en 1830. Après elle, deux pensionnats de garçons l'occupèrent. Enfin, en 1866, la ville de Paris en fit l'acquisition pour y établir sa bibliothèque et son musée historiques.

La bibliothèque peut être considérée comme un modèle de bibliothèque spéciale; elle se compose de 80,000 volumes environ et de 600 manuscrits, dont la majeure partie a trait à l'histoire de Paris et de ses environs, et les autres à l'histoire générale et à la curiosité littéraire. Le musée historique a, de même, un caractère presque exclusivement parisien. On y conserve surtout en très grand nombre des tableaux, gravures, faïences, médailles, se rapportant à l'époque révolutionnaire. En 1888-89 a été entrepris un nouvel agrandissement de l'édifice, dans le style général de la construction, en façade sur les rues des Francs-Bourgeois et Payenne. Fernand Bournon.

Bibl. : Verdot, Notice historique sur l'hôtel Carnavalet 1865, in-8. — A. de Montaiglon, l'Architecture et la Sculpture à Vhôtel Carnavalet (extrait de la Gazette des Beaux-Arts), 1881, gr. in-8. - Cousin, Notice sommaire des monuments et objets divers,., exposes au Musée Carnavalet, in-S.

CARNE (sir Edward), diplomate anglais, mort le 19 janv. 1561. Il fut employé par Henri Vlll à plusieurs missions, notamment à Rome et près de Charles-Quint. Marie Tudor le renvoya près du pape et le nomma ambassadeur résident près de Paul IV. 11 y fut mis en prison à Favènement d'Elizabeth. Comme il était bon catholique, il passa pour avoir demandé lui-même à être retenu prisonnier, afin d'éviter d'être persécuté en AngleiQYi-Q, L. Bougier.

CARNE (John), écrivain anglais, né le 18 juin 1789,

mort à Penzance le 19 avr. 1844. Il entra dans les ordres en 1826, mais n'exerça jamais le ministère. Il voyagea longtemps en Orient et écrivit des récits très estimés de ses excursions. ïl a collaboré activement au ISew Montly Magazine, Parmi ses œuvres nous citerons : Taies of the West (1828, 2 vol.); Stratton Hill,^a taie of the civil war (1829, 3 vol.) ; Recollections of Travels in the Ëast (1830); the Exiles of Palestine, a taie (1831, 3 vol.) ; Letters from Switzerland and Italy (1834) ; Lives ofeminent missionaries (1833, 3 vol.; 1841,

I vol. ; 1852, 3 vol.).

CARNE (Elizabeth-Catherine-Thomas), femme auteur

anglaise, née à Rurère House, près Phillack (Cornwall), le 16 déc. 1817, morte à Penzance le 7 sept. 1873. Fille d'un géologue estimé, Joseph Carne, et nièce du précédent, elle dépensa sa grande fortune en œuvres charitables et en fondations utiles (écoles et musées). Elle a publié plusieurs travaux de géologie estimés. Nous citerons parmi ses œuvres : Three Months' rest at Pau in the Winter and Spring of i859 publié sous le pseudonyme de John Altrayd Wittitterly (1860) ; Country Toiuns and the place they fill in modem civilisation (iSQt); Eiîgla^îd's three IVards (1871); theRealm ofJruth(iS13).

CARNÉ (Louis-Marcien, comte de), homme politique et historien français, né à Qaimper le 17 fév. 1804, mort dans cette ville le 12 fév. 1876. Il passa le commencement de sa carrière administrative au ministère des affaires étrangères et dans les ambassades. En 1839, il fut envoyé à la Chambre des députés par le collège électoral de Quimper. Il fit d'abord partie du groupe ministériel, mais il s'en sépara au bout de quelque temps et plusieurs fois il vota avec l'opposition de droite et de gauche. Une note seule domine dans la pohtique soutenue par M. de Carné, c'est son attachement au catholicisme. En 1847, il accepta une direction au ministère du commerce, et dès lors sa vie politique fut terminée. De môme, sa carrière administrative prit fin en 1848, lors de la proclamation de la République. 11 fut pourtant encore une fois candidat en 1869.

II se présentait pour soutenir les intérêts de l'Eglise ; il obtint 8,665 voix sur 30,319 suffrages exprimés. Il fut élu membre de l'Académie française en 1863, contre Littré. Outre de nombreux articles épars dans la Revue européenne, VEncyclopédie du xix® siècle, le Dictionnaire de la conversation, le Journal des Débats, le Correspondant, la Revue des Deux Mondes, VAmi de la religion, M. de Carné a publié : Vues sur l'histoire contemporaine (1833, 2 vol. in-8) ; Des Intérêts nouveaux en Europe depuis i830 (1838, 2 vol. in-8) ; Du Gouvernement représentatif en France et en Angleterre (1841, in-8) ; Etudes sur l'histoire du Gouvernement représentatif en France de 1189 à 1848 (1855, 2 vol. in-8); Etudes sur les fondateurs de Vunité française (1848; 2^ éd., 1856, 2 vol. in-8); un Drame sous la Terreur (1856); la Monarchie française au xviii^ siècle (1859, in-8) ; Discours de réception à V Académie française (1864, in-8); l'Europe et le second Empire (1865, in-18); les Etats de Bretagne et r administration de cette province jusqu'en •/7^^(1868, 2 vol. in-8); Souvenirs de ma jeunesse au temps de^ la Restauration (1872, in-8). Louis Lucipia.

CARNÉ (Henri-Jean-Baptiste-Antoine, marquis de), homme politique français, né à Sévignac (Côtes-du-Nord) le 17 janv. 1834. Etait conseiller général du cant. de Broons, lorsqu'il sollicita les suffrages des électeurs sénatoriaux des Côtes-du-Nord le 10 oct. 1880. H fut élu par 276 voix sur 380 votants. Il appartient au groupe de la droite monarchiste avec laquelle il vote constamment. ^ L. Lu.

CARNÉ (Louis de), voyageur français, fils du comte Louis-Marcien de Carné (V. plus haut), né en 1844, mort en 1870. Attaché au ministère des affaires étrangères, puis nommé membre de la mission chargée, sous la con-

CARNE — CARNEES

duite de Doudart de Lagrée, de remonter le Mékong jusqu'à sa source et de se prononcer sur sa navigabilité, il partit de Saigon en 1866. De retour en France, il succomba à une maladie contractée pendant son voyage. On a de lui : V Exploration du Mékong (Revue des Deux Mondes, 1869 et 1870) ; Voyage en Indo-Chine et dans r Empire chinois (publié d'après ses notes, par son père, en 1872). , G. R.

CARNÉADE, philosophe grec, né à Cyrène en 219, mort en 129 av. J.-C. Carnéade fut un philosophe très célèbre dans l'antiquité : on le considérait comme l'égal des plus grands penseurs. Les modernes l'ont placé moins haut, peut-être à cause des doctrines qu'il a soutenues ; mais il ne semble pas qu'ils lui aient rendu justice. Dans sa vie, consacrée tout entière à la philosophie, aucun événement important n'est à signaler, si ce n'est sa célèbre ambassade à Rome. Il y fut envoyé par les Athéniens avec les philosophes Diogène de Babylone, et Critolaus, pour plaider leur cause et les faire exempter d'une amende à la suite du sac de la ville d'Orope. Il s'acquitta de sa tâche devant le sénat romain avec tant de succès que les sénateurs disaient : « Les Athéniens nous ont envoyé des députés, non pour se justifier, mais pour nous obliger à faire ce qui leur plaît » . Il prononça ensuite devant une jeunesse enthousiaste plusieurs discours qui eurent le plus grand retentissement. Deux de ces discours, l'un pour, l'autre contre la justice, sont surtout demeurés célèbres. Calon fut indigné, non pas, comme on l'a trop répété, de l'immoralité de la doctrine de Carnéade : le philosophe traitait la question plutôt en casuiste qu'en sophiste, mais de l'enthousiasme extraordinaire qu'il inspira à l'élite des Romains. ïi ne fut pas non plus, comme on Fa dit, chassé de Rome, mais on hâta la solution de son affaire, et on lui donna à peu près satisfaction. (V. Martha, Etudes morales sur l'antiquité.)

Dans son enseignement philosophique, Carnéade s'est attaché à réfuter le sensualisme des stoïciens, et principalement la théorie de la certitude qui en découlait. Selon les stoïciens, certaines sensations nous font connaître les choses réelles exactement telles qu'elles sont. Devançant la critique moderne et invoquant pour la première fois des arguments qui sont aujourd'hui communément admis par les philosophes, Carnéade prouva que toutes nos sensations sont relatives, et nous font connaître, non pas les choses telles qu'elles sont, mais seulement les impressions qu'elles font sur nous. La subtile et profonde analyse de Carnéade, telle que nous pouvons la reconstituer à l'aide de documents d'une authenticité incontestable (Carnéade n'a rien écrit), peut être considérée comme définitive. Il mettait aussi en lumière les défauts et les contradictions de la dialectique des stoïciens.

Toutefois, Carnéade ne se bornait pas à établir l'incertitude de nos connaissances, en tant qu'elles sont obtenues au moyen des sens (de son temps, on n'admettait généralement pas qu'il y eût une autre origine de la connaissance). A cette critique purement négative, il ajouta une théorie positive : c'est celle qu'on a depuis appelée le probabilisme, et dont on a, à tort, fait honneur à Arcésilas qui l'avait à peine esquissée. Les exigences de la vie pratique ne nous permettent pas de ne rien affirmer, et de suspendre toujours notre jugement, comme font les sceptiques. Parmi les sen ations, il en est qui, sans être absolument certaines, sont, en raison de leur intensité et de leur force, vraisemblables ou probables ; c'est une première mais insuffisante raison d'y croire. Il faut s'assurer en outre que la sensation probable n'est contredite par rien. Si quelque chose la contrarie, nous entrerons aussitôt en défiance ; par exemple, Ménélas, ayant laissé sur son vaisseau le fantôme d'Hélène, n'en pouvait croire ses yeux lorsque, abordant dans l'île de Pharos, il vit la véritable Hélène. Si, au contraire, toutes les circonstances concordent, ce concours est une garantie. Cette précaution ne suffit pas encore : il faut examiner en détail chaque

circonstance d'un événement donné : il faut s'assurer que le sujet est dans les îpeilleures conditions pour bien voir, que l'objet n'est ni trop petit ni trop éloigné, en un mot, s'efforcer, par une critique attentive, d'éloigner toute chance 4'erreur, En résumé, quand la sensation est probable, qu'elle n'est contredite par rien, qu'elle a été examinée en détail, elle est un guide suffisant pour la vie pratique, et nous pouvons lui donner notre assentiment.

Outre cette critique de la théorie de la connaissance, Cîarnéade invoqua contre la théologie stoïcienne un grand nombre d'arguments subtils et ingénieux gui ont souvent été repris depuis : Cicéron s'en est inspiré dans le De Natura Deorum. La théorie de la divination, très en faveur chez les anciens, fut aussi vigoureusement combattue par le même philosophe. Enfin , il faut signaler une théorie très profonde du libre arbitre que Carnéade soutint contre le fatalisme stoïcien. Toutes nos actions, selon lui, ont une cause ; mais parmi les causes qui les déterminent, il faut faire une place à la volonté, laquelle n'est pas elle-même rigoureusement déterminée par les événements antérieurs. Si on considère nos actions, non plus dans le présent, mais dans l'avenir, Carnéade s'efforce de montrer, par une pénétrante analyse, qu'il est dès à présent certain qu'elles se feront ou ne se feront pas, sans que pourtant nous cessions d'être libres de les faire ou de ne pas les faire : il est partisan des futurs contingents. Il trouve moyen de concilier le libre arbitre avec les deux axiomes: tout fait a une cause, et mie proposition concernant l'avenir est nécessairement vraie ou fausse,

(îarnéade enseignait aussi une doctrine morale sur laquelle nous n'avons que fort peu de renseignements, mais qui certainement était fort éloignée de la thèse sceptique et sophistique qu'on lui a souvent attribuée par une interprétation inexacte des deux discours qu'il avait prononcés à Rome. Sans être un moraliste d'une haute portée, et tout en restant bien inférieur sur ce point aux stoïciens, ses adversaires, il sut se garder de tous les excès, et resta fidèle à la doctrine moyenne qu'on enseignait dans la nouvelle Académie. L'école à laquelle appartenait Carnéade, et dont Cicéron fut le plus éloquent interprète, prétendait continuer la tradition de Platon. Très certainement elle amoindrissait et faussait la doctrine du maître et lui prêtait une tendance au scepticisme que Platon n'a pas connue. Sur un point, du moins, elle demeura fidèle à l'esprit du platonisme : c'est en combattant le grossier sensualisme des stoïciens et des épicuriens, et en conservant la tradition idéaliste. Quant à Carnéade, il ne fut pas seulement un orateur incomparable, mais encore un dialecticien de premier ordre et un philosophe profond. « Carnéade, dit très justement M. Martha, n'est pas, comme on le répète, un sophiste, mais un véritable philosophe qui, dans sa constante dispute avec les stoïciens, a presque toujours eu la raison de son côté. » Il avait fini d'ailleurs, chose bien rare, par réduire absolument au silence tous ses adversaires. Victor Brochard.

BiBL. : Mari'ha, le Philosophe Carnéade à Rome, dans les Etudes morales sur l'antiquité; Paris, 1883. — F. Pi- CAVET, le Phénoménisme et le probabilisme dans l'école platonicienne {Rev. philos., t. XXIII). — ■ V. Brochard, les Sceptiques grecs ; Paris, 1887.

CARNEAU (V. Chaudière).

CARNÉES. Fêtes célèbres chez lesDoriens du Péloponèse et des colonies en l'honneur d'Apollon, surnommé Carneus (V. ce nom)^ mais dont l'origine semble remonter au temps de la domination achéenne à Sparte. C'était d'abord une tête purement agricole qui prit peu à peu le caractère guerrier et demeura la fête nationale de Sparte, oti on la célébrait avec une grande magnificence. Elle tombait dans le mois qui correspond au Metagitnion des Athéniens, à l'Août des Romains et qui, à cause de la fête, s'appelait Carnéen chez les Spartiates; elle durait neuf jours. Un prêtre spécial v présidait avec le titre

CARNÉES - CARNEÏRO LEAO

d*Agétès, assisté de cinq serviteurs qui, choisis pour quatre ans dans chaque tribu, étaient astreints pendant tout ce temps au célibat. Neuf tentes étaient dressées en plein air et neuf hommes y logeaient dans chacune, ayant la charge, sous les ordres d'un héraut, des cérémonies et des rites traditionnels. Aux processions ayant un caractère agricole et aux manifestations guerrières s'ajoutèrent bientôt des concours de poésie. Terpandre, le premier, y obtint des prix et longtemps ses continuateurs y maintinrent leur supériorité. De Sparte, cette fête émigra à Cyrène, sur la côte d'Afrique, et y jouit d'une considération égale. On la rencontre également en Messénie, à Argos, à Corinthe, à Sicyone. Le logographe Hellanicus a consacré un de ses ouvrages au récit des victoires remportées à l'occasion des Carnées. J.-A. Hild.

CARNEGIE (William), comte de Northesk, amiral anglais, né en 1758, mort à Plymouth le 28 mai 1831. Entré dans la marine en 1771, lieutenant le 7 déc. 1777, il servit aux Indes (1780), en Espagne (1790), dans la mer du Nord (1796), dans la Manche (1800). Il se distingua fort à la bataille de Trafalgar (1805). Nommé vice-amiral le 28 avr. 1808, amiral le 4 juin 1814, il fut commandant en chef de Plymouth de 1827 à 1830.

11 siégea dans plusieurs parlements comme pair électif d'Ecosse.

CARNEGIE DE KiNNAiRD (sir Robert), magistrat et diplomate anglais, mort le 5 juill. 1566. Président de cour en 1547, il fut employé à diverses négociations diplomatiques notamment à Blois (1551), au sujet de la régence du duc de Châtellerault. Clerc de la Trésorerie (1553), il s'occupa, en 1553 et 1557, du règlement des frontières entre l'Ecosse et l'Angleterre.

CARNEGIE DE KiNNAiRD (sir David), comte de Sou- THESK, né en 1575, mort le 12 févr. 1658. H prit part aux conférences de 1604 concernant l'union entre l'Angleterre et l'Ecosse, et à l'assemblée générale de l'église écossaise. Membre du parlement de 1612 pour le comté de Fife, il fut nommé en 1616 président de cour. Il fit partie d'autres commissions politiques et religieuses importantes (1618, 1630, 1633) et fut créé comte de Southesk au couronnement de Charies ¥" (1633). Partisan énergique de la politique religieuse de Jacques I«^ et de Charles P"^, il fut un des opposants au Covenant de 1639. En 1641, il entra au Conseil privé.

