CARO
por D. Pedro Fernandez Madrid y D. /.-J. Ortiz (Madrid, 4885, in-lG). G. Pawlowski.
BiBL. : M. Torres-Caicedo , Ensayos biogràficos^ t. I, 1863.
CARO (Elme-Marie), philosophe français, né le 4 mars 4826 à Poitiers, où son père était protesseur de philosophie, mort à Paris le 43 juil. 4887. Sa famille était originaire de la Bretagne. Après de brillantes études au collège Stanislas, il remporta le prix d'honneur de philosophie au concours général et entra à PEcole normale en 1845, il en sortit agrégé en 4848. Professeur tour à tour aux lycées d'Alger, d'Angers, de Rennes et de Rouen , c'est dans cette dernière ville qu'il épousa la femme très distinguée qui devait écrire un jour le Péché de Madeleine, En 4852, il fut reçu docteur avec ces thèses : Quid de Vit a Beata senserit Seneca, et Essai sur le Mysticisme au XVII® siècle; la Vie et la doctrine de saint Martin, le philosophe inconnu. Puis, on eut de lui coup sur coup, en 4853, Saint Dominique et les dominicains et une Vie de Pie IX, Nommé à la faculté des lettres de Douai (4854), il se fit là et dans toute la région une réputation d'éloquence, en même temps qu'il donnait aux revues nombre d'articles, recueillis dès l'année suivante sous ce titre : Etudes morales sur le temps présent et couronnés par l'Académie française. On a beaucoup critiqué dans la suite l'impatience qu'il aurait alors montrée d'être appelé à Paris, désir d'ailleurs en lui-même bien naturel. Il y arriva d'abord comme professeur au lycée Bonaparte, mais il fut aussitôt chargé d'une conférence à l'Ecole normale (4858), puis de la suppléance d'Ad. Garnier à la Sorbonne. l.e titre d'inspecteur de l'académie de Paris lui fut donné en 4864 et on le délégua dans l'inspection générale, sans doute en prévision du cas oii Garnier reprendrait sa chaire ; mais elle fut vacante en 4864 et Caro en devint le titulaire. Il l'occupa jusqu'à sa mort. Membre de l'Académie des sciences morales et politiques en 4869, il entra à l'Académie française en 4874. Sans parler d'une collaboration très active au journal la France, sous l'Empire, puis à la Revue européenne, au Journal des savants et surtout à la Revue des Deux-Mondes, il a publié : Uldée de Dieu et ses nouveaux critiques (4864); le Matérialisme et la science (4868) ; Nouvelles Etudes sur le temps présent (4869) ; Jours d'épreuves (4872), ouvrage dans lequel il préconisait, comme remède aux maux récents de la France, la république conservatrice ; Problèmes de morale sociale (4876) ; le Pessimisme au xix« siècle (4878) ; la Fin du xvm« siècle (4880, 2 vol. in-8) ; M. Littré et le positivisme (4883). En 4887, on a publié de lui un volume sur George Sand, dont il venait d'achever le manuscrit au moment de sa mort ; puis coup sur coup, en 4888 : Mélanges et portraits (2 vol. in-42) ; Philosophie et philosophes; Poètes et romanciers, recueils d'articles demeurés jusque-là épars dans les revues. Il méditait, dit M. P. Janet dans l'étude qu'il lui a consacrée {Rev. bleue, 5 et 42 nov. 4887), un grand ouvrage d'ensemble, 2 vol. sur la Nature et Dieu, 3 vol. sur la Destinée humaine.
Ecrivain de grand talent plutôt que penseur original, M. Caro n'eût sans doute pas renouvelé, dans cet ouvrage, le fonds d'idées qui avait nourri ses cours, ses articles et ses livres ; sa philosophie était en somme celle de Cousin. C'est surtout dans la critique qu'il déployait les ressources propres de son esprit. Elles n'éclataient jamais mieux que dans la discussion des thèses de doctorat, où sa parole même était autrement souple, nerveuse et pénétrante que dans ses grandes leçons si courues du public. Le succès trop retentissant et trop mondain de son cours (car le monde, qui goûtait Vhomme, venait entendre le professeur, et on le commentait dans les salons) était devenu à la fin un embarras pour lui et un danger. Quand il se vit sur la scène dans la jolie mais cruelle çopaédie de M. Pailleron, le Monde où Von s'ennuie.
sans en rien faire paraître, il fut touché au cœur. Il interrompit quelque temps son cours, et s'efforça, en le rouvrant, d'en écarter les auditeurs frivoles. Mais, chargé peu après de parler sur la tombe d'Edmond About au nom de l'Académie française, il le fit dans des termes et avec des réserves sur le scepticisme religieux de son confrère, qui blessèrent les amis du défunt et parurent à beaucoup peu conformes aux usages. L'irritation éclata sous forme de désordres au cours de M. Caro. 11 y tint tête et fit bonne contenance ; mais ses leçons publiques durent être de nouveau suspendues , et Ton s'accorda à croire que sa santé, déjà ébranlée, fut irrémédiablement atteinte par ces émotions. Ainsi fut attristée et peut-être hâtée la fin d'une vie longtemps heureuse et enviée, qui, moins brillante, eût été peut-être plus vraiment féconde, mais qui fut, en somme, laborieuse et utile. Il est permis de croire que l'homme valait mieux que sa destinée. H. Marion. CARO (Pauline Gàssin, dame), femme du précédent, née en 4835. Sous le pseudonyme de P. Albane, elle donna en 4864 à la Revue des Deux Mondes xm roman : le Péché de Madeleine, qui obtint un vif succès. Publiée en volume (Paris, 4865, in-42 et nouv. éd., 4872, in-42), cette œuvre distinguée fut suivie de F/am^/z (Paris, 1866, in-42), de VHistoire de Souci (4868, in-42), des Nouvelles amours de Hermann et Dorothée, Propos d'un franc-tireur {iSld, in-42), qui reçurent du public le même accueil flatteur. On a longtemps ignoré que le pseudonyme d' Albane appartint à M'«« Caro, et on attribua ses ouvrages tantôt à M"^^- de Bernis, tantôt à M^^^^ Piscatory.
CARO (Jakob), historien allemand, né à Gnesen le 2 févr. d836. D'origine juive, il devint successivement privat-docent à léna (4863), professeur à l'Université de Breslau (4868). Il s'est fait connaître par ses travaux sur l'histoire de Pologne : Das înterregnum Polens im Jahr 1586 (Gotha, 4864) ; les t. 11 à IV de Gesch, Polens de la collection Ukert et Heeren (Gotha, 4865, \%1^)', Liber Cancellariœ Stanislai Ciolek (Veiraar, 4874-74, 2 vol.); Aus der Kanzlei Reiser Sigismunds (Vienne, 4879); Beata und Halszka (Breslau, 4883).
CARO (Miguel- Antonio), poète et littérateur colombien contemporain, né à Bogota le 48 nov. 4843, fils de José- Eusebio. Par ses Poesias (4866) et par sa belle traduction de Fer^z/é (4873-75, 3 vol.) il se plaça au premier rang des poètes hispano-américains. On lui doit encore des livres d'enseignement, les belles éditions des poésies d'A. Bello (4882) et de J. Arboleda (4883), précédées d'excellentes notices biographiques et les Traducciones poéticas (Bogota, 4889, in-8). Il fut un des fondateurs de l'Académie colombienne, exerça le mandat de sénateur et est actuellement conservateur de la Bibliothèque nationale de Bogota. G. P-i.
