CAROLINE — CAROLINES
Naples, elle ne garda plua aucune mesure dès qu'elle vit la République française dans de sérieux embarras. Elle envoya des vaisseaux se joindre à la flotte anglaise devant Toulon (1793) et concourut ensuite, plus faiblement qu'elle n'eût voulu, aux efforts de l'Autriche et du Piémont contre notre frontière des Alpes. Bonaparte, il est vrai, la réduisit, en 1796, à s'humilier devant le Directoire. En attendant mieux, elle s'en vengea par un régime atroce de terreur et de délation qui, sous couleur d'étouffer le jacobinisme dans le royaume, fit des milliers de victimes innocentes. Bientôt après, Caroline et Acton, enhardis par les succès de Nelson en Egypte, se jetèrent en frénétiques dans la seconde coalition. La cour d'Autriche leur envoya un capitaine réputé invincible, le présomptueux Mack, qui conduisit le pauvre roi Nasone (tel était le sobriquet populaire de Ferdinand IV) avec son armée jusqu'à Rome. Mais Championnet força les Napolitains à s'en retourner plus vite qu'ils n'étaient venus. Caroline, son ministre et son faible époux n'attendirent pas les Français et s'enfuirent lâchement en Sicile avec leurs trésors (23 déc. 1798). De là ils entretinrent dans la République parthénopéenne, que venaient de fonder les vainqueurs, un effroyable brigandage. Les Français, rappelés dans le N. de ritalie, durent abandonner Naples. Le cardinal Ruffo, à la tête d'une horde de bandits, y rentra (août 1799) en vertu d'une convention que l'amiral anglais Nelson, séduit par la trop célèbre lady Eamilton (V. ce nom), favorite de la reine, ne rougit pas de déchirer. Au mépris de la foi jurée, sous les yeux et par les ordres de Caroline, les partisans de la République furent arrêtés, traqués de toutes parts comme des bêtes fauves, et le sang, qui ruissela plusieurs années sur les échafauds, rendit à jamais exécrable le nom de la souveraine et celui de Speziale, principal agent de ses vengeances. Acton fut enfin disgracié, mais la reine n'en devint pas plus sage et si elle subit, en 1800, la paix qui lui fut imposée par le premier consul, ce ne fut qu'avec Tarrière-pensée de la violer à la première occasion.
Le moment lui parut propice en 1805. A la suite d'un voyage à Vienne et pendant que Napoléon était en Allemagne avec la Grande Armée, elle se déclara de nouveau contre la France et appela les Anglais et les Russes dans ses ports. Cette fois, l'empereur résolut de la détrôner. Peu après Austerlitz, il déclara solennellement que les Bourbons de Naples avaient cessé de régner. Masséna fut chargé d'occuper leurs Etats (janv. 1806). Ferdinand IV dut fuir devant Joseph Bonaparte, qui devint roi à sa place et qui eut, en 1808, pour successeur son beau-frère Joachim Murât. Pour la seconde fois, il lui fallut se retirer en Sicile. Il s'y établit, avec la reine, son mauvais génie, sous la protection des Anglais, qui empêchèrent les "Français d'y mettre les pieds. Caroline fut de nouveau réduite à soudoyer sur la terre ferme des brigands ou des assassins et ne s'en fit pas faute. Mais sa violence et son aveugle opposition aux principes constitutionnels finirent par la brouiller avec lord Bentinck, qui représentait le gouvernement anglais à Palerme et qui, en 1811, la réduisit à quitter Tile. Elle alla se retirer à Vienne et sembla quelque temps vouloir se rapprocher de Napoléon, qui venait d'épouser sa petite-fille Marie-Louise (elle avait en effet donné une de ses filles en mariage à l'empereur d'Autriche, François I«^). Mais la chute du conquérant coupa court à cette négociation. La reine Caroline ne put empêcher les cabinets de Vienne et de Londres de traiter, en 1813, avec Murât. Il ne lui fut pas donné d'assister au Congrès oii toutes les maisons souveraines de l'Europe étaient appelées à débattre leurs intérêts et où elle se promettait de faire valoir les siens, car il ne se réunit qu'à la fin de sept. 1814, c.-à-d, quelques semaines après sa mort, A. Debidour.
BiBL. : Botta, Sloria d'Italia dal 1189 al 181k. — Colleta, Histoire du royaume de Naples depuis Charles VII jusqu'à Ferdinand IV (113k à 1825), trad. par Ch.Lefèvre et L. B.; Paris, 1835,4 vol. in-8. — Covpiy Annali d'Italia,
dal mille settecento cinquanto. —UAMihTO^(]âdy), Correspondance avec Nelson; Londres, 1815, 2 vol.in-8. — Mémoires; Londres, 1816.— Napoléon, Correspondance. — Nicolas (sir Harris), Despatches and letters of Nelson, 1844, 7 vol. — TucKER, Memoirs of the life of lord Nelson; Londres, 1849, 2 vol. in-8, etc.