CARNEILLE (La). Com, du dép. de l'Orne, arr. de Domfront, cant. d'Athis; 1,226 hab.

CARNEÏRO DA CUNHA (Estevâo José), général brésilien, né à Recife (Pernambuco) vers 1780, mort le

12 oct. 1832. Lieutenant-colonel à Parahyba (1817), il fut compromis dans la révolution de 1817, émigra en Angleterre et ne revint au Brésil qu'en 1821, au moment de l'établissement du gouvernement constitutionnel. II rendit de grands services à la cause de l'indépendance du Brésil et fut un partisan dévoué de l'empereur dom Pedro I«^ En 1824, en qualité de commandant en chef de l'armée impérialiste de Parahyba, il combattit la révolution républicaine et séparatiste et remporta sur les républicains la \ictoire d'Itabayana (24 mai 1824). Il fut nommé sénateur en 1826. R.-B.

CARNEÏRO DA SILVA (Joachim), graveur au burin portugais, né à Porto en 1727, mort à Lisbonne en 1818. Il séjourna dix-sept ans au Brésil et dirigea ensuite une école de gravure à Lisbonne. Il a travaillé à Rome et a gravé un grand nombre d'estampes, entre autres une Statue équestre de Joseph P^, d'après Machado, et un Portrait du même roL

CARNEÏRO DE CAMPOS (José, Joaquim et Carlos) (V. Caravellâs).

CARNEIRO DE CAMPOS (Francisco), jurisconsulte et homme d'Etat brésilien, né à Bahia vers 1799, mort à Rio de Janeiro le 7 déc. 1842. Il était frère du marquis de Cctravellas (V. ce nom). Député à la Constituante

(1823), nommé sénateur en 1826, ministre des affaires étrangères le 4 oct. 1830, il organisa le 19 mars 1831 un ministère libéral renversé le 6 avril, ce qui amena l'abdication de l'empereur D. Pedro I«^, le 7 avril. Le même jour, François Carneiro de Campos fut de nouveau nommé ministre des affaires étrangères par la régence, et il garda ce portefeuille jusqu'au 3 août 1832. En 1823, il rédigea un projet de constitution que son frère déposa devant le conseil d'Etat, et qui, modifié dans la discussion, fut promulgué en 1824. R.-B.

CARNEIRO DE CAMPOS (Frederico), homme politique brésilien, né à Bahia en 1810, mort à Humaita le 3 noY. 1867. Colonel du génie et député en 1864. Nommé à cette époque président du Malto Grosso, il s'embarqua sur le paquebot le Marquez d'Olinda pour aller prendre possession de son poste. Lopez, dictateur du Paraguay, sans déclaration de guerre, s'empara de ce navire et emprisonna l'équipage et les passagers qui furent fort maltraités et moururent presque tous au Paraguay. Carneiro de Campos, malade à Humaïta, y mourut le jour même où l'incendie d'une partie du camp de Tuyuty par les Paraguayens et la fausse nouvelle de la défaite des alliés lui enlevaient tout espoir de recouvrer la liberté. R.-B.

CARNEIRO LEÂO (Honorio Hermeto), marquis de Pa- RANÂ, homme d'Etat brésilien, né à Jacuhy (Minas Geraes) le 11 janv. 1801, mort à Rio de Janeiro le 3 sept. 1856. II entra à la Chambre des députés en 1830, et devint rapidement un des hommes les plus influents du Brésil. Membre du parti libéral modéré, il se sépara de ses amis lorsqu'ils voulurent, en 1832, d'accord avec la régence, constituer révolutionnairement la Chambre des députés en Assemblée nationale pour introduire des réformes dans la Constitution, sans le concours du Sénat. 11 prononça, à cette occasion, un discours énergique qui ébranla la majorité et fit échouer ce plan. De 1836 à 1837, il combattit ardemment le régent Feijé et fonda, avec Vasconcellos et le marquis d'Olinda, le parti conservateur brésilien. Le 19 sept. 1837, ce parti arrivait au pouvoir. Carneiro LeSo refusa un portefeuille pour jouer le rôle de leader do la majorité de la Chambre. En 1840, il s'opposa au vœu de ses amis tendant à décréter la majorité du jeune empereur dom Pedro II. Battu sur cette question, il ne fut pas réélu aux élections qui eurent lieu peu après. En 1841, il entrait au Sénat. Chef du cabinet du 20 janv. 1843, il démissionna en 1844, n'ayant pas réussi à obtenir la signature du chef de l'Etat sur un acte que le ministère jugeait indispensable. Le parti libéral fut alors appelé au pouvoir (2 févr. 1844). Carneiro Leao fit de l'opposition jusqu'au 29 sept. 1848, date de la rentrée des conservateurs aux aff'aires. Il occupa, en 1848, la présidence de la province de Pernambuco oii une révolution venait d'être étouff'ée. En 1851, en qualité de ministre plénipotentiaire, en mission spéciale à la Plata, il signa (21 nov.) le traité d'alliance entre le Brésil, l'Uruguay et les Etats argentins d'Entre Bios et de Corrientes, qui mit fin à la dictature de Rosas. De retour au Brésil, Carneiro Leâo fut créé vicomte, puis marquis de Paranâ. Le 3 sept. 1853, il forma un ministère de conciliation, composé de conservateurs modérés et de libéraux, et proclama la nécessité d'une entente entre les deux grands partis constitutionnels, pour entreprendre les réformes que le pays réclamait. En dépit de l'opposition de quelques chefs conservateurs, le marquis de Paranâ, soutenu par l'empereur et par la majorité, obtint ce rapprochement et l'apaisement des haines politiques. L'ère des révolutions fut désormais close et les luttes politiques au Brésil ne sortirent plus des comices électoraux, de la presse et du Parlement, pour ensanglanter le pays. De ce ministère datent les grands progrès du Brésil. Carneiro Leâo fit notamment adopter par le Parlement, malgré l'opposition d'un grand nombre de ses amis politiques, la réforme électorale qui a inauguré la division du pays en districts donnant chacun un député. Ce grand ministre est

CàRNEÎRO LEAO — GARNEVALE

mort à la tâche emportant le respect et les regrets de tous ses concitoyens. Rio-Branco.

CARNÈLE (V. Monnaie).

CARNET. Corn, du dép. de la Manche, arr. d'Avranches, cant. de Saint-James ; 849 hab. L'église est surmontée d'un dôme orné de peintures attribuées à l'Ecole de Rubens. CARNET. I. Papeterie.— Petit livre ou calepin à l'usage des négociants, des banquiers, des industriels, pour prendre des notes ou pour insérer les opérations qu'ils ont à faire. On distingue plusieurs sortes de carnets. Sur le carnet d'attachement, V. ci-dessous et Attachement. Le carnet d'échéances est un petit registre divisé en douze parties, répondant à chacun des douze mois de l'année, les effets à payer et à recevoir, avec leurs dates,, leurs échéances et les sommes qu'ils portent, s'y trouvent mentionnnés. II. Finances. — Le carnet est l'un des deux livres sur lesquels les agents de change consignent leurs opérations. L'arrêté du 27 prairial an X exigeait que les opérations y fussent portées, sitôt que consommées, avant d'être transcrites sur le livre-journal. Cette disposition n'ayant pas été abrogée, on doit la considérer comme encore obligatoire, malgré le silence du Code de commerce ; en pratique, elle est toujours observée. G. R.

IlL Mines. — Lorsqu'il est nécessaire de conduire l'air au fond d'une galerie en cul de sac, trop longue pour que l'on puisse compter absolument sur la diffusion, on

établit des galan- Coupe vêrHcdfe . dages, c.-à-d. des

cloisons régnant sur toute la hauteur de la galerie, dont elles partagent la section en deux travées très inégales. La plus petite porte le nom de carnet d^iérage.

L'air arrivant par la galerie dans le sens des flèches (V. fig.

ci-contre), jusqu'au fond de la galerie, retourne au dehors par le carnet. Cette cloison peut également être horizontale; en surélevant la galerie, on y établit un plancher qui supporte la voie ferrée.

Le retour d'air s'effectue par dessous, et le mouvement est encore facilité par celui de l'eau qui s'écoule dans ce caniveau. Ces galandages Carnet. se font en planches

dont les joints sont rerouverts d'un lit argileux; on les établit aussi en briques. Certaines galeries anglaises ou allemandes sont cloisonnées par de simples toiles goudronnées. Les barrages offrent plus de résistance à un coup de grisou ; les plus importants sont construits en maçonnerie épaisse, ou, comme l'indique la figure, en argile bien pilonnée entre des planches. Bien souvent on se contente d'un massif de remblai, en ayant soin de serrer autant que possible, sans quoi il donne lieu à une très grande déperdition d'air. Des jaugeages effectués au puits de FAgrappe ont montré que la différence entre le volume qui parvient au fond des galeries et celui que Ton mesure au pied des puits, atteint les trente-six centièmes de ce dernier. Lorsque deux voies d'air viennent au-devant l'une de l'autre, pour réunir leur continrent dans un branchement

perpendiculaire, on court le risque de voir le plus faible des deux courants refoulé par le plus fort. On prévient cette difficulté en établissant dans l'axe du tronc commun, un barrage qui brise à la fois les deux vitesses et les infléchit côte à côte. L. Knab.

IV. Ponts et chaussées. — Tout conducteur employé à l'exécution des travaux tient un journal ou carnet d'attachements, sur lequel il inscrit tous les faits de dépense, à mesure qu'ils se produisent, par ordre chronologique, sans lacune, sans classification, quels que soient les ateliers confiés à sa surveillance auxquels ces faits se rapportent. Il ne doit être fait à cet égard aucune distinction entre les dépenses de l'Etat et celles des départements et des communes, ni entre celles du ministère des travaux publics et celles des autres ministères. Cette règle ne souffre d'exception que dans le cas de régie établie au compte d'un entrepreneur ; le conducteur chargé des fonctions de régisseur doit tenir alors, pour les dépenses de cette régie, un carnet spécial. Le carnet contient sur la page de gauche le libellé des opérations et leurs résultats, en quantités et en deniers. En regard de chaque fait, il reçoit, sur la page de droite, les croquis et l'indication des pièces dont les détails ne peuvent pas être inscrits sur le carnet ; enfin, les renseignements propres à justifier les quantités et les sommes portées sur la page de gauche. Les piqueurs (ou commis) et surveillants placés sous les ordres du conducteur tiennent des carnets auxiliaires, dont le conducteur rapporte les résultats sur son propre journal. Tout est inscrit à l'encre sur les carnets. Les attachements qui, par leur nature, doivent être contradictoires reçoivent, sur le carnet, la signature de la partie intéressée. Les dépenses qui figurent sur les carnets ne sont portées en compte qu'autant qu'elles sont admises ensuite par les ingénieurs. L'inscription sur le carnet ne constitue pas un titre pour les entrepreneurs. Chaque agent est responsable, vis-à-vis de l'administration, de toutes les indications qu'il consigne sur son carnet et des omissions commises dans ses écritures (Règl. spéc. sur la compt. du min. des trav. publ. du 28 sept. 4849, art. 9 à 14, et cire. min. trav. publ. des 30 oct. 4849 et 25 oct. 4851). L. Schmit.

BiBL. : Finances. — Ruben de Couder, Dict. de droit commercial, v° Agent de change, n"» 172, 175 et suiv. — Lyon-Caen et Renault, Précis de droit commercial^ 1. 1% n» 1496.

CARNETIN. Corn, du dép. de Seine-et-Marne, arr. de Meaux, cant. de Claye-Souilly ; 443 hab.

CARNEUS. Epithète 'd'Apollon chez les Spartiates qui le vénéraient sous ce vocable aux Carnées (V. ce nom). Il est probable que le nom est en rapport avec xàpvoç z=z bélier. Dans ce cas, l'Apollon Carneus serait identique à l'Apollon Noinius, protecteur des pâturages et des troupeaux. A ce titre, on trouve son culte associé, dans la ville d'Andania en Messénie, à celui d'Hermès avec le bélier, de Déméter et de Cora. Ce culte donna même lieu à des mystères calqués sur ceux d'Eleusis ; pour l'initiation on sacrifiait une truie à Déméter, un cochon de lait aux grands dieux, peut-être les Cabires, un bélier à Hermès, une brebis à Cora et un sanglier à Apollon Carneus. L'origine était expliquée encore par un certain Carnus, devin d'Acarnanie qui périt de la main d'Hippotès, un Héraclide; ce qui attira la peste sur son armée jusqu'à ce que des cérémonies eussent apaisé Apollon, le protecteur du devin. D'autres tiraient le vocable d'une espèce d'arbres sacrés nommés Crania que les Grecs auraient coupés sur le mont Ida, pour la fabrication du cheval de bois, sacrilège que le dieu leur fit réparer par l'institution de la fête des Carnées (pour Cranées, par métathèse). Il ne faut pas établir de rapport entre cet Apollon Carneus et un dieu celtique dont parle une inscription. (Pour ce dernier, V. Carnutes.) J.-A. h.

CARN EVALE (Fra Bartolommeo Corradini, surnommé), peintre dominicain de l'école ombrienne, né à Urbin, mort après 4488. Il dut son surnom, paratt-il^ à s£^

CARNEVALE — CÂRNÏEN

figure joyeuse ; en tout cas, on ne connaît presque rien de sa vie, et on ne lui attribue qu'un fort petit nombre de tableaux. Ses occupations monacales durent absorber la plus grande part de son temps, si Ton en croit un document cité par le P. Marchese, prouvant qu'il dut rompre, faute de liberté, des engagements déjà anciens. Elève et continuateur de Piero délia Francesca, et, comme lui, partisan décidé du naturalisme dans les compositions religieuses, il s'assimila le style de son maître à tel point qu'il faut une observation attentive pour lui restituer quelques œuvres de talent. Il n'aborda pas, comme Piero le fit glorieusement, les grands sujets historiques et religieux ; il ne fut guère qu'un peintre de portraits. Encore faut-il lui retirer l'intéressant tableau du musée Brera de Milan, qui représente le duc et la duchesse d'Urbin agenouillés devant la Madone; la critique est unanime, depuis quelque temps, pour restituer à Piero cette œuvre qui rappelle les portraits bien connus du musée des Uffizi. Il résulte d'un document analysé par M. Mûntz dans sa Renaissance au temps de Charles Vllî (p. 355), que Fra Carnevale était également architecte. A. Pératé. BiBL. : Marchese, Memorie dei più insigni ay^tisti doinenicanif t. ï.

CARNEVALE (Antonio), astrologue italien delà seconde nïoitié du xvii* siècle, qui vécut à Ravenne. On a de lui : Osservazioni sopra la prossima eclisse del sole al i2agosto i654, et pour les années de 1660 à 1675, un annuaire astrologique sous le titre : Gli Arcani délie Stelle intorno a' più notabili eventi nelle case del mondo.

CARNEVILLE. Com. du dép. de la Manche, arr. de Cherbourg, cant. de Saint-Pierre-Eglise ; 370 hab.

GARNI AU (Pèche). On donne ce nom au tuyau en bois dans lequel l'habilleur de morue jette son poisson pour qu'il puisse tomber, dans la cale du bateau, à portée du saleur.

CARNICER (don Ramon), compositeur espagnol, professeur de composition au Conservatoire de Madrid, né le 24 oct. 1789 à Tarrega (Catalogne), mort à Madrid le 17 mars 1855. Tout d'abord, enfant de chœur de la maîtrise d'Urgel, il alla à Barcelone en 1806. De 1808 à 1815, pendant l'occupation française, Carnicer se fixa aux Baléares. De retour à Barcelone, il fut nommé chef d'orchestre du Théâtre-Italien (1818). Il écrivit alors ses premiers opéras, qui eurent un grand succès, surtout Adèle de Lusignan. De 1820 à 1827, il fit plusieurs voyages en Espagne, en France et en Angleterre. Il fut ensuite nommé directeur de la musique du théâtre royal de Madrid (1828). C'est alors que l'on créa un opéra national espagnol, et Carnicer fit beaucoup pour cette création. Nommé professeur au Conservatoire de Madrid (1830), il ne quitta son poste qu'un an avant sa mort. Voici la liste de ses ouvrages dramatiques : Adela de Lusignano (Barcelom) ; Elena y Constantino (id.) ; Don Juan Tenorio (id.) ; el Colon (id.); el Eufemio de Messina (id) ; Elena et Malvina (Madrid, 1829) : Colombo (Madrid, 1831) ; Ismalia, ossia Morte ed Amore (Madrid, 1837) ; Ipermnestra (Madrid et Saragosse, 1843). La musique de Carnicer n'est pas sans valeur : elle brille par les qualités rythmiques et une saveur particulière qu'il doit à la musique populaire de son pays. 11 composa, en outre, de la musique d'église, une messe solennelle à huit voix et orchestre (1828), deux messes de Requiem à quatre voix et orchestre (1829 et 1842), etc. 11 a écrit aussi des symphonies dont Tune est à trois orchestres, des morceaux de chant pour des opéras italiens et d'innombrables mélodies et chansons. A. Ernst.