CARO DE ToRRÊs (Francisco de), écrivain espagnol de la fin du XVI® et du xvii® siècle, né à Séville. Il embrassa d'abord la carrière des armes et combattit en Flandre et en Amérique; plus tard, il entra dans les ordres et écrivit deux ouvrages, riches en documents et très exacts : 4^ Historia de las ordenes militares de Santiago, Calatrava y Alcantara desde su fundacion hasta et Rey D. Felipe II, administrador perpetuo de ellas (Madrid, 4629, in-fol.); 2<* Relacion dô Los servidos que hizô a su Magestad del rey D, Felipe II y 111 Don Alonso de Sotomayor del habito de Santiago en los estados de Flandes, provincia de Chile y tierra ferme, etc. (Madrid, 4620, in-4).
CARO Mallen de Soto (dona Ana), femme poète espagnole du xvii® siècle, née à Séville, fut célèbre par sa facilité à faire des vers, fit représenter de nombreuses comédies à Séville et à Madrid et fut qualifiée par ses contemporains de dixième muse. Suivant l'historien de Séville, Rodrigo Caro, qui était peut-être son parent, elle était en relations intimes avec une autre poète, Maria de Zayas y Sotomayor, et aurait vécu quelque temps avec elle
CARO — CAROCCIO
à Madrid. Luis Yelez de Guevara, dans sa nouvelle populaire de : Il Diablo cojuelo (1644) nous apprend qu'elle lut dans une séance de l'Académie de Séville une Silvia al Fenix. Il nous reste d'elle deux poésies de circonstance : 1^ Grandiosa vitoria que alcançô de îos Moros de Tetuan Jorge de Mendoça, etc. (Séville, 1633, in-4); 2*^ Contexto de las Reaies Fiestas que se hicieron en el Palacio del Buen Retiro d la coronacion del Rey de Romanos y entrada en Madrid de la S'^'^ Princesa de Carinan, en très diseur sos (octaves), Madrid, 1637, in-4), et une comédie qui est loin d'être sans mérite et fut très louée par les contemporains : El Conde Partinuflès. Imprimée dans la collection : Nuevas Comedias escogidas de Ios mejores ingenios de Espana (Madrid, Sanchez, 1653-1704, 48 vol. pet. in-4), elle a été rééditée dans le vol. H des Dramaticos posteriores d Lope de Vega de la Bibliotheca Rivadeneira, vol. XLIX, pp. 125-138. Une autre comédie citée dans le Catalogo del teatro antiguo Espanol de Cayetano Alberto de la Barrera, sous le titre de : Valor, agravio y mujer, ne paraît pas nous être parvenue. E. Cat.
CARO Y Cejodo (Geronimo-Martin), écrivain espagnol du xvu® siècle, licencié es arts, maître d'école au Val de Penas, nous a donné un recueil curieux de 6,000 proverbes espagnols, avec des explications et parfois les adages latins correspondants : Refranes y modos de hablar castellanos cou latinos, que les correspondent juntamente cou la glossa y expllcacion de Ios que tienen necesidad de ella (Madrid, 1675, petit in-4); réimprimé à l'Imprimerie royale (Madrid, 1792, petit in-4). E. Cat.
CAROBA (Bot). Nom indigène du Jacaranda Caroba Juss., arbre de la famille des Bignoniacées (V. Jacaranda).
CAROBALISTE ou CARROBALISTE (V. Baliste).
CAROBIA(Zool.).M.dei!uairefagesacréélegenreCar<?bia (Annéiides polychaetes) pour des Annélidesde la famille des Phyllodociens diflérant des Phyllodoce proprement dites en ce qu'elles ne possèdent que trois paires de cirres tentaculaires (au lieu de quatre existant chez les Phyllodoce). Nous avons démontré ailleurs que les prétendus cirres tentaculaires des Phyllodociens ne sont nullement des appendices céphaliqnes comme on le croyait autrefois et ne peuvent même être considérés comme appartenant exclusivement à l'anneau buccal (de Quatrefages). Ces appendices appartiennent par paires aux premiers segments du corps (archipodium) et se comportent différem-
Phyllodoce corniculata«
ment suivant que ces segments restent distincts ou se soudent les uns avec les autres. Chez certaines Phyllodoce et en particulier chez la PhyUedoce corniculata Clap., les deux premiers anneaux de V archipodium restent bien distincts et portent chacun une paire d'appendices modifiés (cirres tentaculaires). C'est le type de notre sous-genre Euphyllodoce, Mais chez la plupart des Phyllodoce (sensu strict iorij, chez Ph. lamelligera par exemple, les quatre paires de cirres tentaculaires appartiennent non aux deux premiers somites, mais aux trois premiers somites de V archipodium. Le premier de ces segments porte une seule paire. 11 est intimement soudé
avec le second qui porte deux paires et enfin la quatrième paire est constituée par l'appendice dorsal modifié du troisième segment. Cette disposition a échappé à M. de Quatrefages dans la plupart des cas. Cependant, elle est tellement nette chez la Phyllodoce lugens qu'il a séparé cette espèce des autres Phyllodoce pour en faire son genre Car<?bia, en attribuant à l'anneau buccal les trois premières paires de cirres tentaculaires et considérant à juste titre la quatrième comme appartenant au segment suivant. Le genre Anaïtis Malmgren pourrait être conservé pour les espèces chez lesquelles la soudure entre les deux premiers anneaux est telle que le segment buccal semble porter trois paires de cirres. De Saint-Joseph a proposé de fondre le genre Anaïtis avec le genre Carobia et de les réunir avec les Phyllodoce (V. ce genre); toutefois, il conserve ces groupes à titre de subdivisions en les caractérisant de la manière suivante :
Anaïtis Mgr. nec Clp. Segment buccal achète avec trois paires de cirres tentaculaires, deuxième segment avec une paire et des soies.
Carobia Qfg., Marenz. rev. (Anaïtis Clp., Phyllodoce
Carobia Phyllodoce lugens.
Carobia Anaïtis céphalote.
Mgr., Anaïtides Czern.). Segment buccal achète avec une paire de cirres tentaculaires, fusionné ou non avec le segment suivant qui a deux paires de cirres tentaculaires et des soies ; ou bien segment buccal achète avec deux paires de cirres tentaculaires fusionné ou non avec le segment suivant qui a une paire de cirres tentaculaires et des soies ; troisième segment avec une paire de cirres tentaculaires, une rame ^sétigère plus ou moins développée et un cirre ventral foliacé.
Des recherches embryogéniques sur la transformation progressive des trois anneaux de Varchipodium pourraient seules fournir une base solide à la classification des Phyllodociens. L'anatomie de l'adulte ne peut servir, comme dans bien des cas, qu'à des combinaisons plus ou moins ingénieuses mais toujours décevantes. A. Giard.
BiBL. : V. sur cette question, Pruvot, Système nerveux des Annéiides polychètes, dans Archives dezool. expériment., 1883, t. 111, 2^ série, p. 297 et de Saint- Joseph, Annéiides polychètes des côtfs de Dinard, dans Ann. de se. nat. zoologie, 1888, t. V, 7^ séiie, p. 219.