CAROLINE-Mathilde, reine de Danemark, née en Angleterre le 22 juil. 1751, morte à Celle le 10 mai 1775. Fille posthume du prince de Galles, Frédéric-Louis, et sœur du roi de la Grande-Bretagne, George ÏIÏ, elle fut mariée le l^r oct. 1766 à son cousin Christian Vil, roi de Danemark, et fut mère de Frederik VI (l^r janv. 1768). Quoique belle, aimable, instruite, elle ne fixa pourtant pas longtemps son volage époux. Des légèretés et des relations compromettantes avec Struensée firent suspecter la légitimité de la princesse Louise-Augusta dont elle accoucha le 7 juill. 1770. Par suite de la démence du roi, elle fut pendant deux ans maîtresse du royaume avec le tout-puissant ministre, mais arrêtée en même temps que lui, le 17 janv. 1772 et enfermée dans la forteresse de Kronborg, elle fit i'aveu plus ou moins spontané d'une culpabilité douteuse aux yeux de certains historiens étrangers. La dissolution de son mariage ayant été prononcée par une commission royale (6 avr. 1772), elle fut emmenée en Hanovre et s'établit au château de Celle {i^^ oct. 1772), où le reste de sa courte vie fut occupé à des oeuvres de bienfaisance. B-s.
BiBL. : J. Kragh Hœst, Dronning Caroline Mathildes Sids e Levaar; Copenhague, 1820. — 0. de Falkenskiold, Mém.. pour servir à Vhist. de la reine Car. -Math. ; Paris, 1826, in-8. - H.-Chr. Heimburger, Car.-Math.; Celle, 1851. — J. Jœrgensen Jomtou, Caroline Mathildes Livs historié; Copenh., 1856, 2« édit., 1858. — Worsaae, El Par Bidrag. til Sophie Magdalenas og Caroline Mathildes Historié ; Copenh., 1867. — Lasgelles Wraxall, Life and Times of H. M. Caroltne-Mathilda; Londres, 1869, 3 vol. in-8. — Karl Wittich, Sfruensee, trad. en danois avec addit. par Chr. Blanc^strup ; Copenh., 1887. — G. B. DE Laorè/e, la Reine Caroline-Mathilde et le comte Struensée ; Paris, 1887, in-18.
CARO Ll N ES (lies). Archipel de l'Océanie qui se compose de nombreux groupes d'Iles répandus sur un espace de près de 3,000 kil., entre le 135« et le 161« degré de long. E. de Paris et le 5® et le 10^ degré de lat. N. L'archipel comprend trois groupes principaux, dont le plus important est celui du centre ; celui de FO. porte le nom de Palaos ou Pelew, celui de l'E. le nom d'îles Marshall et Gilbert ; mais on distingue généralement ces deux derniers archipels des autres (V. Marshall). II y a environ cinq cents îles. Les plus importantes sontPonapi, qui a 20 kil. de diamètre, Oualan et Hogolou ou Roue ; ce sont trois îles hautes, les autres sont basses et de formation madréporique ; on peut citer les noms de Martires et Yap, parmi les Palaos. Le climat des Carolines passe pour agréable. La chaleur est tempérée par la fraîcheur du vent. Les pluies sont fréquentes et abondantes en été, et la végétation y est admirable (palmiers, cocotiers, arbres à pain). Bien qu'un grand nombre d'îles soient inhabitées, l'archipel compte, d'après des évaluations approximatives, 18,000 hab. Remarquables par les belles proportions de leur corps, ils appartiennent à la race de couleur cuivrée qui a peuplé Havaii, Tahiti, la Nouvelle-Zélande. Leurs cheveux sont noirs, longs et à peine crépus ; ils n'ont pas de barbe. Leur langue a été étudiée par le voyageur russe Lutke. Quelques-uns ont embrassé le christianisme, mais la plupart ont conservé la religion maori et notamment l'usage des tabou. Ils ont peu d'industrie ; leurs femmes tissent des étoffes et tressent des nattes. Ils font de longs voyages maritimes ; il n'est pas de marins plus hardis.
Leur costume est assez rudimentaire : il se compose d'un morceau d'étoffe et d'un chapeau de paille, surmonté de quatre petits bâtons auxquels sont attachées des plumes d'oiseau. Presque tous se tatouent et ils se couvrent la figure d'une peinture orange et s'oignent le corps d'huile de coco. Ils aiment beaucoup la danse, mais n'ont pas d'instruments de musique. On les représente généra-