CARNICERO (Alejandro), sculpteur et graveur espagnol, né à Iscar, province de Ségovie, mort à Madrid en 1756. Il apprit son art à Zamora auprès du sculpteur Josef de Luna, puis il alla travailler successivement à Valladolid et à Salamanque. Il fit, dans cette ville, quelc[ues statues de saints pour le couvent de Saint-Etienne ainsi que pour le retable du couvent des Hyéronimites. Il

sculpta en bois le groupe de la Flagellation qui figure dans la procession de la semaine sainte à Salamanque et quarante médaillons pour les stalles du chœur du couvent de Guadalupe. Le grand groupe de Sainte Cécile entourée d'anges, qui décore les orgues de la cathédrale de Léon, est également son œuvre, ainsi qu'une statue de V Archange Saint Michel qui se trouve à l'hôpital de Nava del Rey. 11 a gravé lui-même ce dernier ouvrage ainsi que plusieurs autres planches représentant des sujets relisjieux, tels que : Saint Pierre d' Alcantara, daté de 1723 ; la Vierge de la Esclavitud, vénérée à Salamanque, gravée en 1730 ; Notre-Dame del Bisco, Saint Jean Népomucène, etc. Il dut à la protection du ministre José Carbajal d'être mandé à Madrid où il fut chargé de l'exécution de trois statues colossales destinées à la décoration du palais royal et qui représentent les rois Wamba, Sisebut et Sanchez;ces statues, d'une exécution médiocre, ornent aujourd'hui les jardins du Buen Retire. P. L.

BiBL. : Cean Bermudez, Diccionario de los 7nas ilustresprofesores; Madrid, 1800.

CARNICERO (Isidoro), peintre et sculpteur espagnol, né à Valladolid vers 1736, mort à Madrid le 23 mars 1804. Son père, Alejandro Carnicero, l'envoya à seize ans étudier les premiers éléments de son art à l'académie de San Fernando ; ses succès comme élève furent tels qu'il obtint d'être envoyé à Rome comme pensionnaire. Il s'y livra plus spécialement à l'étude de la sculpture, et fit de très bonnes copies du Laocoon et de V Antinous, En 1766» après son retour en Espagne, l'académie de San Fernando le choisit comme membre dans la section de sculpture. En 1798, il fut appelé aux fonctions de directeur général de l'académie. Plusieurs de ses ouvrages sont conservés au musée de cet établissement, notamment les copies qu'il fit pendant son séj our à Rome ainsi qu'une statuette originale. Diverses autres œuvres de sculpture de l'artiste existent à Madrid dans les églises de San Francisco el Grande (une Vierge immaculée) ; de San Isidro el real (les figures de saints qui décorent les orgues) et de San Andrés (groupe de San Isidro)» Il fit également quelques dessins qui ont été gravés; l'excellent portrait de Charles IF qui illustre la Dcscripcion delreal bosquede Aranjuez est de sa main, P. L.

Btbl. : Ossorio y Bernard, Galeria biogrâfica de ariistas espanoles dèl siglo XIX ; Madrid, 1868.

CARNICERO (Antonio), peintre espagnol, né à Salamanque en 1748, mort à Madrid en 1814. Son père, Alejandro Carnicero, fut son premier maître; il alla ensuite étudier à Rome, et peu de temps après son retour en Espagne, il fut nommé peintre du roi Charles IIÏ. H fut aussi graveur, et il est l'auteur d'un grand nombre de dessins qui illustrent la célèbre édition de Don Quichotte, publiée par l'Académie espagnole (Madrid, Ibarra, 1780, 4 vol. in-fol.). Le musée du Prado possède un paysage de l'artiste représentant le Lac d'Albufera, près de Valence, et le musée de Valence des portraits de Charles ZFet de la reine Maria- Luisa.

BiBL. : Pedro de Madrazo, Catâlogo de los cuadros del museo del Prado ; Madrid, 1872.

GARNI EN. Terme emprunté à la région des Alpes Carniques pour désigner le sous-étage supérieur du trias alpin. Le trias, dans les Alpes Orientales, offre, avec une composition très différente de celle qu'il présente dans l'Europe centrale et septentrionale, une faune nettement pélagique dont le trait dominant réside dans la coexistence de plusieurs types paléozoïques à'orthocères et de goniatites, avec des formes nettement secondaires comme les ammonites; et ce fait remarquable est surtout bien accentué dans les assises keupériennes qui restent, dans toute leur étendue, franchement marines. M. de Mojsisovics, qui a fait de ce trias alpin une étude suivie et détaillée ( Die Dolomit-Rijffe von Sûdtirol und Venetien ; Vienne, 1879), distingue, dans ce keuper alpin, les deux sous-

CARNIEN — CARNIVORES

étages suivants, caractérisés chacun^par une faune très riche, notamment en ammonitidées :

fjjone à Turbo solitarius et à GerviUa

{ exilis.

Dolomie principale, et calcaire du Daschstein (partie inférieure).

^Zone à Trachyceras I aonoïdes.

Couches de Raibl.

Zone à Trachyceras

\ aon.

Couches deSt-Cassian

(Zone à Trachyceras Archelaûs et Daonella Lommeli,

Couches de Wengen et d'Essino.

/Zone à Trachyceras Curioni et T. Heit%i,

Couches de Buchenstein,

Une décision prise au dernier congrès international de géologie tenu à Berlin en 1885 tendrait à étendre à l'ensemble du Keuper ce terme de carnien (V. Trias). Ch. Vélain.

CARNIÈRES. Ch.-l. de cant. du dép. du Nord, arr. de Cambrai, sur une colline dominant un affluent de THerclin ; 4,763 hab. Sucreries; tissage de coton ; moulins à farine et à huile ; carrières de pierres blanches. — Ce lieu appartenait dès le commencement du x® siècle à l'église de Cambrai. L'église du xvi® siècle a conservé une belle façade gothique du xiii^ siècle. Vastes souterrains.

CARNIN. Corn, du dép. du Nord, arr. de Lille, cant. de Seclin ; 448 hab.

CARNIO (Antonio), peintre, né près de Portogruaro (Frioul), mort après 4680. 11 apprit dans l'atelier de son père les premiers éléments de la peinture et fut séduit de bonne heure par la manière de Paul Véronèse et celle du Tintoret qu'il s'assimila rapidement. Lanzi fait un grand éloge des qualités de couleur, d'expression, d'exécution qu'on retrouve dans les tableaux de ce peintre : « Le Frioul, dit-il, n'avait point produit de plus grand génie depuis le Pordenone. » Les principaux tableaux de Carniosont à Udine, beaucoup ont été gâtés par des retouches maladroites ; l'un des mieux conservés est le tableau d'autel de l'église Sainte-Lucie représentant Saint Thomas de Villeneuve, Les fresques de l'église Saint-François, à Portogruaro, qui portent la date de 4604, ne peuvent guère appartenir à Ant. Carnio qui mourut après 4680 ; elles sont probablement du père de cet artiste, à moins qu'elles ne portent une fausse date. F. Courboin.

BiBL. : Lanzi, Hist. de la Peinture en Italie, t. II, p. 180, 30 éd. — F. DE Boni, B'iografia degli ArtistU p. 190.

CARNIOL. Com. du dép. des Basses- Alpes, arr. de Forcalquier, cant. de Banon ; 422 hab.

GARNI OLE (en ail. Krain, en slovène Kra^ina). L Géographie. ■— Prov. de l'empire d'Autriche; elle fait partie de la Cisleithanie et porte le titre de duché. Elle est située entre le 45^30' et le 46^ 36' de lat. N. et le 31«20' et le 33*^ 15' de long. E. Elle confine au N. à la Carinthie et à la Styrie, à l'E. à la Croatie, au S. au littoral et à Goritz. La superficie est de 9,988 kil. q., ja population de 494,562 hab. (recensement de 4885), qui appartiennent presque tous à la nationalité Slovène. Le principal cours d'eau est la Save qui arrose leN. de la province, tandis que son affluent la Lublania en parcourt le centre ; le principal lac est celui de Cirknitz. La température moyenne est de 4-40'* cent. La population est en général catholique et appartient au diocèse de Lublania (Laibach). La principale industrie est Fagriculture (céréales, pommes de terre, vin, miel, peu de bétail). La province renferme des mines de fer, de cuivre, de charbon et de mercure (à Idria). Leur produit annuel est d'environ 2 millions de florins (4 millions de francs) ; la Carniole exporte beaucoup de bois, et le produit de ses mines. Elle est traversée par le chemin de fer de Vienne à Trieste et de Steinbrttck à

Agram et à Fiame. Elle est gouvernée par un Landshaupt" mann, qui réside à Laibach, et divisée en onze capitaineries (Adelsberg, Gottschee, Gurkfeld, Krainburg, Laibach, Littac, Loitsch, Radmannsdorf, Rudolfswerth, Stein, Tschernembl). La diète de là province se compose de trente-sept députés. L. L.

IL Histoire. — La Carniole comprend deux régions sensiblement différentes : la région septentrionale qui est alpestre et se rattacha au duché de Carinthie, la région méridionale, le Karst, qui suivit plutôt les destinées de FIstrie. Les Slaves y pénétrèrent vers le vi® siècle; annexée à la marche de Frioul par Charlemagne, la Carniole eut bientôt des margraves particuliers, qualifiés parfois de ducs ; les patriarches d'Aquilée, les margraves d'Autriche s*y disputèrent l'influence. En 4286, les ducs de Goritz-Tirol maîtres de la Carinthie (V. ce mot) y joignirent la Carniole. Elle passa aux Habsbourg en 4335 et s'agrandit en 4374 de l'ancienne marche wende au S.-E. Annexée par les Français de 4809 à 4813, elle forme une province depuis 1849. A. -M. B.

BiBL, : Outre les ouvrages cités à l'art, Autriche : DiMiz, Geschichte Krains ; Laibach, 1874, 4 vol.— Le même. Die Habsburger in Krain; Laibach, 1883. — - L. Léger, la Saue, le Danube et le Balkan; Paris, 1884 CARNIQUES (Alpes) (V. Alpes).

CARNIVORES. L Zoologie. — Ordre de Mammifères placentaires, onguiculés, terrestres, n'ayant pas le pouce opposable aux autres doigts, pourvus de trois sortes de dents (savoir trois paires d'incisives, une paire de canines et des molaires en nombre variable). Ces molaires, de forme variée, comprenant à chaque mâchoire des prémolaires, une carnassière (V. ce mot) et des arrière-molaires appelées tuberculeuses. Cerveau bien développé et pourvu de circonvolutions plus ou moins nombreuses ; canal intestinal court. Placenta zonaire. — Les Carnivores sont les Carnassiers (V. ce mot) par excellence, c.-à-d. les Mammifères qui se nourrissent de préférence ou exclusivement de matières animales, le plus souvent de proies vivantes. Ce sont aussi les mieux armés de tous les Mammifères ; leurs fortes canines, leurs griffes pointues et souvent rétractiles font -des blessures redoutables. Leur force est considérable. Leur taille est généralement grande ou moyenne, rarement petite, comprise entre celle des Ours et des Lions et celle des Belettes qui sont les plus petits de tous les Carnivores. — Ces animaux sont répandus sur tous les continents et dans toutes les régions zoologiques du globe, à l'exception de l'Australie et de la Polynésie ; en Australie, ils sont remplacés par des animaux également carnivores, mais appartenant au groupe des Didelphes (Marsupiaux).

On peut diviser les Carnivores, suivant la forme des dents et le régime qui en découle, en deux grands groupes ou sous-ordres : les Arctoidea et les Mluroidea (Lydekker). Les Arctoidea formés par la fusion des Arctoidea et des Cynoidea de Flower, comprennent tous les types à carnassière petite ou médiocre et à tuberculeuses au contraire fortes et bien développées : la plupart sont plus ou moins omnivores, c.-à-d. qu'ils se nourrissent indifféremment de matières végétales et de matières animales ; tels sont les Ours et, à un moindre degré, les Chiens (lés familles des Ursidœ, Procyonidœ^ Mustelidœ et Canidœ prennent place dans ce sous-ordre). — Les Mluroidea sont les Carnivores par excellence, à carnassière tranchante et bien développée, à tuberculeuses petites, atrophiées, sans usage fonctionnel, se nourrissant presque exclusivement de proie animale vivante ou morte : les Chats sont le type le plus accompli de ce groupe auquel appartiennent trois familles (Hyœnidœ, Viverridœ et Felidœ), Ces deux sous-ordres diffèrent également par la forme du crâne ainsi que l'a montré Cope qui divise les Carnivores, d'après cette forme, en deux groupes : les Hypomycteri (correspondant aux Arctoidea) et les Epimycteri (Mluroidea), — Les premiers Carnivores terrestres de l'époque tertiaire (éocène), ne peuvent être

CARNIVORES — CARNIVORITÉ

classés dans les groupes fondés sur Téxamen des types encore vivants et dont nous venons de parler. Cope en forme, sous le nom de Creodonta (Carnivora primigenia Lydekker), un sous-ordre à part, comprenant les familles éteintes des Arctocyonidœ, Mesonycidœ, Eyœnodontidœ^ Lepiictidœ, Oxyœnidœet Miacidœ, et caractérisé par des carnassières plus nombreuses que chez les Carnivores actuels (Carnivora fissipedia de Cope) (V. ^LuRoïDEs, Arctojdes, Créodontes, Amphicyon , Arctocyon, etc.). E. Trouessart.

H. Botanique (V. Carnivorité).

BiBL. : E. Trouessart, Catalogue des Carnivores vivants et fossiles [Bulletin de la Société d'études scientifiques d'Angers), 1885.— Flower, On the arrangement of the Carnivora {Proc. zool. Soc. Lond., 1883, p. 178). — Da même, Catalogue of the spécimens illustr. the Osteology of Mammalia in Muséum of the Royal Collège of Surgeons, 1884. — Lydekker, Catalogue of fossil Mammalia in British Muséum, 1885, part. I. — Cope, On the systematic relations of the Carnivora fissipedia [Proc. Amer. Phil, Soc, XX, 1883, p. 471). — Du même, the Creodonta [The Amer, naturalist, 1884).

CARNIVORITÉ (Bot,). S'il est une question controversée en physiologie végétale, c'est assurément celle de la carnivorité des plantes, en dehors, bien entendu, de tout parasitisme. Bien que cette question ait été posée depuis le siècle dernier, elle n'a [été sérieusement étudiée que depuis vingt ans environ et, malgré de nombreuses et importantes recherches, elle n'a pas encore reçu de solution définitive. On trouvera parfaitement exposé dans le discours de J.-D. Hooker, le livre de Ch. Darwin sur les plantes carnivores et les autres mémoires cités à la fin de cet article, l'historique de la question. Il nous a paru surtout intéressant d'indiquer brièvement ici les procédés des diverses plantes réputées carnivores et de tirer une conclusion de l'ensemble des faits qu'elles nous présentent.