CAROCCI (Orazio) (V. Carochi).
CAROCCIO. Nom donné au char qui, dans les batailles, portait Tétendard des cités italiennes au moyen âge. Sur * ce char était un autel d'où le chapelain bénissait les milices urbaines et appelait la bénédiction divine sur ses concitoyens. Le caroccio était défendu par les plus braves de la cité ; une cloche qui y était fixée servait de signal de ralliement pendant le combat. A la bataille de Corte Nuova (1237), le caroccio de Milan tomba entre les
CAROCCIO — CAROLINE
mains de Frédéric II, qui l'envoya par bravade et comme trophée de sa victoire au pape Grégoire IX son ennemi. L'usage du caroccio se répandit de l'Italie dans d'autres pays. A Bouvines (1214), sur un char doré, se dressait un pal autour duquel s'entortillait un dragon ouvrant une large gueule et dont la queue et les ailes se gonflaient et s'agitaient au moindre souffle ; au-dessus du monstre planait l'aigle de l'empire aux ailes d'or. La bataille de V Etendard (1138) doit son nom à l'étendard que portait un caroccio du même genre adopté par les Ecossais.
CAROGHI (Horacio), en italien Orazio CARoccr, linguiste italien, né à Florence en 1580, mort en 1662 au collège de Tepotzotlan, non loin de Mexico. Entré dans la compagnie de Jésus en 1600 et versé dans les langues classiques, l'hébreu, la théologie, la philosophie, l'histoire, la géométrie, la musique, il enseigna d'abord brillamment en Italie, mais vers 1632 il fut envoyé au Mexique, devint secrétaire de son ordre dans cette province, recteur du collège de Tepotzotlan et prévôt de la maison professe à Mexico. Disciple du P. Rincon, il apprit à fond le nahua et publia : Arte de la lengua mexicana (Mexico, 1643, in-4; 2« édit., remaniée par le P. Ignacio de Paredes, 1759, in-4), grammaire claire et détaillée. Il laissa en manuscrit ; un copieux vocabulaire de la même langue ; une grammaire et un dictionnaire otomi ; des sermons en nahua, et des lettres à l'évêque J. de Palafox. B-s.
CAROLATH-Beuthen ou KAROLATH-Beuthen. Famille allemande qui possède une principauté médiatisée dans la Silésie, district de Liegnitz, cercle de Freistadt ; cette principauté a 250 kil. q. et 15,000 hab. Son ch.-l. est le bourg de Garolath-Beuthen, résidence du prince. Cette principauté fort ancienne avait, dès 1591, la qualité d'alleu. L'empereur Rodolphe en gratifia le baron Georg de Schœnaich ; elle devint un majorât dès 1610; en 1700 on l'érigea en comté; en 1741 Frédéric le Grand l'érigea en principauté. Les princes furent Johann-Karl 1^^ (1741-1763), Johann-Karl H, Friedrich, Heinrich- Karl'Wilhelm (né en 1783, mort en 1864), KarL L'enlèvement de la belle princesse de Carolath-Beuthen, par Herbert de Bismarck, a attiré l'attention sur cette famille,
BiBL. : Khopiicn, Gesch. des Geschlechis von Schœnaich f Glogau, 1847-1856.
CAROLl (Petrus) ou Per CARLSSON, prélat suédois, né à Skeninge en 1510, mort à Linkœping en 1587. Après avoir étudié sous Luther et Melanchthon, il devint prédicateur de la cour (1540), pasteur de sa ville natale (1541), de Calmar (1555) et surintendant de ce diocèse, membre delà cour suprême, procureur du Smâland (1567). Erik XIV, dont il était le favori, l'ayant accusé de l'avoir poussé au meurtre de Nils Sture, il fut condamné à mort, mais gracié, exilé en Fmlande (1568), et reprit ses fonctions en 1570. 11 sut se mettre si bien avec son ancien ennemi le roi Jean III, que celui-ci le nomma évêque catholique de Linkœping (1587). B-s.
CAROLl (Pietro-Francesco), peintre, né à Turin en 1638, mort à Rome en 1716. Il s'adonna particulièrement à Fétude de la géométrie, de l'architecture et de la perspective et exerça successivement son art à Venise, à Florence et à Rome oU il se fixa. Reçu membre de l'Académie de Saint-Luc, il obtint rapidement le titre de professeur perpétuel. Caroli travaillait lentement; il a peint des paysages de son invention et des tableaux représentant l'intérieur des églises de Rome.
BiBL. : F. DE Boni, Biografia degli artisti ; Venise,
CAROLl DÈS, poète latin et tchèque, né à Prague en 1579, mort en 1612. Il s'appelait Georges de Karlsperk et latinisa son nom ; il fit ses études à l'université de Prague où il devint docteur en droit. Il fut tour à tour greÉier, notaire et juge. 11 se consacra surtout à la poésie îatine et obtint de tels succès que l'empereur Rodolphe II le fit solennellement couronner en 1596 et le proclama
poète impérial. Ses épigrammes lui firent beaucoup d'ennemis ; ils se vengèrent en Pentraînant dans des excès qui hâtèrent sa mort. Ses œuvres latines sont fort nombreuses. Nous citerons seulement : Jonas propheta (Prague, 1587); Liber Epigrammatum (Prague, 1595; ; Epigrammatum libri lll (Prague, 1601) ; Historia imperatorum (H., 1612). II a, en outre, laissé quelques écrits tchèques qui manquent d'originalité. L. L.
CAROLINA (Astron.). Nom de la 235« petite planète dont l'orbite est comprise entre celles de Mars et de Jupiter. Elle a été découverte le 28 nov. 1883 par FastrO'nome autrichien Palisa.
CAROLINA (Academia), université de Lund, ainsi nommée parce qu'elle fut fondée (1666) en souvenir de Cari X Gustaf.
CAROLINA (La). Ch.-L de district de la prov. de Jaen (Espagne), à une douzaine de kil. à FE. de la voie ferrée de Madrid à Cordoue, a été fondée au milieu d'un pays pauvre en 1776 par une colonie d'Allemands ; ellô a des fabriques de draps et de toiles. Pop. : 7,782 hab.
CAROLINE (Loi). La loi Caroline, Constitutio crimi' nalis Carolina, est une ordonnance rendue en matière de procédure pénale, par l'empereur Charles-Quint, en 1532. Elle fut publiée le 27 juin de cette année sous le titre de : Keyser Karls des fûnften und des heyligeà rômischen Reichs peinlich Gerichts ordnung. Dès la fin du XV® siècle, des plaintes générales s'étaient élevées contre l'abus de la question et de la torture, dans l'instruction des affaires criminelles. Aux diètes de Fribourg (1498) et d'Augsbourg (1500), il fut décidé qu'il serait rédigé une ordonnance criminelle unique pour tout l'Empire. Ce n'est qu'à la diète de Worms, en 1521, qu'une commission fut nommée pour rédiger cette ordonnance et qu'un projet fut présenté en avril de la même année. D'autres le furent à la diète de Nuremberg en 1524, à la diète de Spire en 1529. Enfin, en 1532, à la diète de Regensbourg, l'opposition de certains Etats, qui refu-^ saient de renoncer à leurs coutumes locales, fut écartée^ grâce à l'introduction d'une clause, la salvatorische Ùlausel, qui garantissait à chaque Etat le maintien de ses coutumes. Malgré cela, la Caroline fut promulguée comme une véritable loi d'Empire ; mais, à cause de la salvatorische Claiisel, elle n'avait que le caractère d'une législation subsidiaire, contrairement à l'intention qui avait présidé à sa rédaction. Le particularisme avait été plus fort que la volonté de l'empereur. Du reste, on ne s'était pas proposé de faire un code savant, renfermant des règles impératives, mais plutôt une sorte de manuel^ un recueil d'instructions pratiques pour l'usage des juges* L'ordonnance cherche à combiner le vieux droit germanique avec le droit canonique et romain ; mais ce dernier y a la part la plus large.
En principe, la Caroline établit le système accusatoire ; elle maintient la vieille règle que là où il n'y a pas d'accusateur il n'y a pas déjuge. Cependant, grâce au flagrant délit et aux extensions qu'elle lui donne, le système qu'elle organise en réalité est celui de la procédure in** quisitoriale. Le juge averti, par une dénonciation ou par la clameur publique, qu'un crime a été commis, peut, en l'absence d'accusateur, se saisir d'office et commencet* une enquête {Car., art. 6 à 10 et 188). Le système de preuves est celui des preuves légales et par écrit. Il faut, contre l'accusé, son aveu ou deux ou trois témoins bons et croyables. Si on n'a point cette preuve, il faut recourir à la torture. La loi expose minutieusement quels indices sont suffisants pour faire appliquer la question (Car., 19 à 45). Aux termes de Fart. 16, le juge doit employer là question, pour obtenir l'aveu, même dans les cas oii il n'y a pas de doute sur la culpabilité, « afin que le jugement final et la peine puissent être poursuivis avec le moins de frais possible ». L'enquête finie, il y avait un simulacre d'audience publique, de débat contradictoire et de délibération ; mais la sentence avait été rédigée d'avance
CAROLINE
sur les résultats de l'enquête secrète (art. 82 à 94). La Caroline enfin indique la peine portée contre un certain nombre de crimes et établit des distinctions entre le vol, l'homicide et les autres délits. Elle se compose de 219 articles, elle fut rédigée en allemand et en latin. E. Gardeil.
BiBL. : Bienp:r, Beitrâge zu der Geschchite des Inquisitions Prozesses. — Zôpfl, Die peinliche Gerichtsordnung Kaisers KarVs V, nebst der Bamberger und Brandeburger Halsgerichtsordnung ; Leipzig, 1883.— Esmein, Histoire de la procédure criminelle en France ; Paris, 1882, pp. 300 et suiv. — F. Daguin, Introduction au code de procédure pénale allemand ; Paris, 1884, pp. 30 et suiv.
CAROLINE DU Nord. Un des quarante-deux Etats composant la République fédérative des Etats-Unis de l'Amérique du Nord, et l'une des treize colonies britanniques qui fondèrent cette République en se déclarant indépendantes en 1776. En 1663-65, le roi d'Angleterre, Charles II, concéda tout le pays situé sur les côtes de l'Amérique du Nord depuis le 36^ degré de lat. (frontière méridionale actuelle de la Virginie) jusqu'au golte du Mexique, à une compagnie de huit nobles Anglais (entre autres lord Clarendon), avec tous pouvoirs de colonisation et de gouvernement. La concession comprenait le territoire dont les Etats de la Caroline du Nord, de la Caroline du Sud, de la Géorgie et de la P'ioride ont été successivement formés, et n'était point limitée vers rO. Les lords propriétaires donnèrent à leur possession le nom de Caroline en l'honneur du roi, et s'efforcèrent d'y attirer des colons par l'appât de la liberté religieuse et de l'exemption de taxes pendant les premières années. Déjà quelques points de la côte étaient occupés, notamment les embouchures des rivières Chowan (Albemarle Sound), et Cape Fear. Les propriétaires gouvernaient leur province par l'intermédiaire d'un délégué, assisté d'un conseil de douze membres, dont six nommés par ce délégué et six par les colons. Ceux-ci reçurent en outre le droit de nommer des représentants, sans l'assentiment desquels aucune taxe ne pourrait être établie dans la colonie. En 1669, se réunit la première assemblée de ces représentants. L'année suivante, les propriétaires essayèrent d'appliquer dans leur domaine américain une constitution rédigée par le philosophe Locke, et qui sous les noms de Grand Modèle et de Constitutions fondamentales, établissait une sorte de régime féodal extrêmement compliqué, contre l'introduction duquel les colons ne cessèrent de protester. Des démêlés continuels entre la population et les gouverneurs, la détestable administration de ces derniers, des luttes fréquentes avec les Indiens, retardèrent longtemps les progrès de la colonisation. En 1729, les propriétaires vendirent à la couronne les droits qu'ils tenaient de la concession de 1663-65, et la Caroline fut divisée en deux provinces royales, la Caroline du Nord et la Caroline du Sud.
La première, limitée désormais entre le 36°30 et le 34^ de lat, sur la côte de l'Océan Atlantique, ne comptait encore à cette époque que 13,000 hab. Bientôt, les émigrants arrivèrent en grand nombre, Ecossais, Irlandais, protestants d'Angleterre et d'Allemagne, presbytériens, quakers, venant directement d'Europe ou des provinces britanniques déjà formées sur la partie septentrionale de la côte d'Amérique, Virginie; Pennsylvanie, New- York, Massachusetts. Les nouveaux colons s'établissaient dans l'intérieur de la province, remontant les rivières et couvrant le pays de plantations disséminées jusqu'aux monts Alleghanys. En 1765, la Caroline du Nord se joignit aux autres colonies dans la résistance à VAct du timbre, et en 1771 éclata contre l'autorité royale une véritable insurrection, que le gouverneur Tryon réprima en battant un corps de milices caroliniennes à Alamance River. En 1775, les habitants du comté de Mecklembourg déclarèrent leur indépendance, devançant ainsi d'une année la résolution du Congrès continental de Philadelphie. La Caroline du Nord fut un des derniers parmi les treize Etats de l'Union primitive à accepter la constitution
fédérale de 1787. Elle comptait alors, d'après le recensement de 1790, près de 400,000 hab., dont 288,000 blancs et 100,000 esclaves, le reste composé de noirs libres. La population s'augmenta lentement pendant la première moitié du xix« siècle, sous le régime de l'esclavage. Elle s'élevait en 1850 à 860,000 hab., et à 992,000, dont 331,000 esclaves, en 1860,au moment où éclata la guerre de sécession. De 1860 à 1870, période de ruine et de dépopulation pour tous les Etats du Sud, l'augmentation fut plus lente encore, mais en 1880 était atteint le chiffre de 1,400,000 hab., soit près de 330,000 de plus qu'au commencement de la décade. Ce chiffre de 1,400,000 comprend 867,000 blancs et 533,000 noirs.