Les Rossolis ou Drosera sont de petites plantes qui habitent les endroits marécageux, tourbeux de presque tous les points du globe. Leur racine, très réduite, s'enfonce entre les Sphaignes qui, d'ordinaire, tapissent ces endroits, et leurs feuilles s'étalent à la surface en une sorte de rosette. Ces feuilles jouissent de la propriété de capturer les insectes qui se posent sur elles et de les digérer. Dans l'espèce la plus vulgaire de nos contrées, le Drosera rotundifolia, les feuilles sont pourvues d'un long pétiole s'élargissant un peu vers le limbe qui est rond ou en forme de spatule. Toute la feuille est d'un vert rougeâtre plus ou moins vif, d'un aspect charmant. La face supérieure est couverte d'un assez grand nombre de poils longs et gros vers le bord, plus petits au centre, terminés par une petite glande qui sécrète un liquide parfaitement incolore et limpide, filant, ne se desséchant que difficilement, très peu soluble dans l'eau et ressemblant à la plus brillante des gouttes de rosée. Un grand nombre de botanistes se sont occupés de ces plantes, mais les résultats de leurs observations sont loin de concorder. Ce qui paraît constant, c'est qu'un corps des plus légers, un brin de cheveu ou de plume, des substances diverses, particules de verre, de liège, de viande, d'œuf cuit, etc., placés sur une feuille de Drosera, produisent une excitation dont la manifestation est le recourbement plus ou moins lent des poils ou tentacules, comme les appelle Darwin, sur l'objet, de telle sorte qu*en peu de temps il est emprisonné par eux et englué par le mucilage de leurs glandes. Les petits insectes qui se posent imprudemment sur ces feuilles subissent le même sort et sont bientôt tués par le liquide mucilagineux. En effet, la capture d'une proie n'est pas le seul phénomène actif de la feuille des Rossolis; ses glandes, dès que la proie est capturée, sécrètent un liquide acide, que le professeur Frankland croit être de l'acide propionique, ou en tout cas un acide de la série acétique ou grasse, et qui contient encore un ferment soluble analogue à la pepsine. Or, il résulte des nombreuses expériences qui ont été faites que les substances azotées, alhurainoïdes^ viandes crues, i

blanc d'œuf cuit, protoplasma des grains de pollen, insectes morts, cartilages, sont dissoutes par la sécrétion acide du Drosera. Il y a une réelle digestion de ces matières comme l'a montré E. Morren, et ce fait n'a rien qui doive nous surprendre. Nous savons en effet que le ferment albuminosique existe dans les végétaux ailleurs que chez les Rossolis. D'innombrables parasites, Bactéries, Myxomycètes, Moisissures, Champignons plus élevés en organisation, vivent sur les substances organiques en voie de décomposition, même sur les animaux vivants, et digèrent évidemment leurs matières albuminoïdes. Reste pourtant à savoir, pour les Rossolis, s'il y a absorption des substances ainsi digérées. C'est là le point le plus obscur encore de l'histoire des plantes carnivores. Sans doute, pour Ch. Darwin et pour d'autres, ce point ne saurait être contesté, et Francis Darwin a montré par ses expériences, répétées avec les mêmes résultats par Ch. Kellermann et von Raumer, que des pieds de Rossolis, nourris pendant un assez long temps avec de la chair, étaient plus vigoureux, possédaient un plus grand nombre de feuilles qu'autant d'autres pieds de la même plante auxquels on n'avait pas fourni de chair. Mais ce résultat est contesté par E. Morren et C. de Candolle, et il est certain qu'on n'a pu encore saisir la manière dont se fait l'absorption, ni savoir si une seule partie ou toutes les parties de la plante en profitaient. Rien dans la structure des feuilles des Rossolis n'a pu, jusqu'à présent, mettre sur la voie d'une explication.

Les Dionées ou Gobes-Mouches vivent dans les endroits humides de l'Amérique du Nord. Leur port diffère peu de celui des Drosera; leurs feuilles ont une forme toute spéciale. Disposées en rosette sur le sol, elles sont constituées par un pétiole dilaté en aile et supportant un limbe divisé en deux lobes dont les bords sont garnis de cils épineux. Sur chaque lobe, la face supérieure porte trois poils ténus, dressés, incolores, légèrement dilatés à leur base, sans vaisseaux ni surface excrétante, destinés à recevoir les impressions de tact et à les transmettre à la feuille. En effet, si Ton etfleure même légèrement ces poils, on voit presque aussitôt les deux lobes du limbe se rapprocher en tournant autour de la ligne médiane, et croiser leurs cils raides comme le fait un piège à loup. Qu'un insecte vienne reposer sur la feuille de la Dionée, elle se referme brusquement, et l'imprudent est prisonnier. Longtemps on crut que l'insecte s'échappait lorsque, cessant de s'agiter, il cessait d'exciter la sensibilité de la feuille et qu'alors celle-ci se rouvrait. Il n'en est rien. Les observations précises de Knight, Curtis, Camby et Darwin ont montré que l'insecte prisonnier ne tardait pas à périr tué par la sécrétion des glandes spéciales qui recouvrent la surface de la feuille et qui ne fonctionnent que sous l'excitation d'une matière digestible. Le liquide digestif de la Dionée est analogue à celui du Rossolis, il n'agit que sur les substances albuminoïdes. Mais, tandis que les tentacules des Rossolis emprisonnent et recouvrent de liquide digestif toutes sortes de corps, si la feuille de Dionée s'est refermée sur un fragment de bois, de liège, de papier, de verre, etc., que l'on aura placé sur elle en l'excitant, les deux lobes ne se rejoindront pas complètement et se rouvriront en moins de vingt-quatre heures, se montrant tout prêts à recommencer leur jeu. Dans le cas contraire, les lobes se rapprocheront de plus en plus, se fermeront presque hermétiquement et resteront clos jusqu'après digestion complète, c.-à-d. pendant sept ou neuf jours. Lorsqu'ils s'étalent de nouveau, leur sensibilité est comme engourdie et ce n'est qu'un temps assez long après la digestion qu'ils peuvent se refermer avec vivacité quand on les excite. On le voit, la Dionée présente des particularités plus étranges encore que le Rossolis.

L'Aldrovandie (Aldrovandla vesiculosa) qui habite les eaux stagnantes de certaines mares près de Bordeaux, en France, et aussi en Italie, en Allemagne, en Australie et au Bengale, flotte librement dans ces eaux, portant sur

CARNIVORITÉ

ses tiges courtes dépourvues de racines des verticilles de feuilles très analogues à celles de la Dionée. En effet, ces feuilles se composent d'un pétiole élargi en coin, muni de quatre à six soies au-dessous de son articulation avec le limbe. Ce limbe est formé de deux lobes presque toujours rapprochés, offrant ainsi l'aspect d'une vésicule et difiérents de ceux de la Dionée par les cils raides des bords qui sont très courts et ne se croisent pas. Auge de Lassus, Stein et Cohn, qui ont étudié particulièrement cette plante, ont constaté que, sous l'influence d'une certaine chaleur, les lobes du limbe s'écartent et qu'alors, si un petit animal vient toucher leur surface qui est munie de filaments tactiles comme dans la Dionée, ils se referment brusquement sur cette proie. On a observé sur la partie des valves voisines de la nervure médiane des glandes semblables à celle qui, chez la Dionée, sécrètent le suc digestif, et Darwin ne doute pas qu'elles ne jouent le même rôle, mais aucun des trois observateurs cités plus haut n'a pu dire si les petits animaux que capture TAldrovandie et qui périssent dans ses feuilles y sont réellement digérés. Certainement, la station aquatique de cette plante est un inconvénient pour des observations précises de ce genre.

, Si l'on a pu constater une digestion manifeste sur les feuilles du Rossolis et de la Dionée, les plantes dont il nous reste à parler n'ofirent pas de phénomènes aussi certains. Les Grassettes (Pinguicula) sont de petites herbes de la famille des Utriculariées qui, comme les espèces précédentes, vivent dans les marécages et sont également acaules, étalant leurs rosettes de feuilles à la surface du sol. Ces feuilles sont ovales, lancéolées et ont leurs bords un peu repliés vers la face supérieure. Cette face est toujours couverte d'un liquide visqueux, incolore, d'aspect huileux, d'où vient précisément le nom.de ces plantes. Ce liquide, qui résiste comme celui des Drosem au lavage des pluies ou à l'action desséchante du vent et du soleil, est sécrété par de nombreux poils glanduleux, invisibles à l'œil, et qui couvrent la feuille. Qu'un insecte touche cette surlace gluante, il est aussitôt pris, et les efforts qu'il fait pour s'échapper l'engluent davantage. Bientôt son corps est couvert de mucilage, il s'enfonce peu à peu dans le liquide, y disparaît, s'il est de petite taille, et meurt. Si la proie est plus rapprochée d'un des bords que du centre, ce bord s'enroule lentement sur el'e et la capture plus sûrement. On ne rencontre aucune Grassette dont les feuilles ne soient couvertes de cadavres d'insectes et de débris de plantes. Ici, la digestion se fait lentement, etCh. Darwin pense que l'action du suc digestif s'exerce aussi sur les substances végétales. A côté des Grassettes, dans la môme famille, sont les Utriculaires (Utricularia), plantes aquatiques des petits cours d'eau lents et marécageux. Ces plantes sont extrêmement ramifiées et leurs feuilles, par suite de la submersion, sont réduites à des filaments. Seules, leurs inflorescences portant de jolies fleurs jaunes émergent au-dessus de l'eau. A l'aisselle des rameaux sont de petites vésicules translucides ou ascidies pyrilormes dont l'orifice est fermé par une sorte de clapet membraneux s'ouvrant de dehors en dedans et défendu en dehors par des filaments raides qui s'opposent à l'entrée des corps trop volumineux. Qu'un petit animal aquatique, Cyclope, Daphnie, Cypris, larve d'insecte, pénètre dans Turticule, il y est enfermé aussitôt par le clapet qui retombe derrière lui. M™» Treat, qui a spécialement étudié les Utriculaires, n'a constaté aucune espèce de mouvement dans les organes de ces plantes. On n'a pu découvrir dans les ascidies d'organe spécial de sécrétion. Les bestioles qui ont pénétré dans les vésicules y meurent en assez peu de temps, mais rien n'est moins certain que leur digestion qui a cependant été affirmée par quelques auteurs, mais mise en doute par Darwin lui-même. Un troisième genre d'UtricuIariées étudié par Darwin est le genre Génlisea, des tropiques, dont les vésicules capturent les petits animaux avec des péripéties

longuement décrites dans son livre sur les plantes insectivores. Mais, pas plus que pour les Utriculaires, la digestion des Genlisea n'est certaine.

Les Sarracena sont des herbes des terrains humides et tourbeux de l'Amérique du Nord dont les feuilles en rosette s'élèvent jusqu'à 50 et 60 centim. de haut. La plupart de ces feuilles ont la forme de cornets et contiennent dans leur tiers inférieur un liquide réputé digestif. La structure de ces singuliers appareils étant décrite au mot Ascidie, nous n'y reviendrons pas ici. Ce que l'on peut constamment observer chez ces plantes même cultivées en serre, c'est la présence dans leurs feuilles d'une assez grande quantité de mouches et autres insectes. Si l'on prend des précautions pour empêcher les insectes de pénélrer ou l'eau d'arrosage de tomber dans les cornets, on constatera aussi la présence d'un liquide parfaitement incolore, très peu filant, sans saveur appréciable. Le docteur Mellichamp a observé que ce liquide avait une action anesthésique sur les mouches qui s'aventuraient dans le cornet largement ouvert, puis qu'il décomposait rapidement leurs cadavres, et il en conclut que la digestion chez les Sarracena ne s'effectue pas de la môme manière que chez les Droséracées. A vrai dire, ce dernier point est encore fort peu connu : le fait incontestable est l'agencement surprenant des feuilles des Sarracena pour la capture des insectes, d'oîi l'on peut bien conclure qu'ils ont quelque besoin de les capturer. La même réserve et le môme doute peuvent être exprimés au sujet de deux autres genres à ascidies disposées en forme de piège, les Nepenthes et les Cephalotus, Les Népenthes de l'archipel Indien ont des feuilles dont la nervure médiane se prolonge en un cordon qui porte l'ascidie. Comme dans le Sarracena, cette ascidie possède à son orifice une surface attractive et conductrice formée par le bord épaissi en bourrelet recourbé en dedans et muni d'épines crochues capables de retenir même un petit oiseau qui entrerait dans l'urne. La paroi interne est divisée en deux régions, l'une supérieure, lisse, sans glandes ; l'autre inférieure, pourvue d'innombrables glandes qui sécrètent un liquide limpide, sans grande saveur, mais à réaction nettement acide. On trouve de ce liquide dans les jeunes ascidies dont l'opercule ne s'est pas encore relevé et, par conséquent, dans lesquelles n'a pu s'introduire de l'eau de pluie. Quand on vide une urne, elle ne renouvelle son eau que très lentement. La chute d'un insecte dans ce liquide où il périt en peu de temps, active la sécrétion des glandes, et l'acidité augmente. Mais ici encore la digestion est singulièrement réduite, comparativement à celle des Drosera, ou bien elle se fait autrement. Chez le Cephalotus enfin, dont l'ascidie offre la plus grande analogie avec celle des Népenthes, les phénomènes paraissent être semblables : mônie disposition des parties de l'urne, même production de liquide, acidité faible, décomposition des insectes, etc. Ces plantes peuvent donc passer pour tout aussi carnivores que les précédentes, du moins ce qu'on en sait donne quelque motif de le croire.

Les réserves et le doute que nous avons exprimés au sujet de plusieurs des points que nous venons d'exposer ne portent en rien atteinte au fait principal que présentent les plantes dites carnivores^ à savoir que plusieurs d'entre elles dissolvent les matières azotées, les digèrent. Nous avons déjà fait remarquer que c'est là un fait général et nous avons rappelé quelques exemples. On sait encore que c'est surtout dans les graines que se concentrent les matières albuminoïdes d'une plante ; or, ces matières sont dissoutes et digérées par la plantule en germination, grâce à un ferment soluble que Gorup-Besanez et Will ont trouvé être analogue au ferment albuminosique du suc pancréatique. Bien plus. Ad. Wurtz a extrait des feuilles du Carica papaya un ferment solublo, la papaïne, analogue à la pepsine et pouvant comme elle être employé à la fabrication des peptones. La digestion des albuminoïdes par les sucs yégétaux ne saurait donc

CARNIVORITE -=- CARNOÏ

faire de doute : ce qui demande encore des études, c'est le mode d'absorption des substances digérées par les surfaces des feuilles. Paul Maury.

BiBL. : J.-D. HooKER, Address to the department of Zoology and Botany ofthe British Association ; Belfast, 1874."— Ch. Darwin, Insectivorous plants; Londres, 1875. — J. CoFiN, Bcitrâge zur BioL der Pflanzen, drittes Heft; Breslau, 1875. — J.-E. Planchon^ les Plantes carnivores (Rev. des Deux Mondes), l*"* févr. 1876. — A. Ma- GNiN, Résum. des princip, travaux publiés sur les pi. carniv.; Lyon, 1877. — Fr. Darwin, Experirnents onthe nutrition of Drosera rotundifolia^Nature), 17 janv. 1878. — Krllermann et von Rauver, dans Bot. Zeit., 1878, n"" 14 et 15.

CARNOÉT. Gom. du dép. des Gôtes-du-Nord, arr. de Guingamp, cant. de Callac ; 2,202 hab. Ghapelle de Saint-Gildas, en partie gothique, avec une crypte contenant le tombeau du saint, but de pèlerinage.

CARNOÉT (Abbaye de) ou de SAINT-MAURICÊ. Ancienne abbaye cistercienne, fondée en 4170, au diocèse de Quimper, par le duc de Bretagne Gonan IV. Maurice, moine de Langonnet, y fut inhumé en 4191 et devint depuis le patron de l'église. Il subsiste des restes intéressants de l'abbaye ; ruines de l'église, pierres tombales, bâtiments claustraux convertis en maison d'habitation, contenant une belle salle capitulaire du xiv* siècle. Territoire de la commune de Glohars-Garnoët (Finistère).

GARNOLI (Elisabetta), cantatrice remarquable, née à Mannheim en 4772. Elle était fille d'un musicien de cette ville, où elle eut pour professeur la célèbre M™® Wendeling. Elle profita si bien de ses leçons qu'en 4784, à peine âgée de douze ans, on lui fit entreprendre un grand voyage artistique par toute l'Allemagne, où elle excita l'enthousiasme par la beauté de sa voix et la pureté de son chant. La princesse palatine fut tellement charmée par son talent qu'elle l'attacha à sa personne avec le titre de femme de chambre. Elle épousa en 4807, à Mannheim, un musicien de la cour du grand-duc de Bade, nommé Eisemmenger.

CARNOSITÉ (Pot.). On connaît assez vulgairement un grand nombre de plantes dont les rameaux et le plus souvent les feuilles sont épaisses, gorgées de liquides, en un mot charnues. Gette carnosité est une exubérance des parenchymes produite par des causes qui, bien que peu étudiées encore, paraissent ôtre au nombre de deux. Si Ton considère que les plantes charnues croissent pour la plupart dans les endroits découverts et sur les rochers, comme les espèces littorales (Crithmum maritimum^ Plantago mm^îma,?ortulaccacées, Grassulacées, Salsolacées, etc.), dont le caractère le plus saillant est précisément la carnosité, ou comme les espèces qui vivent sur les murs, les toits, les roches (Joubarbes, Sedums, Saxifrages, etc.), ou dans les déserts brûlants de l'Afrique centrale, du Mexique (Euphorbes cactoïdes, Gactées, Asclépiadées,etc.), on comprendra aisément qu'il puisse exister une relation entre leur structure et l'échaufi'ement superficiel du sol où on les observe. MM. Prilleux et J. Vesque ont fait à ce sujet des expériences qui paraissent concluantes. L'autre cause, également mise en relief par les expériences de M. Vesque, serait l'alternance des solutions nourricières faibles et concentrées absorbées par la plante. Sur le bord de la mer, sur les montagnes ou dans les déserts pierreux, les précipitations atmosphériques équivalent, pour les plantes citées plus haut, à des arrosages à solution faible, tandis que les périodes non pluvieuses ou sèches font pour elles des époques où elles ne peuvent puiser dans le sol qu'une solution concentrée. P. Maury.

CARNOT. Village d'Algérie, dép. d'Alger, arr. de Mi~ liana, sur la rive droite du Ghélif, à 5 kil. de la gare des Attafs (voie ferrée d'Alger à Oran), créé en 4880 au milieu de terres fertiles et bien arrosées, a pris une extension rapide. G'est le ch.-l. d'une com. de plein exercice de 3,864 hab. dont 488 Français (rec. de 4886).

CA R N OT. Nom d'une des familles les plus anciennes et les plus célèbres de la Bourgogne, dont le berceau est à Nolay

(Gôte-d'Or), depuis un temps immémorial. Elle vivait noblement dès le xiii® siècle. — Armoiries primitives (xiv® siècle) : d'azur à trois merlettes d'argent posées deux et une ; armoiries de Lazare Garnot et de ses descendants (1631), d'azur à trois merlettes d'argent posées deux et une, et en chef une étoile de même. — Les membres les plus marquants de cette famille sont les suivants: hxin Garnot (1573), docteur ès-lois à Dijon; Lazare Garnot (1631), bailly de Nolay, beau-frère de d'Aubigny, ambassadeur de Louis XIV ; Hilarion Garnot (1637), capucin, auteur d'une Histoire du tiers ordre de Saint-François (Lyon, 1694); Gaspard Garnot (1656), conseiller à la Ghambre des comptes de Bourgogne et Bresse ; Edme Garnot (1671), fils du précédent, lui succéda dans sa charge, et obtint des lettres d'honneur de Louis XIV ; Lra-arg Garnot (1672), docteur en Sorbonne, grand-vicaire de Ghalon ; Jean-Odet Garnot (1682), capitaine au régiment de marine, un des premiers chevaliers de Saint-Louis ; Gaspard Garnot (1701), seigneur de Bessey, bibliophile célèbre ; Hugues Garnot (1705), chartreux, mort en odeur de sainteté à Rouen ; Hubert Garnot (1715), docteur en Sorbonne, abbé de Gîteaux ; Claude Garnot (1719), bailli et juge, père du grand Garnot ; Lazare Garnot (1735) curé de Ternant, député du clergé aux Etats généraux de 1789. A partir de la génération suivante, les Garnot ont joué dans l'histoire de France un tel rôle que nous consacrons à chacun une notice particulière.

CARNOT (Joseph-François-Glaude) , né à Nolay le 22 mai 1752, mort à Paris le 31 juil. 1835, fils aîné de Glaude et frère aîné du grand Garnot. Il prit une part active au mouvement révolutionnaire à Dijon, où il était avocat au parlement; nommé commissaire de la Fédération, il organisa les volontaires de la Côted'Or. Jurisconsulte distingué, il fut nommé juge à Autun (1790), puis commissaire au tribunal de Dijon (1792), commissaire au civil et au criminel, c.-à-d. procureur général (1796), enfin conseiller à la Gour de cassation (1801), et devint membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 1832. Il avait été nommé chevalier de l'Empire le 2 mai 1811. — Ses principaux ouvrages sont : De l'Instruction criminelle considérée dans ses rapports généraux et particuliers avec les lois nouvelles et la jurisprudence de la Cour de cassation (Paris, 1812-1817, 3 vol. in-4) ; Examen des lois de 1819 et i820 relatives à la répression des abus de la liberté de la presse (Paris, 1820, in-8) ; De la Responsabilité des ministres (Paris, 1819, in-8) ; De la Dis-cipline judiciaire considérée dans ses rapports avec les jugesy etc. (Paris, 1825, in-8) ; Commentaire sur le 'code pénal (Paris, 4823-4824, 2 vol. in-4). P. G.-G.

GARNOT (Lazare-Nicolas-Marguerite), né à Nolay (Côted'Or) le 43 mai 4753, mort à Magdebourg (Prusse) le 2 août 4823. Il était le second fils de Glaude Garnot, avocat et notaire, et de Marguerite Pothier, qui eurent dix-huit enfants, quatorze garçons et quatre filles, dont sept seulement survécurent. Il fit ses études classiques au collège d' Autun, dirigé par les Oratoriens, et sa philosophie au petit séminaire de la même ville. Il montra de bonne heure une aptitude remarquable pour les sciences exactes. Aussi son père l'envoya-t-il, en 4769, à Paris, dans une école préparatoire pour le génie, l'artillerie et la marine, située au Marais, et dirigée par M. de Longpré, ami de d'Alembert. Il fut admis le 4^^ janv. 4774 à l'école de Mézières comme lieutenant en second élève, après avoir fourni la preuve qu'il sortait d'une famille bourgeoise vivant noblement. Il eut pour professeur son compatriote Gaspard Monge, dont il devint l'ami. Le 4«^ janv. 1773, il sortit de l'école avec le grade de lieutenant en premier, et alla tenir garnison à Galais. Il fut chargé par le prince de Groy de dresser des cartes pour les voyages du capitaine Gook. En même temps il prépara son jeune frère Garnot-Feulins aux examens de l école de Mézières. Il

CARNOT

séjourna ensuite au Havre, à Béthune, à Aire, à Arras. Le 44 déc. 1783, il passa capitaine du génie à Tancienneté. Il venait de publier son premier ouvrage : Essai sur les machines en général par un officier du génie.

Le 17 janv. 1784, Carnot adressa à l'Académie des sciences un mémoire sur les ballons, où il affirmait le succès prochain de la navigation aérienne. La même année, il obtint le premier prix au concours ouvert par FAcadémie de Dijon pour Téloge de Vauban. Il avait pour concurrent son jeune compatriote Hugues Maret, fils du secrétaire perpétuel de l'Académie et futur duc de Bassano. Le 2 août 1784, Carnot lut à Dijon, dans une séance solennelle de l'Académie, devant le prince de Condé, gouverneur de Bourgogne, son œuvre, qui lui valut les félicitations de l'illustre prince Henri de Prusse, frère du grand Frédéric, et de Buffon (lettres des 10 et 20 sept. 1784, conservées dans les archives de la famille Carnot). Pour se reposer de ses travaux techniques, Carnot cultivait la poésie, et ses chansons égayaient souvent les réunions de la société des Rosati à Arras. Le 40 mars 1787, il fut élu membre de l'Académie de cette ville et, le 25 mai, il prononça son discours de réception sur le pouvoir de l'habitude. Il devint ainsi une première fois le collègue de Robespierre.

Eiî août 1788, Carnot envoya au chevalier de Gaigne, censeur royal, pour le ministre de la guerre, un Mémoire sur Vutilité des places fortes à la frontière. Ce mémoire, dont l'original autographe est dans les archives de la famille Carnot, conclut au maintien des places fortes et à la suppression de la milice. Il fut imprimé en 1789. Vers la fin de l'année 1788, Carnot adressa au marquis de Montalembert (qui avait critiqué dans une lettre anonyme son éloge de Vauban) une lettre où il donnait son adhésion aux principes de fortification formulés par le célèbre ingénieur et combattus par les chefs du corps royal du génie. Cette lettre parut en tête d'une nouvelle édition de l'écrit de Montalembert intitulé Réponse au mémoire par plusieurs officiers du corps du génie. Les supérieurs de Carnot s'émurent de cette adhésion publique à leur tenace adversaire, et obtinrent, sous le prétexte d'un duel, une lettre de cachet contre l'audacieux capitaine. Celui-ci fut enfermé dans le château de Béthune, et il n'en sortit que lorsque le ministre Puységur, ayant désigné Carnot pour accompagner le prince Henri de Prusse dans sa visite des fortifications de Vauban, apprit l'incarcération de cet officier et le fit mettre aussitôt en liberté. Le 28 sept. 1789, Carnot adressa, de Béthune, à l'Assemblée nationale, un mémoire intitulé Réclamation contre le regimbe oppressif sous lequel est gouverné le corps du génie^ où il réclama la création d'un comité d'officiers élus par leurs pairs. Au mois d'octobre, il écrivit au ministre de la guerre pour lui demander « de faire éprouver par un comité les nouvelles théories de l'art de fortifier ».

Carnot ne se bornait pas à ses travaux techniques ; le 2 avr. 1790, il rédigea un Mémoire à P Assemblée nationale sur le rétablissement des finances, oti il proposait de payer les dettes de l'Etat avec les biens du clergé en nature. En 1791, Carnot, en garnison à Aire, était membre et président de la Société des Amis de la Constitution de cette ville (Cf. lettre écrite par Carnot en cette qualité, Arch. nat., C. 2, 403 bis). H fit une chute et se blessa gravement à la jambe. Son frère, Carnot-Feulins, le fit transporter à Saint-Omer dans la demeure de M. Dupont, son beau-père. Carnot fut entouré des soins les plus délicats par la fille aînée de ce dernier, et le blessé demanda la main de Sophie Dupont, qu'il épousa le 4 7 mai 1791. Cependant, l'Assemblée constituante allait se séparer et par toute la France on procéda à l'élection de nouveaux députés. Sur les onze représentants que le dép. du Pas-de-Calais envoya à l'Assemblée législative, Carnot- Feulins fut nommé le premier, et Lazare Carnot le neuvième, le 31 août 1791, par 312 voix sur 564 votants.

Les deux frères quittèrent leurs garnisons pour venir à Paris. Ils s'installèrent ensemble au Petit-Carrousel, petit hôtel d' Arras. Ils furent admis à l'Assemblée le 2 oct.

1791, et prêtèrent serment le 4. Pour les distinguer, on désigna Lazare sous le nom de Carnot l'aîné et son frère sous celui de Carnot-Feulins (il y a néanmoins dans la table des procès-verbaux de l'Assemblée législative et dans celle du Moniteur plusieurs confusions entre les deux frères), Carnot fut, le 25 oct. 1791, élu membre suppléant du comité diplomatique, et, le 28, membre du comité de l'instruction publique. Il ne fit pas partie, comme l'ont cru plusieurs biographes et M. H. Carnot lui-même (Mémoires, t. I, p. 203), du comité militaire, dont Carnot-Feulins — ce qui explique l'erreur — était un des membres les plus autorisés. Le 8 nov. 1791, Carnot réclama un décret d'accusation contre les princes français sans exception, et contre Mirabeau cadet. Galonné et le cardinal de Rohan. Le 3 janv. 1792, il demanda la démolition de la citadelle de Perpignan. Sa motion excita le murmure de l'Assemblée. « Je n'aurais jamais cru, s'écria-t-il, qu'en proposant à des Français, en 1792, la destruction d'une bastille, je fusse aussi mal accueilli. Il y a vingt et un ans que je fais le service militaire dans le génie, je ne parle point en aveugle sur cet objet. Si j'ai apporté quelques sentiments dans cette Assemblée, c'est surtout l'amour de la liberté, la haine des tyrans. Je demande donc la destruction de toutes les bastilles du royaume. Les Français de 1792 ne ressembleraient-ils pas aux Français de 1789? » Le 4 janv. il expliqua les raisons de sa demande dans une lettre à ses collègues. Le 19 avr. il attaqua avec ardeur le règlement pubhé par le ministre de la guerre Narbjonne, pour la police intérieure et la discipline des régiments d'infanterie, sans le consentement de l'Assemblée nationale. Il posa la question de l'obéissance passive et la résolut avec une parfaite netteté. « Je soutiens, au contraire, dit-il, qu'un soldat ne doit obéir que quand on lui commande au nom de la loi et en vertu de la loi. » Entre l'obéissance passive du soldat et l'indiscipline qui anéantit les armées, il y a l'obéissance raisonnée. « Oui, concluait-il, une armée qui obéit par raison vaincra toujours une armée agissant machinalement, parce que le soldat libre est meilleur que l'esclave. » La majorité de l'Assemblée n'approuva pas le discours de Carnot, qu'elle refusa d'imprimer. Le 21 avr., Carnot combattit la proposition faite par le comité militaire de former des légions composées d'infanterie et de cavalerie. « Un esprit d'imitation servile, dit-il, ne doit pas nous porter à prendre chez des étrangers des modèles qui ne conviennent ni à notre caractère, ni à notre situation topographique. » Il proposa la création de compagnies franches, semblables à celles qu'avait organisées Vauban. Le 15 mai 1792, il déposa un projet de décret obligeant les voyageurs étrangers à faire à la police une déclaration immédiate de leur état civil. Cette mesure était fondée sur la situation résultant de la déclaration de guerre. Le 16 mai, il fut nommé chevalier de Saint- Louis, après plus de vingt ans de service. Le 9 juin, il présenta le décret accordant une pension aux veuves et aux enfants du maréchal de camp Théobald Dillon et du colonel Berthois, massacrés par leurs soldats à Lille le 29 avr. précédent. Le 25 juil. il fit une motion en faveur de l'armement des citoyens avec des piques. Le 31, il fut désigné avec Gasparin et Lacombe-Saint-Michel pour se rendre au camp de Soissons, où les soldats, se croyant empoisonnés par le pain qui leur avait été distribué, menaçaient de se soulever. Les trois commissaires visitèrent Soissons, Laon et Compiègne, où ils constatèrent un grand enthousiasme parmi les troupes, et ils rendirent compte de leur mission à la Convention le 6 août

1792. Le 10, Carnot fut nommé un des commissaires chargés d'aller faire reconnaître par les armées le nouveau gouvernement. Le 11, il partit pour Parméedu Rhin avec ses collègues Coustard et Prieur, de la Côte-d'Or. Le

CARNOT

44 août, ils arrivèrent à Phalsbourg, et le 15 à Wissembourg, où était l'armée du général Biron. Ils firent prêter serment à tous les officiers, et suspendirent de ses fonctions un jeune officier du génie, Caffarelli du Falga, qui refusa de se soumettre à la loi. Le 17, ils se rendirent à Lauterbourg auprès de Kellermann, de là à Landau auprès de Custine, et ensuite à Strasbourg. Le 5 sept, suivant, Prieur de la Côte-d'Or put annoncer à la Convention que la frontière, de Besançon à Strasbourg, était bien garantie. Ce même jour, Carnot partit pour le camp de Cbâlons, lieu de réunion des volontaires avec lesquels il organisa l'armée chargée de repousser l'invasion.