La Caroline du Nord présente une forme triangulaire allongée, dont la base à l'E. s'étend sur 184 milles de côtes, et la pointe, à TO., a une largeur de 20 milles à peine. La plus grande longueur de l'E. à l'O. est de 450 milles. L'Etat est borné au N. par la Virginie, à l'E. par l'Océan Atlantique, au S. par la Caroline Méridionale, au S.-O. par la Géorgie, à l'O. parle Tennessee. La partie orientale du pays est un vrai chaos de terre et d'eau. La côte est bordée d'îles étroites de sable, séparées par des passages (Mets) établissant des communications entre l'Océan et les lagunes intérieures, dont les plus considérables sont Albemarle et Pamlico Sounds. Jusqu'à une distance de 60 ou 80 milles, le sol est bas, marécageux, presque partout stérile. Plus à l'O., le terrain s'élève, devient onduleux (c'est le Piedmont), puis s'élèvent les plateaux et les sommets de la chaîne des Appalaches, dont le pic le plus élevé atteint environ 2,000 m. La partie occidentale de la Caroline du Nord s'étend au delà de cette chaîne, inclinant vers la vallée du Tennessee. Les principaux cours d'eau, presque tous dirigés du N.-O. au S.-E., sont : la rivière Cape Fear, à l'embouchure de laquelle est située Wilmington, la ville principale de l'Etat; le Chowan, le Roanoke, qui se jettent dans Albemaric Sound, le Tar et la Neuse qui se déversent dans Pamlico Sound. La population de la Caroline du Nord est essentiellement agricole; les villes sont en petit nombre et de faible importance. La capitale, Raleigh, a 9,265 hab. (recensement de 1880). Wilmington a 17,000 hab.; Charlotte, 7,000; New Berne, 6,500 (V. ces mots). Les principales productions, sont le mais (35 millions de bushels), le blé (5 millions), le riz, le tabac et surtout le coton (389,000 balles en 1880). La Caroline du Nord a une dette publique de 13 millions dollars. L'ensemble des propriétés est évalué, pour l'établissement des taxes, à 202 millions dollars. Il y avait en 1880 environ 465,000 illettrés. Les écoles publiques sont fréquentées par 180,000 enfants, et les dépenses de l'Etat pour l'instruction populaire s'élèvent à 671,000 dollars. Le gouverneur de la Caroline du Nord est élu pour quatre ans. La cour suprême se compose de trois membres. La législature comprend une Chambre de 120 représentants' et un Sénat de 50 membres, élus les uns comme les autres pour deux ans. L'Etat envoie neuf membres à la Chambre des représentants de Washington. A. Moireau.
CAROLINE DU Sud. Un des quarante-deux Etats delà République fédérative des Etats-Unis de l'Amérique du Nord, et l'une des treize colonies britanniques qui s'unirent en 1776 contre la métropole et formèrent une confédération indépendante. Le roi d'Angleterre Charles II, ayant concédé en 1663-65 à un groupe de lords propriétaires (V. ci-dessus Caroline du Nord), tout le pays situé sur la côte américaine de l'Océan Atlantique, entre le S. de la Virginie et le golfe du Mexique, une compagnie de colons s'établit en 1670 près de la baie de Port-Royal, un peu à l'est de l'embouchure du fleuve Savannah, non loin de l'emplacement où, un siècle auparavant, une colonie de huguenots français, conduite par Ribaut et Laudonnière, avait été massacrée par l'espagnol Melendez. Les colons, débarqués à Port-Royal, quittèrent ce lieu l'année suivante pour s'établir à l'embouchure des rivières Ashley
CAROLINE
et Cooper,et en 1680, fut fondé à l'extrémité de la péninsule formée par ces deux rivières, le village qui devint plus tard Charleston. Après de longues luttes entre les habitants et les gouverneurs que leur envopient les propriétaires, la concession faite à ces derniers par Charles II fut rachetée par la couronne en 1729, et la partie méridionale de la province Caroline fut organisée en province royale distincte sous le nom de Caroline du Sud. L'esclavage y était établi dès les premiers temps de la colonie et s'y développa plus qu'en aucune des autres provinces américaines de la Grande-Bretagne, à cause du climat, du sol, et de la culture du riz, qui devint rapidement la principale occupation des habitants. Le pays se couvrit de grandes plantations où les maîtres blancs vivaient du travail de troupes de nègres importés d'Afrique et achetés à haut prix. L'établissement eut des luttes sérieuses à soutenir contre les Espagnols établis en Floride, et contre les Indiens Creeks et Cherokees, refoulés peu à peu dans rOuest, du côté des monts Alleghanys.
La Caroline du Sud prit une part active à la guerre de l'indépendance contre l'Angleterre et vit sa prospérité se développer avec un vif éclat pendant le premier tiers du XIX® siècle, par la culture du coton. En 1790, la population s'élevait à 249,000 hab. dont 107,000 esclaves noirs. En 1830, elle atteignait le chiffre de 581,000, et déjà le nombre des nègres l'emportait sur celui des blancs (264,000 contre 237,000). En 1832, la Caroline du Sud, à l'occasion d'un dissentiment avec les Etats du Nord sur la question du tarif douanier, fut sur le point de se séparer de l'Union. Un compromis proposé par Clay retarda de trente ans cette sécession. Durant cette période, les hommes d'Etat de la Caroline du Sud se distinguèrent au Congrès par l'énergie avec laquelle ils défendirent contre les attaques des libéraux et des abolitionnistes du Nord l'institution de l'esclavage et la doctrine des droits des Etats. En 1860, au moment de la sécession, où elle fut la première à s'engager, la Caroline du Sud comptait 703,000 hab. dont 402,000 esclaves, et Charleston, la ville principale, centre de la haute société sudiste, foyer intellectuel de la civilisation spéciale fondée sur l'institution de l'esclavage, avait 40,000 hab. Le pays produisait 15 millions de bushels de mais, 119 millions de livres de riz, et 353,000 balles de coton.
Toute cette prospérité fut anéantie par la guerre civile, et l'Etat put à peine recouvrer ses pertes, de 1865 à 1870. Le recensement de cette dernière année ne lui attribue, en effet, que 705,000 hab., soit 2,000 à peine de plus qu'en 1860. Au contraire, la décade suivante a été pour la Caroline du Sud une période de relèvement pendant laquelle sa population s'accrut de 41 ^'/o, soit de 705,000 à 995,000 hab., dont 604,000 de couleur. Les noirs ayant le droit de suffrage depuis leur émancipation, conséquence de la guerre de la sécession, les anciens esclaves sont en majorité dans l'Etat au point de vue politique, mais les blancs ont reconquis et conservent leur ancien ascendant sur eux, et le corps électoral se trouve ainsi tout acquis au parti démocratique. L'immense majorité de la population se trouve toujours disséminée dans des plantations, et les villes sont en très petit nombre et peu importantes. Columbia, la capitale politique, située sur la rivière Congaree, au point oii elle est formée par la rencontre des deux rivières Broad et Saïuda, compte à peine 18,000 hab. La ville même de Charleston, qui est la capitale commerciale et sociale, ne s'est pas développée, et sa population, dont les noirs forment l'élément principal, ne dépasse pas 50,000 hab.