Le 5 sept. 1792, Carnot fut élu le second des députés du Pas-de-Calais à la Convention par 677 voix sur 753 votants. Il habitait alors à Paris rue Saint-Florentin, ïï^ â. Le 23 sept., il fut désigné pour un des six commissaires chargés d'organiser militairement la frontière des Pyrénées-Orientales. Il se rendit à Toulouse avec ses collègues Garrau et Lamarque, et ne termina sa mission que le 12 déc. Le 12 janv. 1793, les trois commissaires présentèrent leur rapport à la Convention. Carnot assista au procès de Louis XVI, et se prononça pour la mort, le 17 janv. 1793; il explique les motifs de son vote en ces termes : « Dans mon opinion, la justice veut que Louis meure et la politique le veut également. Jamais, je l'avoue, devoir ne pesa davantage sur mon cœur que celui qui m'est imposé; mais je pense que, pour prouver votre attachement aux lois de l'égalité, pour prouver que les ambitieux ne vous effraient pas, vous devez frapper de mort le tyran. Je vote pour la mort. » Carnot faisait partie, depuis le mois d'oct. 1792, du comité de la guefreet du comité diplomatique. Dans le courant de janvier, à une date qui ne se trouve indiquée nulle part, il fut nommé membre du comité de défense générale qui le chargea,' le 25, de préparer un rapport « sur les réunions et incorporations au territoire de la République. » Le 29 janv. 1793, il fit un rapport sur la levée d'une légion pour l'armée des Pyrénées, et le 14 fév. 1793, le rapport sur la réunion à la République de la principauté de Monaco et de communes voisines de la Lorraine. Le 17 févr., il fit mettre à la disposition du ministre de la guerre pour la réparation des fortifications une somme de vingt millions. Ensuite il déposa les projets de décret sur la réunion à la République de Bruxelles (1®^ mars), de l'arr. de Florennes en Belgique (4 mars), du Rouanaisis (6 mars), de Louvain (8 mars) et d'Ostende (9 mars). Le 9 mars 1793, il fit décréter, au nom du comité de défense générale, l'envoi dans les départements de quatre-vingt-deux commissaires pris dans l'Assemblée « à l'effet d'instruire leurs concitoyens des nouveaux dangers qui menacent la patrie, et de rassembler des forces suffisantes pour dissiper les ennemis. » Carnot fut un des commissaires élus. Le 10 mars, il proposa une déclaration des droits du citoyen, qui ne fut pas reproduite par le Moniteur, Le 12, il partit pour l'armée du Nord avec Lesage-Senault. 11 était à Lille le 31 mars, quand il fut adjoint à ses collègues Camus, Quinette, Lamarque et Bancal, dépêchés par la Convention auprès de Dumouriez. Il était en route pour les rejoindre, quand, à Douai, la nouvelle de l'arrestation des représentants et de la trahison du général lui parvint. U fit part de cet événement en termes indignés à la Convention par une lettre du 3 avr. 1793. Le lendemain, il fut confirmé dans ses fonctions de commissaire près l'armée du Nord et des Ardennes. Il déploya une grande activité pour mettre notre frontière en état de défense, visitant toutes les places fortes depuis Lille jusqu'à la mer^ et vit ses pouvoirs renouvelés par la Convention le 30 avr. 1793. Assisté de son collègue Duquesnoy et de son frère Carnot-Feulins, il dirigea l'expédition contre Furnes le 31 mai, et pénétra un des premiers dans cette ville à la tête des troupes. Le i^^ juin, il adressa de Bergues une proclamation aux soldats pour leur reprocher 4e s'être livrés ay pillage, et pour les rappeler au devoir

et à l'honneur. Carnot fit ensuite une nouvelle tournée, se rendit à Cambrai auprès de Custine, qu'il essaya vainement de lancer au secours de Valenciennes. Il fut continué une troisième fois dans sa mission, le 19 juil. 1793. Il fut bientôt rappelé par la Convention qui le fit entrer, le 14 août, dans le comité de Salut publie en même temps que son compatriote et ami Prieur de la Côte-d'Or. Tous deux furent chargés des affaires militaires : Carnot du personnel et du mouvement des armées. Prieur de la fabrication des armes et des munitions, et du service des hôpitaux.

Carnot, que la prise de Valenciennes par les Autrichiens (28 juil.) avait rempli de douleur, songea d'abord à arracher cette place à l'ennemi. Il dressa un plan de campagne et envoya ses instructions au général en chef Bouchard. Le 27 août, il fit envoyer des commissaires à Dunkerque assiégé par les Anglais ; le 28, il ordonna la réquisition de toutes les terres et matières salpôtrées. 11 se rendit lui-même auprès de Bouchard, qui, du 6 au 8 sept., livra et gagna la bataille de Hondschoote qui délivra Valenciennes, Le 9, Carnot, rentré à Paris, fit décréter une instruction pour la formation de l'armée révolutionnaire de Paris; le 10, il fit destituer les administrateurs de la manufacture d'armes de Moulins qui, depuis dix-huit mois, n'avaient encore fourni aucune arme à la République. Le 21 sept., il fit réquisitionner toutes les matières premières concourant à la confection des poudres. Le 29, Maubeuge étant investi par le prince de Cobourg, Carnot fit donner à Jourdan le commandement en chef des armées du Nord et des Ardennes, et lui porta sa commission. II revint à Paris, dressa le plan des opérations et fut chargé par ses collègues d'en diriger l'exécution. Il se fit adjoindre Duquesnoy et son frère Carnot- Feulins. Tous trois se retrouvèrent à Péronne avec Jourdan, le 7 oct. 1793, et établirent leur quartier général à Guise, puis à Avesnes. Le 14, une reconnaissance eut lieu ; le 15, on attaqua l'ennemi, mais l'affaire resta indécise. Le lendemain, Carnot renouvela l'attaque, marcha avec Jourdan et Duquesnoy à la tête des troupes, et força Cobourg à la retraite. La victoire de Wattignies débloqua Maubeuge. Rentré à Paris, Carnot continua son incessant labeur. De son cabinet, il créa quatorze armées, improvisa des généraux, dirigea les opérations militaires, organisa sur toute la frontière la défense nationale et gagna des batailles. Rien de ce qui touchait au service ne lui échappait. Les archives du comité de Salut public prouvent que tous les décrets et toutes les correspondances militaires étaient l'œuvre personnelle de Carnot. Presque toutes les minutes sont de sa main, et témoignent de sa prodigieuse et féconde activité. Aussi faut-il se borner à constater chronologiquement les actes dans lesquels Carnot eut une part plus personnelle.

Le 3 nov. 1793 (13 brumaire an II), Carnot fit un rapport sur la manufacture extraordinaire d'armes établies à Paris; le 15 déc. (25 frimaire), il fit réquisitionner toutes les armes de guerre pour le service delà République.

Dans les derniers mois de l'année 1793 et les premiers de 1794, Carnot se consacra à la direction des opérations militaires qui amenèrent la reprise de Toulon et de Lyon, la destruction des rebelles de la Vendée et la défaite des Autrichiens et des Prussiens par Hoche et Pichegru. Le 1®' avr. 1794 (12 germinal an II), il fit décréter la suppression du Conseil exécutif et des six ministres, et le remplacement de ceux-ci par douze commissions à partir du 1«^ floréal (20 avr.). Le 5 mai (16 floréal an H), il fut élu président de la Convention et, en cette qualité, il répondit le 12 mai (23 floréal), aux citoyens de Genève remerciant du décret sur la translation au Panthéon des cendres de Jean-Jacques Rousseau, et fit l'éloge de ce philosophe; le 16 mai (27 floréal), il affirma, devant une députation du club des Jacobins, sa croyance à l'Etre suprême. Le 20 mai (1«>^ prairial), il quitta la présidence et fut remplacé par Prieur de I^

CAUNOT

Côte-d'Or. Il arrêta ensuite avec Jourdan le plan de campagne qui aboutit à la victoire de Fleurus (26 juin i 794). Carnet ne s'opposa pas à la révolution du 9 Thermidor (27 juil. 1794), et il se chargea d'annoncer aux armées par une circulaire que « la représentation nationale a délivré la France de ses modernes Catilinas ». Le 29 août (13 fructidor an II) il fit licencier le 26« régiment de cavalerie pour faits d'indiscipline et d'incivisme, et décréter que les officiers du génie promus extraordinairement à un grade supérieur pourraient rester dans leur corps et dans l«s fonctions qu'ils remplissaient avant leur promotion. Le même jour, il annonça à la Convention la reprise de Condé, dont la nouvelle venait de parvenir par le télégraphe aérien inventé par Claude Chappe. Le 1er sept^ 1794 (45 fructidor an II), il sortit du comité de Salut public par la voie du sort avec Robert Lindet et Barère, mais, par suite de la démission de Collot d'Herbois et de Billaud-Varenne, il resta en fonctions. Le 22 sept. (1^^ vendémiaire an Ilï), il fit sur la reprise de Landrecies du Quesnoy, de Yalenciennes et de Condé, un rapport dont on publia une traduction italienne (Bibl. nat., 4% 38, 959), Le 20 sept. (8 vendémiaire), Carnot prit part à la discussion sur les moyens de terminer la guerre de la Vendée. Il rappela à celte occasion qu'il avait toujours été partisan d'employer la douceur pour ramener les esprits, mais que la majorité du comité ayant adopté une opinion contraire, il avait dû soutenir celle-ci devant la Convention. Le 3 oct. 1794 (12 vendémiaire an Ilï), il parla en faveur de ses collègues, Barère, Collot d'Herbois et Billaud-Varenne; le 6 (15 vendémiaire), il annonça la prise de Juliers et, le même jour, il sortit du comité de Salut public. Il y rentra le 5 nov. (15 brumaire), après les trente jours réglementaires : le 12 (22 brumaire), il rendit compte des succès remportés par les armées de terre et de mer, et il fit décréter que l'armée du Nord et la division du contre-amiral Nielly avaient bien mérité de la patrie. Le 2 déc. 1794 (12 frimaire an III), il fit rendre un décret accordant l'amnistie aux habitants des départements de l'Ouest qui poseraient les armes dans le mois suivant la publication dudit décret. Le 23 déc. (3 nivôse), il fit rayer le général Marescot et sa femme de la liste des émigrés; le 30 (10 nivôse), il annonça la prise du fort du Rhin de Mannheim, et proposa de décréter que l'armée du Rhin ne cessait de bien mériter de la patrie. Le 2 janv. 1795 (13 nivôse an III), il rendit compte de la victoire remportée sur les bords du Wahal ; le 9 févr. (21 pluviôse), il çendit compte de ses dépenses dans les diverses missions remplies par lui ; le 20 févr. (2 ventôse), il fit un rapport sur la situation dans les provinces unies; le 5 mars (15 ventôse), il sortit du comité de Salut public, et déclina toute réélection. Le 21 mars (1er germinal), il fut promu au grade de chef de bataillon du génie. Les 22, 23 et 26 mars (2, 3 et 6 germinal), il intervint courageusement en faveur de Barère, Collot d'Herbois„gt Billaud-Varenne, accusés de complicité avec Robespierre. 11 déclara qu'il avait signé un grand nombre de pièces sans les lire, « par la nécessité absolue, par l'impossibilité physique de faire autrement ». Le 29 mai (9 prairial), Henri Larivière réclama l'arrestation de Carnot; mais un député s'écria : « Oserez-vous porter la main sur celui qui a organisé la victoire dans les armées françaises? » et l'Assemblée passa à l'ordre du jour. Le 1®^ oct. 1795 (9 vendémiaire an IV), Carnot appuya la réunion de la Belgique à la France, et le 22 oct. (30 vendémiaire), il prit la défense de Jourdan, accusé pour avoir battu en retraite. Le 26, la Convention tint sa dernière séance et fut remplacée par les conseils des Anciens et des Cinq-Cents. Carnot avait été élu par quatorze dép. (Creuse, Haute-Garonne, Loire-Inférieure, Maineet-Loire, Manche, Mayenne, Morbihan, Moselle, Nord, Orne, Puy-de-Dôme, Basses-Pyrénées, Sarthe et Vosges). Il opta pour la Sarthe, dont la notification lui était arrivée la première, et prit place au conseil des Anciens. Un des

cinq membres du Directoire exécutif, Siéyès, ayant donné sa démission, Carnot. qui venait de refuser le ministère de la guerre, fut choisi, le 4 nov. 1795 (2 brumaire an IV), comme candidat contre Cambacérès, porté par la minorité réactionnaire. Le lendemain 5, il fut élu membre du Directoire par 117 voix sur 213 votants, et il accepta, le 6, sa nomination. Il fut spécialement délégué aux afl'aires militaires. Il s'occupa d'abord de réorganiser les bureaux de la guerre, où Clarke et Dupont furent chargés de la correspondance, et il prit pour secrétaire un capitaine du génie, Alexandre Allent, originaire de Saint-Omer. Il reconstitua le cabinet topographique et historique, qu'il confia à Clarke. Les cadres de l'état-major furent remaniés. Pichegru fut remplacé par Moreau, Scherer par Bonaparte: Jourdan fut maintenu dans son commandement, et Hoche en Vendée. Carnot régla avec Bonaparte le plan de la brillante campagne qui amena la conquête de l'Italie et le traité de Campo-Formio. H se tenait en correspondance avec les commandants d'armée et ses lettres à Bonaparte, à Moreau et à Jourdan, témoignent de son activité

Le 30 av. 1796 (10 floréal an IV), Carnot fut élu président du Directoire, et il occupa ces fonctions pendant les trois mois réglementaires, jusqu'au 29 juil. 1796 (11 thermidor an IV). Il prononça en celte qualité des discours aux fêtes de la Reconnaissance et des Victoires (29 mai 1796-10 prairial an IV), et du 9 Thermidor (27 juil. 1796-9 thermidor an IV). Le i^^ août 1796 (14 thermidor an IV), il fut élu membre de la l'^^ classe de l'Institut, qu'il avait contribué à fonder, dans la section des mathématiques en remplacement de Vanderraonde. En déc. 4796, il publia le tableau des campagnes des Français depuis le 8 sept. 1793 jusqu'au 3 févr. 1795. En même temps il combina avec Hoche le plan de l'expédition d'Islande qui échoua. Le 28 mai 1797 (9 prairial an V), Carnot devint pour la seconde fois président du Directoire, et en cette qualité il porta la parole aux fêtes du 14 juil. et du 10 août (26 messidor et 23 thermidor an VIII). Le 26 août 1797 (9 fructidor an V), il fut remplacé dans ses fonctions de président par La Revellière-Lépeaux. Carnot était en mésintelligence avec trois de ses collègues. Barras, Reubell et La Revellière, et il marchait d'accord avec le nouveau directeur, Barthélémy, que l'influence réactionnaire avait porté au pouvoir. De là contre lui des accusations et des récriminations qui s'étaient produites publiquement, notamment dans une lettre de l'ex-conventionnel Lacombe-Saint-Michel, publiée dans le Moniteur du 14 avr. 1797 (25 germinal an V). Cette hostilité se traduisit le 18 fructidor an V (4 sept. 1797), par un coup d'Etat dirigé par Barras contre Carnot et Barthélémy. Carnot, prévenu à temps, grâce au dévouement de son frère, parvint à s'enfuir et à se cacher à Paris jusqu'au 10 sept. (24 fructidor), puis à Saint- Cloud, chez la femme de son compatriote et ancien collègue Oudot. Le 5 sept. (19 fructidor), il avait été condamné à la déportation et, le 9, remplacé au Directoire par François de Neufchâteau. Le 25 déc, il fut exclu de l'Institut et remplacé par son protégé Bonaparte. Le 2, il avait pu, à la faveur d'un déguisement, partir pour la Suisse. Il résida d'abord à Genève, mais dénoncé il dut fuir et aller à Nyon, où il se trouva lors du passage de Bonaparte, se rendant au congrès de Rastadt. H obtint ensuite un passeport sous le nom de Jacquier, erra en Suisse et dans le sud de l'Allemagne, et se fixa enfin dans le village de Lutzelbourg. C'est là qu'il composa et fit imprimer sa Réponse au rapport fait sur la conjuration du i8 fructidor au conseil des Cinq-Cents par J,-Ch, Bailleul, Dans cet ouvrage, qui porte la date du 8 floréal an VI (27 avr. 1798), Carnot se défendit énergiquement contre les accusations de royalisme portées contre lui. Il alla ensuite à Nuremberg. C'est là que lui parvint la nouvelle du coup d'Etat du 18 brumaire (9 nov. 1799) contre le Directoire. Le premier consul Bonaparte

CARNOT

autorisa Carnot, le 24 déc. 1799, à rentrer en France et lui assigna Paris pour résidence. Le 7 févr. 1800 (18 pluviôse an VIIÏ), Carnot fut nommé inspecteur général aux revues; le 15 mars (24 ventôse), il obtint des voix au Corps législatif pour un siège de sénateur, et le 2 avr. (12 germinal an Vill), il devint ministre de la guerre en remplacement de Berthier, appelé au commandement de l'armée de réserve. Le 26 mars il était rentré à Tlnstitut, dans la section des arts mécaniques, en remplacement de Jean'Bapiiste Le Roy.

Le 6 mai 1800 (16 floréal an VIII), Carnot partit pour l'armée du Rhin auprès du général Moreau, tandis que Bonaparte allait se mettre à la tète de l'armée de réserve. 11 avait pour mission de décider Moreau à détacher de son armée une division qui prêterait son appui à Bonaparte. II arriva à l'armée du Rhin le 10 mai (20 floréal), alors que Moreau livrait aux Autrichiens la bataille de Biberach qui se termina par la défaite des ennemis. Carnot réussit dans sa mission et rejoignit à Lausanne le premier consul. 11 revint à Paris le 24 mai, en s' arrêtant à Dijon et à Nolay. Il apporta dans ses fonctions une intégrité rare. Il diminua les frais de bureaux et refusa les cadeaux que les entrepreneurs avaient coutume d'offrir au ministre lorsqu'ils obtenaient une adjudication (Cf. Mémoires d'Hipp, Carnot sur son père, t. Il, p. 217). 11 avait fait délivrer, le 8 floréal (29 avr. 1800), un sabre d'honneur à La Tour d'Auvergne qui le remercia par une lettre du même jour, dont je possède roriginal. Le 11 fructidor (28 août), il donna sa démission, que Bonaparte refusa d'accepter. Le 22 sept, (cinquième jour complémentaire anVilI), il prononça un discours lors de la translation des cendres de Turenne à l'hôtel des Invalides. Il renouvela sa démission, et le 8 oct. 1800 (16 vendémiaire an IX), il quitta le ministère de la guerre. Le 20 oct., Lacuée proposa aux consuls d'inscrire Carnot sur la liste des généraux de division, mais Bonaparte s'y opposa. Carnot se démit, le 10 dée. 1800, de ses tonctions d'inspecteur général aux revues, et il se retira à Saint-Omer avec sa famille. C'est là que naquit, le 6 avr. 1801, son second fils, Hippolyte. Carnot s'adonna à ses travaux scientifiques et publia son ouvrage : De la Correlation des figures de géométrie, qui fut traduit en allemand. Carnot avait conservé des amis dévoués; dans divers scrutins, il obtint au Corps législatif des voix pour être nommé sénateur (séances des 9 frimaire, 5 nivôse, 4, 14 et 27 pluviôse, 6, 22 et 25 ventôse an IX-30 nov. 1800 au 16 mars 1801). Porté sur la liste nationale par les électeurs du Pas-de-Calais, il fut choisi par le Sénat comme membre du Tribunat, le 27 mars 1802. Il revint donc à Paris, et s'installa rue Saint-François, au Marais. Fidèle à ses principes, il vota contre la création de la Légion d'honneur (9 mai 1802), contre le consulat à vie (3 août 1802),^et contre l'établissement de l'Empire (1®^ mai 1804). Le 14 juin suivant, il fut nommé membre de la Légion d'honneur avec tous ses collègues. Il continua à siéger au Tribunat, et il devint, le 20 oct. 1804, membre de la section de l'intérieur. 11 ne cessa ses fonctions que lors de la suppression du Tribunat. Carnot n'avait pas abandonné ses études scientifiques; en 1803, il avait publié sa Géométrie de position, qui fut mentionnée par le jury des prix décennaux, et ses Principes fondamentaux de Véquilibre et du mouvement. Il était assidu aux séances de l'Institut et, rentré dans la vie privée, il se consacra à ses travaux. Il vivait heureux et tranquille dans sa maison de Presles, près de La Ferté-Alais. Sur la demande de Maret, duc de Bassano, Napoléon donna à l'ancien ministre de la guerre, le 23 août 1809, une pension de retraite de 10,000 fr. Il le chargea en même temps de composer pour l'école de Metz un ouvrage sur la défense des places fortes. Carnot se mit à la besogne et publia, en dSlO, ce remarquable livre, qui fut traduit dans toutes les langues. Au commencement de févr. 1813, il eut le malheur de perdre sa femme.

Cependant la France fut menacée par l'étranger, et Carnot offrit, le 21 janv. 1814, ses services à Napoléon, par une lettre devenue historique, et dont l'original a fait partie de la collection Benjamin Filîon et a été acquis par le prince d'Orange. Le 25, il fut rappelé à l'activité comme général de division et nommé gouverneur d'Anvers. Il arriva le 1«' févr. dans cette ville, dont il organisa la défense, de telle sorte que toutes les tentatives de bombardement et d'assaut échouèrent. Il ne quitta Anvers que le 3 mai d814, sur l'ordre du gouvernement royal, pour ne pas assister à la reddition de la place. Il rentra à Paris et fut accueilli froidement par Louis XVIII et par les princes. Profondément touché des malheurs de sa patrie, il rédigea un mémoire au roi sur les caractères d'une juste liberté et d'un pouvoir légitime. Ce mémoire fut publié et fit grand bruit.

Le jour même de son retour à Paris, le 20 mars 1815, Napoléon nomma Carnot ministre de l'intérieur et comte de l'Empire, la fonction entraînant après elle la dignité. Carnot s'opposa à VActe additionnel, mais vainement. Le 27 avr., il établit en France l'enseignement mutuel par la création de la Société pour V instruction élémentaire, qui est encore florissante. Créé pair de France le 2 juin 1815, il fit à la Chambre des pairs un exposé de la situation de l'Empire.

Il ne réussit pas à dissuader Napoléon de son plan de campagne qui aboutit à Waterloo. Après l'abdication de l'empereur, il fut élu, le 22 juin, membre du gouvernement provisoire par la Chambre des représentants. H ne put faire prévaloir ses énergiques résolutions et sauver Paris de l'occupation étrangère ; il conseilla à Napoléon de se réfugier aux Etats-Unis, et lui-même il abandonna toutes fonctions le 8 juiL, et se retira à Presles. Le 24, il fut proscrit. Il répondit à cet acte par un Exposé de la conduite politique du lieutenant général Carnot depuis le y®^' juiL i8i4. Il obtint un passeport de l'empereur de Russie Alexandre 1«% et quitta la France avec son fils Hippolyte. Il arriva à Bruxelles le 20 oct. 1815, en repartit le 4 nov., s'arrêta à Munich et parvint à Vienne le 19 déc. Il n'y resta que deux jours et se rendit à Cracovie, d'où il partit le 31 déc. pour Varsovie où il arriva enfin le 6 janv. 1816. Là, il apprit plus tard qu'il avait été compris dans l'ordonnance du 14 janv. 1816 contre les régicides et exclus de l'Institut, le 21 mars suivant.

Des raisons de santé et de fortune firent abandonner Varsovie à Carnot qui demanda asile au gouvernement prussien. II obtint l'autorisation de se fixer à Magdebourg, toujours accompagné de son fils. Il y vécut honoré de tous, comme en témoignent les nombreuses correspondances conservées dans les archives de la famille Carnot. L'illustre exilé s'occupait encore de science et de littérature. En 1820 parurent des Opuscules poétiques et Don Quichotte, poème héroï-comique en six chants. La santé du proscrit déclina peu à peu,^^algré les soins touchants dont l'entourait son fils. Carnot mourut à Magdebourg le 2 août 1823, à l'âge de soixante-dix ans. Le 5 août, son corps fut déposé dans 'es caveaux de l'église Saint-Jean, et transporté plus tard au cimetière de Magdebourg.

La mémoire de Carnot est chère à la France. La postérité glorifie en lui le savant auquel Arago a rendu un public hommage, le citoyen qui a été un des fondateurs de la République, le guerrier et l'administrateur qui a créé et dirigé les armées républicaines, et qui a le plus contribué à sauver son pays de l'invasion étrangère, le sage patriote qui n'a jamais désespéré de la fortune de la France, l'homme probe et désintéressé qui est mort pauvre et proscrit, et elle l'a décoré à jamais du magnifique surnom d'Organisateur de la victoire. En 1820, un Allemand, le docteur Koerte, et, en 1824, le professeur Tissot écrivirent la vie de Carnot et vengèrent l'illustre exilé de l'ingratitude passagère de ses compatriotes. En 1834,

CARNOT

la ville d'Anvers éleva un monument à son défenseur. Le 21 août 1837, Arago prononça l'éloge de Carnot dans une séance de l'Académie des sciences. En 1848, on proposa, dans le sein de l'Assemblée nationale, de ramener en France les restes de Carnot. En 1863, M. Hipp. Carnot consacra à son père deux volumes, qui sont un monument de piété filiale et de restitution historique. En 1881, la ville de Nolay fit ériger une statue à Carnot. En 1886, le ministère de l'instruction publique décida la publication de la correspondance de l'illustre conventionnel, et cette tâche a été dévolue à l'auteur du présent article. Enfin, le 10 juil. 1889, une loi ordonna le transport au Panthéon des cendres de Carnot, de Marceau, de La Tour d'Auvergne et de Baudin. M. Adolphe Carnot et M, le lieutenant Carnot, frère et fils de M. le président de la République, allèrent, avec M. Poubelle, préfet de la Seine, chercher à Magdebourg les restes de Carnot, qui leur furent solennellement remis par les autorités allemandes. Le 4 août suivant, les cendres de l'organisateur de la victoire furent conduites triomphalement au Panthéon.

Les ouvrages de Carnot sont nombreux. En voici la liste; je n'y ai pas inscrit les rapports faits au nom des comités, et les discours de circonstance qui ont été mentionnés à leur ordre chronologique dans cette biographie :

Essai sur les machines en général (Dijon, 1784, in-8, 2« édition en 1786) ; Eloge de M. le maréchal de Vauban, enrichi dé notes relatives à sa vie (Dijon, 1784, in-8) ; Observations sur la lettre de M, Choderlos de Laclos à MM, de r Académie française concernant V Eloge de Vauban par M. Carnot (Arras, 1786, in-8) ; Mémoire présenté au Conseil de la guerre au sujet des places fortes qui doivent être démolies, ou examen de cette question : Est-il avantageux au Roi de France qu'il y ait des places fortes sur les frontières de ses Etats? (Paris, 1789, in-8); Réclamation adressée à rassemblée nationale contre le régime oppressif sous lequel est gouverné le corps royal du génie, en ce qu'il s'oppose aux progrès de Vart et au bien qu'il serait possible de faire (Paris, 1789, in-4); Carnot Vaîné, député du Pas-de-Calais, a ses collègues (au sujet des Bastilles) (Paris, 5 janv. 1792, in-8) ; Rapport fait à la Convention nationale par ses commissaires Carnot, Garrauet Lamarque, envoyés par elle aux frontières des Pyrénées, présenté à la Convention le i2 janv, i793 (in-8) ; Déclaration des droits du citoyen (Paris, 10 mars 1793, in-8); Compte rendu, en exécution du décret du 2i nivôse an lll, par Carnot, représentant du peuple, de ses dépenses dans les diverses missions qu'il a remplies (Paris, 21 pluviôse an lll, in-8) ; Opinion de Carnot, représentant du peuple, sur V accusation proposée contre Rillaud-Varenne, Collot d'Herbois, Barère et Vadier, par la commission des vingt et un (Paris, germinal an IIl, in-8) ; Premier tableau des campagnes des Français depuis le 8 sept, i 793.,, jusqu'au 15 pluviôse an lll (Paris, an V, in-4) ; Second tableau des campagnes des Français du 15 pluviôse an lll au 1^^ ventôse an V (Paris, an V, in-4) ; Réflexions sur la métaphysique du calcul infinitésimal (Paris, 1797, in-8; 4«éd., 1860; traduit en anglais et en allemand) ; Œuvres mathématiques (Bàle, 1797, in-4); Réponse de L.-N.-M. Carnot, citoyen français, Vun des fondateîirs de la République et membre constitutionnel du Directoire exécutif, au rapport fait sur la conjuration du 18 fructidor au Conseil des Cinq-Cents par J.-C. Bailleul (8 floréal an VI, in-18, traduit en allemand et en anglais) ; Lettre du citoyen Carnot au citoyen Bossut contenant des vues nouvelles sur la Trigonométrie (Paris, 30 fructidor an VIII, in-8) ; De la corrélation des figures de géométrie (Paris, 1801, in-8, traduit en allemand par Schellig) ; Géométrie de position à l'usage de ceux qui se destinent à mesurer les terrains (Paris, 1803, in-4, traduit en allemand par Heiligenstein et Schumacher) ; Principes fondamentaux

de l'équilibre et du mouvement (Paris, 1803, in-8, traduit en allemand) ; Discours prononcé par le citoyen Carnot sur la motion relative au gouvernement héréditaire (11 floréal an Xll, in-8); Mémoire sur la relation qui existe entre les distances respectives de cinq points quelconques pris dans V espace, suivi dhm Essai sur la théorie des transversales (Paris, 1806, in-4) ; De la défense des places fortes, ouvrage composé par ordre de sa Majesté impériale et royale pour V instruction des élèves du corps du génie {^dxh, 1810, in-4, traduit dans presque toutes les langues de l'Europe) ; De la stabilité des corps flottants, rapport fait a la première classe de V Institut sur un mémoire de M. Ch. Dupin (Paris, 1814, in-4); Mémoire adressé à S, M. Louis XVlll, roi dé France (PsiTh, 1814, in-8, traduit dans plusieurs langues) ; Exposé de la situation de l'Empire présenté à la chambre des Pairs par le ministre de l'intérieur (Paris, 1815, in-4); Exposé de la conduite de M, le lieutenant général Carnot depuis le l^^'juil. 1814 (Pms, 1815, in-8); Opuscules poétiques (Paris, 1820, in-8) ; Don Quichotte, poème héroïcomique en six chants (Leipzig, 1820, in-8); Télémaque dans file de Calypso, poème par madame la comtesse de Belz (Paris, Berlin, 1822, in-8) ; Mémoire sur la fortification primitive, pour servir de suite au fruité de la défense des places fortes (Paris, 4 823, in-4). On a faussement attribué à Carnot un Recueil de lettres de deux amants (Paris, an IX, 9 vol. in-18) ; le Second mémoire de Carnot (Hambourg, 1799, in-12) ; la Correspondance de Napoléon Bonaparte avec le comte Carnot pendant les Cent-Jours (Paris, 1819, in-8), et la Correspondance inédite de Carnot avec Napoléon pendant les Cent-Jours (Paris, 1819, in-8). U existe peu de portraits authentiques de Carnot. Je signalerai une miniature et le portrait gravé de la collection Bonneville, tous deux en costume de directeur, le portrait peint par L. Boilly en 1812 (reproduit dans la Révolution française), celui peint par Van-Brée en 1814 avec le costume de général de division, et le médaillon par David d'Angers. Tous ces portraits appartiennent à M"*® H. Carnot ou à M. le président de la Répubhque, et ils ont figuré, en 1889, à ;i'exposition historique de la Révolution. Etienne Charavay.

BiBL. : Sources originales. — Archives du comité de salut public aux Archives nationales. — Procès-verbaux du comité de défense générale et du comité de salut public (en voie de publication par M. Aulard pour le ministère de l'instruction publique). — Archives du ministère de la guerre. — Archives de la famille Carnot. — Documents personnels.

Sources imprimées. — Procès-verbaux de TAssemblée législative, de la Convention, du Directoire exécutif et du Tribunat. — Moniteur universel. — Bâvon de B*** (Charles Doris), Vie privée, politique et morale de Lazare-NicolaS'Marguerite Carnot; Paris, 1816, in-12. — Sérieys, Carnot, sa vie politique etprlvée; Paris, 1816, ifi-12. — Théophile Mandar, Notice biographique sur le général Carnot et le duc d'Otrante; Paris, 1818, in-4. — Guillaume KÔRTE, Bas Leben L,-N,-M, Carnots; Leipzig, 1820, in-8. — P. -F, TissoT, Mémoires historiques et militaires sur Carnot; Paris, 1824, in-8. — Arago, Biographie de Lazare-NicolaS'Marguerite Carnot, membre de la première classe de VInstitiU de France, lue le lundi 21 août 1831; Paris, 1850, in-4. — Mémoires sur Carnot, par son fils Hippolyte Carnot; Paris, 1863, 2 vol. in-8.— Charles RÉMOND, Notice biographique sur le grand Carnot; Dijon, 1880, in-8. — H. Dépasse, Carnot; Paris, 1883, in-18. — A. PiCAUD, Carnot, l'organisateur de la victoire; Paris, 1885, in-8; nouvelle édition en 1887 avec appendice d'Etienne Charavay. — A. Burdeau, Une Famille de patriotes, par un député; Paris, 1888, in-8. — Léon Hennet, Lazare -Carnot; Paris, 1888, in-8. — G. Hubbard, Une Famille républicaine, les Carnot; Paris, 1888, in-8. — Maurice Dreyfous, les Trois Carnot; Paris, 1888, in-8. — M. BoNNAL, Carnot d'après les archives nationales, le dépôt de la guerre et les séances delà Convention; Paris, 1888, in-8.