La Caroline du Sud présente l'aspect d'un triangle dont le sommet, tourné vers le N.-O., est compris entre la Caroline du Nord et la Géorgie, et dont la base s'étend du N.-E. au S.-O., entre ces deux mêmes Etats, le long de l'Océan Atlantique, avec une étendue de côtes de 220 milles (350 kil.). La plus grande longueur de l'Etat est 240 railles, la superficie, 29,385 milles car. La partie
méridionale de la côte est bordée de nombreuses îles, séparées du continent par d'étroites passes constituant un réseau de voies intérieures pour la navigation à vapeur entre Charleston et Savannah. Ces îles sont basses, plates, couvertes de chênes, de pins et de palmiers. La végétation y formait jadis des fourrés impénétrables et cet archipel était le séjour favori des alligators. Il produit aujourd'hui la belle variété de coton, connue sous le nom de Sea Island. Les côtes de la Caroline sont très découpées ; de nombreuses baies offrent toutes facilités pour un commerce de cabotage, mais il y a peu de bons ports. Celui de Charleston est obstrué par une barre dangereuse d^sable, celui de Georgetown, à l'embouchure des rivières Pedee et Black, n'a pas de profondeur. Le meilleur havre, celui de Beaufort ou Port-Royal, est peu fréquenté. Tout le pays à l'intérieur jusqu'à 100 milles de la côte est bas, marécageux; au delà, vers l'O., commence une région sablonneuse, ondulée, peu favorable à l'agriculture ; elle s'élève rapidement et devient alors très fertile et bien arrosée. A l'extrémité occidentale de l'Etat apparaissent les cimes de la chaîne appelée Blue Ridge, l'une d'elles. Table Mountain, atteignant une hauteur de 1,200 m. C'est sur les flancs de cette chaîne que prennent leur source les cours d'eau qui traversent la Caroline du Sud, du N.-O. au S.-E.: la rivière Great Pedee, nommée Yadkin dans la partie supérieure de son cours appartenant à la Caroline du Nord, et qui se jette dans la baie de Winyaw, ainsi que la Little Pedee et Black River. Le fleuve Santee est formé de la réunion du Wateree (Catawba dans la Carohne du Nord) et du Congaree, et se jette dans la mer un peu au sud de Georgetown, sans avoir reçu aucun affluent. 11 est navigable depuis Cambden (sur le Wateree) et Columbia (sur le Congaree). La partie méridionale de l'Etat est arrosée par l'Edisto, le Combaehe et le Coosawatchie.
Le sol de la Caroline du Sud est d'une fertilité extraordinaire. Les principaux produits, outre le coton, sont le riz, le blé, le maïs, l'orge, les pommes de terre. Le colon a chassé le tabac, l'indigo et le chanvre, cultivés autrefois dans nombre de plantations. En 1887, la production du coton a été de 605,000 balles, d'une valeur de 23,500,000 dollars ; celle du mais était évaluée à 11,500,000 dollars. Dans les sept années écoulées après 1880, la Caroline du Sud a fait de grands progrès sur le terrain industriel. Le nombre des manufactures a doublé, de même le nombre des ouvriers employés, le montant du capital et celui de la production (de 161/2 à 32 millions dollars). La valeur de la propriété, estimée pour l'établissement des taxes locales, était fixée pour 1887 à 141 millions dollars. Le budget annuel de l'Etat se chiffre en recettes et en dépenses par 1 million dollars ; la dette publique est de 6,399,000 dollars, en bonds 6 %. On comptait encore, en 1880, dans la Caroline du Sud, près de 400,000 hab. (surtout des nègres), ne sachant ni lire ni écrire. Cependant, les écoles publiques sont fréquentées actuellement par 130,000 enfants environ, et l'Etat dépense 425,000 dollars par an pour l'instruction populaire. Neuf collèges contiennent ensemble un millier d'élèves. Le gouvernement de la Caroline du Sud se compose d'un gouverneur nommé pour deux ans, d'un lieutenant-gouverneur, d'un secrétaire d'Etat et d'autres fonctionnaires exécutifs, également nommés pour deux ans, d'une législature composée d'une Chambre de représentants au nombre de 124 élus pour deux ans, et d'un Sénat de 35 membres élus pour quatre ans. La Cour suprême comprend un chef justice et deux juges associés, élus pour six ans. L'Etat envoie sept membres à la Chambre des représentants de Washington. A. Moireau.
CAROLINE, reine de Grande-Bretagne et d'Irlande, femme de George il, née le 1®"* mars 1683, morte le 20 nov. 1737. Fille de Jean-Frédéric, margrave de Brandebourg-A nspach, et de Louise de Saxe-Eisenach, elle accompagna à Dresde sa mère remariée à l'électeur de George IV. Frédéric de Prusse était son tuteur et la
CAROLINE
recueillit après la mort de sa mère, en 1696. L'influence de Télectrice Sophie-('.harlotte sur le caractère de la jeune princesse fut des plus heureuses. 11 fut question de la marier avec l'archiduc Charles d'Autriche, plus tard Charles VI ; le projet abandonné , elle épousa le 25 sept. 1705, le prince héritier de Hanovre, George- Auguste. Très instruite, élève correspondante de Leibniz, très ambitieuse, elle joua un rôle impoitant dans les négociations qui assurèrent aux Ilanovriens la couronne des Stuarts. Devenue princesse de Galles, elle suivit de très près la politique anglaise, partagea la disgrâce de son mari et se retira à Richmond, entourée d'une cour élégante dont l'attitude contrastait avec la grossièreté lie l'entourage où se plaisait George I^^'. Vivement attaquée par le parti bigot, elle est acclamée et célébrée de toutes les façons par les lettrés ; elle joua un rôle très important lors de l'avènement de George 11 : c'est elle qui découvrit le complot tramé par lord Berkeley pour exiler le prince de Galles en Amérique. Elle soutint Walpole, et inspira directement sa conduite dans plusieurs circonstances décisives. Mais elle dut acheter le pouvoir qu'elle garda toujours sur le roi par des concessions multiples aux passions de George II. L'habileté de sa conduite a d'autant plus frappé les contemporains et l'histoire qu'elle était d'un caractère impétueux ; son beau-père ne la désignait que sous le nom de « cette diablesse ». Elle était allemande de cœur et prussienne de goûts, elle détestait personnellement la plupart des whigs, et cependant elle s'astreignit à vanter avec éloquence les institutions parlementaires, à ménager l'aversion des Anglais pour les armées permanentes, à maintenir Walpole. Elle eut des haines innombrables : son fils Frédéric, prince de Galles, en fut la première victime. En résumé, c'est une des reines les plus remarquables d'Angleterre et une des souveraines les plus éminentes du xviii^ siècle. L. Bougier. CAROLI ne-Amélie, reine de Danemark, née à Copenhague le 28 juin 1796, morte le 9 mars 1881. Fille de Frederik-Christian, duc d'Augustenborg, et de Louise- Augusta, fille de Caroline-Mathilde, elle fut mariée le 22 mai 1815 à un cousin de sa mère Christian (VIII), à qui elle ne donna pas d'enfant et avec qui elle monta sur le trône (1839-1848). Elle usa de sa grande influence en faveur des prétentions de ses frères et du parti Slesvig- Holsteinois. Les 300,000 couronnes composant sa fortune passèrent après sa mort à l'une des nombreuses institutions de bienfaisance patronnées par elle à l'asile pour l'enfance qu'elle avait fondé à Copenhague en 1829.