CARNOT (Claude-Marguerite), né à Nolay en 1754, mort à Dijon en 1808, frère du précédent. Jurisconsulte; après avoir occupé avec distinction différents postes dans la magistrature, il fut nommé procureur général à Dijon. Il

CARNOT

mourut sur son siège en pleine audience, subitement, d'une attaque d'apoplexie, et n'eut que le temps d'adresser à ses collègues ces énergiques paroles : « Vous allez voir comment on passe courageusement de la \ie à la mort ! »

CARNOT (Sadi-Nicolas-Léonard), fils aîné du conventionnel, né à Paris le ler juin 1796,mort le 24 août 1832. Officier d'état-major, physicien et mathématicien. Reçu à l'école polytechnique à seize ans, il prit part à la défense de Paris en 1814, après avoir écrit à Napoléon J'adresse par laquelle les élèves de l'école demandaient à défendre le sol envahi. Bientôt lieutenant d'état-major au concours, il dut démissionner en 1819 devant le mauvais vouloir de ses chefs. 11 se consacra alors à la science, et étudia spécialement les lois de la chaleur et les applications de la vapeur à la mécanique. Il mourut du choléra en 1832. Le principal titre de gloire de Sadi Carnet est son célèbre mémoire : Réflexions sur la puissance mo-trice du feu et sur les machines propres a développer cette puissance (Paris, 1824). La grande originalité de cette étude consiste dans le rôle qu'y joue la notion de^ravail mécanique dont les géomètres seuls faisaient usage jusque-là. Elle mérite par là d'être considérée comme le point de départ de la physique moderne. — Frappé de l'importance des machines à vapeur, Carnot, sans se préoccuper comme ses devanciers de la nature de la chaleur, se posa d'une manière méthodique et générale le problème des relations entre la chaleur et le travail. On ignorait si la puissance motrice du feu était limitée ; on se demandait si on n'arriverait pas, en perfectionnant les machines, à produire une quantité indéfinie de travail avec une quantité finie de combustible. Carnot, grâce à un mode de raisonnement très général, prouva que c'était une illusion. Guidé par l'exemple des machines hydrauliques, qui ne fonctionnent que grâce à la différence de niveau, il remarqua que dans toute machine thermique il y a \ chute de température ; il n'y a pas transformation de chaleur en travail sans l'emploi de deux sources à des températures différentes. C'est ainsi que la chaudière et le condenseur d'une machine à vapeur sont à des températures différentes. On constate cette chute dans toutes les machines connues; on admet qu'elle existera de même dans toutes les machines qu'on pourra inventer.

Cet énoncé du principe de Carnot est en quelque sorte qualitatif. Pour le mettre en équation, Carnot considéra le rendement ou coefficient économique de la machine, c.-à-d. le rapport du travail produit à la quantité de chaleur fournie par la source chaude. Il montra que le rendement est maximum quand le cycle d'opérations décrites par la machine est réversible en son entier. Il fut ainsi amené à étudier un cycle particulier qui joue un rôle capital dans la théorie des machines à vapeur ; ce cycle qui porte son nom est composé de deux isothermes et de deux adiabatiques. En appliquant à ce cycle le principe général qu'il ne peut y avoir de travail sans chute de température, il démontra que le rendement maximum dans une machine réversible est indépendant de la nature du corps qui effectue la transformation de la chaleur en travail. Il énonçait ce résultat dans les termes suivants : « Le maximum de puissance motrice résultant de l'emploi de la vapeur est aussi le maximum de puissance motrice réalisable par quelque moyen que ce soit. » 11 arrêtait ainsi ceux qui pensaient obtenir un rendement indéfiniment croissant. Ce rendement ne dépendant que des limites de température entre lesquelles la machine fonctionne, il en tira immédiatement cette conséquence extrêmement importante que l'on peut mesurer une différence de température par le travail d'une unité de chaleur passant de la source chaude à la source froide. Les températures ainsi définies sont dites températures absolues, car elles ne dépendent pas de la nature du corps thermométrique. Pour vérifier expérimentalement la justesse de son principe, Carnot calcula le rendement d'une machine à vapeur entre 99« et 100^ au

moyen de données relatives à la vapeur d'eau. Puis il fit le même calcul pour la vapeur d'alcool et pour l'air : il trouva toujours le même nombre. Le principe de Carnot est une des deux lois fondamentales de la thermodynamique. La seconde loi, celle de l'équivalence, lut également aperçue par lui. Il résulte en effet des notes inédites publiées récemment (1871) à la fin de son ouvrage, qu'il était arrivé à la notion de l'équivalence entre la chaleur et le travail mécanique. « D'après quelques idées que je me suis formées sur la théorie de la chaleur, dit-il, la production d'une unité de force motrice nécessite la destruction de 2,70 unités de chaleur. » L'unité de puissance motrice représentant le poids d'un mètre cube élevé à un mètre de hauteur, si l'on calcule d'après ces nombres l'équivalent mécanique de la chaleur dans le système du kilogrammètre on trouve —^ ou 370. Le nombre adopté aujourd'hui est 425. La valeur de Carnot est trop faible d'un huitième environ. Carnot voulait vérifier par Texpérience ses idées et il avait projeté une série d'expériences qui sont celles-là mêmes que l'on a faites depuis. Ainsi, bien que la mort ait empêché Sadi Carnot de faire connaître la notion de l'équivalence, on voit pourtant que le seul fait d'avoir introduit dans la science la considération du travail mécanique l'avait amené à la découverte de la thermodynamique tout entière. Aussi, sir William Thomson a-t-il pu écrire que, dans toute l'étendue du domaine des sciences, il n'y a rien de plus grand à son avis que l'œuvre de Sadi Carnot. D. Berthelot. CARNOT (Lazare-Hippolyte), homme politique français, deuxième fils du grand Carnot, né à Saint-Omer le 6 oct. 1801, mort à Paris le 16 mars 1888.11 cassa sa première jeunesse en exil avec son père, vint plusieurs fois en France, mais ne se fixa définitivement à Nolay, dans la maison patrimoniale, qu'après la mort de son père en 1823. N'ayant que peu de fortune et ne pouvant sous la Restauration occuper des fonctions pubhques, il songea d'abord à entrer au barreau. Il commença des études de droit, mais y renonça bientôt, à cause de l'obligation de prêter serment de fidélité au roi, imposée à ceux qui voulaient se faire inscrire au tableau des avocats. Attiré irrésistiblement vers l'étude des questions sociales qu'il estimait devoir couronner l'œuvre de la Révolution française, il devint un adepte de l'école de Saint-Simon, et rédacteur à un des journaux de cette école, le Producteur. En 1830, il commença à se séparer du Père Enfantin qui prétendait que l'organisation sociale était indépendante de la forme du gouvernement, et il fut un des combattants de l'insurrection de Juillet. Il quitta définitivement le saint simonisme lorsque le Père Enfantin voulut transformer cette école sociétaire en un culte dont il serait le grandprêtre. Entre temps, Hippolyte Carnot avait fait partie de la Société pour la propagation de l'instruction élémentaire que son père avait fondée. Il avait voyagé en Angleterre, en Suisse, en Hollande, et collaboré assidûment au Globe, à V Organisateur, à la Revue Encyclopédique, En 1837, bien qu'il fût absent, il fut choisi comme candidat de l'opposition par quatre collèges électoraux de Bourgogne : Dijon, Beaune, Autun et Chalon, mais ne fut point élu. Ce ne fut qu'en 1839 qu'il entra à la Chambre des députés, après la dissolution. Il y fut envoyé par un des collèges électoraux de Paris, avec 829 voix contre 602, recueillies par M. Michel, président du tribunal de commerce. Il fut réélu en 1842 et en 1846. Pendant la durée de ces trois mandats, il fit partie de la gauche, mais donna plusieurs fois son appui au ministère de M. Thiers. 11 prit naturellement une part active à la campagne des banquets réformistes qui hâta la chute du gouvernement de Louis-Philippe. Au 24 févr. 1848, il fut de ceux dont l'avis prévalut : qu'il fallait proclamer la République. Le gouvernement provisoire lui donna le portefeuille de Tinstraction publique. Dans ces hautes fonctions, il s'occupa surtout de l'enseignement primaire qui était fort négligé et dont les maîtres n'avaient souvent que 300 fr. de traitement

CARNOT

annuel. Il déposa un projet de loi qui tendait à introduire dans notre législation l'obligation et la gratuité de l'enseignement primaire, restant muet sur la question de laïcité. Il décréta la gratuité de l'école normale; prescrivit l'enseignement agricole et les exercices corporels dans les écoles primaires, fonda l'école d'administration et prépara renseignement secondaire des filles. Le 5 juil., à propos d'un Giiide pour les instituteurs de M. Renouvier, il fut mis en minorité de onze voix à l'Assemblée nationale, et donna sa démission.

Le 23 avr. 1848, H. Carnet avait été élu représentant du peuple à l'Assemblée nationale constituante, par le dép. de la Seine, avec 195,608 voix. Il ne fut pas réélu aux élections générales pour la Législative et ne rentra à la Chambre que le 10 mai 1850, lors d'une élection partielle dans la Seine, en même temps que Flotte et Vidal. Lors du coup d'Etat du 2 déc. 1851, H. Carnot chercha à organiser la résistance à main armée et fut un des sept signataires de la dernière protestation des représentants du peuple, pourtant il ne fut pas compris dans les décrets de proscription signés par le prince président, Louis-Napoléon Bonaparte. Le 29 fév. 1852, H. Carnot fut élu député de la Seine au Corps législatif, mais refusa de siéger parce qu'il fallait prêter serment de fidélité à l'empereur. Réélu en 1857, il ne siégea point pour la même raison. En 1864, élu une troisième fois à Paris, depuis le commencement de l'Empire, il entra au Palais-Bourbon où il fit partie du groupe des trente-cinq opposants. Aux élections générales de 1869, il fut battu par Gambetta d'abord et par Henri Rochefort ensuite, lorsque Gambetta eut opté pour Marseille. Le gouvernement de la Défense nationale le nomma maire du vlll^ arrondissement de Paris, et aux élections générales du 8 fév. 1871, il fut élu en Seine-et-Oise le cinquième sur onze, avec 20,089 voix. Enfin, après le vote de la Constitution de 1875, le 16 déc. de cette année-là, il fut élu par l'Assemblée nationale, sénateur inamovible, au 6® tour de scrutin par 344 voix sur 681 votants. Malgré son grand âge, H. Carnot prenait une part active aux travaux de la Haute Chambre qu'il présida comme doyen d'âge en 1885, en 1887, et la dernière fois en 1888, quelques jours après que le Congrès eut appelé son fils à la présidence de la République. Peu avant sa mort, il avait fondé une société de THistoire de la Révolution française. Outre ses nombreux articles dans les journaux et revues dont nous venons de parler, H. Carnot a laissé : Gunina, nouvelle traduite de Van den Welde (1824, in-12) ; Chants helléniques de Wilhelm Muller (1828, in-12); Exposé de la doctrine sainUsimonienne (1830, in-8) ; Mémoires de Henri Grégoire^ ancien évéque de Blois (1837, 2 voL in-8); Quelques réflexions sur la domesticité (1838, in-8) ; Devoirs civiques des militaires (1838, in-8) ; les Prisons et le Système pénitentiaire (iS 4^0, in~8); Notice sur Barère (1842, in-12); r Esclavage coloîiial (1845, in-8) ; Notice sur Joseph Lakanal (1845, in-12); les Radicaux et la Charte (1847, broch. in-8) ; le Ministère de V Instruction publique et des cultes depuis le 24 fév, jusqu'au 5 juiL i848 (1849, in-8); Mémoires sur Carnot par son fils (1861-1864, 2 vol. in-8) ; la Révolution française, résumé historique (1867, 2 vol. in-12); Lazare Hoche (1874, in-12). Et, en collaboration avec David d'Angers : Mémoires de Bertrand Barère (1842-1843, 4 vol. in-8). ' L. LucipiA.

CARNOT (Marie-François-Sadi), président de la République française, fils du précédent, né à Limoges le 11 aoiit 1837. Il fait ses humanités au lycée Bonaparte, et entre le cinquième à l'Ecole pol} technique en 4857. A la suite d'une maladie grave, il obtient de recommencer une année d'études, regagne le temps perdu, car il entre le premier à l'Ecole des ponts et chaussées et y conserve ce rang jusqu'à sa sortie, en 1863. D'abord secrétaire-adjoint du conseil des ponts chausgryVnde encyclopédie. — IX.

sées, il est envoyé ensuite à Annecy, où il exécute d'importants travaux, et notamment le grand pont de Collonge sur le Rhône, près de la frontière suisse. Par ce travail, il inaugure un procédé nouveau de fondation tubulaire. On lui doit aussi un système de vannage automobile. Il est encore à Annecy au moment de la guerre francoallemande en 1870. Le 13 janv. 1871, Gambetta adresse la dépêche suivante au sous-préfet du Havre : « 11 importe d'aviser, me disiez-vous dans une précédente dépêche. C'est ce que j'ai fait en désignant M. Carnot comme préfet de la Seine -Inférieure et commissaire extraordinaire de la République dans la Seine-Inférieure, l'Eure et le Calvados. M. Carnot a pour mission d'organiser les forces de la défense nationale dans les trois départements. 11 est à la hauteur du rôle important que jo lui ai assigné et j'espère qu'il triomphera des difficultés. » Le lOjanvier, M. Carnot arrive à son poste et se met à l'œuvre suivant les instructions de Gambetta : défense à outrance. L'armistice signé, il donne sa démission, le 7 févr. 1871, à M. Arago, qui remplace Gambetta comme ministre de l'intérieur à Bordeaux. Dans cette dépêche, il dit : « Si vous ne redoutez pas une Chambre telle que M. de Bismarck le désire, je ne puis vous suivre. En venant ici avec mission d'organiser les forces de la défense, j'acceptais un poste de combat qui n'a de raison d'être qu'avec la Chambre fière et résolue, entrevue par Gambetta, avec l'exclusion des partisans de la paix à tout prix. Pour rester fidèle à la ligne de conduite que je m'étais tracée, je vous remets donc mes fonctions et vous prie d'accepter ma démission. » Elu le lendemain, 8 fév. 1871, député de la Côte-d'Or, le troisième sur huit, par 41,711 voix, il vient à l'Assemblée de Bordeaux où il est un des 107 représentants du peuple qui, le 1«^ mars, refusent de consentir au démembrement de la France. A l'Assemblée nationale, il fait partie de la gauche républicaine dont il reste plusieurs années le secrétaire. A la même Assemblée, il vote pour le retour des pouvoirs publics à Paris, contre l'abrogation des lois d'exil, contre la loi des maires et pour l'ensemble des lois constitutionnelles. Aux élections législatives du 20 fév. 1876, lors de l'organisation de la Chambre des députés, il est élu dans la 2« circonscription de Beaune (Côte-d'Or), par 7,058 voix, contre 3,805 à M, Benoît-Champy, et 1,881 à M. de Villers-Lafaye. En 1876, quand on discute le premier budget, il est rapporteur du budget des travaux publics; de même en 1877. Le 9 janv. 1877, il est élu secrétaire de la Chambre. Il est un des 363 députés qui protestent par leur vote contre le coup d'Etat du 16 mai 1877; aussi, après la dissolution de la Chambre, le gouvernement du maréchal Mac-Mahon lui oppose officiellement M. Benoît-Champy. M, Carnot est réélu par 7,634 voix, battant son concurrent qui n'en recueille que 5,284. La Chambre, en reconstituant son bureau, ne manque pas de prendre M. Carnot pour secrétaire, et en 1878, pour la troisième fois, la commission du budget lui confie le rapport sur les travaux publics. Il est aussi chargé du rapport spécial sur le rachat des 2,600 kil. de chemins de fer qui prirent le nom de chemins de fer de l'Etat. Le 26 août 1878, il est sous-secrétaire d'Etat des travaux publics avec M, de Freyeinet comme ministre. Il conserve ce poste avec M. Varroy, auquel il succède au ministère, le 23 sept. 1880. Il reste en fonctions jusqu'au 14 nov. 1881, lorsque le cabinet Ferry se retire pour faire place au ministère Gambetta. Pendant la législature de 1877 à 1881, M. Carnot vote contre la mise en accusation des ministres du 16 mai, contre la suppression de l'inamovibilité de la magistrature, contre la laïcisation de renseignement: primaire, et contre la suppression du budget des cultes. Revenu à son banc de député , M. Carnot rentre à la commission du budget qui le choisit encore une fois, en 1882, comme rapporteur du budget des travaux publics, et en 1883, le nomme son président. Cette année-là et la suivante, il est choisi comme

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