CAROLI NE-Amélie-Elisabeth de Brunswick- Wolfen- BùTTEL, reine d'Angleterre, épouse de George IV, née à Brunswick le 17 mai 1768, morte à Londres le 7 août 1821. Elle était fille de ce duc de Brunswick, qui, après avoir envahi la France en 1792 à la tête de l'armée prussienne, fut tué en 1806 à la bataille d'Iéna, et de la princesse Auguste d'Angleterre, sœur de George III. La petite cour allemande où elle passa ses premières années lui fit dans sa jeunesse une réputation de grâce et de beauté qu'elle ne méritait qu'imparfaitement. Son mérite consistait plutôt dans une certaine vivacité d'esprit, un goût assez prononcé pour les arts et un louable penchant pour la bienfaisance. Mais son caractère romanesque, son manque de tact, la liberté de ses propos et de ses manières lui faisaient du tort. Sa réputation n'était plus tout à fait intacte, lorsqu'à vingt-six ans elle fut demandée en mariage par son cousin germain, le prince de Galles (nov. 1794). Cette union toute politique eut lieu. L'histoire n'en connaît guère de plus mal assorties ni de plus malheureuses. Le prince, qui avait alors trente-deux ans, était l'homme le plus corrompu et le plus grossier de l'Angleterre. Le scandale de ses trop faciles amours et de ses orgies avait dépassé toutes limites. Le Parlement avait dû déià deux fois payer ses énormes dettes, et il en avait encore pour plus de 16 millions de francs. C'est uniquement pour obtenir la liquidation de cet arriéré que, cédant aux instances
de son père, il consentit à se marier. Caroline de Brunswick n'eut même pas un seul jour l'illusion du bonheur. A son arrivée en Angleterre, son futur époux la fit recevoir par sa maîtresse en titre, lady Jersey. Le jour du mariage (8 avr. 1795), il était si eô'royablement ivre qu'il ne pouvait se tenir debout et qu'il dut passer sa nuit de noces honteusement assoupi sur un canapé. Presque aussitôt après, du reste, il aff'ecta pour sa femme l'aversion et le dégoût le plus prononcé et n'eut plus avec elle le moindre rapport. La naissance d'une fille (la princesse Charlotte), qu'elle lui donna le 7 janv. 1796, loin de le rapprocher d'elle, lui fit prendre le parti de rendre publique une séparation qui n'éclatait pas encore à tous les yeux. Le 30 avr. de la même année, il lui écrivit pour lui déclarer expressément que, n'étant point maître de ses inclinations, il renonçait à la vie commune et qu'à aucune époque il ne réclamerait plus l'exercice de ses droits d'époux. 11 continua dès lors sa vie de débauche. La princesse, quittant sa résidence de Carlton-House, alla vivre au château de Black-Heath, ne parut plus que rarement à la cour, où son mari évitait de la rencontrer, et sembla, quelques années durant, absorbée par l'éducation de sa fille et par la culture des arts.
Cependant, à partir de 1804, des bruits, peut-être mal fondés, à coup sûr grossis et propagés avec une complaisance singulière par le prince et par lady Jersey, coururent sur sa vie privée. On incrimina ses rapports avec lord Eardlay, avec sir Sidney Smith et avec le capitaine Manby. Vers la fin de 1806, sir John Douglas et lady Douglas, qu'elle avait renvoyés de sa maison, se vengèrent en l'accusant formellement d'avoir donné clandestinement le jour à un enfant adultérin, né en 1801, et qu'elle élevait avec la plus vive sollicitude sous le nom de William Austin. Le roi, qui la défendait de son mieux, dut soumettre sa conduite à une enquête qui, dirigée par le lord chancelier et les lords Grenville, Erskine, Éllenborough et Spencer, aboutit à cette conclusion que l'enfant était le fils de Sophie Austin et d'un charpentier de Deptford, que la princesse était innocente, mais qu'elle avait pu prêter à la malveillance par trop de facilité et de laisser-aller dans ses relations. Elle insista vainement pour obtenir une justification plus éclatante ou moins équivoque (1806-1807). L'avènement au ministère de M. Perceval, qui avait hautement pris parti pour elle, sembla mettre un terme à ces fâcheux débats (1807), Mais lorsque Georges III, atteint de démence incurable (1810), ne put plus la protéger, que le prince de Galles fut investi de la régence et que Perceval eut été assassiné (1812), la malheureuse princesse fut persécutée plus odieusement que jamais. Depuis longtemps, on l'avait séparée de sa fille. On ne lui permit plus de la voir que de loin en loin et aux conditions les plus humiliantes. Elle revendiqua ses droits auprès de son époux et, celui-ci faisant la sourde oreille, auprès de la Chambre des communes, où Brougham commença dès lors à la défendre avec cette éloquence incisive qui l'avait déjà rendu célèbre (1813). Des débats scandaleux, des publications retentissantes révélèrent au public des misères que la famille royale et la haute aristocratie avaient jusque-là dissimulées de leur mieux. On plaignit Caroline, d'autant plus qu'on estimait et qu'on aimait moins le prince régent. Mais elle n'obtint pas gain de cause. Elle eut, en 1814, assez d'influence sur sa fille pour que cette princesse vînt se réfugier dans sa demeure et refusât de s'unir au prince d'Orange, que son père voulait lui faire épouser. Mais ce nouvel incident n'était pas do nature à la réconcilier avec le régent. Lors du voyage que les empereurs d'Autriche et de Russie, le roi de Prusse et d'autres monarques firent à Londres (juil. 1814), elle fut exclue de la cour et ne reçut pas la visite de ces souverains. Elle en conçut tant de dépit que, sur le conseil de ses amis, elle prit le parti de quitter l'Angleterre et d'aller vivre à l'étranger, où une liste civile de 35,000 livres sterling, votée paV le Parlement, lui permettait de tenir son rang.
CAROLINE
Jusque-là, Ton avait bien pu incriminer sa conduite, mais sans prouver absolument qu'elle fût coupable. A partir de cette époque, elle fournit elle-même de nouvelles armes à ses accusateurs par l'extrême légèreté avec laquelle elle fit éclater au grand jour ses passions. Quoi qu'aient pu dire ses défenseurs, il est incontestable qu'elle n'observa guère dans ses voyages les bienséances que lui commandaient sa dignité, son âge et sa position personnelle. D'Allemagne, oii elle ne fit qu'un court séjour, elle se rendit en Suisse, puis en Italie et acheta, pour s'y établir, une fort belle résidence sur les bords du lac de Côme. C'est là qu'elle s'éprit pour un simple courrier, nommé Bergami, qui était attaché à son service, d'un amour auquel elle s'abandonna bientôt sans la moindre retenue. Elle l'emmena dès lors partout avec elle, à Rome et à Naples (1814-1815), à Gênes, à Venise, en Suisse (1815), à Tunis, à Athènes, en Asie-Mineure, en Syrie et en Palestine (1816), donnant en tous pays le spectacle de la plus étrange et de la moins décente intimité avec cet aventurier. De retour en Italie, elle s'entoura de la famille de Bergami, le combla lui-même de bienfaits, lui fit don du château de la Baronna, l'accabla littéralement de ses faveurs. L'ancien courrier était, grâce à elle, devenu baron, comte de Francini et avait obtenu de nombreuses décorations. Elle l'avait élevé au rang de son chambellan et avait cru devoir créer un ordre nouveau, celui du Saint-Sépulcre, pour l'en nommer grand-maître. Ces désordres, loin d'affliger le prince régent, le réjouissaient fort. Il lui suffirait, pensait-il, de les prouver pour faire rompre un mariage qui lui avait toujours été odieux. Sa fille, la princesse Charlotte, étant morte en 4817, il se jugea libre de tout entreprendre contre son épouse et prit ses mesures pour la perdre. Une commission secrète, dirigée par lord Stuart et par le baron hanovrien Omptefla, s'établit par ses ordres, dès 1818, à Milan et commença une enquête dont les résultats devaient être accablants pour la princesse. Au commencement de 1820» ce travail était terminé. C'est à ce moment que, par la mort de son père, le régent devint roi, sous le nom de Georges lY. Aussitôt, il fit rayer le nom de sa femme de la liturgie anglicane et s'efforça d'empêcher qu'on la traitât en reine. Mais elle n'accepta pas cette nouvelle insulte. Ses conseillers lui remontrèrent que le nouveau roi était profondément impopulaire en Angleterre, ce qui était vrai ; que le parti whig et les niasses populaires, exaspérés par la politique réactionnaire de son gouvernement, se soulèveraient en sa faveur. Elle résolut donc d'aller à Londres. Vainement, le cabinet Liverpool lui fit offrir de porter sa liste civile à 50,000 livres sterling, si elle voulait rester sur le continent et y demeurer incognito. Elle repoussa l'offre avec indignation. Le 4 juin 1820, elle débarquait à Douvres. Le peuple [détela sa voiture pour la tramer. Londres lui fit une entrée triomphale. Mais deux jours après, le ministère déposa au Parlement le Bill of pains and penalties, projet de loi qui tendait à la déclarer déchue du rang de reine et à prononcer son divorce pour cause d'adultère.
Alors s'ouvrit devant la Chambre haute un procès scandaleux dont l'Europe entière retentit et qui passionna surtout l'Angleterre (17 août 1820). L'agitation fut vive et toucha presque à la guerre civile dans ce pays^ où le nom dé la reine n'était, en somme, pour les whigs et pour les tories, qu'une arme de combat. Le roi ne recula devant rien ; il produisit les témoignages les plus révoltants et sembla prendre plaisir à éclabousser de boue son propre trône. Les défenseurs de l'accusée (Brougham, Denman, Lushington, John Williams, Tindal et Wildes) plaidèrent non seulement l'innocence de leur cliente, mais l'indignité de son accusateur. Finalement, le bill n'obtint en troisième lecture qu'une majorité de neuf voix (9 nov.). Il devait infailliblement échouer devant la Chambre des communes. Lord Liverpool le comprit et le fit renvoyer à six mois^ formule usitée pour indiquer l'abandon d'un projet de loL
C'était un triomphe pour la reine, et ses partisans forcè*rent les habitants de Londres à illuminer trois nuits de suite leurs maisons en son honneur. Mais, quand la fièvre provoquée par ces débats fut tombée, l'opinion publique jugea Caroline avec moins d'aveuglement et de complaisance. On trouva qu'elle avait assez obtenu et lorsque, l'année suivante, elle prétendit participer à la cérémonie du couronnement, annoncée pour le mois de juil. 1821, le peuple ne la suivit plus. George IV, inflexible, décida que non seulement elle ne serait pas couronnée avec lui, mais qu'elle n'assisterait môme pas à la solennité ; et quand, bravant toute défense, elle vint en grand équipage pour forcer les portes de l'abbaye de Westminster, elle fut poliment, mais énergiquement repoussée. Cette fois, la masse n'eut que dédain pour elle. La malheureuse reine ne survécut guère à ce dernier affront. Elle mourut un mois après, recommandant qu'on transportât son corps à Brunswick et qu'on inscrivît ces mots sur sa tombe : Ci-- gît Caroline" Amélie-- Elisabeth de Brunswick y reine outragée d'Angleterre (the injured queen of England). A. Debidour.
BiBL. : Thomas Ashe, les Mémoires de la, princesse Caroline adressés à la princesse Charlotte, sa fille; trad. h\, Paris, 1813, 2 vol. ia-8.- Defence of the Queen examined\ Londres, 1820. — Desquiron de Saint- Aignan, Histoire du procès de la reine d'Angleterre; Pans, 1820, in-8. — Du même, Tablettes de la reine d'Angleterre; Paris, 1821. — Fouquier, ?es Causes célèbres, t. ÏIl. — Harral, Henry VI H and George JV, or the case fairly stated; Londres, 1820. — Journal of an english traveller. — Lesur, Annuaire historique, années 1820 et 1821. — Perceval, the Book; Londres, 1813. — Phillips, the queen' s case stated. — Thackeray. les Quatre Georges; trad. fr., Paris. 1869, in- 12. — The Queen's defencé; Londres, 1821, etc., etc.
CA RO Ll N E-Henriette Chkistiânne, landgrave de Hesse- Darmstadt, née à Saverne le 9 mars 1721, morte le 30 mars 1774. Fille du comte palatin Christian îlI de Deux-Ponts, elle épousa en 1141 Louis, prince héréditaire de Hesse-Darmstadt, d'abord colonel au service de la France, et qui passa ensuite à celui de la Prusse. La landgrave, qui était très appréciée de Frédéric le Grand, gouverna sous le nom de son mari devenu landgrave sous le nom de Louis IX, à partir de 1768, et fit de sa cour de Darmstadt un des centres littéraires de l'Allemagne ; Gœthe, Wieland, Herder, y vinrent; Par ses filles. Friederike et Wilhelmine, elle fut grand'mère du roi Frédéric-Guillaume 111 de Prusse, des empereurs Alexandre ï®"^ et Nicolas de Russie. Sa correspondance a été éditée par Waltber (Vienne, 1877^ 2 vol.)
BiBL. : Walther, Die Grosse Landgrœfin; Darmstadt,
GAROLI ne-Marie, reine de Naples, née le 13 août 1752, morte à Schœnbrunn le 8 sept. 1814. Fille de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, sœur de Marie-Antoinette et de Joseph II, elle épousa, dès 1768, le roi de Naples, Ferdinand IV, prince dénué d'instruction et de caractère, qui ne tarda pas à lui abandonner sans réserve la direction de l'Etat pour se livrer en Hberté aux plus vulgaires amusements. Une clause de son contrat de mariage portait qu'elle entrerait au Conseil avec voix délibérative dès qu'elle aurait eu un entant mâle. Son ascendant sur son époux fut à tous égards déplorable pour le royaume. Elle commença par faire renvoyer le sage et populaire ministre Tanucci. Mais ce ne fut que pour se donnei* à elle-même un maître dans la personne de l'aventurier Acton, qu'elle mit à la tête du gouvernement» Impérieuse, hautaine, violente, fantasque, inconstante avec tout le reste de ses sujets, elle subit passivement pendant bien des années et jusque dans un âge avancé la domination de ce parvenu, qui lui avait inspiré la plus aveugle passion. Très hostile comme lui à la Kévolution, elle poursuivit la France d'une haine effrénée et implacable, surtout à partir de 1792. A cette époque, elle avait déjà conclu un accord avec la coalition. Contenue quelque temps par l'énergique démonstration de l'amiral Latouche dans le golfe de